‹ La campagne d'Italie de 1859Chapitre 68 sur 326 · LIVRE 11, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CHAPITRE I

que l’Empereur avait dû réduire son armée au chiffre de 1 20 000 hommes environ , pour masser aussi sur ses fronlières du Nord et de l’Est deux armées imposantes, prêtes à parer à toutes les éventualités.

Telles étaient les sérieuses préoccupations qui devaient tenir sans cesse en éveil la pensée du chef, dont la volonté guidait sur les terrains de la guerre les drapeaux réunis de la France et de la Sardaigne.

III. — Les deux journées de séjour à Brescia avaient été employées par l’Empereur à donner aux troupes un repos nécessaire et à préparer sur une nouvelle base d’opérations des moyens d’action qui , selon toute probabilité, seraient bientôt sérieusement engagés.

En deçà de la Chiese , à 2 kilomètres au plus de Montechiaro, au pied de Castenedolo, une vaste plaine dénudée offrait à l’armée autrichienne un superbe champ de bataille, où la cavalerie, jusqu’alors passive, pourrait enfin jouer un rôle important et décisif.

L’empereur d’Autriche voulait, dit-on, tenter spécialement avec cette arme le destin jusqu’alors si contraire des batailles. — Personne n’ignore en quel honneur la cavalerie est dans l’armée autrichienne, tant par son recrutement exceptionnel au milieu d’une aristocratie altière et de populations qui naissent , pour ainsi dire , à cheval, que par suite des belles et nombreuses races de chevaux élevées dans l’empire.

Peut-être les Autrichiens eussent-ils fait preuve d’habileté , en déplaçant ainsi les instruments de la lutte sur

ccs terrains qui nous étaient inconnus, et dont ils avaient , au contraire , de longue date étudié toutes les ressources.

Mais sans qu'on ait pu en saisir le motif, ils repassèrent la Ghiese, renonçant à nous en défendre les abords.

IV. — Cette nouvelle renversait toutes les idées et toutes les prévisions de l’Empereur. Jusque-là, il avait pensé que le but des Autrichiens avait été de nous amener dans un pays découvert, dont chaque pli de terrain leur était pour ainsi dire connu, et de livrer une nouvelle bataille de Castigiione, avec les avantages incontestables d’un plan longtemps mûri par l’habileté stratégique des chefs les plus expérimentés.

L’Empereur profita de son séjour à Brescia pour réunir dans un grand conseil de guerre tous les commandants des corps d'armée, ainsi que les commandants en chef du génie et de l’artillerie, et arrêta dès lors le plan de la grande bataille dont les rives du Mincio devaient, selon toute probabilité, devenir le théâtre. — Ce conseil de guerre eut lieu dans la soirée du 19.

Le 21 juin, l’armée alliée se porta de nouveau en avant, indécise sur les projets réels de l’ennemi, mais sentant néanmoins par un pressentiment secret que le sol devenait brûlant sous scs pas.

V. — Le 4* corps, qui forme notre extrême droite à Bagnolo, doit, dans l’ordre de marche, tenir la position la plus avancée. — Franchissant la Chicse, il ira

Page 1