‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 38 sur 75 · BATAILLE DE LONATO, LE 3 AOUT · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LONATO, LE 3 AOUT

et s'étant avancé jusqu'à Goïto, Bonaparte pouvait espérer lui livrer bataille sur la rive droite de cette rivière; s'il s'y dérobait, il serait rejeté dans la montagne et Ton ferait une poursuite sans trêve dont on pourrait espérer de nombreux trophées. Bonaparte résolut donc de marcher contre Wurmser, le 5. S'il attendait un jour, c'est que ses troupes s'étaient déjà battues le 3, ou qu'il y avait beaucoup de choses à reconstituer et à réorganiser; peut-être, enfin, voulait- il faire concourir à l'action les deux brigades de la division Sérurier, qui s'étaient retirées vers le Pô, et il y fallait du temps.

Le général Fiorella, qui les commandait par intérim et se trouvait, semble-t-il, avec leur gros à Marcaria, reçut le 4 l'ordre de se reporter pendant la nuit sur Guidizzolo pour être prêt à agir le S.

Combat de Govardo, le 4 août.

Ainsi, le 4 août, Bonaparte se trouvait avec la division Masséna à Lonato; Âugereau et Kilmaine à Castiglione; Fiorella se mettait en marche sur Guidizzolo, et Guyeux tombait de Salô sur le général Quasdanowitch à Gavardo; celui-ci, un peu dérouté, et menacé subitement dans son flanc droit par Saint- Osetto, se décida à continuer sa retraite sur Riva, et se réunit au prince de Reuss à la Rocca d'Anfo, près du lac d'Idro (1).

Wurmser employa aussi la journée du 4 à rallier quelques

(1) On s'expliquera mieux la retraite de Quasdanowitch, le 4, en remarquant :

Jo Que ce général n'avait jamais engagé toute sa division ensemble et que la brigade Ocskay avait été anéantie le 3 ;

2^ Que Bonaparte fit renforcer Guyeux et Despinoy par une partie de la division Masséna.

C'est ce renfort qui décida du succès le 4, et le 5 il était revenu pour la bataille de Castiglione, suivi par la moitié de la division Despinoy. Où serait l'avantage d'une position centrale, si l'on ne portait ses forces tour à tour contre ses deux adversaires, et si l'on partageait d'avance, une fois pour toutes, son armée en deux parties opposées respectivement aux deux armées ennemies ?

détachements. Mais où était-il? Était-ce encore à Goïlo? Où Liptay avait-il pris position? on n'en sait rien. Ce dernier était sans doute resté à Solférino, sur le champ de bataille da lendemain.

Pendant que Bonaparte avait son quartier général a Lonato, le 4, apparurent devant cette localité les trois bataillons isolés, dont nous avons parlé, avec leurs trois pièces de canon. Ils n*avaient pu pénétrer du côté de Gavardo, et s'étaient décidés à revenir vers le Mincîo, espérant y rencontrer Wurmser, ce qui aurait pu encore leur arriver s'ils avaient eu le bonheur de ne pas se heurter à de trop forts détachements ennemis. Ils dirigèrent leur marche le 4 sur Lonato, ne croyant probablement pas y trouver ces mêmes troupes contre lesquelles ils s'étaient battus la veille. Ne les ayant pas rencontrées dans la campagne (la division Masséna était peut-être cantonnée dans des villages ou au bivouac à quelque distance de Lonato), ils sommèrent hardiment les occupants de Lonato de se rendre. Or c'était Bonaparte lui-même; il n'avait, il est vrai, que 1200 hommes, mais, dans les circonstances où il se trouvait, il traita cette sommation de pure insolence, et menaça de tout faire fusiller, s'ils n'avaient posé les armes dans huit minutes, ce qu'ils firent.

Bataille de Castiglione, le 5 août.

Bonaparte rappela encore à lui deux demi-brigades de la division Despinois et se porta, le 5 au matin, sur Solférino.

Il y trouva le général Wurmser, avec environ 25,000 hommes, ayant pris position, l'aile droite à Solférino, l'aile gauche sur la route de Mantoue à Brescia, le front perpendiculaire à cette dernière, par conséquent bien placé pour recevoir en plein dans le dos un corps qui arriverait de Marcaria par Ceresara et Guidizzolo.

