L. G. Della Rocca
Rapport du maréchal Regnaud de Saint-Jean d’Angely, commandant en chef la garde impériale.
Sire,
Cavriana, 25 juin 1859.
Le 24 juin, la garde impériale était campée, les deux divisions d’infanterie à Monlechiaro, les huit batteries d’artillerie et la division de cavalerie à Castenedolo.
Votre Majesté lui donna l’ordre de partir de ces deux positions pour se rendre à Gastiglione.
L’infanterie partit de Monlechiaro à cinq heures du malin, l’artillerie partit à la même heure de Castenedolo et rejoignit la gauche des deux divisions d'infanterie à Monlechiaro, vers sept heures moins un quart.
La division de cavalerie ne devait partir qu’à neuf heures du matin de Castenedolo et marcher librement atin de ménager ses chevaux.
Vers six heures du matin, une canonnade bien nourrie s’engagea avec l'ennemi, qui avait pris position au delà de Castiglione et s’était déciJé à livrer bataille.
Votre Majesté ordonna alors à la garde d’accélérer son mouvement. L’ordre fut expédié de suite à la cavalerie de partir avant l'heure qui lui avait été désignée : à huit heures elle put monter à cheval, et, vers neuf heures et demie, elle arriva sur le lieu du combat, où elle fut mise
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à la disposition de M. le maréchal de Mac-Mahon, d'après les ordres de Votre Majesté.
Les deux divisions d'infanterie de la garde avaient débouché de Castiglione par la route de Guiddizzolo, mais Votre Majesté ayant jugé que le point décisif de la bataille était l’enlèvement de la position de Solferino, vivement défendue par l’ennemi, donna l’ordre h sa garde de se porter k gauche, afin de se trouver en situation d’appuyer l’attaque du maréchal Baraguey d’Hiiliers contre Solferino.
La division de voltigeurs, commandée par le général Gamou, fut placée en ligne déployée derrière le 1" corps, et, à 500 mètres en arrière, la division Mellinet fut formée en colonne double par division k distance de déploiement.
La division Forey ayant éprouvé des pertes sensibles dans l’attaque de la position del Monte, la brigade Manèque, composée des chasseurs k pied de la garde, des 1" et 2' voltigeurs, fut portée k son secours et enleva ces positions aux cris de : Vive l’Empereur !
Au même moment, deux bataillons du 2* voltigeurs, lancés sur la tour et le couvent de Solferino, les enlevèrent avec un remarquable élan.
Ces bataillons ont ensuite occupé les crêtes de la position del Monte et y ont été soutenus par l’artillerie k cheval de la garde, qui vint se mettre en batterie sur la grande route de Cavriana. Bientôt l’ennemi chercha k reprendre cette importante position, et le petit nombre de troupes qui étaient sur ce point n’aurait pas permis de la conserver si Votre Majesté, en se rendant parfaitement compte de l’état des choses, n’avait envoyé immédiatement l’ordre k la division de grenadiers, commandés par le général Mellinet, de soutenir les batteries de la garde et la brigade Manèque. Cet ordre, promptement exécuté par le général Mellinet, permit k la brigade Manèque et k l’artillerie de la garde non-seulement de conserver la position un instant menacée, mais encore de gagner du terrain en avant, en s’emparant successivement des positions de l’ennemi.
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La brigade Manèque arriva ainsi à quelque dislance de Cavriana, position imporlante entourée de vieilles fortifications, où l’ennemi pouvait renouveler dans la ville et dans le château la longue résistance qu’il avait opposée à Solferino.
Votre Majesté envoya l’ordre à l’artillerie de la garde de battre cette position, et à la brigade Manèque de l’enlever. Cet ordre fut exécuté avec vigueur et intelligence sous les yeux de Votre Majesté.
Le village de Cavriana venait d’être enlevé vers cinq heures du soir, lorsqu’un violent orage éclata et suspendi un instant les opérations. Mais à peine avait-il cessé que les voltigeurs de la garde reprirent l’œuvre commencée et chassèrent l’ennemi des hauteurs qui dominent le village où le quartier général de Votre Majesté devait être établi, et terminèrent ainsi la journée.
La brigade Manèque a enlevé un drapeau, des prisonniers et 13 pièces de canon aux Autrichiens.
Pendant toute cette affaire, l’artillerie de la garde s'est fait remarquer par la précision de son tir et le choix successif de ses positions. Partout où elle a eu à contre-battre des batteries ennemies, elle a fait taire leur feu en peu de temps.
La cavalerie, commandée par le général Morris, est venue, dès son arrivée sur le champde bataille, et d’après les ordres de Votre Majesté, se placer sous le commandement du maréchal de Mac-Mahon, qui opérait dans un pays de plaine où, dans certains cas, elle pourrait trouver l’occasion de faire un bon service.
En attendant l’arrivée du corps du général Nielqui devait se lier par sa gauche au maréchal de Mac-Mahon, elle fut employée à couvrir la droite du 2* corps, et, à cet effet, le général Morris disposa ses trois brigades par échelons et les fit couvrir par une ligne de tirailleurs.
Le général Morris attendait avec impatience l’occasion de faire agir sa cavalerie ; elle se présenta vers trois heures et demie. Une colonne de cavalerie autrichienne ayant
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paru, il la fit charger en flanc par les chasseurs à cheval. Les Autrichiens, refoulés, se retirèrent à droite vers leurs batteries, dont le feu arrêta notre poursuite.
Je viens d'exposer la part que la garde a prise à la bataille de Solferino. Là, comme à Magenta, elle a agi sous les yeux et l’impulsion directe ’de Votre Majesté, qui a pu juger par Elle-même du courage et du dévouement absolu qu’elle mettait à exécuter ses ordres.
Je ferai connaître plus tard à Votre Majesté les noms des officiers qui se sont le plus particulièrement distingués, et je les proposerai pour des récompenses.
Je suis avec le plus profond respect,
Sire,
De Votre Majesté
Le très-humble et très-obéissant serviteur.
Le maréchal de France, commandant en chef la garde impériale,
Regnaud de Saint-Jean d’Angely.
P. S. Je dois signaler à Votre Majesté M. Moneglia, lieutenant de chasseurs à pied, qui a pris, dans le village de Solferino, quatre pièces de canon attelées, commandées par un colonel qui lui a remis son épée.
Rapport du maréchal Bnragucy cT Uilliers, commandant en chef le 1 ,T corps.
Sire,
Pozzolengo, le 15 juin 1859.
Votre Majesté m’avait donné l’ordre de me porter, le 24, d'Esenta à Solferino. Je fis partir, à deux heures du malin,
par la roule de la montagne, la division Ladmirault avec quatre pièces d’artillerie, et par celle de la plaine, à trois heures, les divisions Forey et Bazaine, avec leur artillerie, l’artillerie de réserve et les bagages.
A peine la tête de cette dernière colonne était arrivée aux Fontanes, que la division Forey engagea deux compagnies de chasseurs avec l’ennemi, le débusqua sans trop de difficulté des hauteurs du Monte di Valscura, et, avec deux bataillons du 74°, le chassa du village du Grole, où la résistance fut plus sérieuse.
A ce moment, la 2e division, à gauche de la r*, était ralliée, dans une vallée assez large, bordée des deux côtés de collines élevées s’étendant par des positions successives et étagées jusqu’à Solferino. Le général de Ladmirault disposa sa division en trois colonnes : celle de droite, composée de deux compagnies de chasseurs et de quatre bataillons, confiée à M. le général Douay; celle de gauche, composée comme la première, sous les ordres du général de Négrier, et se réserva la colonne du centre, composée de quatre compagnies de chasseurs, de quatre bataillons et de l’artillerie.
Les divisions Forey et Ladmirault s’avancèrent parallèlement sur Solferino : la première à droite, attaquant le mont Fenile ; la deuxième à gauche, enlevant à l’ennemi les premiers mamelons boisés de sa position.
L'occupation du mont Fenile par le 84* permit à la 6* batterie du 8* régiment de s’y établir et de protéger le mouvement de la 1" brigade, commandée par le général Dieu, qui descendit le revers du mont Fenile et se porta dans la direction de Solferino en chassant de crête en crête les troupes ennemies dont le nombre s’accroissait sans cesse. Cette brigade prit position devant des forces supérieures, et dirigea le feu de son artillerie sur les hauteurs couronnées par une tour et un bois de cyprès. Ce fut pendant cette canonnade que le général Dieu , gravement blessé, dut remettre son commandement à M. le colonel Gambriels, du 84*.
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Votre Majesté arriva elle-même près des batteries de la division Forey, et, après avoir examiné la position, donna l’ordre de porter en avant avec quatre pièces de la réserve du premier corps, la brigade d’Alton, déployée par bataillon, à demi-dislance en colonne par peloton. Le général Forey se mit à la tête de cette brigade qui s’avança avec élan, mais qui fut accueillie par un feu de mitraille et de mousquelcrie si violent de front et d’écharpe, qu'elle dut arrêter son mouvement. Votre Majesté envoya aussitôt la brigade Manèque, des v-oltigeurs de la garde, soutenir la Indivision, qui, ranimée par ce secours, battit la charge , se reporta en avant, attaqua l’ennemi au cri de: Vive l’Empereur! et, après une lutte opiniâtre, s’empara du mamelon aux Cyprès et de la tour qui domine Solferino.
La division Ladmirault avait commencé son attaque en même temps que la division Forey ; elle mit d’abord son artillerie en batterie, et, après une canonnade qui avait ébranlé l’ennemi, elle s’élança et enleva à la baïonnette les premières positions; mais bientôt scs charges firent démasquer des bataillons entiers fournissant le feu le plus serré et le plus meurtrier, et elle n’avança plus qu’à grand’peine et pied à pied. Le général de Ladmirault fut atteint d’un coup de feu à l’épaule, se retira un instant pour se faire panser, reprit le commandement et lança ses quatre bataillons de réserve qui imprimèrent à notre attaque une nouvelle impulsion : frappé d’une nouvelle balle, le général de Ladmirault fut contraint de remettre son commandement au général de Négrier. L’opiniâtre résistance de l’ennemi, les forces considérables qu’il nous opposait, et les difficultés que présentaient à la 2e division le terrain très-rétréci des attaques et les feux croisés du mamelon aux Cyprès et du cimetière crénelé contre lequel plusieurs charges au pas de course avaient vainement été tentées, me forcèrent à engager la division Bazaine. Le 1" régiment de zouaves, et, bientôt après, le 34' vinrent appuyer la 2' division ; l’ennemi couvrit nos colonnes de feux d’artillerie, de mous-
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queterie et de fusées, et tenta 4 plusieurs reprises des retours offensifs sur nos deux flancs. Le 37' fut aussi lancé en avant.
Le cimetière arrêtait tous nos efforts; voyant qu’il était indispensable de démolir cet obstacle, je donnai l’ordre d’y faire brèche, en portant à découvert, k 300 mètres du mur, dans un poste très-périlleux, une batterie d’artillerie du 10* régiment, commandée par M. le capitaine de Canecaude. La demi-batterie de montagne et d’autres pièces des divisions concentrèrent leur tir dans la même direction. Après un feu bien dirigé et très-nourri, les murs du cimetière, des maisons et du château étant suffisamment ébréchés, et l’artillerie ennemie du mamelon des Cyprès ayant été éteinte par l’artillerie du général Forey et par la 9” batterie du 10' régiment de la 3' division, le général Bazaine lança sur le cimetière le 3' bataillon du 78', commandé par le chef de bataillon Lafaille, et fit sonner et battre la charge dans les deux divisions : toutes les troupes s'élancèrent et emportèrent le village et le château, au moment même où la I" division apparaissait sur le sommet de la tour et au bois des Cyprès.
Je crois remplir un devoir en rendant témoignage de la bravoure et de la fermeté de la brigade de la garde que Votre Majesté a envoyée soutenir la 1” division dans un moment difficile; une batterie de la garde, conduite par le général Lebœuf, et lançant dans le village une grêle d’obus, a puissamment secondé notre attaque.
Le I" corps a tué à l’ennemi 800 ou 1 000 hommes environ, lui a blessé beaucoup de monde, lui a fait 1 200 prisonniers, pris quatre canons, deux caissons et deux drapeaux. Il n’a pas obtenu ce succès sans éprouver de pertes regrettables. Les généraux de Ladmirault et Dieu ont été blessés dangereusement, le général Forey légèrement. Les colonels de Taxis, Brincourt, Pinard et Barry ont été blessés,ainsi que les lieutenants-colonels Vallet, Maire, Hémard et Servier. Le lieutenant-colonel Ducoin et les chefs de bataillon Kléber, de Saint-Paër Angevin et Guillaume ont été
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tués. Les chefs de bataillon Brun, Meuriche, dePontgibaud, Lebreton, Laguerre, Lesèble, Mocquerv.Gouzy, Lespinasse et Foy ont été blessés. Le nombre des officiers hors de combat est de 234, et celui des soldats tués ou blessés s'élève à 4 000 environ.
