‹ La Campagne de 1796 en ItalieChapitre 5 sur 75 · LES ALLIES · texte numérisé non relu

LES ALLIES

comptait 27,000 hommes d'infiinlerië et 3,000 cavaliers, l'ef* fectif moyen du bataillon devait être de 700 à 800 hommes; de sorte qu'Argenteau avait de 15,000 à 16,000 hommes, Sebottendorff, i 6,000 a i 7,000.

Seulement ce n^étaient pas les effectifs réels : Tarmée autri^chienne avait, à la fin de mars, environ 7,000 malades, soit un cinquième de l'effectif ; de sorte que le corps de CoUi n'avait pas plus de 20,000 hommes ; l'aile droite du corps principal, 12,000 ; l'aile gauche, 14,000, et le tout ne faisait pas plus de 46,000 hommes.

Pour trouver quelque chose de précis à dire sur la situation des Autrichiens, nous sommes déjà très embarrassés quand il ne s'agit que du fait matériel ; c'est bien pis s'il nous faut parler de leurs intentions et de leur caractère. Force est alors de nous contenter d'une ébauche des plus vagues.

Colii s'était établi d'abord sur les contreforts septentrionaux des Apennins, comme une sorte d'avant-garde (i), tandis que les troupes autrichiennes prenaient leurs quartiers d'hiver sur le Pô et jusque sur l'Adda. On en était encore là à la fin de mars.

Au commencement d'avril, Argenteau, qui se trouvait avec 2 brigades du côté d'Acqui, fut poussé plus en avant, et Colli appuya à droite. Ce dernier prit alors position près de Ceva avec le gros de ses forces, soit 8 bataillons, laissant 4 bataillons à Millesimo, avec Provera,.pour se relier avec Argen-

(1) L'armée sarde était absolument distincte et indépendante de Karmée autrichienne ; celte division organique des forces alliées explique, pour beaucoup, la conduite de leurs chefs et le succès de Bonaparte. Les ayant -postes austro-sardes formaient non pas une ligne continue, mais en quelque sorte deux cercles ayant leurs centres à Ceva et Acqui, et se coupant sous un angle très aigu à De{;o. L'armée sarde ne pouvait pas être assimilée à une avant-garde de Tarmée autrichienne ; elle avait sa mission propre : défendre le Piémont pied à pied et couvrir Turin jusqu'au jour où il plairait au Roi de traiter avec la France. L'armée autrichienne, ne pouvant se ravitailler ni recevoir de renforts par Turin, devait garder sa communication avec Milan. Il était donc impossible de réunir ces deux armées et de leur faire prendre une ligne d^opërations unique.

teau, 2 bataillons à Murialto, des avant-postes vers Garessio, et ayant encore deux détachements de flanqueiirs : Tan i droite, vers Mondovi ; l'autre à gauche, vers Pedagera.

Argenteau s'établit entre Ovado, dans la vallée de l'Orba, et Cairo, sur une ligne d'environ 10 lieues à vol d'oiseau, qui pouvait bien avoir IS lieues de développement en suivant les chemins. Il n'avait pas avec lui, tout d'abord, la moitié de ses troupes; au moment où la campagne commencera, il n'en aura guère plus de la moitié, soit 11. bataillons et 2 escadrons; le reste paraît n'avoir pas encore quitté les plaines du Pô. Il s'ensuit qu'il ne formait qu'une espèce de ligne d'avant-postes, car lorsque 6,000 à 7,000 hommes sont ainsi répartis sur un front de 15 lieues, dans un pays de montagnes ; que la ligne coupe vallées et contreforts, et qu'on veut tenir chaque vallée, chaque contrefort avec quelque chose, on peut juger à quel point tout est émietté en bataillons et en compagnies. Le poste le plus important était Sassello, occupé par 3 bataillons, et où Argenteau se tenait de sa personne.

