OUVERTURE DE LA CAMPAGNE
descendra dans la vallée du Tanaro de Garessio sur Ceva, pour fixer CoUi (1). Pour ce qu'il aura à faire ensuite, Bonaparte s'en remet aux circonstances (2).
Au moment où le général français décide cette attaque et en ordonne les mouvements préparatoires, Beaulieu déclenche la sienne avant même d'avoir fini de rassembler son armée. Le général GoUi, qui avait fait la guerre dans cette région depuis plusieurs années, proposait ce qui suit à Beaulieu : En défalquant la cavalerie, inutilisable en montagne, et quelques déta* chements nécessaires, on avait 38,000 hommes ; qu'on les jetât, en deux colonnes, de Gairo et Ceva, dans la direction de Loano, considéré comme le centre des positions françaises, et qu'on enlevât leur droite. G'était, sans contredit, le meilleur plan possible pour une attaque sérieuse. Il promettait les plus grands résultats, avait toutes les chances possibles de réussir et, en cas d'insuccès, présentait le minimum de risques. En somme, Beaulieu avait pour base toute l'Italie, et il était bien impossible aux Français de menacer cette base tant soit peu sérieusement par leur droite, en partant d'un étroit défilé comme la Rivière ; la concentration de la plus grande partie des forces sur le centre était donc sans danger ; d'ailleurs, quand on est concentré, on a tout â espérer dans la bonne for* tune et peu â craindre dans la mauvaise.
Beaulieu rejeta ce plan. Il voulait restreindre encore pjus
(1) Sérarier ne fixe pas GoIH en descendant sur Ceva. Au contraire, ce qui immobilise Tarmée sarde, c*est la présence des Français entre Garessio et Ormea, d*où ils peuvent descendre sur Mondovi et couper la commu<^ nication des Piémontais si ceux-ci se portent à l'est de Ceva. Colli reste concentré entre Ceva et Mondovi, et ne quitte cette dernière ville que le jour où Sérurier prononce son attaque sur Ceva.
(2) C'est au contraire ce quil aura à faire ensuite que Bonaparte a déterminé d'abonL II s*est fixé un but avant d'agir : il veut séparer les Sardes des Impériaux et les contraindre à la paix. 11 y a deux ans que son plan est arrêté : battre les Autrichiens dans la région de Montenotte, Sassello, Dego, puis se porter contre les Piémontais, enlever leur camp de Ceva, marcher sur Turin. Il ne va pas à l'aventure et ne règle pas sa con* dnite au jour le jour.
son entreprise, diriger ses efforts exclusivement contre l'aile droite des Français, que, d*après la présence de Cervoni à Vollri, il croyait étendue jusque-là et un peu en Tair. Il pensait ainsi :
!• Intercepter toute relation des Français avec Gênes, dont il craignait la faiblesse ;
2^ Se relier immédiatement avec Tamiral Jcrvis, qui croisait le long de la côte ;
3® Ne pas s'engager lui-même contre la masse principale des Français et, par conséquent, risquer moins en ne s'attaquant qu'à une fraction subordonnée.
Les deux premiers de ces résultats ne présentaient évidemment qu'un intérêt très secondaire ; quant au dernier, il avait sa contrepartie : le danger que l'ennemi obtint, d'un autre côté, la solution radicale que Beaulieu ne cherchait pas.
Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que Beaulieu prononce son attaque avant que son armée ne soit concentrée, car son premier combat est livré le 10 avril, et il semble que, le 15 et le 16, des troupes venant de Lombardie sont encore arrivées à Acqui.
Le motif de cette hâte était d'abord sa préoccupation de Gênes, qui aurait, certes, pu se tirer d'affaire toute seule, mais dont la pusillanimité se voyait bien plus menacée par Cervoni qu'elle ne Tétait réellement ; d'un autre côté, les Autrichiens avaient gardé du temps passé l'habitude de ne penser qu'à des résultats partiels d'un côté ou d'un autre, dans des entreprises partielles comme celle qu'ils avaient en vue ; aussi ne trouvaient-ils rien d'inquiétant à mettre celles-ci en train avant de disposer de toutes leurs forces (1).
(1) Il est important de remarquer que Beaulieu essayait d'enlever les deux divisions de Masséna en pays de montagnes avec des forces tout au plus égales à celles de ce dernier. Gela dispense de rechercher d'autre cause à son insuccès.