PIECES
JUSTIFICATIVES
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Combat de Mrlrgnano.
/I apport du maréchal Baraguey ir Milliers, commandant en chef le 1" corps.
Melegnano, le 10 juin 1849.
Sire,
Votre Majesté m’a donné l’ordre, hier, de me porter avec le 1*' corps sur la route de Lodi, de chasser l’ennemi de San Giuliano et de Melegnano, en me prévenant que, pour cette opération, Elle m’adjoignait le 2’ corps, commandé par le maréchal de Mac-Mahon.
Je me suis porté immédiatement à San Donato pour m’entendre avec le maréchal , et nous sommes convenus qu’il attaquerait avec sa 1" division San Giuliano; qu’après en avoir déposlé l’ennemi, il se dirigerait sur Carpianello pour passer le Lombro dont les abords sont très-difficiles, et que de Ib il se dirigerait sur Mediglia.
La 2' division devait prendre, à San Marlino, la route qui, par Trivuko et Casanova, la conduisait b Bettola et se dirigeait sur la gauche de Mediglia, de manière à tourner la position de Melegnano.
Il fut convenu que le 1" corps se dirigerait tout entier sur la grande route de Melegnano, enverrait b droite, au point indiqué sur la carte « Betolma, » la 1" division qui,
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passani par Civesio, Viboldone, irait à Mezzano, établirait sur ce point une batterie de 12 pièces pour battre Pedriano d’abord, et plus tard le cimetière de Melegnano où l’ennemi s'était retranché et où il avait établi de fortes batteries;
Que la 2* division du 1" corps, après avoir quitté San Giuliano, se porterait sur San Brera et y établirait également une batterie de 12 pièces pour battre le cimetière et enfiler la route de Melegnano à Lodi ;
Qu’enfin la3'division du même corps se dirigerait directement sur Melegnano et enlèverait la ville, concurremment avec les 1" et 2' divisions, dès que le feu de notre artillerie y aurait jeté du désordre.
La 1" division, laissant Melegnano sur sa gauche, eut ordre de se porter sur Cerro, la 2' et la 3' sur Sordio, où elles devaient se mettre en rapport avec le 2r corps qui, par Dresano et Casalmajocco, s’y dirigeait également.
Pour que ces combinaisons pussent avoir un plein succès, il fallait que le temps ne manquât pas à leur développement, et, en me prescrivant d’opérer le jour même de mon départ de San Pietro l’Olmo, Votre Majesté rendait ma tâche plus difficile, car la tête de la 3e divison du l,r corps ne put entrer eu ligne qu’à trois heures cl demie, tant la roule était embarrassée par les convois des 2' et 4' corps. Cependant, ù deux heures et demie je donne, l’ordre au maréchal de Mac-Mahon de marcher sur San Giuliano : il n’y trouva pas l’ennemi, passa le Lombro à gué, quoiqu’un pont fût indiqué sur la carte ù Carpianello, et continua son mouvement sur Mediglia.
A cinq heures et demie, la 3' division du lrr corps arriva à environ 1200 mètres de Melegnano, occupé par l’ennemi, qui avait élevé une barricade à environ 500 mètres en avant sur la route, et avait établi des batteries à l’entrée même de la ville, derrière une coupure, à hauteur des premières maisons. J’ordonnai au général Bazaine de disposer sa division pour l’attaque : un bataillon de zouaves fut jeté en avant et sur les flancs en tirailleurs. L’ennemi nous accueillit par une canonnade qui pouvait devenir dan-
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gereuse, parce que ses boulets enfilaient la route sur laquelle nous devions marcher en colonne. Notre artillerie répondit avec succès à celle des Autrichiens, et le général Forgeot, avec deux batteries et les tirailleurs de la 1" division à Mezzano, appuya sur notre droite l’attaque que nous allions faire. Je fis mettre les sacs à terre et lancer au pas de course sur la batterie ennemie le 2* bataillon de zouaves, suivi par toute la 1" brigade. Los Autrichiens avaient garni d’une nuée de tirailleurs les premières maisons de la ville, la coupure de la route et le cimetière, et cependant ils ne purent résister h l’élan de notre attaque, battirent en retraite à droite et h gauche, firent une vigoureuse résistance dans les rues, au château, derrière les haies et les murs des jardins, et furent complètement chassés de la ville à neuf heures du soir.
La 2' division, à son arrivée près de Melegnano, prit à gauche de la 3', suivit la rivière et prit ou tua les ennemis que nous avons déjà chassés du haut de la ville et dépassés. Le maréchal de Mac-Mahon put meme envoyer aux Autrichiens des balles et des boulets sur la route de Lodi : il s’était porté, au bruit de notre fusillade, à Cologno.
La résistance de l’ennemi a été vigoureuse. On s’est plusieurs fois abordé à la baïonnette : dans l’un des retours offensifs des Autrichiens, l’aigle du 33*, un instant en péril, a été bravement défendue.
Les pertes de l’ennemi sont considérables : les rues et les terrains avoisinant la ville étaient jonchés de leurs morts : 1200 blessés autrichiens ont été portés à nos ambulances; nous avons fait de 800 à 900 prisonniers et pris une pièce de canon. Nos pertes s’élèvent à 943 hommes tués ou blessés; mais, comme dans tous les engagements précédents, les officiers ont été frappés dans une large proportion : le général Bazaine et le général Goze ont été contusionnés; le colonel du 1" dezouaves a été tué; le colonel et le lieutenant-colonel du 33e ont été blessés; il y a en tout 13 officiers tués et 56 officiers blessés.
