‹ La campagne de 1814 (volume 2)Chapitre 9 sur 17 · OPÉRATIONS DANS LE MIDI DE LA FRANCE DEPUIS LA PRL^E DE GENÈVE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS DANS LE MIDI DE LA FRANCE DEPUIS LA PRL^E DE GENÈVE

jusqu'au 31 JANVIER.

Opinion de ClausewiU sur Topération contre Genève. —

« L'envoi de Bubna à GontHe avec 12,000 hommes avait une raison irètre : du moment où la Suisse devait faire partie de la base d'opc'Tation, il convenait d'être maître de cette grande ville, de ce point important, et de plus il ify avait aucun inconvénient îi détacher 12.000 hommes d'une masse aussi considérable (pu» relie présentée» par les armées alliées. On ne saurait, par suite, eriticpier l'idée de mettre ce corps h même de tirer le plus grand parti possible des événements, et de pénélrer dans la vallée du Rhône. Mais, dés qu'on se décidait h faire ce détachement, il fallait lui laisser une entière liberté d'action. On pouvait de la sorte empocher les levées dans les provinces du sud-est de la France et y provoquer des mouvements royalistes. Ce n'était donc pas commettre une faute que de détacher un petit corps quand on avait pour soi des perspectives de succès aussi favorables. »

Tel est le jugement que dans sa Critique stratt^giqne Cl^usewiiis porte sur l'envoi de Bubna à Genève. En conclure que Clausevvitz approuvait complètement la violation de la neutralité Suisse, ce serait évidemment aller trop loin, et le grand écrivain militaire allemand a, d'ailleurs, eu le soin de condanuier cette mesure. Il serait donc inutile et oiseux de revenir sur ce point, et si nous avons reproduit ici les lignes qui précèdent, c'est uniquement parce qu'elles contiennent en cpielques mots la critique des opérations dont nous allons nous occuper, parce qu'elles condamnent ce qui a été fait, parce qu'elles indiquent en peu de mots ce qu'on aurait pu et dû fain». Après cette citation, il nous restera tout au plus à rechercher à qui incombe la responsabilité du mouvement excentrique vers Lons-le-Saunier, Poligny et Dùlc, la responsabilité du temps perdu du 30 décembre au 5 janvier, la responsabilité de cette marche inexplicable îi travers le Jura vers le Doubs et la Saône. Pour obtenir les résultats indiqués par Clausewitz, il aurait fallu se porter sans retard vers le Rhône et couronner Toeuvre, commencée par l'entrée à Genève, par une

opération plus facile encore el bien autrement importante, Toccupation immédiate de Lyon.

Situation militaire dans le midi de la France. — La ])rise de possession par les Alliés, dès l'ouverture des hostilités, de la di.'uxiéme ville d(; France, alors entièrement dégarnie de troupes el incapable de se défendre, n'aurait pas manqué de produire un etfel moral dont l'impression aurait été ressentie dans tout l'empire. Cette opération les aurait rendus immédiatement maîtres incontestés d'un théâtre de guerre qui allait absorber, i)endanl toute la durée de la campagne, une armée dont la présence sur les bords de l'Aube ou de la Seine aurait épargné à Schwarzenberg plus d'un embarras, plus d'un mouvement rétrograde el môme plus d'un échec.

Au moment où Genève ouvrait ses portes à Bubna, le sud-est de la France était entièrement à la merci des Alliés. C'est seulement le 3 janvier que l'Empereur signa l'ordre enjoignant au général Musnier de se rendre à Lyon, d'y ramasser tout ce qu'il y trouvcTail de troupes et d'cîn former une division de réserve avec laquelle il d(»vait se porter sur Genève. Pour le cas où il lui serait impossible de pousser jusqu'à Genève, l'Empereur lui prescrivait de couvrir Lyon en prenant position entre ces deux villes, d'occuper le fort l'Écluse el de tenir les défilés du Jura et les passages du Rhône.

Mais ce fut h peine si le général Musnier n'^ussit à rassembler 1,500 hommes à Lyon, 300 hommes à Nantua et 500 à Bourg.

En somme, il n'y avait donc dans toute cette partie de la France, le long de la frontière de la Suisse, que 4,000 honimes de troupes d'une solidité douteuse, y compris les 1,700 honmies que h» général de La Roche réunissait à Chambéry.

Bubna s arrête sans raison à Genève. — Bubna entra h Genève le 30 décembre, et, bien que ses troupes n'eussent eu ni combat à livrer, ni marches pénibles h exécuter, il crut néanmoins devoir leur accorder un jour de repos le 31. Peut-être espérait-il ivcevoir pendant ce temps des instructions [précises ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il employa cette journée ù constituer l'administration civile de la ville et du canton, et à en organiser la défense, dont il charg(»a le général Zechmeislrr avec 4 bataillons

el 1 escadron H drnii. Il faisait orrupor les passages de TAn'e par des avanl-jïoslos, qui obsenaitmt de loin la direction suivie pîir les Français dans leur retraite sur Rumilly el Annecy. Le colonel Simbschen, cpi'il avait déjà détaché d(î LausaniKî, était arrivé le 28 décembre à Saint-Maurice^ et s'avançait avec ses 800 hommes dans le Valais, afin de coupeur h»s communications de rarmée française d'Italie par le Siinplon (»t le Saint-Bernard. Le l®f janvier 1814, Bubna, comjitant franchir le Jura le 3 et se diriger sur D(Me, prenait les dispositions nécessaires pour commencer son mouvement.

2 janvier. — Premiers mouvements de Bubna. — Les

troupes s'ébranlèrent le 2 au matin. Le colonel comte Zichy, avec Tavant-garde, forte de 4 compagnies, 4 escadrons du régiment de hussards Liechliînstein et 1 batterie i\ cheval, se dirigea, par Gex, sur Saint-Claude; la première colonne» sous le colonel Benczek av(;c 3 bataillons, 1 compagnie etl batterie, marcha sur Saint-Laurent; la deuxième colonne, commandée par le général KIopstein et comprenant B bataillons etl batterie, s'avança sur Saint-Cergues; le détachement du colonel Wieland, composé de 4 escadrons et 1 batterie, sur Lyon. Le général ZechmeisttT poussait une partie de son monde contre le fort l'Écluse.

Le 3, l'avanl-garde occupait Orgelet, et le gros de la division arrivait : la première colonne h (]hampagnole, la d(;uxième h Saint- Laurent. Le colonel Simbschen, occupant la route du Saint- Bernard et rendant impraticable celle du Simplon, organisait un bataillon de volontaires dans le Valais, et le général Zechmeister, après avoir ouvert la route de Lyon par la capitulation du fort de l'Écluse, poussait ses avant-postes jusque sur les rives de russes *.

4 janvier. -— Marche sur Lons-le-Saunier et Poligny. — -

Le 4, toujours d'après le journal d'opérations de Schwarzenberg, Tavant-garde de Bubna entre h Lons-le-Sannier ". La première colonne est h Poligny ; la deuxième avec le quartier général de Bubna, à Champagnole.

• Starke, Kintiloilung und Tagesbegel>enheilen der llaupt-Anneo im Monate Janaar. (A'. A', hrieys Arcliiv., I, 30.)

« Ibidem et Archiver du Dépôt de la Guerre, Général Poncet à Guerre.

« On suit, a soin d'ajoulor l'officier chargt^ do tenir le journal en question, que le midi de la France est dc'^garni de troupes et qu'on s'occupe seulement d'organiser des forces à Lyon et i\ Grenoble. »

Et cependant, au lieu de marcher droit sur Lyon, on fait venir Bubna jusqu'à Poligny, où il sera le lendemain 5 et d'où il devni se diriger sur Dijon, pour se tenir à hauteur de la grande armée allant sur Vesoul et Langres, et couvrir son aile gauche.

Ordre à Bubna de marcher sur Lyon. — C'est seulement le 6 janvier *, après lui avoir fait ou laissé perdre un temps précieux et irréparable, après l'avoir détourné de sa véritable direction, que Schwarzenberg fait parvenir h Bubna l'ordre de prendre de Poligny à gauche pour marcher sur Lyon. Ce général a désormais pour mission, soit de se bornera une simple démonstration ayant j)Our objet de retarder, peut-être même d'empêcher les nouvelles formations et de disperser les troupes déjà organisées, soit encore, mais seulement si les circonstances sont exceptionnellement favorables, de s*emj)arer vivement de cette ville.

5 janvier. — Prise du pont de D61e. — Mais Bubna, dont la division était tout entière le 5 à Poligny et qui s'était fait couvrir sur sa gauche par son avant-garde, avait envoyé sur sa droite, à Salins, une partie de la première colonne avec le colon(»l Benc'zek, pour essayer d'enlever le fort Saint-André, et il avait dirigé sur Dôle un escadron du régiment de hussards Empereur Ferdinand, avec ordre d'en chasser l'ennemi et de s'emparer du pont du Doubs.

Il avait, d'ailleurs, reçu, pendant les journées du 4 et du 5, du colonel Zichy comme du général Zechmeister, des renseignements qui devaient forcément appeler son attention sur ce qui se passait du côté de Lyon, et lui faire vivement regretter le mouvement qui l'avait amené de l'autre côté du Jura. Le colonel Zichy lui avait, en effet, fait savoir, dès le 4 au soir, qu'il avait reçu h Lons-le-Saunier l'avis de la présence du général Musnier avec 1,500 hommes à Bourg. Il lui mandait encore que le général

t STÂHk'e, Kintheilung unii Tagesbegebenliciten dcr Haupt-Arinee im Monate Jannar. (A'. A'. Kriegt Archiv,, \, 30.)

Legrand sun^eillait avec une poignée dlioninies li» pont de Chalon-sur-Saône, que ces deux généraux sVfforraiont d'armrr les populations et de les soulever, mais qu'il n'avait rien pu api)rendre sur ce qui se passait à Lyon.

Mouvements de la colonDe du général Zechmeister. — D'autre part, toujours à la date du 4 janvier, le général Ze<'hmeister* avisait son ehef de l'arrivée h GnMioble de 5.000 homnies venant de Tarniée d(» Such(»t et se dirigeant sur (^hanibéry. où il avait envoyé un émissain» |)our le renseigner exartenuMit. 11 faisait savoir, en outre, à Bubna que les Français avaient 800 hommes d'infanterie et 80 chevaux sur les deux rout(»s de Kuniillv et d'Alby à Chambéry, que les escadrons qu'il avait poussés, d'un côté vers Annecy et de l'autre vers S(7ss(»l, avaient dû se replier sur Frangy et Cruseilles. Un autn^ de ses partis, envoyé sur la route de Nantua à Lyon, avait rencontré un poste dt» 20 gendannes et 300 hommes d'infanterie, avait conunencé par rejeter les gendarmes sur l'infanterie, mais avait drt cMisuite se replier. Zechmeister terminait cette dépêche en disant : a J'ai trop peu de cavalerie pour pouvoir pousser mes reconnaissances aussi loin que je le voudrais. »

Affaire de Ch&tillon. — Les nouvelles, que Zechmeister lit panenir à Bubna et dans lesquelles il lui rendait compte di* l'affaire de Chî\tillon *, revêtaient déjà un caractèn» plus inquiétant et

* Zechmeister à Bubna, Genève. 4 janvier. (A*. A'. Kriegt Archit\, 1. 178. f.) s Le général Zecliineister an comte Bubna. {K. K. Kriegs Archiv., \, 178 c.)

u Gcnôve. 5 janvier 1814. — L*ennemi s'est renforcé à HumiUy. Alby et Aix où il a 3.000 hommes avec le général Dessaix. A Chambéry il y a. comme je vous l'ai déjà fait savoir, 2.000 hommes.

Cl Cette nuit j ai fait attaquer Ch A tillon par un corps volant (relui du lieutenant Karaizay). La cavalerie a enlevé le village. Ta traversé, a chargé la cavalerie française qui s'était postée à sa sortie, l'a culbutée, lui a pris 3 chevaux et Ta chaudement poursuivie. Pendant ce temps, l'infanterie française» avait gagné ChÂtillon par la montagne, avait occupé le village que notre parti dut traverser. Nos cavaliers y parvinrent cependant malgré le feu des Français, mais ils vinrent donner à peu de distance du village contre un autre groupe d'infanterie française qui les rejeta de nouveau dans Chûtillon qu'ils durent traverser au galop et pour la deuxième fois sous le feu de l'ennemi. Le lieutenant a perdu 12 hommes dans cette affaire et s'est retiré sur Seyssel.

« J'ai employé le peu de cavalerie dont je dispose du côté d'Annecy et de Rumilly afin dVtro averti de suite de tout mouvement de roniiemi. )>

nionlraiont manifestement que, malgré la faiblesse de leurs forces, les Français ne perdaient pas leur temps du côté de Lyon et en Savoie. Il importail de prendre des mesures énergiques et immédiates pour renforcer les troupes laissées h Genève, de leur donner de l'air en détournant Tattention de l'ennemi et en entreprenant (juelque chose contre Lyon. Bubna venait d(» recevoir ces nouvelles lorsqu'un aide de camp de Schwarzenberg lui apporta le 6 S à Poligny, l'ordre de marcher sur Lyon, par Bourg.

Le général avait appris, entre temps, que l'escadron de hussards, qu'il avait dirigé la veille sur Dole, s'était rendu maître du pont du Doubs et avait, après un combat de près de deux heures, contraint le général Lambert à se replier sur Auxonne *.

Il envova aussitôt h ses différents détachements de droite l'ordre de venir le rejoindre h Poligny, d'où il comptait partir le lendemain matin. Cependant, comme il importait de ne pas perdre l(»s avantages résultant de l'afiTairc de Dôle qui, en livrant passage au prince Alois Liechtenstein sur la rive droite du Doubs, allait lui permettre de mettre le siège devant Auxonne et de complét(»r l'inv(îstissement de Besançon, il prescrivit ù l'escadron de hussards de rester à Dôle et de garder le pont du Doubs jusqu'au moment où il serait relevé ^

Napoléon décrète la formation de l'armée de Lyon. — Pendant que Schwarzenberg ordonnait fi Bubna de reprendre sa direction sur Lyon. Napoléon, à la nouvelle de l'abandon d(» Genève, avait décrété, le o janvier, la formation de l'année de Lyon qui devait se composer, sur le papier il est vrai, d(î 17 bataillons de la division Musnier forte, en réalité, de l.-iOO honnnes, conscrits pour la plupart, de 36 bataillons de garde nationale formant 2 divisions et plus tard seulement des renforts tirés de Catalogne. C'était avec ces forces, dont l'existence était encore absolument lîctiv(S qu'Augereau, appelé au conmiandement de l'arméi»

1 Starke, Eintheilang and Tagesbegcbenheiten der Haupt-Armee iin Monato Januar (/6iVi., I, 30).

s Schwarzenberg à reroperear d'Autriche, de Montbéliard, 8 janvier. (K. K, Kriegt Archiv., I, 155) et Armée Nachrichten (Ibid.j I. 329).

' Cet escadron ne fut relevé que le il et assura à lui seul pendant 5 jours le )>assage du Doubs. (Baumanm), Geschichte des K. K. Husarm Régiments N° 1 Kaiser Ferdinand, nach dcn Quelleu der K. K. Kricgs Ardiivs.

de Lyon, dovîiil couvrir rclto ville, n^proiidn? Gourvo <»t lombor ensuite sur les lignes d'opérations des Alliés s^étendant depuis Bâle jusqu'au plateau de; Langres.

6 janvier. — Nouveaux ordres de Schwarsenberg. —

Rubna, se» conformant aux ordres du généralissime, s*étail concentn» h Poligny * i)Our se port(»r, avec tout son monde, par liourg, sur Lyon. Il n'avait laissé, sur h^irs positions antérieures, que» Zechmeister à Genève et au fort rf>luse. et Sind)schen dans le Valais. Il avait fait revenir le colonel Ben<7.ek d(» Salins sur Arbois et le colonel Wi(îland de» l*oligny sur Arlay. Entre temps, Schwarzenberg, ajoutant foi îi des renseignements d'après lesquels Napoléon rassemblait 80,000 hommes à Langres, avait de nouveau changé d'idées, n*pris l(»s instructions rédigées le 4 et pan'enues h Bubna Ic^ G, et envoyé h (te général Tordre de se diriger, non plus sur Lyon, mais sur Auxonne et Dijon et d'occui>er ces deux points.

7 janvier. — Renseignements fournis par Bubna. — Marche sur Bourg. — Avant d(^ se mettre en rout(î pour Lonsle-Saunier, Bubna avait, de Poligny, fait savoir au généralissime * que, d'apW^s les renseignements (pi'il avait recueillis, il n*y avait, à Chalon-sur-Saùne, que 1800 conscrits sans armes, qu'il en était de même à Dijon et à Auxonne, et (pi'on dirig(»ait sur M(»lz tout ce qui était disponibh».

Il ajoutait dans la mômt* dépêche : « Je compte nu» porter sur Bourg-en-Bress(» et me relier ch» là, par Nantua. avec le général Zechmeister. Je ferai tous m(»s et!orls pour envoyer de la cavalerie sur Chalon-sur-Saùne et MAcon et pour inquiéter l'eirncîmi sur la rive droite de la Saône. En même teuïps, je pousserai vers Lyon et chen'herai h me rendre maître de la rout(î de Chambérj*. » Il terminait en priant Schwar/enberg d'assurer, h l'aide dt? postes de correspondance, ses conmuinications avec* le grand quartier général, parce que, disait-il : « N'ayant en tout que 12 faibles escadrons, il m'est impossible d'envoyer des partis de cavalerie au delîi d(» Chalon. »

* Starke, Eintheiluiig und Taf^esbegebeiiheiten der llaupt-Armco im Monato Januar (A'. A'. Kriegs Archiv,, I, 30.)

' Bubna à Schwarzenberg, Poligny, 7 janvier (Ibûl).

8 janvier. — Bubna à Lons-le-Saunier. — Bubna, auquel les nouveaux ordres n'étaient pas encore parvenus, avait continué son mouvement le 8 et était arrivé avec le gros de ses forces li Lons-le-Saunier. L'avanl-garde du colonel Zichy, qu'il avait renforcée du 6« bataillon de chasseurs et d'un bataillon du régiment d'infanterie de Kaunitz, avait poussé de Lons-le-Saunier jusqu'à Cousance, et le colonel Wieland, avec ses 4 escadrons do hussards de Blankenstein, 1 bataillon d'infanterie du régiment Vogelsang et 1 batterie à cheval, avait marché en flanc-garde sur sa droite, d'Arlay, par Blellerans, vers Chalon-sur-Saône.

9 janvier. — Le lendemain 9, l'avant-garde, après avoir passé par Cuiseaux , occupa Saint-Amour ; la colonne du colonel Benczek atteignit Cousance. Le gros de la division était encore ;i Lons-le-Saunier, et la cavalerie, rapi^elée des bords du Doubs, s'approchait des rives de la Saône.

10 janvier. — Affaire de Saint-Ëtienne-au-Bois. — Le 10,

Bubna, dont l'avant-garde après avoir dépassé Yillemotier avait chassé la veille les avant-postes français de Saint-Ëtienne-du- Bois *, arrivait avec le gros de ses forces à Saint-Amour.

^ D*aprcs les documents des Archive» de la guerre, 80 habitants armi^s de Dourg et 450 artiUeurs de la marine auraient surpris le 10 janvier à Saint- Etienne-du-Bols 150 hussards Liechtenstein et leur auraient pris 6 hommes et 13 chevaux.

Le baron Rivet, préfet de TAin, confirme ces faits dans le rapport qu'il adressa au ministre sur l'envahissement de son département. « Une centaine de cavaliers autrichiens venus le 8 de Lons-le-Saunier à Saint-Amour, occupaient le village do Saint-Etienne-du-Bois à 2 lieues de BourR. 80 habitants de liourg (anciens militaires en retraite) offrent de tourner le village, |>endant que Tcnnemi sera rejeté sur eux par la troupe de ligne composée de 40 hussards et gardes d'honneur envoyés de Lyon, de quelques gendarmes et d'un détachement de 400 artilleurs de marine du 2« régiment arrivant d'Ambérieux. L'expédition réussit. Les hussards autrichiens poussés vivement par les canonniers de la marine se précipitèrent au galop dans l'embuscade tendue par les habitants de Bourg, qui en tuèrent et blessèrent plusieurs et prirent G hommes et 12 chevaux. » Le préfet, dans ce même rapport, relate une petite affaire à laquelle prirent part, dans la nuit du 8 au 9, un détachement du 24" de ligne et les volontaires de Nantua qui, partis de cette ville, surprirent aux environs de Thoirette un parti de hussards autrichiens venus pour remettre à flot un bac que les Français avaient coulé après l'avoir chargé de pierres. Les hussards eurent dans cette escarmouche 4 hommes tués et laissèrent 18 hommes et 15 chevaux entre les mains des Français.

Raisons qui empêchent Bnbna de se conformer aux ordres du généralissime. — 11 y fut rejoint par l'ordn* du 1, dans lequel Sehwarzenberg lui pn^scrivait de revenir sur ses |)as. Mais à ce moment il était dans Timpossibilité de se conformer aux instructions du généralissime, du moins immédiatement. Comme sa division et surtout son artillerit» n'auraient pas pu s(» tirer des mauvais chemins de traverse» qui conduisent de la Bresse! V(»rs DOle, Auxonne et Dijon, il lui fallait forcément enlever Bourg, afin de disposer de la grande route qui uïène du ch(»f-lieu du département d(» l'Ain à Mûcon et à Chalon-sur-Saom». D'autre part, les populations du déparlement de l'Ain, encouragées et soutenues par les quelques troupes postées à Nantua, couraient aux armes. Il imi)ortait donc avant tout d'en finir avec c<»tte levée, en occupant Bourg et en poussant des partis de cavalerie sur les routes, qui de Pont-d'Ain conduisent d'un côté h Nantua et de l'autre à Lyon. En se conformant aux ordres du généralissime et en se dirigeant sur Dijon, Bubna se serait non seulement exposé il être pris à revers, mais il aurait, en outre, compromis la situation de ZechnnMster.

11 janvier. — Retraite du général Husnier sur Lyon. — Bubna à Bourg. — 11 continua, pour ces raisons, son mouvement sur Bourg-en-Bresse, et pendant que le général Legrand arrêtait du côté de Chalon les partis de cavalerie» envoyés vers la Saône, le général Musnier, ne se croyant pas suftisamment fort pour tenir en îivant de Lyon, se repliait sur cette ville, laissant à la garde nationale de Bourg le soin de se défendre. Bubna n'éprouva par suite que i)eu de difficulté h enlever Bourg *, et fît poursuivre les gardes nationaux par l'avant-garde du colonel comte Zichy d'un côté, jusqu'à Tossiat, sur la roule de Ponld'Ain, de; l'autre jusqu'à Lent sur la route de Meximieux. Il s<.' faisait en môme temps couvrir sur sa gauche dans la direction de Nantua par l(\ colonel Benczek. Cet officier, relevé depuis quelques jours déjà devant le fort Saint-André par la brigade du prince Gustave de Hesse-Hombourg, avait reiju de Bubna l'ordre d'assurer, avec i bataillon de Warasdiner Kreuzer et 1 escadron

^ Starki:, Einthcilung und Tagesl)cgebctiiieiten der IIuupt-Ariiicti iiii Monate Jaiiuar. (K. K. Kriegs Archiv., 1, 30 )

do hussards Liechtenstein, ses communications avec Genève et le fort rÉcluse. Il vint donc se poster à Ceyzérial, pendant qu'un autre détachement, fort d'un bataillon et d'un escadron, sous les ordres du major Wratzfeld, prenait h droite le chemin de Villars.

12 et 13 janvier. — Inaction de Bnbna. -— Prise du pont de H&con. — Le lendemain, soit qu'il ait attendu des nouvelles de Geni'ive et du Valais, soit qu'il ait craint de continuer son mouvement avant d'y avoir (»té autorisé par Schwarzenberg, soit qu'il ait été rendu plus timide h la pensée de la responsabilité que lui faisait encourir l'initiative prise en persistant ît suivre une direction contraire h celle indiquée par les derniers ordres du généralissime, soit, enfin, qu'il ait voulu avant tout assurer solidement ses communications avec le général Zechmeister, Bubna s(î contenta de pousser son avant-garde sur Pont-d'Ain et d'envoyer îi Chalamont un parti qui se relia, à droite, au détachement du major Wratzfeld, arrivé î\ ce moment îi Villars.

La journée du 13 apporta peu de changements aux positions occupées par Bubna, qui persista ;i maintenir le gros de sa division à Bourg; mais le major comte Saint-Quentin \ pointe d'avantgarde du détachement du colonel Wieland, occupa ce jour-là M;\con, tandis qu'à l'cxtréme-gauche de Bubna, le colonel Benczek entrait h Nantua, de sorte que ce fut seulement le 14, au moment même où Augereau, parti de Paris le 11, arrivait h Lyon, que i'avant-garde de Bubna entra à Meximieux et établit sa pointe et ses avant-postes h Montluel, évacué par les Français *.

15 janvier. — Angereau, laissant le général Husnier à Lyon, se rend à Valence. — Si Clarke avait annoncé à Angereau la présence à Lyon de 6,000 hommes, il ne lui avait pas fait

t Starkc. Eiiillieilung uiid Tagesbegebcnhcilcii der Haupt-Armec im Monatc Jaimar. (A'. K, Kriegi Archir., I. 30 )

U$ youvelUi (Ui amu'et (de Paris. 14-18 janvier) (Jhid., I, 529) rendent compte do ce fait en ces termes : « De Bourg-en-Bresse, le comte Bubna a envoyé des troupes dans t«>utes les directions. 15 hnssards se sont présentés devant Mûcon que des troupes françaises et des gardes nationales avaient l'intention de défendre ; mais le maire de MAcon et celui de Sainl-Liurcnl trahissant la confiance pu))Uque ont laisst* occuper le pont de la Saône par oU liomnics des troupes ennemies. »

* Id. in ibUl.

connaitns lors ck^ son clrpart, \vs proj^n^s incessants (l<; l'cnniMni. Aussi di*s qu^on Fcnt mis au <*ourant de la situation. W. duc de Castiglione pensa quf% pour sauver v.Mo ville, dans la(|uelle \v général Musnior avait en tout 1,iOO honinuis, dont iOO h 300 vieux soldats» il fallait avant tout aecélércT la formation do Tarmée et la marche des renforts. I^Hir arrivée immédiate était d'autant plus nécessaire que Tétat des esprits de la population lyonnais<' n*avait rien de rassurant. L(» maréchal ne croyant pas sa pré.sence indispensable h Lyon, se décida h pn^scrin» au général Musnier, qui venait dVtre rejoint par 500 conscrits, de tenir bon avec (îes 1,700 hommes. Lui-même m» dirigea le 13 vers Valencu», d'où il comptait envoyer h ce général des troupes au fur et h m(»sure de leur arrivée ou de leur fonnation.

Bubna aurait donc eu beau jeu pour enlever la ville dans la Journée du 15 et réparer d'un seul coup les lenti^urs et les retards n^sultant d'une part de son envoi sur Dole, iU*. l'autre de la halte qu'il avait cru devoir fain^ à Bourg depuis le 11. Mais bien quMl eût eu le soin d'exposer fi Schwar/enberg les raisons pour lesquelles il lui avait iallu, au lieu de revenir sur Dijon et Auxonnc*, continuer sa marche sur Bourg, il se» préoccupa surtout des rassemblements de troupes qui si; faisai(Mit, on le lui affirmait du moins, en Savoie.

Mouvement des avant-gardes de Bubna. — Immobilité de •on gros. — Inquiet de ne pas avoir reçu de nouvelles sur ce qui se passait dans le Valais, ignorant peut-être aussi la faiblesse des troupes chargées de défendre Lyon, il laissa une fois do plus passer le moment oft il aurait pu. presque siins coup férir, se» rendre maître de cette grande ville dont la prise aurait eu, alors surtout, une importance capitah» pour les Alliés et aurait exercé une influ«»nc(» considérable sur la suite de leurs opérations. C'est ainsi qu\iu lieu de se porter résolument, le 15, en avant de Bourg et de Genève, il resta pour ainsi din» immobile, quoique \v.s troupes françaises eussent évacué Miribel pour venir prend n» position sur les haul(»urs de la Croix-Rousse. Tous ses mouvements s(^ réduisinjul h l'cMivoi j» Grange-Blanche et au pont d'Oullins, de quelques partis chargés de surveiller les routes d(i Chalon et dv. Tarare. En fait d'oi'dres, il se borna à prescrire au colonel Wieland de se porter par Cuisery sur Mî\(îon, dont son

avanl-fçardc avait déjà enlevé et occupé le pont deux jours auparavant.

La faute commise par Bubna est d'autant plus inexplicable qu'il paraît difficile d'admettre qu'il ait absolument ignoré la situation des (îsprils de la ville de Lyon et la ftiiblesse de sa garnison. « Lyon, écrivait Chaptal, comte de Ghanteloup, au duc de Feltre *, est presque désert. Tout le monde s'est enfui dans les montagnes, toutes les fortunes sont parties, les boutiques sont fermées, les écTilcaux et les enseignes enlevés et les caisses publiques complètement vides. Le maréchal Augereau pense, comme le général Musnier, comme moi, qu€ le poste de Lyon n est plus tenable, »

Augereau, de son côté, n'avait guère été plus rassurant dans la dcpé<!he qu'il écrivait le 15, le lendemain de son arrivée, au majorgénéral : « L'ennemi, disait-il, est depuis avant-hier, 13, à Montluel, à 3 lieues de Lyon. Il pousse des reconnaissances sur

Miribel , il est maitre du passage des Rousses, du fort l'Écluse,

du pont de Seyssel, du château de Belley ; il se présente sur Lyon

par les deux rives du Rhône et la rive droite de la Saône Il en

résulte que Lyon est dans le plus grand danger. Il est môme à penser qu'il sera attaqué demain. La force que nous avons, disponible en troupes de ligne, ne présente pas plus de 1100 combattants, SI toutefois on appelle combattants des hommes qui, pour la plupart, ont re(:u hier des armes dont ils ne connaissent pas

l'usage. La consternation est peinte sur tous les visages Que

Votre Altesse regarde Lyon comme pris, et, si les 1000 à 1,200 hommes, qui couvrent \um partie des abords de la ville, sont poussés, il est à craindre qu'ils soient enlevés et la route de Saint-

fitienne h découvert Je ferai ce que je pourrai; je quitte Lyon,

laissant le général Musnier pour le défendre, et je vais dans la 7« division militaire chercher à réunir les troupes de Chambéry (^t de Grenoble», les généraux se les enlevant les uns aux autres ; enfin, faire, pour la défens(i du pays, ce qui sera possible et y relever l'esprit public, s'il se peut, car il est abattu d'une; manière désolante*. »

(tétait cette occasion unique (|ue Bubna avait laissé échapper.

< Chaptal au Ministre de ki (lucrre. (Archive* de la guerre.)

' Augereau au inajor-géiiéral. (Correspondance d'Augereau. — A rchires de la

fjuerre.)

On peut comprendre, ii la rigueur, qu'il ail eu, pendant les jours qui précédèrent l'occupation de Bourg, quelque hésitation, quelques craintes, et qu'il ait redouté de tenter, avec les troupes relativement peu nombreuses dont il disposait, un coup de main sur une grande ville comme Lyon. Mais sa cavalerie seule eût di\ suftîre pour lui procurer les renseignements dont il avait besoin. Des reconnaissances bien faites l'auraient complètement édifié sur la situation des Français et l'auraient mis en mesure d'accentuer son mouvement dès le 15 et de brusquer son attaque. Ne sachant rien ou presque rien, il continua ii tAter prudemment le terrain et s'approcha de Lyon avec une lenteur et une circonspection que rien ne motivait. On est donc autorisé h dire que, si le général autrichien avait su faire de sa cavalerie un emploi rationnel et judicieux, s'il l'avait poussée vigoureusement en avant, il aurait sans peine culbuté les faibles avant-postes qui faisaient mine de couvrir les abords de la ville et qu'il aurait suffi de l'apparition de ses coureurs aux Brotteaux et à la Croix-Rousse pour que Lyon partagent le sort de Nancy et de Mâcon et fût enlevé par un peloton de hussards. Mais, au lieu d'agir de la sorte et de tenter au moins une entreprise qui ne pouvait avoir, en aucun cas, de conséquences fâcheuses, ce fut seulement le 16 janvier que, rassuré sur le sort de Simbschen qui a occupé Thonon, certain de conserver ses communications avec sa gauche, sachant, enfin, qu'il n'y avait aucune trace de rassemblement sérieux de troupes ennemies en Savoie, il se décida h continuer sa marche interrompue depuis le 11 . Ce fut à cette époque seulement qu'il résolut de venir avec le gros de ses forces de Bourg jusqu'à Pont-d'Ain et qu'afîn de faciliter les opérations qu'il allait entreprendre contre Lyon il donna à Zechmeister l'ordre d'entrer avec 5 bataillons 1/2, 2 escadrons et 1 batterie en Savoie, où les Français n'avaient que peu de monde, de les chasser de Rumilly et des rives du Fier et de les pousser sur Chambéry *.

Apparition des coureurs de Bubna devant Lyon. — Les

coureurs de Bubna se montrèrent, pour la première fois, le 16 janvier à quelques kilomètres de Lyon, sur les routes d'Ambé-

* St'àrke, Kiutheilung und Tagesljegebeiiheiten der Haupt-Armee im Moiiatc Januar. (A'. K, Kriegs Archiv,, I, 30.)

Well. 21

rieux et dos Donibes. Quelques-uns d'entre eux, poussant par la roule de Trévoux et le faubourg de Saint-Clair jusqu'aux abords de la ville, échangèrent des coups de fusil avec les avant-posles français. Mais toutes ces lenteurs avaient permis aux habitiinls du départ(îment de l'Ain de rompre les digues des étangs, d'inonder la roule de Meximieux, elle général autrichien, lorsqu'il voulut se porter en avant de Ponl-d'Ain, fut obligé de revenir sur ses pas pour reprendre le 17, la route qui mène à Lyon, par Ambérieux.

17 janvier. — Le général Husnier se replie sur la rive droite de la Sadne. — Le 17 au matin, le général Musnier, n'ayant pas assez de monde pour défendre Lyon en prenant position en avant de la Guillotiôre, dans la plaine qui s'étend sur la rive gauche du Rhône, jugea avec raison qu'il lui était impossible de tenir dans la partie de la ville, située entre le Rhône et la Saône, complètement dominée par les hauteurs de Founières (»l de Vaise. Repassant la Saône, il vint s'établir h la croisée des routes de Chalon, de Moulins et de Clermont-Ferrand, ne laissant que des postes d'obser\'ation en avant de lui, dans la presqu'île formée par le confluent des deux cours d'eau*.

Quelques partis de cavalerie, appartenant h l'avanl-garde de Bubna; s'étaient montrés sur la rive droite de la Saône et avaient occupé Neuville. Voici, d'ailleurs, en quels termes Bubna rend compte à Schwarzenberg des opérations qu'il tenta contre Lyon, opérations que sa prudence, poussée jusqu'fi la timidité, rendit infructueuses *.

Rapport de Bubna snr ses opérations devant Lyon. —

« Afin de me poster sur la communication directe avec Genève, j'ai quitté Bourg-en-Bresse le 17 et me suis établi avec mon gros à Pont-d'Ain ; mes avant-postes sont à M(;ximieux. Dans la nuit du

i « J'ai pris i)Osilioii à IVxtroriiité du faubourg; «It; Vaise où j'ai réuni qaelques petits détiirheuients et beaucoup d'isolés. Les troupes avancées «le l'ennemi sont à Montluel et à Miribel. n a quelques centaines d'hommes a Marron, et comme il lui est facile d'y faire filer de bourg autant de monde qu'il voudra et de se jwrter de là, par Villefrauche, sur mes derrières, ses mouvements sur ce point doivent attirer mon attention autant que ceux qu'il fait devant moi. » (Musnier au Ministre. Archives de la yuerre.)

' Le feldzcagmeister comte Bubna au piin<-e de Scliwarzeul)erg« i'oni-u Aiu, ti janvier 1814. (A'. A'. Krieys ArctUv., I, 488.)

17 au 18 janvier, j'ai été informé par mes avanl-|)Osles de la retraite de l'ennemi qui, après un petit engageraient avec le corps volant du capitaine Belrup (du régiment do hussards Liechtens lein), avait quitté la Pape en avant de Lyon.

« Un autre rapport, arrivé un peu plus tard, m'apprit que l'ennemi avait évacué toute la partie de la ville de Lyon, située sur la rive gauche de la Saône, que tout était tranquille h Lyon et qu'on semblait y attendre notre venue. Un officier, que j'ai envoyé en parlementaire à Lyon, me confirma ces nouvelles. Le maire lui avait, toutefois, fait dire que, si je comptais occuper Lyon, je ne devais le faire qu'avec des forces respectables*.

¥ Malgré tout mon désir de m'emparer de cette ville, jo crus sage de ne pas accéder îI la légère îi cette demande. Je poussai donc, le 18, mes avant-postes jusqu'à Miribel et la Pape, afin de reconnaître Lyon le lendemain et peut-être même d'y entrer.

« Mais, pendant la nuit, j'appris que l'ennemi avait coupé la route sur plusieurs points. Il paraissait maintenant décidé à défendre la ville qu'il avait, en effet, réoccupée dans la nuit du 17 au 18 janvier et oii le peuple prenait les armes pour participer h la défense.

« Il est évident pour moi qu'il y a, îi Lyon, deux partis, dont l'un, qui nous est manifestement hostile, ne peut se maintenir qu'avec l'aide et l'appui des troupes. On m'affirme même qu'on aurait mis en pièces et tué un de nos parlementaires sans l'intervention d'un officier de gendarmerie. L'ennemi est, du reste, sorti de Lyon et tiraille encore pour le moment avec mes avant-postes.

« Comme je ne dispose que de peu d'infanterie, comme j'ai beaucoup de malades, comme, de plus, mes 5 bataillons comptent à peine 2,000 hommes d'effectif disponible et utilisable, il ma semblé d'autant plus risqué de tenter un coup de main sur Lyon que le terrain m'était défavorable et n'offrait aucune position avantageuse pour mon artillerie. Je me bornai à laisser devant la ville mes avant-postes et les chargeai d'observer tout ce qui s'y passerait

> D*aprèâ les rapports du général Musnier, Bubna chercha à s'aboucher avec les autorités manicipales de Lyon ; maU les lettres do Huhna furent remises an géséral par le maire, et ce fat le général Musnier qui fit lai-même les fépoasM. (Archives de la guerre»)

« Toul(»l'0is, afin d'être on mesure d'entreprendre quelque chose d'utiliî et parce que j'étais trop faible pour occuper la ville, j'ai trouvé dangereux de laisser mes avant-postes devant Lyon. Ils n'auraient pas manqué d'avoir des engagements insignifiants, mais presque continuels, et comme ces engagements auraient avant peu fini par accoutumer les Lyonnais à ces tirailleries, je me suis retiré, hier 20, sur Meximieux et aujourd'hui sur Pont-d'Ain, d'où je puis me porter aisément dans toutes les directions.

