CHAPITRE PREMIER
I. — L’expérience de la Crimée semblait éclairer les décisions de Napoléon III.
Résolu à éviter, autant qu’il le pourrait, ces luttes stériles contre des remparts couverts d’une artillerie formidable, où chaque assaut coûtait le prix d’un glorieux combat, l’Empereur avait tourné tous les obstacles. — L’armée ennemie, enveloppée de plus en plus par ce réseau formidable qui chaque jour l’étreignait davantage, avait dû évacuer, sans combat, des positions de longue main fortifiées, et se contentait de détruire les ponts sur les importants cours d’eau que nous devions traverser, plutôt que de nous en disputer de vive force le passage.
L’cnergic morale des soldats se doublait devant cette retraite de l’ennemi, dont ils retrouvaient chaque jour sur leur passage les traces à peine effacées ; — les souvenirs de Montebello, de Palestro, de Magenta, de Mclegnano, enflammaient leur courage, et chacun portait en
CAMPAGNE D’ITALIE
son cœur une foi entière dans la victoire. — La foi est dans une armée le premier gage du succès ; au moment des grandes luttes, la confiance décuple les forces humaines.
L’histoire future rendra cette justice à l’Empereur que dans cette mémorable campagne, il se montra justement avare du sang de la France, qu’il voyait avec douleur se répandre, même sur lps champs de bataille les plus glorieux.
II. — Bien que l’ennemi battit sans cesse en retraite devant nous, il était évident qu’il fallait encore lui porter un de ces coups terribles qui anéantissent les forces, ou tout au moins la confiance en ses propres armes.
Maîtresse de Brescia sans coup férir, l’armée alliée n’allait pas tarder à atteindre les limites de la Lombardie et ce fameux quadrilatère, défilé artificiel de places fortes, bordé d’un côté par un fleuve considérable, et de l’autre par les Étals inviolables de la Confédération germanique.
Les Autrichiens nous attendraient-ils sur les bords de la Chiese ou sur les bords du Mincio 1 — En se repliant sur leur base d’opérations, comme ils le faisaient depuis le 4 juin, ils avaient accru leurs forces par toutes les garnisons de la Lombardie et des duchés, et par des renforts, qu’une voie rapide leur amenait du cœur de l’empire.
La position était grave, la situation solennelle ; toutes les destinées de la campagne allaient être, sans aucun doute', engagées dans un choc formidable; l’ennemi pouvait , à un moment donné , accumuler contre nous toutes les ressources de la monarchie autrichienne, alors