‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 48 sur 75 · PREMIÈRE OFFENSIVE D^ALVINZI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OFFENSIVE D^ALVINZI

Rhin, à la possession de laquelle il tenait avant tout. Il n'osait pas donner aux Lombards trop d'espérances, ni leur permettre de trop grands progrès dans les institutions politiques.

Le Directoire était dans des dispositions analogues et plus timides encore concernant les provinces du pape et du duc de Modène, occupées au sud du Pô. Bologne, Ferrare et Reggio s'étaient également donné des gouvernements provisoires ; au -mois d'octobre, Bonaparte, plus particulièrement hostile au duc de Modène (4), résolut de rompre sous des prétextes insignifiants l'armistice conclu avec lui, de renverser la régence établie en l'absence du duc, et d'établir là aussi un gouvernement provisoire sur le pied de trois autres. Il alla même jusqu'à donner à ces quatre puissances une sorte d'unité en leur octroyant une assemblée représentative commune. Le Directoire fut peu satisfait de voir Bonaparte s'avancer ainsi ; mais tout lui était présenté comme des réformes provenant de l'initiative même des provinces, et que les Français n'avaient fait que tolérer. Il laissa donc aller les choses. Là encore, on organisa des gardes nationales et une troupe de ligne de 2,000 à 3,000 hommes.

Les moyens d'action procurés ainsi par les Français à leur parti leur permettaient d'assurer Tordre et la sécurité tant que les choses iraient bien, mais naturellement l'hostilité secrète et la haine des autres partis allaient croissant ; la situation était si tendue, si incertaine, qu'on pouvait s'attendre à tout en cas ■de revers.

Ces revers pouvaient être dus au roi de Naples ou au pape. Le premier avait mis son armée à peu près sur le pied de

(I) Cette remarque de Clausewitz est intéressante, bien qu*il ne s'explique pas le fait qui la suggère. Il semble que, dès Tété de 1 796, Bonaparte avait conçu le projet de créer une république italienne ayant pour frontière orientale TAdige, et séparant rAutriche, le Piémont et les États romains. Le duché de Modène, qui s'étendait du P6 à la mer Tyrrhénienne, pouvait seul former la séparation entre le Piémont et Rome ; Bonaparte 'tenait à Tincorporer dans la République cisalpine. De là cette attitude hostile qu'a remarquée Clausewitz.

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guerre e1 avait porté ses troupes a la frontière des États romains. Le pape avait avec la République des rapports très tendus, et un traité complet lui ayant été envoyé en manière d*ultimatum, il pensa qu^il était perdu s'il ne se jetait dans les bras de ses amis les Autrichiens et les Napolitains. Il commença donc à repousser toutes les offres des Français et à faire des préparatifs. Le moment n'était pas éloigné où Naples et le pape allaient pouvoir agir de concert contre Bonaparte. Ne pussent-ils former qu'une armée de 30,000 hommes, c'était assez cependant pour décider du sort de la haute Italie dans cette campagne, pourvu que l'attaque coïncidât avec une nouvelle offensive autrichienne. Il est clair, d'autre part, qu'un mouvement de Bonaparte vers la frontière autrichienne, en l'engageant dans des opérations qui auraient absorbé toutes ses forces, aurait encouragé ces deux puissances et compromis sérieusement sa situation en Lomhardie.

Toutes ces circonstances justifient pleinement l'immobilité de Bonaparte dans ses positions après la victoire de Bassano pendant six semaines, c'est-à-dire jusqu'à l'offensive d'Alvinzi. Le Directoire avait eu, après Bassano, un vague désir de voir exécuter le projet de Bonaparte sur Trieste, rejeté jusque-là, mais il semble que ç*ait été simplement une amabilité à l'adresse du général.

Le Directoire chargea aussi ce dernier d'envoyer un courrier à Vienne pour menacer l'empereur. Voici le passage qui s*y rapporte dans la lettre du Directoire à Bonaparte du 20 septembre :

tt Parmi les dispositions que nous avons adoptées pour tirer (( parti de nos avantages, et les rendre décisifs en faveur de c< la République dont les intérêts tendent tous à la paix, la « première est de signifier à l'empereur que, s'il ne consent à <( envoyer sur-le-champ un chargé de pouvoir à Paris, pour « entrer en négociations, vous allez détruire son port de « Trieste et tous ses établissements sur la mer Adriatique. c( Aussitôt que le sort de Wurmser et de sa dernière division

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« sera décidé, vous dépêcherez à Vienne pour faire cette c< notification, et vous marcherez sur Trieste, prêt à exécuter M une menace, que légitime le droit de la guerre et Topi* « niHtreté d'une orgueilleuse maison qui ose tout contre la a République et se joue de sa loyauté, d

Le 2 octobre, c'est-à-dire a la réception de cette lettre, Bonaparte envoya un courrier à Tempereur avec la lettre suivante :

« Sire, l'Europe veut la paix. Cette guerre désastreuse o dure depuis trop longtemps.