« Si je n'ai pas cru devoir, dans les circonstances actuelles, essayer d'enlever Lyon, j'ai du moins réussi à attirer sur ce point l'attention de l'ennemi, à y fixer et à y immobiliser ses forces et à l'empêcher de foire de là un mouvement contre la grande armée.

« Le maréchal Augereau était le 15 à Lyon. Très étonné de n'y pas trouver d'armée, il s'est rendu k Valence pour en ramener du monde.

« Il m'est extrêmement difficile de me procurer des renseignements. Aucun des émissaires que j'ai envoyés h Lyon n'est revenu jusqu'à présent. »

Le rapport que nous venons de reproduire prouve, il nous semble, que Bubna perdit toute la journée du 18 à négocier, à parlementer, à reconnaître la ville et à chercher à y nouer des intelligences. On n'y trouv(; aucune indication sur l'effectif des troupes françaises de Lyon et la nature des opérations qu'un corps de moins de 2,000 hommes aurait pu entreprendre. Bubna omet aussi de faire connaître au généralissime qu'un petit détachement, guidé par des ouvriers gagnés à la cause des Alliés, avait poussé dans la nuit du 18 au 19 jusqu'au quai Saint-Clair, et que le 19 il s'était déjà fait un revirement complet dans l'esprit de la population. Il trouve inutile de lui exposer les causes de la retraite momentanée des Français sur la rive droite de la Saône. Il devait pourtant savoir par s(îs émissaires que le général Musnier attendait l'arrivée de 700 hommes de renfort, qui, envoyés en poste de Valence, rejoignirent le 19, pour attaquer les Autrichiens pendant la nuit du 19 au 20. les déloger de leur^ poNitions aux portes mêmes de Lyon et les rejeter sur le hameau de Vernay. à un quart de lieu de la Croix-Rousse. Il passe également sous sih.'nce les petits combats d'arrière-garde qui avaient

accompagné, dans la nuit du 19 au 20, l'évacuation de la Papo. 11 se garde encore plus soigneusement de dire qu(î cette arrièregarde, sous les ordres du colonel Junger (du régiment Kaiser Huszaren), fut vivement poussée par les Français jusqu'à Montluel, qu'elle se replia même * le 21 jusqu'à Meximieux, où se trouvait le gros de ses troupes, et retourna seulement à Montluel lorsque les Français eurent évacué ce point pour établir leurs avant-postes à Miribel.

Marche de Wieland vers Hftcon. — Obligé par sa faute à quitter les environs de Lyon et à battre en retraite devant des troupes inférieures en nombre à celhîs dont il disposait et composées presque exclusivement de conscrits, Bubna donnait au colonel Wieland qui, sur sa droite, avait dû se rapprocher de Mîlcon, Tordre d'y laisser le plus longtemps possible le détachement du major comte Saint-Quentin, afin d'être h même de surveiller avec le reste de son monde les routes allant sur Lyon par (]lhAtillon-les-Don)bes et Villars. Le colonel devait venir se poster à cet effet à Bourg, et, pour lui faciliter sa tAche, on le renforçait d'un bataillon de Gradiskaner, qui alla occuper Villars.

D'autre part, Zechmeister avait reçu, le 16 janvier, l'ordre de Bubna d'entrer en Savoie. A la tête de cinq bataillons et demi à effectif réduit, de deux escadrons et d'une batterie, il devait opérer contre les Français qui, postés sur le Fier, occupaient les ponts d'Annecy et Rumilly et avaient, en outre, quelques troupes en réserve à Albv et Albens.

18 janvier. — Combat de Rumilly. — Le 18 janvier, alors que Bubna, déjà sur le point de se retirer des abords de Lyon, n'osait pas s'engager avec les quelques troupes françaises qui s'y trouvaient, son lieutenant, moins timoré *, attaquait les positions françaises, forçait le passage du Fier et du Chéran, poursuivait les Français jusqu'au delà d'Albens et adressait, le 18 au soir, de Rumilly, un rapport dans lequel, après avoir rendu

* n n'y av.ait encore à ce moment à Lyon que 2,500 hommes de troupes. (Arehivei de la guerre.)

' Stabke, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Ârmee im Monate Januar. (K, K. Krieg» Arehir,, I, 30.)

compte h Bubna do ses opérations, il lui faisait part de ses projets pour la journée du 19 * :

« Je me suis porté aujourd'hui sur trois colonnes contre Rurailly et Annecy. L'une de ces colonnes, sous les ordres du lieutenantcolonel Waller, passant par Cruseilles et Brogny, a occupé Annecy h trois heures.

« La colonne principale, marchant par Frangy sur la grande route et la troisième colonne, sous les ordres du colonel Bonczek^ passant par Seyssel et la montagne, se dirigeaient sur Rumilly.

« Pendant la marche, j'appris que l'ennemi cherchait à détruire le pont de pierre sur le Fier, et, pour l'empêcher de mettre son projet h exécution, je fis aussitôt prendre les devants h un escadron do hussards. L'ennemi fit mine de vouloir défendre la ville, tirailla assez vivement avec mon avant-garde; mais, craignant d'être coupé de sa ligne de retraite par ma troisième colonne, il se décida peu après h la retraite.

M Je fis avancer rapidement mon artillerie, qui canonna les masses ennemies en retraite. L'infanterie ennemie se jeta h droite dans la montagne, et sa cavalerie, peu nombreuse d'ailleurs, ne tarda pas k disparaître complètement.

« La rapidité, avec laquelle s'étaient effectués nos mouvements, me permit de couper une colonne française venant d'Alby et qui voulait suivre la grande route d'AIbens à Aix. Elle fut obligée de se jeter dans la montagne. Mes avant-postes ont poussé jusqu'h la Biolle. Le gros de mes forces est ici. Le lieutenant-colonel Waller avec 1 escadron, 1 bataillon et 2 canons, est près d'Alby. 2 compagnies couvrent ma gauche à Annecy, 2 autres ma droite h Seyssel, et fournissent un poste îi Serrières.

« L'ennemi avait 800 hommes à Rumilly, 600 hommes h Annecy, 400 hommes h Alby, 600 hommes k Albens; mais toutes ces troupes ne renfermaient guère dans leurs rangs que des conscrits et des douaniers.

« Le général Marchand était aujourd'hui h Rumilly.

« Demain je réunis mes troupes à Albens et je compte de là me porter sur Aix et en déloger l'ennemi cpii y aurait, dit-on, près de 2,000 hommes.

* Zcchmcister à Bubna, narniHy, 18 janvier, 11 h. ijà da soir. (A'. K. Kriegt Arehiv,, l, 488, a.)

« Il m'est impossible do dire actuellement si je pourrai tenter après-demain quelque chose contre Chambéry, où il y a trois dépôts de régiments et où Tennemi, s*il réussit h y ralli(T tout son monde, pourra nf opposer 3,000 hommes, qui ne seront îi la vérité que des douaniers et des conscrits.

« Le peuple m*a reçu partout aux cris de : « Vive le roi de « Sardaigne. »

19 janvier. — Zechmeister occupe Aix-les-Bains. — Le 19

il continue sa marche, et d'Aix il fait parvenir h Bubna le rapport ci-après, qui permet de se faire une idée exacte tant de la façon dont s'exerçait le commandement que des modifications incessantes qu'on apportait h tout propos à la composition des corps :

« Après avoir opéré îi Albens ma jonction avec la colonne venue d'Annecy par Alby, je me suis porté sur Aix.

« L'ennemi a évacué la ville h l'approche de mon avant-garde et a pris position avec 1,600 hommes, 2 canons et 1 obusier, en arrière de Rages.

« Je voulais l'y attaquer encore aujourd'hui et le pousser vers Chambéry, mais la nuit m'a empoché de donner suite h mon projet. De plus mes troupes étaient très fatiguées, et entin les pluies continuelles avaient momentanément mis mes fusils hors d'état de servir.

« Mes avant-postes sont au Viviers, où je concentrerai tout mon monde demain matin î\ huit heures, pour marcher sur Chambéry, que mes colonnes de flanc prendront h revers. Je pense y être vers midi.

« J'ai l'honneur de proposer ii Votre Excellence de ne pas poster mon gros h Chambéry. Je voudrais y laisser seulement six compagnies et un d(»mi-escadron, garder le gros h Aix et continuer à occuper Annecy et Seyssel, Alby et Rumilly. J'attendrai sur ces positions les ordres de Votre Excellence.

« Si Votre Excellence rappelle h elle une partie des renforts qu'Elle m'a envoyés, je ne pourrai laisser h Aix qu'un corps volant qui occupera péniblement Chambéry. Je porterai alors le gros de mes troupes derrière le Fier, entre Annecy et Rumilly.

« Une partie des troupes ennemies, mise en fuite, s'est portée dans la direction de Culoz. Le régiment de dragons de Wûrzburg

est on marche et sera le 18 à Carouge; le 19 il f(Ta halle, le 20 il sera à Seyssel, le 21 à Naiitua, le 22 à Cerdon et le 23 à Ponld'Ain, où il prendra les ordres de Votre Excellence *. »

Ce fut, d'ailleurs, à Taide de ces rapports que Bubna réussit à se faire pardonner l'impardonnable insuccès de son expédition sur Lyon, et c'est pour cela qu'il avait eu le soin, en adressant le 21 janvier, de Pont-d'Ain à Schwarzenberg, le rapport que nous avons cité en partie quelques pages plus haut, de le commencer en ces termes * :

« Votre Altesse verra par les rapports du général Zechmeister que cet officier général a chassé l'ennemi de Rumilly et d'Aix et doit, à rheure présente, être maître de Chambéry. Le but que je m'étais proposé par l'envoi en Savoie de ce détachement, but qui qui avait été approuvé par Votre Altesse, est donc atteint. ComDie nous avons un intérêt majeur h occuper la capitale de la Savoie, Il encourager et à soutenir le soulèvement des Savoisiens, je compte prescrire au général Zechmeister : 1® de fournir aux populations les moyens de prendre les armes ; i^ de laisser le gros de ses troupes à Chambéry parce que, pour le moment, il n'y a rien à craindre pour Genève et parce que je tiens ù pouvoir couper ainsi les connnunications de l'eimemi avec l'Italie par le Mont-Cenis. »

Mais il est bon de faire remarquer qu'en rédigeant dans ces termes le rapport qu'il adressait h Schwarzenberg, Bubna n'avait pas seulenjent l'intention de disposer en sa faveur le généralissime îi qui l'insuccès de Lyon avait dû évidemment causer une impression désagréable; il voulait aussi provoquer de la part du généralissime une réponse relative à l'emploi des troupes de Zechmeister, se décharger sur lui d'une responsabilité qu'il n'osait pas assumer, en l'obligeant à approuver ou il rejeter directement les propositions que son lieutenant lui faisait à propos de l'effectif des troupes à laisser à Chambéry. Aussi, pour peu que l'on examine les choses de près, loin de s'étonner de la lenteur avec laquelle les opérations de la grande armée ont été conduites, on en arrive, au contraire, à se demander comment il était possible, avec une organisation semblable, de parN^nir à se mouvoir et îi entreprendre

* Zechmeister à Bubna, Aix. 19 janvier. (A'. K. Kriegt Archiv., I, 488 6.) s Babna à Schwarzenberg, Pont-d*Ain, 21 janvier. (Ibid,, l, 488.)

dos opt»ralions ralionnollos, sériouses et surtout opportunes. N*est-il pas tout au moins singulier do voir le commandant d*uii corps indépendant en référer au général en chef lorsqu'il est simplement question de poster momentanément 2,000 hommes à Chambéry ou à Aix? 11 semble, du reste, qu'un mot d'ordre venu d'en haut ait été donné h cet effet et que les lieutenants, en cherchant à dissimuler au généralissime l(»urs insuccès et leur véritable» position, n'aient fait que se conformer h la manière de faire adoptée par le généralissime lui-même dans les rapports qu'il adressait de son côté à son souverain. Pour en donner la preuve, nous nous contenterons d'extraire les lignes suivantes du rapport que Schwarzenberg * envoyait de Langres h la date du 24 janvier, h l'empereur d'Autriche: « Bubna (armée du Sud), est-il dit dans cette pièce, a repoussé l'ennemi jusqu'aux portes de Lyon. Il se trouve trop foible pour y entrer et pour cette raison il a posté h» gros de son corps à Pont-d'Ain. Il a envoyé Zechmeisler contre» Chambéry. Ce général a rejeté Tennemi sur Aix-les-Bains, et ses avant-postes étaient, le 19 au soir, devant Chambéry. »

Un pareil rapport n'était guère de natun^ à fixer les idées de l'empereur d'Autriche, et l'on a le droit de se demander quelle explication plausible le prince de Schwarzenberg aurait pu fournir à son souverain s'il était venu ii l'esprit de l'empereur de lui demander comment, après avoir été assez fort pour pousser l'ennemi jusqu'aux portes de Lyon, Bubna s'était tout h coup trouvé trop faible pour entrer dans cette ville ouverte.

20 janvier. — Occupation de Chambéry par Zechmeisler.

— Cette digression nous a forcément entraîné loin des événements dont la Savoie était le théîllre, de ces événements qui, malgrt^ son vif désir de se décharger de toute responsabilité, allaient néanmoins forcer Bubna à prendre une résolution. Le général Zechmeister avait, en effet, occupé Chambéry le 20 janvier et fait poursuivre, sur la roule de Montmélian, l'ennemi qui, poussé vivement par la cavalerie autrichienne, ne s'arrêta, d'un côté, qu'à Pontcharra, sous la protection des canons du fort Barraux et, de l'autre, se replia sur Les Échelles. Bubna se vil, par

1 Schwarzenberg à Temperear, Langres, S4 janvier. (If. A". KriegtArehir,,

suite, dans l'obligation do proscriro à Zechmoislcr do faire occuper Cliaml)éry par le gros de ses forces * sans plus insister sur sa propre situation h Pont-d'Ain*. Bubna ajoutait seulement, dans son rap|)orl h Schwarzenherg, qu'il faisait surveiller les routes de Lyon et de Grenoble par Les Échelles et que, sur la gauche du génc^ral Zechmeister, on observait Conflans, Montmélian et le pont de risCîre.

En fiiit de renseignements intéressants, il apprenait au généralissime qu'il y avait, paraît-il, 100 gendarmes à Chalon-sur-Saône, qu'on avait illuminé h Lyon, le 20, pour célébrer l'arrivée de 800 hommes de troupes de ligne qui avaient porté l'effectif des vieilles troupes présentes sur ce point k 3,000 hommes. Il est vrai qu'en terminant il induisait, involontairement assurément, le généralissime en erreur en lui disant (rapport du 22 janvier) : « Le maréchal Augereau n'est pas encore de retour », alors, qu'au contraire, le duc de Castiglione était précisément arrivé h Lyon depuis 24 heures, avec quelques escadrons.

21 janvier. — Retraite de Bubna sur Pont-d'Ain. — Le

lendemain 2i, Bubna, dont les avant-postes allaient jusqu'en avant de Miribel et qui s'était (encore tenu la v(Mlle avec son gros î\ Meximieux, jugea h propos, nous disent le^lagesbegehmheiten^, de ramener son gros à Pont-d'Ain et son avant-garde h Meximieux

« parce qu'il avait reçu la nouvelle de la présence ,îiTournus,

du général Legrand h la tête d'un gros (?) corps de troupes françaises. »

Combat de Chapareillan et prise du pont de Montmélian.

— Heureusement pour Bubna, les affaires des Alliés continuaient à suivre un cours favorable en Savoie. Le même jour, en effet, le général Zechmeister avait fait une démonstration sur Grenoble et trouvé les Français en position en avant du fort Barraux, près de

• liubua à Schwarzenberg, Pont-d'Aiu, 22 janvier. (K, K. Kriegs Archiv. ,

• Il est permis de se demander comment, de Pont-d'Ain, Bubna pouvait surveiller ce qui se passait sur la rive gauche du Rhône et du côté de la vallée de l'Isère.

• Starkb. Kinthcilnng und Tageshcgebcnheiten der Haupt-Armeo im Monate Jauuar. (K, K. Kriegt Arehir,, l, 30.)

Chapareillan, ofi ils avaûml h ce momonl GOO hommes et 15 canons. Mais il avait forcé, d'un autre côté, le général Dessaix h repasser sur la rive; gauche de ^Is^re h Montmélian et h évacuer ce point important dont le général français n'avait pas eu le temps de détruire le pont. Malgré tous les efforts des Français, Z(»chmeister avait réussi à rester maître de ce pont qui, gardé par 3 compagnies sous les ordres du colonel Benczek, lui assurait un passage sur Tlsère oX lui ouvrait la route du Mont-Cenis.

Enfin, poussant le même jour un détachement dans le massif des Bauges, par le col de Tamines, il avait occupé en amont les points principaux de la vallée de l'Isère jusqu'à Conflans * pour se couvrir sur sa gauche.

A la suite de son échec et des mouvements de Zechmeister, le général Dessaix avait pris position à la Chavanne, dans la vallée de l'Arc et vis-îi-visde Montmélian, sur la rive gauche de l'Isère, et paraissait vouloir s'y retrancher pendant que le général Marchand, qui avait remplacé le général de La Roche malade et manquant de l'énergie et de l'activité nécessaires dans des circonstances aussi critiques, occupait, sur la rive droite de l'Isère, la fameuse position du maréchal de Ber\vi(*k h Forl-Barraux, appuyant sa gauche h Belle-Combette; sur le massif montagneux, sa droite h Tlsère avec un poste à Pontcharra, destiné h assurer et h couvrir ses communications avec le général Dessaix, qui renouvela ses tentatives de reprise du pont de Montmélian, le; lendemain 22, mais sans plus de succès que la veille.

22-23 Janvier. — Tentatives des Français contre le pont de Montmélian. — Le 23, bien que Zechmeister eût renforcé l(»s troupes qui gardaient le pont de Montmélian *, les Français essayèrent une fois de plus de le reprendre ; le gros de Zechmeister alla h Chambéry, moins 2 compagnies et 2 pelotons qu'on envoya à Saint-Thibaud-de-Couz sur la route de Lyon '.

* Journal d'opération du général Zechmeister et rapport de Bubna à Schwarzenberg. Genève, 26 janvier. (K. K, Kriegs Archiv., l, 594.)

> K, K, Kriegg Arehiv,, I, 894.

s 11 y avait à ce moment 800 hommes et iO canons sur la rive gauche de risère à Pontcharra ; 400 hommes et 2 canons à GonceUn. Les Autrichiens n'avaient pas encore essayé de pénétrer en Maurienne. Leur avant-garde se tenait à Saint-Jeoire, près de l'embranchement do la route d'Italie avec celle de

Pendant ce temps, malgré tous les dangers de la position de Chambéry, malgré les inconvénients que Bubna lui-même ne peut s'empôcher de reconnaître dans le rapport à Schwarzenberg, auquel nous avons fait allusion, Zechmeister avait néanmoins reçu l'ordre d*y rester jusqu'à l'approche de grosses forces françaises. Pour démontrer au généralissime que cette occupation n'avait pas été inutile, Bubna s*empressa de lui annoncer que, grdce à cette mesure, on avait pu rendre la liberté à plusieurs officiers espagnols prisonniers qui y étaient internés, parmi lesquels il citait le lieutenant général Renavales et le brigadier Manoël Versarjon *.

L'apparition de Bubna devant Lyon avait eu pour conséquence, en somme, heureuse pour les Français, de faire de cette ville le point de concentration unique et général de toutes les forces en formation dans le Midi et restées éparses jusque-lîi dans les différents dépôts. Le général autrichien se flattait, il est vrai, d'avoir empêché par sa marche une diversion contre l'extrême gauche de la grande armée, diversion que les Français ne pouvaient songer h tenter à ce moment par la simple raison que, comme nous l'avons vu, ils n'avaient personne dans ces parages. Au contraire, non content d'avoir, en jetant l'alarme, montré aux Français toute rétendue du danger auquel sa timidité seule leur avait permis d'échapper, il allait commettre une faute bien plus grave encore et donner à Augereau le temps et la possibilité d'organiser au moins en partie les forces avec lesquelles le duc de Castiglione était appelé à tenir la campagne, forces avec lesquelles, s'il eilt encore eu son ancienne énergie, il aurait pu glorieusement contribuer à sauver la France.

24 janvier. — Mouvements rétrogrades de Bubna. — En effet, après avoir hésité longtemps, depuis qu'il s'était cru coîï- Iraint de quitter les environs immédiats de Lyon, Bubna, n'arrivant pas à trouver du côte de Pont-d'Ain une position qui lui

Grenoble à Chambéry, à peu de distance de Montmélian. Du côté des EcheUes, les avant-postes aatrichiens étaient à Saint-Thibaud-de-Couz à ane bonne lieue de la Grotte, que le général de Barrai occupait avec 350 hommes.

* Bubna à Schwarzenberg, Genève, 26 janvier. (K, K. Kriegs Archiv,, l 594.)

perniîl h la fois d'avoir l'œil sur Lyon <*t de couvrir Chambéry et Genève, avait pris une grave résolution. Dans les journées des 2:2 et 23 janvier, il avait prescrit au colonel comte Zichy de se porter avec 6 escadrons et 1 bataillon de chasseurs à Meximieux, afin de surveiller de là ce qui se passait du côté de Lyon ; au colonel Wieland, de se tenir il Bourg avec 2 bataillons, 6 escîidrons et 1 batterie à cheval avec mission d'obser\er également Lyon, de maintenir Tordre dans les départements de l'Ain et du Jura, et de chercher à se relier par Dole et Lons-le-Saulnier avec la gauche de la grande armée et plus particulièrement avec la brigade du général Scheither. De faibles renforts allèrent rejoindn^ Zechmeister en Savoie, et Bubna lui-môme reporta son quartier général à Genève *.

Les Français reprennent le pont de H&con. « Pendant que Bubna envoyait ces instructions au colonel Wieland, le major comte Saint-Quentin * qui, après avoir réussi à s'emparer du pont de Mûcon, avait été chargé de le garder avec un escadron et demi de hussards, soutenus par 2 compagnies, avait dû, après un combat assez vif, se retirer le 23, à 5 heures du soir, devant les troupes du général Legrand, et avait été poursuivi jusqu'à la tombée de la nuit. Le général Legrand s'était alors arrêté et replié sur le pont de MAcon qu'il avait solidement occupé. Le colonel Wieland, informé par le major Saint-Quentin de l'échec qu'il venait d*essuyer et qui avait coûté pas mal de monde à son petit détachement, attaqua à son tour le général Legrand, le lendemain 24, et chercha à lui reprendre le pont. « Mais il ne put y parvenir, écrit Bubna à Schwar/enberg, à cause du peu d'infanterie dont il disposait. »

i St'arke, Eintheilung nnJ Tagesbegebciihcitcn der Haupt-Armee im Monate Janaar. {K, K. Kriegs Archiv,, l, 30.)

Bubna, en fait de renforts, n'avait envoyé à Zechmeister que 3 com> pagnies qui se portèrent sur la gauche de Zechmeister à Faverges. c< Un bataillon et un escadron, écrit il, vont demain (il s*agit du 27, puisque le rapport auquel nous empruntons ces renseignements est daté du S6 (K, K. Kriegs Archiv., I, 594) en renforts à Rumilly. C'est tout ce que j'ai actuellement de forces disponibles, ajoute Bubna. »

* Bubna à Schwarzonlicrg, Genève, 26 janvier. (K. K. Kriegs Archiv., l, 594.)

Première affaire de la Grotte. — En Savoie, le général Dessaix se borna à tenir les Autrichiens en éveil au pont de Montniélian. Le lieutenant-colonel Waller (du régiment de hussards Liecîhtenstein), détaché avec 3 compagnies et un escadron de hussards pour attaquer le défilé de la Grotte près des Échelles, afin de s'ouvrir de ce côté la grande route de Lyon, échoua complètement dans son entreprise. Il parvint néanmoins à se replier sur Saint-Thibaud-de-Couz, sans être inquiété dans sa retraite *.

25 janvier. «- Position du général Dessaix. — Le âo, le

général Dessaix continua îi manœuvrer sur la gauche de Zechmeister. Il avait placé 4 canons et 1500 hommes à la Chavaiuie, dans les redoutes élevées au débouché du pont de Montmélian, renforcé sur la rive gauche de l'Isère ses postes d'amont jusqu'à hauteur de Conilans et envoyé à Sainte-Hélène-des-Millières un parti de cavalerie qui reconnut et sonda les gués de la rivière. Les Français avaient de plus renforcé le poste de la Grotte et occupé Pont-de-Beauvoisin, dont les troupes fournirent un avant-poste à la Bridoire*.

Quant h Bubna, il continuait à annoncer à Schwarzenberg qu'il n'y avait k Lyon que 3,000 hommes de troupes; mais, au lieu de faire soutenir Zechmeister partout son monde, ce qui eût été logique et eût peut-être permis à ce général de percer sur Grenoble, il avait envoyé h Dole le lieutenant-colonel Meninger et un escadron de hussards de Wûrzburg, avec ordre de rejoindre le général Scheilhcr qui paraissait avoir besoin de cavalerie. Bubna avait, en outre, maintenu le général Klopstein h Pontd'Ain pour l'employer de là en raison des circonstances.

26 janvier. — Affaire des Marches. — Le 2G, les Français continuèrent à renforcer les postes de la Grotte et de Pont* de-Beauvoisin, et pendant que le général Dessaix attaquait de front h^ j)ont de Montmélian, le général Marchand, venant du fort Barraux par les Marches, s«» mettait en route pour pnîiidre à revers les Autrichiens postés h Montmélian. Mais il vint donner contre

i Tageburli do g<>uôral Zerhiiioister et rapport de BnLna à Schwarzenberg du 24 janvier, {K. K, Kriegs Àrchiv,, I, 594.)

* Id, in ibid.

une colonne d(» G c-ouipagnics, 1 esciulrou vi i fanons, avrc laqnelhî le g('*n<Tal/(ichnHMstrr, parli deSainl-Jeoire, se disposait h reeonnaîtni Fort-Barraux. Z(M;hnieisler attaqua le général Marchand au moment où celui-ci venait de (culbuter les avant-postes autrichiens, le chassii des Marches et Tohligea h se replier sur Chapareillan. La tentative contre le [)ont de Montmélian avait échoué à la suite de l'échec éprouvé par Marchand aux Marches; mais ce succès avait coûté pas mal de monde aux troupes de Zechmeistcr, qui lit néanmoins occu[)er ce jour-lîi Mouti<Ts dans la Tarenlaise, et qui reçut h Chambéry un faibh; nîiifort de 3 escadrons de hussards Liechtenstein avec 2 obusiers *.

Rapport de Bobna à Schwarzenberg. — Pendant que Zechmeistcr se maintenait ainsi en Savoie contre tous les (îtlbrts des généraux Dessaix et Marchand, Bubna, se préoccupant surtout des moyens de rester en conimuni<!ation avec la grande armée, écrivait à Schwar/enberg pour lui demander l'autorisation d'appuyer ses lignes non plus à MAcon, mais il Chalon-sur-Saône. Il faisait valoir, entre autres raisons, la difticulté d'établir une tète de pont à Mûcon, l'avantage qu'il y aurait pour lui, connne pour le général Scheither, à combiner leurs opérations sur ChAlon ; mais en réalité Bubna % qui avait ramené ses troupes sur Meximieux et Pont-d'Ain, chen'hait, surtout depuis que le pont de Màcon avait été repris par les Français, à rétablir et à assurer

1 Tagcbuch da général Zcclimeùter et Bubua à Schwarzenberg, Genève, 27 janvier. (A'. K. Kriegn Archiv., I. 618): Starke, Eintheilang und Tagcsbegebcnheiten der Haupt-Armee im Monate Janaar {Ibid.^ 1, 30.)

' Buboa arriva au résultat qu'il s'était proposé, et la preuve de ces fait) ressort de la dépêche ci-contre, adressée par Sclieitber à Scïiwarzenberg :

« I)ùle, 30 janvier 1814. — Je proûte du passage d*un courrier pour envoyer des nouvelles de mon corps à Votre Altesse.

« J'ai été relevé liier du blocus d'Aaionne par le feld-maréchaMieatenaiit lATon Wimpfen. Un bataillon d infanterie quitte Salins le 30 et sera le i^^ février à Dùle où j'aurai le â février toute ma brigade (5 bataillons de chasseurs, bataiUon de Krudi, chevan-légcrs de Vincent et 6 pelotons de hussards). I>e là, je compte me porter sur Ctialou-surSaône.

« Ma brigade éteint trop faible pour prendre Ctialon qui est fortement occupé j)ar Tennemi, puisque le général Legrand y est avec 4,000 hommes, le général Wimpfen me donne un bataillon d'infanterie

« Je me relierai avec le détachement du colonel Wielaud. n (A'. A.

Kriegt Arelwk,, I, 682.)

srs rommunirationset h so relier de plus on plus avec rarniêe du prince hérilier de Hesse-Honibourg. Il avail, d'ailleurs, encore une autre raison pour insister sur cette question : il aimait en effet beaucoup mieux avoir à soutenir Scheither dans son opération contre Chalon-sur-Saône qu'à opérer pour son propre compte et avec ses seules forces contre MAcon. Les renseignements qu'il adressait à cette date au généralissime, relatifs ti Lyon, étaient en somme peu exacts. C'est ainsi qu'il estimait, le 27, à 6,000 hommes les troupes régulières d'Augereau à Lyon, alors que la veille encore il avait signalé à Schwarzenberg la présence de 3,000 hommes seulement dans cette ville *.

29 janvier. —Affaire d'Aiguebellette.— L'arrivée àChambéry de quelques renforts, "quoique peu considérables, permit à Zechmeister, qui sentait bien maintenant qu'il lui serait difficile de déboucher sur Grenoble et de s'emparer de cette ville, de continuer du moins ses opérations et de s'établir un peu plus solidement entre le Fier, l'Isère et le Rhône.

Après avoir, le 29, chassé sans peine le petit poste français d'Aiguebellette, Zechmeister résolut d'enlever les positions de La Tour-du-Pin et de Pont-de-Beau voisin, et de s'emparer surtout des Échelles. Il voulait de la sorte se ménager la possibilité d'envoyer des partis dans la vallée de l'Isère, couvrir la droite de la position de Chambérv et s'ouvrir la route de Chambérv à Lvon.

Pour atteindre le but qu'il se proposait, il lui fallait chasser d'abord les partis français de Lépin, puis masquer Pont-de- Beauvoisin et se porter ensuite contre les Échelles.

Le 29 janvier, le major Mylius, avec 4 compagnies et un peloton de hussards, i)Oussa par Bissy jusqu'au pied des montagnes.

30 janvier. — Affaires de la Grotte et des Échelles. — Le

30, au matin, passant par le col de Novalaise, laissant à gauche le lac d'Aiguebellette, il se porta par Saint-Albin sur Lépin, afin de prendre Tennemi îi revers. Pendant ce temps, une compagnie postée à Aiguebellette devait occuper de front les troupes ennemies établies à Lépin, puis, à l'arrivée du major Mylius. marcher

' Bubiia à Schwarzenberg, GcDcve, 27 janvier. {K, K. Kriegs Arehic, \, 618.)

(Je fiiron h couper aux Franrais leur ligne de retraite dans la direction d*Attignat-Oncin. Quant à Mylius, il avait Tordre, dès quil aurait exécuté celte partie de son opération, d'envoyer sur la Bridoire un parti chargé de masquer complètement Pont-de- Beauvoisin, et de couvrir par un poste la route de Pont-de-Beauvoisin à Chambéry par Lépin et Aiguebellette ; le reste de son détachement devait, d'Attignat-Oncin, pousser avec lui par la Bauche sur Saint-Pierre-de-Genebroz et se porter de là avec la colonne venant par Saint-Thibaud-de-Couz sur le Villard, alin de coopérer à Tattaque de la Grotte et des Échelles. Le gros destiné à l'opération contre la Grotte se composait de 2 bataillons, un escadron de hussards et une demi batterie. Il se forma le 30, un peu après-midi, à Saint-Thibaud-de-Couz. 2 1/2 compagnies de ce gros, prenant par la haute montagne, par la Bauche et chargées de côtoyer la marche du gros, avaient pour mission de se porter avec le major Mylius sur le Villard et d'attaquer la Grotte h revers en débouchant par Saint-Christophe. Enfin, une compagnie et demie était encore chargée de flanquer le gros par Saint-J(»an-de-Couz, de descendre dans la vallée du Guier, lorsque C(î gros aurait enlevé la position de la Grotte, d'occuper le pont de Saint-Martin et d'attaquer Saint-Christophe par la droite. L'attaque de front sur la Grotte devait commencer à 3 heures.

Le major Mylius bouscula et dispersa presque complètement les quelques troupes ennemies postées îi Lépin ; le parti envoyé à la Bridoire poussa les Français jusqu'il Pont-de-Beauvoisin, et le major, avec le gros de son petit détachement, se dirigea alors sur Saint-Pierre-de-Genebroz.

A 3 heures, Zechmeisler faisait attaquer de front la position de la Grotte pour attirer sur lui l'attention de l'ennemi. Les troupes françaises tinrent bon jusqu'au moment où elles furent prises h revers par le feu de quelquc^s tirailleurs* qui avaient réussi à prendre pied sur les crêtes dominant la Grotte. Au même moment, la colonne de gauche attaquait le pont de Saint-Martin, et Zech-

* Les tiraillears avaient été gaidés par les habitants. (Voir le rapport du sénateur Chaptal, comte de Chanteloup, an Ministre de la Guerre, Lyon, 2 février. — ArcfUves de la guerre.)

nieister, prolilant de l'hésilalion niarquéi» par les Fraiirais, enleva la Grotte et poursuivit ses défenseurs jusque vers les Échelles.

La nuit était venue sur ces entrefaites; déjà Zechmeister, sans nouvelles de la marche de ses colonnes de flanc que la neige avait retardées, commençait à s'inquiéter, lorsqu'il entendit la mousqueterie du côté de Saint-Pierre-de-Genebroz. Il ne tarda pas à apprendre que sa colonne, ayant eu connaissance de la prise du poste de la Grotte, s'était portée droit sur les Échelles * et en avait chassé l'ennemi.

^ u Le poste des Echelles, dit le général Marchand dans sa dépêche au duc de Feltre, Grenoble, S février, vient d'être enlevé par quelques centaines d'Autrichiens, quoique la route fût coupée au-dessous de la Grotte de manière à être entièrement impraticable. Nos soldats ont à peine tiré quelques coups de fusil, et une centaine ont jeté leurs armes et leurs sacs pour se sauver. Cependant je regardais le poste comme imprenable. Grenoble est beaucoup plus aisé à enlever en ce moment (2 février) que ne Tétait le poste des Echelles, et il est impossible d'en répondre avec de pareils soldats. » {Archives de la guerre,)

Le général de Barrai, écrivant le 31 janvier, à 8 heures du soir, de Saint- Etienne-de-Crossey au Ministre de la Guerre, lui donnait encore plus de détails sur l'affaire de la Grotte et des EcheUes :

M J'ai de bien fâcheuses nouvelles à vous annoncer : Tavant-poste de la Grotte a été attaqué à 1 h. 1/â après-midi. La fusiUade a commencé assez vivement et je m'en félicitais parce que mon poste paraissait inattaquable. J'y voyais un moyen d'aguerrir mes jeunes soldats. Mais bientôt le combat s'est engagé vivement, et le poste de la Grotte s'est vu tourne et attaqué de ciu({ côtés à la fois. Bientôt j'ai aperçu sur les montagnes à la faveur de la neige, 3 colonnes dont l'une descendait pour tourner la Grotte; une autre se dirigeait par la crête de la montagne qui domine les Echelles à portée de fusil ; la 3** m'a paru avoir pour objet de tourner mon poste d'AiguebeUette, et en effi't j'ai vu qu'il était attaqué de plusieurs côtés et qu'il se repliait avec perte. Ainsi les EcheUes ont été investies du côté de la route qui mène à Pont*dc- Beauvoisin par la hauteur de la Commanderie qui les domine et par la route de la Grotte, ce qui me séparait du principal poste que j'avais sur ce point. J'ai alors fait retirer une des S pièces pour défendre le passage du pont des Echelles avec 60 hommes que j'avais à ma disposition dans cette partie.

u Mais ces précautions ont été vaines. Vers 5 heures du soir feunemi est entré dans les Echelles par trois côtés malgré la fusillade. Mais le nombre de mes troupes se trouvant réduit infiniment par le nombre des tués, des blessés et surtout des fuyards, ce qui restait a été poursuivi à coups de fusil jusqu'à 200 pas au delà du Guier, et la nuit a mis fin au comliat.

ic Me trouvant séparé des troupes de la Grotte et sachant que beaucoup de soldats avaient filé par le chemin de Miribcl, j'ai couru après espérant les rallier pour défendre le passage du Grossey. J'en ai rassemble une trentaine

qui se sont échappés à la faveur de la nuit J'apprends à l'instant que mes

% pièces sont à Saint-Laureut-du-Pont et j'ai onJonné qn'on les dirige sur

31 janvier. Positions de Zechmeister. — Le Icnchmiain 81, Zechnieisler faisait occuper |)ar des postes Corb(»l, Sainl-Pierrcd'Entrcniont et Eiitremonl-le-Vieux, et ses partis, descendant au sud vers TIsiTC, poussaient du coté du nord jusque vers La Tourdu-Pin *.

Enfin le !«'' février, un de ses partis occupait sur la route de Lyon Pont-de-Beauvoisin, tandis qu'un autre, poussant en avant des Échelles, passait par Voiron et battait le pays du côlé de Voreppe sur la grande route de Grenoble *.

Zechmeister était donc à la fin de janvier maître de toute la vallée du Guier, dcîpuis sa source juscju'à son confluent dans le Rhône, et ce fut précisément à ce moment qu'il reçut de Hubna l'ordre de rester sur les positions qu'il occupait et d'arrêter tout mouvement en avant '.

Inaction de Bubna jnsqu an 4 février. — Nous avons dit au chapitre II que Schwarzenberg, après avoir modifié la composition des forces employées sur sa gauche et dans le midi de la France, avait confié au princes héritier de Hesse-Hombourg le commandement de ce rass(?mblement considérable qui allait prendre le nom d'armée du Sud. Il avait même jugé nécessaire de venir en personne le 24 janvier, à Dijon, s'assurer de l'exécution des mesures qu'il avait prescrites, et ce fut à la suite de celle tournée du généralissime (jne le 31 janvier Bubna avait cru devoir de son côté arrêter Zechmeister* qui se préparait à poursuivre le général Dessaix alors en pleine» retraite» sur Grenoble.

