‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 47 sur 75 · COMBAT DE SAINT-GEORGES ET DE LA FAVORITE · texte numérisé non relu

COMBAT DE SAINT-GEORGES ET DE LA FAVORITE

séoa était plus loin et à couvert; au contraire, la division Âugereau (commandée par le général Bon pendant une indisposition d'Augereau) s'avançait contre le flanc droit, le long du Mincio; Wurraser envoya au-devant de cette division son aile droite, qui s'avança jusqu'à une lieue du fort de Saint- George. Mais le centre se trouvant ainsi affaibli, Masséna parut avec sa division, rejeta les Autrichiens jusque dans l'intervalle entre la citadelle et le fort Saint-George; Victor parvint même à s'emparer de ce dernier au cours de la poursuite. Ce mouvement obligea naturellement l'aile droite des Autrichiens à rebrousser chemin, et Wurmser eut de la peine à ramener tout son monde par la chaussée de la citadelle dans la place; il avait perdu 2,000 morts et blessés.

Les Autrichiens avaient donc été complètement chassés de la rive gauche du Mincio jusqu'à la citadelle. Ils restaient en possession du Seraglio, région très fertile entre le Mincio, le Pô et le canal qui relie Mantoue à Borgoforte.

Cependant, de nombreuses maladies sévissaient dans la place ; elles se propageaient si bien qu'il ne s'y trouvait plus que 18,000 hommes disponibles.

Pendant les mois de septembre et d'octobre, Wurmser fit de nombreuses sorties, mais sans obtenir en aucune d'elles, ou au total, de résultat sensible.

Le Directoire était d'avis qu'il n'y avait pas lieu de reprendre le siège, mais d'attendre que la place succombât aux. maladies et à la faim.

Bonaparte disposait des forces suivantes :

Kiimaine avec 9,000 hommes, bloquant Mantoue ;

Augereau 9,000 — à Vérone ;

Masséna 10,000 — à Bassano ;

Macquart et Dumas avec. 4,000 — en réserve à Yillafranca ;

Vaubois 40,000 — à Trente.

Total 42,000 hommes.

G onsidérations.

Nous avons déjà donné notre avis sur le but de cette deuxième offensive contre Bonaparte (chapitre XLVII). Mais admettons qu'elle soit irrévoc€J3iement résolue; il reste à juger l'exécution.

Demandons-nous d'abord à quoi cette seconde attaque a abouti? Malgré la défaite de Wurmser, la première avait donné, nous Tavons vu, un résultat très acceptable : Mantoue était dégagée et son siège rendu momentanément impossible. Quant à la seconde attaque, non seulement elle manqua son but, qui était d'améliorer la situation générale, mais elle Tempira bien certainement; elle se termina, en effet, en laissant dans Mantoue 29,000 hommes, dont 4,000 cavaliers, et Ton peut dire qu'ils y étaient bloqués dans toute la force du terme ; ils étaient donc menacés d'y être bientôt réduits par la faim. Bonaparte était dispensé, dès lors, d'aller chercher au delà des Alpes un champ à son activité, car la prise d'une telle masse de troupes vaut bien que 40,000 hommes l'attendent pendant quelques mois. On peut dire que cette seconde offensive autrichienne ne pouvait pas avoir de plus mauvais résultats.

Cherchons-en les causes.

Les Autrichiens se divisèrent encore pour cette attaque, et encore à peu près dans le même rapport que la première fois. En ne comptant pas les détachements du Vorarlberg et de la Valteline dans les disponibles, quoiqu'on ne voie pas bien ce

que faisait ce dernier, Davidovilch avait 14,000 hommes et Wurmser 26,000. Les deux corps ne sont plus séparés par un lac, mais par des montagnes, au travers desquelles ils n'ont de liaison que par la route de la Brenta ; que l'ennemi s'empare de cette route, la séparation est aussi complète que dans le cas précédent, et cette fois elle est plus funeste parce que les Autrichiens n'ont plus la même supériorité numérique. Les Français ont eu, dans l'un et l'autre cas, environ 30,000 hommes disponibles; les Autrichiens en avaient 30,000 la première fois et 40,000 seulement la seconde.

Voulait-on livrer bataille à Bonaparte et le vaincre pour faire lever ainsi le blocus de Mantoue? Alors les dispositions prises étaient évidemment si mauvaises qu'on pouvait à peine penser au succès ; inutile de perdre notre temps à insister sur ce point. Mais quelques critiques ont prétendu que, dans cette campagne, les Autrichiens ne pensaient pas livrer bataille et qu'ils comptaient obtenir le résultat par des manœuvres stratégiques.