« J'ai l'honneur de prévenir Votre Majesté que, si elle « n'envoie pas des plénipotentiaires à Paris pour entamer les « négociations de paix, le Directoire exécutif m'ordonne de « combler le port de Trieste et de ruiner tous les établisse- « ments de Votre Majesté sur l'Adriatique. Jusqu'ici, j'ai été c( retenu dans Texécution de ce plan par Tespérance de ne « pas accroître le nombre des victimes innocentes de cette « guerre.

(( Je désire que Votre Majesté soit sensible aux malheurs n qui menacent ses sujets, et rende le repos et la tranquillité ce au monde.

« Je suis avec respect de Votre Majesté, etc.

a Bonaparte. »

On ne sait pas si cette étonnante missive a été renvoyée ou non par les avant-postes autrichiens, ni les suites qu*a eues cette pointe inconvenante, déplacée à tous les points de vue et sentant bien le sans-culottisme de l'époque.

En tous cas, la défaite de WUrzbourg (3 septembre) et la retraite de Jourdan sur le Rhin firent une telle impression sur le Directoire, qu'il ne pensa plus (et avec raison) qu'à assurer et h&ter la prise de Mantoue.

La seconde défaite de Wurmser et la fuite de Jourdan, arrivées à peu près en même temps, amenèrent la paix avec

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Naples. Le premier de ces évéoemeats fut natacellement connu des Napolitains avant Tautre ; leur ambassadeur a Paris, qvà •faisait traîner les choses intentionnellement jusqu'à ce que le sort eût décidé entre Wurmser et Bonaparte, reprit aussitôt les négociations avec ardeur. De son côté, le Directoire, informé à la 6n de septembre de la retraite de Jourdan, devint très inquiet de la situation en Allemagne, et le 10 octobre la paix fut signée ; les conditions n*en étaient alors nullement pénibles pour le roi de Naples; comparées à celles dont on avait Thabitude, il fallait les considérer comme très avantageuses. Le roi de Naples se retira donc au moment où il aurait pu produire un effet sérieux/En Allemagne, la partie était définitivement perdue pour les Français cette année-là; si la marche du roi de Naples avait coïncidé avec celle d'Alvinzi, il aurait fallu, selon toute probabilité, que Bonaparte évacuât la haute Italie. La situation se retrouvait la même qu*à la Gn de l'année précédente.

Le pape, quoique abandonné de son soutien le plus proche, ne vit rien de mieux à faire que de continuer ses préparatifs, et il y fut encouragé par la promesse d'une nouvelle offensive de r Au triche.

Bonaparte faisait alors reposer ses divisions, celle de Kilmaine devant Mantoue, Vaubois à Trente, Masséna à Bassano et Trévise, Aùgereau à Vérone, et il reconstituait leur matériel. Lui*même s'occupait beaucoup de politique et de l'administration de l'armée; il se tenait généralement à Milan.

On ne sait pas. bien ce qui s'est passé alors devant et dans Mantoue. Pendant le mois de septembre, Wurmser occupa le Seraglio; puis il paraît s'être enfermé dans la ville au commencement d'octobre. Comme il n'y avait guère que 10,000 hommes devant la place, on peut supposer que le blocus ne fut pas très serré ; aussi semble-t-il que la ville put constammentse réapprovisionner en vivres dans les environs.

Ce système de Bonaparte n'est certes pas à préconiser. Si,

-dès le combat de La Favorite, c'est-à-dire le 15 septembre, il

avait empêché Wurmser de s'installer dans le Seraglio, s'il

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Pavait tenu si. serré que celui-ci eût vécu sur les approvisionnements de la garnison, la place tombait sans doute dès la fin d'octobre. On peut dire que, si Bonaparte n'était pas en état de poursuivre sa victoire en dehors de la zone qu'il occupait, il a négligé de l'exploiter à l'intérieur de celle-ci, en continuant de faire une guerre implacable. La seule explication qu'on en puisse donner est l'insalubrité des environs de Mantoue. Bonaparte estime que la garnison avait 12,000 malades au moment de la bataille d'Arcole, et il craignait, en faisant camper une grande partie de son armée autour de la place, de la voir ruinée rapidement par les maladies. Il s'était, du reste, fait à l'idée que Mantoue ne tomberait pas avant le mois de février, et le 16 octobre il proposa à Wurmser de le laisser sortir librement.

Nous savons cotnbien la situation de Bonaparte fut critique au moment d'Arcole ; il s'en est fallu de peu qu'il n'éprouvât un échec bien plus considérable; il eût suffi que le roi de Naples ne fit pas défection ou que les Autrichiens eussent envoyé des troupes de leur armée du Rhin en Italie ; cette négligence de Bonaparte fut une grosse faute stratégique (i).

Pendant tout ce temps, Bonaparte réclame sans cesse des renforts au Directoire. Celui-ci met peu à peu 26,000 hommes en marche ; mais on ne sait combien arrivèrent ni quand.