J’ai adressé à Votre Majesté des mémoires de proposition, non-seulement pour pourvoir aux emplois vacants, mais encore pour les récompenses à accorder à de braves soldats qui ont bien mérité de la patrie et de l’Empereur dans cette grande journée où les deux armées se sont rencontrées sur un vaste terrain dont Solferino occupait au centre un des points du plus difficile accès. Votre Majesté, qui était elle-même sur le lieu du combat, a vu et apprécié les obstacles que le 1" corps a eus à vaincre, les forces nombreuses que l'ennemi lui a opposées et la ténacité de la défense , augmentée encore , dit-on , par la présence du général en chef autrichien à Solferino.
Après la prise du village, les troupes étaient à peine reformées, que, sur l’ordre de Votre Majesté, la I” division s’est portée sur les crêtes, dans la direction de Gavriana ; la 3' division a poursuivi l’ennemi pendant une lieue dans la plaine, et, couvrant du feu de ses batteries les colonnes autrichiennes en retraite, leur a fait éprouver de grandes pertes et capturé de nombreux prisonniers. Parties d’Esenta à deux et trois heures du matin, mes divisions n’ont pris leurs bivouacs qu’à neuf heures du soir.
Pendant le combat et au plus fort du feu, vers midi, nous aperçûmes quatre colonnes autrichiennes qui cherchaient à tourner la droite de l’armée piémonlaise; six pièces d’artillerie, dirigées par M. le général Forgeot, forcèrent, par un feu très-juste et très-vif, ces colonnes à rebrousser chemin en désordre.
Je ne saurais assez louer le zèle et la vigueur de tous les officiers des divisions du 1" corps et de l’état-major général, et particulièrement des généraux Forey.de Ladmirault, Bazaine et Forgeot. Je m’abstiens de faire des citations individuelles, parce qu’elles seraient trop nombreuses; je
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dois aux officiers de toutes les armes ce tribut d'éloges bien mérités ; et si, parmi eux, le chiffre des tués et blessés dans ce rude combat est au-dessus de la proportion ordinaire, c’est que tous ont payé largement de leurs personnes, heureux de donner ainsi à l’Empereur une nouvelle preuve de leur dévouement.
Je suis avec respect,
Sire,
De Votre Majesté,
Le très- humble et très-fidèle sujet,
Le maréchal,
Baraguey d’Hilliers.
Rapport du maréchal de Mac-Mahon, commandant en chef le 2e corps.
Au quartier général, h Cavriana, le 26 juin 1859.
Sire, '
Conformément aux ordres de Votre Majesté, le 2* corps a quitté Castiglione le 24 au matin, pour aller occuper Cavriana. Il a débouché de Castiglione vers trois heures, marchant sur une seule colonne, par la route de Mantoue, afin de ne pas gêner le mouvement des l*r et 4' corps, qui marchaient sur ses flancs en arrière de lui.
Il devait quitter la route de Mantoue à environ 9 kilomètres de Castiglione et se porter sur Cavriana, par le chemin de San Cassiano.
Vers quatre heures, je fus prévenu par le général Gaud.in de Villaine, qui éclairait ma marche, que l’ennemi était
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devant moi, à peu de distance, sur la route même que je suivais.
A cinq heures, la fusillade s’engageait entre mes tirailleurs et ceux de l’ennemi qui occupaient la ferme de Casa Marino.
Je me portai de ma personne à Monte Medolano qui est près de celte ferme, et de celte éminence je pus me convaincre que j’allais avoir affaire à des masses ennemies avec lesquelles il fallait compter.
A cette même heure (cinq heures) j'entendais un vif engagement sur ma gauche, entre Casliglione et Solferino.
C’était le maréchal Baraguey d’Hilliers qui, dans sa marche sur ce dernier point, se trouvait aux prises avec l’ennemi.
Du côté de Cavriana, j’apercevais un grand mouvement de troupes ennemies venant couronner successivement toutes les hauteurs qui s’étendent entre Solferino et Cavriana.
La situation dans laquelle je me trouvais méritait réflexion. Je sentais la nécessité de me porter aussitôt que possible sur le canon du maréchal Baraguey d'Hilliers; mais d’un autre côté, je ne pouvais dégarnir et marcher sur Solferino ou sur Cavriana sans courir le risque de permettre à l’ennemi de couper l’armée en deux, en débouchant dans cette même plaine par la route de Mantoue à Guiddizzolo, entre les 3e et 4' corps et moi.
J’étais sans nouvelles du général Niel et je sentais toute l’importance de me maintenir dans la position où je me trouvais, et de savoir, avant de faire un mouvement, s’il était h même de me soutenir en occupant la ligne qui s’étend de Medole à Guiddizzolo.
Vers six heures, je ne voyais point encore les colonnes du général Niel du côté de Medole. J’envoyai mon chef d’état-major général dans cette direction, afin de savoir où en était le mouvement du 4' corps sur Guiddizzolo.
Le général Lebrun arriva à Medole au moment même où le 4' corps attaquait ce village, où l’ennemi s’était établi fortement.
Le général Niel, prévenu de l’intention que j'avai3 de me porter vers le lrr corps, me fit connaître que, dès qu’il aurait enlevé Medole, il se rapprocherait aussi vite que possible de ma droite, afin de me permettre d’exécuter mon mouvement sur Cavriana. Il me prévenait en même temps qu’il ne pourrait me rejoindre avant que le 3' corps n’eût fait sa jonction avec lui pour appuyer sa droite.
Vers huit heures et demie, m’apercevant que les forces de l’ennemi augmentaient sur mon front dans la plaine de Guiddizzolo, je fis attaquer la ferme de Casa Marino pour porter ma tête de colonne à hauteur de cette ferme, d'où je devais mieux juger les mouvements et les forces de l’ennemi.
Je pris alors les dispositions suivantes :
La 2' division, qui marchait en tête du corps d’armée, fut déployée en avant de la ferme, perpendiculairement à la route de Mantoue, sa droite k cette route. A sa hauteur et prolongeant la ligne de bataille, je fis placer la 1" brigade de la 1” division, sa gauche à la même route, sa droite se dirigeant vers Medole, par où devait venir le corps du général Niel. La 2* brigade de la 1" division formant la réserve du corps d’armée, fut établie en arrière de Casa Marino, vers la ferme Barcaocia pour tenir tête aux colonnes de cavalerie qui, de San Cassiano, menaçaient de faire une trouée entre le 1" et le 2' corps. La cavalerie de réserve (7' régiment de chasseurs) couvrit de ce même côté la gauche de ma 2e division.
A peine ces dispositions étaient-elles prises, qu’une forte colonne autrichienne, venant de Guiddizzolo par la route de Mantoue, s’avança sur Casa Marino. Elle était précédée d’une nombreuse artillerie qui vint se mettre en batterie k 1000 ou 1200 mètres en avant de mon front.
Les quatre batteries d’artillerie des 1" et 2e divisions (12' du 7', 11' du 11', 2' du 9' et 13' du 13') se portèrent immédiatement sur la ligne des tirailleurs et ouvrirent un feu très-vif, qui força bientôt l’artillerie ennemie à se reporter en arrière, après avoir vu sauter deux de ses cais-
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sons. C’est au commencement de ce combat d’artillerie contre artillerie que le général Auger eut le bras gauche emporté par un boulet.
Sur ces entrefaites, on me signalait les divisions de cavalerie Partouneaux et Desvaux, arrivant en arrière de la droite de ma ligne de bataille. Je les fis prévenir de se porter rapidement à hauteur de ma droite, de manière à occuper l’espace laissé libre jusque-là entre Medole et Monte Medelano.
Les batteries à cheval de ces deux divisions se déployèrent en avant de leur front, et prirent d’écharpe l’artillerie ennemie» déjà battue de front par le canon de mes divisions. Les généraux Partouneaux et Desvaux exécutèrent plusieurs charges heureuses. Dans l’une d’elles, 600 hommes d’infanterie furent rejetés sur nos tirailleurs, qui les firent prisonniers.
Pendant que ceci se passait sur ma droite, une colonne, composée de deux régiments de cavalerie, cherchait à tourner ma gauche, qui était soutenue par deux escadrons du 4* chasseurs et quatre escadrons du 7* chasseurs, commandés par le colonel Savaresse. Notre cavalerie repoussa vigoureusement trois charges de l’ennemi, et le rejeta, dans le plus grand désordre, sur les bataillons de gauche de la 2* division (1 1* bataillon de chasseurs, 72' de ligne), qui s’étaient formés en carrés. L’ennemi laissa sur le terrain un grand nombre de chevaux tués ou blessés. Nos chasseurs ramenèrent plusieurs prisonniers, parmi lesquels un officier supérieur et une trentaine de chevaux tout harnachés.
Grâce à ces charges heureuses, grâce au feu de mon artillerie, je pus maintenir partout l’ennemi h bonne distance, et attendre, non sans une certaine impatience, l’entrée en ligne du 4' corps.
Vers onxe heures seulement, je reçus du général Niel l’avis qu’il était en mesure de marcher directement sur Cavriana. J'ordonnai au général de La Motterouge de se porter, avec sa division disposée sur deux lignes, vers
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Solferino, où il devait faire jonction avec l’infanterie de la garde impériale qui marchait sur ce point. Le général Decaen devait suivre son mouvement.
En ce moment (deux heures et demie), la division de cavalerie de la garde impériale était mise à ma disposition par ordre de Votre Majesté.
J ordonnai au général Morris de se porter dans l’intervalle qui séparait ma droite des divisions Partouneaux et Desvaux, et de se former en arrière en échelons dès que le 2' corps se reporterait en avant. De cette manière, il devait me relier avec le quatrième corps.
Ces dispositions prises, et dès que la division La Motterouge eut fait sa jonction avec les voltigeurs de la garde, tout le 2” corps fit, dans chaque bataillon, tête de colonne à droite pour se porter sur San Cassiano et sur les autres positions que l’ennemi occupait dans la plaine.
Le village de San Cassiano fut tourné à droite et à gauche, et enlevé en un instant, avec un élan irrésistible , par les tirailleurs indigènes et par le 45* de ligne.
Les tirailleurs algériens appuyèrent ensuite à gauche pour se porter sur le contre-fort principal qui relie Cavriana à San Cassiano.
Ce contre-fort était fortement défendu par l’ennemi, qui avait réuni sur ce point des forces considérables. Le premier mamelon , sur lequel se trouvait une espèce de redoute fut enlevé par les tirailleurs. Mais en ce moment, je m’aperçus que l’ennemi faisait un nouvel effort pour se jeter entre ma droite et le général Niel, et que, d’un autre côté, la colonne qui était k ma gauche n'arrivait pas encore à ma hauteur.
Je dus donc faire arrêter un moment le mouvement général en avant.
L’ennemi réunit alors de grandes forces entre Cavriana et la redoute occupée par les tirailleurs, puis il fit tout à coup un vigoureux retour offensif qui les obligea h quitter cette position. Un bataillon du 45® et une partie du 72* commandée par le colonel Caslex, vinrent alors en aide aux
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tirailleurs, qui reprirent la redoute, où ils durent également s’arrêter d’après l’ordre donné.
Le 45* et le 72e de ligne prirent position plus en arrière.
Bientôt l’ennemi fit un nouvel effort sur les tirailleurs et les força une seconde fois à quitter la position.
J’ordonnai alors au général de La Motterouge de soutenir cette colonne avec sa brigade de réserve (65e et 70' de ligne), et je prescrivis à tout le corps d’armée de se porter en avant dès que notre attaque de gauche recommencerait.
Dès que le général de la Motterouge eut rejoint les tirailleurs et le 35', toute la colonne se porta en avant.
Elle fut soutenue dans ce mouvement par un bataillon de grenadiers, et un peu en arrière par le reste de la brigade de la garde, commandée par le général Niel.
Toutes les positions furent successivement enlevées jusqu’à Cavriana, où les tirailleurs indigènes entrèrent en même temps que les voltigeurs de la garde, qui y arrivèrent par le chemin de Solferino.
La division Decaen suivit le mouvement et chassa l'ennemi de plusieurs fermes qui se trouvaient devant elle dans la plaine.
La cavalerie de la garde qui, sous les ordres du général Morris, flanquait mon extrême droite pendant tout le mouvement, était formée en trois échelons.
Le premier, composé des chasseurs et des guides, avait sa gauche appuyée à la droite de la division Decaen ; les deux autres, situés un peu plus en arrière, se reliaient avec le général Desvaux.