Voreppe par Foinmiors. J'ignore le sort des restes du poste de la Grotte et je doute qu'il me reste assez de monde pour défendre les passages de Saint- Etienne-de-Crossey qui mônent à Voiron et le col de la Placette qui mùne à Voreppe. »

Augereau et Saint*Vallier n'étaient, d'aiUeurs, guôre plus rassurants ; le premier disait : ce Tous les passages qui couvrent Grenoble et Lyon sont pris, et l'ennemi s'est renforce sur Montméliaii. » Le second écrivait : « Nos troupes se sont retirées à Saint-Etienne-de-Crossey et au col de la Placette, positions qui couvriraient Voiron et la route de Grenoble si nos soldats inspiraient plus de confiance à leurs chefs. »

^ Tagebuch du général Zechmeister, et Starke, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Januar. {K,K. Kriegt Arckiv,, 1,30.)

' St'àrkb, Eintheilung und Tagesbegebcnheiten der Haupt-Armee ini Monate Januar. (Ibid., 11, 1.)

s Bubna à Schwarzenberg, Genève, 4 février. (Ibid., 11^ 8i.)

* Bien que Bubna n'ait à ce moment remporté des avantages qu'en Savoie»

Quoique d'une durée assez courte, ce temps d'arrêt, aussi imprévu qu'inexpliqué, s'était produit fort îI propos pour le maréchal Augereau. Rappelé à Lyon par la marche de Bubna sur cette ville, il y était arrivé le 21 janvier avec les quelques troupes qu'il avait, avec grand peine, réussi h ramasser à Valence et sur sa route.

Il lui était malheureusement encore impossible de se conformer aux ordres de l'Empereur, de couvrir Lyon en se portant en avant sur les routes de MAcon et de Tarare, pendant que sur sa droite il aurait fait solidement occuper Chambéry, qui était déjà aux mains -des Alliés, Grenoble et Vienne. A la date du 25 janvier la division Musnier ne comptait, en effet, que 2,761 hommes, et les troupes employées en Savoie et du côté de Grenoble ne s'élevaient elles-mêmes, avant les affaires dont nous venons de parler, qu'à 5,361 hommes. Aussi, bien que les renforts en marche ne fussent pas encore sur le point d'arriver, tout au moins en ce qui concerne les vieilles troupes, bien que la tête de colonne de la division, venant de l'armée de Catalogne ne dût le rejoindre que vers le milieu de février, cette inconcevable interruption des opérations des Alliés n'en fut pas moins essentiellement favorable h Augereau. Le temps seul pouvait lui permettre de compléter l'organisation de ses troupes, d'achever la formation de ses bataillons mobilisés de gardes nationales, de hAler la création de quelques corps de partisans et d'un certain nombre de compagnies franches. Il ne sut malheureusement pas profiter de cette fortune inespérée.

En l'appelant au commandement de l'armée de Lyon, l'Empereur avait généreusement oublié les défaillances passées du maréchal, son insuffisance pendant les derniers jours de la campagne» de 1813, pour ne se souvenir que du brillant soldat de Lodi, de Castiglione et d'Arcole. Organisateur médiocre, Augereau ne possédait plus aucune de ses anciennes qualités. Mécontent et

où il n*avait que fort peu de monde, il n*eD est pas moins certain que la dispersion de ses forces failUt lui être funeste, lorsque, obligé de se renfermer dans Genève, devant l'offensive momentanée d'Augereau, il fut un instant sérieusement menacé. On doit, par suite, reconnaître que Clausewilz a raison lorsqu'il condamne dans sa Critique $tratigique, toutes les opérations secondaires de Scbwarzenberg et en particulier le détachement de troupes en Savoie.

décourag(^. indécis ol raisonneur, l(^ maréchal, loin de repondre à la confiance de celui qui, en devenant son souverain, n*avait jamais cessé d'être son ami, n'osera même pas se conformer h des instructions d'une incomparable netteté. Bien que sa responsabilité fût couverte par des ordres formels, il ne doimera pas une seule fois, pendant toute la dun'^e de cette* campagne qui eût pu immortaliser son nom, la moindre preuve de cette énergie instinctive qui avait fait sa gloire, de <îet élan irrésistible qu'il îivait su imprimer jadis aux soldats de sa division, de cette confiance aveugle dans le succès final qu'il avait eu un jour la gloire de faire partager et d'inspirer h Bonaparte.

— 3i2 — CHAPITRE VI.

BniENNE ET LA ROTHIÈnE (26 JANVIER. — 3 KÉVRIER).

26 janvier. — Situation générale de la France et de l'Empereur. — Au moment où Tempereur Napoléon et Blficher arrivent presque simultanément sur la Marne, l'état matériel et moral des armées françaises et coalisées présente des particularités tellement exceptionnelles, qu'on ne saurait entreprendre Fexposé des opérations avant d'avoir jeté un coup d'œil, d'une part sur la situation qu'un concours de circonstances, plus fâcheuses les unes que les autres, avait faite à l'Empereur, de l'autre sur l'intensité des différents courants politiques qui, ballottant le quartier général des souverains, modifiaient tour à tour, et dans les directions les plus diverses, la nature et le caractère des opérations des armées alliées.

Jamais général en chef n'avait été plus insuffisamment secondé, jamais souverain n'avait été plus mal servi que Napoléon pendant les quelques semaines qui s'étaient écoulées depuis la reprise des hostilités et cependant, malgré les symptômes significatifs qui avaient dû frapper un esprit aussi observateur que le sien, il ne pouvait encore se résigner h admettre que l'ingratitude, produite par le découragement et la satiété, eût jeté de si profondes racines dans le cœur de ceux qu'il croyait s'être attachés à tout jamais par d'incessants bifînfaits. Il se refusait à croire que les soldats de fortune qu'il avait, en récompense de leurs ser\ices, couverts d'honneurs, comblés de dignités, enrichis par des donations, qu'il avait faits maréchaux d'Empire, ducs et princes, qui lui devaient tout, jusqu'h leur gloire, lassés de combattre, resteraient froids et indifférents en présence du péril qui menaçait le pays. Il ne voulait pas se faire î\ l'idée que, croyant avoir suffisanmient payé leur dette h hîur bienfaiteur et à la France et semblables aux courtisans arrivés au faîte des grandeurs, ils n'aspiraient plus, pour la plupart, qu'à un repos leur permettant de jouir en paix d'un bien-<Mre et de richesses qu'ils devaient h sa générosité. Leur zMe s'était refroidi, leur dévouement s'était affaibli depuis le moment où ils avaient constaté que l'astre du grand capitaine déclinait. Les neiges et les glaces

(Ift riiivor (le 1812 avaient éteint dans leur cœur les dernii'^res lueurs des belles et grandes ardeurs do 1806, 1807 el 1809. La retraite de Russie et le désastre de Leipzi{ç avaient ébranlé la foi, jusque-là aveugle, des maréchaux dans la fortune, dans le génie et dans l'invincibilité du plus illustre des hommes do guerre.

Mécontents et découragés, ils déployaient une mollesse inusitée dans l'exercice du commandement; ils apportîiient une négligence condamnable et une mauvaise volonté presque criminelle dans l'exécution des ordres grâce auxquels l'Empereur espérait parvenir h sauvegarder l'intégrité du territoire national. Convaincus de la stérilité de la lutte que Napole^on était décidé h soutenir et do l'impossibilité de sauver h» pays, ils préparaient, inconsciemment sans aucun doute, sa perte, en renseignant incomplètement l'Empereur et en désespérant d'une situation assurément grave, mais qu'ils croyaient superflu d'examiner et d'approfondir.

Motifs de renvoi de Berthier aux avant-postes. — État d'esprit des maréchanx. — C'est pour cela même que, guidé par son merveilleux instinct des choses de la guerre, l'Empereur, retenu h Paris par la tAche complexe qu'il avait à remplir, par la solution de questions urgentes et par les difficultés de toutes sortes qu'il lui fallait aplanir et surmonter avant de rejoindre l'armée, avait fait partir Berthier le 20 janvier pour les avantpostes. C/est pour cela aussi que le major général avait essayé de reporter les maréchaux en avant et obligé Victor à livrer, quoique sur une position défavorable, les combats de Saint-Aubin et de Ligny. Napoléon espérait, et par ses reproches et par les instructions qu'il avait chargé le major général de leur transmettre, réveiller le zèle de ses lieutenants, qui depuis l'entrée des Alliés en France s'étaient complus dans une impardonnable mollesse, s'étaient renfermés, pour la première fois, dans un formalisme nouveau chez eux, étaient retombés dans des errements surannés contraires aux préceptes que Napoléon pensait h bon droit leur avoir inculqués, et aux principes qu'il n'avait cessé d'appliquer victorieusement depuis près de 20 ans. Ils s'endormaient dans l'inaction et la routine au moment même où, pour employer une des expressions de Clausewitz, « il eût fallu s'élever au-dessus des

règles habilufilles et remplacer la guerre inélhodique par la plus extrême audace. » Malgré Tinsuffisance des moyens mis îi leur disposition et la faiblesse de leurs troupes, les maréchaux, h Texception du duc de Trévise, auraient pu, nous Tavons signalé, tirer parti des obstacles naturels qui séparent la vallée du Rhin des plaines de Champagne. Et cependant ils avaient abandonné, presque sans combat, le Hunsrûck et les Vosges, le Jura et les Ardennes, la Sarre et la Moselle, la xMeuse et la forôt de TArgonne. Ils n'avaient pas une seule fois essayé de profiler des fautes, si nombreuses pourtant, des lenteurs inespérées de leurs adversaires et du morcellement si fréquent de leurs troupes. Ils n'avaient même pas une seule fois fait mine de s'arrêter. Perdant complètement de vue le but final, ils n'avaient pas su, pas voulu régler leurs mouvements, non seulement sur ceux de l'ennemi, mais même sur ceux de leurs collègues. Us avaient, h maintes reprises, laissé échapper l'occasion d'infliger un échec partiel à l'ennemi, de contrarier ses projets en arrêtant ou tout au moins en ralentissant sa marche et de procurer à leur chef, ii leur souverain, le temps dont il avait besoin pour parvenir îi s'opposer avec quelques chances de succès, et îi la tête de forces h peu près suffisantes, aux opérations des Alliés. S'il leur était impossible, nous n'hésitons pas î\ le reconnaître, de se conformer strictement au programmé tracé par l'Empereur et de parvenir à tenir Venneini loin de la Marne jmquau 12 février, comme Napoléon l'avait prescrit îi Victor*, rien en revanche ne leur était plus- aisé que de porter fréquemment le trouble dans les colonnes qiCill^aient devant eux, et de leur faire perdre les huit h dix jours qui auraient complètement changé la face des choses et empêché la situation de revêtir le caractère d'extrême gravité qu'elle avait au moment où Napoléon arriva h Chi\loiis.

Conséquences de la retraite précipitée des maréchaux. —

C'est en cela surtout que consiste la faute, commise par Victor, Marmont et Ney, dans leur retraite précipitée et égoïste vers la Marne. On a, non sans raison, fait remarquer que l'Empereur était arrivé trop tard h ChAlons, et que sa présence à l'armée aurait amené de tout autres résultats, s'il avait pris en personne

* Marmont. Mémoire».

la direction des opérations dès le 20 janvier. « Il est h regretter, ainsi s'exprime A. G., l'ancien élève de l'Ecole polytechnique auquel nous devons les remaniuables travaux sur les Maximes de Napoléon, qu'il ne soit pas venu prendre le commandement de ses troupes huit jours plus tôt. Il eût pu alors, négligeant complètement le gros de l'armée de Bohême, rallier entre Toul et Nancy Victor et Marmont, les renforcer des troupes de Ney et de Mortier, et reprendre, avec près de 40,000 hommes, Toftensive contre Blûcher, le rejeter au delà de la Moselle et jusque sur la Sarre, malgré Taide que le feld-maréchal aurait pu recevoir de l'aile droite de l'armée de Bohême. Puis, débarrassé de Blûcher, Napoléon, ralliant alors Macdonald et ses nouvelles formations entre Bar-le-Duc etChàlons, se serait retourné contre Schwarzenberg, dont la position aurait été d'autant plus périlleuse qu'il aurait pénétré plus avant dans les bassins de la Seine et de la Marne. A la tète de 60,000 hommes, il l'aurait forcé îi reculer ou, tout au moins, empêché d'avancer*. »

Il est incontestable que ce plan, qui est, d'ailleurs, h peu de chose près celui que Napoléon allait adopter quelques jours après La Rothière, eût produit à ce moment, du 20 au 25 janvier, les résultats qu'enregistre A. G., résultats infiniment plus considérables que ceux que la belle marche de l'Empereur contre Blûcher allait amener quinze jours environ plus tard. Mais il nous semble qu'on doit moins reprocher c^i Napoléon d'être resté îl Paris, où sa présence jusqu'au- defnier moment était indispensable pour poun'oir à tou|5de§ besoins et achever les nouvelles formations, qu'à Mannont, à Ney et surtout à Victor d'avoir brusqué leur retraite au point d'avoir, dans leur précipitation, négligé de détruire les ponts de Frouard, de Bouxières et de Pont-à-Mousson, et de s'être repliés sans donner une direction rationnelle et uniforme à leurs mouvements, sans avoir fixé à l'avance un point de ralliement général et sjins avoir tenté le moindre retour offensif. Il nous semble, en effet, que s'ils avaient seulement songé h se concerter entre eux et à concentrer sur un point donné leurs efforts et leurs troupes, ces maréchaux auraient pu au moins relarder suffisamment la marche des Alliés pour (ju'en arrivant à Ch«11ons le 26 au matin, l'Empereur pût, en

* A. G., Maxime» tle Napoléon, page 11.

raison même des positions occupées par des adversaires rendus naturellement plus hésitants et plus circonspects par la iH^sistance qu'ils auniient trouvée en chemin, diriger ses premiers coups contre Blûcher, encore séparé de Tarmée de Bohême. Il avait alors de grandes chances de lui infliger une défaite dont l'effet immédiat et les conséquences ultérieures eussent été d'autant plus considérables que cet échec aurait servi, aux détracteurs et aux ennemis du feld-maréchal, d'argument irréfutable pour anéantir h jamais son influence et pour imposer silence pendant tout le reste de la campagne aux voix qui, dans les conseils des souverains alliés, ne cessèrent de défendre et tirent, en fin compte, triompher la cause de Foffensive. "*

Observations sur le choix de Chftlons comme point de concentration . — On a d'autre part critiqué, mais h tort, d'après nous, le choix fait par l'Empereur de ChAlons comme point de réunion générale des troupes qu'il rassemblait. On a prétendu, avec Clausewitz, qu'au lieu de se décider h combattre les Alliés entre la Marne et l'Aube, Napoléon aurait dû choisir dés le début de la campagne une position au sud-est de Paris et se concentrer dans le bassin de la haute Seine sur une position défensive, en arriére du canal de Bourgogne, prés de Dijon, appuyée sur Auxonne et Besançon et couvrant la route de Paris à Lyon. Mais en admettant, môme pour un moment, que Napoléon eût pris en personne le commandement des forces massées sur ce point, il n'aurait pu y amener et y réunir qu'une armée bien inférieure en nombre h celle de Schwarzenberg. De plus, au moment même où des considérations do toute nature lui imposaient le devoir de couvrir sa capitale, il aurait, en venant se poster sur ce point excentrique, ouvert h Blucher la route de Metz h Paris, abandonné sans défense la grande ville où grondait déjà sourdement un orage auquel lui seul était capable de tenir tête et fourni un argument sans réplique aux menées occultes des agents royalistes, aux intelligences que les émissaires des Alliés et des Bourbons y entretenaient, h l'agitation qu'ils y fomentaient et h l'opposition de i)lus en plus accentuée qu'ils avaient su y créer. Prendre position vers Dijon, s'éloigner de Paris au point de ne pouvoir, après avoir battu Schwarzenberg, revenir sur Blûcher avant l'apparition des colonnes de l'armée de Silésie en vue de Paris, c'eût été

fournir h la coalition dos armos dont olle n'oftl i)as nianiiuô do se servir. Sans ni^mo essayer do reconstituer ce qui aurait pu se passer alors dans les conseils des souverains, il est permis d'affirmer que BIflcher, cette incarnation vivante de Toffensive dans les armées alliées, aurait d'autant moins hésité h laisser Schwarzenberg supporter h lui seul tout le poids des efforts de l'Empereur, que d^s le mois de novembre 1813, le feld-maréchal prussien et ses collaborateurs les plus intimes étaient déjà intimement persuadés qu'il n'y avait qu'un seul moyen d'en finir sûrement et rapidement avec Napoléon, et s'étaient infructueusement efforces do convaincre les souverains de la nécessité, de la réussite certaine et de l'infaillibilité d'une marche immédiate sur Paris. En dépit des ordres les plus formels, malgré les échecs qu'aurait pu éprouver l'armée de Bohème, au risque de s'exposer en fin de compte, s'il eût été abandonné h ses propres forces, à une catastrophe et à un anéantissement complet, Blrtcher n'aurait pas manqué de profiter d'une circonstance qu'il appelait do tous ses vœux. Libre de toute entrave, prenant un élan nouveau, il ne se serait pas laissé détourner de la route directe et aurait poussé h marches forcées sur Paris qu'il aurait trouvé dégarni de troupes et livré sans défense h ses coups.

Erreur de l'Empereur relative à l'effectif des armées alliées. — Il faut toutefois reconnaître que l'Empereur a commis une erreur de calcul et que, malgré la difficulté des temps et l'épuisement du pays, il se berçait d'illusions, lorsque h son retour il Paris, en novembre 1813, et plus tard, même en dépit de la résistance qu'il rencontra de la part du Corps législatif, il persistait à croire qu'il parviendrait, en soulevant le pays entier, h réunir en quelques mois une grosse armée h la tète de laquelle il lui serait possible de tenir tête aux masses des Alliés et de défendre victorieusement sur les champs de bataille les destinées de sa dynastie et l'intégrité du territoire national.

Ce n'est pas, comme l'a avancé Clausewitz, parce que ses conquêtes et ses triomphes passés l'avaient rendu aveugle et présomptueux et parce qu'il professait pour la valeur d'un adversaire qu'il connaissait de longue date, un souverain mépris, qu'il ne rappela pas de Catalogne l'armée de Suchet ; qu'au lieu de faire revenir le prince Eugène d'Italie, il lui prescrivit, au contraire.

(le chercher à prendre l'offensive contre Bellegîirde; qu'il laissa Maison tenir la campagne en Belgique et qu'il envoya môme des troupes en Savoie, du côté de Lyon et sur TYonne. La politique a des exigences qu'un chef d'État ne saurait fouler aux pieds. N'ayant pas renoncé à l'espoir d'arriver, après une victoire, à une entente par la voie diplomatique, l'Empereur tenait à signer une paix honorable. Le grand homme de guerre qui avait promené il travers l'Europe ses aigles victorieuses, celui qui naguère encore tenait entre ses mains les destinées du monde civilisé, ne pouvait apposer son nom au bas d'un traité qui aurait avili la France et l'aurait humiliée en la réduisant au rang de puissance de deuxième ordre. Enfin, l'empereur Napoléon ne pouvait se résoudre h des concessions aussi dures qu'inutiles et se résigner à des sacrifices aussi pénibles que stériles; car, laissant même de côté la question dynastique, l'abaissement de la France, en détruisant l'équilibre européen, loin d'assurer la paix au monde, aurait donné naissance h de nouvelles complications et amené h courte échéance de nouveaux désastres et de nouvelles guerres. L'empereur Napoléon, dans la situation que deux campagnes malheureuses, suivies de l'entrée en France des Alliés, lui avaient faite, ne pouvait plus que chercher à rassembler les forces strictement suffisantes pour livrer le plus tôt possible aux Alliés une bataille otfensive, par cela même qu'il lui fallait avant tout provoquer un résultat décisif.

Les fautes commises par les maréchaux et l'obligation dans laquelle il s'était trouvé de masser ses troupes à ChAlons, h cause de la disposition des esprits à Paris, ne lui laissaient plus d'ailleurs, du moment où ses adversaires étaient arrivés sur les bords de la Marne, la possibilité de retarder une bataille qu'il avait au contraire intérêt h livrer dans le plus bref délai possible. Il importait, en effet, de prévenir une concentration générale des Alliés et de les empêcher de se faire rejoindre par les corps poussés sur Saint-Dizier, Vassy et Joinville, par ceux qui venaient de Chaumont et des environs de Troyes, et par ceux qui, comme Wittgensteinet York, arrivaient de la Sarre et de la Moselle ou qui auraient pu être rappelés de Dijon, comme ceux placés sous les ordres du prince héritier de Hesse-Hombourg.

Motifs de la marche de l'Empereur sur Saint-Dizier. —

A son arrivée à Châlons, Napoléon trouve Tarniée alliée en train de se masser sur l'Aube. Il prend aussitôt le seul parti rationnel et logique : celui de se porter de suite contre les troupes les plus rapprochées de lui. Il espère parvenir encore à réparer les fautes de ses lieutenants en tombant sur les corps alliés avant qu'ils aient pu achever leur concentration. Il veut écraser ce qu'il rencontrera à Saint-Dizier et se porter immédiatement contre Bli'icher, encore seul à Brienne.

Il nous semble, en effet, que si TEmpereur a commencé par marcher sur Saint-Dizier, c'est évidemment parce qu'il se ménageait, de cette façon, une dernière chance de tomber sur les colonnes ennemies échelonnées le long de la Marne, vers Chaumonl et Langres. Av(îc ce coup d'œil qui lui permet d'apercevoir ce qui échappait à tout autre, avec cette rapidité de conception qui est le propre de son génie, avec cette décision immédiate, mais raisonnée cependant, à laquelle il a dû tant de victoires, nous le verrons changer ses ordres dès le moment où il aura connaissance do la marche de Blficher vers l'Aube, que le feld-maréchal s(» propose de passer ii Lesmont, et, sans perdre une minute, il lui courra sus par la roule directe de Monlieren-Der.

Ce sont lii autant de mesures qu'il est obligé de prendre séance tenante, parce que, jusqu'au moment même de son arrivée h Chîllons (la correspondance est U\ pour le prouver), aucun des maréchaux n'a songé à chercher à découvrir les intentions et les mouvements de l'ennemi. Et cependant on a reproché à l'Empereur une irritabilité nerveuse et des emportements bien naturels et bien explicables en présence de l'apathie et de la mollesse de ses lieutenants, en présence de la gravité de la situation, en présence des soucis dynastiques et des préoccupations militaires sous le poids desquels tout autre que lui aurait succombé.

Pour prendre un parti délinitif, il n'avait manqué h l'Empereur que la connaissance exacte de la situation et que des renseignements qu'il va se procurer en personne. Sa présence va réveiller le patriotisme des populations, rendre au soldat la confiance dans ses chefs et imprimer aux opérations cette direction forte, énergique et unique dont elles avaient été privées par les rivalités et les dissentiments des maréchaux.

Situation au quartier général des Alliés. — Arrivée de Fempereur de Russie. — Si l^arrivéc de Napoléon h rarinéc allait mettre un terme aux incertitudes, aux timidités et aux hésitations, la présence à Langres de Tempereur de Russie, où il était depuis le 22, ne devait pas suffire pour assurer aux opérations des Alliés une cohésion et un ensemble qu'il est toujours difficile d'obtenir dans une armée composée d'éléments aussi multiples, pour faire taire les compétitions de toute nature, pour réfréner les courants divers qui, se manifestant à tout moment jusque dans l'entourage immédiat des souverains, influaient fatalement sur leurs déterminations, et surtout pour investir le généralissime d'un pouvoir réel, au lieu de l'autorité purement nominale qu'il avait exercée jusque-là. Alexandre !•' n'était pas le seul qui fût arrivé à Langres. Le roi de Prusse l'y avait rejoint le 26 janvier, et l'empereur d'Autriche lui-même avait suivi ce dernier à vingt-quatre heures d'intervalle. Tous ces princes traînaient avec eux un innombrable état-major de militaires et de diploniîites, le prince Wolkonsky, Knesebeck, Nesselrode, Metternich, Stein, Hardenberg, Pozzo di Rorgo et jusqu'aux représentants de l'Angleterre, lord Castelreagh, lord Aberdeen et sir Charles Stcwart. On ne doit donc pas s'étonner si les moindres résolutions donnaient lieu à des discussions sans fin, si les moindres projets présentés à cet aéropage, aussi nombreux qu'hétérogène, demandaient de longues délibérations, et si les partisans de l'offensive, Rlûcher et son état-major, récriminaient ii tout instant contre les lenteurs du quartier général, contre le caractère vague et terne d'instructions qui leur parvenaient la plupart du temps trop tardivement. Depuis l'arrivée des souverains, d'abord à Langres, puis à Chaumonl, les hésitiitions s'étaient encore accrues et les divergences d'opinion s'étaient d'autant plus accentuées que le plan primordial d'opérations, qui seul avait été soumis aux souverains et qui seul avait reçu leur approbation, n'avait pas prévu la continuation des opérations au delà du plateau de Langres. Aussi, bien que nous ayons, au chapitre II, consacré quelques pages aux singulières relations des généraux alliés; bien que nous ayons, dans ce chapitre comme dans le suivant, indiqué sommairement les divergences d'opinion qui séparaient Bliicher et Sch\var/(;nberg, il importe, au point où nous en sommes, d'insister davantage sur cetic; qu(»slion et de chercher à se rendre

compte de ce qui se passail, dans les derniers jours de janvier, au quartier général des Alliés.

Dissentiments entre Blûcher et Schwanenberg. — Les

quelques emprunts que nous avons faits à la correspondance de Gneisenau et de Knesebcck, les passages que nous avons extraits de la lettre adressée par le chef d'état-major de Tarmée de Silésic Il Hadetzky, alors chef d'état-major général de Schwarzenberg, ont pu suffire pour révéler Texistencc des divergenc(?s d'opinion entre les deux généraux. Mais ils n'ont mis en lumière qu'un coin du tableau et n'ont montré qu'incomplètement la grandeur des rivalités et l'intensité des dissentiments des généraux et des gouvernements.

Ce fut, comme nous l'avons dit, surtout à partir du moment où la grande armée fut arrivée à hauteur de Langres et de Chaumont que les dissensions causées par les intérêts essentiellement différents des coalisés prirent des proportions telles qu'il aurait ])i\ facilement v\\ résulter une véritable crise. Les arguments de Gneisenau n'avaient pas fait changer d'avis à Metternich. Il avait, au contraire, h force d'habileté, réussi à faire accepter ses idées pacifiques aux représentants de l'Angleterre, bien que le parti tory, alors d la tète des affaires et auquel ils appartenaient, allât encore plus loin dans ses désirs que l'empereur Alexandre luimôme et parût au fond décidé à ne pas cesser les hostilités avant d'avoir réussi ii replacer les Bourbons sur le trône de France, ou, tout au moins, à amener la chute de TËmpereur.

Quant à Schwarzenberg, la lettre que, de Langres, il écrivit, le 26, h sa femme, bien que Radetzky lui eût vraisemblablement déjà communiqué à ce moment le réquisitoire de Gneisenau, donne une idée bien nette de la situation d'esprit dans laquelle il se trouvait : a Nous devrions faire la paix ici. Tel est mon avis. Tout mouvement en avant vers Paris est une faute contre les règles de l'art militaire. Notre empereur, Stadion, Metternich et même lord Castlereagh sont de cet avis; mais l'empereur Alexandre! Nous sommes arrivés au moment où il s'agit de prendre la plus grave des résolutions. Que Dieu nous protège dans cette crise »

Knesebeck, lui aussi, continuait à plaider la cause de la paix et se prononçait tout au moins en faveur des négociations et du

statu quo ; mais, en revanche, Gneisenau et Blûclier restaient inébranlables dans leurs idées d'offensive à outrance. Ils avaient gagné à leur cause Miiftling, qui tenta, lui aussi, de convaincre le général Knesebeck de la nécessité et de Turgence d'une marche immédiate sur Paris.

Mais ni Blùcher ni Gneisenau ne se faisaient d'illusions sur les résultats que pouvaient produire leurs mémoires et leurs lettres. C'était par leurs actes qu'ils comptaient imprimer un peu plus de décision et d'activité à l'ensemble des opérations des armées. Ils s'étaient d'autant moins trompés dans leurs prévisions que, lors des innombrables conseils tenus à Langres, Knesebeck ne cessa de combattre leurs idées et essaya môme de réfuter leurs arguments dans un mémoire, approuvé par le roi de Prusse, qu'il présenta, le 27 janvier, îiux souverains, aux diplomates et aux généraux, et dans lequel il chercha surtout à contrebalancer l'effet qu'avait dû produire sur l'esprit de Tenipereur de Russie une nouvelle lettre du chef d'état-major de l'armée de Silésie.

Rôle de l'empereur de Russie pendant les conseils de guerre. — Malgré tout l'intérêt que présentent des pièces qui, comme le mémoire de Knesebeck, concluaient h l'arrêt pur et simple sur la magnifique position de Langres, quelque curieuses que puissent être les indications contenues dans l'exposé de la situation rédigé par Schwarzenberg et présenté i)ar le général Langenau, quartier-maître général de l'armée de Bohême, au conseil tenu i\ Langres, force nous est de renoncer à en donner l'analyse. Qu(îlque courte ([u'elle puisse être, elle nous entraînerait forcément trop loin et serait d'autant plus inutile que l'empereur Alexandre, confirmé dans des idées auxquelles il n'avait, d'ailleurs, jamais définitivement renoncé, par les nouvelles de Paris que venait de lui apporter son ancien précepteur Laharpe, encouragé et stimulé par Stein et Pozzo di Borgo, devait, après d'orageuses discussions dont nous retrouverons la trace, obtenir enfin du conseil la continuation des opérations. C'est bien lîl ce qui ressort de la lettre que Schwarzenberg écrivait le 27 îi la princesse : « Les circonstances sont tellement graves I Ce n'est pas la raison, mais bien l'inconséquence et la légèreté qui guident les pas d'Alexandre. Ce qu'il recherche, c'est l'éclat, c'est le monde avec ses préjugés. L'intelligence ne sert à rien

ici. Je crois que nous irons jusque vers Paris, peut-ôtn» même jusqu'à Paris. Mais y trouverons-nous la paix ou bien nous précipiterons-nous dans un abîme? Pour ma part, j'opine pour le chaos. »

L'empereur Alexandre, de son côt('s avait cependant éU\ contraint de faire à Metternich, Castelreagh et Schwarzenberg. au roi de Prusse lui-môme, qui ne savait pas encore s'il devait se rallier k l'avis d'Alexandre ou suivre les conseils d'Hardenberg et de Knesebeck, une concession qui dut lui coûter cher. Il lui avait fallu consentir k l'ouverture des négociations et à la réunion du congrès de Châtillon, pour obtenir en revanche la promesse que l'armée de Bohême reprendrait enfin sa marche interrompue et se porterait sur Troyes. L'idée bien arrêtée au quartier général consistait, d'ailleurs, à exécuter ces mouvements avec une méthode et une prudence telles que, tout en s' avançant, on n'en aurait pas moins gardé la facilité de pouvoir revenir h tout instant sur Chaumont et Langres. La marche de Blucher allait, nous Tavons indiqué en passant au chapitre III, se charger de réduire à néant les élucubrations prudentes (îl ingénieuses qu'on avait si soigneusement échafaudées h Langres. Uuant aux dissentiments, ils n'en continuaient pas moins, et si l'empereur Alexandre était très irrité contre Schwar/enberg, le généralissime (et ce sont là les dernières pièces sur lesquelles nous nous appuierons avant de reprendre la suite de notre travail) n'avait pas renoncé, malgré le semblant de concessions qui lui avait été arraché, à son idée de rester à Langres et à Chaumont. C'est ainsi que le 28, écrivant à l'empereur d'Autriche, il lui exposait sommairement les opérations des derniers jours, lui expliquait les motifs pour lesquels il n'avait pas cru devoir marcher plus vite, et lui demandait des ordres formels l'autorisant à se porter en avant au delà de Chaumont *.

Lettre de l'empereur d'Autriche au prince de Schwarzenberg. — La réponse de l'Empereur ne se fit pas attendre. Dès le lendemain, il adressait au prince de Schwarzenberg la dépêche qu'on va lire et qui nous paraît caractériser, mieux que

* Schwarzenberg à l'emperear d'Autriche, Langres, 28 janvier. {K, K. Kriegt Àrchiv., I, 540.)

Wdl. ^

ne pourrait le faire tout autre document, la nature des relations existant entre Schwarzenberg et l'empereur Alexandre, et définir bien nettement la situation des esprits au grand quartier général :

« Chaumont, 29 janvier 1814. — « Même après avoir repris Joinville et lorsqu'on aura rejeté Tennemi sur Vitry, on ne devra pas, tant que l'ennemi sera à Châlons, aller de Bar-sur-Aube h Troyes. On ne doit pas oublier que l'ennemi peut, du sud de la France, se porter contre la gauche, où les Alliés ont peu de monde, et qu'il est de toute nécessité de tenir fortement la roule qui, en cas d'échec, ser\irait à la retraite.

« Il est donc indispensable, et de ne pas s'avancer, et de prendre toutes les mesures éventuelles pour un mouvement rétrograde.

« Si, en dépit du sens commun^ l'empereur de Russie se prononçait en faveur de la marclie en avant^ vous insisterez sur la réunion préalable d'un conseil de guerre, et vous pouvez être certain que f appuierai vos idées '. »

Pour terminer, par des faits, cet examen de la situation intérieure du grand quartier général, il suffira d'abord de se reporter aux ordres de marche donnés par Schwarzenberg ù l'armée d<î Bohême et h la dépêche * par laquelle il invitait Bliicher, qu'il informait de son arrivée probable à Troyes du 2 au 6 février, à couvrir ses derrières et ses communications en dirigeant le gros de l'armée de Silésie sur Vitiy-le-François. Il conviendra de rechercher les motifs de la mission confidentielle auprès de Blùcher, dont Schwarzenberg chargea le colonel baron Sti'igentesch, envoyé le 27 janvier au quartier général du feld-maréchal. Le colonel avait ordre d'exposer de vive voix h Bliicher les motifs qui empêchaient la grande armée d'atteindre Troyes avant le 6 février, de le décider à ralentir en conséquence ses mouvements et d'obtenir de lui qu'il ne dépasserait pas Vitry. Il faudrait ensuite comparer ces pièces avec les mouvements vers l'Aube, exécutés par le feld-maréchal, et avec les instructions qu'il avait laissées h York. On verrait alors apparaître dans toute

1 Empereur d'Autriche à Schwarzenberg, Chaumont, 29 janvier. {Ibid., 1, ad, 67i.)

* Schwarzenberg à Bliicher, Langres, 21 janvier. (K, K, Kriegs Archiv., 1, 492.)

leur iniporlaucc et leur étendue les idées si essentiellement différentes des chefs des deux grandes niasses alliées; il serait alors aisé de comprendre que la haine, la passion et l'énergie de Blûcher devaient, par la force m^me des choses et malgré la lettre de Tempereur d'Autriche, triompher des lenteurs calculées des arrière-pensées politiques, de la prudence raisonnée de Schwarzenberg, provoquer les événements qucî le généralissime voulait éviter et anKmer les premières grandes batailles, qu'il se souciait d'autant moins de livrer à ce moment qu'il redoutait un désastre.

D'ailleurs, et ce sont les derniers mots que nous dirons à ce sujet, si Blûcher persistait envers et contre tous dans ses projets, le prince de Schwarzenlxîrg ne se laissait pas non plus convertir, et voici ce qu'il écrivait dans une lettre confidentielle aux siens, le 29, lors du retour du colonel baron Steigentesch et après avoir pris connaissance d'un long mémoire de Gneisenau rapporté par cet officier : « Blûcher et plus encore que lui Gneisenau, — car le bon vieux en est réduit h prêter son nom — poussent avec une rage tellement enfantine vers Paris, qu'ils foulent aux pieds toutes les règles de l'art de la guerre. Sans daigner faircî couvrir par un corps d'eftectif respectable la grande route de ChîUons à Nancy, ils courent comme des fous jusqu'à Brienne. Sans se préoccuper de leurs flancs et de leurs derrières, ils ne font qui' projeter des parties fims au Palais-Royal. N'est-ce pas chose chose déplorable dans un moment aussi grave? »

Telle était la disposition des esprits au quartiiT général des Alliés à Chaumont et en particulier celle du généralissime pendant les jours qui précédèrent et suivirent l'arrivée de l'Empereur îi Chdlons, pendant les quelques jours qui lui suffirent et pour modifier complètement ses idées dès qu'il se fut rendu compte de la situation, et pour battre Lanskoï à Saint-Dizier et Blûcher à Brienne. Et cependant, les difficultés pas plus que les déceptions n'allaient manquer à l'Empereur à ChAlons.

Opinion de TEmpereur sur la situation. — Lettre à Belliard. — Qu'on parcoure la lettre qu'il adressait de Paris à Bclliard, 36 heures au plus avant de se mettre en route, et l'on verra qu'il allait trouver une situation toute différente de celle sur laquelle il croyait pouvoir compter :

« Paris, 23 janvier 1814*.— Envoyez à la rencontre du

général Lefebvre pour qu'il fasse dire à la cavalerie qui vient derrière lui d'activer sa marche. Mon intention est de partir demain soir et d'être le 25 à midi à Vitry où le général Lefebvre- Desnoëttes arrivera en môme temps.... Je compte prendre Tofifensive le 26. Je suppose que le duc de Bellune se sera maintenu h Ligny ou à Saint-Dizier, que le prince de La Moskowa avec les l^e et 2® divisions de jeune garde sera aux environs et que le général Gérard est à Brienne et le duc de Trevise à Bar-sur-Aube. Je réunirai toutes ces forces et tomberai sur le premier corps ennemi qui sera à portée. TAchez qu'à mon arrivée à Chillons et Vitry, je trouve des renseignements qui me fassent connaître où il y a de l'infanterie ennemie, afin que je puisse combiner mon mouvement et lui tomber dessus. En général, le duc de Raguse doit se tenir prêt à remonter la Meuse Tenez secrète la nouvelle de mon arrivée Tâchez qu'à mon arrivée vous puissiez

me dire ce qui se passe à Soissons et s'il y est déjà arrivé quelques bataillons et des canons »

Mais Mortier avait dû se replier sur Troyes, et Victor avait depuis longtemps déjà quitté Ligny et venait de perdre Saint- Dizier par sa faute. Quant aux effectifs mêmes, ils étaient loin d'être aussi considérables que ceux dont l'Empereur pensait pouvoir disposer d'après sa dépêche du 23 janvier au major général*, dans laquelle il évaluait la force totale des troupes postées de la Marne à l'Aube à 80,000 hommes avec 300 bouches à feu. En réalité il n'allait pouvoir utiliser que les corps postés du côté de Vitry, savoir : le 2® corps (Victor) environ 10,000 hommes, le 6« (Marmont) 9,000, la garde (sous les ordres de Ney et Oudinol), un peu plus de 14,000 hommes, le !«' corps de cavalerie (Doumerc) 3,000 chevaux, le 5« corps de cavalerie (Milhaud) près de 5,000 chevaux, soit, en tout, de 41,000 à 42,000 hommes*. Il est, en

4 Correspondance, u<* 21,131.

< Ibid., qo 21,127.