J’ai l’honneur d’envoyer à l’Empereur, avec l’état de ces
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perles, les propositions faites par les généraux de division et approuvées par moi. Je le prie d’y avoir égard et de traiter le 1" corps avec sa bienveillance habituelle.
Je lui recommanderai particulièrement le colonel Anselme, mon chef d'état-major, proposé pour général de brigade; le commandant Foy. dont le cheval a été blessé, et qui est proposé pour lieutenant-colonel; le commandant Melin, proposé pour officier de la Légion d'honneur; le capitaine de Rambaud, pour lequel j'ai demandé déjà de l'avancement, et M. Franchetti, sous-ofiicier au 1" chasseurs d'Afrique , mon porte-guidon , qui a été blessé à mes côtés. •< -
Je suis avec respect, . ■%-
De Votre Majesté,
Sire, -
Le très-humble et très-fidèle sujet,
Le maréchal,
Baraguey d'Hillieps.
Bataille 4e ftolfrrlno.
Bulletin de la bataille de Sulferino.
Quartier général de Cavriana, 28 juin 1859.
■Après la bataille de Magenta et le combat deMelegnano, l'ennemi avait précipité sa retraite sur le Mincio en abandonnant l'une après l’autre les lignes de l’Adda, de l’Oglio et de la Chiese. On devait croire qu'il allait concentrer toute sa résistance derrière le Mincio, et il importait
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que l’armée alliée occupât le plus tôt possible les points principaux des hauteurs qui s’étendent de Lonato jusqu’à Voila, et qui forment au sud du lac de Garde une agglomération de mamelons escarpés. Les derniers rapports reçus par l’Empereur indiquaient, en effet, que l’ennemi avait abandonné ces hauteurs et s’était retiré derrière le fleuve.
D’après l’ordre général donné par l’Empereur le 23 juin au soir, l’armée du Roi devait se porter sur Pozzolengo; le maréchal Baraguey d’Hilliers sur Solferino ; le maréchal duc de Magenta sur Cavriana; le général Niel sur Guiddizzolo, et le maréchal Canrobert sur Medole. La garde impériale devait se diriger sur Castiglione, et les deux divisions de cavalerie de la ligne devaient se porter dans la plaine entre Solferino et Medole. 11 avait été décidé que les mouvements commenceraient à deuxheures du malin, afin d’éviter l’excessive chaleur du jour.
Cependant, dans lajournéedu 23, plusieurs détachemenls ennemiss'étaient montrés surdifférents points et l’Empereur en avait reçu avis; mais comme les Autrichiens ont l’habitude de multiplier les reconnaissances, Sa Majesté ne vit dans ces démonstrations qu’un exemple de plus du soin et de l’habileté qu’ils mettent à s’éclairer et à se garder.
Le 24 juin, dès cinq heures du matin, l'Empereur, étant à Montechiaro, entendit le bruit du canon dtpis la plaine et se dirigea en toute hâte vers Castiglione, où devait se réunir la garde impériale.
Pendant la nuit, l’armée autrichienne, qui s’était décidée à prendre l’offensive, avait passé le Mincio à Goito, Valeggio, Monzambano et Peschiera, et elle occupait de nouveau les positions qu’elle venait tout récemment d’abandonner. C’était le résultat du plan dont l’ennemi avait poursuivi l’exécution depuis Magenta, en se retirant successivement de Plaisance, de Pizzighettone, de Crémone, d’Ancône, de Bologne et de Ferrare ; en évacuant, en un mot, toutes ses positions, pour accumuler ses forces sur le Mincio. Il avait, il 28
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en outre, accru son armée de la plus grande partie des troupes composant les garnisons de Vérone, de Mantoue et de Peschiera; et c’est ainsi qu’il avait pu réunir neuf corps d’armée, forts ensemble de 250 à 270 000 hommes, qui s’avançaient vers la Chiese, en couvrant la plaine et les hauteurs.
Cette force immense paraissait s’étre partagée en deux armées : celle de droite d’après les notes trouvées, après la bataille, sur un officier autrichien, devait s’emparer de Lonatoelde Castiglione; celle de gauche devait se porter sur Montecliiaro. Les Autrichiens croyaient que toute notre armée n’avait pas encore passé la Chiese, et leur intention était de nous rejeter sur la rive droite de cette rivière.
Les deux armées, en marche l’une contre l’autre, se rencontrèrent donc inopinément. A peine les maréchaux Baraguey d’Hilliers et de Mac-Mahon avaient-ils dépassé Castiglione, qu’ils se trouvèrent en présence de forces considérables qui leur disputèrent le terrain. Au môme instant, le général Niel se heurtait contre l’ennemi à la hauteur de Medole. L’armée du Roi, en roule pour Pozzolengo, rencontrait de même les Autrichiens en avant de Rivoltella, et, de son côté, le maréchal Canrobert trouvait le village de Castel-Goffredo occupé par la cavalerie ennemie.
Tous les corps de l’armée alliée étant alors en marche à une assez grande distance les uns des autres, l’Empereur se préoccupa tout d’abord de les relier afin qu’ils pussent se soutenir mutuellement. A cet effet, Sa Majesté se porta immédiatement auprès du maréchal duc de Magenta, qui était à droite dans la plaine et qui s’était déployé perpendiculairement à la route qui va de Castiglione à Goito.
