‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 43 sur 75 · CHAPITRE XLVII GonsldérationB · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII GonsldérationB

Nous Terrons comment ce plan, bien plus mauvais que le premier, eut aussi des résultats plus funestes ; mais nous ne pouvons nous dispenser de le faire suivre sur-le-champ des questions qu'il fait surgir.

La délivrance de Mantoue était-elle un but d'un intérêt pressant? Évidemment non (1); la place n'était pas serrée de près et pouvait tenir des mois avant de songer à capituler. En quoi consistait la délivrance de Mantoue 7 A faire lever le blocus, c'est-à-dire chasser l'armée française de la rive gauche du Mincio; avec un adversaire comme Bonaparte, on ne pouvait y réussir que par une victoire décisive. Était-on plus en état d'y parvenir qu'un mois auparavant? Non, car on était plus faible. Prenait-on de meilleures dispositions ? Pas davantage, car on divisait encore l'armée, et on tombait dans la même confusion de manœuvre et de bataille que la première fois.

Du reste, était-il nécessaire d'attaquer l'armée française d'Italie ? Elle ue faisait rien et c'était certainement ce qui pouvait arriver de plus heureux aux Autrichiens.

Mais on pouvait prévoir que l'armée française ne resterait ^^^^**É^^a8 longtemps inactive; les Autrichiens aimaient mieux pré- •enir son attaque, et livrer bataille dans les plaines d'Italie, oie de rester sur la défensive dans les montagnes du Tyrol.

(1) GauHewitz vient de dire lui-tnëme, sept lignes plus haut, que le .1 de l'offensive de Wurmser (qui n'a, d'ailleurs, pas él^ prononcée) était retenir Bonaparte en Italie, et non de délivrer Mantoue.

Ce sera donc toujours la même erreur, la même faute grossière contre la saine raison ! comme si Tattaque donnait plus d'espoir de vaincre que la défense. Deux fois, dans celte campagne, l'armée autrichienne, battue, s'est réfugiée dans le Tyrol ; les deux fois, elle a trouvé un refuge dans ses montagnes et ses gorges, car les Français, qui dans la plaine n'auraient pas cessé de la battre, se sont arrêtés les deux fois, comme médusés, au pied des Aipes du Tyrol; les Autrichiens ont assisté à ce spectacle, mais ils ne s'en sont pas étonnés, l'ont trouvé très naturel ; ils Tont regardé comme dans un songe, sans se rendre compte du pourquoi, sans se demander ce qu'il y avait là-dessous. Si une armée battue, en fuite, trouvait protection dans ces montagnes, a fortiori une armée constituée, renforcée, et toutes choses égales d'ailleurs, n'y sera pas attaquée. Ils n'ont pu arriver à une conclusion aussi simple !

Il nous faut remonter jusqu'à la source de cette erreur; elle agit si puissamment qu'elle n'empêche pas seulement le gouvernement autrichien, mais les neuf dixièmes du public raisonnant, de se rappeler que deux et deux font quatre.

Plus que tout autre théoricien ou praticien, nous sommes convaincu que, dans les actions décisives, la montagne est défavorable à la défense. D'autre part, nous admettons aussi qu'il y aura bien des cas où, une solution étant inévitable, il faudra préférer l'offensive à la défensive ; mais il ne résulte pas de ces deux principes que les Autrichiens devaient quitter le Tyrol pour prononcer une offensive stratégique dans la plaine d'Italie.

Si Bonaparte, après avoir battu Beaulieu ou Wurmser, avait pu trouver une occasion de redoubler sa victoire en plaine, il en eût été enchanté et aurait vu d'autant plus volontiers une nouvelle bataille qu'elle eût été plus nettement décisive. En montagne, cette victoire était encore plus facile à remporter, à mon sens, et sans doute aussi à celui de Bonaparte; mais, en montagne, sa portée devenait tout autre.

A quoi bon pour Bonaparte une victoire dans le Tyrol? Il

des pertes énormes, on se trouve à ]a fin l'avoir repoussé partout sans avoir remporté une véritable victoire qui affirme la mainmise sur le terrain ; on a sacrifié une partie de ses forces et on est dans une situation qu*on ne désirait pas. Ces considérations sont pour beaucoup dans la circonspection qui arrête Tassaillant au pied des montagnes.

Le général français avait eu, par deux fois, en juin et en août, de bonnes- raisons pour rester immobile au pied des Alpes (4), raisons qui se percevaient plus facilement sous l'impression générale et inconsciente des événements, qu'ici dans un exposé théorique ; qu'est-ce qui pouvait faire penser à rAutriche qu'il n'aurait plus les mêmes raisons à la fin d'août? Il s'était renforcé, ce qui rendait plus probable qu'il se remit à agir, mais quelques milliers d'hommes ont-ils une valeur équivalente à celle des Alpes du Tyrol? Une armée sur la défensive, qui prendrait l'offensive chaque fois qu'elle croi-» rait une attaque de l'ennemi imminente, perdrait la plus grande partie des bénéfices de la défen^ve. C'est l'avantage de rester dans l'expectative qui constitue la plus grande force de la défense.