L'aile gauche autrichienne, qui s'était rassemblée yers Pozzolo-Formigaro, envoya 4 bataillons jusque sur la Bocchetta et 2 bataillons jusqu'à Gampo-Freddo. Une grande partie de ces détachements était encore en route pour venir de ses quartiers d'hiver du Milanais.

Pour se faire une idée claire de la situation des alliés par rapport au terrain dans la première semaine d'avril, il faut se la figurer comme il suit :

Pendant l'hiver, les Français étaient restés maîtres de la crête de l'Apennin; à vrai dire, ils ne l'avaient occupée durant la mauvaise saison que par de petits postes ; mais enfin ils pouvaient la considérer comme leur appartenant ; sans cette crête, ils n'auraient pu se maintenir dans l'étroite bande de terre de la Rivière. Les alliés, de leur côté, jugèrent que la .situation des Français, ainsi resserrés, favorisait singulièrement leur propre offensive; ils trouvèrent bon de se maintenir sur les pentes septentrionales de la montagne, pour ne pas agrandir d'eux-mêmes le terrain dont disposaient les Français,

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ne pas leur fournir ainsi des moyens de subsistance et ne pas leur faciliter Virruptioa dans les plaines du Piémont. Tout en prenant leurs quartiers d'hiver dans les plaines de la Lombardie, ils laissèrent donc le corps de Colli dans la montagne et Argenteau en soutien, avec la moitié du sien, à Acqui. Quand vint le printemps, Beaulieu poussa Argenteau plus avant dans la montagne pour préparer son offensive et couvrir, comme une ligne d'avant-postes renforcée, le rassemblement du reste de l'armée vers Acqui et Novi. C'est ainsi qu'une moitié de l'armée alliée se trouvait au contact des Français, dans une formation très disséminée, tandis que l'autre se rassemblait. encore à plusieurs journées en arrière.

C'est, le 17 mars que Beaulieu arrive à Alexandrie pour prendre Je commandement, ce qui suffit à montrer que le rassemblement aUait seulement commencer.

Une telle situation, qui avait été engendrée, comme on le voit, d'une façon assez naturelle, n'aurait pas encore amené de bien grands malheurs, si l'on avait choisi pour le gros une position de rassemblement beaucoup plus en arrière, et s'il avait été recommandé aux troupes avancées de se retirer à la première attaque sérieuse de l'ennemi.

En négligeant de prendre des dispositions défensives de ce genre pour le cas où son adversaire attaquerait avant lui, Beaulieu a certainement commis une grosse faute. Il n'y avait pas de raison pour organiser une position de quelque étendue ; mais cette armée avait la rage des cordons, et elle se cristallisa dans les positions d'expectative qu'elle avait fait prendre à une partie de ses forces, tenant le moindre piton et le moindre sentier par une espèce de cordon; on voit bien, dans sa propre relation, quelle importance les grands et petits étatsmajors attribuaient à tous les détails topographiques, et avec quel soin ils en tenaient compte. A défaut d'autre plan de défense, tout semblait reposer sur la résistance de chaque localité et sur le secours faible et tardif que chaque poste pouvait prêter à son voisin.

Telle était la situation dans laquelle se trouvaient les deux

armées au moment où la campagne allait' s'ouvrir, comme nous le verrons, par une offensive simultanée des deux adversaires; c'est sur cette situation des uns et des autres que devaient reposer leurà plans respectifs.

. Les Français se trouvaient, grâce aux positions stratégiques qu ils avaient prises et conservées depuis un an, dans una situation où ils ne pouvaient demeurer longtemps. Ils ne pouvaient songer à faire toute une campagne avec une zone de manœuvres resserrée entre la mer et la montagne, où ils ne disposaient que d'une seule route, accolée à la côte, constamment inquiétée par la flotte anglaise, et d'une communication unique, située tout à fait à leur gauche. Le moindre succès de Tennemi de ce côté les menaçait d'un désastre complet.

