‹ La campagne d'Italie de 1859Chapitre 52 sur 326 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

deux souverains. Leurs chevaux de pure race s’arrêtaient effrayés; car aux couronnes, aux bouquets, aux fleura effeuillées se joignaient des acclamations, des cris, des battements de mains, des mouchoirs agités avec frénésie. — Hommes jeunes et vieux, femmes, jeunes fUtes, enfants, tous et toutes, sont confondus dans les élans d’un enthousiasme indescriptible.

C’est ainsi que le cortège impérial et royal, ne pouvant avancer que lentement au milieu de ce parterre improvisé sous ses pas, arrive enfin à la cathédrale, cettô „• ■

merveille de la chrétienté. » * - • ,

Sous le saint portique, l’évèque coadjuteur, monseigneur Caccia, à la tète des chanoines, portant la mitre blanche, attend les deux souverains et les reçoit à l’entrée de cette vieille église, où cinq nefs se succèdent majestueusement, reposant leurs voûtes ogivales sur des colonnes de tnarbre. 1

L’Empereur et le Roi se sont agenouillés devant Tau-

tel; les chants commencent et montent vers le ciel en actions de grâces.

Oui ! Dieu est avec nous ; c’est Dieu qui nous guidé ,

de sa main puissante; c’est lui qui donne à tous, chefs et soldats, le courage, la force et la foi. — Grâces éternelles lui soient rendues ! '

LXVI. — Pendant que les chants pieux faisaient \ retentir les immenses voûtes du Duorao, la route de Melegnano offrait aussi un spectacle noble et plein d’émotions. — Les plus riches familles de Milan avaient

CAMPAGNE D’ITALIE

envoyé leurs voitures pour chercher les blessés, et les transporter à leur hôtel. — Elles revenaient une à une; et sur leurs coussins soyeux étaient étendus des soldats et des officiers, dont les vêtements tachés de sang portaient encore des bouquets de fleurs. — C’était aussi un corlége, mais devant lequel se taisaient les cris de joie et d’allégresse. A l’aspect de ces pâles visages, de ces glorieux mutilés , triste et fatal côté de la guerre, la foule qui encombrait les rues de Milan, s'écartait avec un religieux respect et les hommes se découvraient silencieusement. — Au milieu des événements multiples que la guerre jette A profusion autour de soi, c’est ainsi que les plus étranges contrastes semblent se donner la main.

Parmi les souvenirs qui marqueront le passage de notre armée dans la capitale de la Lombardie, comment oublier la grande représentation donnée au théâtre de la Scala. — Ces femmes aux regards étincelants, avec leurs pierreries et leurs toilettes éblouissantes, mêlées pour un jour à cette armée de combattants, dont le sang avait coulé la veille, dont le sang devait couler encore le lendemain, semblaient les anges de la victoire qui jetaient déjà des couronnes aux gloires futures.

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