Vers trois heures, le général Morris fit charger en flanc, par le général Cassaignoles, une colonne de cavalerie autrichienne qui menaçait de tourner sa droite.
Un peu plus tard , un régiment de cavalerie ennemie chercha à repousser un escadron de chasseurs de la garde, qui formait une ligne de tirailleurs conduite d’une manière remarquable par le commandant de Lavigerie. L’ennemi prit sa direction, sans s’en douter, sur le IIe bataillon de
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chasseurs à pied, qui était formé en carré dans un chemin creux et dans les blés, d’où il ne pouvait être aperçu.
Ce bataillon se leva tout à coup et fit feu de deux de ses faces. La cavalerie ennemie fit aussitôt demi-tour et se retira en désordre, prise alors en flanc par une batterie de la 2e division et par une batterie de la garde.
Vers, six heures et demie, l’ennemi était en retraite dans toutes les directions, ayant éprouvé de très-grandes pertes, à en juger par le nombre des cadavres qu’il avait laissés sur le terrain.
La lr* division bivouaqua alors sur le contre-fort situé en arrière de Cavriana, et la 2' division resta en bataille dans la plaine, de manière à faciliter la jonction du 4' corps avec le 2*.
Je n’ai pas besoin de dire ici si les troupes du 2* corps ont combattu vaillamment pendant cette longue journée. Votre Majesté a pu juger elle-même de leur élan irrésistible pendant les diverses phases de la bataille. Elle a vu de ses propres yeux comment elles ont su, à la fin de la journée, pour couronner la victoire, enlever les positions si difficiles de Cavriana et battre l’ennemi sur les hauteurs, où il a essayé vainement de tenir devant elles.
Nos pertes ont malheureusement été très-sensibles : il n’en pouvait être autrement.
Au début de la bataille, le général Auger, commandant l’artillerie du 2* corps, a eu le bras gauche emporté par un boulet.
Le colonel Douay, du 70* de ligne, le colonel Laure et le lieutenant-colonel Herment, du régiment de tirailleurs, ont été tués bravement à la tête de leurs troupes.
Parmi les corps qui ont le plus souffert, je citerai : le régiment de tirailleurs, qui a eu 7 officiers tués et 2-2 officiers blessés, le 72' de ligne, qui a eu 5 officiers tués et 19 officiers blessés ; le 45* de ligne, déjà si éprouvé à Magenta, a eu 20 officiers mis hors de combat dans la journée du 24 juin.
En résumé, dans cette rude journée, le 2* corps a eu : It 30
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19 officiers tués, 95 officiers blessés, 192 soldats tués, 1 266 blessés et 300 disparus. (Ce dernier chiffre, qui était de 500 hier, diminue d’heure en heure, par suite de la rentrée à leurs corps d’hommes fatigués qui n’avaient pu suivre.)
Je ne fais pas en ce moment de citations particulières à Votre Majesté : je me réserve d’appeler ultérieurement toute sa bienveillante sollicitude sur ceux qui, braves entre tous, ont mérité d’être proposés pour des récompenses.
J’ai l’honneur d'être avec respect,
Sire,
De Votre Majesté,
Le très-humble et très-obéissant serviteur et sujet,
Le maréchal commandant en chef le 2* corps.
De Mac-Mahon, duc de Magenta.
Rapport du maréchal Canrobert, commandant en chef le 3' corps.
Bivouac de Robecco, le 25 juin 1859.
Sire,
En rendant compte à Votre Majesté, dès hier soir, des opérations auxquelles le 3* corps a pris part dans la journée du 24 juin courant , je n’ai pu fournir à l’Empereur que des indications sommaires, en l’absence de renseignements transmis par les généraux commandant les divisions : les rapports queje reçois aujourd’hui me permettent d'entrer dans des détails plus précis.
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Parti de Mezzano le 24 juin, à deux heures et demie du matin, en me dirigeant sur Medole, conformément aux ordres de l’Empereur, j’ai effectué le passage delà Chiese à Visano, sur un pont jeté pendant la nuit par le génie piémontais. J’avais prescrit la veille au soir à la brigade Jannin, de la division Renault, de se porter sur ce point pour protéger l'opération.
A sept heures, ma télé de colonne arrivait à Castelgoffredo, et les renseignements recueillis par mon avantgarde m’apprenaient que la cavalerie ennemie était encore dans cette petite ville, ancienne place ceinte d’une muraille et munie de portes qui avaient été barricadées. Le général Jannin, k la tête d’un bataillon du 56% reçut l’ordre de tourner la position et de se diriger au sud de la ville pour y pénétrer par la porte de Mantoue. Le général Renault se plaça k la tète des troupes qui devaient attaquer de front, et la porte du côté d’Acqua Fredda fut abattue k coups de hache parle génie.
Les hussards du 2* régiment, composant mon escorte, sous la vigoureuse impulsion de leur chef, le capitaine commandant Lecomte, se ruèrent sur un piquet de hussards autrichiens qui se trouvaient dans la ville et le sabrèrent. Ces cavaliers ont fait preuve d’un grand élan ; ils ont eu plusieurs blessés et ont tué et blessé quelques hommes k l’ennemi.
A neuf heures un quart, le 3e corps est arrivé k hauteur de Medole- En entrant dans ce village, j’ai appris que le 4* corps était engagé en avant de moi. L’aile droite de ce corps, commandée par le général de Luzy, avait dû soutenir des attaques très-sérieuses, et, menacée d’étre tournée, elle demandait instamment k être appuyée.
Le général commandant le 4* corps m’adressait également plusieurs officiers pour me demander d’envoyer des renforts sur son centre qui avait eu beaucoup k souffrir.
A ce moment même je recevais de l’Empereur communication d’une lettre par laquelle on annonçait qu’un corps de 25 k 30 000 hommes était sorti de Mantoue par la porte
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Pradella, dans la journée d’hier 23, et que ses avantpostes étaient au village d'Acqua Negra. Ces renseignements étaient du reste corroborés par le général de Luzy, qui annonçait avoir vu une colonne considérable passer de sa gauche vers sa droite, par des renseignements émanant des gens du pays, enfm par une indication consistant en une longue tramée de poussière se dirigeant du côté d' Assola vers Arqua Fredda.
Pour faire face aux exigences de la situation, je m’empressai d’envoyer le général Renault, avec six bataillons, soutenir le général de Luzy sur la route de Ceresara. Le 41' prit position à 2 kilomètres de Medole, à cheval sur la Seriola Marchionale. Le 56' fut placé en retour, faisant face à Castelgoffredo, de manière à surveiller le mouvement tournant annoncé de la part de l’ennemi. Une section d’artillerie se mit en batterie sur la route à hauteur des tirailleurs, et fit feu sur les colonnes autrichiennes qui sedirigaient sur notre droite.
Cette disposition permit à Indivision de Luzy d’appuyer à gauche, vers le centre du général Niel, et, vers une heure de l’après-midi, les attaques sur Rebecco paraissaient plus menaçantes, j’appelai la totalité de la division Renault, moins deux bataillons du 23' de ligne que je laissai à la garde de Medole. La division fut alors établie sur la droite et la gauche de la Seriola, se reliant fortement à la droite du 4' corps, qu’elle suivit dans un mouvement prononcé que ce dernier dut faire vers la gauche.
Une partie de la division Renault se trouva donc, par suite de ce mouvement h hauteur de Rebecco, sur lequel durent se porter un bataillon du 56', le 90' avec deux compagnies du 8' bataillon de chasseurs à pied et une section d’artillerie. Cette attaque fut dirigée de la manière la plus énergique par le colonel Guilhem du 90' et le commandant Schwartz du 56'. Cette colonne arriva en ligne au moment où le 73' (division de Luzy), débordé sur sa droite, était menacé d’étre tourné ; une vigoureuse charge à la baïonnette du 56', dirigée par le cominaudant Schwartz, eut un
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plein succès, et plus tard, vers les cinq heures, cette portion de la division Renault occupait le village de Rebecco.
Le 3' corps avait, en raison des éventualités qui pouvaient se produire sur sa droite, disposé d’une partie déjà bien importante de ses forces, et cependant de nouvelles demandes lui étaient adressées instamment afin d’appuyer le centre du 4e corps sur lequel l'ennemi faisait, comme sur la droite, un effort désespéré. Supposant que la division Bourbaki ainsi que la brigade Collineau de la division Trochu seraient suffisantes pour repousser le corps ennemi annoncé de Mantoue, j’envoyai le général Trochu avec la brigade Bataille de sa division au général Niel, pour être placé entre les divisions de Failly et Vinoy du 4' corps.
A quatre heures cette brigade entrait en ligne, les bataillons en colonne serrée par division, dans l’ordre en échiquier que je leur prescrivis sur le terrain, l’aile gauche refusée et l’artillerie à portée d’agir efficacement. Ce renfort permettait au général Niel de prononcer un mouvement offensif qui a d’abord repoussé l’ennemi; mais celui-ci ayant opéré un retour, la brigade Bataille a été lancée de nouveau, et, conduite avec un admirable entrain par lo général Trochu, a refoulé définitivement l’ennemi qui n’a pas reparu.
Dans cette marche rapide fournie jusqu'à la roule de Cçresara, le 44' formant l’aile droite, a été un instant débordé par l’ennemi ; mais, sur l’ordre du général Bataille, dont je ne saurais trop louer le courage et le sang-froid, les deux derniers bataillons, vigoureusement conduits par le colonel Pierson et le commandant Coudanieu, ont fait face à droite, marché rapidement sur la tuilerie, et serré de si près l’ennemi qu’ils lui ont fait des prisonniers et l'ont forcé à abandonner deux pièces qui ont été prises.
Le 43' de ligne, dont un bataillon s’est trouvé un instant très-sérieusement engagé, a moutré une grande solidité. J’ai le regret d’annoncer à l’Empereur que sou chef, le colonel Broutta, a été mortellement blessé.
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Le 19' bataillon de chasseurs h pied s’est également distingué par son élan.
Pour soutenir le mouvement de la brigade Bataille, j’avais prescrit au général Courtois d’Hurbal de faire avancer son artillerie de réserve, qui était venue prendre position.
J’avais envoyé le colonel Besson, mon chef d’état-major général, sur la route deMedole à Castelgoffredo, pour s’assurer si les reconnaissances du général Bourbaki avaient pu faire découvrir quelque chose des projets de l’ennemi au sujet du mouvement tournant annoncé. De forts détachements de uklans, appuyés par de l’artillerie légère, avaient pu faire croire h la réalisation de cette attaque, à laquelle il était indispensable de parer; mais, comme il avait été constaté à plusieurs reprises qu’aucun corps d’infanterie ne paraissait derrière la cavalerie, je crus pouvoir laisser la brigade Collineau, de la division Trochu, seule, pour couvrir Medole et faire entrer en ligne la division Bourbaki. A partir de ce moment, notre position était entièrement assurée.
La part prise par le général Trochu au succès de la journée mérite d’être signalée tout spécialement, et fait le plus grand honneur à cet officier général, qui se loue beaucoup de son aide de camp, le capitaine Capilan, lequel a eu un cheval tué sous lui.
Les pertes éprouvées par les troupes du 3' corps engagées dans la bataille du 24 juin s’élèvent à 250 tués ou blessés, parmi lesquels 3 officiers tués et 12 blessés.
De Votre Majesté,
Sire,
Le très-fidèle sujet,
Maréchal Canrobert.
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Rapport du maréchal Niel, commandant en chef le 4* corps.
Àu'quartier général de Volta, le 27 juin 1859.
Sire,
Les troupes du 4' corps ont pris une large et glorieuse part à la bataille de Solferino. Je vais rendre à Votre Majesté un compte sommaire de cette rude journée.
D’après l’ordre de marche du 24 juin, le quartier impérial devait se porter avec la garde de Montechiaro à Castiglione; le 1" corps, d’Esenta à Solferino; le 2* corps, de Castiglione àCavriana; le 3' corps, de Mezzano à Medole; enfin le 4* corps, renforcé des deux divisions de cavalerie Partouneaux et Desvatix, de Carpenedolo à Guiddizzolo. Le Roi de Sardaigne devait occuper Pozzolengo.
Le 4 • corps s’est mis en route à trois heures du matin, les soldats ayant pris le café. Les trois divisions d’infanterie suivaient la route de Carpenedolo à Medole; les batteries et le parc de réserve étaient intercalés entre la division Vinoyet la division de Failly; la division de Luzy marchait en tête, éclairée par deux escadrons du 10' chasseurs , commandés par le général de Rochefort. La route traverse un pays couvert de riches cultures, d’arbres et de vignes ; elle est bordée par des fossés profonds et pleins d’eau. Les deux divisions de cavalerie marchaient sur la route de Castiglione à Goito, qui traverse une plaine de 3 ou 4 kilomètres de largeur, où la cavalerie et l’artillerie peuvent facilement manœuvrer. Cette route passe à Guiddizzolo.
