FIN DE LA CAMPAGNE
et Victor étaient en marche pour revenir des Etats romains ; mais on ne pouvait mettre en balance un renfort de 7,000 à 8,000 hommes avec tant de difQcuItés. L'archiduc disposait alors d'un effectif presque égal à celui de Bonaparte, et on ne pouvait évaluer ce qu'il allait retrouver en arrière de ces Alpes styriennes, qui se dressaient devant son adversaire. Que Bonaparte perdit une bataille en Styrie ou au delà du Semmering, et il lui serait difficile de sauver de son armée des débris de quelque importance ; le désastre serait si immense que l'Italie serait perdue du coup pour les Français et qu'ils seraient balayés jusqu'à cent milles en arrière. Bonaparte sentait cette suprême gravité de sa situation , qui ne pouvait durer longtemps, et devait le conduire à sa perte s'il n'en sortait pas par un triomphe prodigieux. Reculer était moralement impossible; c'était peut-être sauver son armée, mais c'était faire peser sur elle tout le poids d'un échec stratégique ; c'était la campagne des trois armées gâtée, sa propre gloire anéantie, la situation qu*il avait acquise perdue, son existence politique supprimée et sa personne jetée en proie aux factions I Comment une pareille idée se serait-elle fait jour chez un homme trempé comme Bonaparte? Il pouvait encore s'arrêter tout simplement pour attendre les autres armées, mais c'était permettre aux Autrichiens d'utiliser tous les éléments hostiles entre lesquels il était enserré, c'était déchaîner mille dangers contre lesquels il n'était pas de force. C'était l'équivalent d'une bataille perdue.
En allant de l'avant, il pouvait encore obtenir une solution favorable : une victoire brillante remportée sous les murs de Vienne et dont l'influence morale arrêterait partout, sur les flancs et en arrière, les bras levés pour la défense du pays, et qui pouvait coïncider avec l'entrée en campagne de l'armée du Rhin. C'était là, toutefois, une chance sur laquelle on ne pouvait pas tabler et qu^il fallait abandonner avant tout au grand Peut-Être. Si résolu, si hardi que fût Bonaparte, il sentait trop le danger de jouer un tel jeu pour ne pas prendre l'autre issue qui s'offrait, la solution diplomatique, soit qu'il
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fût muDÎ des pleins pouvoirs de son gouvernement, ou qu^il les prît de lui-même ; il se contenta donc des avantages qu'elle pouvait lui donner. Il savait de quelle urgence la paix était pour le Directoire, ce qu'il pouvait offrir aux Autrichiens. Arrivant ainsi aux portes de Vienne, précédé d'un renom qui jetait Teffroi et la consternation, U pouvait compter qu'on l'écouterait volontiers.
Le 31, il écrivit de Saint-Veit à l'archiduc pour lui faire les premières ouvertures. Ce général répondit, selon Tusage, qu'il n'avait aucun pouvoir, mais qu'il allait en référer a Vienne. Pour contrebalancer l'effet de cette démarche, il fallait en même temps marcher sans trêve et sans hésitation. Bonaparte arriva donc le 1^ avril à Friesach. Immédiatement en arrière de cette localité se trouve le col de Dirnstein, où la route franchit la crête principale des Alpes de Styrie, avant de redescendre à Hundsmarkt, dans la vallée de la Mur. C'est là que l'archiduc s'était établi.
Pendant que Bonaparte marchait sur Friesach, l'archiduc lui demanda un ar^nistice de vingt-quatre heures. La brièveté de ce délai inspira de la méfiance au vainqueur : il pensa que des renforts étaient en marche dans la vallée de la Mur et que l'archiduc désirait prendre le temps de les rallier; il refusa l'armistice.
Le 2, il attaqua l'arrière-garde de l'archiduc à Dirnstein et l'en chassa, sur quoi l'archiduc se retira à Hundsmarkt.
Le 3, Bonaparte l'y suivit et il y eut encore un. combat d'arrière-garde.
A Scheiflingen, où la route de Villach atteint la Mur, Bonaparte apprit que la division autrichienne Sporken se trouvait encore dans la vallée de la Mur. Il détacha contre elle le général Guyeux, mais sans résultat, Sporken s'étant retiré par la route de Salzbourg, par laquelle il put rallier l'archiduc.
Le 5, Bonaparte se porte à Judenburg, où il veut rassembler ses forces. U sait que Bernadette l'aïu^a rejoint dans quelques jours ; mais quoique Joubert soit aussi à quelques étapes