‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 39 sur 75 · RÉSULTAT STRATÉGIQUE FINAL · texte numérisé non relu

RÉSULTAT STRATÉGIQUE FINAL

Cela posé, il s'ensuit que le principal résultat de cet acte du drame reste à l'avantage des Autrichiens; pour qu'il donnât à Bonaparte une victoire complète, il aurait fallu que celui-ci couvrît directement le siège, ou du moins qu'il sauvât son parc, ou enfin qu'il eût compensé cette perte par une victoire telle, qu'il eût été libre de poursuivre l'armée autrichienne l'épée dans les reins à travers le Tyrol jusqu'en Allemagne. Aucun de ces résultats ne fut obtenu; j'en conclus donc que la situation de l'armée française d'Italie ne s'est pas améliorée mais a empiré entre le 29 juillet et le il août.

Considérations sur l'attaque de IVurniser et la défense de Bonaparte.

L'admiration que ce second acte de la campagne a excitée sur le moment et dans la suite laissa le génie de Bonaparte aussi hors de doute que les fautes du général autrichien. Et pourtant, c'est ce général toujours battu qui a atteint son but. On ne s'en est pas aperçu d'abord, mais maintenant c'est un fait acquis. Voici donc une grosse contradiction qu'il nous faut lever avant tout,

Wurmser a été constamment battu, c'est un fait; il a donc forcément commis de grosses fautes, c'en est la conséquence forcée. Nous nous occuperons tout à l'heure de ces fautes. Quant à la contradiction, il faut, pour qu'elle disparaisse, cesser de croire à l'infaillibilité du général français, ou bien à la possibilité de remplir sa tâche. En y regardant de plus près, c'est son infaillibilité qu'il faut écarter.

La manœuvre de Bonaparte a été originale, foudroyante, conduite avec une grande décision et une activité sans exemple ; on peut la dire brillante ; elle n'a cependant pas été logique et pouvait compromettre à jamais la tâche qu'il avait à remplir.

Nous avons vu que les Autrichiens avaient un double but : dégager Mantoue et remporter une victoire qui leur aurait donné le Milanais. Bonaparte avait la double mission correspondante : se maintenir sur le Mincio et couvrir le siège.

Avec 44,000 hommes, investir et assiéger une place dont la

CONSIDÉRATIONS SUR L'aTTAQUE DE WURMSER. 149

garnison était de 12,000 hommes; couvrir le siège contre une armée de 50,000 hommes, et cela sur un théâtre d'opérations très désavantageux, au centre de la courbe décrite par les Alpes, lesquelles étaient tenues par l'ennemi et d'où il menaçait les flancs et les communications, c'était une tâche infiniment difficile si l'adversaire avait eu à cœur de sauver la place ; pour une armée d'observation, c'était un rôle presque impossible.

Il est vrai que les Autrichiens n'avaient pas une supériorité numérique à décider du résultat par la seule puissance du nombre, et à l'accentuer en même temps par un mouvement tournant, comme il semble qu'ils en aient eu l'idée ; s'ils restaient unis, sans faire de mouvements tournants stratégiques, ils avaient une telle supériorité sur les forces disponibles de Bonaparte, que celui-ci avait bien peu de chances d'être vainqueur; si, au contraire, ils faisaient un mouvement tournant, il était impossible à Bonaparte d'éviter la levée du siège. Ce fut évidemment la colonne envoyée sur la Chiese qui obligea Bonaparte à planter là le siège et à- porter son champ de bataille sur la rive droite du Mincio.

Il n'y avait pour le général français qu'un moyen de parer à tout, c'était de se retrancher dans une ligne de circonvallation. Si décrié et démodé que fût ce procédé, la supériorité numérique des Autrichiens aurait dû l'y ramener et l'engager à examiner si cette solution ne répondait pas aux circonstances.

Nous remettrons à la conclusion de la campagne de plus amples développements à ce sujet, nous jugerons alors notre procédé en percevant bien l'importance stratégique du but poursuivi ; le lecteur sentira bien que la conduite à tenir doit dépendre uniquement de ce but et non des préférences du général pour tel ou tel mode d'action (1). Comme Bonaparte

(1 ) Clausewitz a mérité cet éloge du s^énéral Pierron : « Le premier il a fait voir qu'un plan d'opérations doit prendre avant tout pour objectif 1* armée ennemie, viser à frapper à coups redoublés les forces organisées

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n'apercevait pas l'ensemble de la campagne, il n'accordait pas assez d'importance à la seconde partie de sa tftche ; sa prédilection pour les choses positives brillantes et puissantes l'entraînait dans une voie qui ne lui permettait pas de la remplir. Uo regard jeté sur l'ensemble de la campagne, sur la succession des événements, nous fera voir les choses sous une autre face : nous nous serons fait instruire par Thistoire. Jusqu'ici, la critique ne l'a jamais fait ; elle nous a montré ainsi à quel point elle est liée par des idées préconçues, au lieu de se laisser guider par les faits. Bonaparte, jeune comme il Tétait, et placé comme il l'était pour juger la situation, était bien excusable de ne pas prévoir tout ce que nous avons vu se réaliser ; mais c'est assez pour faire tomber sa réputation d'infaillibilité.

Nous pouvons donc dire, pour résoudre la contradiction apparente dont nous parlions : ou bien la t&che de Bonaparte touchait à l'impossibilité, et il n'est pas étonnant que les fautes de son adversaire et ses propres victoires ne lui aient pas suffi pour l'accomplir; ou bien c'était la voie même qu'il avait choisie qui ne pouvait le conduire au but; alors, si éclatants qu'aient été ses exploits, il a commis une faute et c'est cette faute même qui est cause de ce résultat malheureux.

Telle est, nous l'avons dit, notre conviction absolue ; nous Texpriraons d'autant plus nettement que nous voyons ici un

de Tadversaire jusqu*à leur destruction, car alors tout tombe : positions, places fortes, etc. ; tandis que si le plan cherche un autre but, il reste faux et compliqué, attendu que les plus savantes manœuvres ne sont qu'une promesse, tandis que la victoire sur la principale armée ennemie est un résultat qui prime tout, qui répare tout. » Ici, Glausewitz renie sa doctrine : Pour éviter de lever le siè;;e de Mantoue, il exposerait la communication et risquerait le salut de l*armée.

Et après tout, en quoi le fait de lever le siège était-il si grave en luimême ? S*il a eu des conséquences si funestes et si durables, c*est parce qu'il n*a pas été prévu de longue main et qu'on n'a pas su évacuer le matériel d'artillerie. Si, à l'approche de Wurmser, on avait fait filer ses canons, au lieu de redoubler le bombardement, on aurait pu reprendre le siège le 8 août et l'on eût été maître de Mantoue avant la fin du mois.

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