Nous estimons donc que le gouvernement autrichien a entièrement méconnu, à cette époque, l'importance des Alpes du Tyrol, qu'il a si bien sentie aux heures de danger, et à laquelle il a attribué dans d'autres circonstances une valeur exagérée; il s'est laissé entraîner par quelques brouillons, enragés pour avoir du génie, à une offensive stratégique qui n'était nullement dans ses intérêts.

Il nous reste encore un argument à examiner.

L'offensive dans les plaines d'Italie a peut-être été entreprise pour donner du courage à Rome et à Naples, car elles n'avaient pas encore signé la paix avec la France, et même

(1) Ce n'est pas tant la montagne qui arrête Bonaparte que la bifurcation des deux routes de Tarvis et dlunsbrûck. Il ne pouvait s'avancer sur Tune sans être pris à revers par Tautre.

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Naples avait fait avancer en août quelques troupes sur la frontière des États romains.

Évidemment, si Ton n'avait pas été â peu en mesure d'agir de concert avec ces deux puissances, une offensive en Italie aurait été pleinement justifiée ; mais il n'y avait pas à y penser. On voulait leur donner du courage, mais pour cela il fallait une victoire ; par conséquent, on ne pouvait admettre ce motif d'ordre politique que si l'on était sûr, pour d*autres raisons, que cette offensive réussirait. Si on se laissait mettre dans une situation fâcheuse, on donnait des verges pour se fouetter.

Nous en avons dit assez sur le plan autrichien et sur les raisons pour lesquelles il nous parait sans motif et absolument contre nature. Pour ajouter un résultat positif a cette discussion purement négative, il nous faut revenir sur ce que le meilleur usage à faire des forces autrichiennes dans la seconde moitié du mois d'août eût consisté à faire passer à l'archiduc tous les renforts qu'on envoyait dans le Tyrol; le général Wurmser aurail eu pour mission de marcher avec 20,000 hommes contre Moreau pour Tattaquer de concert avec l'archiduc. L'effet de ces dispositions eût été aussi décisif qu'immanquable. Jourdan s'était déjà beaucoup trop avancé de l'autre côté du Danube, comme le prouvèrent les batailles d'Amberg et de Wurzbourg, pour pouvoir rétablir une situation compromise en Souabe ; il se trouverait très en danger dans une longue retraite, s'il ne l'entreprenait pas à temps. En admettant que Bonaparte eût pénétré dans le Tyrol à la nouvelle du mouvement de Wurmser, il ne serait pas ar* rivé à temps, et, en tout cas, il n'aurait pas rétabli avec 20,000 hommes une situation déjà réglée par un engagement entre des armées de 70,000 hommes, car les grandes masses entraînent les petites dans leur orbite, quand la disproportion est notable.

Bonaparte attaque Davidovitch.

Le corps autrichien qui devait être laissé dans le Tyrol, sous Davidovitch, avait occupé cette région en trois endroits. Un corps de 3,500 hommes, sous le général Grôsser, couvrait le Vorarlberg, face à la Souabe; un second, sous le général Laudon, fort de 3,000 hommes, occupait les débouchés du côté de la Valteline; le reste, soit 14,000 hommes, faisait face à l'armée française du côté de Trente. Ce corps principal avait une division de 8,000 à 6,000 hommes, sous le prince de Reuss, sur la rive droite de TAdige, à Mori, entre Roveredo et le lac de Garde, avec avant-garde sur la Sarca. Une autre division, sous Wukassovitch, était à Marco, dans la vallée de TAdige, et à hauteur de Mori, avec avant-garde à Serravalle. La réserve était en arrière de Roveredo, dans la très forte position de Caliano. Davidovitch avait son quartier général à Roveredo.

Wurmser lui-même s'était mis en route le 2 septembre avec les trois divisions Quasdanowitch, Sebottendorf et Meszaros, soit 26,000 hommes, pour gagner Bassano par la vallée de la Brenta.

Bonaparte fut informé des projets de Wurmser. Il décida, en conséquence, de laisser Kilmaine avec 2,500 à 3,000 hommes sur TAdige inférieure, pour couvrir le blocus de Mantoue pendant qu'il remonterait TAdige avec les divisions Vaubois, Masséna et Augereau ; il battrait Davidovitch, puis marcherait à la poursuite de Wurmser dans la vallée de la Brenta,-

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