A environ 2 kilomètres de Medole, les escadrons du gé-
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néral de Rochefort ayant rencontré des uhlan3, les chargèrent avec impétuosité ; mais ils furent bientôt arrêtés par des troupes d’infanterie qui occupaient le village en force, soutenues par de l’artillerie. Le général de Luzy prit immédiatement ses dispositions d’attaque ; il fit entourer le village des deux côtés de la route par plusieurs bataillons d’infanterie , sous les ordres des généraux Lenoble et Douay, et, dès qu’il fut en vue des premières maisons qu'occupait l’ennemi, il les fit canonner.
Ilientôt après, les mouvements de flanc étant bien prononcés, il fit battre la charge et aborda lui-même le village avec une forte colonne d’infanterie. Celte attaque, exécutée avec une grande bravoure, fut couronnée d’un plein succès. A sept heures, Medole était en notre pouvoir, et l’ennemi se retirait, ayant essuyé de grandes pertes et laissant entre nos mains deux canons et beaucoup de prisonniers.
Au sortir de Medole, trois bataillons de la division de Luzy se portèrent sur la route de Ceresara, tandis que la brigade Douay marchait à la poursuite de l’ennemi vers Rebecco, village situé à une lieue de Medole, sur la route de Guiddizzolo. Cette brigade rencontra bientôt des forces supérieures qui arrêtèrent sa marche.
Aussitôt que la division Vinoy vint déboucher du village de Medole, je fis porter en avant, vers la route de la plaine, huit pièces appartenant à la division de Luzy; la division Vinoy alla soutenir cette artillerie , repoussant en même temps l’ennemi qui occupait des petits fourrés dans la direction d'une maison isolée, nommée Casa Nova, qui se trouve sur la droite de la grande route de Goito, à deux kilomètres de Guiddizzolo. Des combats acharnés se sont livrés pendant toute la journée autour de cette maison.
Dès que je pus sortir du pays couvert que traverse le chemin de Medole, j’aperçus dans la plaine de fortes colonnes autrichiennes d’infanterie et de cavalerie qui faisaient face au corps du maréchal de Mac-Mahon, et qui menaçaient de m’envelopper dans le mouvement que je
faisais sur leur flanc. La division Vinoy se forma en bataille dans une direction oblique qui me rapprochait du maréchal de Mac-Mahon, et, sous cet appui, je fis déboucher de Medole l'artillerie de réserve, qui se mit en batterie, ayant derrière elle et à sa gauche les divisions de cavalerie.
Pour avoir un appui à sa droite, le général Vinoy enleva à l’ennemi la ferme de Casa Nova; mais, occupant ainsi un front très-étendu pour mes forces, j’attendais avec impatience la division de Failly, qui, de son côté, doublait de vitesse pour venir prendre part au combat.
L’ennemi tenta de tourner la gauche du général Vinoy dans l'espace que laissaient entre eux le 2e et le 4' corps. Une colonne d’infanterie, soutenue par une nombreuse cavalerie, s’approcha jusqu’à 200 mètres de la division Vinoy, mais elle fut arrêtée par la mitraille et les boulets des 42 pièces d’artillerie des divisions et de la réserve, qui prenaient successivement leur poste de combat, et qui bientôt furent toutes en batterie sous l’habile direction du général Soleille.
L’ennemi déploya à son tour son artillerie.
Dans celte lutte , qui dura une grande partie de la journée, notre artillerie eut toujours un avantage incontestable, et ses terribles effets sont marqués par les débris d’hommes et de chevaux qui jonchent le sol.
A mesure que le corps du maréchal de Mac-Mahon s’avançait, la division Vinoy, pivotant sur la Casa Nova, suivait le mouvement par l’aile gauche. Mais les forces ennemies, qui reculaient dans la plaine, portaient leurs efforts sur la Casa Nova et sur les premières maisons de Rebecco où se livraient des combats acharnés. Dès que la division de Failly put entrer en ligne, je donnai pour direction à sa tète de colonne le hameau de Baite, situé entre Rebecco et la ferme de Casa Nova. .
Le général de Failly s’y porta avec la brigade O’Farrell, et je conservai sous ma main, comme réserve, la brigade Saurin.
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A partir de ce moment, mes troupes étaient disposées comme il suit, de la droite à la gauche : au village de Rebecco, la division de Luzy; à Baite la première brigade de la division de Fuilly ; à gauche, se refusant dans la direction du marécnal de Mac-Mahon, la division Vinoy déployée, sept batteries d’artillerie et deux divisions de cavalerie.
Le but que je poursuivais, et qui aurait donné de magnifiques résultats si j’avais pu l’atteindre, c’était que, lorsque Cavriana serait au pouvoir du 2" corps, le maréchal Canrobert, arrivé à Medole, voulût bien envoyer en avant une ou deux de ses divisions pour occuper Rebecco. Alors, avec les deux divisions de Luzy et de Failly, j'allais m’emparer de Guiddizzolo, et, maître de l’embranchement des routes, je coupais la retraite, soit sur Goito, soit sur Volta, aux masses ennemies qui occupaient la plaine. Malheureusement, le maréchal Canrobert, menacé sur sa droite, ne jugea prudent de me prêter son appui que vers la lin de la journée.
L'ennemi, qui sentait tout le danger que lui faisait courir ma marche sur Guiddizzolo, réunit tous ses efforts pour l’arrêter.
Une lutte des plus vives se prolongea pendant plus de six heures autour de la ferme de Casa Nova, au hameau de Baite et au village de Rebecco. Quand le combat avait lieu par des feux d’infanterie, l’ennemi ayant l’avantage du nombre, je perdais du terrain. Alors je formais une colonne d’attaque avec un des bataillon de ma réserve, et la baïonnette nous donnait plus que la fusillade ne nous avait fait perdre.
Dans ces combaU incessants, j’ai eu le regret de voir tomber de braves soldats et des chefs bien dignes de les commander :
Le colonel Lacroix, du 30' de ligne; le colonel Capin, du 63"; le colonel Broutta, du 43' (division Trochu); les lieutenants-colonels de Neuchèze, du 8' de ligne; de Campagnon, du 2' de ligne; Des Ondes, du 5' hussards ; les
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chefs de bataillon Nicolas, Tiersonnier et Hébert, se sont fait tuer à la tête de leurs troupes.
Le général Douay, qui s’est particulièrement distingué dans cette journée, et un grand nombre d'officiers supérieurs, ont reçu des blessures qui priveront momentanément l’Gmpereur de leurs services.
A toutes ces pertes j’en dois ajouter une qui m’est particulièrement sensible , celle du colonel du génie Jourjou, officier accompli aussi remarquable par sa science que par ses qualités militaires.
La cavalerie nous a été d’un puissant secours pour éloigner de la Casa Nova l’infanterie ennemie, qui renouvelait sans cesse ses efforts pour nous enlever ce point d’appui important.
Les deux divisions de Partouneaux et Desvaux ont, à plusieurs reprises, chargé l’infanterie autrichienne avec une grande bravoure.
Vers trois heures, M. le maréchal Canrobert, étant venu sur le champ de bataille pour juger par lui-même ma position envoya l’ordre à la division Renault, du 3” corps, qui observait la route de Medole à Ceresara, d’appuyer sur Rebecco, et il ordonna en même temps au général Trochu d’amener sa première brigade sur le lieu même où se trouvait ma réserve, entre Casa Nova et Baite , car c’était toujours lù que se portaient les plus grands efforts de l’ennemi.
Voyant que j’allais être soutenu par des troupes fraîches, je formai immédiatèment quatre bataillons de la division de Luzy en colonnes d’attaque ; j'y joignis deux bataillons de la division de Fçilly, qui formaient en ce moment mon unique réserve, et le général de Luzy conduisit les troupes dans la direction de Guiddizzolo.
La tète de colonne, formée par un bataillon du 30* de ligne, arriva jusqu’aux premières maisons du village; mais, trouvant devant elle des forces supérieures, elle dut se retirer.
Nos soldats étaient, d'ailleurs, accablés par la fatigue ;
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ils marchaient et combattaient depuis douze heures sur un terrain complètement dépourvu d’eau, et, pendant cette lutte incessante, ils n'avaient pas eu le temps de manger.
Cependant M. le maréchal Canrobert ayant bien voulu me promettre l’arrivée avant la nuit de la division Bourbaki, je voulus tenter un dernier effort sur Guiddizzolo avec la brigade Bataille de la division Trochu, qui avait pris la place de ma réserve. Le général Trochu, ayant formé ses bataillons en colonnes serrées, les conduisit à l’ennemi en échiquier, l'aile droite en avant, avec autant d’ordre et de sang-froid que sur un champ de manœuvres. Il enleva à l’ennemi une compagnie d’infanterie et deux pièces de canon, et arriva jusqu’à demi-distance de la Casa Nova à Guiddizzolo.
Un violent orage précédé de tourbillons de poussière, qui nous plongea dans l’obscurité, vint mettre fin à celte terrible lutte, et le 4e corps prit ses bivouacs sur un champ de bataille qu'il avait glorieusement conquis. Il a pris à l’ennemi un drapeau, enlevé par des soldats du 76* de ligne, et 7 pièces de canon. Il a fait environ 2000 prisonniers; et, sur un champ de bataille qui a près de deux lieues de long, la marche du 4* corps est jonchée des cadavres de l’ennemi. La lutte a été longue et opiniâtre, et il n’est pas un bataillon du corps d’armée qui n’y ait pris part.
Je ne puis citer à Votre Majesté les nombreux actes de bravoure dont j’ai été témoin ou qui m’ont été rapportés, mais je dois lui dire que chacun a fait noblement son devoir et qu’eu voulant donner des témoignages de satisfaction, je suis tout naturellement conduit à parler à Votre Majesté de la belle conduite des généraux de division ; après eux, des généraux de brigade, et ensuite des chefs de corps, qui ont été en si grand nombre tués ou blessés.
Voici l’état des pertes éprouvées par les troupes du 4* corps et des deux divisions de cavalerie ;
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Tués.
Blessés.
Disparus
4* coaps.
Officiers.
Troupes.
Officiers.
Troupes.
Troupes.
Indivision d’infanterie (de Luzy)..
!• — — (Vinoy)
3* — — (de Fâilly). . .
Division do cavalerie (Parlouneaui).
— — (Desvaux)
Artillerie
Etat-major
JB
Totaux
ZJ
Le maréchal commandant le 4* corps, Niel.
Noie insérée au Moniteur universel.
7 août 1859.
Le maréchal commandant le 3' corps de l’armée d’Italie a réclamé contre un passage du rapport sur la bataille de Solferino, adressé à l'Empereur par le commandant du 4‘ corps. Sa Majesté a ordonné l’insertion de la note suivante :
Il est dit dans ce passage que le 3* corps n’a donné son appui au 4* que sur la fin de la journée. Cependant, dès son arrivée au village de Medole, le maréchal Canrobert envoya les premières troupes de la division Renault sur la route deCeresara, avec la mission de couvrir la droite du 4* corps. La présence de ces troupes a donc eu pour résul-
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tat, dès dix heures du malin, d’enlever au général Niel toute appréhension sur les attaques qu’il pouvait avoir h craindre sur son flanc droit, qui n’était gardé que par trois de ses bataillons. Il est donc juste de reconnaître que le maréchal Canrobert avait déjà donné un appui utile au 4* corps avant l’heure où la division Renault vint occuper le village de Rebecco pour permettre au général Niel d’en retirer une partie de la division de Luzy, en même temps que la première brigade de la division Trochu venait combattre au milieu des troupes du 4* corps.
D’ailleurs le général Niel ne pouvait avoir l’intention, dans son rapport à l’Empereur, d’incriminer en aucune manière la conduite du maréchal Canrobert, dont le caractère chevaleresque est bien connu.
Rapport de S. A. I. le Prince Napoléon, commandant le 5* corps de l'armée d'Italie , à l'Empereur.
Quartier général à Goito, le 4 juillet 1856.
Sire,
Jusqu’à ce jour, la mission du 5* corps, dont Votre Majestés daigné me confier le commandement, a été politique et militaire.
Seule la division d’Autemarre, retenue à l’armée de Votre Majesté, a été assez heureuse pour qu’un de ses régiments, le 3* de zouaves, engagé avec l’ennemi, se couvrit de gloire à Palestro. Un autre, le 93*, a eu aussi le bonheur de combattre à Montebello.