Comme le général Niel ne paraissait pas encore, Sa Majesté fit hâter la marche de la cavalerie de la garde impériale et la mit sous les ordres du duc de Magenta, comme réserve, pour opérer dans la plaine, sur la droite du 2*
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corps. L'Empereur envoya en même temps au maréchal Canrobert l’ordre d’appuyer le général Niel autant que possible, tout en lui recommandant de se garder à droite contre un corps autrichien, qui d’après les avis donnés à Sa Majesté, devait se porter deMantoue sur Assola.
Ces dispositions prises, l’Empereur se rendit sur les hauteurs, au centre de la ligne de bataille, où le maréchal Baraguey d’Hiiliers, trop éloigné de l’armée sarde pour pouvoir se relier avec elle, avait à lutter, dans un terrain des plus difliciles, contre des troupes qui se renouvelaient sans cesse.
Le maréchal était néanmoins arrivé jusqu’au pied de la colline abrupte au sommet de laquelle est bâti le village de Solferino, que défendaient des forces considérables, retranchées dans un vieux château et dans un grand cimetière, entourés l’un et l’autre de murs épais et crénelés. Le maréchal avait déjà perdu beaucoup de monde et avait dû. payer plus d'une fois de sa personne en portant luimême en avant les troupes des divisions Bazaine et Ladmirault. Exténuées de fatigue et de chaleur, et exposées à une vive fusillade, ces troupes ne gagnaient du terrain qu’avec beaucoup de difticulté. En ce moment, l’Empereur donna l’ordre à la division Forey de s'avancer, une brigade du côté delà plaine, l’autre sur la hauteur, contre le village de Solferino, et la fit soutenir par la division Camou, des voltigeurs de la garde. Il fit marcher avec ces troupes l’artillerie de la garde, qui, sous la conduite du général de Sévelinges et du général Lebœuf, alla prendre position à découvert, à trois cents mètres de l’ennemi. Cette manœuvre décida du succès au centre.
Pendant que la division Forey s’emparait du cimetière et que le général Bazaine lançait ses troupes dans le village, les voltigeurs et les chasseurs de la garde impériale grimpaient jusqu’au pied de la tour qui domine le château et s'en emparaient. Les mamelons des collines qui avoisinent Solferino étaient successivement enlevés, et à trois heures et demie les Autrichiens évacuaient la position sous
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le feu de notre artillerie couronnant les crêtes, et laissaient entre nos mains 1500 prisonniers, 14 canons et 2 drapeaux. La part de la garde impériale dans ce glorieux trophée était de 13 canons et un drapeau.
Pendantcette lutte et au plus fort du feu, quatrecolonnes autrichiennes, s’avançant entre l’armée du Roi et le corps du maréchal Baraguey d’Hilliers, avaient cherché à tourner la droite des Piémonlais. Six pièces d’artillerie, habilement dirigées par le général Forgtot, avaient ouvert un feu très-vif sur le flanc de ces colonnes et les avaient forcées à rebrousser chemin en désordre.
Tandis que le corps du maréchal Baraguey d’Hilliers soutenait la lutte à Solferino, le corps du duc de Magenta s’était déployé dans la plaine deGuiddizzolo, en avant delà ferme de Casa Marino, et sa ligne de bataille, coupant la route de Manloue, dirigeait sa droite vers Medole. A neuf heures du matin, il fut attaqué par une forte colonne autrichienne, précédée d’une nombreuse artillerie qui vint se mettre en batterie à 1000 ou 1200 mètres de notre front. L’artillerie des deux premières divisions du 2' corps, s’avançant immédiatement sur la ligne des tirailleurs, ouvrit un feu très-vif contre le front des Autrichiens, et, dans le même instant les batteries à cheval des divisions Desvaux et Partouneaux, se portant rapidement sur la droite, prirent d’écharpe les canons ennemis, qui furent ainsi réduits au silence et bientôt forcés à se reporter en arrière. Immédiatement après, les divisions Desvaux et Partouneaux chargèrent les Autrichiens et leur firent 600 prisonniers.
Cependant une colonne de deux régiments de cavalerie autrichienne avait cherché à tourner la gauche du 2* corps, et le duc de Magenta avait dirigé contre elle six escadrons de chasseurs. Trois charges heureuses de notre cavalerie repoussèrent celle de l’ennemi, qui laissa dans nos mains bon nombre d’hommes et de chevaux.
A deux heures et demie, le duc de Magenta prit l’offen-
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sive à son tour, et donna au général de La Motterouge l’ordre de se porter sur sa gauche, du côté de Solferino, pour enlever San Cassiano et les autres positions occupées par l’ennemi.
Le village fut tourné de deux côtés et emporté avec une vigueur irrésistible par les tirailleurs algériens et par le 45'. Les tirailleurs furent lancés aussitôt après sur le contre-fort principal qui relie Gavriana à San Cassiano, elqui était défendu par des forces considérables. Un premier mamelon, couronné par une espèce de redoute, tomba rapidement au pouvoir des tirailleurs; mais l’ennemi, par un vigoureux retour offensif, parvint à les en déloger. Us s’en emparèrent de nouveau avec l’aide du 45' et du 72', et furent repoussés une fois encore. Pour soutenir cette attaque, le général de La Motterouge dut faire marcher sa brigade de réserve, et le duc de Magenta fit avancer son corps tout entier.
En même temps, l’Empereur donnait l’ordre à la brigade Manèque, des voltigeurs de la garde, appuyée par les grenadiers du général Mellinet, de se porter de Solferino contre Cavriana.
L’ennemi ne put résister plus longtemps à cette double attaque soutenue par le feu de l’artillerie de la garde, et, vers cinq heures du soir, les voltigeurs et les tirailleurs algériens entraient en même temps dans le village de Cavriana.