Au point du jour, Fiorella était parvenu à Guidizzolo; Bonaparte pouvait donc avoir à peu près 30,000 hommes, en admettant qu'il en eût perdu 4,000 ou 5,000 les jours précédents et, qu'il en eût détaché 6,000 à 7,000 contre Quasdanowitch, et en retranchant ces nombres de son effectif du début.

La division Augereau formait l'aile droite, Masséna la gauche, Kilmaine était en échelons en arrière de l'aile droite, et Fiorella avait reçu pour point de direction Cavriana, sur les derrières de Wurmser. En attendant l'arrivée de Fiorella, la première attaque des deux divisions ne fut guère qu'un combat démonstratif avec peu de monde (i); le gros restait en arrière, formé eji colonnes. Les Autrichiens crurent trop tôt

(1) Ce ne fut pas un combat démonstratif, mais un mouvement de retraite. Bonaparte se déroba jusqu'au moment où il entendit le canon de Sérurier. A cet instant précis, toute l'armée fit demi-tour et se porta à Tattaque.

Retraite de Wurniser dans le TyroL

A coup sûr, cette bataille décidait de la campagne ; quoiqu'elle ne fût pas un désastre pour Wurmser, elle donnait des résultats positifs, car ce général ne pouvait évidemment plus songer à la défense du Mincio ou de toute autre position dans la plaine lombarde. Il était trop faible pour en prendre une à proximité de Tarmée française, et puisqu'il ne fallait pas découvrir le Tyrol, il ne restait qu'à rentrer dans la vallée de TAdige.

Mais, comme il arrive souvent à la guerre, dans le premier moment, Wurmser n'aperçut pas bien clairement les conséquences inévitables des événements qui venaient d'avoir lieu ; il fit travailler à la hâte à un camp retranché près de Peschiera, mais la division Masséna l'attaqua dès le 6 et les Autrichiens en furent chassés avec une perte de 500 hommes et 10 canons. Wurmser se hâta alors de rentrer dans le Tyrol. Il renouvela la garnison de Mantoue, la porta à Teffectif de 4 5,000 hommes, et se retira dans la vallée de TAdige.

Les Français le poursuivirent d'abord avec leurs cinq divisions ; mais Bonaparte employa la division Sérurier à se faire rouvrir les portes de Vérone par le gouverneur vénitien de cette place, puis à reprendre l'investissement de Mantoue.

Le 7, la division Masséna vint reprendre son ancienne position à Rivoli en repoussant Tarrière-garde de Wurmser.

Wurmser prit position à Ala et s'y relia avec Quasdanowitch. Il avait encore fait occuper La Corona et d'autres

points du Monte Baldo, qu'il fallut abandonner aux Français le 11 avec? pièces de canon. En même temps, à Touest du lac de Garde, fallait évacuer le poste de la Rocca d'Anfo (12 août).

Wurmser revint à Trente, laissant son avant-garde à Roveredo.

Bonaparte laissa Masséna dans la vallée de FAdige et renvoya Augereau dans la plaine.

N'ayant plus de parc de siège et ne pouvant en reconstituer, il fallut renoncer à reprendre le siège régulier et se contenter de bloquer Mantoue.

Ainsi se termina le second acte de cette merveilleuse campagne.

Résultat stratégique final.

Avant de porter un jugement motivé sur l'offensive autrichienne et la forme qu'elle avait revêtue, sachons d'abord au juste ce qu'elle a donné et ce qu'elle n'a pas donné ; en d'autres termes, quel a été le résultat stratégique final de cet acte. Mais cela, nous ne pouvons le faire qu'en voyant la place qu'il tient dans l'ensemble de la campagne.

Au mois de juillet, Mantoue était en danger d'être prise d'assaut ; c'eût été la perte d'une garnison de 14,000 hommes et d'une grande place, qui, à elles deux, étaient en état de retenir l'armée française en Italie, et de lui interdire, par conséquent, toute offensive dans la montagne et contre les États autrichiens. Telle était l'importance de cette place pour les Autrichiens dans la défensive ; une autre partie de son importance venait de son rôle dans l'offensive. Ils avaient peu de chance, en effet, si Mantoue avait appartenu aux Français, de reconquérir la Lombardie par une bataille heureuse; tout pivotait d'abord autour du siège de Mantoue ; que Mantoue, au contraire, restât à eux : une victoire les menait au moins jusqu'au Tessin, et ils se retrouvaient maîtres de Milan.

Quand le cabinet de Vienne décida de faire passer des renforts d'Allemagne en Italie, il y avait équilibre en Allemagne entre les deux adversaires, et cette décision était motivée par l'importance prépondérante de Mantoue.

