BONAPARTE FRANCHIT LES ALPES JULIENNES
semble-t-il, y être le 25. Comme il s'agissait de chasser Varchiduc de Klagenfurt, c'est-à-dire de la route directe de Vienne, il semble qu'il y avait sérieusement lieu de se hâter. Il est vrai que l'archiduc, qui pouvait aisément quitter Gôrz vers le 20, a dû parvenir à Klagenfurt le 25 par Laibach et Krainburg, puisqu'il n'avait que 24 milles à faire; Bonaparte serait donc arrivé trop tard, étant données les pertes de temps dues à la prise de Gradiska, à la capitulation de Kôblôs et Bayalitsch, et aux difficultés du terrain. Seulement, on ne pouvait prévoir ces retards, et il aurait pu arriver, au contraire, que l'archiduc parvînt quelques jours plus tard à Klagenfurt.
Bonaparte pouvant y être aisément le 25, la perspective de couper son adversaire n'était pas si invraisemblable et valait qu'on essayât. Il y a ici une sorte de lacune dans le développement logique des opérations, et l'on ne peut se l'expliquer que par le désir de rassembler les nombreux traînards des divisions françaises ou la nécessité d'attendre des ravitaillements (l).
On a moins de données encore sur les mouvements de l'archiduc. Nous savons seulement que, quand Bonaparte se porte sur Klagenfurt le 29, l'archiduc y laisse la division Mercantin, arrivée d'Allemagne, et se retire avec le reste sur Saint-Veit. On peut alors estimer l'effectif de son armée à30,000 hommes.
Le 30, Bonaparte, qui a chassé Mercantin de Klagenfurt, marche sur Saint-Veit. Il fait descendre la Drave par un détachement vers Marbourg, tandis qu'un autre, sous Zayontchek, la remonte pour donner la main à Joubert. Ce dernier
(1) Glausewitz ne tient jamais compte, en recherchant les intentions de Bonaparte, de la ligne d'opérations, qui joue un rôle essentiel. Ici, Bonaparte poursuit Tarchiduc vers Tlsonzo avec tontes ses forces, mais il fait garder sa ligne d'opérations par Masséna d'abord, et, dès qu'il dépasse la route de Caporetto, par Guyeux ; il s'arrête ensuite sur l'Isonzo jusqu'à ce qu'il soit renseigné sur les mouvements de l'archiduc ; il ne veut pas s'engager en Carinthie en laissant la route de Gamiole ouverte à l'ennemi.
avait été, paraît-il, non seulement repoussé, mais encore fortement étrillé par les milices tyroliennes.
La division Bernadette a fait occuper Trieste par la réserve de cavalerie et un détachement dlnfanterie, et elle est en marche vers Krainburg.
Avant d'aller jusqu*à la fin de la campagne, occupons-nous du Tyrol ; il faut savoir ce qui s'y était passé pour embrasser l'ensemble de la situation.
Opérations de Joubert dans le Tsrrol.
Pendant ^ue Bonaparte avait ainsi franchi les Âlpes juliennes, Joubert était parvenu au pied du Brenner.
Ce général attendit le passage du Tagliamento par Bonaparte, sans doute parce qu'il n'était pas bien sûr, jusque-là, que le gros des forces ennemies fût dans le Frioul (1). A ce moment, il attaqua avec son corps d'armée, bien rassemblé, le cordon formé par le général Kerpen derrière l'Avis, le rejeta avec une perte de iOOO hommes et quelques canons sur Saint- Michel, et de là sur Botzen.
Le 21 mars, Joubert avait ses trois divisions à Neumarkt. Le général Laudon, qui était resté dans la vallée de la Nos, parut le 21 devant Neumarkt, et tenta de l'enlever; mais rencontrant trop de résistance, il resta sur la rive droite de TAdige et se retira sur Meran. Joubert entra ce même jour à Botzen.
Mais ici la route d'Inspruck s'engageait dans la vallée de l'Eisach, tandis que Laudon s'était retiré sur l'Adige, où s'étaient rassemblées la plupart des milices tyroliennes ; la situation de Joubert devenait donc difficile. Il se décida à aller de
(1) La mission de Joubert consiste à couvrir la ligne d'opérations de Tarmée en s'en éloignant le moins possible. Tant que les magasins sont à Vérone, et l'armée en Yénétie, il suffit que Joubert occupe Trente et les débouchés du val Pergine. Quand Bonaparte prendra Palmanova ou Osoppo pour centre d'opérations, il appellera Joubert au débouché du col d'Ampezzo, etc. Quand il atteindra Klagenfurt, il ordonnera & Joubert de rejoindre cette place.
m CHAPITRE LXXII.
l'avaDt, mais eu laissant Delmas à BoLzea avec S.OOO hommes.
Le 22, il arrive avec son gros devant Klausen, où Kerpen avait pris une forte positioa au milieu du village ; il l'attaqae ; le combat est longtemps indécis ; ei>fia, les Français ayant tourné la positioa par les hauteurs, Kerpen est contraint de l'évacuer. • . •
Ce général prit alors position à Mittenwald, dans la vallée de l'Eisach, à quelques lieues en amont de Brocen, ce qui dégagea l'entrée du Pusterthal.
Joubert l'attaqua le 28 mars et le rejeta encore jusqu'au delà de Sterzing. Ce point n'est plus qu'à seize lieues d'Iansppuck ; mais, à la vérité, il en est séparé par le prenner, que franchit la route.
Joubert, dans l'ignorance de ce qui pouvait se passer à l'armée de Bonaporte, et ne sachant pas davantage si l'armée du Rhin était déjà en situation d'agir en liaison avec lui, entouré d'un peuple belliqueux en pleine insurrection, ne se hasarda pas à pousser plus avant ; il décida de s'établir i Brixen avec les deux divisions qui lui restaient, et il s'y rabattit en conséquence.
Les généraux autrichiens passèrent alors à une espèce d'offensive. Le 31 mars et le 2 avril, des combats violents furent livrés à Unterane contre les avant-postes de Brixen. Le 2 également, Laudon parut devant Botzen et y retint les Français pendant qu'il envoyait un détachement s'étabhr sur la route de Neumarkt. Botzen se trouvait sérieusement menacé, car l'effectif de Laudon avait atteint 12,000 hommes.
Dans celte situation, qui devait conduire Joubert à sa perte en peu de jours, il eut le bonheur inouï, le 3 avril, d'apprendre à n'en pas douter, par un colonel déguisé en paysan (Ëberle, cependant un Tyrolien, selon toute apparence), lequel put pénétrer dans la vallée de ta Drave, que Bonaparte avait heureusement franchi les Alpes. Il résolut aussitôt de marcher i par le Pusterthal, c'est-à-dire de faire sa retraite dans direction où il aurait au moins l'avantage de ne pas renrer de troupes réguhères ennemies. En même temps, sa