' A peine arrivt^ Napoléon fit subir quelques modifications à cet ordre (ie bataille. 11 plaça le général Gérard à la tète de la division Dufour (1'^ division de la réserve de Paris, qni était avec Mortier), de la brigade de cavalerie du général Piquet et de la division Ricard, que les troupes de Macdonald devaient remplacer aux Islettes. 11 confia au maréchal Ney les divisions de jeune garde Decouz et Meunier, qui formèrent la réserve de la garde ; au maréchal Oudinot,

effet, impossible do faire figurer parmi les troupes îi la disposition (le l'Empereur, les 20,000 hommes que Mortier avait avec lui du côte de Troyes à Vendeuvre depuis l'arrivée des renforts venus de Paris. Il en est de môme pour les 10,000 hommes avec lesquels Macdonald était encore en marche de Namur sur ChAlons et avec lesquels il était à peine arrivé îi hauteur de Verdun, et les 2,800 hommes confiés au général Allix, chargé d'ooérer du côté de Sens et d'Auxerre.

Au moment où il arriva à ChAlons, l'Empereur avait devant lui Tarmée de Silésie, ou pour mieux dire, Olsufieff à Joinville, Lanskoï î\ Saint-Dizier et Sacken vers Vitry, soit de 27,000 h 28,000 hommes auxquels il pouvait opposer immédiatement Victor, Marmont et Ney, c'est-îVdire un nombre d'hommes à peu près égal. En effet, la disposition de Blucher pour les marches du 22 au 30 janvier, en admettant que rien ne vînt en entraver l'exécution, tendait h avoir le 30 son aile gauche, c'est-à-dire le gros de son armée, à Arcis-sur-Aube. Le feld-maréchal tenait à devancer la grande armée qu'il s'attendait à voir arriver î\ Troyes k cette époque. Son aile droite sous York devait, dans son esprit et d'après ses calculs être ce jour-là à hauteur de Saint-Dizier. Mais l'Empereur avait sur Blucher l'avantage de pouvoir réunir rapidement ses trois corps k Vitry et se porter avec eux sur Saint-Dizier d'où il espérait encore déboucher îi temps pour parvenir — c'était là du moins le plan qu'il méditait avant de quitter Paris — à tomber sur les colonnes de Schwarzenberg échelonnées jusqu'à Langres.

Si l'on se reporte aux pages que nous venons de consacrer à l'examen de la situation des esprits au quartier général des Alliés, on ne pourra s'empêcher de reconnaître qu'il s'en fallut de bien peu pour que le plan de l'Empereur réussît. Et si Napoléon s'est vu forcé de modifier le plan auquel il avait donné la préférence, il faut au moins convenir qu'il a apporté dans l'exécution

la division Rottembourg et la cavalerie de Lefebvre-Desnoëttes. Le général Gérard, parti de Lesmont le 26 dans Taprès-midi, dut, pour se rendre à Vitry, prendre par Arcis parce que la route directe par Rosnay était impraticable pour rartillerie. U est bon de rappeler que, le 25, 150 Cosaques avaient occupé Brienne et avaient, le 26, reconnu les positions de Gérard à Lesmont. Gérard arriva le 28 à Vitry et fut dirigé de là, le 30, sur Dienvillc, afin de s*assurpr la possession du pont.

une rapidité comparable h celle qui, 18 ans plus lui, lui avail valu ses premi(^res victoires.

Projets de Napoléon aussitôt après son arrivée à Châlons. — Ordres de mouvement sur Saint-Dizier. — A peine arrivé h Châlons, après avoir écouté les communications du major général et comme il lui est encore impossible de démêler la vérité, il se décide, h 9 heures du matin, il masser ses trois corps à Vitry et il attaquer, le 27, Saint-Dizier. « Mon intention, écrit-il à Berthier*, est d'attaquer demain (27). En conséquence, j'ai fait donner Tordre * au général Ricard de se porter sur Vitry. Recommandez

< Napoléon à Berthier, Chàlons, 26 janvier, 9 heares da matin. (Corretpondanee, n* 31.135.)

> « Ordre. — CbâloDS-sur-Mame, 26 janvier 1814, 9 heures 3/4 du matin.

« L'Empereur ordonne que le duc de BeUune prenne, sur-le-champ, position le plus près possible de Saint-Dizier, à cheval sur la route de Saint-Dizier n Vitry, appuyant sa droite à la Marne, près des postes. Le duc de Raguse prendra position une demi-lieue ou une lieue en arrière du duc de BeUune, à clieval sur le grand cliemin. Le prince de La Moskowa, avec la 1^<^ et la 'i*^ division, do jeune garde, prendra position une demi-lieue ou une lieue en arrière du duc de Raguse, à cheval sur la route. Le général Lefebvre, avec sa cavalerie et la division du général Rottembourg, prendront position en avant de Vitry et derrière le prince de La Moskowa, à cheval sur la route. Le quartier général impérial sera ce soir à un village derrière le duc de Bellune...

« Tous les bagages inutiles doivent être renvoyés entre Vitry et Chàlons... L'artillerie doit parquer avec les brigades en manœuvre de guerre... On travaillera à mettre en état la position de Vitry... On fera reconnaître la rivière de rOrnain ; on s'assurera du pont de la route, du pont de Vitry-le-BrûIé, et on en fera construire un troisième, cette position devant être la position de retraite. » [Correspondance de Napoléon^ n® 21.136.)

Macdonald avait, de son côté, reçu l'ordre de marclier de Verdun sur Châlons et d'avoir à occuper les Islettes. Enûn, l'Empereur avait, en outre, fait envoyer, dès la veille, 26 janvier. Tordre suivant par Belliard au général Ricard, à ce moment encore à Sainte-Menehould :

u L'Empereur ordonne que vous vous rapprochiez de Vitry avec votre division. En conséquence, vous devez partir des Islettes à la réception de ma lettn' et vous porter sur Bussy-le-Repos et La Motte-Hériton, tenant les embranchements des routes de Bar-le-Duc à Reims et Chàlons, et de Vitry à Sainto- Menehould, ayant bien soin d'éclairer votre droite et de pousser des partis sur Bar-le-Duc et Revigny, ainsi que sur Sermaize. Je vous prie, général, de faire connaître votre départ de Sainte-Meneliould et d'envoyer un officier au quartier général à Vitry aussitôt votre arrivée à votre nouvelle position. » {Coi-retpondance de Belliard. — DépAt de la guerre,)

Le général Ricard arriva à Bassuet le 27. après une marche des plus pénibles, en passant par Sainte-Menehould, Elize, Dampierre-le-ChAteau, Dommartin-sur-Vèvre. De Bassuet, il dirigea 4 batiillons avec la cavalerie à Lisse. Saint-Quentin et Saint-Lumier. Ney envoya le même jour les divisions Decouz et Meunier prendre position, la 1** à Orcomte et. la î®, à Faremont et Thi«'blemont. en deuxième ligne de Marmont posté à Heiltz-le-Hnttier.

au duc de Haguso de presser l'exécution de ce mouvement. J'ai donné Tordre au général Lefebvre et à la division Ricard de se

mettre aujourd'hui en route pour Vitry Allez reconnaître le

terrain et prenez une position militaire en avant de Vitry, la plus rapprochée possible qu'il sera de Saint-Dizier, de manière que nous puissions toujours h volonté rétrograder sur Chûlons ou passer la Marne h Vitry...

M J*ai donné ordre au duc de Trévise et au général Gérard

de se porter sur Vitry.

« Il faut avoir des renseignements sur ce que les ennemis ont h Saint-Dizier, qui les commande, et dans quel nombre ils sont. S'il n'y a que 25,000 à 30,000 hommes, nous pourrons his battre, et, si nous réussissons dans cette opération, cela changera tout l'état des affaires. Si, au contraire, on les laissait se concentrer, nous n'aurions plus de chances pour nous. Donnez Tordre au duc de Bellune de se porter avec tout son corps à la position militaire la plus rapprochée possible de Saint-Dizier, et que Ton se pelotonne tout de suite derrière lui, afin d'attaquer demain matin. »

Ces ordres donnés, TEmpereur n'ayant plus rien h faire h ChAlons où il laissait le duc de Valmy avec quelques douaniers et les quelques détachements nécessaires pour garder le parc de Tarmée, se rend de suite h Vitry où il établit son quartier général, le 26 au matin, et où il pense qu'il sera plus à même de recueillir les renseignements et les informations dont il a besoin pour compléter les ordres qu'il vient de donner et que les maréchaux sont déjà en train d'exécuter.

Blûcher continue sa marche vers l'Aube. — Positions de Tarmée de Silésie. — Au moment où TEmpereur, arrêtant la retraite de ses maréchaux, reportait vigoureusement en avant ses colonnes, Blùcher, informé vaguement de Tarrivée de Napoléon il Tarmée, îivait, d'autre part, eu connaissance de la retraite de Mortier de Bar-sur-Aube vers Troves. Le feld-maréchal connaissant exactement les positions occupées la veille par les corps français autour de Vitry, persuadé que les maréchaux ne parviendraient pas à se rejoindre, avait persisté dans sa résolution et décidé de continuer sa marche vers TAube. Il espérait, de concert avec la grande armée de Bohême, bousculer les corps ennemis qui lui barraient la route de Paris, s'emparer de cette ville,

et mettre en peu de temps fin à la guerre. Quittant à cet effet les positions qu'il occupait le 25, de Saint-Dizier à Joinville, il avait transporté son quartier général à Dommartin et envoyé le corps d'Olsufieff à Doulevant et à Dommartin, la division Liewen (du corps Sàcken) à Soulaines et le corps du prince Stscherbatoff à Giffaumont. Ce dernier corps quitta, pour exécuter ce mouvement, la grande route de Vitry et prit à gauche par un chemin de traverse. La cavalerie de Biron était restée pendant la journée î\ la disposition du prince Stscherbatoff; mais le 26 au soir cetle cavalerie fut replacée par ordre du général-lieutenant Wassiltchikoff sous le commandement du général Lanskoï, et Stscherbatoff reçut en échange le régiment de hussards de la Russie-Blanche, qui forma son avant-garde à partir du 27 *. Quant h Lanskoï, il était resté à Saint-Dizier avec les troupes qu'il avait eues sons ses ordres pendant toute la marche vers la Marne, tant pour surveiller de là la route de Chûlons par Vitry, que pour attendre sur ce point York, dont Blûcher comptait toujours voir apparaître Tavant-garde le 28.

Mais York* ne reçut que le 26 au soir, à Pont-à-Mousson, la lettre que Blùcher lui avait écrite le 25 de Gondrecourt et dont nous avons parlé au chapitre IIL Ses troupes occupaient le 26 au soir les positions suivantes : Tavant-garde, sous le prince Guillaume de Prusse, était postée de Moulins jusqu'à Thiaucourt, et le colonel comte HenckeP, qui formait la pointe d'avant-garde du I®"" corps, dont le gros n'alla ce jour-là que jusqu'à Troyon, altei-

* Jouroal d'opérations du général-lieu tenant prince Stscherbatoff :

C'est à tort que Damitz et Plotho attribuent nne certaine part au générallieutenant WassiltchikofT dans les opérations du 23 au 26 janvier. Cet oflicicr général ne marchait ni avec Tavant-garde du général Lanskoï, ni avec la première colonne de Sacken, celle du général-Ueotenant prince Stscherbatoff, mais bien avec la deuxième.

s II est impossible de ne pas signaler en passant la conduite du gént-ral von York qui, indigné des atrocités commises par les Cosaques de Platoir. rendit* par un ordre du jour qu'il rédigea au moment même où son corps commença son mouvement, ses généraux de brigade et ses officiers responsables des violences auxquelles se livreraient leurs soldats. l\ chargeait, dans cet ordre, les officiers de faire comprendre à leurs hommes que c'était par leur discipline qu'ils parviendraient à gagner les populations à la bonne cause qu'ils défendaient, et interdisait d'une façon absolue les réquisitions de toute espi'fe. (Drotsem, Dnx Ijrben de» Feldmarschalh Grafen York ron )^'artenburff . t. II. p. 278.)

* llRvcKEr. von noNNBRSMARCK, EHmuTHngen aw meinem Ijphen, p. 201.

gnil encoro lo 26. lri»s avanl dans la soirc'^o, il est vrai, ot rien c|u'avcc sa patrouille de têle, Rupt-devaiit-Saint-Mihiel. La cavalerie de réserve du gc^nc^ral von Jurfçass était, au contraire, restée il Frésne, tandis que la 1" brigade (Pirch II) venait il Marly, et la à" (von Warburg), îi Pont-à-Mousson*. Il lui était donc presque impossible de passer la Meuse h Saint-Mihiel avant le 28, jour où Blûcher comptait être à Brienne.

Positions de l'armée de Bohème. — Larméede Bohême', gnlce îi la lenteur savante et calculée avec laquelle les 117,000 hommes, dont se composaient les troupes en marche vers TAube, s'élaient portés en avant, était encore fort en arrière des positions occupées par Blûcher. A Textréme droite, la cavalerie de Pahlen (VI« corps) était seule à hauteur de la tète des colonnes de Blûcher, et arrivait le 26 de Donjeux à Cirey-le-Chdteau (aujourd'hui Cirey-sur-Blaise). Wittgenstein était de sa personne h Nancy, et, comme ses colonnes, après avoir défilé lentement pendant ces derniers jours par Nancy et par Toul, n'avaient atteint que les environs de Vaucouleurs, ce fut de Nancy que le commandant du VP corps adressa, le 26, au généralissime le rapport suivant'. Il ressort de cette pièce que si Wittgenstein était h peu près au courant des mouvements de Blûcher, il n'était guère renseigné sur ceux de Wrède, son voisin immédiat. Se conformant, du reste, aux ordres du généralissime, il jugeait aussi inutile de se porter en avant de sa personne que de presser la marche

1 Le major von Uil)er8tein bloquait à ce moment Sarreloois avec 4 escadrons fie landwehr. Le général-major von Roder investissait, avec la cavalerie du II* corps (Kloist), Lu\eiul)0urg et Thionville. L'avant-garde du II* corps, av»^ le g^néral-Iieutoiinnt von Zieten, était à Wittlich ; la 10« brigade (général von Pirch 1). à Kaisersesch ; la 12° brigade (prince Auguste de Prusse) était arrivée à moitié chemin entre Kirchberg et Thalfang. Le [général Uorosdin (corps Langeron et corps de cavalerie du général-lieutenant baron KorfT). qui devait Hre. sous peu renforcé par le général Jussefovitch avec 2 bataillons, 5 escadrons et 1 régiment de Cosaques, surveillait Metz avec ses 14 escadrons, et le général Kapscwitch, avec le 10« corps russe (du corps Langeron, encore retenu devant Mayencc), avait quitté le 17 janvier les bords du Rhin, se dirigeant sur Nancy.

* Yl" corps (Wittgenstein) ; Y» corps (Wr^de) ; lY"*» corps (prince royal de Wurtemberg) ; III** corps (Gyulay) ; !•'' corps (colonne du comte CoUoredo) ; réserves russes et prussiennes.

5 Wittgenstein U Schwarzenberg, Nancy, 36 janvier. {K, K. Kriegg Arehiv,, 1. 592.)

de celles de ses troupes qui, sous les ordres du prince Gorlchakoff, étaient restées en arrière depuis le moment où il avait passé le Rhin.

« Le général comte Wittgenstein au prince de Schwarzenberg.

— Nancy, 26 janvier 1814. — « D'après une nouvelle qui me parvient h l'instant, le feld-maréchal Blûcher, au lieu de rester sur sa position entre Commercy et Vaucouleurs, a continué sa marche par Joinville, Dommartin et Briennc sur Arcis, où il pense ôtre le 30.

« J'ai par suite prescrit au général comte Pahlen de rester en communication avec lui et de se diriger sur Troyes par Vignory et Bar. Si cet officier général rencontre de ce côté la cavalerie du général comte Wrède, il a ordre de se porter plus h droite.

« Je serai demain à Toul, le 28 à Houdelaincourt, le 29 îi Joinville, le 30 à Romilly et le 31 à Brienne, où je prendrai des dispositions en me conformant aux circonstances, si Votre Altesse ne m'a pas d*ici là envoyé de nouveaux ordres.

a Le prince Gortchakoff, qui est à Brumath avec les réserves, arrivera le 10 février à Brienne. »

A gauche de Wittgenstein, Wrède, avec ses Austro-Bavarois, restait encore le long du Rognon et s'échelonnait depuis Andelot jusque vers Clefmont.

Au centre, Gyulay, avec le III* corps, était toujours à Bar-sur- Aube. Il avait fait pousser par son corps volant, établi à Bar-sur- Seine, une reconnaissance qui, se dirigeant vers Troyes. trouva les avant-postes français établis h Saint-Parres-les-Vaudes. Los avant-postes de Gyulay, sur la route de Yendeuvre, étaient en vue de Le Magny, couverts par un ruisseau débordé et songeaient d'autant moins îi réparer le pont que les Français avaient coupé en se retirant, que les petits postes français qui occupaient encore le 25 Le Magny, venaient d*ètre renforcés le 26 par l'arrivée de Iroupes d'infanterie cl de cavalerie. La journée, de ce côlé, se passa en manœuvres, et les têtes de colonne du III® corps se contentèrent de se montrer h La Maison-des-Champs pendant que les (Cosaques se dirigeaient vers Bar-sur-Seine (mi passant par Beurey.

En fait de renseignements, Gyulay * annonçait seulement au

1 Gyulay à Schwarzenberg, Bar-sur-Anbe, le 26 janvier. (A'. A'. Kriegs Arehiv., I, 587.)

gén<^ralissimft qiio Ip quartier géïK'Tal do. MortifT (^lail oncoro dans la nuit du 25 au 26 ù Vendcuvro, que 1,500 hommes de troupes françaises s'étaient repliés de Brienne sur Troyes, enfin que Napoléon, parti le 20 (?) de Paris pour ChAlons, comptait se jeter sur Bliicher avec 30,000 hommes. 11 signalait une fois de plus h Schwarzenberg l'immobilité de Platoflf: « L*ataman comte Platoff * est toujours ici {h Bar-sur-Aube). Il doit, paraît-il, aller h Bar-sur-Seine, que mes troupes occupent depuis quatre jours. »

Derrière le III« corps, le prince royal de Wurtemberg était en deuxi^me ligne à Colombey-les-Deux-Églises, précédant les réserves russes et prussiennes de Barclay de ToUy, qui continuaient à se tenir échelonnées entre Chaumont et Langres.

Le feldzeugmeister CoUoredo îivec son I®»" corps, composé désormais, depuis qu'il avait dû laisser la division Wimpfen devant Auxonne, de la division légère d'Ignace Hardegg, des divisions Bianchi et Wied-Runkel, de la division de grenadiers Hohenlohe- Bartenstein, de la division de cuirassiers du comte Nostitz et de la 2* division légère (prince Maurice Liechtenstein), formait une colonne spéciale dont la mission consistait h couvrir ia gauche de la grande armée et à assurer les communications avec l'armée du prince héritier de Hesse-Hombourg , posté à Dijon et chargé de la direction des opérations militaires dans les vallées de la Saône et du Rhône.

Les troupes de Colloredo étaient encore assez loin en arrière, puisque leur tète de colonne seule avait atteint ChiUillon et que sa queue était encore entre Saint-Seine et Dijon. Colloredo luimême était à peu près à moitié chemin entre Châtillon et Saint- Seine, ît Baigneux. Il se faisait flanquer sur sa gauche par le comte Ignace Hardegg, qui devait le lendemain se porter d'Alise- Sainte-Reine sur Montbard, où se trouvait le général de Vaux. Celui-ci, n'ayant avec lui que 400 hommes, avait quitté le 25 Flavigny, h l'approche des troupes autrichiennes '. Voyant qu'il

1 PlatofT et ses gens commettaient de telles atrocités que Miifflinf ne pouvait s'empêcher d'écrire, à la date du 25 janvier : « Les gens de PlatofT se conduisent d'une façon scandaleuse et compromettent nos affaires. »

* Hardegg, dans son rapport de Sainte-Reine, 26 janvier 1814 (A^ K, Krietf* Arehiv,^ l, 607, a.), demandait à Colloredo de lui faire parvenir de l'argent dont il avait besoin pour assurer le service des renseignements. Il informait en

n'y avait pour ainsi dire personne devant le comte Hardegg, Ck)lloredo * prescrivit à la brigade Salms, qu'il avait postée h Lucenay-le-Duc et Bussy-le-Grand pour le cas où Hardegg aurait eu besoin de soutien, de reprendre le 27 la grande route de Châtillon.

La division légère du prince Maurice Liechtenstein' était à Ampilly, précédée par le corps volant du lieutenant-colonel comte Thurn, qui avait poussé, depuis le 24, jusqu'à Bar-sur-Seme, et par le parti du major prince Auersperg, qui était entré, le 26, avec deux escadrons de chevau-légers de Rosenberg à Mussyl'Évêque (aujourd'hui Mussy-sur-Seine). Bien que Liechtenstein annonçât qu'il n'y avait pas trace de troupes ennemies du côté de Châtillon et communiquât à Colloredo des renseignements d'après lesquels les Français n'auraient eu que peu de monde à Troyes, et bien que Bar-sur-Seine fût déjà entre les mains de Thurn, Colloredo n'en crut pas moins nécessaire de porter une brigade d'infanterie et sa division de cuirassiers en soutien de la division légère. Aussi ne doit-on pas s'étonner si, bien qu'arrivé à Baigneux le 26, il mande à Schwarzenberg qu'il sera le 29 seulement à cheval sur la route près de Chàtillon avec sa principale colonne prête à se porter en avant. Colloredo, qui se fera côtoyer pendant cette marche par Hardegg dans la direction de Tonnerre, mettra donc deux grands jours pour parcourir un peu plus de 30 kilomètres.

ontre le feldzeugmeister que le chemin de traverse indiqaé snr la carte et menant de Sainte-Reine à Montbard, était très mauvais jusqu'à Montbard, à peine praticable pour Tartillerie légère et ne devait être utilisé qu*en cas d'extr/^rae urgence. U annonçait, en outre, qu'il n'y avait à ce moment à Auxerre que 200 conscrits et 200 cavaliers.

i Colloredo à Schwarzenberg, Baigneux 26 et 27 janvier (K. K. Kriegt Archiv.fl, 586, et I, 607), et prince Maurice Liechtenstein à Colloredo, Ampilly, 26 janvier. (Ibid., I, 586, a.)

> Liechtenstein termine sa dépêche d' Ampilly en disant à Colloredo: « Conformément aux ordres que j'ai reçus, je dois, de Chàtillon, me relier aux troupes du prince royal de Wurtemberg, dont j'ignore absolument la position. Je ne pense pas que le IV* corps soit à Joinville. Si Votre Excellence savait quelque chose à ce sujet, je lui serais bien reconnaissant de vouloir bien m'en informer. » N'est-il pas curieux de voir que, bien qu'il ne se filt produit aucun grand événement de ce cdté, et bien que le IV' corps n'eût fait à ce moment aucun mouvement, on n'ait pas jugé à propos d'indiquer à un général, chargé de se relier à ce corps, la direction au moins approximative dans laqueUe il avait quelque chance de communiquer avec lui.

27 janvier. — Combat de Saint-Dizier. — Le il janvier, Farmée de Sili^sie tout entière, h l'exception du corps d'York, était arrivée sur TAube. En effet, si Lanskoï, qui avait servi jusqu(;-là d'avant-garde à cette armée, avait été laissé à Saint-Dizier et s'était porté avec sa cavalerie en avant de cette ville jusqu'à Longchamp, pour être plus h même de surveiller les environs de Vitry, Blficher, avec Sacken et Olsufieff, avait, aux termes mèmc^s de la Relation sommaire des opérations de l'armée de Silésie *, dépassé Brienne et poussé jusque entre Lesmont et Pougy". Mais, dès le 27 au matin, l'Empereur avait fait partir de Vitry la cavalerie de Milhaud, suivie du 2* corps, soutenu lui-même par le 6«, par les divisions de la jeune garde et le l®*" corps de cavalerie. Vivement attaquée et surprise h la pointe du jour par les cavaliers de Milhaud, la cavalerie du général Lanskoï fut ramenée d'abord sur Saint-Dizier. Son infanterie ne tarda pas elle-même à en êlie chassée par la division d'infanterie du général Duhesme, qui ne lîiissa pas h la cavalerie russe, renforcée cependant le matin par la brigade volante du prince Biron, le temps de faire sauter le pont. Chaudement poursuivi jusqu'à Eurville* par la cavalerie» française, Lanskoï, dans l'impossibilité de se» replier sur Vassy, d'où il aurait pu prendre par Montier-en-Der la route la plus directe menant à Brienne, se vit réduit îi se diriger sur Joinville, pour y gagner la route de Brienne par Doulevant et Soulaines. il s'arrêta le soir h Doulevant, tandis que la cavalerie franraise, qui avait poussé en avant par la route de Joinville et par celle d'Eclaron, atteignait Vassy*.

* Kurzgefasste DarsteUung der Kriegsbegebenheiten der scblesischen Arme im Jabre 1814. (K.K,Kriegt Arehiv., I, 31.)

s Positions des corps de Tarmée de Silésie sur l'Aube le 27 aa soir : StscberbatofT, à Pougy ; Lieweu, à Lesmont ; quartiers généraux de Sacken et de Bliicher à Brienne; Ulsutieiï à TremUly (Journal d'opérations du général-lieutenant prince StscberbatofT). Remarquons à ce propos que ce fut le 27 que Kleist reçut à Wittlicb Tordre par lequel on lui prescrivait d'être le 2 février à Saint- Mibiel et de faire marcher, par la route de Saint- Wendel, Hombourg et Sarregnemines, les troupes ,qui le suivraient pour se rendre de Trêves à Toul et Nancy. Les troupes de Kleist étaient, à la date du 27 : l'avant -garde, à Trêves; la brigade Pirch l, à Hetzeratb, et la brigade du pnncc Auguste, à Thalfang.

' Kurzgefasste DarsteUung der Kriegsbegebenbeiten der scblesischen Armeo im Jahre 1814. [K. K, Kriegt Archiv., I, 31.)

* Victor arriva à 5 heures du soir à Vassy avec le 5® corps de cavalerie et le 2« corps d'infanterie, moins la division Duhesme, qui prit position à mi-

Positions des Français après la prise de Saint-Dizier. —

L'Empereur, avec le gros de ses forces, était arrivé en personne, Il 9 heures du matin, à Saint-Dizier, où il avait été reçu avec un enthousiasme dont il est d*autant moins possible de contester la grandeur et la vivacité, que l'on en retrouve la mention jusqut» dans les rapports des généraux alliés. Marmont, Ney et Oudinol, avec la cavalerie de Doumerc, avaient pris position, dans l'aprèsmidi du 27, en avant de Saint-Dizier. A l'extrême droite des Français, Mortier se repliait, par la route de Vendeuvre, sur Troyes, où il recevait, dans la matinée du 27, l'ordre de rester dans cette ville et d'y tenir tète à l'ennemi. Le général Bordesoulle occupait Arcis-sur-Aube. La division Dufour, qui avait été à Brienne le 24, mais qui, soit faute de sapeurs, soit par manque de temps ou par incurie, avait négligé d'en détruire le pont, avait passé par Arcis et était arrivée, le 27, à Vitry, où elle allait être rejointe, le même jour, par la division Ricard, venant des Islettes par le chemin de traverse d'Élize. Cette division devait être remplacée dans les défilés de l'Argonne par la division Brayer (du corps de Macdonald). Celle-ci, après avoir donné, le 26, à peu de distance de Sedan, contre la cavalerie du général Jussefovitch arrivée à hauteur de Mouzon et envoyée dans ces parages par Saint-Priest, avait perdu un temps précieux en se rejetant à droite sur Launoy et Rethel et n'avait repris que plus lard la direction de Vouziers et d'Autry , qu'elle atteignit le 29 s(;ulemenl.

CcUte inconcevable timidité d(î Macdonald, qui était le 27 il Mézières, lui avait fait perdre trois jours. Elle peut être à bon droit considérée comme la cause première de l'échec qu'il éprouva à La Chaussée, échec qui i;ut pour conséquence ultérieure la perte de Chî\lons.

chemin de Saint-Dizier, à Joinville. La cavalerie li'gère de Pire était, le 87 au soir, à Voillecomte, sur la route de Moutier-en-Der ; une des divisions de dragons, à Vaux-sur-Blaise, s^éclairant sur les routes de Doulevantet de Joinville; une autre division de dragons était en réserve à Attancourt; les gardes d*lionneur à HunilK^rourt, poussant des partis sur Kclaron. Marmont couvrait la route de Saint-Dizier à Bar-le-Duc et occupait, avec des troupes des trois armes, Saudnip, à mi-chemin de Saint-Dizier à Bar, ainsi que Stainville sur ceUe de Saint-Dizier à Ligny. Ney était sur la rive gauche de la Marne, avec une de ses divisions sur la route de Saint-Dizier à Ligny. Uudiuot et Lefebvre* Desnoëttes étaient, le 27 au soir^ à Saint-Dizier môme.

D'autre part, hî déloiir que h? maréchal avait cru |)ru(liiit de faire et le retard qu'il n'avait i)as hésité h se laisser imposer par quelques cavaliers, obligèn;nt l'Empereur à modifier la direction primitivement donnée à son corps et, comme le duc de Tarente n'arriva à Chîllons que du 31 janvier au l*»" février, il enleva h Napoléon toute possibilité de l'appeler t\ lui au moment où il livra la bataille de La Rothière.

En opérant avec cette décision et cette rapidité qu'il n'avait amais cessé de mettre en pratique et dont il avait tiré tant de fois un si grand parti, Napoléon avait réussi une fois de plus h surprendre ses adversaires et à se jeter entre les deux grandes portions de l'armée de Silésie, entre York et Blûcher. Sachant désormais, par les renseignements fournis par les habitants de Saint-Dizier et par l'interrogatoire des prisonniers, que les corps de l'armée de Silésie étaient encore échelonnés de la Meuse à l'Aube, renonçant pour le moment à tomber par Chaumont sur la droite de la grande armée, il résolut immédiatement de continuer son mouvement contre Blùcîher et de chercher à le prendre il revers à Brienne *.

Positions et ordres d'Tork. — Bien qu'York ignonlt forcément à ce moment les événements de Saint-Dizier, il n'en avait pas moins reconnu déjà toute la gravité de sa situation. 11 savait déjà que Macdonald se dirigeait de Namur vers l'Argonne et Chàlons. La nouvelle, envoyée par Henckel, de la présence d(i troupes françaises à Bar-le-Duc, lui prouvait, en outitî, que les Français, pour avoir réoccupé ce point par lequel Bliicher venait de passer quelques jours auparavant, avaient dû arrêter leur mouvement de retraite, recevoir des renforts, s'être concentrés à ChAlons, comme l'affirmaient, d'ailleurs, les émissaires qu'il avait

* An général Clarkc, duc de Feltre, ministre de la gnerre, à Paris : « Saint-Dizier, 28 janvier 1814. — Dans la journée du 26, je suis arrivt^ à Vitry. Le 27, je me suis porté sur Saint-Dizier, que Tennemi occupait ; je l'en ai chassé. On lui a pris quelques pièces de canon, tué quelques hommes et fait quelques prisonniers. J'ai appris ici que Bliicher. avec 25,000 hommes, s'était porté sur Brienne, où il arrive aujourd'hui. J'ai coupé la ligne d'opération et fait occuper Bar et je pars aujourd'hui pour me porter en queue de Bliicher. S'il tient, il serait possihle qu'il y eût une affaire demain à Brienne. Le duc de Trévise doit être sur Arcis-sur-Aube. » {Correipondanee, b9 21.14i.)

pu se ppocurcT, et pariiissaienl disposés à contrarier sa niarch(; sur Saint-Dizier. Déjà préoccupé sur le sort de son flanc droit exposé aux coups de Macdonald, il avait, en arrivant le 27 à Saint-Mihiel constaté qu'il était impossible de remettre en état le pont détruit par les Français. Il avait par conséquent dû se résigner à exécuter son passage plus en amont à Han-sur-Meuse, où il fit aussitôt jeter un pont î\ peu de distance d*un gué, parfaitement praticable d'ailleurs. La lenteur forcée du passage sur un pont volant, sur une; simple passerelle par des temps de gelée et de verglas, allait encore retarder sa marche et augmenter les difficultés de sa situation.

Affaire de Bar-le-Duc. — Il chargea le corps volant du colonel Henckel et la cavalerie de réserve du général von Jûrgass de couvrir sa droite et recommanda à ces officiers de marcher concentrés en prescrivant de plus à Henckel de se porter sans perdre un moment sur Bar-le-Duc où il espérait trouver encore ues troupes russes du corps de Sacken. Afin de se procurer les renseignements que York tenait à avoir sur Bar-le-Duc, Henckel s'était fait précéder d'assez loin par le capitaine von Osten, avec 50 chevaux de la cavalerie de landwehr*. Cet officier arrivé h Bar-le-Duc à la nuit tombante vers 5 heures, poussa sans encombre jusqu'à la grande place et y aperçut, sans pouvoir distinguer les uniformes, un groupe de cavaliers tenant des chevaux devant la mairie. Convaincu qu'il avait devant lui des troupes russes en train de demander leurs billets de logement, il mit, lui aussi, pied h terre et pénétra dans la mairie où il ne fut pas peu surpris de se trouver au milieu d'officiers français. Sans perdrt* un seul instant son calme et son sang-froid, il sortit aussitôt de la salle et remonta à cheval pour se retirer; mais à peine avait-il rejoint ses hommes et leur avait-il donné l'ordre de remonter à cheval, qu'il vit arriver sur lui un détachement de cavaleri(î conduit par un officier qui avait fini par le reconuîiître. Le capitaine von Osten chargea ces cavaliers et les poursuivit jusqu'au moment où ils furent recueillis par une grosse colonne de cavalerie. Il fil alors foire demi-tour à s(îs hommes. Mais ce ne fut plus qu'à

i 2 escadrons, d'après Henckel, Eriniierunyen aus nieinem Lebtn^ p. 2C1.

grand'peint* qu'il parvint h percer ii travers une troupe d'infanterie qui essayait de lui barrer la route et à sortir de Bar-le-Duc. Cette échauffourée avait coûté 17 hommes au p(?tit parti du capitaine von Osten. Lui-m^me ne s*(»n tira qu'avec une blessure assez sérieuse.

La cavalerie de réserve du général von Jûrgass était venue .e 27 h La Croix-sur-Meuse, et le prince Guillaume de Prusse jusqu'à Saint-Mihiel.

Positions et mouvements de l'armée de Bohême. — L'armée de Bohême n'avait guère fait plus de chemin le 27 que le 26.

Wittgenstein était encore aux environs de Toul, et Pahlen avait marché seul avec sa cavalerie de Cirey-le-Chilteau (Cirey-sur- Biaise) jusque vers Eclance.

Quant à Wrède, il venait de se mettre en mouvement de XeufchiUeau sur Chaumont, lorsqu'il reçut, le 27, au soir Tordre de Schwarzenberg de prendre de Bourmont la direction de Vignory. Il établit par suite son quartier général h Clefmont, pendant que Frimont se cantonnait à Bourmont.

Les Wurtembergeois du IV* corps étaient toujours immobiles îl Colombey-les-Deux-Eglises , derrière le III* corps. Suivant le mouvement rétrograde de Mortier qui avait pris position derrière la Barse au pont de La Guillotière* pour se porter éventuellement de Troyes vers ChiUons par Arcis-sur-Aube, Gyulay avait fait observer de loin la marche du duc de Trévise jusqu'fi Vendeuvre par la brigade du général Hecht , et l'avait fait surveiller jusqu'à Villeneuve-Mesgrigny (aujourd'hui La Villeneuv(î-aux-Chênes) par quelques escadrons de son avant-garde. Son gros était encore entre Le Magny-FouchardetBar-sur-Aubeoii il avait son quartier général.

Quant à Platoff, on était par\'enu à le faire sortir de son immobilité. On l'avait fait partir de Bar-sur-Aube et, après avoir passé par Bar-sur-Seine, l'ataman s'était enfin décide îi se diriger sur Auxon, d où il avait l'ordre de continuer avec ses Cosaques sur Moret et Fontainebleau.

^ Starke, Eintbcilang and Tagesbcgebcnlieiten <lcr Ilaupt-Armcc in Monate Januar (K, K. Kriegs Arehiv,, 1, 30.)

Weil. 2i

Les corps volants du lieutenant-colonel comte Thurn * et du major von Selby étaient h Chaourcc aux sources do TArmance et avaient informé le prince Maurice Liechtenstein de leur présence sur ce point.

La colonne de Colloredo presque tout entière avait fait repos dans les cantonnements qu'elle occupait déjîi la veille. Liechtenstein, qui était toujours h ChAtillon, avait signalé h son chef la retraite des Français sur Troyes' et lui avait transmis les rensei* gnements que le lieutenant-colonel Thurn lui avait communiqués et qu'il avait fait parvenir, comme nous l'avons vu, au feldzeugmeister Gyulay. Seule la division légère du comte Ignace Hardegg avait poussé sur Textrôme gauche de Colloredo de Sainte-Reine Il Montbard. Hardegg avait eu h Montbard la confirmation de Tévacuation d'Auxerre. 11 avait appris également que 1,800 hommes de cavalerie et d'infanterie françaises avait pris le 24 la

* Le lieutenant-colonel comte Thurn au prince de Schwarzenberg :

«c Chaource, 27 janvier 1814. — L'ennemi s'est posté hier sur la route de Vendeuvre à Troyes, à Villeneuve-Mesgrigny (La Villeneuve-aux-Chêncs). 11 tenait ses avant-postes à Briel et ses patrouilles poussaient jusqu'à MaroUcs (Marolles-les-Bailly) .

« Aujourd'hui, on voit ses troupes se replier sur Troyes. Dimanclie, les gdnéraux présents à Troyes y ont tenu un conseil de guerre auquel ont assisté le préfet CaflareUi et le nouveau commandant de la place, le général Dulong. Il s'agissait de décider s*il convenait de défendre Troyes. Malgré l'opposition énergique faite par le général Dulong, on a pris la résolution d'évacuer la ville à l'approche des Alliés pour se replier sur la position de Nogent.

tt Un de mes agents, parti de Paris le 23, me rapporte qu'il n'y avait à cette date que 10,000 hommes dans la capitale. 11 n'a pas rencontré de troupes entre Paris et Troyes et il a remarqué des symptômes manifestes de découragement dans la population. Dans la nuit du 22 au 23, on avait écrit sur une foule d'endroits, dans presque toutes les rues de Paris, sur les murs des maisons, ces mots : « La paix ou la mort du Tyran ».

« L'Imptfratrice avait quitté Paris. On y disait, en outre, que les Anglais avaient débarqué à Dieppe. On prétendait avant-hier, à Troyes, qu'Us avaient déjà occupé Rouen.

« Enfin, j'ai appris que Caulaincourt aurait dit à Troyes, à une dame de ma connaissance, qu'il avait ordre de signer la paix, quelque dures que puis-» sent être le? conditions qu'on lui ferait.

