LIVRE III, CHAPITRE lll
les divers corps commencèrent à rétrograder vers la capitale de la Lombardie.
Ce fut un superbe spectacle devoir défiler le long des routes, musique en tôle, ces beaux régiments poudreux et hàlés, portant à la fois les nobles traces des fatigues et des combats; une énergie indomptable se lisait sur ces fronts bronzés par les rayons brûlants du soleil. Comme devant l’ennemi, les généraux s’avançaient, les premiers, en tête de leurs colonnes.
Quelques jours encore, et l’Empereur allait être de retour à Paris. — Les vœux de la population entière qui avaient accompagné son départ, lui avaient porté bonheur sur les champs de bataille. — Il avait emporté avec lui en Italie l’espérance de toute la nation, et il lui rapportait la gloire, une gloire éclatante, qu’un seul jour de revers n’était pas venu obscurcir.
LXII. — Dès l’arrivée de l’Empereur, le discours par lequel il répondait aux félicitations que lui adressaient les grands corps de l’État (19 juillet), donnait son véritable sens à la paix qui venait d’être conclue en principe.
Le souverain de la France disait franchement sa pensée, et les raisons de haute politique qui s’étaient alliées dans son cœur aux sentiments les plus nobles de modération et d’humanité. — Il ne cachait pas ses regrets de s’être arrêté si brusquement au milieu du champ glorieux de ses victoires, et de n’avoir pas donné à la Vénétie la liberté que la Lombardie, sa
CAMPAGNE D’ITALIE
sœur, venait de recevoir ; il ne dissimulait pas que les sombres orages qui grondaient au sein des nations l’avaient forcé à laisser inachevée l’œuvre de liberté qu’il avait entreprise.
« Si je me suis arrêté ( a-t-il dit ), ce n’est pas par lassitude ou par épuisement , ni par abandon de la noble cause que je voulais servir , mais parce que, dans mon cœur, quelque chose parlait plus haut encore : l’intérét de la France.
« Pour servir l’indépendance italienne, j’ai fait la guerre contre le gré de l’Europe ; dès que les destinées de mon pays ont pu être eu péril, j’ai fait la paix (1). » *
(I) Discours de l'Emjtereur aux grands corps de l’État.
Messieubs,
k En me retrouvant au milieu de vous qui, pendant mon absence, ave* entouré l'Impératrice et mon Fils de tant de dévouement, j’éprouve le bosoin de vous remercier d'abord , et ensuite de vous expliquer quel a été le mobile de ma conduite.
« Lorsque, après une heureuse campagne de deux mois, les armées française et sarde arrivèrent sous les murs de Vérone, la lutte allait inévitablement changer de nature, tant sous le rapport militaire, que sous le rapport politique.
« J’étais fatalement obligé d'attaquer de front tin ennemi retranché derrière de grandes forteresses, protégé contre toute diversion sur ses flancs par la neutralité des territoires qui l’entouraient; et, en commençant la longue et stérile guerre des sièges, je trouvais en face de moi l'Europe en armes, prête, soit à disputer nos succès, soit à aggraver nos revers.
« Néanmoins la difficulté de l’entreprise n'aurait ni ébranlé ma résolution, ni arrêté l’élan de mon armée, si les moyens n'eussent pas été hors de proportion avec les résultats h attendre.
« Il fallait se résoudre à briser hardiment les entraves opposées par les territoires neutres, et alors accepter la lutte sur le Rhin comme sur l’Adige. 11 fallait partout franchement se fortifier du concours de la révolution.
« Il fallait répandre encore un sang précieux qui n’avait que trop