Le 5* corps, en se réunissant en Toscane, avait pour mission politique :
PIÈCES JUSTIFICATIVES
1° De maintenir ce duché dans la ligne de conduite tracée par Votre Majesté, c’est-à-dire de ne pas laisser dégénérer l’expression du sentiment patriotique, et surtout d’organiser militairement toutes les ressources que l’on pouvait tirer de ce pays, ainsi que des duchés de Parme et de Modène ;
2° De contraindre, par la présence du drapeau français sur les frontières de la Romagne, le gouvernement autrichien à observer strictement la neutralité dans les États du Pape ;
3° De garantir les habitants contre un retour offensif de l’Autriche, et de leur permettre de faire éclater sans entrave l’expression de leur sympathie pour la cause de l’indépendance italienne, et de leur reconnaissance pour les bienveillantes intentions du gouvernement de Votre Majesté-
La mission militaire du 5l corps était :
1° D’empêcher un corps autrichien de faire une pointe sur la Toscane et de priver l'ennemi des précieuses ressources de l’Italie centrale ;
2° De menacer le flanc gauche de l’armée autrichienne en compromettant ses lignes de retraite et de hâter son abandon des duchés de Parme et de Modène dès après la première victoire de l’armée alliée.
Ces divers buts ont été atteints heureusement, et sans coup férir, par la présence seule à Livourne, à Florence, aux débouchés des Apennins, des troupes du 5* corps.
1° Au point de vue politique :
La Toscane a joui de la plus grande tranquillité sans que sa liberté lût troublée. Sous la protection du drapeau français, l’armée toscane, désorganisée après le 27 avril, a pu se réorganiser assez vile pour qu’aujourd’hui elle donne au 5* corps un appoint de 8 à 10 000 soldats armés, équipés et prêts à se mesurer avec l’ennemi; pour qu’une division de volontaires, aux ordres du général Mezzacapo, s’organise également à Florence, sans que le pays soit privé du régiment des gendarmes toscans, fort de
2000 hommes et suffisant pour maintenir la tranquillité; en outre, la neutralité n’a pas été violée par l’ennemi dans les États pontificaux.
Eufin l’enthousiasme qui s’est produit dans tous les lieux parcourus par le 5' corps, depuis le jour de son débarquement à Livourne jusqu’à celui de sa jonction avec l’armée de Votre Majesté ; les ovations qu’il a reçues, lui et son chef, à Livourne, à Florence, à Lucques, à Massa, à Parme et dans toutes les localités petites ou grandes où il a dû s’arrêter, sont un témoignage authentique et qui ne saurait manquer de produire un effet moral considérable.
2° Au point de vue militaire :
La présence du 5* corps en Toscane, ou plutôt d’une division d’infanterie, d’une brigade de cavalerie et de neuf batteries, a retenu les corps autrichiens qui, des bords du Mincio, semblaient prêts à se jeter sur les riches plaines qui avoisinent la rive droite du Pô; la présence de ce corps, prêt à déboucher sur l’armée autrichienne, a imprimé à cette armée une crainte assez vive pour qu’elle se soit hâtée, dès après la bataille de Magenta, d’abandonner Ancône, Bologne, et successivement toutes les positions sur la rive droite du Pô, faisant sauter des ouvrages qui avaient coûté beaucoup de temps et d’argent.
Tels sont, Sire, les résultats qui ont été la conséquence de l’envoi par Votre Majesté du h* corps en Toscane et dans les duchés.
Il me reste à faire connaître en peu de mots à Votre Majesté les opérations, malheureusement jusqu’à ce jour toutes pacifiques , de la partie de ce corps réunie en Toscane.
Le 12 mai dernier, la presque totalité de la 1” division du 5* corps (division d’Autemarre) débarquait à Gênes.
Je me trouvais moi-même dans cette ville avec une partie de mon état-major.
Le 14, le 3* de zouaves, de la division d’Autemarre, est envoyé à Bobbio.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Le 17, le 5' corps, moins la division d’Autemarre, reçoit de Votre Majesté l’ordre de se rendre à Livourne, où doivent être transportées directement de France les troupes de la 2' division {Uhrich) arrivant de Paris. La brigade de cavalerie légère du général de Lapérouse reçoit également l’ordre de s’embarquer pour Livourne, tandis que la division d’Autemarre est détachée provisoirement du 5' corps au 1" corps à Voghera.
Le 23 mai, je débarquai à Livourne, où ne tardaient pas à se concentrer la 2' division, la brigade de cavalerie, l’artillerie divisionnaire, l'artillerie de réserve et le parc arrivant de France.
Le 31 mai, je transportais mon quartier général à Florence; la 1'* brigade delà 2e division, la cavalerie, l’artillerie et tous les services administratifs se concentraient dans cette ville, tandis que la 2' brigade se portait de Lucques à Pistoja, occupant par des postes avancés tous les débouchés des Apennins et le nœud des routes. Le général toscan Ulloa portait, sur mon ordre, la brigade organisée de sa division également aux débouchés principaux de la Romagne.
Le 12 juin, le but politique que Votre Majesté voulait d’abord et avant tout atteindre par la présence du 5° corps étant accompli, il me fut permis de commencer mon mouvement pour rallier la division d’Autemarre et me joindre à l’armée de Votre Majesté.
Tandis que je dirigeais la division toscane sur Parme, par le duché de Modène et par la route du col de l’Abetone, je lis marcher les troupes françaises qui se trouvaient de Lucques ù San Marcello et à Florence, par Lucques, Massa, Pontremoli et Parme.
Cette marche de seize jours, effectuée dans des conditions atmosphériques souvent peu favorables, nn’a permis de constater la vigueur et l’excellente discipline des troupes de Votre Majesté.
La division du général Uhrich (14' bataillon de chasseurs, 18', 26*, 80’ et 82* de ligne), les 6' et '8* de hus-
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sards du la brigade Lapérouse, l’ escadron des guides toscans que j’ai joint à noire cavalerie, les neuf batteries divisionnaires ou de la réserve, les deux batteries du parc du 5' corps, ont dû marcher sous une température trèaélevée, et plusieurs fois ces troupes ont eu à supporter de violents orages qui ont grossi les torrents et présenté certaines difficultés.
L’état sanitaire s’est maintenu dans les conditions les plus favorables, et je n’ai eu qu’à me louer de la discipline parfaite maintenue dans tous les corps par les chefs et par les officiers.
Le contact avec les populations n’a donné lieu à aucune plainte.
Le passage du Pô à Casai Maggiore, à 12 kilomètres de Mantoue, ainsi que la construction du pont de bateaux, ont été des opérations faites avec intelligence, activité et zèle. 1
Les troupes que j’amène à Votre Majesté et qui opèrent aujourd'hui avec l’armée principale, à Goito, seront dignes, je n’en doute pas, do celles qui, plus heureuses, ont déjà battu l’ennemi.
Le grincé, commandant le 5* corps do formée d'Italie,
\ ' Napoléon (Jérôme).
bulletin autrichien de la bataille de Solferino.
L’armée impériale avait occupé le 21 juin les positions qui lui avaient été désignées derrière le Mincio ; le 8» corps d’armée se tenait à l’extrémité de l’aile droite, entre Pes-
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chiera et Casa Nova; le 5* corps d’armée s’étendait de Brentina à Saüonze; le 1" et le 7e corps étaient en réserve h Quaderni et San Zenore di Mozzo ; la cavalerie et l’artillerie de réserve & Rosegaferro près de Yillufranca, où le quartier général de l’Empereur avait été transporté depuis le 20 juin.
De la 1" armée le 3e Corps se trouvait tout près de Pezzolo, le 9“ kGoito et aux environs, le 14* corps d'armée arrivée entre temps était à Roverbella, la division de cavalerie du lieutenant feld-maréchal comte Zedwitz à Mozzecane.
L’armée autrichienne se trouvait ainsi réunie aux renforts disponibles qu’elle avait reçus, et mise de la sorte en mesure de pouvoir prendre contre l’ennemi, bien qu’éricor» supérieur en nombre, une vigoureuse offensive avec quelque chan.ce de succès..
De plus, les dernières nouvelles que nous avions reçues sur les mouvèments et les intentions probables de l'ennemi, nous firent croire que nous devions précipiter l’attaque le plus possible. . - >
En conséquence, le 24 juin fut désigné pour le passage du Mincio. .
« L’ennemi s'était provisoirement borné à occuper fortement la ligne de la Chiese sans suivre l'armée impériale dans sa retraite au delà du Mincio. Une patrouille composée d’un escadron de hussards Empereur, d’un escadron de uhlans de Sicile et de deux pièces .d’artillerie à cheval, • sous le commandement du major Appell, du régiment de uhlans que nous venons de nommer, avait été chargé de reconnaître le pays coupé de collines qui se trouve en|re les deux fleuves; elle n’avait nulle part rencontré de colonnes importantes, mais seulement quelques détachements’isolés. -
.A Chiodino et à Castel Vanzago, il y eut des escarmouches qui se terminèrent pac.la retraite de l’ennemi, et dans lesquelles nous perdîmes 2 officiers, 5 hommes et 9 chevaux.
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La 1" armée avait également envoyé vers la Chiese des reconnaissances qui ne rencontrèrent nulle part l'ennemi.
Le 23 juin, au malin, l’armée autrichienne commença son mouvement en avant. L’extrémité de l’aile droite était formée par la brigade Reichlein, du 6* corps d’armée, qui, arrivée de Roveredo, se porta & travers le camp retranché de Peschiera vers Ponti, pour s’y joindre au 8* corps d’armée, qui passa le Mincio près de Salionze et atteignit Pozzolengo sans avoir éprouvé de la part de l’ennemi la moindre résistance.
Le 5' corps d’armée passa le fleuve à Valeggio et se dirigea sur Solferino.
Le 1" corps d’armée suivit le 5' et remonta vers Cavriana.
Le 7e corps d’armée et la division de cavalerie de réserve du lieutenant feld-marécha! comte Mensdorfï passèrent le Mincio sur un pont de chevalets près de Ferri, entre Massimbona et Pozzolo, et se rendirent le premier à Foresto, la seconde au delà de cette localité jusqu’à Tezze près de Cavriana.
Toutes les parties de la seconde armée, placée sous les ordres du général de cavalerie comte Schlick, atteignirent, dans le courant de l’après-midi, les points qui leur avaient été désignés, sans rencontrer l’ennemi, et le soir les avantpostes furent avancés de Casa Zapablia jusqu’à le Grolle, en passant par Contrada Mescolaro et Madonna délia Scoperta. '
La première armée, sous le commandement du feldzeugmestre comte Wimpffen , formait l’aile gauche de l’avant-garde et passa également le Mincio à Ferri avec le 3' corps d’armée; le 9r et le 1 1° corps, ainsi que la division de cavalerie du lieutenant feld-maréchal comte Zedwitz, effectuèrent leur passage à Goito. Cette dernière division, appuyée par le 9' corps d’armée, s’avança jusqu'à Medole; le 3' et le 9' corps d’armée campèrent à Guiddizzolo, et le 11*, comme réserve, à Castel Grimaldo.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Du 2* corps d’armée la division du lieutenant feld— maréchal, comte Jellachich, reçut l’ordre de se rendre de Mantoueà Marcaria pour prendre part aux opérations de l'armée principale, et pouvoir agir sur le flanc de l’ennemi au delà de Goffredo.
Le commandant de corps, lieutenant feld-maréchal prince Édouard de Liechtenstein, prit en personne le commandement de cette division.
Le 6e corps d’armée avait pour mission d’appuyer, dans la mesure des circonstances, la marche en avant de l’armée par des détachements envoyés du sud du Tyrol.
Pendant que le gros de l’armée autrichienne avait ainsi pris position, dans la journée du 23, de Pozzolengo à Guiddizzolo pour agir ensuite concentriquement dans la direction de la Chiese et attaquer l’armée ennemie dans ses positions principales de Carpenedole et de Montechiaro, l’ennemi, soit qu’il eût été entre temps informé de nos projets, soit qu’il exécutât un plan arrêté d'avance, fit également un mouvement en avant, et le 23 il avait, avec toute l’armée piémontaise et quelques détachements français, forts de 60 000 à 70 000 hommes, atteint les points d’Esenta, Dezenzano et Rivoltella, ainsi que les positions avancées de Castel Venzago et de San Martino, pendant que le gros de l’armée française occupait fortement Castiglione delle Sliviero, Carpenedole et Montechiaro et envoyait des détachements jusque vers Solferiuo et Medole.
Les deux armées se rencontrèrent. Dès le 24, de grand matin, l’ennemi entreprit avec des forces considérables une attaque générale contre la ligne de marche de l’armée autrichienne.