« J'ai, avec le détachement du major von Selby, oc>cupé aujourd'hui Cliaource et informé de ce fait le feld- maréchal-lieutenant prince Moritz Liechtenstein, entré hier à Chàtillon.

« Le comte Platoff est parti hier pour Auxon. » (K, K, Kriegs Arehiv,, I, 615.)

s Moritz Liechtenstein à Colloredo, Ch&tilloD, 27 janvier. (/6ûf., 1. 607, h.)

roulo de Tonnerre ii Paris, mais il lui avait iHé impossible de découvrir s'ils avaient continué sur Paris où s'ils s'étiiient arrêtés ùTroyes. Hardepîg ajoutait encore* : « On ne voit, on ne sait, on n'entend rien de l'ennemi de ce côté. » 11 demandait, en outre, h Colloredo ce qu'il devait faire des chevaux hors d'état de continuer à marcher. Bien que sa division n'eût pas eu de grosses fatigues h supporter, il j)révenait Colloredo que, sa cavaleries ayant beaucoup souffert do la marche (lu'elle venait de faire par des chemins impraticables, son artillerie ayant 3 pièces dont les affûts étaient brisés et nombre de caissons hors de service, il allait être obligé de faire, le 28, séjour à Montbard.

Motifs du mouvement de l'empereur Napoléon sur Brienne. — On a souvent reproché h l'Empereur la résolution qu'il prit après avoir chassé Lanskoï de Saint-Dizier, et criliciué la marche de flanc sur Brienno (|u'il exécuta presque en vue ou tout au moins à peu de distiuice de l'armée de Schwar/enberg. Si l'on peut, jusqu'à un certain point, condamner l'espèce d'entêtement qui l'amena quelques jours plus lard ii livrer, malgré lui, il est vrai, mais aussi en dépit de l'inégalité écrasante des forces, la bataille de La Rothière, on ne saurait en revanche rien trouver h redire au mouvement sur Brienne. La surprise de Lanskoï avait suffi pour rendre aux populations des espérances qu'elles avaicuit trop promptement perdues, et l'opération sur Brienne devait, dans l'esprit de l'Empereur, servir h prouver aux maréchaux (ju'il fallait reprendre courage, qu'on n'était pas à bout de ressources et

* Hardegg à Colloredo, Châtillon, 27 janvier. (K. K, Kriegs Archic,

A ce rapport dtaient joints les ordres suivants (jii^IIardegg avait donnés à ses partis :

« Ordres pour le 27 janvier :

«c Le détachement du major von Tliuru reste à Somur avec un poste u Epoisses envoyant des patrouilles vers Savigny-en-Terre-Pleine, un poste à Millery avec patrouilles de Viserny à Saint-Just, un poste à CourccUes-Frémois avec patrouilles par Rierre, sur la route d*Auxerro. n

M Ordres pour le 28 janvier :

« ï^ détachement du major von Thurn marche sur Noyers et couvre le flanc gauche du corps.

<c Le parti volant du lieutenant Hardegg va par Annay et Molay à Collan, sur la route d*Auxerre à Tonnerre, et envoie des palrouiUes à gauche vers ChabUs, à droite vers Tonnerre. S'il rencontre Tenncmi et se trouve trop faible pour lui r^ister, il se repliera sur Noyers, n

que, avec du jugement et de la résolution, on pouvait encore rétablir les affaires. C'est pour cela que, sans perdre une minute, il va employer la journée du 28 à marcher sur Brienne. Il espère y tomber sur les derrières de Blûcher, le battre et le détruire avant sa jonction avec Schwarzenberg. Peu s'en est fallu que ce plan, si hardiment conçu et si résolument exécuté, ne fût couronné de succès puisque, pendant toute la journée du 28 et jusqu'à ce qu'un hasard providentiel lui eût révélé le danger qu'il courait, Blùcher croyait qu'il s'agissait simplement d'une reconnaissance offensive absolument sans conséquence, et pensait que les Français avaient uniquement cherché h savoir si l'armée de Silésie se dirigeait sur Chûlons ou sur Paris, en un mot, que les Français avait seulement voulu le tAter*.

Comme nous l'avons dit, Napoléon pouvait h ce moment : ou continuer sa route vers la Lorraine pour arrêter York et se réunir à Macdonald , ou pousser sur Chaumont et Langres pour tenir tôte à Schwarzenberg, ou redescendre vers l'Aube pour suivre et atteindre Blûcher. « Napoléon, écrit îi ce propos le baron Fain*, s'arrête à ce dernier parti, qui doit prévenir la jonclion des Prussiens avec l'armée autrichienne, qui peut sauver Troyes et qui, dans tous les cas, va faire tomber ses premiers coups sur son enneîni le plus acharné. »

C'est pour cela aussi que Napoléon choisit le chemin le plus court de Saint-Dizier à Troyes, par la forêt du Der, bien que ce soit un chemin de traverse difficile, mais parce que c'est aussi par là qu'on s'attendra le moins à le voir déboucher. D'ailleurs, quand il s'arrête à cette résolution, le temps est à la gelée, son armée est pleine d'enthousiasme, son artillerie est bien attelée, et par cette route de la forêt, il peut être en deux marches à Brienne. Il importe, d'ailleurs, de remarquer, qu'au moment où il prenait le parti de se jeter sur Blùcher, Napoléon avait d'autant plus de motifs pour le faire, qu'il devait croire que le général Dufour avait détruit le pont de Lesmont , que le rétablissement de ce passage arrêterait Blùcher, et que de plus, en opérant de

* Voir Karzgefasstc DarstcIIung der Kricgsl)ogcbenhcitcn der srhiesischen Armée {K. K. Kriegs Archiv.y I, 31) et Bliicher à Schwarzenberg, de BrienDC, 28 janvier (Ibid., I, 632).

> Faim, Manuscrit de 1814.

la sorte, il se rapprochait de son aile droite cl comptait pouvoir manœuvrer de concert avec Mortier. A ceux qui lui reprochent do n'avoir pas préféré se porter vers Chaumonl, il suffira d'observer qu'en manœuvrant de la sorte, il n'aurait réussi tout au plus qu'à séparer du reste de la grande armée Wrèdc, qui aurait pu continuer h filer sans encombre par Bar-sur-Aube ou par Vassy et Montier-en-Der, pour rejoindre Blûcher.

On a encore critiqué la résolution qu'il «ivait prise en se portant par Montier-en-Der sur Brienne, et prétendu qu'il aurait mieux fait, ou de se diriger par Doulevant contre Gyulay et le prince royal de Wurtemberg, postés à Bar-sur-Aube et Colombeyles-Deux-Églises, ou de marcher de Vassy par Sommevoire sur Dienville S afin de couper les communications de Blûcher avec Schwarzenberg. Cette dernière critique seule a une certaine valeur; mais il faut constater qu'en se portant sur Dienville, il était obligé de défiler presque en vue des troupes du III« corps, et que de plus, il sacrifiait complètement le facteur le plus important : le temps. Or, Napoléon sentait parfaitement qu'il n'avait pas une minute h perdre pour conserver quelque chance d'écraser Blûcher, et pouvoir, après l'avoir rejeté vers la Meuse ou la Moselle, se retourner par Joinville contre Schwarzenberg qui, h la première nouvelle de la défaite complète de Blûcher, n'aurait pas manqué de s'arrêter et de prendre une position défensive.

Enfin, il y avait encore une considération d'ordre moral qui devait décider Napoléon à essayer d'en finir avec celui de ses adversaires, qu'il considérait, h juste titre, comme le plus redoutable et le plus acharné, à cause de la haine qu'il portait à la France et de l'activité que, malgré son grand âge, il mettait au service de sa passion. Il était d'autant plus nécessaire de frapper un grand coup contre Blûcher que, et ce sont les auteurs allemands eux-mêmes qui le signalent, l'arrivée de l'Empereur h l'armée avait suffi pour changer en peu d'heures l'attitude et l'esprit des populations. Droysen, dans sa Vie du feld-maréchal

i Le prioce do Taxis (aide de camp de Wr6de), entre autres, ne comprend pas, dans son Tagebueh, ponrqnoi Napoléon fait une marche de flanc de Montier-en-Der sur Lcsmont par des chemins difficiles, et croit qu'il avait mieux à faire en attaquant directement, et de front, le \l^ corps (Wittgenstein) du côté de Vassy, où ce corps arriva le 29 janvier. (Tagebuch du major prince Thum et Taxis. — K, K. Kriegs Archiv., XIII, 32.)

York, s'exprime îi ce sujet de la façon suivante : « Il était évident qu'on était à la veille de grands événements, et les dispositions des populations s'étaient en un instant modifiées du tout au tout. L'arrivée de Napoléon et ses proclamations avaient réveillé leur patriotisme. La nouvelle que TEmpercur, avait pris Toftensive, avait ranimé les courages et les espérances. La levée en masse elle-même prenait un caractère grave et sérieux. Les villages se vidèrent; les habitants, avec leurs bestiaux et leurs provisions, se réfugièrent dans les bois, y épiant les traînards et les petites patrouilles, leur tendant des embuscades, les désarmant et les massacrant. Dans les cantonnements, les crimes et les tentatives d'assassinat se multiplièrent. 11 était impossible, désormais, de se faire un instant de plus illusion sur l'esprit du peuple : la véritable guerre allait commencer *. »

C'était \\i ce que Napoléon avait reconnu à Saint-Dizier, ce qu'il sentait, ce qu'il voulait, et, pour permettre à ce réveil de l'esprit national, h. cette manifestation, peut-être un peu tardive, d'un patriotisme un moment assoupi, de se généraliser Qt de s'étendre, il lui fallait une victoire décisive. C'était cette victoire qu'il espérait trouver à Brienne.

Quant à Blùcher, il est évident qu'il ne se rendait pas encore un compte exact des dangers de sa situation. Ses panégyristes ont beau dire qu'îi la réception du rapport dans lequel Lanskoï lui faisait part des événements de Saint-Dizier, il avait sagement agi en ne rappelant pas immédiatement à lui la cavalerie qu'il avait détachée; ils ont beau prétendre qu'en attendant en formation de combat l'attaque de l'ennemi pendant les journées des 28 et 29 janvier, il ne faisait que se conformer fi ce grand principe en vertu duquel on doit obliger d'abord l'ennemi à se déployer, lui cacher soigneusement ses- j)ropres projets et ne prendre une résolution définitive, un parti décisif, que lorsqu'on est complètement fixé sur les intentions de son adversaire ; il n'en est pas moins incontestable qu'il crut d'abord à une simple reconnaissance ofl'ensive dos Français, lorsqu'il reçut, le 28 janvier, à 6 heures du matin, la nouvelle que l'ennemi avait chassé Lanskoï de Saint-Dizier et l'avait poursuivi jusqu'au delfl d'Eurville. Ce

* Drovsex, Dos Leben des FeliUmarscMls Grafen York ton Wartenburg, t. H, p. 279 et 280.

fut soulcmcnt lo soir que Lanskoï réussit à lui démontrer que l'ennemi cherchait à se jeter avec toutes ses forces entre lui et York et à couper ses communications avec Nancy *.

28 janvier. — Mesures prises par Blflcher. — S'il reste d'ailleurs les moindres doutes h ce sujet, le rapport m(^me, que Blûcher" adressa h Schwarzcnbcrg, est de nature h les dissiper :

« Bricnne, 28 janvier 1814. — « J'apprends ce matin à 6 heures que l'ennemi, probablement le corps de Victor renforcé, s'est avancé hier de Viti7 h Saint-Dizier contre mon avant-garde qui, postée sur la route de Joinvillc h Saint-Dizier, s'est retirée jusqu'à Eurville.

« Les Cosaques disent que l'ennemi a occupé hier Vassy. J'ai donné Tordre de s'en assurer. Je crois qu'il s agit simplement d'une forte reconnaissance faite pour savoir si nouji allons sur Paris ou sur Chdlons, Peut-être F ennemi veut-il aussi nous tdter.

« Les troupes russes de l'armée de Silésie sont sur la route de Joinville h Arcis, entre Briennc et Pougy. L'avant-garde de Wittgenslein, sous les ordres du comte Pahlen, se trouve îi doux lieues au sud de celte route.

«Le corps du général York devait être hier à Bar-le-Duc, si l'ennemi ne l'a pas retardé par quelque démonstration, et aujourd'hui à Saint-Dizier.

« L'avant-garde, sous Lanskoï, était hier h Eurville. »

Il semble, dhiilleurs, pour des raisons toutes particulières, pour des motifs qui ressortiront de la suite de cette lettre, sur laquelle nous aurons occasion de revenir, que Blùchcr ne tenait pas à dire la vérité tout entière à Schwarzenberg, parce qu'il voulait avant tout éviter l'envoi d'un ordre formel lo rappelant en arrière, et que, plus que jamais, il croyait au succès final de la marche sur Paris. Du reste, il faut bien le dire, la tranquillité de Blûcher était plus apparente que réelle. Il est évident, en effet, que le feld-maréchal attachait déjà à la nouvelle de l'affaire de Saint- Dizier, si ce n'est toute la considération qu'elle méritait, du moins plus d'importance qu'à une simple reconnaissance offensive.

Jusqu'à ce moment, en effet, il avait pu admettre que l'Empe-

* Kurzgefasste Dartellung der Kriegsbegebenheiten der schlcsischen Armée. (A'. K, Krieg$ Arehiv.^ I, 31.) s Bliicher à Schwarzenberg, Brienne, 28 janvier. (Ibid., I, 632.)

reur, en prenant Toffensive, avait pour but unique de se rapprocher de Mortier que Tarmée de Bohême observait. Croyant ainsi. sa gauche et ses derrières parfaitement couverts, le feld-maréchal pensait pouvoir continuer il se porter sur Arcis, afin d'être de là Il môme, soit de déborder les positions des Français sur la Marne, soit de se réunir à Tarmée de Bohême qu'il croyait, il est vrai, en marche et sur le point d'arriver ii sa hauteur, tandis qu'au contraire, elle était restée pour ainsi dire immobile sur ses positions depuis plus de quatre jours. Aussi, lorsqu'il reçut, le 28 au matin, la nouvelle de l'échec éprouvé par Lanskoï, il renonça ii son mouvement sur Arcis, et, comme ce général lui faisait part de son intention de se replier de Joinville par Doulevant et Soulaines sur Brienne, il crut prudent de maintenir le gros de ses troupes entre Biienne et Lesmont, tout en laissant continuer encore leur mouvement aux généraux Pantchoulitcheff* et Wassiltchikoff II, qu'il avait dirigés avec leur cavalerie, le premier vers Arcis-sur-Aube, le deuxième, sur la route de Ramerupt i\ Troyes. Mais il rai>pela II lui les partisans de Stscherbatoff, la cavalerie de Pahlen et la brigade volante du prince Biron. Stscherbatoff, qui avait jusqu'à ce moment battu l'estrade en avant de l'armée de Bohême (il s'agit ici du général-major de ce nom), rend compte en ces termes à Schwarzenberg, du mouvement qu'il a été obligé de faire pour se conformer aux instructions du feld-maréchal et de la nouvelle destination qu'il vient de recevoir ' :

i Le Ucutenant-général WassiUciiikoff au général-major PantcbouUtcheff : u Brienne, 15/27 janvier 1814. — Le général-major PantchoulitcheiT ira de Coclois à Arcis-sur-Aube. S'il y trouve l'ennemi, il cherchera à le repousser et à s'emparer de celte ville et du pont. Si l'ennemi occupe ce point avec de l'infanterie en nombre supérieur, le général PantcbouUtcheff se retirera avec précaution et me fera connaître son mouvement. Si le général Pantchoulitcheff prend Arcis, il enverra des coureurs sur le chemin de Nogent et fera occuper par les Cosaques Méry-sur-Seine et Plancy-sur-Aubc. Il laissera du monde à Anbeterre pour éclairer la route do Troyes. Le colonel Davidoff ira à Charmont avec le régiment de hussards de la Russie-Blanche et aura des postes à Luyères et à Bouy ; ces postes enverront des éclaireurs sur la route de Troyes. Le général-major Wassiltchikoff ira, sur la rive droite do l'Aube, jusqu'à Ramerupt et Arcis, et fera des partis sur Brébant et Mailly (route de Châlons à Ramerupt et de Chûlons à Arcis). »

L'entreprise tentée contre Arcis, le 28, échoua parce que le général BordesouUe avait eu le soin de faire barricader solidement le pont.

' Le général-major prince Stscherbatoff au prince de Schwarzenberg. Maiziéres, 28 janvier. (Original en français. — K, K. Kriegs Archiv,, 1, 631.)

« Ce matin, (^tant sorti du village de Donncmcnt pour aller fi Arcis, le général-major Wassiltchikoft* me communiqua Tordre qu'il reçut du lieutenant-général Wassiltchikoff de marcher au plus vile sur Lesmonl, de découvrir en môme temps mon détachement et de me faire savoir que je dois me joindre à lui.

« En arrivant îi Lesmont, je reçois un ordre du lieutenantgénéral Wassiltchikoff pour me mettre sur le chemin qui va de <}iffaumont à Lesmont. En conséquence de quoi, j(î suis venu il Maizières d'où j'ai envoyé des partis h Montier-cn-Dcr et h Bonnement.

« Les partis que j'ai envoyés ce matin h Vitry et Arcis ne sont pas encore de retour, mais le premier a découvert qu'il y a à Vitry beaucoup de troupes ennemies.

« Les nouvelles, que j'ai eues des habitants, sont qu'il y a Ih près de 50,000 hommes, qu'il y a îi Arcis 6,000 hommes ennemis et que les troupes alliées sont aux portes de la ville. En arrivant ici, un déserteur français s'est présenté chez moi. Il dit avoir vu luimôme, hier. Napoléon arriver avec 10,000 hommes de cavalerie et que le chemin de ChAlons h Vitry est couvert de troupes.

« Le détachement du général-major prince Biron passant par ici, m'a dit que l'Empereur était h Vassy et h Joinville, et que ce détachement allait couvrir le flanc droit du corps du lieutenantgénéral Lanskoï. »

La brigade volante de Biron, dont un des escadrons sur\'eillait des environs de Longeville, la roule qui mène de Sommevoire à Brienne, avait poussé sur l'ordre qu'elle en avait reçu, jusqu'à Hampigny où elle arriva fort avant dans la soirée du 28 et d'où elle établit ses vedettes jusque vers Brillecourt.

En môme temps, les généraux Pantchoulitcheff et Wassiltchikoff II avaient été avisés dans le courant de la journée d'avoir à se replier sur le gros du corps en ne laissant du côté d'Arcis et de Troyes que des postes d'observation. Olsufieff prenait des cantonnements resserrés dans Brienne même et aux environs de la ville. Sacken avait ordre d'en faire autant du côté de Lesmont et devait, en cas d'alerte ou d'attaque, poster une partie de son corps à Pougy et l'autre partie à Lesmont môme.

Pour compléter ces mesures qu'il croyait nécessaire de prendre et en dépit de la tranquillité dont il faisait montre vis-à-vis du généralissime, Blûcher avait encore, nous l'avons déjà dit, fait

ôerrer sur lui la cavalerie du VI^ corps sous les ordres de Pahlcn qui provint de cette nouvelle destination le feldzeugmeister Gyulay. Des termes mêmes de cette lettre S il ressort manifestement que Blûcher était loin d'ôtre aussi satisfait de sa situation qu*il le prétendait dans ses dépêches à Schwarzenberg :

« J*ai eu l'honneur d'annoncer hier h Votre Excellence que je comptais être aujourd'hui à Pincy, parce qu'une partie de l'armée du feld-maréchal Blùcher devait arriver à Coclois. Mais le feldmaréchal Blûcher m'informe que l'ennemi fait des mouvements sur sa droite et que le général Lanskoï, qui était à mi-chemin de Saint-Dizier fi Yitry, ayant été chassé hier 27 de Saint-Dizicr, s'est rejeté sur Joinville d'où il est parti ce matin pour aller à Doulcvîint. »

o Aujourd'hui l'ennemi a occupé Vassy et s'est montré h Giffaumont et à Chavanges. Jusqu'à présent, il est difficile de prévoir et de dire quelles sont ses intentions.

« Le général York devait venir aujourd'hui de Saint-Mihicl à Saint-Dizier, se poster sur le flanc droit du feld-maréchal Blficher. Peut-être l'ennemi cherche-t-il à contrarier cette jonction î Peut-être aussi veut-il se porter de Chûlons par Arcis sur Troyes et veut-il par ce mouvement en avant nous dérober ses véritables projets? Enfin, il pourrait se faire qu'il voulût prendre l'offensive contre notre droite.

« Pour attendre le résultat et le développement des mouvements de l'ennemi, le feld-maréchal Blllcher a fait aujourd'hui halte à Brienne et m'a invité à eu faire autant de mon côté.

<( J'ai été sur le point de m'arrêtcr à Éclance ; mais en raison des mouvements que l'ennemi a feits cette après-midi du côté de Chavanges, le feld-maréchal qui a employé du côté d' Arcis toute sa cavalerie sous les ordres du général Lanskoï ', m'a prié de me poster derrière la Voire et de couvrir pour le moment sa droite. Je me porte par conséquent sur Lassicourt. La cavalerie du général Wassiltchikoff surveille et couvre le flanc gauche du feld-

t Pahlen au feldzeugmeister comte Gyniay, Brienne, 28 janvier, 4 heures après-midi. {K, K. Kriegt ArefUv,, l, ad. 62K.)

' Pahlen commet là une erreur^ C'est le général Pantchonlitehoff et non le général Lanskoï, qui avait été envoyé da côté d'Arcis.

maréchal du côté de Troyes, et Tavant-gardo de Votre Excellence pourra aisément se relier h cette cavalerie.

« J'aurai Thonneur de tenir Votre Excellence au courant des événements ultérieurs. »

Quant au général Lanskoï, il avait pu arriver vers le soir, le 28, à Doulevant et devait donc, selon toute probabilité, être h môme de rallier Blucher le lendemain.

Mouvement de Tarmée française sur Montier-en-Der. —

Pendant ce temps, TEmpereur, laissant à Saint-Dizier la division Lagrange (du 6« corps) et le l®»" corps de cavalerie (Doumerc) pour couvrir et cacher la marche des autres corps, avait continué, dès le point du jour, son mouvement sur Montier-en-Der. Sa petite armée marchait sur deu:c colonnes. Victor, avec le 2« corps (moins la division Duhesme, qui resta en position toute la journée et no fila que le soir sur Vassy) et avec le 5« corps de cavalerie (xMilhaud), reçut Tordre de suivre la route de Joinville jusqu*h Rachecourt, puis, h partir de ce point, de se porter par la traverse sur Vassy et Montier-en-Der. La cavalerie et Tinfonterie de la garde avaient pris droit sur Montier-en-Der par Éclaron, et plus à droite encore le général Gérard quittait Vitry avec les divisions Dufour et Ricard et la brigade de cavalerie du général Piquet, flanquant ainsi la droite de l'armée en marchant sur la route de Vitry à Brienne.

Le 5e corps de cavalerie (Milhaud) arriva h onze heures du soir à Longeville. Le général Milhaud lit occuper Boulancourt, h une demi-lieue de Longeville, par une brigade de cavalerie légère et trois compagnies d'infanterie légère. La division de dragons Lhéritier fut postée un peu en arrière de Longeville avec une de ses brigades [i Louzc.

Mais à la gelée du 27 avaient succédé la pluie et le dégel, et Tartillerie de Victor ne parvint qu'à grand peine h se tirer des fondrières des chemins de traverse par lesquels elle avait îi passer k partir de Rachecourt.

Malgré les difficultés inouïes qu'elles eurent à surmonter, les troupes arrivèrent cependant le 28 au ^oir à Montier-en-Der*.

* Gronchy (Mémoires) indique comme positions, le 28 au soir, Maiiièrai pour i'ayant-garde du S*' corps, soutenue par deux divisions de dragons, et

Marmont, après avoir attendu h Saint-Dizior le retour des reconnaissances envoyées sur Bar-le-Duc et sur Ligny, où ses cavaliers n'avaient pas trouvé trace des troupes alliées, puisque celles-ci n'arrivèrent que quelques heures plus tard il Bar-le-Duc, se portait h quatre heures de Taprès-midi avec 1200 hommes d'infanterie (une brigade de la division Lagrange) et le i^' corps de cavalerie sur Éclaron pour continuer le lendemain sa marche sur Vassy. Il ne restait plus, dès lors, h Saint-Dizier, que le général van Merlen avec 800 fantassins, 400 chevaux et 4 bouches à feu.

Le général Gérard prit position, avec la division Ricard, en avant d'Arzillières; la division Dufour restait en arrière de Brauxle-Comte *. Quant h la cavalerie du général Piquet, bien qu'elle eût reçu Tordre de pousser encore, le 28 au soir, jusqu'à Montieren-Der, elle ne put y arriver que le 29 au matin. Enfin, en présence du mouvement de Blûcher sur Brienne, le major-général, sur l'ordre de l'Empereur, avait prescrit h Macdonald le 28 au soir, par une dépêche que le maréchal reçut k Rethel le 29 au matin, de se concentrer au plus vite à Chàlons et de se diriger vivement sur ce point, au lieu d'aller, comme le voulaient les lordres précédents, sur Sainte-Menehould.

Pour ne pas interrompre la suite des opérations et des mouvements entre l'Aube et la Marne, nous indiquerons plus loin les particularités de la marche du duc de Tarente de Namur sur Châlons et Vitrv.

Prise par les Cosaques de Stscherbatoff du lieutenantcolonel Bénard. — Ce fut à ce moment aussi que les caprices de la fortune vinrent ser\ir et sauver Blucher. Dès le 27 au soir, l'Empereur avait de Saint-Dizier fait partir pour Arcis-sur-Aube cl Troycs des officiers porteurs d'ordres enjoignant h Mortier de se rapprocher de lui de façon îi pouvoir former, h partir du 29, la

fait Tenir le reste de rinfanterio du 2^ corps jusqu'à LongeviUe. 11 y a là évidemment une erreur, puisqu'il est constant que Stscherbatoff occupait Maiziôres et y resta jusqu'au 2^, et que le 2® corps n'arriva que fort tard, le 98 au soir, à Montier-en-Der.

* Koch commet une erreur en disant que Dufour occupa, le 28, Uraux-lc- Comte, puisque les avant-postes de Pahlen poussèrent vers le soir des pointes de ce côté sans rien rencontrer. — Voir Lutzow, Beilrâge zur Kriegsgeschichte 1813-1814, p. 173.

droite de l'arméo. Un hasard heureux dessilla complètement les yeux de Blûchcr et lui permit de prendre encore, en temps opportun, les mesures nécessaires pour pouvoir faire face h un danger qu'il redouUdt, mais qu'il ne croyait ni aussi si'îricux, ni aussi imminent.

Avant de parler ici des diftërentes dépêches interceptées et dont les originaux existent aux Archives de la guerre h Vienne, il semble utile de reproduire les termes mômes dans lesquels la prise du lieutenant-colonel Bénard est rapportée dans les Tagesbegebenheiten der llaupt-Armee im Monat Januar^ h la date du 28 janvier : « Stscherbatoff prend, sur la route d'Arcis, un officier français envoyé par Berlhier h Mortier à Troyes et porteur d'ordres enjoignant au maréchal de rallier, le 29, Taile droite de Napoléon. Cette dépêche, interceptée, sauve Tarmée de Silésie en révélant aux Alliés les projets de TEmpereur et en immobilisant la garde du côté de Troyes ».

La Kurzgefasste Darstellung der Kriegsbegebenheiten der schlesischen Armée attache naturellement beaucoup moins d'importance à ce fait qui se serait passé, d'après elle et d'après les auteurs allemands, le 29. Elle se contente de dire : « Les coureurs de BlUcher ont pris le lieutenant- colonel Bénard qui i)ortait à Mortier Tordre de quitter Troyes avec la vieille garde et de rejoindre la droite de l'Empereur. Le général Colbert devait exécuter un mouvement analogue. Blûcher est, dès lors, rassuré sur le sort de sa gauche et se décide à rester à Brieime. Il croit, en effet, que Napoléon se trouve, «fl/w «'en douter, au milieu môme des forces des Alliés. »

Des papiers et des dépêches trouvés sur le lieutenant-colonel Bénard, au moment où il se laissa prendre par les Cosaques du général prince Stscherbatoff, il ressort manifestement que cet officier avait rempli, sans encombre, une première mission, celle dont il avait été chargé le 24 à Chiliens, par l'ordre de Belliard, puisque le général Dufour avait exécuté, depuis lors, les mouvements qui lui étaient indiqués dans la dépêche dont il est question au post-scriptum de cet ordre*. Bénard devait être moins

i K. K. Kriegs Archiv , 1, 30.

* M Ordre du général Belliard an lieutenant-coloucl BOnard. — Châlons, le

ncureux quatre jours plus tard, et il suffit do parcourir les trois dépêches dont il était porteur, et surtout celle adressée au général Bordesoulle, pour se rendre un compte exact de l'imporlance qu'allait avoir pour Blucher une capture qui le mettait d'une façon complète au courant de la situation et lui révélait, d'une manière absolument authentique et dans tout leur ensemble, les projets de l'Empereur :

« Ordre de Berlhier au lieutenant-colonel Bénard*. — Saint- Dizicr, le 27 janvier 1814.

« Il est ordonné à Monsieur Bénard, officier d'état-major, de partir de suite pour se rendre en poste en passant pat Arcis-sur- Aube porteur d* ordres très pressés auprès de M. le général Bordesoulle h Arcis-sur-Aubc, de M. le maréchal duc de Trévise h Troyes, et de M. le général Colberl h Nogont-sur- Seine. »

a Berlhier au maréchal Mortier, duc de Trévise* — Bcrthier au général Colbert^ — Saint-Dizier, 27 janvier 1814, 7 heures du soir.

« Monsieur le maréchal duc de Trévise, « Monsieur le général Colberl, « Nous avons battu l'ennemi à Saint-Dizier; nous occupons Joinville, Bar-sur-Ornain, et nous sommes sur la ligne d'opérations de l'ennemi.

« Notre avant-garde est ce soir h Vassy, se dirigeant sur les derrières de l'ennemi. Manœuvrez pour rejoindre notre droite le plus tôt possible, afin qu'une bataille ayant lieu, vous soy<?z réuni h nous. Vilry est le pivot de ton les les opérations. »

24 janvier i814. — « Il esl ordonné à Monsieur Bônard, officier d'ctat-major. de partir de suite en poste pour so rendre à Bar-snr-Aube, en passant par Arrissur-Aube et Brieniie-le-Château, porteur d'ordres très preuét destinés à M. le maréchal duc de Trévise. Sa mission remplie, il prendra les dépêches de M. le maréchal et rétrogradera sur le quartier général. »

. « P. S. — En passant à Brieune^le-Chàteau, cet offlcicr remettra la dépcV'hc à Fadrcsse du général Dufour. » (K, K. Kriegs Archic, I, 657, d.)

Le colonel BcnanI, rentré de cette preniit^re mission, avait rendu compte à l'Empereur de ce qu'il avait vu, et Napoléon écrivant à Victor, de Vilry, le S6 à 4 heures de l'après-midi, lui disait entre autres : « Le colonel Ihrnard, mon aide de camp, qui a traversé tout le corps do Blucher, l'a estimé n'Otre pas plus de 20,000 à 25,000 hommes. » (Correspondance, n<> 21.138).

i K. K. Kriegs Archiv., I. 167, /".

» Ihid,,h 657, c.

> Ihid., I, 657, d.

Les dépêches qu'on vient de lire contenaient dojfi h elles Renies des renseignements d'une inappréciable valeur pour BUicher. Elles lui indiquaient, en effet, les principaux points occupés par Tarniée de l'Empereur le 27 au soir, ainsi que la direction dans laquelle il se proposait de marcher les jours suivants. Elles lui faisaient connaître, en outre, les mouvements qu'il compLiit faire exécuter à Mortier et à Colbert et, en admettant mémo que, vu leur importance, ces ordres aient été envoyés en duplicata * cl par une autre voie, Blùcher pouvait aisément arriver h déterminer par un calcul des plus simples, le moment où ces forces seraient à môme de rejoindre l'Empereur. Mais la fatalité, qui semblait B*acharner contre Napoléon, avait livré à Blùcher un document plus circonstancié, plus complet et plus précieux encore : la dépêche de Berthier à BordesouUe, dépêche qui allait élucider les points un peu obscurs des deux ordres précédents et mettre Blùcher absolument au courant de la situation, des ressources, des intentions de Napoléon, des mouvements ordonnés à Gérard, à Colbert, à Pajol môme, enfin des instructions précises que l'on croyait nécessaire do faire tenir au commandant de la place do Troyes.

« Le prince vice-connétable * (Berthier) au général BordesouUe. — Saint-Dizier, 27 janvier 1814, 7 heures du soir. « Monsieur le général BordesouUe,

«c Nous avons attaqué, aujourd'hui à 10 heures du matin, Saint-Dizier ; nous avons culbuté l'ennemi, fait des prisonniers et tué du monde. Notre attaque a été si brusque et si prompte, que l'ennemi n'a pas eu le temps de faire sauter le pont.

« Il paraît que le prince Cherbatoff («ic) sera dirigé, avec 7,000 à 8,000 hommes de toutes armes, de Saint-Dizier sur Montiercn-Der. Il a dû y arriver le 26 ; il pourrait donc être, aujourd'hui 27, entre Montier-en-Der et Brienne. Vraisemblablement, il appuiera les cosaques de PlatotT, qui arrivent depuis quelques jours dans cette direction. Faites passer la nouvelle de notre avantage

* Le S8, à iO heures du matin, oo avait, eu effet, expédié de nouYcau à Mortier, par uu officier du 38° régiment, l'ordre do rejoindre Tarmée. Du 28 au 30 au soir, on ne trouve plus aucune trace d'ordres envoyés au duc de Trévise.

s K. K.KriegiArehiv,, I, dS3.

sur Saint-Dizicr au général Pajol h Nogeut-sur-Scine, et vous lui écrirez de la faire passer à Paris.

<c Écrivez de m(''me au commandant de Troyes. Ajoutez que nous aj)prenons qu'une grande partie de Tartillerie ennemie est embourbée dans une forêt, ayant voulu prendre la route directe de Saint-Dizier îl Monticr-en-Der.

« Sa Majesté suppose que le général Gérard est actuellement près de Vitry. Elle ignore où se trouve le duc de Trévise : on le croit à Vendeuvre. Ce maréchal n'a pas un moment à perdre pour se porter dans la direction de Vitry et former notre droite.

« L'Empereur se trouve ainsi sur les derrières de Tennemi, que nous avons coupé et chassé par là Nancy, et notre avant-garde est ce soir, le 27, sur Vassy. Nous continuerons à marcher sur les derrières de l'ennemi avec une belle et bonne armée. Il reste à voir le parti que prendra l'ennemi après le nouvel état de choses. Vous et le général Pajol manœuvrerez en conséquence.

« L'Empereur désire beaucoup que le duc de Trévise ne s'expose pas et qu'il vienne rejoindre sa droite; que le général Colbert, qui n'a pas d'artillerie, traverse tout droit, preinint des informations dans le pays, sur les chemins, et vienne nous rejoindre.

« Nous marcherons certainement sur les derrières de rennemi. Conmie il est probable qu'il se retournera contre nous, il est important que le maréchal duc de Trévise, les généraux Gérard et Colbert nous rejoignent.

« Le commandant de Troyes doit tenir le plus de temps possible, car il est probable que la direction prise par notre armée donnera à penser h l'ennemi. Si le commandant de Troves crevait devoir se replier, il devrait le faire sur Nogent.

ce Dans le cas où l'ennemi reviendrait sur nous et que le général Pajol ne fût pas occui)é, vous et lui battrez le pays entre l'Aube et la Marne pour empêcher les partis de filer entre l'Aube et ChAlons. T;\chez de faire connaître à chacun ce qui le concerne dans la lettre que je vous écris. »

Aussi Blùcher pouvait-il, en expédiant de Brienne à Schwarzenberg, le 29 au matin* , ces dépêches qui lui avaient été remises

* Bliichcr à Scliwarzenbcrg, Bricnnc, 29 janvier. (K. A', Krieys Arehiv., I, 657.)

le 28 au soir ou au plus tard dans la nuit du 28 au 39, lui dire, sans risquer de se compromettre :

« II résulte des pièces prises par mes cavaliers entre TAube et la Marne, du côté d'Arcis *, que l'on n a rien à craindre du côté de Troyes et d'Arcis, Tennemi tirant toutes ses forces de Ih pour les porter sur Vitry. » Et il ajoutait : « Comme le général York doit se trouver probablement sur la grande route de Toul pour se relier aux généraux Wittgenstein et Kleist, et que notre ligne serait par trop longue si je la poussais d'Arcis par Brienne à Barsur-Aube, je m'approcherai de Bar-sur-Aube îive^c mon gros.

« Si l'ennemi venait avec son gros par Joinvilie sur Votre Altesse, je prendrais l'oftensive, par Brienne et Bar-sur-Aube, sur son flanc droit, pendant que Votre Altesse le ferait attaquer dans la vallée de la Marne. » Il terminait enfin en disant : « Prière de donner à York et à Kleist des ordres leur permettant d'agir de concert avec nous.

« J'attends les ordres de Votre Altesse.

c( Le mouvement de rennemi ne me déplaît pas, et il est très heureux que nous ayons intercepté ces dépêches. »

Nous avons jugé opportun, bien que nous n'en soyons encore qu'aux événements du 28, de reproduire ici cette dépêche de Blûcher, parce qu'elle complète l'exposé des faits relatifs h la prise du colonel Bénard, et parce qu'il était nécessaire d'être exactement fixé sur la date et le moment de la capture de cet officier. Il est, en effet, impossible, comme le prétendent les auteurs allemands, et d'après eux les auteurs français, que, porteur d'ordres très pressés, le colonel Bénard, parti de Saint-Dizier le 27 janvier il 7 heures du soir, ait été pris le 29 àmidi, entre Arcis

1 Le capilaine von Hardenbcrg, pris à Brienne an moment do la surprise da château, confirme» dans son rapport sur lequel nous aurons lieu de revenir un peu plus loin, notre opinion au sujet de la prise du colonel Bénard. Bliicher avait expédié sa dépêche dés qu'il eut reçu les pièces trouvées sur le colonel, et n'avait pas attendu pour cela qu'on lui amendt l'officier français. Le rapport d'Hardenberg commence, en effet, par ces mots : « Le quartier général du feld-maréchal Blucher était établi à Brienne le 29 janvier. Vers midi, on nous amena le colonel Bénard qu'on avait fait prisonnier, et, quelques minutes après, on apprit que les Français attaquaient nos avant-postes. Le général remonta aussitôt û cheval avec les officiers de son état-major et de son quartier général, et se porta vers le point où l'artillerie était en batterie... • (Rapport du comte von Hardenberg, Kriegsgeschichtliche Einzelichriften^ 1884, T. 6.)