En ce moment, une effroyable tempête, qui éclata sur les deux armées, obscurcit le ciel et suspendit la lutte : mais, dès que l’orage eut cessé, nos troupes reprirent l’œuvre commencée et chassèrent l’ennemi de toutes les hauteurs qui dominent le village. Bientôt après, le feu de l’artillerie de la garde changeait la retraite des Autrichiens en une fuite précipitée.
Pendant cette affaire, les chasseurs à cheval de la garde, qui flanquaient la droite du duc de Magenta, eurent à charger la cavalerie autrichienne qui menaçait de le tourner.
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À six heures et demie l'ennemi battait en retraite dans toutes les directions.
Mais bien que la bataille fût gagnée au centre, où nos troupes n’avaient pas cessé de faire des progrès, la droite et la gauche restaient encore en arrière. Cependant, les troupes du 4e corps avaient pris, elles aussi, une large et glorieuse part à la bataille de Solferino.
Parties de Carpenedolo à trois heures du malin, elles se dirigeaient sur Medole, appuyées par la cavalerie des divisions Desvaux et Partouneaux, lorsque, ù deux kilomètres en avant de Medole, les escadrons de chasseurs qui éclairaient la marche du corps rencontrèrent les uhlans. Ils les chargèrent avec impétuosité, mais ils furent arrêtés par l’infanterie et l’artillerie ennemie, qui défendaient le village. Le général de Luzy prit aussitôt ses dispositions d’attaque. Pendant qu’il faisait tourner Medole à droite et à gauche par deux colonnes, il s’avançait lui-même de front, précédé par son artilleriequi canonnait le village. Cette attaque, exécutée avec une grande vigueur, eut un plein succès: à sept heures, l’ennemi se retirait de Medole, et nous lui avions enlevé deux canons et fait bon nombre de prisonniers.
La division Vinoy, qui suivait la division de Luzy, se porta, au sortir de Medole, dans la direction d'une maison isolée, nommée Casanova, qui est située dans la plaine sur la route de Mantoue.à deux kilomètres de Guiddizzolo. L’ennemi se trouvait en forces considérables de ce côté, et un combat acharné s’y engagea, pendant que la division de Luzy marchait vers Ceresara d’une part, et vers Rebecco de l’autre.
En ce moment, l’ennemi tenta de tourner la gauche de la division Vinoy par l’intervalle que laissaient entre eux le 2' et le 4' corps; il s’approcha jusqu’à 200 mètresdu front de nos troupes, mais il fut alors arrêté par le feu de 42 pièces d’artillerie, dirigées par le général Soleille. Le canon de l’ennemi vint aussitôt prendre part à la lutte, et la soutint une grande partie de la journée, bien qu'avec une infériorité manifeste.
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La division de Failly arriva à son tour, et le général Nie), réservant la seconde brigade de cette division, porta la première entre Casanova et ltebecco, vers le hameau deBaite, pour relier le général de Luzy au général Vinoy. Le but du général Niel était de se porter vers Guiddizzolo dès que le duc de Magenta se serait emparé de Cavriana, et il espérait couper ainsi à l’ennemi la route de Volta et de Goito; mais il fallait, pour exécuter ce plan, que les troupes du corps du maréchal Canrobert vinssent remplacer à Rebecco celles du général de Luzy.
Le 3° corps, parti de Mezzano à deux heures et demie du matin, avait passé la Chiese à Visano et était arrivé à sept heures à Castel-Goffredo, petite ville enceinte de murs que la cavalerie de l’ennemi occupait encore. Tandis. que le général Jannin tournait la position au sud, le général Renault l’abordait de front, faisant enfoncer la porte par les sapeurs du génie, et pénétrait dans la ville en chassant devant lui les cavaliers ennemis.
Vers neuf heures du matin, la division Renault, arrivée à hauteur de Medole, se reliait sur sa gauche avec le général de Luzy, du côté de Ceresara, et sur sa droite faisait face à Castel-Goffredo, de manière à surveiller les mouvements du corps détaché dont le départ de Mantoue avait été annoncé.
Cette appréhension paralysa, pendant la plus grande partie du jour, le corps d'armée du maréchal Canrobert, qui ne jugea pas prudent de prêter tout d’abord au 4* corps l’appui que lui demandait le général Niel.
Néanmoins, vers les trois heures de l’après-midi, rassuré sur sa droite, et ayant jugé par lui-même la position du général Niel, le maréchal Canrobert fit appuyer la division Renault sur Rebecco, et donna ordre au général Troebu de porter sa première brigade entre Casanova et Baite, sur le point où se dirigeaient les plus redoutables attaques de l’ennemi. Ce renfort de troupes fraîches permit au général Niel de lancer dans la direction de Guiddizzolo une partie des divisions de Luzy et de Failly. Celte colonne s'a-
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vança jusqu’aux premières maisons du village; mais, trouvant devant elle des forces supérieures établies dans une bonne position, elle fut contrainte de s'arrêter.
Le général Trochu s’avança alors pour soutenir l’attaque avec la brigade Bataille, de sa division. Il marcha h l’ennemi par bataillons serrés, en échiquier, l’aile droite en avant, avec autant d’ordre et de sang-froid que sur un champ de manœuvres. Il enleva à l’ennemi une compagnie d’infanterie et deux pièces de canon, et déjà il était arrivé à demi-distance de la Casa Nova à Guiddizzolo, lorsque éclata l’orage qui vint mettre fin à celte terrible lutte, que le concours du 3* et du 4' corps menaçait de rendre si funeste à l’ennemi.