A l’aile droite, les troupes du 8' corps d’armée, sous la conduite du lieutenant feld-maréchal Benedek, réussirent non-seulement à soutenir et à repousser le choc violent de l’armée piémontaise, mais encore elles poussèrent jusqu’à San Martino, s’emparèrent de cette position favorable et parvinrent à y maintenir la lutte.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Le* troupes piémonteises furent repoussées avec des pertes considérables jusqu’à RivOllella et Dezenzano.
Au centre des positions autrichiennes, dont les hauteurs qui dominaient Solferino formaient lacief, la-brigade Bits, avant-garde du 5' corps d’armée, fut également attaquée avec violence de très-grand matin dans sa position avancée, et se trouva engagée dans une lutte ardente.
L’attaque ennemie se développa bientôt avec des forces de beaucoup supérieures sur’ toute la ligne du 5* corps d’armée.
Au premier rang, les brigades IJils et Puchner (infanterie Kinsky et Guloz, 1" bataillon Ogulins et 4* bataillon chasseurs de l’Empereur) firent preuve d’une bravoure et d’une énergie admirables ; elles repoussèrent à la baïonnette jusqu’à onze heures du matin toutes les attaques d’un ennemi trois fois plus nombreux, qui cependant avançait sans cesse avec de nouvelles troupes , mettait de nouveaux canons en batterie, et, à une distance de près de 3000 pas, inondait avec succès Solferino de grenades.
Cependant, lorsque l’ennemi, avec une forte division, pénétra aussi dans la vallée au nord de Solferino, et dans le val de Quadri, menaçant ainsi de déborder la position des brigades ci-dessus nommées, il fut impossible, même avec la résistance des brigades Koller et Gaal du 5' corps d’armée, qui étaient arrivées entre temps, de rétablir dans de bonnes conditions le combat, qui, dès midi, commença à prendre une tournure défavorable.
N’étant pas appuyées avec une énergie suffisante par le corps d’armée, les troupes du 5' corps qui, après avoir été repoussées à plusieurs reprises, s’étaient de nouveau lancées en avant avec les réserves et avaient reconquis leurs premières positions, se virent enfin obligées d’abandonner les premières hauteurs qui commandent le champ de bataille, et de se retirer sur les cimes de Monte Mezzana ; puis, lorsque de forfbs colonnes ennemies s’avancèrent sur la route qui, de Castiglione, conduit par le Grole à Solferino, elles durent évacuer cette dernière localité et
PIÈCES JUSTIFICATIVES
sé borner à occuper le château, le cimetière et la Rocca, et, enfin, après une héroïque résistance, .il leur fallut aussi céder ces dernières positions.
Ce n’est qu’après la lutte la plus sanglante, et au prix de sacrifices énormes, que l’ennemi parvint à arracher ces points dominants au brave régiment Reischach, qui, avec, un admirable dévouement, protégea et couvrit le départ des troupes de son propre corps et de celles du 1", non sans faire les pertes les phis considérables. Les troupes dtf 5' corps se retirèrent h Mescolnro et Pozzolengo, celles du l" se replièrent ^ur Cavriana, et de là sur Volta et Valeggio.
Le 4* corps d’armée, qui, de Foresto s’était avancé pendant ce temps-lh en partie vers Solferino en passant dans la plaine par San Cassiano, en partie vers Cavriana en passant par les hauteurs situées au sud de cette dernière localité, n’arriva malheureusement pas à temps pour retarder la perte de Solferino, et donner sur ce point une tournure favorable h la lutte. Par contre, il réussit, en occupant Cavriana et les collines environnantes, à protéger la retraite du centre, jusqü’à ce que, l’ennemi avançant des hauteurs de Solferino qui dominent cette dernière position, et la foudroyant de son artillerie, elle ne fût plus tenable.
La division de cavalerie Mensdorff, composée de trois brigades, s’était dès le matin avancée dans la plaine, au delà du Val del Termine, poür s’emparer du terrain ouvert et favorable au mouvement de la cavalerie qui se trouve entre Casa Mariana et San Cassiano; elle attaqua les batteries ennemies -établies à cheval sur la route et les détachements de cavalerie ; mais elle eut à essuyer un violent feu croisé de quatre à cinq batteries et dut se retirer. Pendant que le 7* corps se portait en avant, cette division de cavalerie chercha à appuyer.par son artillerie les mouvements de ce corps, mais elîe ne put résister au feu de l’ennemi, qui disposait d’un beaucoup plus grand nombre de canons.
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PIÈCES justificatives.
Sur l’aile gauche, les détachements de la 1” armée envoyés dès le 23 au soir en avant de Medole (2 bataillons du régiment d’infanterie archiduc François-Charles), furent violemment attaqués au point du jour, et, après une lutte acharnée, rejetés vers Guiddizzolo.
L’ennemi, en les poursuivant, s’empara du village de Rebecco, situé entre Guiddizzolo et Medole, et s’y établit avec des forces imposantes.
Le 9* et le 3* corps d’armée arrivaient cependant de Guiddizzolo; le dernier s’avança sur la grande route jusqu’à la Quagliara, mais ne put aller au delà, car le 9' corps ne parvint pas, malgré tous ses efforts, S déloger l’ennemi de Rebecco.
Pendant plusieurs heures, le combat se livra pour la possession de cette localité, où l’ennemi envoyait constamment de Medole des réserves fraîches, tandis que de notre côté nous détachious de suite du 4' corps, arrivé entre temps de Castel Grimaldo, la division Blomberg (brigades Dobrzensky et Ilost) pour appuyer le 9' corps d’armée, et la brigade Baitin pour couvrir le 3' corps. La localité de Rebecco fut plusieurs fois prise et reperdue; la lutte s’arrêta plusieurs fois, et plusieurs fois l’armée autrichienne reprit l’offensive.
Mais, bien qu’appuyées par une attaque énergique contre Medole, les troupes du 9' et du 11' corps, malgré de vigoureux efforts et des pertes considérables, ne purent obtenir aucun avantage durable. Le 3* corps se trouva par là arrêté dans sa marche en avant, et il résista avec une admirable persévérance aux violentes attaques de l’ennemi, qui se renforçait sans cesse.
La division de cavalerie Zedwitz, dont l’appui était indispensable et continuellement attendu pour dégager l’aile gauche, ne vint pas, attendu que, par suite du combat livré le matin de bonne heure à Medole, elle avait dû se retirer jusqu’à Ceresara elGoito. \
Le mouvement de flanc que deux brigades du 2' corps d’armée avaient reçu l’ordre d’exécuter, et qui pouvait avoir
un effet décisif sur le flanc et les derrières de l’ennemi, ne fut pas non plus exécuté, car la nouvelle de l'approched’un gros corps ennemi venant de Piadene et Cremone (où se trouvait , en effet, la division d’Autemarre) retint cette division àMarcaria dès qu’elle eut passé l’Oglio.
L’aile gauche, sur l’ordre de l’Empereur, essaya encore une fois, vers trois heures de l’après-midi, de reprendre l’ofl’ensive.
Après que la brigade Greschke du 11' corps d’armée se fut avancée jusqu’à Guiddizzolo pour rallier les détachements déjà ébranlés de son propre corps et du 9', les deux dernières batteries de réserve furent amenées 3ous la protection de deux bataillons et de deux divisions de cavalerie, pour canonner l’artillerie ennemie, pendant que, espérant toujours dans l’appui de la cavalerie de réserve, lestroupes faisaient encore une attaque générale. Mais ce fut en vain; fortement et sans cesse pressées sur le flanc gauche, ces troupes ne purent, cette fois encore, obtenir un bon résultat.
Vers le même temps, Gavriana, après une vaillante résistance, était aussi tombé au pouvoir de l’ennemi; deux brigades du 7* corps d’armée, enflammées par la présence de S. M. l’Empereur, avaient défendu longtemps, avec des chances diverses, cette localité et les hauteurs environnantes; l’ailegauche de ce corps, appuyée par la division de cavalerie Mensdorff, qui revenait à la charge pour la troisième fois, fit encore une dernière et inutile tentative pour repousser l’ennemi, qui s’avançait en forces supérieures de San Cassiano à Cavriana.
Le centre ayant ainsi cédé à Solferino et à Cavriana, l’aile gauche ne pouvait plus forcer la position de l’ennemi, et à 4 heures de l’après-midi, on décida la retraite générale.
A l’aile gauche, elle fut couverte avec beaucoup de prudence par les deux derniers bataillons intacts du régiment d'infanterie archiduc Joseph et le brave 10* bataillon de chasseurs, sous la direction personnelle du lieutenant
490 PIÈCES J l'STIFIC ATTVES .
feld-maréchal Weigl, commandant le corps d’armée; Guiddizzolo ne fut abandonné qu’à dix heures du soir, après que toutes les troupes eurent évacué la place, emmené les blessés et mis les batteries en sûreté.
Au centre, la retraite fut couverte par les troupes du 7' corps d'armée, qui firent preuve de fermeté et de dévouement, et l'on se retira en bon ordre et en combattant par le Bosco-Scuro, derrière Cavriana.
Un violent orage ayant interrompu de part et d’autre le combat pendant une demi-heure, l’ennemi cessa complètement de s’avancer dans le Bosco-Scuro. Les brigades Brandenstein et Wussin (les braves régiments d'infanterie archiduc Léopold et Empereur, le 19* bataillon de chasseurs et le l*r bataillon de Liccans) se retirèrent en bon ordre à Volta sous la conduite du lieutenant feld-maréchal prince de Hesse; elles y arrivèrent à huit heures du soir, et l’occupèrent convenablement pour couvrir la retraite du train de l’armée à travers les défilés difficiles de Borghelto et Valcggio.
La brigade Gablenz, de la même division, occupa jusqu’à dix heures du soir les hauteurs situées immédiatement en face de Cavriana avec deux bataillons d’infanterie Grueher et trois bataillons de chasseurs Empereur, et, après avoir reçu tous les petits détachements qui ss retiraient, elle se replia tard dans la nuit sur Volta, et dès lepointdu jour elle passa le Mincio sur le pont de Ferri.
A l’aile droite , le 8* corps d’armée s'était maintenu dans les conditions de lutte les plus favorables. Dès que le 5* corps d’armée eut commencé sa retraite vers Pozzolengo, le lieutenant feld-maréchal Benedek se relira aussi sur Salionze, après avoir repoussé deux attaques de l’ennemi en forces supérieures et lui avoir fait 400 prisonniers.
Pozzolengo resta occupé jusqu’à dix heures du soir par les troupes du 8* corps d’armée, ce qui rendit possible la retraite ordonnée des troupes du 5*et du 1" corps.
Dans ces combats, comme dans les autres, les troupes impériales se sont battues avec une admirable bravoure.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
' Les troupes des 5* ël 8* corps d’armée, qui ont été conduites arec beaucoup de prudence et d’activité t se sontcomportées d’utie manière admirable et ont fait preuve d’un dévouement an-dessus de tout éloge.
Du 1“ corps d’armée, le régiment italien Wernhordtinfanterië, qui s’est très-bravement battu , est a cité d’une manière tout à fait honorable dans le rapport détaillé du commandant d’armée. Dans la cavalerie, le régiment de hussards du roi de Prusse mérite la mention la plus glorieuse; ce régiment, sous le feu le plus violent des batteries ennemies, a exécuté une charge contre le régiment français des chasseurs d’Afrique, auquel il a fait subir des pertes considérables; déplus il a fait h l’ennemi de nombreux prisonniers.
Nos pertes , surtout en ofCciers , sont très-considérables; dans quelques corps de troupes elles s’élèvent au quart de l'effectif total. Les rapports détaillés et nominatifs des pertes ont déjà été donnés par la Gazette de Vienne. Mais l’ennemi a éprouvé aussi des pertes énormes, notamment à l’assaut de Cavriana et de Solferino.
Sur aucun point il n’a osé contrarier le moins du monde la retraite de nos troupes.
Au centre il n’a pas poussé plus loin que Cavriana; sur les deux ailes l’ennemi n’avait pu gagner un pouce de terrain sur nos troupes.
De notre côté, les 1", 3*, 5*. 7", 8e, 9* et 11* corps d’armée, et une brigade du 6*, avaient pris part au combat; du côté de l’ennemi il y avait, au dire des prisonniers, * cinq régiments de cavalerie, les corps d'armée de Niel et de Mac-Mahon à l’aile droite, en face de l’aile gauche aù- . trichienne; au centre, les corps d’armée de Canrobert etde Baraguey d’Hilliers, puis la garde et enfin toute l’armée piémontaise à l’aile gauche, de sorte que toute l’armée ennemie était engagée.