Atteindre par une manœuvre stratégique un but positif, comme c'en était un de rejeter Bonaparte sur la rive droite * du Mincio, c'est d'abord d'une extrême difflculté ; il faut, en outre, que la situation de l'adversaire présente un point faible, et alors c'est ce dernier qui devient l'agent vraiment efûcace de la manœuvre, car il n'y a pas d'effet sans cause. Mais il n'y avait rien de tel dans la situation de Bonaparte vis-à-vis des deux corps autrichiens de l'Adige et de la Brenta.

Le principe qui, dans la première offensive, avait donné une si grande importance à la colonne de la Chiese, faisait ici défaut. L'espoir de contraindre Bonaparte à se retirer au delà du Mincio, par tel ou tel mouvement bien combiné était donc purement fantaisiste ; il ne tient pas debout devant la critique. Au contraire, on aurait pu admettre la possibilité de retenir Bonaparte en Italie et d*arrêter son offensive dans le Tyrol par de simples manœuvres. Sa ligne d'opérations dans cette oCTensive aurait fait sur l'Adige un angle d'environ 90» ; les Français laissaient alors leur base absolument à leur gau-

che et le flanc droit était menacé par toute la frontière autrichienne. Qu'une armée autrichienne s'avançât donc par la vallée de la Brenta, et, par exemple, s'établît, comme fit Wurmser le 7 et le 8, à Bassano, il est certain que ToOfensive française par l'Adige et l'Eisach aurait été paralysée ; le général français eût été contraint. à la retraite dans la plaine d'Italie; il ne pouvait pas, en effet, en allant de l'avant, obtenir de tels résultats que l'armée de la Brenta s'en trouvât rappelée vers l'intérieur ; le tort que lui ferait la délivrance de Mantoue sur ses derrières et la rupture de son unique communication ne pouvait être compensé du côté où il marchait. La position de la Brenta jouait alors le rôle de position de flanc ; le général autrichien y avait la garantie de posséder deux lignes de retraite ; de la sorte, le danger d'être coupé, qui menace souvent les positions de flanc, n'était pas a craindre le moins du monde.

La critique a encore un argument très puissant contre les manœuvres stratégiques. Contre un général qui veut et cherche la bataille et la cherche décisive, la manœuvre est rarement possible et, par suite, est déplacée. La manœuvre stratégique suppose, pour être efficace, qu'on joue à tenir en équilibre les forces et les situations des deux partis et qu'on n'ait pas à attendre d'événement décisif, parce que les deux: généraux n'en veulent ni l'un ni Tautre. C'est seulement alors* qu'elle est à sa place; son efficacité résulte des conditions^ générales dans lesquelles on se trouve et qui garantissent qu'elle sera dans son élément. La décision par la bataille est une solution d'un ordre plus élevé devant laquelle les moindres doivent plier ; c'est un élément plus fort, qui met en lambeaux la trame futile de la manœuvre. Comment un général se risque-t-il, pour courir après quelque résultat mesquin,, quelque action lente et faible, à diviser ses forces et à les tenir divisées, quand il sent sur sa tête, prêt à éclater, le coupde foudre d'une bataille qui brisera tout? Nous avons vu ce coup écrasant tomber sur la tête de Wurmser. Si sa position* de Bassano et ses démonstrations sur Vérone avaient obligé

son adversaire à redescendre la vallée de TAdige, ce général .pensait bien se garer des chocs décisifs, s'y dérober; mais Bonaparte a confondu cette prévision, et Ta saisi du côté où il ne l'attendait pas. Admettons que Wurmser réussît à éviter la bataille de Bassano, comme il le pensait; ((rien» n'empêchait Bonaparte de le relancer dans toute autre position et de le poursuivre jusqu'à ce qu'il l'eût refoulé dans les montagnes de Carinthie.

Nous ne pouvons donc accorder aucune valeur à cette idée de manœuvre, et nous trouvons que le plan offensif des Autrichiens n'avait ni but bien déterminé, ni moyens clairement conçus; il restait dans le chaos d'une pensée à demi débrouillée ; il devait tomber en lambeaux comme un chiffon devant le génie d'un Bonaparte.

Tel étant le but que Wurmser poursuivait dans la vallée de la Brenta, il ne pouvait plus être question de rebrousser à la nouvelle de l'attaque de Bonaparte contre Davidovitch. Cette impossibilité était dans l'essence même du mouvement; il ne faut donc blâmer ni féliciter Wurmser de ne pas être revenu sur ses pas. Bonaparte a pris ce dernier parti dans son rapport au Directoire; il a pris pour une inspiration du moment ce qui était une simple conséquence du système. En tant que mouvement hardi dans un moment embarrassant, la marche de Wurmser ne tombe pas sous le coup du blâme que nous avons infligé au système d'offensive.

