‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 34 sur 75 · COMBATS DE RIVOLI ET SALO, LE 29 JUILLET · texte numérisé non relu

COMBATS DE RIVOLI ET SALO, LE 29 JUILLET

la vallée de l'Adige pour gagner le temps nécessaire aux mouvements de ses troupes ; mais une défense acharnée de la. vallée de TAdige n'aurait répondu ni à ses intentions, ni à la lettre même de ses instructions. Augereau, à Legnago, observait la route de la Brenta ; Sauret, à Salo, celle de la rive occidentale du lac de Garde ; Masséna devait surveiller et couvrir la route principale qui -passait par Rivoli. Bonaparte voulait avant tout que la résistance de ces corps lui donnât le temps de rassembler le gros de ses forces en un point donné, et d^offrir le combat à Tendroit qui lui semblerait présenter le plus d'avantages. La route de Rivoli était naturellement la plus importante; aussi la division de Masséna était-elle la plus nombreuse; sa position était du reste assez forte pour donner l'occasion de livrer un combat heureux, si on la soutenait en temps utile.

Masséna avait son quartier général à Bussolengo. On ne sait rien de la répartition de ses troupes, si ce n'est que les avant-postes de la position de Rivoli se trouvaient près de Brentino, au lieu dit la Corona; de nombreux chemins conduisant au plateau de Rivoli grimpent par là sur le contrefort du monte Baldo, appelé le monte Magnone. La défense de ces points devait constituer la première résistance. Le plateau de Rivoli était fortiOé,

Ayant encore détaché dans la vallée de la Brenta une petite troupe chargée de détourner l'attention de l'ennemi, Wurmser descendit la vallée de l'Adige en deux colonnes principales et plusieurs colonnes secondaires.

Davidovich, avec l'aile gauche, suivait la route de la rive gauche jusqu'à Dolce ; là il jetterait un pont, par lequel il se porterait à l'attaque du plateau de Rivoli sur la rive droite. Il détacherait le général Meszaros par le monte Molare, droit sur Vérone, et le général Mitrowsky de Dolce sur la Chiusa.

La deuxième colonne principale, sous le commandement personnel de Wurmser, franchissait le monte Magnone et arrivait directement sur le front de Rivoli ; il y avait, plus à droite, une colonne secondaire sous les ordres de Mêlas, qui

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devait passer par Luraini et le monte Baldo proprement dit, pour arriver entre la position de Rivoli et le lac de Garde.

L^armée principale de Wurmser était donc divisée en cinq colonnes sur un front de trois à quatre milles. Qu'elle eût eu affaire au gros de Tarmée française, c'était plus qu'il n'en fallait pour être battue, mais elle arrivait avec 30,000 hommes contre les 8,000 à 10,000 de la division Masséna ; les deux colonnes principales seraient tombées à plus de deux contre un sur les Français pour peu que ces derniers eussent mis quelque obstination dans leur défense. Aussi Masséna, voyant ses avant-postes attaqués le 29 juillet, à trois heures du matin, ne résista-t-il que juste assez pour les recueillir; ce ne fut pas sans subir des pertes assez sérieuses, semble-t-il, tant en morts et en blessés qu'en prisonniers et canons laissés à l'ennemi, qu'il se retira sur Piovezzano (entre Rivoli et Castelnovo) où il arriva un peu avant la nuit.

Pendant qu'il en était ainsi du côté de l'armée principale, Quasdanowitch arrivait à Salo le 29. Le général Sauret fut battu dans un combat assez vif, et le général Guyeux, cerné avec un bataillon, fut obligé de se jeter dans une grande maison près de Salo. Quasdanowitch poussa jusqu'à Gavardo et envoya le général Klenau à Brescia, où il surprit la garnison : quatre compagnies, un escadron et plusieurs généraux y furent faits prisonniers.

Sauret se replia sur Desenzano.

Bonaparte se tourne contre Quasdanoivltch.