Au milieu des péripéties de ce combat de douze heures, la cavalerie a été d'un puissant secours pour arrêter les efforts de l’ennemi du côté de la Casa Nova. A plusieurs reprises, les divisions Partouneaux et Desvaux ont chargé l'infanterie autrichienne et rompu ses carrés. Mais c’est surtout notre nouvelle artillerie qui produisit sur l’ennemi les effets les plus terribles. Ses coups allaient l’atteindre à des distances d’où les plus gros calibres étaient impuissants à riposter, et jonchaient la plaine de cadavres.
Le 4* corps a enlevé aux Autrichiens un drapeau, sept pièces de canon et deux mille prisonniers.
De son côté, l’armée du Roi, placée à notre extrême gauche, avaiteu également sa rude et belle journée.
Elle s’avançait, forte de quaire divisions, dans la direction de Pesehiera, de Pozzolengo et de Madonna délia Scoperta, lorsque, vers sept heures du matin, son avantgarde rencontra les avant-postes ennemis entre San Martino et Pozzolengo.
Le combat s’engagea ; mais de gros renforts autrichiens accoururent et firent reculer les Piémontais jusqu’en arrière de San Martino, et menacèrent même de couper leur ligne de retraite. Une brigade de la division Mollard arriva alors en toute hâte sur le lieu du combat, et monta à l’assaut des hauteurs où l’ennemi venait de s’établir. Deux fois elle
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n atteignit le sommet en s’emparant de plusieurs pièces de canon, mais deux fois aussi elle dut céder au nombre et abandonner sa conquête.
L’ennemi gagnait du terrain, malgré quelques charges brillantes de la cavalerie du roi , quand la division Cucchiari, débouchant sur le champ de bataille par la route de Rivoltella, vint soutenir le général Mollard. Les troupes sardes s’élancèrent une troisième fois sous un feu meurtrier : l’église et toutes les cascines de la droite furent emportées, et huit pièces de canon furent enlevées : mais l’ennemi parvint encore à les dégager et à reprendre ses positions.
En ce moment, la 2' brigade du général Cucchiari, qui s’était formée en colonne d’attaque h gauche de la route de Lugano, marcha contre l’église de San Martino, regagna le terrain perdu, et emporta les hauteurs pour la quatrième fois, sans réussir cependant à s’y maintenir, car écrasée par la mitraille et placée en face d’un ennemi qui, renforcé sans cesse, revenait sans cesse à la charge, elle ne put attendre le secours que lui apportait la 2e brigade du général Mollard, et les Piémontais, épuisés, firent retraite en bon ordre sur la route de Rivoltella.
C’est alors que la brigade d’Aoste, de la division Fanti, qui s’était portée d’abord vers Solferino pour donner la main au maréchal Baraguey d’Hilliers, fut envoyée par le Roi pour appuyer les généraux Mollard et Cucchiari dans l’attaque de San Martino. Elle fut un moment arrêtée par la tempête, mais, vers cinq heures du soir, cette brigade et la brigade Pignerol, soutenues par une forte artillerie, marchèrent à l’ennemi sous un feu terrible et atteignirent les hauteurs. Elles s’en emparèrent pied àpied.cascine par cascine, et parvinrent à s’y maintenir en combattant avec acharnement. L’ennemi commença à plier, et l’artillerie piémontaise, gagnant les crêtes, put bientôt les couronner de 24 pièces de canon , que les Autrichiens cherchèrent vainement à enlever. Deux brillantes charges de la cavalerie du Roi les dispersèrent; la mitraille porta le désordre
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dans leurs rangs, et les troupes sardes restèrent enfin maîtresses des formidables positions que l’ennemi avait défendues, une journée entière, avec tant d’acharnement.
D'un autre côté, la division Durando était restée aux prises avec les Autrichiens depuis cinq heures et demie du matin. A celte heure, son avant-garde avait rencontré l’ennemi à Madonna délia Scoperla, et les troupes sardes y avaient soutenu jusqu'à midi les efforts d’un ennemi supérieur en nombre qui les avait enfin obligées à se replier; mais, renforcées alors par la brigade de Savoie, elles reprirent l’offensive, et, repoussant les Autrichiens à leur tour, elles s’emparèrent de Madonna délia Scoperta. Après ce dernier succès, le général de La Marmora dirigea la division Durando vers San Martino, où elle ne put arriver à temps pour concourir à la prise de la position, car elle rencontra sur la roule une colonne autrichienne avec laquelle elle eut à lutter pour s'ouvrir passage; et quand elle eut triomphé de cet obstacle, le village de San Martino était au pouvoir des Piémontais. Le général de La Marmora avait dirigé, d’autre part, la brigade de Piémont de la division Fanli vers Pozzolengo. Cette brigadeenleva avec une grande vigueur les positions ennemies en avant du village, et s’étant rendue maîtresse de Pozzolengo après une vive attaque, elle repoussa les Autrichiens et les poursuivit jusqu’à une certaine distance, en leur faisant essuyer de grandes pertes.
Celles de l’armée sarde furent malheureusement trèsconsidérables et ne s’élevèrent pas à moins de 49 officiers tués, 167 blessés, 642 sous-officiers et soldats tués, 3405 blessés, 1258 hommes disparus; total, 5525 manquant à l'appel. Cinq pièces de canon étaient restées aux mains de l’armée du Roi comme trophée de cette sanglante victoire qu’elle avait remportée contre un ennemi supérieur en nombre, dom les forces paraissent n’avoir pas été moindres de 12 brigades.