WeU. 25

et Viiry, par les coureurs de Stscherbatoff et ail mis 40 heures pour parcourir h franc étrier ou en poste une distance de 50 h 60 kilomètres. Il y a encore lieu de remarquer que le Journal de la grande armée de Bohôme fait mention de ces faits à la date du 28 ; que le 29, Stscherbatoff, qui était déjà le 28 dans l'aprèsmidi h Maizières, avait affaire avec la cavalerie do Milhaud. L(\ colonel a donc été pris vers Arcis- sur-Aube dans la matinée du 28. Autrement Bliicher n'aurait pu expédier au généralissime les pièces en question que dans l'après-midi du 29, à un moment où, se trouvant déjà aux prises avec l'Empereur, il aurait sans aucun doute informé Schvvarzenberg du combat qu'il avait à soutenir.

Bénard lui-même a, d'ailleurs, consigné dans son rapport l'heure précise de sa caplurc. Son rapport établit d'une façon irréfutable le fait essentiel et permcît d'affirmer que, grAce à cette capture, Blûcher savait, dès le début du combat de Briennc, à qui et à quelles forces il allait avoir affaire *.

i Rapport da chef d'escadron Bénard à S. A. S. le prince de Nenchâtcl, major général, etc. :

M Monseigneur, conformément à l'ordre du 27 janvier de Votre Altesse, je suis partis {sic) de Saint-Dizier porteur de dépècties pour le général Bordesoul (Bordosoulle) à Arsi (Arcis), pour le duc de Trévise à Troies (Troyes), et pour le général Colbcrt à Nogent-sur-Seine. Ayant éprouvé des retards à la porte de Vitry-le-François, je ne suis arrivé devant Arcis-sur-Aube que le 28 a 10 heures DU MATiM. J'ai été pris par les Cosaques et conduit à un quart de lieue sur la route de Lémon {Lesmont)^ au chef de 400 chevaux. Nous avons couché à Lémon (Lesmont), de bonheur. Le 29, /ai êlc comluit au prince XXX , commandant les partisans de Pinay (Piney), lequel, après avoir pris connaissance do mes dépêches, m'a envoyé à Brienne cliez le maréchal Blucker (Bliicher) qui, pendant l'attaque, me fit partir pour Bar-sur-Aube, où étaient les généraux Jukt (Guylay) et le prince de Vittemberg (Wurtemberg) avec son corps. Je pense que les divisions autrichiennes Frenel (Fresnel) et GrainviUe (Crenneville) étaient tant dans le Val-Perdu qu'à Vendeuvre. Le même jour au soir et pendant toute la nuit, les troupes prussiennes et russes, qui s'étaient battues à Brienne, se sont retirées en grande liâte sur Chaumont. Le 30, dans la journée et dans la nuit, elles sont revenues.

« Le 31, je me suis rendu à Nuyseran. Près de Vendeuvre, par le Val- Perdu, j'ai remarqué des mouvements de troupes depuis Vendeuvre jusqu'au Pont-Neuf. Le 1<^^ février, après Taffairo, les troupes ennemies sont venues se loger dans les villages circonvoisins de Vendeuvre ; il en a été do même pendant la journée du 2. Mais, au lieu des troupes de ligne, c'était la garde do l'empereur de Russie, ce qui m'a décidé à me rendre à Vendeuvre le 3 pour trouver près de M. de La Vilwuve des renseignements. Il m'a dit avoir apris du prince CoUoredo que nous avions été battu et perdu 40 pièces de canon»

Il nous a semblé, en outre, qu*on présence des dissentiments de plus en plus profonds qui séparaient Blûcher ot Schwarzenberg, du courant d'idées qui dominait toujours au quartier général h Ghaumont et dont nous aurons encore à nous occuper, la reproduction de cette dépêche servirait mieux que toute dissertation à mettre en lumière la transformation que le i)nîcieux avertissement qu'elle contenait, opéra dans le ton et dans Tattitude du feldmaréchal. Sa joie est d'autimt plus grande, sa confiance en Tavenir d'autant plus illimitée et inébranlable qu'il est, désormais, sûr d'échapper h un désastre presque inévitable sans ce concours heureux de circonstances. Ainsi mis encore à temps au courant des intentions de Napoléon, Blûcher sait, désormais, qu'il aura la possibilité de prendre ses mesures en conséquence, tandis ({ue Schwarzenberg, ne trouvant plus de moyens dilatoires h oppos(;r aux arguments de Gneisenau,va se voir contraint par l'Empereur de Russie h reprendre l'offensive et à renoncer à cette immobilité dont, malgré ses efforts, ses plaintes et ses objurgations, le maréchal Yorwàrts n'avait pu parvenir à le faire sortir.

Mouvement du corps d'Tork. — Si rEm|)ercur, en prévision des événements qu'il allait provoquer, cherchait h rallier autour de lui ses différents corps, Blûcher, de son côté, n'avait pas négligé de rappeler à lui York et se préoccupait — ses dépêches en font foi — des mouvements et de la marche du !•' corps. York avait, sur ces entrefaites, reçu simultanément, le 38 au matin, la nou-

qn'on allait ponnoivre les succès en attaquant, à midi, TEmperenr sur TroUs. A la vérité, j'ai vu passer à Vendeuvre, et so diriger sur Troies, des colonnes venant de Brienno et de Bar-sur-Seine. L'empereur do Russie et le roi de Prusse sont à Vendeuvre, ainsi que le prince Scharsenberck (Schwarzenberg).

<c J'ai rejoint le quartier général en passant par la forôt d'Orient, le moulin de la Tombelle, où l'ennemi raccommodait le pont ; Villevoque, où il y avait un poste do 50 Russes (infanterie) ; Ongon (Onjon), Gharmont et Troyes. Au commencement de la nuit, il a passé à Piney, sur la route de Troyes, 400 chevaux et un bataillon d'infanterie. »

Nous avons intentionnellement reproduit cette dépêche en la copiant textuellement. Nous avons cependant cru devoir rectifier quelques-unes des nombreuses fautes d'orthographe de l'officier dont la capture devait nous Atro si néfaste. C'est ainsi qu^il écrit Lémon au lieu de Lesmont. Blucker au lieu de Blûcher, Julet pour Gyulay, Vitteoiberg pour Wurtemberg, Freuel pour Fresnel, Grainville poar CrenneviUe, Scharsenberck pour Schwarzenberg, Ongon pour Onjon, etc.

velle de Taffaire du capitaine von Oslen à Bar-le-Diic, de la marche des Français sur Sainl-Dizier et de la présence à Clermont-cn- Argonne d'une grosse colonne française qui lui était signalée par une patrouille d'Hcnckel envoyée du côté de Beauzée. Mais comme le gué de Han-sur-Meuse était devenu impraticable pour Tartillerie par suite de la gelée qui en avait rendu la rampe d'accès par trop glissante, York se vit obligé de modifier ses ordres, tant pour assurer la sécurité de ses troupes que pour tenir un point de passage un peu moins précaire. Le 28 au matin il avait, de Saint-Mihiel*, recommandé îi Henckel de rester devant Bar-le-Duc et d\ entrer dès que Tennemi se retirerait. Il avait prescrit au général Katzler, qui avait repris ce jour-là le conmiandement de Favant-garde *, de suivre, s'il y avait lieu, le mouvement du colonel Henckel ou de s'arrêter à Ville devant Beirain, si les Français restaient h Bar-le-Duc, en se maintenant en communication constante avec Henckel. Il avait envoyé au général von Jûrgass Tordre de passer avec la cavalerie de réserve le pont et le gué de Han-sur-Meuse, de prendre îi gauche de la route de Barle-Duc par Courcelles-aux-Bois, Ménil-aux-Bois et Grimaucourl, de se relier à droite avec le général Katzler, h gauche avec Favantgarde du prince Guillaume de Prusse, et de pousser ses patrouilles vers Bar-le-Duc. Le reste du l^^ corps, avec l'artillerie du général von Jiirgass, devait se diriger sur Commercy ; l'avant-garde du prince Guillaume de Prusse, défilant par Commercy, devait pousser jusqu'à Saint-Aubin et de là vers Ligny ; la 2* brigade se postait à Commercy ; la 1° venait vers Commercy par Pont-sur- Meuse et Boncourl, et la l''^^ brigade marchait de Pont-à-Mousson par Gironville vers Commercy où s'installerait également le quartier général.

York avait, d'ailleurs, complété ces dispositions générales par des instructions particulières, qu'arrivé à Commercy, dans la

* York, Disposition pour le 28 janvier, de Saint-Mihiol, 28 janvier, 5 licarcs du matin.

« Composition do Tavanl garde de Kalzlcr : 1 hataiUon du iî« régiment d*infanlorie de n-serve, le bataillon de fusiliers «le Brandeliourg, 2 compagnies de chasseurs, 5 escadrons du 2° régiment de hussards du corps, 1 escadron du régiment de hussards do Brandebourg, 1 escadron du régiment de hussards do Mecklembourg, 1 escadron du régiment de cavalerie nationale de la Prusse orientale, et une batterie a cheval.

journée du 28, il fit tenir au prince Guillaume de Prusse. Apr^8 avoir exposé au prince ses idées, tant pour le cas où les Français évacueraient Bar-le-Duc que pour celui où Henckel et Katzler seraient obligés d'enlever cette ville, York, sans nouvelles de Blûcher depuis que TEnipereur, en chassant Lanskoï de Saint- Dizier, s'était jeté entre les deux grandes fractions de Tarmée de Silésie, appelait l'attention du prince sur le fiiit que, les troupes de Sacken ayant dû passer par Saint-Dizier le 23, il était de la plus haute importance : 1® de savoir si les Français occupaient ou non Saint-Dizier ; 2^ de connaître la direction prise par Sacken au delà de ce point. Il lui faisait remarquer qu'il était, par suite, indispensable de charger Henckel et Katzler de chasser Tennemi devant eux, de lui envoyer, dans le plus bref délai, des nouvelles précises sur la position et les intentions de Tennemi ù Bar-le-Duc, nouvelles dont il avait absolument besoin pour régler les marches ultérieures de son corps. Il prescrivfiit, en outre, au prince de faire partir de Ligny pour Saint-Dizier un officier et quelques cavaliers chargés de se renseigner, à Saint-Dizier, sur la présence de Tennemi dans cette ville, mais en évitant la grande route de Bar-le-Duc à Saint-Dizier. Il recommandait, de plus, comme les chevaux de la pointe d'avant-garde devaient être fatigués, de se servir, en cas de besoin, de chevaux du pays et d'en changer aussi souvent qu'on le jugerait nécessaire pour assurer la transmission rapide des nouvelles. Il le prévenait, enfin, de la présence probable de troupes russes à Ligny *.

Occupation de Bar-le-Duc. — Mais, dans l'après-midi du 28, les Français évacuèrent Bar-le-Duc que le colonel Henckel occupa immédiatement après leur départ, tandis que le général Katzler s'établissait ù Érize-Saint-Dizier.

York avait, entre temps, reçu la confirmation formelle du combat de Saint-Dizier et de la i)résencc de Tannée française entre Blûcher et lui.

Le général von Jûrgass était arrivé à Ménil-aux-Bois. L'un de ses deux régiments, le !«»" dragons de la Prusse occidentale, était établi à Grimaucourt; il avait envoyé un parti de 30 hommes, sous les ordres d'un officier, dans la direction de Clermont et des

* York, Instmctions an prince Guillaiime de Prusse, Ck>mmercy, 28 janvier.

patrouilles vers Bar-lfr Duc, tandis que Tautrc régiment (dragons de Lithuanie) s'étendait depuis Ménil-aux-Bois jusque vers Lignîères.

Quant au prince Guillaume de Prusse, aprfcs avoir réparé lo pont de bois do Pont-sur-Meuse, il était arrivé vers 2 heures à Commercy et le soir à Saulx-en-Barrois : sa pointe d'avant-garde (1 bataillon et 2 escadrons de uhlans, sous les ordres du major von Schiesiâdt) occupait Ligny et s'était reliée de ce côté aux troupes du VI« corps (Wittgenstein). En somme, la situation d'York n'était rien moins que critique. Le général prussien savait que Napoléon venait de rejoindre son armée. On avait entendu le canon du côté do Saint-Dizier et l'on connaissait le résultat du combat. Le seul avantage que le commandant du I*'' corps avait retiré de la continuation de sa marche en avant, consistait dans l'occupation de Bar-le-Duc par les cavaliers de Henckel. Il s'était, il est vrai, relié avec l'avant-garde de Wittgenstein ; mais ces légers avantages étaient plus que compensés par l'effet résultant de l'arrivée de l'Empereur à l'armée et par les conséquences morales du succès remporté par les Français à Saint-Dizier.

Aussi, avant de s'engager sur le chemin de Joinville, York abandonné h lui-même, sans nouvelles de Blûcher, prit la résolution de se porter sur Saint-Dizier. En agissant offensivement de ce côté, York, une fois la reconnaissance faite, se réservait la possibilité ou de remonter la Marne pour rejoindre Wittgenstein, ou de se replier par la haute Meuse, s'il y était contraint par des forces supérieures en nombre.

Positions du corps Kleist. — Dans ce dernier cas il aurait été recueilli par Kleist, qui, après avoir atteint avec son avant-garde Consarbriick, avec la 10® brigade Wittlich, avec la 12® Ruwer et Wassereich, avait résolu de continuer sa marche sur la rive gauche de la Moselle par Grevenmachern et de passer devant Thionville et Metz. Kleist se proposait de reprendre ensuite la route de Pont-iVMousson à Saint-Mihiel, pendant que le général Jussefowilch, avec 3,000 hommes, se porterait par la rive droite de la Meuse, sur Saint-Mihiel.

Mouvements des V® et VV corps de Tannée de Bohème. — Du côté de l'armée de Bohème, en passant en revue les évé-

nemcnts survenus sur TAubc, nous avons déjà eu occasion de mentionner le mouvement de Pahlen vers la Voire et la position qu*il avait prise aux environs de Lassicourt. Il nous restera à dire h propos du VI« corps que Wittgenstein, continuant sans hilte sa marche vers Joinville, était arrivé à Houdolaincourt, et qu'Ilowaïsky XII, qui devait avec ses Cosaques rejoindre Pahlen, reçut dans le courant de la journée Tordre de s'arrêter et resta h Vignory *.

Le V« corps avait quitté Bourmont. Frimont, bien qu'il eût eu une marche des plus pénibles à faire par des chemins de traverse défoncés par le dégel, était arrivé cependant avec Tavant-gardo jusque sur les bords de la Marne h Vignory. Mais comme Tartillerie et les voitures n'auraient pas pu se tirer de ces espèces de fondrières, on se décida h les faire passer par Chaumont, avec ordre de rejoindre ù Vignory deux jours plus lard, en suivant la route do Chaumont à Joinville et h Saint-Dizier. Wrède était resté de sa personne à Andelot, et son corps d'armée s'étendait en arrière depuis les environs de Juzennecourt et de Vignory jusqu'à Reynel.

Schwarzenberg prescrivit aux V» et VI» corps de se diriger tous deux sur Joinville, pour s'opposer h la marche de l'ennemi et lui fermer la route de Nancy "•

Mouvements du IV* corps sur Bar-snr-Aube. — Il ordonna en même temps au prince royal de Wurtemberg de porter sa cavalerie, le 29, sur Maisons et Fresnay,pour couvrir la droite de Farmée de Silésie vX la route de Doulevant à Bar-sur-Aube, et de venir avec le gros de son corps entre Ailleville et Trannes *.

1 Stàrkb, EintlieiluDg und Tagesbegebenhciten der Hanpt-Ârmec im Monate Jannar {K. K. Kriegs Arehiv., !, 30.)

* Id, in ibid.

s t( Le prince royal de Wartemberg au prince de Schwarzenberg. — Colombey, le 28 janvier 1814.

«c J'envoie le lieutenant-colonel von Rohrig avec 3 escadrons, de Banssancourt par Vauchonvilliers, le long de la lisiàre de la forôt d*Orient, pour se porter à hauteur de Tavant-garde du III" corps et étahUr une communication entre ce corps et mon avant-garde qui enverra aujourd'hui des partis de DienvUIe par Pincy vers Troyes.

u Comme la route de Dicnville par Piney à Troyes est une chaussée, elle devrait être attribuée à mon corps, d'autant mieux que les colonnes du feldmaréchal Bliicher sont établies à môme hauteur et que je me trouverai» de la sorte, relié à cette armée en marche sur Arcis.

Pendant que Schwarzenbcrg prenait ces dispositions, comme le III« corps (Gyulay) lui avait fait de la place h Bar-sur-Aube, en passant sur la rive gauche de la rivière, le prince royal avait commencé le 28 au matin son mouvement sur Bar. Ignorant encore complètement à ce moment, les événements qui s'étaient passés depuis deux jours du côté de Tarmée de Silésie qu'il croyait toujours en marche sur Arcis, il écrivait à Schwarzenbcrg avant de quitter Colombey pour l'informer de quelques petits mouvements et demander qu'on lui attribuât la route de Dienville par Piney à Troyes.

Le prince royal, exécutant les ordres du généralissime, cantonna son corps h Ailleville, à Arsonval et dans les localités environnantes. Son avant-garde arriva môme par la rive droite de PAube, jusque vers Unienville, Dienville, La Rolhière et Briennela-Vieille, tandis qu'un parti volant de cavalerie passant sur la rive gauche de l'Aube, se dirigeait vers Piney pour se procurer des nouvelles sur la position et les mouvements des Français.

Le prince royal de Wurtemberg informé par ses avantspostes de la présence de Blûcher à Brienne. — Entrevue avec Blûcher. — Le prince royal ne fut pas peu surpris lorsqu'il visita la ligne de ses avant-postes et lorsqu'il arriva à Dien\ille, d'apprendre que Blûcher était à Brienne-le-Chàteau avec une partie de son armée. Le prince se rendit sur-le-champ auprès du feld-maréchal avec lequel il eut un entretien dont il se garda bien de communiquer les détails au prince de Schwarzenberg. Il parait cependant que, sans en rien dire au généralissime, il

« Je demande, à cet effet, des ordi'es à Votre Altesse, et lai envoie un paquet de lettres qu'on a trouvées ici à la poste.

te Mon quartier général sera aujourd'hui à Bar-sur-Aube. » {K. K, hriegt Arehiv., !, 629.)

A ce rapport était jointe, entre autres, une lettre du général Pajol, adressée par lui, le 30 décembre, à son beau -frère le comte Charles Oudinot, lettre de laquelle nous avons déjà extrait un des passages ayant triait à notre sujet, et Tordre ci-dessous du &f inistre de la Guerre :

« Le général duc de Feltre au général Ghabert, commandant la levée en masse dans le département de la Hante-Marne. — « Paris, le 15 janvier 1814. — Ordre d'employer les douaniers, les gardes forestiers, les gardes champêtres, les gendarmes et militaires réformés ou pensionnés qui se trouvent sur le territoire du département. » (Lettre trouvée à Colombey le 28 janvier (1814) par le IV« corps, K. K. Kriegt Arehiv,, I, 629, /.)

s'engagea, afin de pouvoir soutenir le feld-maréchai, à rester h Bar-sur- Aube, tant que de son côté Blûcher se maintiendrait avec l'armée de Silésic aux environs de sa position actuelle près de Brienne et de Lesmont.

Voici, du reste, le singulier compte rendu que, de retour à Dienville, le prince royal adressa il Schwarzenberg après la conférence qu'il venait d'avoir avec Blûcher * :

Dienrille{?) 28 janvier 1814. — « J'ai appris par le feld-maréchal Blftcher que rennenii marchait de Vitry par Saint-Dizier sur Joinville et qu il avait coupé les communications du général York avec Blûcher.

« Lanskoï a été chassé de Saint-Dizier et rejeté sur Joinville et Doulevant. L'ennemi me semble vouloir chercher h empêcher Blûcher d'opérer sa jonction avec la grande armée. Le général Pahlen est arrivé aujourd'hui par hasard îl Brienne. Le maréchal Blûcher va l'employer sur sa droite.

« Je vais pour cela pousser mon avant-garde demain î\ Piney, que surveille Stscherbatoff.

« J'irai demain à Fresnay et Maisons, surveillant la route de Brienne i\ Bar-sur-Aube, qui est, à l'heure qu'il est, la seule communication dont je dispose pour correspondre avec le feldmaréchal Blûcher. »

Positions du III* corps. — Gyulay avait, le 28 au matin, cédé aux Wurtembergeois ses cantonnements de Bar-sur-Aube, où il n'avait conservé que son quartier général. Son avant-garde était îl Villeneuve-Mesgrigny (La Villeneuve-au-Chéne), et c'est de Bar qu'il écrivait le jour même à Schwarzenberg pour lui donner sur sa position, sur celle des avant-postes français du côté de La Guillotière et sur l'état des esprits h Paris, les renseignements contenus dans la dépêche que nous reproduisons en note *.

* Prince royal de Wurtemberg à Schwarzenberg, DienyiUe, 28 janvier. {K. K, Kriegi Arehiv., I, 633.)

) Le feldzeagmeister comte Gyulay au prince de Schwarzenberg {K. K, Kriegi Archiv., I, 625) : — « Bar-sur-Aube, 28 janvier 1814. — « J'ai Thonneur d'annoncer à V. A. que, d'après les rapports des avant-postes, Tennemi a son dernier poste avancé à Courteranges. Il y a solidement barricadé le pont de la Barse qu'il occupe, ainsi que les hauteurs sur lesquelles il tient des troupes dMnfanterio et de cavalerie.

Position de CoUoredo. — A rexlr^mo gauche, Colloredo, dont le quartier général était à Aisey-le-Duc (Aîsey-sur-Seine), avait confié, en le chargeant de la direction de cette colonne, le commandement de la division de grenadiers et de celle de cuirassiers au comte Nostitz. La division Hardegg couvrait sa gauche et occupait Montbard. Sur la droite de Colloredo, Tavant-garde de la division légère du prince Moritz Liechtenstein était entrée à Bar-sur-Seine*; le reste de sa division était échelonné depuis Mussy-FÉvêque (Mussy-sur-Seine) jusqu'il Châtillon-sur-Seine; le gros du corps de Colloredo était cantonné à Cerilly et Bagneux,

0 Entre Ghâtillon et Troyes, la route est complètement défoncée, coaptfe et barricadée à une demi-lieue de Maisons-Blanches. On a également coopé et barricadé le chemin qui mène de là au ruisseau THozain. Sur la route de Troyes à Cliaource, l'ennemi tient ses premières vedettes près de la Roche, mais ce ne doit être là qu'un petit poste fourni par les troupes qui occupent Maisons- Hlanchcs. Ces troupes fournissent également le poste établi dans le château et les jai*din8 de Villebertin. 11 y aurait, à Maisons-Blanches, 600 hommes d'infanterie et de cavalerie. Malgré cela, et en dépit de Teffort qu'il faudra faire, il serait très important et très avantageux de chasser l'ennemi de Maisons-Blanches et de s'y installer.

« Je sais, par des renseignements parfaitement sûrs venus de Troyes, que l'empereur Napoléon a envoyé dans cette ville, en qualité de commandant de place, le général Dillon (iic), qu'il y a été tenu une conférence à laquelle a assisté le préfet, qu'on y a décidé d'évacuer Troyes à notre approche pour aUer prendre une forte position près de Nogent. Malgré cela, l'ennemi détruit les routes du côté de Maisons-Blanches et de Vendeuvrc ; on élève des redoutes, on travaille encore à d'autres ouvrages, on palissade la ville.

M Le préfet a, il est vrai, quitté Troyes. Plusieurs officiers supérieurs et d'état-major, venus de Paris, ont reçu l'ordre de se rendre au camp de Nogent, où il devait y avoir 50,000 hommes, mais ils n'ont trouvé à Nogent ni camp ni armée.

« A Troyes, il n'y avait, hier 27, que 4,000 hommes, qui ont été renforcés par 400 hommes et 50 artilleurs venus de Paris. Ces derniers doivent assurer le service des bouches à feu en batterie à Troyes. A Paris, le^ affaires vont mal pour l'Empereur. On a bien organisé la garde nationale, mais on croit généralement qu'elle refusera de se battre. Il règne à Paris une consternation générale; beaucoup de gens quittent la capitale et s'enfuient en province. On a pu lire il y a huit jours, ces mots peints sur tous les murs de Paris : •

« La paix ou la mort au tyran ! » (a) .

« J'adresse à V. A. le rapport ci-contre du général comte Pahlen (6), qui a transféré son quartier général de Colombey à Dienville.

« Je joins à ce rapport les derniers numéros du Journal de V Empire, n

(a) Ces rensei^crnents se troavent en partie déjà consignés dans le rapport de Tharn à Schwarxeobeiv, de Chaource le i7 janvier.

(6) 11 s'agit' là da rapport reproduit plas haut {K. K. Kriegt Arckiv., I, ai6S5).

* Liechtenstein avait envoyé à Bar-sur-Seine 4 escadrons de chevau-légers O'Reilly et 2 compagnies de chasseurs. (Liechtenstein au comte Colloredo, 28 janvier; K, K. Kriegt Archiv., [, 628, a.)

et Thurn, avec son corps volant, se tenait au sud-ouost de Barsup-Scine, à Villemorien, surveillant de là les routes de Troyes h Chaource et do Troves h Bar-sur-Seine ' .

Platoff â Anzon. — Quant h Platoif , il continuait h inventer et h accumuler des prétextes pour justifier aux yeux du commandement son inconcevable mollesse. Il était, enfin, arrivé de Bar-sur-Aubo par Bar-sur-Scine à Auxon ; mais, trouvant plus prudent de ne pas pousser immédiatement en avant, il s'empressait aussitôt de préparer Schwarzenberg îi de nouvelles lenteurs. Voici, du reste, le curieux rapport que ce singulier chef de partisans expédiait aussitôt après son arrivée h Auxon * :

« Auxon, 28 janvier 1814.

« Après avoir adressé h Votre Altesse mon rapport du 27, je me suis porté de Bar-sur-Aube h Bar-sur-Seine, en exécution des ordres qui m'avaient été donnés, et je suis arrivé hier h Auxon, envoyant quelques partis en avant à Sens, d'autres ?i droite sur Troyes, et d'autres enfin sur ma gauche.

« Sur la droite, vers Troyes, on a découvert Tennemi, auquel on a enlevé une dizaine d'hommes ; mais en avant et h gauche, on n'a absolument rien rencontré. Mon avant-garde, en arrivant h Auxon, y a pris 100 conscrits, 1 capitaine de la garde et 30 soldats que j'expédie encore aujourd'hui en arrière.

« Comme j'ai marché i)ar des chemins de traverse presque impraticables pour l'artillerie, j'ai dû laisser en arrière les chevaux fatigués. Je me remettrai demain en route, me dirigeant vers Sens et le village d'Arcis. J'ai envoyé de tous côtés des partis : sur la route de Troyes à Sens un parti allant sur Villemaur, un autre sur le village do Saint-Liébaut et un troisième sur Villencuve-l' Archevêque. Le lieutenant-colonel Kostin, avec mon avant-garde, est devant moi, à Villeneuve-au-Chemin, couvrant mon front et ma gauche. »

Lettre de Schwarzenberg à Barclay de ToUy relativement

i Collorcdo à Schwarzenberg, Âisey, 28 janvier. (K, K, Kriegi Archiv,,

. i Platotf à Schwarzenberg, Aaxon, 28 janvier (original en ratse). (Ibid,, 1,611.)

à Platoff . — n faut croire cependant que Schwarzenberg commençait il ce moment h voir clair dans ie jeu de i'atanian et était décidé h en finir avec les éternelles excuses que Platoff inventait ou tout au moins invoquait pour expliquer son inaction ; car, au milieu des grandes discussions et des graves préoccupations qu'allait lui apporter la journée du 28, le généralissime trouvait encore le temps d'écrire à deux reprises à Barclay de ToUy au sujet de Platoff. Dans la première de ces lettres, il disait à Barclay que Tavant-gardc de Gyulay occupant Bar-sur-Seine, il était indispensable de prescrire à PlatofC (qui relevait de Barclay) d'avoir h se porter le plus loin et le plus vite possible en avant des troupes du comte Gyulay, de pousser vers Paris, de faire le plus de mal qu'il pourrait îi l'ennemi, et surtout d'attirer sur lui son attention*.

Dans sa seconde dépêche du môme jour, il profilait de l'occasion que lui offraient certaines modifications demandées par l'empereur de Russie et relatives î\ la marche des cuirassiers russes et de la division des grenadiers russes pour ajouter : cî L'ataman Platoff est toujours, au grand détriment des troupes et sans aucune utilité pour nous, dans Bar-sur-Aube et aux environs de cette ville, entre les III« et IV* corps. Veuillez lui ordonner d'urgence de prendre, enfin, à gauche la route de Sens et de Fontainebleau*. »

Surprise causée au grand quartier général à la nouvelle de l'arrivée de Blûcher â Brienne. — Si le prince royal de Wurtemberg avait été quelque peu surpris en recevant h Dienville la nouvelle de la présence de Blûcher à Brienne, l'étonnement qu'on éprouva h Chaumont, lorsqu'on apprit que Blûcher avait précédé la grande armée sur l'Aube, revêtit un tout autre caractère et inspira des craintes sérieuses h la plupart des conseillers de Schwar/enberg. C'était à peine quelques heures après avoir arrêté et expédié aux différents commandants de corps le tableau des marches du 28 au 31, au moment où l'on avait décidé

* Schwarzenberg à Barclay de ToUy^ Chaumont, 28 janvier. (A\ A". Kriegt

^ Schwarzenberg à Barclay de ToUy, Chaumont, 28 janvier, (Ihid,, l, 644 c2.)

le mouvement en trois colonnes * convergeant sur Troycs, au moment où Ton venait de prescrire h Wittgenstein et h Wrède de revenir, le premier, par Joinville à Brienne, le deuxième, par Colombey à Dienville et de se porter ensuite par Piney, sur Troyes, qu*on avait tout h coup connaissance d'un mouvement ((ue Blûcher avait entrepris sous sa propre responsabilité. On peut se faire une idée de la stupeur produite par ces nouvelles au quartier général de Chaumont surtout, lorsque quelques heures plus tard, Schwarzenberg reçut la lettre par laquelle Blùcher Tinformait de Taffaire de Saint-Dizier et, bien plus encore, lorsque le généralissime et ses collaborateurs eurent pris connaissance des termes dans lesquels Blûcher appréciait sa propre situation. Le feld-maréchal, dans cette lettre que nous îivons reproduite en partie et qu'il écrivait de Brienne le 28 au matin, ajoutait que : « En raison môme du peu de tenue des troupes françaises, l'Empereur était hors d*état de prendre l'offensive et de se porter sur ses communications; que rien, du reste, ne pourrait être plus avantageux pour la cause des Alliés qu'une pareille opération, puisqu'elle leur livrerait Paris sans coup férir, mais que, malheureusement, l'Empereur ne prendrait pas le parti d'ouvrir la route de sa capitale; enfin que, d'ailleurs, quoi qu'il arrivât, l'avantgarde de l'armée de Silésie(le corps du général-lieutenant Stscherbatofl) n'étant plus qu'à six jours de marche de Paris, il n'y avait dont qu'à continuer la marche sur celte ville et à aller occuper la position que Gneisenau avait indiquée dans son Mémoire et d'où Ton affamerait Paris. »

Les événements semblaient justifier les craintes émises par l'entourage de Schwarzenberg depuis qu'on avait dépassé Langres et Chaumont. Plus que jamais on se croyait en droit de reprocher à Blûcher d'avoir causé la perle de la route de Nancy et de la grande route du Rhin et d'avoir fourni à Napoléon la possibilité de tomber sur la droite, peut-être même sur les derrières de la grande armée.

* D'aprùs ce tableau de marche, le centre (Giulay, le prince royal et Barclay) marrliait par Vcndcuvre et Liisigny sur Troyes ; les grenadiers russes et les deux divisons (S** el 3®) de cuirassiers russes par Arc-en-liarrois, Richebourg, La Ferté-sur-Aube et Clairvaux ; CoUoredo par Chdtillon-sur-Seine, Mussy-l'Kvôquc et Bar-sur-Seine, puis par la rive gauche de la Seine jusqu'à Troyes.

Ordres pour le 29 donnés par Schwarzenberg le 28 janvier â 11 heures du soir. — Il fallait toutefois aviser. Aussi Schwarzenberg, modifiant les ordres qu'il venait de donner, prescrivit, le 28 janvier à H heures du soir, à Wrède, de se porter, non plus sur Colonibey, mais sur Joinville et d'y opérer sa jonction avec Witlgenstein chargé de se reîlier par Bar-le-Duc avec les troupes d'York qu'on croyait arrivées sur ce point. Wrède et Wittgenstein devaient, à eux deux, assurer à Tarmée de Bohème la possession de Joinville. Le prince royal de Wurtemberg reçut Tordre de prendre position en avant de Bar-sur-Aube et ordonna, le soir même, à une avant-garde de 4 bataillons, 4 escadrons et l batterie à cheval de se poster, le 29 au matin, entre Dienville et Le Petit-Mesnil pour ser\'ir de soutien au feld-maréchal. Un régiment de cavalerie dut s'établir avec 1 bataillon et 1 batterie et demie à Fresnay pour tenir la route d'Arsonval k Montier-en-Der etVassy; enfin, un détachement de mftme force eut à occuper Maisons sur la route de Bar-sur-Aube à Doulevant et Joinville. Le général Jett fut chargé du commandement de ces trois colonnes. Le prince lui prescrivit, en outre, d'envoyer des partis vers Doulevant et Sommevoire,de chercher à se renseigner sur la position du général Lanskoï et sur les mouvements des Français, d'éclairer la droite de Blûcher, d'observer et de tenir les routes menant tant de Brienne que de Doulevant vers Bar-sur-Aube. Le prince royal comptait établir le gros de son corps entre Ailleville et Tramies.

Schwarzenberg avait prescrit au III« corps de se tenir prêt à quitter, au premier avis, les environs de Bar-sur-Aube; il avait de plus chargé Gyuhiy de hi défense de la roule venant de Brienne. Il se proposait, en outre, de masser le reste de son armée entre Bar-sur-Aube et Chaumont. Enfin, toujours obsédé par l'idée fixe d'un mouvement de l'ennemi contre Dijon, il enjoignit à CoUoredo de faire halte sur les positions qu'il occupait aux environs de ChâtUlon.

Les souverains consentent à la réunion du congrès de Chfttillon. — Instructions données aux plénipotentiaires. — La

journée du 28 avait été encore marquée par un autre événement d'une véritable importance. Metlernich etlordCastelreagh, Knescbeck et Hardenberg avaient fini par arracher à l'empereur Alexandre rautorisation de* réunir le congrès à Chiltillon, tout en

continuant les opérations militaires. Les conditions que les plénipotentiaires des puissances alliées allaient conmiuniqucr h Caujainc'ourt avaient été également fixées dans la journée du 28. « La France rentrerait dans les Imntes qu'elle avait avant la Révolution, renoncerait î\ toute influence directcî ou indirecte en dehors de ces limites. Elle reconnaîtrait formellement la reconstitution dcî TAllemagne formée par une confédération d'États indépendants, de ritalie divisée (îu États indépendants placés entre la France et les provinces autrichiennes en Italie, de la Hollande, dont le territoire serait accru et qui serait gouvernée par un prince de la maison d'Orange, de la Suisse qui niprendrait ses anciennes frontières et dont l'indépendance serait garantie par toutes les puissances représentées au Congrès, de l'Espagne sous la domination de Ferdinand VIL Les puissances alliées auraient seules le droit de régler les limites et les rapports des pays" cédés par la France et de leurs États entre eux. En revanche, T Angleterre rétrocéderait Il la France les conquêtes coloniales qu'elle avait faites dans les Indes occidentales, en Afrique et en Amérique, à l'exception de l'île Maurice et de Bourbon. La France devrait remettre aussitôt après la ratification du traité préliminaire, dans des délais variables mais tous extrêmement courts, puisqu'ils ne devaient pas excéder 1o jours, Mayence, Hambourg, Anvers, Berg-op- Zoom, Mantoue, Palma-Nuova, Venise, Peschiera, les places do l'Oder et de l'Elbe, etc., etc. Elle devait, en outre, s'engager h remettre aux Alliés, quatre jours après la signature des préliminaires, Besancon, Belfort et Huningue, destinées à rester en dépôt entre leurs mains jusqu'il la signature du traité définitif. »

29 janvier. — Marche de l'armée française sur Brienne.

— Pendant que Bliicher, au lieu de profiter du temps qui lui restait pour manœuvrer et se diriger par la rive gauche de l'Aube, soit sur Vendeuvre, soit sur Bar-sur-Aube et se relier ainsi avec les III« et IV« corps de la grande armée, se décidait îi attendre sur les positions de Brienne et de Lesmont une attaque dont il lui était désormais impossible de douter, on paraissait encore admettre, au quartier général de Ciiaumont, la possibilité d'tfn mouvement de Napoléon de Saint-Dizier sur Joinville et Chaumont. L'Empereur, de son côté, croyant toujours le pont de Lesmont détruit, ignorant la prise de l'officier envoyé le 27 au soir à

Arcis, Il Troyes et h Nogent-sur- Seine, s'attendant, par suite, à être rejoint, au plus tard le 29 au soir, par Bordesoullc, par Colbert et surtout par le maréchal Mortier, avait continué en une seule colonne son mouvement sur Brienne * par la route de Montier-en-Der à Longeville et Maizières.

Le o« corps de cavalerie (Milhaud) marchait en tète, précédant le 2« corps (Victor) que suivaient trois divisions de la garde sous les ordres de Nev. Marmont, avec le 6« corps et la di\ision Duhesme, du 2« corps, se portait pendant ce temps de Saint- Dizier sur Vassy, et Duhesme continuait de Vassy sur Doulcvant et Soulaines, couvert en avant par les dragons de Briche, postés entre Sommevoire et Doulevant *.

1 L'Empcrcnr, ou tout au moins Bcrthier, avait dû recevoir le reoscigncmcDt suivant adressé an major-général par Grouchy :

« Grouchy au major général. — Dion ville-sur- Aube, 28 janvier 1814. — Itfonseigncor, j'ai Thonn^or de vous rendre compte que la cavalerie du général Milhaudoccupe Dienville, La Kothiùre et Le Fetit-Mesnil ; la division du général Guyot est à Brienne-la- Vieille.

<( J'ai eu devant moi aujourd'hui environ 4,000 chevaux et 2 polks de cosaques qui se sont retirés lentement et sans s'engager. La nuit qui nous a pris en arrivant à La Rothiére n'a pas permis de les pousser plus loin.

« Mon opinion, dont je vous prie de faire part à Sa Majesté, est que le corps de Bliicher ou tout au moins une forte partie de ce corps, est à très peu de distance d'ici. Des lignes de feu\ considérables couvrent toute la route de Barsur-Aube, et il est aisé de reconnaître que ce ne sont pas des bivouacs de cavalerie, mais que des masses d'infanterie sont échelonnées de distance en distance sur cette route. » {Archives de la guerre,)

Grouchy termine en annonçant qu'il n'a plus que 8 canons au lieu de 12. Une pièce est démontée ; les trois autres manquent de canonniers, et son artU« lerie est à court de munitions.