Bonaparte avait son quartier générale Castelnovo. Il règne une certaine incertitude sur ses décisions et ses mouvements du 29.

Les divisions Kilmaine et Despinois ont dû être rassemblées à Castelnovo, et Augereau a dû recevoir d'abord l'ordre de remonter FAdige pour tomber dans le flanc gauche de l'ennemi. Il n'y a pas trace de l'exécution de cet ordre ; il a dû être contremandé ; quand il fut donné, Bonaparte devait encore avoir l'idée qu'il pourrait porter la défense dans les montagnes. Quant aux divisions Kilmaine et Desploois, il est singulier que le lendemain elles soient à Villafranca, tandis qu'il eût été naturel de les laisser à Castelnovo pour recueillir la division Masséna, si elles y avaient été le 29.

Il est certain que Bonaparte, ayant su par des rapports plus détaillés que la division Masséna avait été assez maltraitée le 29, reçut des renseignements où l'on exagérait peutêtre les forces de Wurmser; qu'aussitôt après, il apprit l'arrivée d'une colonne presque aussi forte par Salo et Gavardo, laquelle avait battu Sauret et dont la cavalerie galopait déjà sur la route de Milan ; il vit la nécessité d'une concentration absolument générale.

Si nous ne voulions tenir compte que des faits avérés, nous dirions : Bonaparte prit, le 30, la résolution non seulement de lever le siège de Mantoue, mais encore de ne pas perdre de temps à sauver les parcs, et de planter là les 120 pièces

de canoD, prises du reste à des arsenaux étrangers, de rassembler son armée et de la porter tout entière sur l'une ou l'autre des deux masses ennemies séparées par le lac de Garde ; il se porta d'abord contre Quasdanowitch, parce que ce dernier était le plus faible et surtout parce que, son armée arrivant derrière les Français, on pouvait l'attaquer sans faire courir aucun danger aux communications en cas d'échec (1).

Cette manière d'expliquer simplement les choses est en contradiction avec l'anecdote racontée plus tard par Augereau, quand il se fut brouillé avec Bonaparte, à savoir que, le 30 juillet 1796, dans un conseil de guerre tenu à Roverbella, ce fut surtout Augereau qui soutint la proposition d'attaquer l'ennemi, tandis que Bonaparte, d'abord découragé, ne songeait qu'a se retirer au sud du Pô.

Les partisans de Bonaparte ont déclaré que cette histoire était fausse ; le 30 au soir, il y avait eu à Roverbella une sorte de conseil de guerre, ils ne le contestent pas ; mais ils prétendent que Bonaparte avait voulu simplement y éprouver les dispositions de ses généraux.

Par le fait, il est bien invraisemblable que Bonaparte, qui ne perdait pas la tête si facilement, l'eût perdue dans une circonstance qu'il voyait venir depuis des semaines et à laquelle il était tout préparé. D'autre part, un général en chef de 27 ans, récemment promu, tiré de l'obscurité depuis un an à peine, n'avait pas avec ses généraux de division

(1) Bonaparte était, le 29, à Brescia ; il y apprit d'abord l'arrivée de Wurmser à Rivoli et ordonna la concentration de Masséna, Despinoy et Kilmaine à Castelnovo, Augereau venant derrière eux à Villafranca.

Apprenant ensuite les combats de Salo et de Gavardo, il donne contreordre et appelle Despinoy à Desenzano pour soutenir Sauret.

Le 30, il passe à Desenzano et donne Tordre à Sauret et Despinoy de reprendre Salo le lendemain, puis continue vers Castelnovo. N'ayant pas assez de forces pour livrer bataille à Wurmser, avec les seules divisions Masséna et Augereau, il se rapproche de Mantoue pour utiliser la division Sérurier. 11 a déjà l'idée de tenir les deux armées ennemies séparées, car il appuie constamment sa gauche à Peschiera, sur le lac de Garde. Son centre est à Roverbella; sa droite, à Gastellaro.

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