L’armée autrichienne n’est pas ébranlée, et elle se tient prête au combat dans les positions qui lui ont étédésignées par l’Empereur. Si les forces supérieures de l’ennemi et un
PIÈCES JUSTIFICATIVES
concours de circonstances contraires lui ont cette fois encore dérobé la palme de la victoire, elle se sent cependant encouragée et relevée par la conscience qu’elle a d’avoir non-seulement donné à l’agresseur des preuves réitérées de sa vaillance et de sa fermeté, mais encore, dans cette nouvelle rencontre, de lui avoir causé aussi de grandes pertes, d’avoir essentiellement ébranlé ses forces, et contribué par là, au moins en partie, à amener le succès final. »
Rapport du vice-amiral Romain Des fossés, commandant en chef l'escadre de la Méditerranée , à S. Ex. le Ministre de la marine.
Vaisseau la Bretagne, Lossini Piccolo, le 23 juillet 1859.
Monsieur l’amiral,
Honoré par la confiance de l’Empereur du commandement en chef des forces navales de la Méditerranée, je dois compte à Votre Excellence de la répartition et de l’emploi que j’en ai dû faire, d'après les termes de vos instructions, au moment où elles ont eu pour mission spéciale de seconder, dans la mer Adriatique, les grandes opérations de l’armée de Sa Majesté.
Ces forces navales comprenaient dix vaisseaux de ligne et quatre frégates à hélice; deux de ces vaisseaux et deux frégates se trouvaient déjà détachés sous le commandement particulier du contre-amiral Jurien de La Gravière pour assurer le blocus effectif de Venise.
Votre Excellence m’avait prescrit de laisser quatre vaisseaux et deux frégates en réserve à Toulon, sous les ordres
PIÈCES JUSTIFICATIVES
du contre-amiral Jehenne : c’était donc avec quatre vaisseaux, y compris la Bretagne, qui porte mon pavillon, que je devais me rendre dans le golfe de Venise, et y réunir les éléments divers de la flotte expéditionnaire.
Le plus important de ces éléments, si l’on considère la nature des eaux où nous devions opérer, était une nouvelle escadre récemment constituée par les ordres de Sa Majesté et qui, sous le nom de flotte de siège, venait, avec cinq avisos et six transports à hélice, compléter l’ensemble des forces navales placées sous mon commandement supérieur.
La flotte de siège fut confiée à l’habile direction du contre-amiral comte Bouët-Willaumez, qui arriva à Toulon le l"juin pour activer l’appropriation spéciale et l’armement des bâtiments destinés à en faire partie.
Elle se composait de quatre frégates à roues et de vingtcinq batteries flottantes et canonnières, pour la plupart d’un faible tirant d’eau, bardées de fer par le travers ou par l’avant, c'est-à-dire admirablement propres à démanteler des fortifications.
Les frégates à roues et les batteries flottantes furent armées si rapidement, que, dès le 12,1e contre-amiral Bouët- AVillaumez put partir pour l’Adriatique avec celte première et lourde division de la flotte de siège.
Après une relâche forcée de trois jours à Messine, pour renouveler son approvisionnement de charbon, il atteignit, le onzième jour, la baie d’Antivari que Votre Excellence m’avait désignée comme point de rendez-vous général de la flotte expéditionnaire. Afin d'avancer autant que possible le moment de cette réunion, je m’étais décidé à faire remorquer chaque groupe de canonnières, au fur et à mesure qu’elles seraient prêtes, par un de mes quatre vaisseaux.
L’Arcole partait le 15 avec six de ces petits bâtiments.
Le 18, au point du jour, le vaisseau l'Alexandre suivait, avec six autres canonnières à la remorque, et, le soir du même jour, je quittais Toulon avec fa Bretagne et deux vais-
PIÈCES JUSTIFICATIVES
seaux traînant après nous nos dix dernières canonnières, et laissant à Toulon le vaisseau le Redoutable qui devait, trois jours après, conduire le dernier groupe de la flotte, composé de deux transports chargés de munitions de guerre et de deux canonnières toscanes.
Le 30 juin, toutes ces forces, après des difficultés de navigation que les marins devinent, et qu’il est inutile par conséquent d’énumérer à Votre Excellence, étaient réunies àAntivari, où elles se ravitaillaient en charbon au moyen des nombreux transports du commerce que vous aviez d’avance dirigés sous escorte vers ce port neutre. J’y avais été rallié la veille par une division navale sarde, composée de deux frégates à hélice et de trois corvettes et avisos à roues. Cette division, commandée par le capitaine de vaisseau Tholozano, s’était immédiatement rangée sous mon commandement.
Du 30 au soir au ltr juillet à midi, toute la flotte partit d’Antivari par groupes, comme elle y était venue; mais le premier de ces groupes que je conduisais, et que je dirigeai avec toute la rapidité possible vers le fond de l'Adriatique, où j’avais mission de m’emparer de l’tle de Lossini, était eomposé, en vue d’une résistance à vaincre, de la manière suivante.: •
Les vaisseaux la Bretagne et le Redoutable;
Les frégates le Hoyador (contre-amiral Bouët-Willuumez) et l’Isly ; . ' - .
La frégate sarde Victor-Emmanuel; , , *■»
Huit canonnières; une batterie flottante. •
L’île de Lossini, située à l’entrée de l’archipel de Quarnero, est un point central entre Venise, Trieste, Pola, Fiumeet Zara, qui sont les principaux établissements maritimes de d’Autriche sur le littoral de la Vénétie, de ITllyrie, de l’Istrie, de la Hongrie et de la Dalmatie.
La possession de cette lie était pour nous d’une importance extrême, et devait nous assurer une excellente base d’opérations. L’ennemi ne pouvait manquer de le comprendre, et nous devions dès lors penser qu'il chercherait à
nous opposer une résistance que nous étions d’ailleurs en mesure de briser.
11 n’en fut rien, et, soit crainte de nous laisser une garnison prisonnière , soit plutôt impuissance de se garder sur toute l’étendue des côtes menacées par la flotte alliée, les Autrichiens avaient complètement abandonné à ellemême la nombreuse population de Lossini et désarmé les tours Maximiliennes qui dominent la ville et le port Augusto.
Après avoir substitué, sur la ville et sur les tours de Lossini Piccolo, les couleurs françaises et piémontaises à celle de l’Autriche, je fis savoir aux habitants que je Ie6 traiterais comme des compatriotes, si, de leur côté, ils nous assistaient de toutes leurs ressources. Je fus compris de cette population essentiellement pacilique et commerçante; aussi je jugeai à propos de ne pas user du droit que j’avais de confisquer 14 ou 15 navires du commerce mouillés dans le port, après m’être assuré qu’ils étaient bien la propriété d'habitants de Vile,
Alors commencèrent les préparatifs de l’attaque des côtes de la Vénétie. Les batteries flottantes reçurent le complément de leur artillerie et se démâtèrent entièrement, afin d’être moins vulnérables aux coups de l’ennemi; les canonnières en firent autant. Les unes et les autres , dirigées.par le contre-amiral Bouët-YViilaumez et le capitaine de vaisseau de La Roncière le Noury , se rendirent dans une baie voisine pour y exécuter des tirs d’exercice que ces bâtiments, armés en toute hâte, et pourvus d' ailleurs d’excellents matelots canonniers brevetés, n'avaient encore pu faire convenablement. . •
Le commandant Bourgeois,. du Megador, faisait en -même temps, et avec succès, des essais répétés de' puissants pétards sous-marins pour faire sauter des eslâcades Imitées de celles qui barraient l’entrée des trois ports de Venise : Chioggia, Malamocco et Lido.
Trois jours à peine avaient suffi pour nous établir fortement à Lossini, dont je confiai la garde à 400 marins et
PIÈCES JUSTIFICATIVES
400 soldats d’infanterie de la marine, sous le commandement supérieur du capitaine de frégate Duvauroux, officier énergique, instruit et vigilant. Des magasins, loués en ville, se remplissaient de nos approvisionnements en vivres, en charbon ; des appareils distillatoires se montaient sur la plage, pour nous fournir de l’eau par la distillation de l'eau de mer; enfin, un hôpital de 120 lits, placé à terre avec nos ressources, recevait les malades des bâtiments de flottille, tandis que nous disposions un des transports mixtes de la flotte pour recevoir les blessés le jour du combat.
Pendant qu'une partie de nos infatigables matelots accomplissaient ces travaux de première urgence, sous l’énergique et active direction du contre-amiral Ghopart, mon chef d’état-major, les autres complétaient le charbon des bâtiments, dégréaient et démâtaient les batteries blindées, ainsi que les petites canonnières, travaillaient à établir sur des trabaccoli capturésdes morliersde0,32 centimètres que Votre Excellence m’avait accordés avant mon départ de Toulon.
Le 6 juillet, deux grands transports mixtes arrivaient â Lossini, m’apportant, dans le moment le plus opportun, les 3000 hommes d’infanterie de ligne faisant partie des troupes que l’Empereur avait ordonné d’adjoindre à l’expédition. Je les fis immédiatement repartir sur les vaisseaux : j'appris en même temps que le général de division de Wimpffen venait, par ordre de Sa Majesté, pour prendre le commandement des troupes de débarquement.
Le 7, un aviso que j’avais envoyé à Rimini porter une dépêche télégraphique par laquelle je rendais compte à Votre Excellence de la prise de possession de Lossini et lui demandais les ordres de l’Empereur, ainsi que la recommandation m’en avait été faite avant de quitter Toulon, rentra au port Augusto, porteur d'une dépêche qui y allen- • dait l’arrivée de l’escadre, et par laquelle l’Empereur m’ordonnait d’attaquer les défenses extérieures de Venise.
La flotte était prêle; je fixai le départ au lendemain
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 497
malin, 8 juillet, laissant seulement deux canonnières toscanes à la disposition du commandant supérieur pour concourir à la sécurité de notre établissement.
L attaque combinée de la flotte et du corps expéditionnaire devait avoir lieu le 10 juillet, et j’en avais avisé Votre Excellence dès le 7, par le télégraphe de Rimini. Personne ne doutait de son succès.
Le 8 juillet, au point du jour, la flotte était sous vapeur et sortait de Lossini lorsque parut le vaisseau l’Eylau, expédié la veille au soir par le contre-amiral Jurien, pour m’apporter une lettre du gouverneur général de la Vénétie et une dépêche de Vérone par laquelle le général Fleury, aide de camp de l’Empereur, en m’annonçant qu’une suspension d’armes venait d’être signée, m’ordonnait, de la part de Sa Majesté, de suspendre toute hostilité.
Un instant après, un aviso parlementaire expédié de Zara me ralliait, et son capitaine me remettait une note par laquelle le gouverneur général de la Daimatie me donnait également avis de la suspension d’armes.
Cet événement imprévu ne devait pas modifier nos dispositions de départ, et je pensais même que la présence d’une flotte nombreuse devant Venise emprunterait à la suspension des hostilités une nouvelle et grande importance.
Toutes les remorques prises, nous nous dirigeâmes donc vers les plages vénitiennes, et le lendemain, au lever du soleil, la flotte entière, forte de 45 bâtiments de guerre de tous rangs, mouillait sur cinq lignes parallèles à la côte, en vue des dômes de Saint-Marc et d’une population agitée, à ce moment solennel, de sentiments bien divers.
J'expédiai immédiatement un officier parlementaire à Malamocco, porteur d’une lettre par laquelle j’avertissais le feld-maréchal que je suspendais toute hostilité. Je lui demandais en même temps qu’un sauf-conduit me fût accordé pour un officier que je désirais envoyer au quartier général de l’Empereur, par le chemin de fer de Venise à Vérone. Il me fut répondu que l’on allait en référer à Sa Majesté Apostolique elle- même.
498 PIÈCES JUSTIFICATIVES
Le 10 au matin, un aviso portant le pavillon parlementaire vint, le long de la Bretagne, se metlre à ma disposition pour porter l'officier que j’avais demandé à envoyer près de l’Empereur. Mon premier aide de camp, le capitaine de frégate Foullioy, s’y embarqua, porteur d’un rapport dans lequel je rendais compte sommairement à Sa Majesté de la situation de la flotte, de ce qu't lle avait fait jusqu’à ce jour et de ce qu’elle était prête î entreprendre au premier signal qui lui en serait donné.
Mon aide de camp était de retour le 1 2 au matin ; il avait été accompagné pendant son voyage au travers de l’armée ennemie par des officiers autrichiens et traité avec une extrême courtoisie. Arrivé au quartier général français, à Valeggio, il eut l’honneur d’être reçu le 11 au matin par l’Empereur, qui voulut bien le questionner longuement sur la flotte et sur ses moyens d’action.
Sa Majesté eut la bonté de lui remettre pour moi la lettre autographe suivante ;
VaJeggio, le 11 juillet 1859.