Les 4,000 chevaux dont parle Grouchy sont ceux de Pahlcn que Bliicher rappela à lui dans la journée du 28.

' u Au général comte Duhesme commandant la 3<> division d'infanterie (2« corps), à Vassy. — Montier-en-Dcr, 29 janvier 1814. — Monsieur le général Duhesmo, j'ai donné ordre à la division Briche (dragons) de partir à 6 heures du matin, pour se rendre entre Sommevoire et Doulevant pour intercepter la route de Joinville à Bar-sur-Aube et de Joinville à Brienne. Je suppose qu'elle doit y être déjà. Envoyez votre cavalerie et deux ou trois pièces, si vous en avex, pour appuyer cette division et communiquer avec elle. Portez-vous sur Doulevant pour appuyer cette reconnaissance et emparez-vous entièrement de la route de Joinville à Bar et de JoinviUe à Brienne. Je donne ordre au duc de Raguse de se rendre à Vassy avec son corps. Je ne suppose pas qu'il y soit avant midi. Vous serez sous ses ordres. Comme il a 2.000 hommes de l>onne cavalerie, il

vous soutiendra Je serai h 10 heures à Maizières. Faites prévenir le duc

de Raguse de tous vos mouvements et envoyez-moi des nouvelles. Si j'ai besoin de vous, je vous enverrai des ordres du côté de Soulaines. Occupez en

Ordres donnés par Blûcher. — Vers 8 heures du matin, la cavalerie légère du général Pire rencontrait, au delà de Boulancourt, un polk de 300 cosaques qui, après avoir essayé de tenir à rentrée du défilé, fut chargé par le 3" régiment de hussards et rejeté avec perle dans le défilé *.

Hliicher, informé de l'apparition des Français sur la route de Montier-en-Der h Brienne et de l'occupation de Boulanconrt, prescrivait h Sacken, qui était encore vers Lesmont, de s(» |)orter sur Brieime; îi Olsufieff d'y prendre position; à Pahlen de se déployer en avant de Brienne, dans la grande plaine qui s'étend entre Maizières et les bois par lesquels passe la roule de Lesmont h Brienne-le-Chî\teau. Stscherbatoff occupait Maizières avec ses quatre régiments de cosaques qui allaient bientôt être renforcés par le régiment de uhlans de Tchougouïeff et quatre pièces d'artillerie h cheval, surveillant la route de Montier-en-Der à Brienne et Lesmont. Lanskoï se dirigeait de Soulaines par Chaumesnil vers Brienne. Enfin, le feldzeugmeister Guylay mandait en même temps qu'une de ses brigades gardait le pont de Dolancourt et qu'une autre se portait à Spoy en soutien de son avant-garde, établie h Vendeuvre.

Combat de Brienne. — La cavalerie française engage le combat. — Pahlen, encore en train de se déployer, venait à peine de faire partir, pour soutenir Stscherbatoff, les uhlans de Tchougouïeff, lorsqu'on apprit que les Français, après avoir occupé Boulancourt, avaient passé la Voire avec de l'infanterie et

force, s'il n'y a pas d'inconvénient, les postes entre Brienne et Soulaines, afin que les communications soient faciles. » {Correspondance, n^ 21143.)

« Au maréchal Marmont, commandant le 6^ corps, à Saint-Dizier. — Montier-en-Der, 29 janvier 1814, 8 heures du matin. — Je vous ai fait donner Tordre do vous poster à Vassy d*où vous surveillerez votre arrière-garde qui

est à Saint-Dizier Le général Duhesme reçoit Tordre de se porter sur Dou-

levant. 11 sera sous vos ordres pendant tout le temps qu'il sera ainsi détaché. Vous pourrez le placer ce soir à Doulevant ou un peu plus près de Soulaines, afin de le rapprocher de Brienne et d'observer Bar-sur-Aube. Je pense que devez jeter toute votre cavalerie, avec celle du général Duhesme, sur Bar-sur- Aube, Joinville et Brienne Ne quittez ni Saint-Dizier ni Doulevant sans

ordre. » (Corretpondance, n® 21144.)

> Fetibt, Journal de la diviiion de cavalerie légère du 5® corps ; major Mareschal à Schwarzenberg, Ailleville, 29 janvier. (K, K. Krieys ArefUv., I, 652.)

de la cavalerie et en avaient chassé les cosaques. La cavalerie française, arrivée à Maizières, continuait h pousser devant elle les postes établis en avant du défilé et, vers midi, elle obligeait Stscherbatoff i\ se retirer sur Perlhes-en-Rothière par la grande roule de Brienne. Pahlen, dirigeant aussitôt sur Brienne et sur la route de Brienne h Lassicourt les 4® et 34« régiments de chasseurs, viiît s'établir avec toute sa cavalerie dans la plaine, au sud et à l'est de Perthes.

De son côté, le colonel-général comte Grouchy, qui commandait la cavalerie, et auquel l'Empereur avait recommandé de marcher avec prudence, après avoir passé le village de Juzanvigny, découvrit, îi la sortie du bois d'Ajou, du côté de Brienne. la cavalerie de Sacken déployée en avant de cette ville. L'attitude de cette troupe lui faisant supposer qu'elle devait être soutenue par des troupes d'infanterie, Grouchy ne se crut pas assez fort pour attaquer de suite cette cavalerie. Il résolut d'attendre l'arrivée en ligne des divisions Lefebvre-Desnoëttes et Krasinsky, et ordonna ti son artillerie de couvrir le déploiement de ses escadrons*. Presque ;i la môme heure, des troupes françaises se montraient en avant de Soulaines, du côté de Chaumesnil, qu'occupait Lanskoï; leur avant-garde ne tardait pas h atteindre et à garnir la lisière du bois de Chaumesnil V

Bien que l'infanterie française se trouvât encore ii ce moment assez loin en arrière, bien que Grouchy se fût conformé aux ordres qu'il avait reçus, bien qu'il dût s'attendre à trouver les troupes de Blucher établies en soutien des escadrons de Pahlen, il est néanmoins regrettable que le commandant de la cavalerie française n'ait pas cru devoir tenter une attaque qui, exécutée à ce moment, aurait été d'autant plus vraisemblablement couronnée de succès, que Sacken n'était pas encore arrivé ù Brienne et que Pahlen cherchait uniquement h gagner du temps. Comme le montre la dépêche ci- dessous adressée à Schwaraenberg par un de ses officiers de contiance, par l'officier que, dans toutes les

* Rapport (le Victor ; Mémoires de Grouchy: Petiet, Journal <roptrations de la division dtr cavalerie légère du 5° corps ; Kurzgefassto Darstellang der Kricgsljcgebenlieiten dcr srhiesisclien Armée. [K, K, Kriegs Arekiv., I, 31.)

* Happort du général-major von Walsleben, commandant l'avant-garde du prince royal de Wurtemberg, au prince de Schwarzenberg, de DienviUe, SI9 janvier 18i4, 3 heures après-midi. {K, K, Kriegs ArciUv., 1, 057 -a.)

circonstances critiques, il chargea de le renseigner sur ce qui se passait au quartier général de Biûchor, les forces qu'on aurait pu opposer à ce moment à Grouchy n'auraient guère été h môme de résister sérieusement, et, comme il le fil un peu plus tard, Pahlen se serait retiré sur Brienne en se contentant d'essaycT de faire bonne contenance :

« Major Mareschal au prince de Schwarzenberg. — Ailleville, 29 janvier 181 4, 3 heures de l'après-midi *.

« Ce malin, l'ennemi s'est montré sur la roule de Monlier-en- Der à Brienne, a occupé Boulancourt, a passé la Voin» avec de l'infanterie et de la cavalerie et a repoussé les cosa((ues de StscherbatofT de Maizières.

« Il s'est également montré sur la route de Joinville. Le général Lanskoï occupe Chaumesnil avec de l'infanterie et une demibatterie. Il a ordre de s'y maintenir coille que coùU\

« A Brienne, il y a deux régiments d'infanterie el une batterie de 12. Le reste du corps est encore h Lcismont avec ordre de venir ii Brienne et pourra y arriver avant l'attaque de l'ennemi.

« L'avant-garde du prince royal de Wurtemberg est à Vallières* et î\ Dienvilhî. Le reste du IV« corps est encore |)rès de Bar-sur- Aube.

« L'ennemi a fait aussi un mouvement en avant de Maizières par le bois de Soulaines; ce mouvement me fait supposer que l'ennemi n'attaquera pas le corps posté ù Brienne et qu'il préférera le couper de la route de Bar-sur-Aube, [loint qu'il peut atteindre avant nous par Doulevant.

« Je prie Votre Altesse de vouloir bien m'envoyer un officier pour m'aider. Pendant que j'écris ce rapport à Ailleville, chez le général Franqueniont, on entend une violente canonnade à gauche.

» K. K, Kriegs ArelUv., I, 658.

s Le major iMareschal commet ici une erreur. Le IV*' corps (prince royal de Wartemberg) n^avait personne à VaUiëres, petit village qui se trouve au sudouest de Bar-sur-Seine, du côté de Chaource. Il n'y avait à ce moment de ce côté que le corps volant du lieutenant-colonel comte Ttiurn. Le major veut probablement parler do Vallières-Larrivour, au nord de Lusigny; mais les avantrpostes du 111* corps qui opérait de ce côté, n'allèrent pas au delà de La Villeneuye-au-Chôno et n'avaient, par conséqucnti pas pu paiser la tiarsc le 29.

Ce doit élre rennomi qui attaque (^haumosnil. Je nie rends de ce côté pour en rendre, ce soir, compte à Votre Altesse. »

En attendant l'entrée en ligne du gros du S« corps de cavalerie et l'approche des têtes de colonne de Victor, dont la marche avait été retardée par le mauvais état des routes, pendant que le général Olsufieff se préparait à tenir h Brienne, la cavalerie de Tavant-garde française s(» bornait h échanger des coups de canon avec l'artilUîrie de Pahlen et à chercher, en filant à droite de Maizières et en gagnant les hauteurs de Perlhes, à déborder la gauche de la cavalerie russe. Enfin, au bout de deux grandes heures, entre deux et trois heures de l'après-midi, Grouchy, après avoir disposé h sa droite la cavalerie légère des généraux Krasinsky et Lefebvre-Desnoëttes, au centre les dragons du général Lhéritier avec une batterie, et, h gauche, la cavalerie légère de Pire avec une batterie, se porta en avant pour charger Pahlen. Celui-ci, considérant sa mission comme terminée, ne crut pas devoir, en présence de la supériorité numérique de la cavalerie française, attendre son attaque. Il se replia*, sans trop se h»1ter, sur Brienne, qu'il traversa pour se former ensuite de l'autre côté de la ville, sur la route de Bar-sur-Aube. Cependant, Grouchy, saisissant une occasion qui lui paraissait opportune, avait lancé sur les derniers régiments russes les dragons des généraux Lhéritier et Briche. Mais, après avoir enfoncé ces régiments, hîs dragons vinrent donner contre trois bataillons d'infanterie russe, qui avaient eu le tem|)S de se former en carrés et dont le feu meurtrier et bien dirigé les obligea à se replier, et permit aux uhlans de Tchougouieff de les ramener en désordre jusqu'en arrière des |)Ositions occupées par l'artillerie française, qui perdit trois pièces.

On avait ainsi laissé aux troupes de Sacken le temps d'atteindre Brienne et de se former à cheval sur la route de Bar-sur- Aube. Quant à Olsufieft', il occupait solidement la ville même au moment où l'Empereur, arrivé sur le champ de bataille, prescrivait Il son artillerie d(? canonner la route de Lesmont et la ville de Brienne, et se disposait h dessiner son attaque par sa droite*.

1 I{:ipport du duc de Dell une hur le combat de Brienne ; Brienne, 30 janvier.

1 Starkr, Eintheilung und Tagesbej,'cbeiihciten der Haapt-.Vrmee in Muuale Jauuar. (A'. K, Krieys Archiv,, 1, 30.;

Entrée en ligne de rinfanterie française. — L infantorio cln i2'* cori^s venait d'cnlror en ligiK», et, sons la prole(!tion du ten violent de son artillerie, l'Empereur lanea aussitôt contre Brienne la division Duhesme. qui, débouchant du bois d'Ajou, chassa les tirailleurs russes d(»s fossés de la roule de lia r-sur- Aube, des jardins en avant de la ville et de leurs abris, le lonfç de la roule (|ui ni^ne à Morvilliers et Doulevant. Débusquant leurs soutiens des maisons qu'ils occupaient plus en arrière, elle parvint môme momentanément à s'emparer d'une partie de la ville d(î Brienne. Mais des renforts envoyés de c(^ côté par OIsufieff et l'enln^e en ligne des 4® et 34** régiments de chasseurs obligèrent le général Duhesme à abandonner les positions qu'il venait de conquérir, ainsi que les deux pièces que ses troupes avaient pris(»s aux Busses.

Attaque de Brienne. — Pendant que l'Empereur, décidé à enlever Brienne, prenait ses dispositions pour accenluer son attaque par sa droite, il pressait la marche des divisions de Ney. Trois colonnes fureiît chargées de l'opération contre Brienne?. L'une, celle du centre, forte de six bataillons de la division Decouz, de la jeune garde, et conduite par Ney, devait se porter sur la ville par la route de Maizièn^s. L'autre, celle de gauche, devait renouveler sa première attaque, qui n'avait pas eu les résultats désirés. La S^ enfin, sous les ordres du général C.hàtaux, était destinée h prendre tout à fait ii droite, h se porler par la route de Lesmont sur les derrières du château de Brienne et à s'en emparer. A vo, moment, les dernières troupes de Sacken, après avoir un instant couru le danger d'être coupées du resle de l'armée de Silésie, défilaient i)ar Brienne, que la cavalerie achevait égalejnent de traverser. Pahlen forniait ainsi l'extrême droit(î de Bliicher avec toute sa cavalerie, renforcée par celle de Lanskoï, de Pantchoulitchefif, de Wassiltchikotf, et par les corps volants de Slscherbalotï et de Biron, alors que, au contraire, toute la cavalerie française était déployée h la droite des lignes françaises dans l'espace conipris entre la route de Lesmont à Brienne et celhî de Maizières à Brienne.

Charge de la cavalerie de Pahlen. — Les trois colonnes d'infanterie française se mirent en mouvement entre cinq et six heures; mais Bliicher avait remarqué la faute que les Français

avaient coniiiiisf* on envoyant toute leur cavalerie h leur droilt». Laissant les deux colonnes de Châtaux et de Decouz essaver do pén(!''trer dans Brienne, sans s'inquiéter de ce que les dragons français avaient enlevé deux pièces et avaient été sur le point de faire Sacken lui-même prisonnier, il se jeta avec quarante îi cinquante escadrons sur la division Duhesme, qu'il ramena ou désordre et à laquelle il prit huit canons. Cette charge brillante, qui, h cause de l'obscurité, ne put ni être poussée plus loin, ni avoir les conséquences qu'elle aurait eues de jour, arrêta néanmoins les progrès de la colonne Decouz. En présence de l'échec que la cavalerie de Pahlen venait d'infliger à la division Duhesme, Decouz se vit contraint à se reporter en arrière, alors qu'il allait s'établir dans la ville*.

* Le feld-maréchal Blùcher au prince de Schwarzenberg. — « Arsonval, 30 janvier 1814, 8 heures du matin. — J'avais à peine expédié hier à Votre Altesse le lieutenant PantchoulitchelT, que l'ennemi se porta droit sur Brienne qu'occupaient déjà 5,000 hommes avec 24 canons.

<( Le général-lieutenant comte Pahlen avait couvert avec sa cavalerie la marche, de Lesmont sur Brienne, du corps du général von Sacken, et l'ennemi se vit forcé de porter toute sa cavalerie sur sa droite afin de l'opposer à celle de Fahlen. Cette masse de cavalerie était considérable et supérieure à celle dn comte Pahlen.

i( Lorsque l'ennemi se fut rapproché davantage de la ville, le général Pahlen dont la mission était terminée à ce moment, se retira et, passant par Brienne, il vint se former sur mon aile droite, pendant que l'ennemi, au contraire, maintenait sa cavalerie entre la cliaussée de Lesmont à Brienne et celle de Maizières à Brienne.

(( Je profitai de cette faute et pendant qncf In droite ennemie attaquait la ville de Brienne, je me jetai avec toute la cavalerie du général comte Pahlen sur son aile gauche et j'enlevai les deux batteries qu'il avait de ce côté («). Mais j'ijînore le nombre de pièces qu'il a été possible de ramener, parce que je manquais absolument des moyens nécessaires pour emmener ces bouches à feu.

« Les prisonniers que nous fîmes de ce côté et qui appartenaient tous à la garde, disent que l'Kmpereur en personne commande l'armée qui a attaqué Brienne. O'tte armée se composerait de 50,(K)0 hommes parmi lesquels se trouveraient les troupes que l'Empereur a passées en revue à Paris le 13, le 2* corps et la garde impériale venant de Saint-Dizier. L'armée française serait,

(a) Los KriegsbrK<^beitlici(on (K. K. Kriegs Arek., l, 3()) nn sont pas au^sii catégoriques an sajnt do la prise dos canon<i et dihODt sculenieul à ce sujet : •« Lo soir, Blûcher avec sa cavalerie tente une attaque contre lu gauche fninç.iise et ^'empare vn moment de quelques canons. Nupolf'nn continue sur Hricnne son attaque par la droite. *

La Kurzgefassto Darstellung der Kriegsbogebenneileu der schlesi»chen Armée (Ibid., I. 31) l'onlirnio à peu de chose pris le récit des FagesbeKetienheiten. Voici en queU termes ello rcml compU» de ces faits : a Hlucher u» décide k défendre Brienne jusqu'à la nuit et se retire ensuite sur Trannes. Il porte, h cet effet, »a cavalerie sur sa droite, attaaue vivement la f::tU('lie rrançaise. qui n'a pa» de cavalerie, et enlève quelques pièces. Biais Ney continue à presser la irauche de farraèe de Siléflie à Drienne. qui est eu feu, et dont il »Vmpare ver* minuit, bliiciier ordonne la retraite. »i

Blûcher sur le point d'être pris au chftteau de Brienne.—

Blûcher, cToyanl que le combat allait prendre fin et que les Français avaient renoncé h leur projet d'enlever Brienne. était retourné h son quartier général établi au chîlleau, d'où il voulait essayer de jeter un dernier cou|) d œil sur le champ de bataille et sur les positions des Français avant de prendre une résolution définitive et avant que les ténèbres ne fussent devînmes plus profondes. Mais le génénU ChàtauA, qui avait réussi ii dérober la marche de sa colonne en prenant un chemin que les Busses, le croyant imi)raticable, n'avaient pas fait garder, parvint h pénétrer dans le château, qu'il occupa sans être aperçu (;t sans tirer un coup de fusil. Ce fut gri\ce à un hasard providentiel et non sans peine que Bliicher et Gneisenau, entendant quelque bruit dans les fossés et les souterrains du chAteau, réussirent îi gagner la première cour au moment même où la télé de colonne du général ChAtaux y arrivait de son côté et débouchait des caves et des terrasses. Blûcher et Gneisenau n'eur<»nl que le temps de s'enfuir en toute hîlte par le chemin qui descend vers la ville. Si les Français avaient tardé une ou deux minutes do plus avant de commencer le feu, les deux adversaires les plus acharnés de l'Empereur, les deux ennemis les plus irréconciliables d(? la Franche tombaient fatalement entre les mains des tiraillcîurs du général ChîUaux, qui firent prisonniers le commandant de l'escorte, le capitaine von Heyden (grièvement blessé), et le com-

d'après eux, formée en trois colonnes, l'une allant sur Joinville, Tautre se dirigeant plus à gauche, et enfin la 3^, celle de l'Empereur, qui serait la plus forte.

a La droite des Français, pendant que la cavalerie de Pahlen chargeait leur gauche, s'était portée contre les vignes du chdteau de Brienne et avait réussi à s'emparer d'une partie de la ville que je fis attaquer et reprendre à 1 1 heures du soir.

c( Mais m'en tenant aux dispositions que j'avais arrêtées antérieurement, je me suis ensuite rapproché de Bar-sur-Aube.

« Mon infanterie est établie de Trannes à Arsonval; ma cavalerie est à Brienne et dans la plaine de Trannes.

« Je crois que l'ennemi a replié hier sa gauche au moins jusqu'à Maiziùrcs et que, s'il se décide à se reporter en avant aujourd'hui, il n'arrivera en ligne que fort tard et n'atteindra pas mon infanterie.

u Votre Altesse peut être certaine que le gros des forces ennemies est aujourd'hui entre Brienne et Saint-Dizier

« P. -S. — Je tiendrai en tout cas, et coûte que coûte, le défilé de Trannes. » (K, K. Kriegt Archiv,, I, 575.)

mandant du quarlior général do Blucher, le oapilaine comte Hardonherg*. Le général Chdlaux, après avoir établi 400 honinios des 37« et o6« réginients au chAteau de Brienne, s'étiiit immédiatement porté sur la ville. Surprenant les Russes par son apparition et par une attaque qu'ils croyaient impossible de ce coU^, il les avait forcés à Tabandonner.

* L'Empereur écrivant au roi Joseph, le 31 janvier, de Brienne, lui dit au sujet du combat de Brienne et de la prise du château : « L'affaire de Brienne a été fort chaude. J'y ai perdu 3,000 hommes. L'ennemi > a perdu 4,000 à 5,000

hommes. J'ai poursuivi Fennenii à mi-chemin de Bar-sur-Auhe Encore un

moment et Blucher et tout son état-major eussent été pris. Le neveu du chancelier de Hardenberg a été pris à c^té. ils étaient à pied et ne savaient pas que j'étais à l'armée » (Correspondance, n^ iiiùO,)

Le comte Nostitz a, dans son Tagebuch, consacré quelques pages à l'épisode du château de Brienne : k Le combat semblait terminé, écrit-il ; le feu ayant presque complètement cessé, le feld-maréchal retourna au château et chargea la plupart de ses ofllciers de rentrer en ville et do diriger les travaux nécessaires pour circonscrire l'incendie. Accompagné par le général von Gneiseuau. il monta aux étages supérieurs du château, afin de jeter un dernier coup d*œil sur les positions de l'ennemi. Il avait mémo donné ordre de mettre les chevaux à l'écurie. Sachant que mes remarques auraient été certainement mal accueillies, tenant d'autre part à parer à l'éventualité d'un danger aussi terrible. ji> pris sur moi de faire conduire les chevaux derrière l'une des ailes du château, de façon à les avoir sous la main. Le général comte Goltz, le colonel comte Schwerin et moi. nous restâmes sur le plateau en avant du château, les >eux fixés sur la ville qui brûlait à nos pieds.

« Quelques minutes s'étaient à peine écoulces qu'une balle sifflait à nos oreilles. Aucun de nous ne s'en occupa. Mais bientôt après, les sifflements devinrent plus fnM]uents. Le comte de Goltz courut au château pour en faire sortir lo feld-maréchal. Quant à moi, je fis avancer les chevaux. Au moment où liliicher se mettait en selle, une de ses or lunnnnces était atteinte par une balle a quelques pas de nous. Les balles venaient des vignes ou du château mt^me. Force nous était donc de nous diriger vers la ville.

« Un sous-officier cosaque, Antonoff. ouvrait la marche. Puis venait le général comte (îoltz. que je suivais avec une ordonnance. Le colonel comte Schwerin, qui avait renvoyé son cheval, était a pied et marchait à côté de Tonlonnaniv. Le feld-nian'H:hal , lo général von Gneisenau et quelques onlonnances fermaient la marche.

« L'incendie do la ville tH*lairait le chemin que nous suivions. Tout le rosie du champ de bataille était [)longé dans les ténèbres.

« .Vous avions à peine fait quelques [las, lorsque Antonoff, qui avait pris les devants, revint et nous jeta en mauvais allemand ces mois qui nous consternèrent : « Nicht RouKkij, allet Franzousky » (pas de Russes, tous Françai»*). A ce moment, on apercevait dcjà une troupe de cavalerie à peu de distance d<* nous. Notre situation était des plus critiques. Derrière nous, le château ocruf«è vraisemblablement par l'ennemi; devant nous, la cavalerie ennemie arrivant de la ville et se dirigeant vers nous. Pour toute rt»ssour(*e un chemin étroit, enraisM' entre les maisons et aboutissimt à la campagne. Il aurait fallu .se bâter et. malgré nos supplications, le feld-maréchal continuait à marcher au

Charge infructueuse de la cavalerie de Lefebvre-Desnoêttes. — Mais la fortune, (jui devait toujours riHablir les affaires des Alliés, aiT moment môme où elles paraissaient h;s plus compromises, allait presque aussitôt priver le général Chî\laux du brillant avantage qu<^ grAce à sa hardiesse et î\ son habileté, il avait remporté presque sans coup férir.

Alors que le général Chî\taux se croyait déjîi maître de la ville, au moment môme où Blùcher et Gneisenau s*enfuyaient au milieu de l'incendie et allaient rejoindre leurs troupes, ils faillirent de nouveau être enlevés, ainsi que le général Sacken, par la cavalerie de Lefebvre-Desnoettes, qui venait de pénétrer dans la ville par la route de Lesmont. Prévenus par un cosaque, Blùcher et Gneisenau eurent le temps de filer avant d'être rejoints*. Sacken',

pas : « S'il me faut coarir, nous rëpondait-il, il est bon au moins que je voie celui qui ra*oblige à le faire. » Ce fut alors que Gneisenau eut Tidée de lui demander s'il avait Tintention de se faire voir comme prisonnier aux Parisiens. Le général avait touché ju&te. Quelques minutes après nous étions dans les champs et nous no tardions pas à rejoindre les troupes do Sacken. »

Le fel(J-maréchal, ajoute encore Nostitz, était tellement furieux d'avoir dû s'enfuir, sans pouvoir distribuer quelques coups de sabre que, se refusant à croire à la présence des Français à Brienne, il chargea Nostitz de réoccuper le château. Cette tentative échoua comme celle d'Olsuficff.

Le comte Nostitz a, en outre, eu le soin de joindre à son journal la pièce dans laquelle le comte Hardenberg rend compte de la façon dont il a été eiilevi^ par les Français. Envoyé par Bliicher pour surveiller les travaux d'extinction de l'incendie, il remontait vers le château pour rendre compte de sa mission, lorsqu'il fut arrêté par six cavaliers. Hardenberg qui, dans l'obscurité, n'a pas remarqué leurs uniformes, réi)ond par les mots de : « PreutsUeher Offizier ». Il est sommé de se rendre. Toute résistance étant impossible, Hardenberg demande quel est le général qui commande et demande à être conduit à lui. Amené au général l^fcbvre-De^noëttes, il eut la présence d'esprit de lui dire que bliicher était ave<* ses troupes aux portes de la ville. Hardenberg fut prcifque aussitôt conduit à Tétat-major général de TEmpereur.

Tagebuch des Gênerais der Kavallerie Grafen von iNostitz. (Kriegtgesehichtliclie Einzeischriflen, 1884, Heft V, pages 76 à 81.)

1 On sait que l'Empereur avait, dans le courant de l'après-midi, au moment où il débouchait vers trois heures du bois de Vallcntigny sur le chemin de Maizièros, failli Alro enlevé avec son escorte par les (Cosaques qui auraient assurément réussi leur hourrah, s'ils n'avaient été arrêtés à propos par les troupes de la division Meunier.

* La présence d'esprit du colonel Benançdn, chef d'état-major de Sacken, s;iuva seule le général russe. Au moment où il allait sortir de Brienne, Sacken et Benançon sont entourés par les cavaliers français. Le colonel Benançon, Français au service de la Hussie, s*écrie alors * « Faites place, nous sommes des vAtres. » Les rangs des Français s'ouvrent un moment : le général et le

oniporlo par le tlol des c«ivaliors français, et plus heureux quo son quartier-maître général, le colonel comte de Rochechouarl, qui trouva la mort dans cette mêlée, réussit à se jeter dans une rue latérale.

Charge de la cavalerie russe. — Mais Talarme était donnée ; la cavalerie russe rejeta la cavalerie de Lefebvre-Desnoëttes sur la division Duhesme qu'elle entraîna dans sa déroute, et le général Chîltaux, attaqué par des forces supérieures, contraint à sortir h son tour de la ville, dut se borner à occuper fortement le château et quelques maisons de Brienne.

La présence des troupes françaises au château et dans Brienne n'en constituait pas moins un véritable danger pour le parc de l'armée de Silésie, qui se dirigeait à ce moment do Lesmont sur Dienville. Blùcher résolut donc, vers 10 heures du soir, de charger Olsuiieff d'enlever le château, et Sacken d'arracher aux Français la partie de la ville qui restait encore entre leurs mains.

Blûcher fait attaquer de nuit la ville et le château de Brienne. — Les colonnes d'Olsufieff tentèrent vainement à doux reprises de pénétrer par escalade dans le château; chaque fois elles furent repoussées après une lutte des plus vives, et iinalemcnt obligées de se replier sur la ville. Knfin, après un combat acharné, dans lequel on se disputa la possession de chaque maison et dans lequel l'un des brigadiers du général Decouz, le contre-amiral Baste, fut tué, le général Decouz mortellement blessé et Berthier légèrement atteint, les troupes de Sacken réussirent î\ reprendre presque entièrement la ville de Brienne aux Français*. Vers minuit seulement, les adversaires, harassés par cette lutte qui avait duré près de neuf heures, épuisés de fatigue par les corps à corps presque incessants qu'ils avaient eu ii soutenir depuis la tombée de la nuit, se décidèrent h cesser le

coloDel Benançon réussirent à passer avant que les cavaliers n'enss^mt reconnu leur méprise. Une partie de l'escorte de Sacken fut néanmoins atteinte, sabn^ et prise. C'est à ce moment que le colonel de Rochechouart fut tue. Taf;ebuch des Gênerais der Kavallerie Grafen von Xostitz. (Kriegtgeschichlliehe EinzeUchriften, 188i, Heft V, pages 81-82).

* Le général Lefebvre-Desnoëttes «^tait également au nombre des blessés.

fou. Lo oombat de Hrieniie avait coûl(^ h cliarimc dos dcnix anuoos environ 3,000 hommes.

Les Français restaient maîtres du chlteau et de quelques maisons seulement de la ville. Le quartier général impérial s'établit il Perthes, et le gros de l'infanterie française prit position îi droite et î\ gauche de la route de Maizi^res.

Blûcher ramène son infanterie en arrière pendant la nuit. — Dès qu'il fut rassuré sur le sort de son parc, Blûcher donna, de son quartier général d'Arsonval, les ordres suivants : aux troupes d'OIsufieff de filer sans bruit après minuit, par la route de Bar-sur-Aube jusqu'il Arsonval et de s'établir au bivouac en arrière de ce village; au corps Sacken d'exécuter le même mouvement par la même route h 2 heures du matin, et de bivouaquer ensuite îi Bossancourt. La cavalerie seule avait ordre de rester jusqu'au matin en vue de Brienne et de tenir quelques postes dans la ville même après le départ de l'infanterie. Elle devait, si l'ennemi venait à l'attaquer k l'aube du jour, se replier sur Trannes, où elle trouverait l'infanterie en position. Les blessés et les canons pris aux Français étaient dirigés sur Barsur-Aube.

Cette retraite nocturne s'effectua en silence et sans être inquiétée par les Français qui, épuisés par les fatigues de la marche et par les efforts qu'ils avaient dû faire dans le combat, n'entrèrent dans Brienne qu'à A heures du matin. Le corps Sacken prit position vers le matin sur les hauteurs de Trannes, sa gauche h Trannes même, sa droite à Éclance, couvert en avant par les Cosaques qui, battant l'estrade sur les derrières des Français, y enlevèrent quelques équipages appartenant à l'Empereur.

Positions de l'armée de Bohême. — Positions des Y^ et VI« corps. — Si le 29 au matin, Tarmée de Silésie, sans parler du I®"^ corps qui se trouvait encore entre laMeuseetl'Ornain, était loin d'être concentrée, puisque Sacken était fi Pougy et Lesmont, alors que Blûcher et Olsufieff occupaient à Brienne, il en était à peu près de même pour l'armée de Schwarzenberg, qui formait à ce moment deux groupes absolument distincts, séparés entre eux par près de deux bonnes journées de marche.

L'un de ces groupes, les V« et VI» corps, se tenait aux environs

de Joinviile et sur les bords do la M«irne, en aiiionl de celle ville, tandis que Taulre (les III* et 1V« corps) (Mail (^labli du côté de Bar-sur-Aube, Dienville et Vendeuvre.

Derrière chacun de ces groupes, et à une distance à peu près égale de chacun d'eux, les gardes et réserves étaient échelonnées de Chauniont à La Ferté-sur-Aube. Schwarzenberg à qui Toccupation de Saint-Dizier et de Joinviile et les mauvaises nouvelles reçues de Blûcher, avaient fait redouter la possibilité d'une attaque des Français contre sa droite, s'était justement ému de la dispersion dangereuse de ces corps qu'un adversaire aussi énergique et aussi résolu que Napoléon pouvait parvenir à battre les uns après les autres. Pour parer dans la limite du possible au danger qu'il redoutait, il avait donc envoyé dans la nuit du 28 au 29 à ses commandants de corps les ordres que nous avons analysés plus haut.

Escarmouches de cavalerie du côté de Vassy et de Dommartin. — Le VI» corps qui devait, de concert avec Wrède, attaquer et enlever Joinviile pour couvrir la droite de l'armée de Bohème et donner la main h York, complètement coupé de Blucher par la marche des Français et la prise de Saint-Dizier, occupa dans la journée du 29 Joinviile que l'ennemi avait évacué. Ce fut dans cette ville seulement que Wittgenstein apprit de la bouche de Wrède les événements des derniers jours et eut connaissance du mouvement que le général Lanskoï avait opéré sur Doulevant, mouvenïent qui découvrait complètement la route de Void et de Toul. Il envoya aussitôt de la cavalerie à Ligny avec ordre de pousser vers Bar-le-I)uc des partis chargés de le relier à l'avantgarde d'York *. Il avait dirigé en même temps une brigade d'infanlerie et un millier de ch(»vaux vers Vassy où cette colonne vint donner contn^ les troupes avancées de Marmonl, avec lesquelles elle tirailla pendant toute l'après-midi du 29, aux environs de Nomécourt*.

Pendant cette journée du 29, le général Uowaïsky XII avait occupé, avec un régiment de cosaques, Dommartin d'oii la cava-

t Stàrke. Rintlieîlung und Tagesbegebenheiten der Hanpt Armco im Monate Jaiiuar {K, K. Kriegs Archiv., \, 30.)

« Tageburh du major prince Taxis. (Ihid., Xlll, 32.)

lene frai^'aise vciianl de Doulevant lenla vainenitMit et à plusieurs reprises de le déloger*.

Wrède était également arrivé le 29 h Joinville. Lui et Frimont établirent leur quartier général h Saint-Urbain ; leurs troupes se cantonnèrent au sud de Joinville, et les reconnaissances firent .savoir qu'elles avaient trouvé Doulevant et Vassy fortement occupés par Marmont qui, formant l'aile gauche de Napoléon, marchait de Montier-en-Der sur Brienne *. Bien que les Austro-Bavarois n'eussent pas eu un seul combat à soutenir depuis les affaires de Sainl-Dié, les privations, les fatigues des marches et les rigueurs de la température avaient singulièrement éprouvé le V« corps. Les hommes et les chevaux n'en pouvaient plus. On avait peine à faire arriver l'artillerie et à faire suivre l(;s convois. L'état sanitaire des troupes était tellement mauvais que la plupart des régiments comptaient autant de malfides qu(» de présents et que Wrède se voyait dans le cas d'écrire le 29 au soir à Schwar/enberg : « Force me sera de laisser reposer le V« corps, le 30. J'enverrai cependant de fortes reconnaissances sur Vassy et Dommartin, afin de pouvoir en toute connaissance de cause, marcher à l'ennemi le 31 '. »

Mouvement du IV* corps sur Ailleville. — Du coté de l'Aube, le prince royal de Wurtemberg avait achevé le mouvement que nous lui avons vu commencer dans la nuit du 28 au 29 et dans la matinée du 29. Tout son corps était venu prendre position entre Trannes et Ailleville S afin de ser\ir de soutien aux avants postes qu'il avait poussés, tant vers Dienville et le Petit- Mesnil que vers Fresnay et Maisons, de manière à pouvoir éven-

1 Schwarzenberg à Blùcher, Chaainont, 31 janvier. (Ibid., 1, 724.)

' Starke, Eintheilung und Tagesbegebenheiten dcr Haupt Armée im Munate Jauuar. (/6iV/., XIII, 30.)

> bien que dans sa monographie de Wrède, page 334, le généra! Heilmanii prétende que Wrède n'ait eu connaissance de Taffaire de Brienne que le 30 au soir, son aide de camp et confident, le major prince de la Tour et Taxis, dit dans son journal, à la date du 29 janvier au soir : u On apprend alors que Hliiclier attaqué très vivement a dil abandonner le pont de Lesmont et Brienne et va se replier sur Trannes, en remontant le cours de l'Aube. » (Tagebuch du prince de Taxis. — K. K. Kriegs Archiv., I, 32.)

^ StÀrkk, Eintheilung und Tagesbegebenhciten dcr Haupt-Arniec im Monate Jauuar (K, K, Krieys Archic, l, 30J.

tuellenient recueillir Blûcher. Le prince royal, convaincu que les bords de l'Aube ne pouvaient manquer d'être avant peu le théâtre grandes opérations et de graves événements, avait, en outre, de employé sa journée h reconnaître les hauteurs s' étendant de Trannes jusqu'à la vallée de TAube et tout le pays aux environs de Maizières et de Fresnay. 11 avait trouvé là une excellente position qui aurait parfaitement convenu à Blucher s'il avait eu l'intention d'éviter une affaire à Brienne, et sur laquelle il pouvait facilement être rejoint par les corps de l'armée de Schwarzenberg. Le prince avait pu découvrir, sur la droite de celte position, quelques postes de cavalerie française établis du côté de NuUy. Il avait, dans l'après-midi, entendu le canon dans la direction de Brienne et aperçu la lueur produite par l'incendie de celte ville ; mais le brouillard l'avait empêché de suivre, des hauteurs de Fresnay, les péripéties de la lutte et il était rentré à la tombée de la nuit à son quartier général de Bar-sur-Aube.

Position du III® corps, des gardes et réserves. — Gyulay était à Bar-sur-Aube*. Les troupes avancées du IIIo corps occupaient Vendeuvre et les extrêmes avant-postes étaient au delà de La Villeneuve-au-Chêne. Devant lui, les Français avaient solidement barricadé et fortement occupé les ponts de Courleranges et de La Guillotière sur la Barse et le pont de Maisons-Blanches sur l'Hozain. Ils paraissaient toujours décidés à se maintenir à Troyes, mais ils semlilaient avoir renoncé à l'idée d'en déboucher.