La situation des alliés était devenue dangereuse, grâce à leurs propres fautes.. La moitié de leur armée formait une chaîne de postes qui, sur un développement de 12 à IS milles, tenaient tous les contreforts et toutes les vallées de l'ÂpenniD, et n'étaient reliés entre eux que par des communications précaires; on ne pouvait espérer qu'ils se défendraient avec succès contre une attaque énergique; bien plus, il était a craindre qu'on ne perdît plusieurs de ces postes isolés, et même des bataillons entiers.

Comparaison des deux années et des deux généraux*

Tandis que rarmée française manquait de tout, Tannée autrichienne devait être abondamment pourvue; tout bien pesé, on peut conclure de sa force en artillerie, de la richesse de ses cantonnements, ainsi que de ses procédés administratifs, qu'elle n'a pas dû manquer du nécessaire, quoi qu'en disent les nombreuses relations qui attribuent au manque d'approvisionnements de toute sorte l'ouverture tardive de la campagne. Mais quant à cette abondance où les écrivains français nous montrent les alliés, pour produire un contraste plus sensible avec la misère de leur propre armée, il ne faut pas se figurer qu'elle ait jamais été de nature à influer avantageusement sur l'esprit des troupes et le fonctionnement de la machine. Les alliés avaient encore pour usage de tenir leurs troupes dans cet état de famine systématique habituel aux armées du XVIII* siècle. L'abondance ne régnait que pour les mille détails plus ou moins inutiles de paquetage et d'équipement dont s'encombraient les préjugés de l'ancienne armée ; elle ne contribuait pas au bien-être du soldat. Bien au contraire, celui-ci était en proie, dans son service sur les hautes chaînes ou dans les rudes vallées de l'Apennin, à la misère, à la fatigue et au découragement ; si l'on en croit les rapports des témoins oculaires (1), cette situation, jointe aux combats malheureux de

(I) Lettres d^ltulie. Contribution a P histoire et à la description des

la campagne précédente, mettait le soldat autrichien dans des dispositions déplorables.

Qu'on songe à l'état, aux dispositions, à la valeur propre des deux armées : avec des bandes affamées, déguenillées, mais aux passions exaltées, convoitant avidement les marmites italiennes (et voilà bien ce qu'était l'armée française), il est clair qu'on pouvait entreprendre plus qu'avec les mercenaires autrichiens, abattus, n'ayant plus conscience d'eux-mêmes, et que rien ne pouvait encourager, ni le passé, ni le présent, ni l'avenir. Nous n'en faisons ni un sujet de louange ou de blâme, ni surtout une question de race; nous découvrons simplement dans la situation même le germe d'où sont sortis les événements (!)•

En ce qui concerne les généraux, la comparaison n'était pas moins désavantageuse. Bonaparte avait 27 ans, Beaulieu 72. Le premier venait.de s'ouvrir une carrière briUaate, où, à force d'audace et de témérité, il pouvait tout gagner et n'avait rien à perdre; l'autre était au bout de la sienne. Bonaparte avait une forte éducation classique, et les plus grands évéâements de Thistoire du monde s'étaient déroulés sous ses yeux; Beaulieu était formé par soixante années du pédantisme ofQ-> ciel, le plus proprç à déprimer l'intelligence et le caractère. Bonaparte pouvait considérer les maîtres de la France comme ses égaux, eux qui avaient dû leur existence à son épée le 13 vendémiaire; Beaulieu était le serviteur d'une antique maison impériale et l'instrument d*un conseil aulique lourd. et empesé. Bonaparte connaissait l'Apennin comme sa poche.

armées autrichiennes en Italie dans tes campagnes de 1794, 1795, 1796 CM797.

Lorsqu'un livre est écrit à un point de vue assez mesquin, avec un tas de jérémiades, comme Test celui-ci, on ne peut. asseoir sur lui un jugement d'ensemble, parce qu'il attribue trop d'importance à des détails ; mais on peut cependant en tirer parti, quand c'est justement le détail que l'on a en vue. {Note de Cauteur,)

(1) Il ne semble pas que cette observation soit juste. Les troupes autrichiennes ont montré constamment une valeur et une énergie irréprochables.

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