On ne peut porter de jugement sur la bataille même de Bassano, faute de documents autrichiens. On ne sait ni pour- .quoi Wurmser l'accepta (si tant est qu'il le fit), ni comment il l'accepta, ni comment Quasdanowitch fut séparé de lui, ni comment il fut refoulé vers Mantoue ; en un mot, toute donnée stratégique fait défaut.

Nous n'avons à faire de remarque qu'au sujet de Bonaparte. .11 avait une vingtaine de mille hommes à la bataille; il ne paraît donc pas avoir réussi, cette fois, à faire tomber des forces supérieures au point essentiel, sur un ennemi supérieur du reste dans Tensemble. La cause en est Qu'en laissant

devant Davidovilch vaincu une force incomparablement supérieure, les 11,000 hommes de Vaubois, il assurait complètement sa marche par la Brenta et se garantissait par suite deux grands avantages stratégiques : d'abord de tomber comme un ouragan sur son adversaire, puis de le frapper par derrière ; d^une part il facilitait le succès, de Tautre il Taugmentait. Si dans cette bataille il a été moins fort qu'il ne Taurait été en procédant autrement, ce n*est pas pour avoir laissé une partie de ses forces dormir inutilisées, mais parce qu'il joua le grand jeu, sentant la veine et ayant pleine confiance en lui et dans son armée.

La résolution que prit Wurmser de se jeter dans Mantoue est considérée tantôt comme un expédient devenu inévitable, tantôt comme un coup heureux. Il est impossible de juger si c'était nécessaire après la bataille de Bassano, mais quant à un trait heureux, ce n'en était certes pas un ; nulle part, avec sa belle cavalerie, cette armée ne pouvait être plus inutile qu'à Mantoue ; nous ne pouvons y voir que le résultat de la défaite stratégique la plus complète.

Il est difficile de découvrir ce que pouvait signifier la bataille du 15 sous les murs de Mantoue, au point de vue de Wurmser. C'est sans doute le sentiment vague qu'il y aurait eu honte à enfermer définitivement une pareille armée dans la place, qui a été cause de tout. Mais à la guerre ce qui sert réellement l'intérêt général n'est jamais une honte, et ce qui est inutile ou nuisible n'est jamais avantageux à Ihonneur des armes. Cette sortie était une fanfaronnade qui ne pouvait que mal finir; il eût été bien plus sage de déboucher immédiatement dans le Seraglio et de s'y organiser d^me façon quelconque.

La conduite de Bonaparte contre cette seconde ofiensive autrichienne est au-dessus de tout éloge. Il choisit la solution la plus décisive, parce qu'il est sûr de son aOaire, et il la mène avec une vigueur et une vitesse étourdissantes, qui n'ont jamais eu d'égales.

Première offensive d'Alvinzi. — Situation

de Tarmée française.

La victoire de BassaDO ne pouvait conduire Tarmée française à une offensive dans les États autrichiens, parce que Mantoue était occupé par 29,000 hommes, dont 15,000 à 16,000 dans le Seraglio, hors de le ville. Cette quantité de troupes à bloquer ou à observer demandait naturellement plus de forces que quand la garnison n'était, comme jadis, que le tiers de ce chiffre. Que serait-il resté à Bonaparte pour paraître dans les Âlpes ! Puis le blocus étroit de la garnison actuelle de Mantoue était un objet tout à fait digne, nous l'avons déjà dit, d'occuper l'armée d'Italie. Un blocus complet devait amener prochainement la chute de la place, qui n'était pas approvisionnée pourtant d'hommes, et alors ce n'était pas Mantoue, mais une véritable armée autrichienne qui tomberait aux mains des Français (1).

(I) La moitié de la garnison de Mantoue était à Thôpital. Le lendemain de la bataille de Saint-Georges, qui coûte des pertes sérieuses à Wurmser, il n'a que 14,000 hommes valides dans la place, c'est-à-dire à peu près ce qui s'y trouvait en juin ou en août. Les fièvres d'automne allaient encore diminuer considérablement cette garnison. Ce n'est donc pas là ce qui retenait Bonaparte ; mais le Directoire pensait traiter immédiatement avec l'Autriche, et il était important de tenir Mantoue avant d'entamer les négociations; Clause witz lui-même le reconnaîtra plus loin (page 187). Bonaparte, de son côté, pensait à la campagne de t7Vl7, pour laquelle il n'avait pas les fonds nécessaires, et il voulait aller imposer une nouvelle contribution au Pape ; il ne pouvait le faire qu'une fois le corps du blocus rendu disponible, toutes ses autres troupes étant indispensables en première ligne.

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