On voit bien par la lettre suivante de Bonaparte au Directoire, du 14 novembre, jour de la bataille d'Arcole, coaune il à bien toujours été le même :

« Il n'est pas de jour où il n'arrive 5,000 hommes, et depuis c( deux mois qu'il est évident qu'il faut des secours ici, il n'est Cl encore arrivé qu'un bataillon de la quarantième, mauvaise a troupe, non accoutumée au feu » , etc.

Mais il dit dans ses Mémoires, page 318 : a Le Directoire-

(i) Il est difficile de savoir si le blocus a été plusoa moins sévère; mais l'armée française y a perdu 20,000 hommes, morts ou malades, de la fièvre, c*est-àrdire plus que dans une défaite sérieuse. Il ne fallait pas maintenir les troupes trop constamment sous les murs de Mantoue.

promettait beaucoup, mais tenait peu ; il envoya cependant douze bataillons tirés de l^armée de la Vendée qui arrivèrent à Milan dans le courant de septembre et octobre » .

Quelle fausseté et quel mépris du gouvernement il faut pour se permettre de pareilles exagérations I On ne croit pas qu'il se soit trompé dans ses Mémoires, car son armée se retrouve forte de 42,000 hommes au commencement de novembre et elle a dû perdre de 10,000 i 42,000 hommes depuis le commencement de septembre ; cela suppose des renforts sérieux, même en admettant que Bonaparte ait rappelé quelques-unes des troupes de l'arrière.

Il paraît certain qu'au commencement de novembre son armée avait l'eCrectif suivant :

Kilmaine devant Mantoue 9,000 hommes.

Attgereau à Vérone 9,000 —

Masséna à Bassano et Trévise 10.000 —

Vaubois à Trente iQ,im —

Réserve sous Macquart et Dumas à Yillafranca. 4,000 —

Total 42,000 hommes.

dont on peut considérer que 30,000 étaient disponibles (1).

Si Bonaparte avait à faire à une nouvelle offensive des Au* trichions, sa tâche ne serait plus tout à fait la même que par le passé. La première fois, il avait sacriBé le siège de Mantoue, parce qu'il était impossible de le couvrir; la seconde fois, il n'avait aucune raison pour empêcher les Autrichiens d'arriver à Mantoue, car il ne pouvait en résulter qu'un accroissement de la garnison, ce qui était insignifiant.

Mais, cette fois-ci, il fallait empêcher que Wurmser ne fût délivré et que, réunissant les 10,000 à 12,000 hommes dont il

(1) Le total indiqué par Clausewitz est exact ; mais la décomposition de cet efTeclif ne Test pas. Kilmaine n*a que 8,000 hommes au lieu de 9,000; Masséna, 5,i00 ; Augereau, 5,60i) ; Macquart, 2,600.

La îfy* et la 75* n*ont pas encore rejoint l'armée ; il y a 4,S00 hommes dans les garnirons et la division Macquart en fait partie. Elle n*est donc pas disponible pour les opérations en rase campagne.

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pourrait disposer à une colonne antrichienne importante, il ne formât une nouvelle armée. Il n'y avait plus seulement à battre Tennemi, mais à atteindre un but déterminé (f ).

(1) Clausewitz a parfaitement reconnu que les opérations de novembre 4796 présentaient un caractère bien particulier, qui les distingue de celles d*aoûtet de septembre, et de janvier 1797; mais il s'est trompé sur les motifs qui ont donné à Mantoue une importance momentanée. Nous savons aujourd'hui que Wurmser n'avait pas 10,000 hommes disponibles pour une opération extérieure, son effectif n'arrivant plus, en tout, à 1 0,000 hommes valides.

Nouveau plan offensif des Autrichiens,

La deuxième tentative faite pour délivrer Mantoue, comme disaient les Autrichiens, ayant encore échoué, et les deux tiers de Tarmée de Wurmser ayant pour ainsi dire disparu du théâtre de la guerre, le gouvernement autrichien déploya la plus grande activité pour opposer une nouvelle armée à celle de Bonaparte.

La colonne qui s'était retirée avec Quasdanowitch sur la Piave et Tlsonzo comptait environ 6,000 hommes. Le gouvernement autrichien mit tout en œuvre pour lui adjoindre vite des troupes récemment levées dans ses provinces frontières et quelques bataillons qui se trouvaient encore à Tintérieur ; elle parvint, au prix des plus grands efforts, quatre semaines après la défaite de Wurmser, c'est-à-dire dans la seconde moitié d'octobre, à organiser entre Tlsonzo et le Tagliamento, ainsi que sur la Piave, du côté de Bellune, une armée de 28,000 hommes.

Les troupes laissées dans le Tyrol avec Davidovitch furent aussi renforcées par une concentration plus complète et par le rappel du détachement du Vorarlberg, que rendait disponible la retraite de Moreau; elles atteignirent ainsi TefTectif de 20,000 hommes.

On pouvait donc opposer à peu près S0,000 hommes à Bonaparte. Les choses prenaient en Allemagne une tournure des plus favorables, et on pouvait porter en Italie tous les renforts dont on disposait ; comme il y avait dans Mantoue

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