Les pertes de l'armée française se sont élevées au chiffre de 12000 hommes de troupe tués oublessés et de 72Qoffi-
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ciers hors de combat, dont 150 tués. Parmi les blessés, on compte les généraux de Ladmirault, Forey, Auger, Dieu et Douay; 7 colonels et 6 lieutenants-colonels ont été tués.
Quant aux pertes de l’armée autrichienne, elles n’ont pu être estimées encore, mais elles ont dû être très-considérables, à en juger par le nombre des morts et des blessés qu’ils ont abandonnés sur toute l’étendue du champ de bataille, qui n’a pas moins de 5 lieues de front. Ils ont laissé dans nos mains 30 pièces de canons, un grand nombre de caissons, 4 drapeaux et 6000 prisonniers.
La résistance que l’ennemi a opposée à nos troupes pendant seize heures peut s'expliquer par l’avantage que lui donnaient la supériorité du nombre et les positions presque inexpugnables qu’il occupait.
Pour la première fois, d’ailleurs, les troupes autrichiennes combattaient sous les yeux de leur souverain, et la présence des deux Empereurs et du Roi, en rendant la lutte plus acharnée, devait la rendre aussi plus décisive.
L’Empereur Napoléon n’a pas cessé un seul instant de diriger l’action, en se portant sur tous les points où ses troupes avaient à déployer les plus grands efforts et à triompher des obstacles les plus difficiles. A diverses reprises, les projectiles de l’ennemi ont frappé dans les rangs de l’état-major et de l’escorte qui suivaient Sa Majesté.
A neuf heures du soir on entendait encore dans le lointain le bruit du canon qui précipitait la retraite de l’ennemi, et nos troupes allumaient les feux du bivouac sur le champ de bataille qu’elles avaient si glorieusement conquis.
Le fruit de cette victoire est l’abandon par l’ennemi de toutes les positions qu’il avait préparées sur la rive droite du Miucio pour en disputer les approches.
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ni
Rapport de S. M. le Roi de Sardaigne.
Le 24 juin, tandis que les troupes françaises sous les ordres de M. le maréchal Baraguey d’Hilliers marchaient sur Solferino, trois divisions de l’armée piémontaise avançaient dans la direction de Peschiera, Pozzolengo et Madonna délia Scoperta. Elles étaient précédées par des détachements chargés d’éclairer leur marche et de reconnaître le terrain.
La 3' division (général Mollard) devait battre la plaine comprise entre le chemin de fer et le lac, et la 5' (général Cucchiari) marcher sur Pozzolengo, où devait aussi se rabattre la lr' division (général Durando) en passant par Castel-Venzago et Madonna délia Scoperta. Le détachement envoyé en reconnaissance par la 5' division, composé d’un bataillon d’infanterie, d’un bataillon de bersaglieri, d’un escadron de chevau-légers et de deux pièces d’artillerie, sous les ordres du colonel Cadorna, laissa sur sa droite les hauteurs de San Martino qui n’étaient point encore occupées par l’ennemi, et continua à s'avancer par la route de Lugano vers Pozzolengo.
Les avant-postes autrichiens, vigoureusement attaqués et refoulés vers sept heures du matin, furent bientôt soutenus par des forces imposantes devant lesquelles il fallut se replier.
Le général Mollard, entendant la fusillade et le bruit du canon, conduisit la petite colonne qui éclairait la marche de sa division au secours du colonel Cadorna, et envoya deux compagnies de bersaglieri à la cascine Succale pour opérer une diversion.
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La 3' et la 5* division reçurent l’ordre de hâter leur marche.
La colonne du colonel Cadorna se replia lentement et en bon ordre, soutenue par quatre pièces d’artillerie et par un bataillon d’infanterie placés à San Martino. Mais, sur la droite, l’ennemi gagnait déjà avec de fortes colonnes les hauteurs par Stefano et San Donino, et s’avançait rapidement sur Cascina Contracio, menaçant de couper la ligne de retraite.
Il fallut abandonner San Martino. Il était alors neuf heures du matin. La tête de la colonne de la 3' division commençait à déboucher par la chaussée du chemin de fer. Dans l’espoir de ne pas laisser à l’ennemi le temps de s’établir sur les hauteurs, le général Mollard fit immédiatement marcher h l’assaut le premier régiment qu’il eut sous la main (7' d’infanterie), et le fit bientôt après soutenir par le 8% avec ordre d’attaquer à la baïonnette sans faire un coup de feu.
Soutenus par une batterie et par quelques charges des chevau-légers de Monlferrat, deux fois ces braves régiments atteignirent avec un élan admirable le sommet des hauteurs eu s’emparant de plusieurs pièces de canon, mais deux fois aussi ils durent céder au nombre et abandonner leur conquête. Le colonel Berette elle major Lolaro avaient été tués ; le général Ansaldi, les majors Borda et Longoni, blessés; les pertes en officiers subalternes étaient également nombreuses.
L’ennemi gagnait du terrain ; il s’avançait par la cascine Selvetta vers le chemin de fer pour nous couper celte importante ligne de communication. Une charge brillante, exécutée par un escadron de cavalerie, donna le temps de réunir quelques troupes sur le point menacé.