Le cabinet de Vienne pensait évidemment que, si l'on parvenait à dégager Mantoue, on ne tarderait pas non plus à

reconquérir le Milanais, et, en effet, c^était assez probable ; on en tirerait encore bien d'autres avantages, surtout en ce qui concernait Tattitude politique des États italiens, laquelle était autrement intéressante. Cette considération devait donner plus d'importance encore aux opérations en Italie.

Eh bien , quel résultat avait-on obtenu ? C'en était ua qu'on n'aurait guère prévu : Mantoue était délivrée du siège, par conséquent du danger ; le premier objectif était donc atteint, mais les autres étaient manques. Ce premier objectif devait évidemment être considéré comme l'essentiel, mais enfin les Autrichiens l'avaient peut-être acheté trop cher par la perte de 50 à 60 pièces de canon et d'environ 10,000 hommes, même en défalquant de ce chiffre les pertes de l'adversaire. Du reste, les Autrichiens se retrouvaient à la fin de l'acte dans la même stituation qu'auparavant.

Mantoue avait donc perdu toute valeur offensive pour le moment au point de vue autrichien ; mais sa valeur défensive restait entière, et, dans la situation présente, c'était de beaucoup l'essentiel.

En Allemagne, la situation était tout autre. Quoiqu'il ne se fût produit aucun événement décisif, la balance paraissait pencher fortement contre l'Autinche. Les armées étaient parvenues en Franconie et en Souabe jusque sur les hauteurs de Ratisbonne; toutes les rencontres qui avaient eu lieu avaient tourné au désavantage des Autrichiens. L'archiduc Charles se préparait, il est vrai, à tirer profit de l'attaque multiple de ses adversaires pour tomber sur Jourdan avec des forces supérieures ; mais on est bien peu certain, en pareil cas, d'obtenir une solution décisive, et le gouvernement autrichien ne pouvait guère compter, non plus, que s'il y en aVait une, elle serait en sa faveur. La personne même du général était une mince garantie, car c'était la première campagne où il commandât. Représentons-nous au vif la situation des affaires en Allemagne au milieu du mois d'août ; il y avait réellement peu d'apparence pour le gouvernement autrichien que les progrès des Français lui fissent bientôt atteindre leur but ; mais il était

RÉSULTAT STRATÉOIQUE FINAL. 14S

assez vraisemblable qu'ils poursuivraient leur marche sans événement décisif, et qu'ils menaceraient dans quelques semaines Vienne et le cœur de la monarchie autrichienne. Si le gouvernement autrichien ne voulait pas se laisser imposer Ja paix par cette menace, une grande bataille était le seul moyen de résistance possible, et, en cas de défaite, il fallait «'attendre à de tout autres conditions.

Il y avait donc là un danger sérieux et pressant, en face duquel la situation militaire en Italie perdait beaucoup de son importance.

On a certainement quelque peine à se Ggurer le danger si grand sur le Danube, maintenant qu'on sait par quelle brillante solution on allait y parer ; mais nous ne pourrions faire entrer cette dernière en ligne de compte que s'il avait été possible de la prévoir; or nous sommes convaincu qu'il n'y ■avait que peu ou pas de raisons pour le faire. L'archiduc €harles n'était pas plus, fort que ses deux adversaires ; il avait, au contraire, une vingtaine de mille hommes de moins qu'eux ; tous les efforts de la défense avaient jusqu'alors été .malheureux, et il ne s'agissait pas encore d'une de ces retraites volontaires au cœur de la patrie qui peuvent porter si haut la force de la défense. Du reste, c'était là un moyen encore inconnu. La défection des gouvernements souabe et saxon vers cette époque, montre comme il restait peu d'espoir.

Mantoue n'étant plus un sujet d'inquiétude, le théâtre d'opérations d'Italie perdait momentanément toute importance ; rien n'eût été plus naturel que de porter en Allemagne, non seulement toutes les réserves disponibles, mais. même la moitié de l'armée de Wurmser, forte encore de 40,000 hommes, pour prendre Moreau à revers. De cette façon on pouvait livrer à ce général, à la fin d'août ou au commencement de septembre, une bataille décisive dont Tissue aurait été bien peu douteuse. Si le danger avait été détourné ainsi du -cœur de la monarchie autrichienne, les deux armées françaises d'Allemagne auraient été contraintes de repasser le Rhin, et il était temps alors de sauver Mantoue.

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