•< Mon cher amiral,
« Une suspension d’armes est conclue jusqu’au 15 août: je vous prie donc de renvoyer à Lossini tous les bâtiments qui n’ont pas besoin de tenir la mer.
* Si la paix ne se fait pas, je compte sur l’énergie de la flotte et sur l’habileté de son chef pour concourir, avec l'armée de terre, au but que je me suis proposé.
« Employez le temps jusqu’au 15 août à exercer les équipages, à faire des reconnaissances sur toutes les côtes, et à tâcher d’avoir des renseignements sur les points faibles de l’ennemi.
« Recevez l’assurance de mon amitié.
« NAPOLEON
Je termine ici, Monsieur l’amiral; le reste est connu de Votre Excellence; elle sait que l'abnégation est une vertu
PIECES JUSTIFICATIVES
nécessaire et essentielle de notre profession: lesmarinsdela flotte de l’Adriatique, déçus de l’espoir de voir couronner de grands efforts d’activité par une participation honorable aux glorieux travaux de l’armée, savent encore se réjouir des triomphes auxquels il ne leur a pas été donné de concourir les armes à la main, et s’associer aux joies ainsi qu’à la reconnaissance de la patrie.
Je prie Votre Excellence d’agréer l’hommage de mon profond respect.
Le vice-amiral, sénateur, commandant en chef l’escadre de la Méditerranée,
Romain Desfossés.
Composition de la flotte de l’Adriatique mouillée devant Venise le 9 juillet 1859.
Escadre des vaisseaux, frégates, corvettes et transports à hélice , sous te commandement direct du vice-amiral Desfossés, commandant en chef les forces de mer et de terre dans i’ Adriatique.
La Bretagne, vaisseau de 130 canons. — Portant le pavillon du vice-amiral Desfossés, contre-amiral Chopart, chef d'état-major général ; capitaine du vaisseau Pothuau.
L'Algêsiras, vaisseau de 90 canons. — Portant le pavillon du contre-amiral Jurien La Gravière, Miquel, capitaine de frégate, chef d’état-major; capitaine du vaisseau. Dieudonné.
L'Arcole, vaisseau de 90 canons. — Capitaine de vaisseau Rapalcl.
L’Eulau, vaisseau de 90 canons. — Capitaine de vaisseau Jaurès.
Le Redoutable , vaisseau de 90 canons. — Capitaine de vais seau Moulac.
L'Alexandre, vaisseau de 90 canons. — Capitaine de vaisseau Philippe-Kerhallet.
L'Impétueuse, frégale de 56 canons. — Capitaine de vaisseau Excelmans.
L’Isly, frégate de 40 canons. — Capitaine de vaisseau Roze.
Le Monge, corvette de 5 canons. — Capitaine de frégate Bourdais.
Le Colbert, corvette à roues de 4 canons. — Capitaine de frégate Duboisguehenneuc.
L'Isère, transport de 1200 tonneaux. — Capitaine de frégate Allègre.
L'Ariègc, transport de 900 tonneaux. — Capitaine de frégate Allemand.
L'Yonne, transport de 1 200 tonneaux. — Capitaine de frégate Chastenet.
Victor-Emmanuel, frégate sarde de 50 canons. — Portant le guidon du baron T holosano, chef de la division sarde ; capitaine de vaisseau, le comte Albini, capitaine de vaisseau commandant la frégate, le marquis' d'Asie, capitaine de frégate, chef d'état-major.
Malfatano, corvette à roues de 4 canons.
Carlo Alberto , frégate sarde de 40 canons. — Capitaine
de vaisseau , comte Basano.
Flotte de siège. — Le contre-amiral comte Bouët-Willaumez, commandant en chef.
Frégates à tapeur.
Le Mogador (650 chevaux), frégate à roues de 20 canons. — Portant le pavillon du contre-amiral comte Bouët- Willaumez; — A. Bouët, capitaine de vaisseau, chef d’état-major ; — Bourgois, capitaine de vaisseau, commandant la frégate.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Le Vauban (540 chevaux), frégate à roues de 20 canons.
— Capitaine de vaisseau Coupvent-Desbois.
Le Descartes (540 chevaux), frégate à roues de 20 canons.
— Capitaine de vaisseau Fisquet.
Le Gomer (450 chevaux), frégate à roues de 16 canons. — Capitaine de vaisseau, Fabre-Lamaurelle.
Batteries flottantes cuirassées.
La Lave (225 chevaux), batterie flottante de 16 canons cuirassée. — Capitaine de frégate Bonie.
La Tonnante ( 225 chevaux), batterie flottante de 16 canons cuirassée. — Capitaine de frégate Lejeune.
La Dévastation (225 chevaux), batterie flottante de 16 canons cuirassée. — Capitaine de frégate Majastre.
Canonnières de 1” classe.
L’Éclair ( 110 chevaux), canonnière de lr' classe de 4 canons. — Portant le guidon du baron La Roncière le Noury, Capitaine de vaisseau, chef de la division des canonnières de 1" et 2' classes.
La Grenade (110 chevaux), canonnière de lr* classe de 4 canons. — Capitaine Charlemagne, lieutenant de vaisseau de Jonquières, capitaine de frégate aide de camp.
La Fulminante (110 chevaux), canonnière de 1” classe de 4 canons. — Capitaine Duburquois, lieutenant de vaisseau.
L’Étincelle (110 chevaux), canonnièrede 1" classe, de 4 canons. — Capitaine Hamon, lieutenant de vaisseau.
La Flamme (110 chevaux), canonnière de lr*classe de 4 canons. — Capitaine Le Peltier, lieutenant de vaisseau.
LaFlèche (110 chevaux), canonnière de lr* classe de 4 canons. — Capitaine Grasset, lieutenant de vaisseau.
L'Aigrette (110 chevaux), canonnière de 1" classe de 4 canons. — Capitaine Bouju, lieutenant de vaisseau.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Canonnières de 5* classe.
La Sainte-Barbe (90 chevaux), canonnière de 2a classe de 2 canons (30 rayé). — Capitaine Périer, lieutenant de
vaisseau.
La Tempête (90 chevaux), canonnière de 2' classe de 2 canons (30 rayé). — Capitaine Chamois , lieutenant de vaisseau.
L'Arquebuse (90 chevaux), canonnière de 2' classe de 2 canons (30 rayé). — Capitaine Perrier, lieutenant de vaisseau.
La Redoute (90 chevaux), canonnière de 2* classe de 2 canons (30 rayé). — Capitaine Loyer, lieutenant de vaisseau.
La Lance (90 chevaux), canonnière de 2e classe de 2 canons (30 rayé). — Capitaine Butel , lieutenant de vaisseau.
La Poudre (90 chevaux), canonnière de 2' classe de 2 canons (30 rayé). — Capitaine Brosset, lieutenant de vaisseau.
La Salve (90 chevaux), canonnière de 2* classe de 2 canons (30 rayé). — Capitaine Lefèvre-Dubua , lieutenant de vaisseau.
Chaloupes canonnières de 3* classe.
La Tirailleuse (25 chevaux), chaloupe canonnière de 1 canon (30 rayé). — Capitaine Borg, enseigne de vaisseau.
L’Alerte (25 chevaux), chaloupe canonnière de 1 canon (30 rayé). — Capitaine de Marquessac, lieutenant de vaisseau.
La chaloupe canonnière n" 11 (16 chevaux), dite la Guêpe, de 1 canon (30 rayé). — Capitaine Ch. Duperré, lieutenant de vaisseau, destinée à arborer le pavillon du contre-umirai Bouét-Willaumez pendant le combat.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
La chaloupe canonnière n° 1 (16 chevaux), de 1 canon (30 rayé). — Capitaine Garreau, lieutenant de vaisseau. La chaloupe canonnière n° 2 (16 chevaux), de 1 canon (30 rayé). — Capitaine de Parseval, lieutenant de vaisseau.
La chaloupe canonnière n° 3, de 1 canon (30 rayé). — Capitaine Gubert, enseigne de vaisseau.
La chaloupe canonnière n° 4, de 1 canon (30 rayé). — Capitaine Michaux, lieutenant de vaisseau.
Total, 43 bâtiments à vapeur, parmi lesquels les 3 batteries flottantes, cuirassées de fer dans tout leur pourtour, et les 21 canonnières de lr% 2' et 3e classe, cuirassées de fer par l’avant, peuvent hanter les eaux peu profondes et s’approcher presque impunément des forts et batteries de la côte.
Note sur le service télégraphique de l’armée d'Italie.
Dans les premiers jours de mai, S. Exc. le maréchal ministre de la guerre lit la demande à son collègue de l’intérieur d’un service télégraphique pour l’armée d’Italie.
La direction de ce service fut confiée à M. Lair (Clément), inspecteur général de 2' classe.
Ce fonctionnaire partit de Paris, le 16 mai avec ;
5 inspecteurs ;
4 directeurs de station ;
12 stationnaires;
28 surveillants;
et rejoignit le 22, le grand quartier général à Alexandrie. Le temps et l’expérience manquant pour créer un malé-
PIÈCES JUSTIFICATIVES
riel spécial qui pût faciliter les opérations d’une mission sans précédent, M. le directeur de l’administration avait en toute hâte réuni à Lyon, Avignôn et Marseille, environ 3000 poteaux de 6 mètres de longueur, les plus légers qu’il avait pu trouver dans ses dépôts, et les avait remis h l’administration de la guerre avec 5000 kilogrammes de petit fil de fer, bon nombre d'isolateurs en porcelaine, des outils de construction, des piles électriques et des appareils de transmission (système Morse) disposés de façon à être aussi portatifs que possible.
Tout ce matériel, débarqué à Gênes, futen quelques jours réuni k Alexandrie par les soins du chef de la mission, avec 2000 perches légères de 4,u,50 de hauteur qu’il s’était empressé de faire confectionner h Gênes, lorsqu’il avait appris que les Sardes et les Autrichiens possédaient un matériel de lignes volantes dont ils attendaient les plus heureux résultats, qui ontété loin de se réaliser. M. l’intendant général mettait alors h la disposition du service télégraphique 14 voitures du train auxiliaire qui, quoique bien insuffisantes, ont été d’un grand secours pendant toute la campagne. La mission a dû pourvoir à l’insuffisance de ces moyens de transport par des réquisitions. C’est ainsi également que , pour la plantation des poteaux, elle s’est procuré, mais toujours avec bien de la peine et après avoir perdu h ce soin un temps bien précieux, des travailleurs qu’elle payait fort cher. .
Le personnel fut organisé en trois brigades :
Les 2 premières étaient chargées de constructions, la 3* de la consolidation des lignes, de leur surveillance et de leur entretien, ainsi que de l’organisation des convois de matériel, destinés à approvisionner les constructeurs.
Les premières étaient commandées chacune par un inspecteur de 1" classe ayant sous ses ordres :
1 inspecteur adjoint;
6 surveillants;
2 stationnaires munis de leurs appareils de transmission :
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7 voitures du train auxiliaire chargées de matériel de ligne.
La 3' brigade se composait d’un inspecteur, d’un directeur de station et de quelques surveillants, chargés d’escorter les convois de matériel, et enfin de tout le personnel chargé du service des stations ouvertes et de l’entretien des lignes reliant ces stations.
C’est au moyen de ces ressources renouvelées par l’administration centrale que la mission télégraphique s’est mise courageusement à l’œuvre, pour remplir dignement la tâche difficile qui lui était confiée.
De Vercelli à Valeggio, du 31 mai au 6 juillet, jour de la signature de l’armistice, il a été réparé ou construit plus de 400 kilomèlres de lignes, et ouvert 35 bureaux, qui ont toujours, sauf quelques courtes interruptions, assuré à l’Empereur et à son quartier général, leurs communications avec la France et souvent avec les maréchaux commandant les corps d’armée, et qui ont fait en même temps le service des dépêches du roi de Sardaigne et de son quartier général.
Voici la liste de ces 35 bureaux et les dates de leur ouverture :
Vercelli, 30 mai.
Novare, 2 juin.
Galliate, 3 juin.
Turbigo, 4 juin au soir.
Trecate, 4 juin au soir.
S'-Martin de Tessiu, 5 juin à midi.
Magenta, 5 juin au soir.
Milan, 6 juin au malin.
Melzo, 9 juin soir.
Trecello, 10 juin matin.
Melegnano, 10 juin soir.
Binasco, 11 juin soir.
Treviglio, 13 juin malin.
Bergame, 14 juin soir.
Chiari, 15 juin soir. *
Pavie, 15 juin soir.
Ospedaletto, 16 juin soir.
Plusieurs fois les inspecteurs, poussant leurs lignes au
Brescia, 16 juin soir.