Ce fut alors, vers dix heures du matin, que la division Cucchiari arriva sur le champ de bataille par la route de Rivoltella. Trois bataillons du 12* régiment furent mis immédiatement à la disposition du général Mollard, afin de l’aider à reprendre les cascines Canova, Arnia. Sel-
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vetla et Monata, et dégager ainsi les approches du chemin de fer.
Sur la gauche, le 4' bataillon du 12' et le 11* régiment d’infanterie furent formés en colonnes d’attaque, à cheval sur la route de Lugano. On s'élança à l’assaut sous un feu meurtrier. Le village de San Martino, leRoccolo, ainsi que toutes les cascines sur la droite, y compris la Gonlracania, furent emportés avec une bravoure remarquable. On s’empara de trois pièces d’artillerie, mais l’ennemi parvint encore une fois à les dégager. Dans cetle attaque, un major avait été tué; deux autres majors, ainsi qu’un colonel, blessés : telles étaient les pertes en officiers supérieurs.
Pendant ce temps, la deuxième brigade de la cinquième division (17* et 18' de ligne), avec son bataillon de bersaglieri, se formait en colonne d’attaque sur la gauche de la route de Lugano, laissant le 18* en réserve; deux bataillons du 17* et deux compagnies de bersaglieri marchèrent sur l’église de San Martino et la cascine Gonlracania qui étaient retombées au pouvoir de l’ennemi, et les deux autres bataillons avec quelques bersaglieri, pliant à gauche, se dirigèrent surCascina Gorbii di Sotto et Vestone. Le 18' s’avança pour soutenir le 1 1* engagé sur son front. On regagna partout le terrain perdu, on atteignit le point culminant des hauteurs, et les positions furent emportées encore une fois.
Sur ces entrefaites, la brigade Pignerol (division Mollard) arrivait de Deserizano et Rivollella. Formée sur deux lignes et dirigée avec son artillerie sur la cascine Contracania, elle avait déjà commencé son feu, et allait compléter le succès de la 5' division, lorsque celle-ci, écrasée par la mitraille et placée en face d’un ennemi qui recevait sans cesse de nouveaux renforts, dut opérer sa retraite qui eut lieu en bon ordre sur la route de Rivoltella.
Le général Mollard crut dès lors devoir suspendre l’attaque commencée par la brigade Pignerol, jusqu’à l’arrivée de nouvelles troupes. L’attaque de San Martino ne pouvait plus effectivement être renouvelée sans que l’on donnât auparavant quelques heures de repos aux soldatsqui avaient com-
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battu toute la matinée sous un soleil ardent, et sans qu’on les fit soutenir par des troupes fraîches.
La seconde division (général Fanti) avait été acheminée vers Solferino afin de concourir, le cas échéant, à l’attaque dirigée sur ce point par le maréchal Baraguey d’Hilliers.
Le Roi, voyant que la position avait été vaillamment emportée par les troupes françaises, et jugeant d’autre part combien il était essentiel de renforcer notre gauche, donna l’ordre à la seconde brigade de cette division de se porter immédiatement sur San Martino, et à la première de marcher vers Pozzolengo, pour soutenir la division Durando, engagée depuis plusieurs heures dans un combat où elle avait déjà essuyé beaucoup de pertes.
Lorsque Sa LMajesté fut informée que la brigade Aoste (de la seconde division) approchait de San Martino, elle envoya l’ordre d’attaquer de nouveau cette position et de s’en emparer avant la nuit. La brigade Aoste arriva sous San Martino vers quatre heures de l'après-midi et fut placée sous les ordres du général Mollard.
Elle prit position sur la gauche de la brigade Pignerol, en face de la cascine Conlracania. L’artillerie avait l’ordre de n’ouvrir son feu qu’à très-petite portée de l’ennemi. On fit déposer les sacs aux soldats, et, vers cinq heures, on commença à marcher en avant.’
Un bataillon et deux pièces d’artillerie devaient tâcher de tourner l'ennemi par sa gauche. La 5‘ division, qui s’était repliée sur la route de Rivoltella, était en marche pour rejoindre le champ de bataille. C’est alors qu’un ouragan terrible s’éleva du côté du lac, suivi d’une pluie torrentielle.
Les colonnes, bravant tous les obstacles, marchèrent résolûment à l’ennemi, qui, délivré de toute attaque sur sa droite, avait porté toute son artillerie sur le sommet des hauteurs entre les cascines Contracania et Colombare, d’où il balayait avec un feu très-vif les approches de la position. La brigade Pignerol s’élança vers la cascine Contracania; obligée de conquérir pied à pied le terrain, elle éprouva
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des pertes sensibtes. Parmi les officiers supérieurs, les deux colonels furent tués et un major blessé.
La brigade Aoste marcha sur les cascines Canova, Arnia et Monata, s'en empara successivement, attaqua ensuite la Contracania et l’église de San Martino et tâcha de se maintenir dans ces différentes positions en combattant avec acharnement. Elle avait déjà son général, 2 colonels, 2 majors blessés et un major tué. Afin de soutenir l’infanterie par un feu imposant d’artillerie, le chef d’étatmajor fit placer 18 pièces près de la Casa Monata, pour battre la cascine Contracania.
Tous les efforts se dirigèrent bientôt vers ce point. Attaqué de front par le 3e et le 6' d’infanterie qui s’avançaient de Casa Monata ; sur la droite par la brigade Pignerol, et successivement par 1657% 12% 17'et 18' et parles bataillons debersaglieri, l’ennemi commença à plier. Pour assurer un succès si chèrement acheté, l’ordre fut donné à toute l’artillerie disponible de se porter au galop sur le sommet.
Bientôt après, 24 pièces couronnaient les hauteurs et ouvraient leur feu. L’ennemi, qui était à peu de distance, menaçait de se jeter sur nos canons. Un escadron de cavalerie, avec deux charges des plus brillantes, mit le désordre dans ses rangs déjà éclaircis par la mitraille, et, poursuivi par l’infanterie, l’ennemi laissa entre nos mains les formidables positions défendues une journée entière avec tant d’acharnement.
Tandis que le combat s’engageait dès le matin sur l’extrême gauche, du côté opposé, sur les collines de Solferino, le 4' corps d’armée française était aux prises avec l’ennemi, et soutenait un combat très-vif.
Une reconnaissance composée de troupes de la 1” division (Durando) (3* bataillon de bersaglieri, un bataillon de grenadiers et une section d’artillerie de la 10' batterie), sous la conduite du chef d’état-major, colonel de Casanova, partie de Lonato à l’aube, arriva vers cinq heures et demie à la hauteur de la position Madonna délia Scoperla, qu’elle trouva occupée par l’ennemi.
Celui-ci fut aussitôt attaqué par les troupes de la reconnaissance, suivies de près par la brigade des grenadiers. Ces corps soutinrent à eux seuls jusque vers midi les efforts de l’ennemi, supérieur en nombre, puis furent obligés de se replier jusqu’à l’intersection des routes dcCascina Rondotto. Là, renforcées par quatre bataillons de la brigade de Savoie, commandés par le colonel de Rolland, elles reprirent vivement l’offensive et chargèrent l’ennemi à la baïonnette. Deux bataillons de grenadiers, envoyés dès le matin par Castelloro et Cadignolo, entraient à leur tour en ligne, tandis que la 1 1* batterie, se mettant en position, ouvrait son feu. Ces efforts combinés décidaient l’ennemi à abandonner les positions conquises dans la matinée.
Le général de La Mnrmora avait été chargé par le Roi de prendre le commandement de la 1" et de la 2' division. L’ennemi une fois repoussé à M adonna délia Scoperla, le général, suivant les ordres de Sa Majesté, dirigea une partie des troupes contre San Martino, où la 3e et la 5' division continuaient à combattre. La 1” division (Durando) passa par San Rocca, Cascina Taverna et Monte Fami; elle donna, chemin faisant, contre une colonne ennemie composée du régiment de Prohaska et d’autres troupes qui avaient combattu à San Martino et cherchaient vraisemblablement à tourner les forces qui attaquaient cette position. Cette colonne, repoussée, se replia à la hâte, mais il en résulta un retard dans le mouvement de la 1" division. L’heure était d’ailleurs avancée, et ces troupes avaient combattu toute la journée contre trois brigades ennemies. Les pertes de cette division furent : en officiers, 6 morts et 25 blessés; en troupes, 97 morts et 580 blessés.
La brigade de Piémont de la 2' division (Fanti) avait coopéré également à l’attaque des positions de Madonna délia Scoperta. L’ennemi repoussé, cette brigade fut dirigée par le général de La Marmora contre Pozzolengo. Arrivée à la hauteur de Cascina Rondotto, elle rencontra un corps ennemi, fortement établi dans les cascines Torricelli, San Giovanni et Predra, et sur les hauteurs de Serino. il 29
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L’ennemi, vivement attaqué dans ses positions par le 9* bataillon de bersaglieri (major Angelini), le 4' régiment de Piémont et une section de la 4e batterie sous le commandement du général Camerana, céda le terrain et fut poursuivi jusqu’au delà du bourg de Pozzolengo.
Cette même brigade de la 2' division (Fanti) ayant occupé San Giovanni, une batterie de 4 obusiers y prit position et ouvrit un feu très-vif, qui prenait à revers les défenses de San Marlino. Celte attaque contribua puissamment à obliger l’ennemi à céder cette position disputée avec acharnement depuis le matin.
La 2* division, outre les graves pertes subies par la brigade d’Aoste, qui avait été postée sur la gauche, compta encore dans cette journée 1 oflicier tué, 5 blessés, 16 hommes tués et 36 blessés. Les quatre divisions composant ce jour-là l’armée sarde en ligne furent toutes engagées, et leurs pertes totales s'élevèrent à 49 officiers tués, 167 blessés, 642 sous-officiers et soldats tués, 3 405 blessés, 1 258 hommes dispersés ; total : 5 525 manquant à l’appel. Plusieurs corps ont eu le quart de leur effectif hors de combat, et un bataillon de bersaglieri, sur 13 officiers, en eut 7 tués ou blessés; trois colonels de la même division ont succombé glorieusement.
L’ennemi, à la fin de la journée, avait été chassé de toutes ses positious, et celle de Pozzolengo avait été occupée par nos troupes ; 5 pièces de canon étaient restées dans nos mains comme trophées de cette sanglante victoire, oü nos troupes avaient eu à lutter contre des forces bien supérieures. Geiles-ci peuvent être portées, selon toute vraisemblance, à 12 brigades, car il a été fait des prisonniers appartenant à ces divers corps.
L'armée autrichienne avait déployé toutes ses forces, s’élevant à près de 200 000 hommes. Reprenant l’offensive, elle avait repassé le Mmcio et occupé les positions de Pozzolengo, Solferino, étendant sa gauche dans la plaine de Guiddizzolo, mais le soir, sur tous les points de ce vaste champ de bataille, elle avait dû se replier et mettre entre
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elle et l’armée alliée victorieuse la barrière du Mineio et
de ses forteresses.
Le chef de f état-major,