En arrière de ces deux corps, les grenadiers russes marchaient sur Chilteau-Villain, l'infanterie de la garde sur Luzy, la division de cavalerie légère de la garde sur Jonchery, la l^e division de cuirassiers russes et la cîivalerie de la garde prussienne sur Rolampont, la 2« division de cuirassi(îrs sur La Ferté-sur-Aube, la 3° sur Clairvaux, la brigade d'infanterie de la garde prussienne sur Marnay. Barclay de Tolly, l'empereur de Russie et le roi de Prusse venaient d'arriver à Chaumont.

Corps volant de Thurn à Chaource. — CoUoredo reçoit

* Stàrkh, Eiiitiieilung urid TageslHîgcbeDhcitefi dcr Haupl-Armce im Muualt! Juiluar. (K. K, Krieys ArdUc» i, 30.)

l'ordre de s'arrêter. — Quant au lieutenant-colonel Thurn, qui couvrait la gauche de Gyulay et qui précf^dait de loin le corps de Colloredo, il avait vu fondre ses effectifs et, comme Schwar/enberg ne pouvait pas lui envoyer des renforts, il se bornait à de petites opérations, à des reconnaissances et à quelques pointes. Il s'était porté le 29 de Villemorien sur Chaource, et ses patrouilles ayant trouvé les Bordes évacuées par Tennemi, il comptait, le lendemain 30, obliquer plus h gauche et se diriger vers Troyes*.

Si Schwarzenberg avait, le 29 de grand matin, prescrit îi Wittgenstein et h Wrède de se réunir pour attaquer Joinvillc le 30, îi Gyulay de s'arrêter entre Vendeuvre et Bar-sur-Aube et de se tenir prêt h marcher dans une direction qu'il se réservait de lui indiquer uUérieurement, au IV® corps d'achever son mouvement versTrannes, Arsonvalet Ailleville, malgré les craintes que lui donnait la situation de sa droite, il n'avait pas cessé de se préoccuper du sort de sa gauche. Redoutant toujours un niouvcment de l'Empereur de Troyes sur Dijon, il avait enjoint à Colloredo de rester sur ses positions actuelles jusqu'à nouvel ordre. Kn le mettant en quelques mots au courant de la situation généraUs telle qu'il la connaissait le 28 au soir, il avait eu soin, il est vrai, de lui recommander de faire reconnaître les routes menant à Bar-sur-Aube et h Chaumont *. Il est donc juste dt; reconnaîtn^ que, s'il eût assurément mieux valu laisser Colloredo continuer sa marche et dépasser Chi\tillon, Schwarzenberg n'a pécrhé qu(î par un excès de prudence. Mais il n'avait en réalité nullement renoncé à l'idée de se faire rejoindre sur sa gauch(î par cette colonne. Par suite Colloredo se cantonna, conformément aux ordres

* Thurn à Scliwanenberg, Chaourire, t9 janvier, ti heures du soir. {K. K. Kriegs Archiv., I, 685.)

s Le prince de Schwarzenberg au comte de Colloredo : Chaumont, S9 janvier 1814. — « Le feld-maréchal Bliicher est à Brienne, mais l'ennemi a chassé le iS le général Lanskoï de Saint-Dizier et Ta poursuivi jusqu'à Dommartin. Une autre colonne ennemie a délogé les troupes légères du général comte Wittgenstein de Joinvillo et a occupé ce point.

« Les V* et VI* corps attaqueront Joinville demain 30 janvier, et le prince de Schwarsenberg a décidé de suspendre tout mouvement de l'armée jusqu'à la reprise de Joinville.

« Le comte Colloredo restera donc sur .ses positions actuelles jusqu'à nouvel ordre et fera reconnaître les routes de Bar-sur-Aubu et Chaumont. » (Ibid,, i. 670.)

de Sch\varz(Miberg, au3t environs de Bar-sur-Seine*. Son avantgarde, la 2® division légère, sous les ordres du prince Maurice Liechtenstein, avait néanmoins continué sur Bar-sur-Seine et poussé ses avant-postes sur la route de Troyes jusque vers Sainl- Parrc les Vaudes, d'oii ce général faisait savoir que les avantpostes ennemis étaient le 29 au matin vers Maisons-Blanches, qu'ils avaient pratiqué des coupures et des abatis sur les roules, mais qu'ils n'avaient pas envoyé de patrouilles de découverte en avant.

La division légère du comte Hardegg avîiil, à la même date, son gros à Tonnerre ; ses avant-postes établis à Flogny, sur la route de Saint-Florentin, se reliaient sur leur droite au corps volant de Thurn et surveillaient toutes les routes menant îI Tonnerre.

Marche du corps York sur Saint-Dizier. — Avant de jeter un rapide coup d'œil sur les conséquences de la journée du 29, avant de parler des différents incidents qui s'étaient produits au grand quartier général de (^haumont et du conseil de guerre qui

1 CoUoredo à Schwarzenberg, ChâtiUon, 29 janvier 1844. {K, K, Kriegs

A cette dépèciic était jointes les pièces qu*on lira ci-dessous et qui prouveront que l'élan était donné partout et que, si le réveil de Tesprit national avait été long, le patriotisme avait partout repris le dessus.

Benscigiiements sur des imbitants de Dijon hostiles aux Alliés (fournis par CoUoredo) :

t( 1^ Le nommé Laguisse, lionnetier de profession et demeurant a Dijon, s'est offert pour lever une compagnie franche et aller sur les derrières de Tannée incendier nos parcs de réserve et autres établissements, attaquer nos convoi et en massacrer les escortes ;

« 2** Un autre habitant de la même viUe, membre de la Légion d'honneur, qui a perdu la jambe droite, mais qui marche très bien sur une jambe de bois, demeurant dans la rue Chaplotte, dite de Voltaire, a cherché à ameuter le peuple à l'arrivée des troupes de Leurs Majestés et voulait marcher contre elles ;

et 3" Le propriétaire de la fabrique de Mulhouse-sur-Rliiii, ayant Tair de servir les Alliés, a profité de la confiance qu'il a eu le talent d'inspirer pour rendre compte à l'ennemi de tout rc qu'il a vu ou entendu. »

Signalement d*un espion dangereux (CoUoredo à Schwarzenberg) :

(c Morel de Velmont, 36 ans, taille 5 pieds 4 pouces, cheveux ch:itains. front bas, yeux bleus, nez long et gros, grande bouche, menton long, ligure longue, teint basané, traits fatigués, porte un vêtement gris assez court, des pantalons longs en drap commun, des chaussettes bleues, un gUet brun et noir de Manchester. » {Ibid., ad 1, 656.)

s y tint dans la nuit du 29 au 30, il importe de voir ce qui s'était passé pendant les dernières vingt-quatre heures du côté du 1«' corps prussien (juc nous avons laissé le 28 entre Bar-le-Duc, où se trouvait son extrême avant-garde, et Commercy, où York était arrivé avec le gros de ses troupes.

D*apr^s les instructionsquc» Blùcher avait fait parvenir à York, le général Lanskoï devait, on s'en souvient, se tenir h Vitry jusqu'au 30 et y attendre l'arrivée d'York, pendant que Bliicher opérerait le 28, sur TAube du côté de Brienne, sa jonction avec la grande; armée. C'était uniquement d'après ces indications que York devait régler sa marche et ses mouvements, puisque depuis quatre jours il était sans nouvelles du feld-maréchal. Sa situation était par suite assez difficile au moment où, le 29 janvier, à huit heures du matin, il résolut de se porter sur Saint-Dizier et envoya de son quartier général de Commercy, au prince Guillaume de Prusse, l'ordre suivant: « Si, écrivait York, TEmpereur est réellement h Saint-Dizier, il est plus que probable que nous rencontrerons l'ennemi sur la Saulx, ii hauteur de Saudrupt et de Stainville. S'il ressort de la résistance de Tennemi et des renseignements qui nous seront parvenus pendant notre marche que nous avons devant nous des forces supérieures aux nôtres. Votre Altesse aura à prendre position avec son gros derrière la Saulx, h Saudrupt, et à faire occuper Stainville par une flanc-garde. La deuxième brigade se porte, d'ailleurs, sur Stainville pour y servir de soutien.

« Le général von Katzler et le colonel comte Henckel (ce dernier officier est placé a cet effet sous les ordres de Votre Altesse) chercheront à passer la Saulx (»l i\ reconnaître les positions de Tennemi. Il y a tout lieu d'espérer que les prisonniers nous fourniront des indications positives. Les 7® et !•■« brigades (Horn et Pirch II) restent en réserve à Ligny, prèles a se porter, d'après* les circonstances, soit en avant sur Bar-le-Duc ou sur Stainville, s'il faut forcer le passage, soit a gauche sur Joinville, soit en arrière sur Vaucouleurs *. On devra donc faire reconnaître les

* 11 ressort nettement de ces indications qu'York songeait à parer à toutes les éventualités et qu'ignorant «c (}ui s'éUiit passé, il se préparait ou à marcher eo avant, ou à obliquer à gauche, ou à couvrir, s'il y était coutraiut, sa retraite vers la Meuse

routes menant vers ces points, ou tout au moins se renseigner sur leur viabilité.

« Votre Altesse royale cherchera à se procurer des renseignements précis sur la marche du corps Wittgenstein et à se maintenir en communication avec lui.

« Si notre marche sur Saint-Dizier par Bar-le-Duc s*effectue sans difficulté, le colonel Henckel, conformément aux ordres donnés antérieurement, longera l'Ornain et couvrira le flanc droit du corps. Mais comme la cavalerie de réserve ne peut plus être détachée du gros du corps, il aura à fournir seul les découvertes h envoyer du côté de Châlons. // est essentiel (TaUeindre Saint- Dizier le plus vite possible. Le gros recevra à Ligny des ordres pour la continuation de sa marche. »

York avait, en effet, prescrit à son gros de se porter sur Saint- Aubin où il comptait réunir ses brigades, tandis que la cavalerie de réserve (général von Jiirgass) devait être à Ligny ii midi et y rester jusqu'à l'arrivée du gros du corps avec lequel elle devait continuer à marcher h partir de ce point. York avait eu soin d'ajouter h cet ordre général ces mots qui caractérisent bien la situation r « Les troupes sont prévenues que les derrières ne sont pas sûrs ; les commandants des colonnes veilleront donc à ce qu'il ny ait pas de traînards et à ce que les convois soient escortés \ »

Le I**" corps prussien put, d'ailleurs, effectuer ses mouvements sans rencontrer la moindre résistance, puisque les Français avaient déjà évacué Bar-le-Duc, le 28 au matin. Les coureurs de

1 Voici ce que, d'ailleurs, on trouve à cette date dans le Journal de marche du 1^' régiment de dragon» pruttieng de Lxthuanie qui, faisant partie de la cavalerie de réserve du l**" corps sous les ordres du général von Jiirgass, arrivait le 28 janvier aux en\irons de Ligny :

u Jusqu'ici Tappel aux armes fait par Napoléon et la levée en masse n'avaient produit aucun effet ; mais il n'en fui plus de même à partir de notre arrivée ici. Nos troupes commencèrent dés lors à souffrir cruellement. Tous les villages étaient déserts ; les habitants s'étaient enfuis aver ce qu'ils avaient pu emporter dans les bois voisins, y attendaient et y épiaient le plissage des traînards qu'ils massacraient et des petits détachements qu'ils attaquaient, armés de fourches et de faulx. Us essayaient même dans les cantonnements d'assassiner les hommes qu'on les obligeait à loger ; un de nos chasseurs n'échappa aujourd'hui que providentiellement à la mort. 11 en résulta que nous fûme^ obligés de nous garder plus attentivement et qu'au lieu de nous cantonner, on nous fit bivouaqfucr. Il est juste d'ajouter que c'était là chose fort naturelle, puisque nous approchions maintenant du gros des forces ennemies. »

ravaiil-gardc poussèrent, sans rien trouver devant eux, jusqu'à deux petites lieues do Saint-Dizier, et l'avant-garde avec le prince Guillaume s'arrêta à Bar-le-Duc. Henckel avait côtoyé TOrnain jusqu'en aval de Sermaize et la cavalerie de Kalzler s'établit à hauteur de Chancenay, la 2« brigade à Stainville, les l^eet 7« aux environs de Ligny, où York reçut dans le courant de la journée des nouvelles qui allaient jeter un jour nouveau sur sa position et lui permettre d'agir et d'opérer désormais en pleine connaissance de cause.

Sa cavalerie, en effet, lui avait fait savoir qu'une colonne française, composée de troupes de toutes armes et forte d'environ 6,000 hommes, occupait encore Saint-Dizier. L'achèvement des travaux de réfection des ponts de Han-sur-Meuso, de Pont-sur- Meuse et de Commercy» qui étaient fortement gardés, lui assurait une ligne de retraite et de communications. Enfin, il avait été informé officiellement, d'abord par Wittgenstein de la présence de Blûcher h Brienne, puis par Schwarzenberg de la concentration d'une partie de l'armée de Bohême à Bar-sur-Aube. La situation d'York avait donc changé du tout au tout en vingt-quatre heures. Son rôle était désormais nettement défini, la direction qu'il avait h suivre lui était imposée par les circonstances mêmes. C'est pour cela que, lorsque Wittgenstein lui fit demander de l'assister dans ses opérations, il crut pouvoir lui répondre que « les premiers coups de canon tirés par le I" corps contre Saint- Dizier serviraient de signal d'attaque pour le VI« corps », et qu'il donna, le â9 au soir, les ordres dont nous aurons à parler en examinant les opérations et les mouvements du 30.

Particularités du combat de Brienne. — Pour ce qui est du combat même de Brienne*, il présente certaines particularités sur

* ClaU8e>^it2 critique assez vivement Tisolement dans lequel Bliichor a été laissé à Brienne et en fait remonter la responsabilité à Schwarzenberg.

« Que Blticher, dit-il dans sa Critique stratégique, ait été un moment aban«bonne à lui-même et sur le point d'être écrasé à Brienne par les Français, c'est là nne faute stratégique d'autant plus grave que le moment décisif était plus proche, ce qui augmentait encore le danger. Plus on s'approche de U crise, plus les mouvements doivent être serrés, plus les combinaisons doivent être csîlculées. »

U nous semble toutefois qu'à vrai dire la critique de Clansewitï s'adresse liien plus a Bliicher qu'au |;éuéralissime. il est vrai que Schwaracnberg aurait

lesquelles il convient d'insister. 11 est rare, en eflel, de voir dans une seule et même affaire les deux généraux en chef sur le point d'être enlevés ou, tout au moins, sabrés par quelques cavaliers. L'un d'eux n'échappe même que par un hasard providentiel à Tennemi, qui s'empare par surprise du château dans lequel il a installé son quartier général. Quant à racharnement que déployèrent et Blûcher et Napoléon, acharnement qui faillit leur être fatal à tous deux, il était loin d'être produit par les mêmes causes Chez le feld-maréchal, à la haine qu'il portait à l'Empereur et à la France venait s'ajouter, ce jour-là, le sentiment des fautes que cet acharnement même lui avait fait commettre. Jusqu'au dernier moment, jusqu'à ce qu'il ait été forcé de se rendre à l'évidence en parcourant les dépêches trouvées sur le colonel Bénard, Bluchor ne s'était pas rendu compte de la situation. Mais, plus franc que ses détracteurs et plus loyal que ses panégyristes, il reconnut lui-même, après les événements, la faute qu'il avait commise, et, dans le rapport qu'il adressa d'Arsonval, le 31 janvier à iO heures du matin, à l'empereur d'Autriche, il avouait : « Qu'il avait pris les mouvements exécutés contre Lanskoï pour de simples démonstrations; qu'il avait fait venir, le 28, Olsufieff à Brienne, laissé Lanskoï sur la route de Brienne et posté Sacken à Lesmont*. » 11 est donc évident, et il le reconnaît lui-même un peu plus loin, qu'il occupait un front démesurément étendu, et que, au lieu de s'entêter sur la position de Brienne, il eût été plus sage et plus raisonnable, après ïivoir amusé les Français au moment où ils parurent à Maizières, après les avoir occupés en déployant devant eux la cavalerie de Pahlen soutenue par quelques batteries, de faire filer, dès l'aube du jour, Sacken de Lesmont et d'opérer en bon ordre et par échelons sur Dienville et sur Trannes une retraite qui eût pu s'effectuer sans trop d'encombrés et au

pa peut-i^tre le faire soatenir en poassaDt vers lui les 111* et IV* corps ; uiais le généralissime ignorait encore de quelles forces disposait TEmpereur et craignait de se voir contraint de livrer contre son gré une bataille à laquelle il était loin d'ùtre préparé. D'autre part, il est certain que Bliicher seul, en s*affranchissant des ordres du généralissime, en contrevenant à ses instructions et en s'cntf^tant à précéder la grande armée au lieu de venir la rejoindre, était cause de ce qui se passait, et que, sans la prise du colonel Bénard, il aurait infailliblement été surpris par Napoléon et cx;rasé uniquement p<'ir sa fauto.

* bliicher à l'erapcrcur d'Autriehe, Arsonval, 31 janvier. (A'. A'. Kneys

pri\ d'un simple combat d'aiTicre-garde. Une pareille retraite lui eût permis de rejoindre plus rapidement, et sans s'exposer h de grosses pertes, les 111« et 1V« corps, auxquels il aurait ainsi donnc^ la main dès le 29 au soir. Il se serait alors trouvé dans une situation semblable, à peu de choses près, à celle qui lui fut faite par les ordres de Schwarzenberg et des souverains alliés lorsqu'on le chargea de livrer, le i*"^ février, la bataille de La I\othière.

Au point de vue tactique, Blûcher et Napoléon se virent tous deux forcés d'engager successivement leurs troupes au fur et h mesure de leur arrivée sur le terrain de la lutte; mais on ne saurait méconnaître que si la résistance énergique opposée par les Russes d'OlsufieflT h la première attîique de Duhesme a permis îi Bluchcr d'attendre sur sa position l'arrivée des troupes de Sacken, c'est surtout i\ son coup d'oeil et à l'emploi judicieux qu'il sut faire de toute sa cavalerie, h la rapidité avec laquelle il profita de la faute quo. les Français avaient commise en envoyant toute la leur sur leur droite, qu'il dut de pouvoir se maint(»nir h Brienne jusque dans la nuit.

Pour ce qui est de l'Empereur, on s'est demandé pourquoi il avait attaqué si vivement le feld-maréchal qu'il avait espéré surprendre au moment où il aurait exécuté un passage d(î rivière, pourquoi il n'avait pas attendu l'arrivée de Gérard, et pourquoi, enfin, il n'avait porté contre Blucher que le tiers environ de son armée. Un examen attentif de la situation permet de répondre à ces critiques.

Napoléon a reconnu dès les premières heures de son arrivée à l'armée, qu'il est urgent d'agir et de battre Blûcher avant qu'il ait pu opérer sa jonction avec Schwarzenberg. Il ignore quels sont au juste les corps que Blûcher a emmenés avec lui dans son mouvement vers la Marne et vers l'Aube; mais il sait qu'il importe de ne pas perdre un instant et que c'est uniquement par la rapidité et la continuité de sa marche qu'il pourra peutêtre encore parvenir à tomber sur les derrières de l'armée de Silésie. C'est pour cela aussi qu'il jette sur elle ses troupes au fur et î\ mesure de leur arrivée en ligne, qu'il attaque, bien que Gérard ne puisse le rallier avant le lendemain, bien qu'il ait détaché Marmont du côté de Vassy et bien que Mortier n'ait pu (il l'ignorait, il est vrai) exécuter son mouvement et venir le

rejoindre. Il est évident que jusqu'au dernier moment il espère, en s'installant à Brienne, couper en deux larmée de Blûcher et triompher de cette résistance énergique et désespérée des Russes qui seule va permettre au feld-maréchal de sortir de la position critique dans laquelle il s*est placé et de se replier sur Tarmée de Bohême, a Tout cela est simple et naturel, » dit Clausewitz à ce propos, parce qu il considère évidemment que, dans la situation de TEmpereur, TofTensive seule pouvait lui apporter le salut.

Hécontentement de Schwarzenberg. — L*émotion. on peut le penser, avait été vive au grand quartier général des Alliés pendant toute la journée du 29, si vive môme que, dans la matinée, alors qu'on n'avait encore connaissance que du rapport dans lequel Blùcher rendait compte des premières opérations de TEmpereur contre Saint-Dizier, Schwarzenberg avait chargé Toll d'écrire au prince Wolkonsky pour le mettre au courant des dispositions qu'il avait prises et de se faire l'interprète de son mécontentement, mécontentement uniquement causé par les mouvements de Blûcher.

« Ce qu'il y a de plus désagréable dans toute celte affaire, fait-il écrire, c'est que Blûcher a appelé à lui Pahlen et que Wittgenstein se trouve manquer presque absolument de cavalerie. On aurait pu, d'ailleurs, prévoir ce mouvement de l'ennemi qui se concentrait à Chillons, et je m'étonne que Blûcher, avant d'avoir même cherché h connaître la force de l'ennemi, se soit porté sur Brienne, point vers lequel il n'aurait, au reste, jamais dû se diriger puisque Brienne se trouvait dans le rayon d'action et la zone de marche de la grande armée.

ce Mais il est d'autre part heureux que l'ennemi ait pris maintenant l'offensive. S'il avait commencé son mouvement dans quatre jours, la queue de nos colonnes se serait déjfi trouvée ii Troyes et l'ennemi en marchant do Châlons par Joinville sur Chaumont aurait, en prenant pour bases d'opérations Verdun et Metz, complètement coupé nos comnmnications *. »

A Barclay de Tolly, Toll écrivit le 29 au matin : « Le prince de Schwarzenberg redoutant une tentative de l'ennemi contre nos

* Toll et Schwarzenberg redoutent toujours, on le voit, et dès le début de la campagne, le mouvement que TEmpereur ne devait entreprendre qu'apn^ Arris-snr-Aube, dans le» derniers jours de mars.

lignes (le ooninmiiicalions, il(»sir(i que vous donniez h vos troupes l'ordre de redoubler de vigilance dans les cantonnements. »

Il est, d'ailleurs, juste de reconnaître que, malgré l'éniotioD naturelle causée par les mauvaises nouvelles ((u'on venait de recevoir, on se rendait au quartier général de Scinvar/enberg un compte assez exact de la situation. Loin de désespérer et de se laisser décourager par l'éventualité probable d'un échec infligé à Bliicher, on en augurait bien pour l'avenir. On croyait surtout ((ue cette leçon ser\'irait ii discréditer complètement dans l'esprit de l'empereur de Russie et des partisans d(^ la guerre îi outrance, les auteurs des plans que Knesebeck et l'entourage de Sclnvarzenberg et de Metternich condamnaient h cause de leur audace et rejetaient h cause des risques qu'ils faisaient courir h la cause des Alliés et surtout îi la cause de la paix.

L'inquiétude ne se calma guère, ni dans la journée, ni le soir, bien que Ton commençât h se tranquilliser sur les dangers (lue l'on avait redoutés pour la droite du côté de Joinville. Mais on venait d'apprendre de la bouche même d'un des officiers de Bliicher, le lieutenant-colonel von Brunneck, parti du champ de bataille un peu après 3 heures, que les corps de Sîicken et d'Olsufieff étaient sérieusement engagés avec l'Empereur, qu(î les charges brillantes de la cavalerie de Pahlen avaient momentanément réussi h arrêter l'ennemi, et que le feld-maréchal espérait encore parvenir à se maintenir sur ses positions pendant la journée du 30 et pensait que l'ennemi se retirerait ii la nuit.

Conseil de guerre de Chaumont. — Par une coïncidence bizarre, ce fut au moment où Bliicher était attaqué i\ Brienne et obligé de se replier sur Trannes, au moment où l'empereur de Russie, inquiet de la tournure prise par les événements, se rendait avec le roi de Prusse de Langres à Chaumont pour y décider les opérations ultérieures, que Metternich écrivait î\ Caulaincourt, qui depuis trois semaines attendait vainement une réponse, pour lui annoncer que « les souverains avaient choisi Chûlillon-sur- Seine comme le lieu des négociations av(»c la France et que les plénipotentiaires seraient rendus dans cette ville, le 3 février prochain *. » Metternich répondait en môme temps à la lettre confi-

' Archives do ministère des affaires étrangères, n® 338.

denlielle que Caulaincourt lui avait écrite le 2o, en lui d&larant que Tempereur d'Autriche ne pouvait se charger de proposer aux Alliés une suspension d'armes parce que « Sa Majesté était convaincue que la démarche proposée ne mènerait à rien ».

Rien ne pouvait être plus agréable à Schwarzenberg dans les circonstances actuelles que la présence à Chaumont de Tempereur de Russie, qui convoqua aussitôt et malgré l'heure tardive de son arrivée au quartier général, une espèce de conseil de guerre dans lequel on arrêta les dispositions pour la journée du 30.

30 janvier. — Ordres pour la journée du 30 janvier. — « Les III* et IV« corps, formant le centre de la grande armée, se concentreront à Bar-sur-Aube. L'aile droite (V® et VI« corps) prendra position h Joinville, enverra des avant-gardes sur Vassy et se préparera à attaquer cette ville le 31 . L'aile gauche (colonne de Colloredo) ira de Bar-sur-Seine h Vendeuvre où elle arrivera le 30, et au plus tard le 31. Colloredo est chargé de menacer la droite et les derrières des Français et d'empêcher Mortier de déboucher en avant de Troyes. Une partie des gardes et réserves sera le 30 à Colombey-les-Deux-Églises et on envoie à Kleist et îi York l'ordre de presser leur marche. » Rédigés pendant la nuit du 29 au 30, ces ordres furent expédiés vers le matin et reçurent presque partout un commencement d'exécution dans l'après-midi.

Un examen, môme superficiel, suffit pour démontrer qu'en somme ces ordres ne modifiaient que bien pou les positions des différents corps. Les III« et IV® corps restaient sur place, probablement afin d'empêcher leurs chefs de s'engager, contre le giv du généralissime, dans un combat que l'Empereur, on le croyait du moins, cherchait îI livrer fi l'armée de Silésie. VVrède et Witlgenstein restaient eux aussi îi Joinville où ils étaient déjà depuis l'après-midi du 29. Seul Colloredo, qu'on avait arrêté en route, recevait l'ordre, impossible à exécuter, d'être le 30 à Vendeuvre.

On prévoyait, il est vrai, qu'il ne pourrait être rendu sur re point que le 31.

En somme, il résultait de ces ordres que la plus grande partie de la grande armée arriverait le 31 seulement sur h*s positions d'où il lui serait possible de coopérer le lendemain à une entreprise sérieuse. Ces ordres ne changeaient donc rien à la

situation; ils étaient rédigés uniquement pour donner aux souverains une satisfaction apparente en leur faisant croire que ces résolutions étaient dues h leur initiative et h leur intervention. Mais il n'en fallait pas moins toujours deux grands jours à leurs armées pour se préparer à une attaque qui cependant aurait pu se produire immédiatement.

Les auteurs autrichiens, et Schels en particulier, ont prétendu que Blûcher avait, le 30 au malin, l'intention d'abandonner la position que ses troupes venaient d'occuper entre Trannes et Arsonval et de continuer sa retraite sur Bar-sur-Aube. D'après eux il aurait été détourné de donner suite à ce projet par l'intervention du prince royal de Wurtemberg et de Gyulay qui, accompagnés par le colonel Baillet de Latour, chef d'état-major du IV« corps, se seraient rendus dans la matinée au quartier général du feld-maréchal h Arsonval. Ces deux commandants de corps auraient réussi î\ lui faire reconnaître les inconvénients d'un mouvement rétrograde prolongé jusqu'à Bar et l'auraient décidé îi rester sur place en lui offrant de venir avec le !¥• corps couvrir sa droite et occuper les hauteurs de Maisons.

En prêtant à Blûcher pareille idée, en lui faisant déclarer qu'il était hors d'état d'attendre une attaque « d'un ennemi qui lui était .n supérieur en nombre », ces auteurs ont évidemment oublié de relire la lettre que le feld-maréchal venait précisément d'écrire k Schwarzenberg, à 8 heures du matin. Blûcher y annonçait au généralissime « qu'il avait pris position de Trannes à Arsonval : qu'il croyait la gauche de l'ennemi k Maizières, et que, si les Français se décidaient k se reporter en avant, ils arriveraient trop lard pour atteindre son infanterie. » Enfin, il ajoutait en postscriptum celle phrase bien caractéristique, quand il s'agit d'un général aussi résolu et aussi décidé que Blûcher : « Je tiendrai, en tout cas, le défilé de Trannes *. »

Les ordres qu'il avait donnés dans la nuit du 29 au 30, alors qu'il se décida k quitter Brienne, achèvent de réduire k néant l'assertion des écrivains militaires autrichiens qui ne peuvent ni fixer le moment précis où l'entrevue en question aurait eu lieu, ni indiquer les raisons ou les nouvelles qui auraient amené tout à

t Voir le rapport de Bliicher à Si^liwarzenlierg (A', A'. Kriegs Arehiv,, î. 675), cité plus haat.

coup un reviromcnl aussi complet qu'inattendu dans les projets du feld-maréchal.

Ordres de TEmpereur dès qu il a connaissance de la retraite de Blûcher. — L'Empereur s'était installé à Maizières et, en envoyant, le 29 au soir à Marmont, Tordre de se rabattre de Montier-en-Der et de Vassy sur Brienne, il lui avait fait dire par Berthier : « Il est probable que nous nous battrons encore demain. » Napoléon avait été agréablement surpris, lorsqu'à la pointe du jour on lui annonça que Blùcher s'était retiré pendant la nuit et lui avait abandonné le champ de bataille si chaudement disputé la veille. Dès 7 heures du matin, il envoyait à la cavalerie de Milhaud Tordre d'occuper les hauteurs de Perthes, pour protéger la route de Rosnay. Il laissait encore en position la cavalerie de Grouchy et celle du général Lefebvre-Desnoëttes, mais il prescrivait aux divisions Ricard et Dufour, placées sous les ordres du général Gérard, de se rendre à Rosnay et de s'y réunir à la cavalerie du général Piquet pour venir de là s'établir h Dienville. La cavalerie légère de Pire restait avec le duc de Reggio à l'entrée du bois, sur la route de Maizières à Brienne, pour éclairer la gauche.

Reconnaissance de cavalerie en avant de La Rothiôre. —

Une heure plus tard, le major général écrivait à Grouchy : « L'intention de l'Empereur est, qu'avec votre cavalerie, vous vous mettiez de suite à la poursuite de l'ennemi. • «

A 9 heures, Grouchy, suivi par le 2® corps, débouchait, avec le 5« corps de cavalerie et la cavalerie de la garde, de Brienne-le- Chî\teau. Un brouillard épais, qui empêchait de voir à plus de 100 pas en avant, après avoir retardé sa marche, Tavait obligé h s'arrêter à peu de distance de La Rothière, lorsque, arrivé à la croisée des routes de Doulevant et de Bar-sur-Aube, il fut accueilli par le feu d'une batterie placée sur ce point et chargée de soutenir la cavalerie de Pahlen.

Position de l'armée de Silésie. — Sacken avait établi ses troupes entre Trannes et Eclance et couvert sa position par une

* Major-gënéral à Grouchy, 30 janvier, 8 h. 4/2 du matin. (Archives de la guerre,)

batterie de 100 boucliesii feu. Wassiltchikoflf, d'abord détaché du côté de Troyes. l'avait rejoint en passant par le pont de Dienville, et le général-major Karpoff II était posté, avec ses (Hosaques, à Tailo droite, où il occupait Soulaines, La Chaise et Cliauniesnil. Le corps d'Olsutieff formait une deuxième ligne en arrière de Sacken, que masquait en avant la cavalerie de Pahlen. Ce général avait disposé sa cavalerie îi gauche de la route de Bar-sur-Aube, mis 7 pièces d'artillerie h cheval — les seules dont il put se servir îi cause du manque de munitions — en batterie sur la route et fait prendre position, h droite de cette route, h Wassiltehikoff. qui se reliait par sa droite aux Cosaques de Karpoff II. Un grand rideau de cavalerie s'étendait donc des bords de l'Aube jusqu'k Soulaines.

Dès que le brouillard se fut dissipé, Fartillerie de Grouchy riposta à la batterie de Pahlen, et Ui cavalerie française se déploya des deux côtés de la chausfùe. Presijue au même moment, rinfanterie débouchait en colonnes serrées en avant de Brienne, et la cavalerie» du général de France se dirigeait sur Lesmont pour y réparer le pont que Sacken avait coupé en se rcîtiranl.

A 11 heures et demie, Grouchy recevait du major-général* une dépèche partie de Maizières î\ 8 heures et demie du matin. Berthier lui mandait que Tintention de l'Empereur était de le voir <;onstater d'abord si les ponts de Brienne-la-Vieillc et de Dienville étaient coupés. « Vous poursuivrez ensuite, lui disait-il, l'ennemi surBar-sur-Aube. » Il l'avertissait, en outre, de la marche du duc de Raguse et des généraux Duhesme et Briche par la route de Doulevant, et lui prescrivait, s'il entendait le canon de ce côté, d'en donner immédiatement avis « afin de faire diversion et d attaquer de suite ».

Position des corps français. ~- Mais les pluies et le dégel avaient tellement défoncé le terrain, que ni la cavalerie française, ni celle des Alliés, ne parvinrent à se mouvoir autrement qu'avec la plus extrême lenteur. Par suite, tout se borna, pendant la plus grande partie de l'après-midi, à une canonnade, qui coûta pas mal de monde à la cavalerie alliée, et h l'occupation de Dienville par les troupes du général Gérard. Le général fit garder les ponts de

1 Major-général à Groachy. (Arehive$ de la guerre»)

Dienvillft et de Lesmont et envoya des reconnaissances sur la rive gauche de l'Aube, dans la direction de Piney et de Vendeuvre. Cf» fut seulement vers le soir que le 2« corps (Victor) occupa La Rothi^ire*, et que la cavalerie française chassa de Chauniesnil les Cosaques de Karpoff. A cette nouvelle Wassiltchikoff envoya la cavalerie du prince Biron sur la route de Chaumesnil îi Eclance pour recueillir les Cosaques et couvrir l'extrême droite des Alliés. Pahlen et Wassiltchikoff se retirant lentement, s'établirent en avant de Trannes et tinrent leurs avants-postes en vue des lignes françaises dont le centre était h La Rothière, la droite a Dienville et la gauche ii Chaumesnil*. Marmont n'était arrivé le

1 Le S* corps était arrivé trop tard pour essayer d'occuper le bois de Beaulieu. « U aurait fallu, écrivait Victor au major-général, livrer un combat de nuit ; mes troupes étant très fatiguées, je les ai établies à La Rothiùrc et aux environs. »

' Stârkr, Rintheilung und Tagesbegebenbeiten der Haupt-Armee im Monate Januar. (A^ K. Kriegt Arehiv,, 1. 30.)

Kurzgefassto Darstellung der Kriegsbegebenbeiten der scblesiscben Armée (/6iW., I, 31), et Bliicber à Scbwarzenberg, Arsonval, 34 janvier, 8 beurcs du matin {Ibid, I, 697).

I-ie feld-maréchal Bliicber au prince de Scbwarzenberg : — « Arsonval, 31 janvier 1814, 8 beures du matin. — » D*apK>s les rapports que je reçois des généraux Pahlen et WassiltcbikoflT, l'ennemi a employé la matinée d'hier jusqu'à 11 heures du matin, à faire défiler ses colonnes de Maizières à Brienne. A 1 1 heures, il s'est porté en avant avec de rartilleric de gros calibre, de Tinfanterie et de la cavalerie, et a débouché de Brienne.

« Le général comte Pahlen n'avait pour résister à cette puissante artillerie que sept pièi*es légères qu'il a postées si bien et si habilement que Tennemi n'a pu arriver que le soir avec son centre a La Rothière, avec sa droite à Dienville. avec sa gauche à Chaumesnil.

« L*ennemi s'est arrêté sur cette position. »

Bliicber envoyait en même temps à Scbwarzenberg le rapport que Sacken venait de lui adresser.

Nous ne rt^produisons ce rapport que parce qu'il résulte de la lettre d'envoi qui raivom^Nigne, que, deux jouit après Va/faire de Bnenne, Bliicber n'avait pas encore pu obtenir un rapport de Pahlen. peut-être parce que ce général faisiiit partie du VI* corps ^Wittgenstein) et n'en était que provisoirement détaché :

« Le feld-manVhal Bliicber au prince de Scbwarzenberg : — « Arsonval, 31 janvier 1814. — « J'ai l'honneur d'envoyer à Votre Altesse le rapport du général-lieutenant von Sacken sur Taffaire du 29. à Brienne.

»• Je ne suis pas ena>re à même de fixer définitivement le nombre des canons qui ont été \\tis, |»arce que j'ignore ce qui s'est passé .i ce propos chez Pahlen ^du corps de Wittgenstein). » (Â'. K. Kriegt Arehir., atl I. 698.)

t( Lt' général >on Sacken au feld-marét*hal Bliicber. de Bussancourt. le 30 janxier 1811 : — u Le violent comltat d'hier est glorieux et artintageux (f) |H>ur nos tnm|)es, l'ennemi n'ax-ant pas atteint son but. Anjounl'hui. il n>D-

soir que jusqu'à Vassy. Une des divisions de son corps avait seule atteint Souiaincs*.

Marche dTork sur Saint-Dizier. — Affaire de Saint- Dizier. — York arrivé à Ligny, le 29, avait attendu seulement des nouvelles de son avant-garde pour envoyer h ses généraux ses ordres pour le 30, ordres qu'il eut le soin de communiquer k Wittgenstein, afin que cet officier général, mis au courant de sa situation, pût opérer contre Vassy dés qu'il entendrait du côté de Saint-Dizier le canon du I*'*' corps prussien.

Le 30, h 10 heures du matin, le corps York se porta sur Saint- Dizier en deux colonnes. L'une, à droite, partit de Saudrupt et se composait de l'avant-garde du prince Guillaume de Prusse précédée par la cavalerie du général von Katzler. Celle d(î gauch(i, composée des trois autres brigades et de la cavalerie de réserve du général von Jûrgass, éclairée en avant de son front par une avant-garde de cavalerie sous les ordres du major von Schierstadt, sortit à la même heure de Stainville. Cette dernière colonne s'éclairait à gauche vers la Marne et se reliait par des patrouilles de cavalerie, avec la colonne du prince Guillaume.

treprend que des démons trations et tend à gagner le pont de Dienville. D*après ce qae j*apprends, sur les hauteurs entre Trannes et Eclance où j'ai massé mon corps, nous avons pris hier i drapeau et 3 canons de la levée en masse et 200 hommes environ de jeune et vieille garde, dont plusieurs ot&ciers.

« Nous avons éprouvé des pertes fort sensihles. Le détachement de Stscherbatoff (a) et la cavalerie se ^nt particulièremeut distingués.

« Ce qu*il y a surtout de remarquable dans cette affaire c*est que Napoléon a jeté 200 obus sur Brienne et a brûlé la ville et rétablissement où il a été élevé » (K, K, Kriegs Arehiv, ad\, 698).

(a) Le rommaDilemeiit du petit corps de Stscherbatoiï fut donné à partir du 30 au général major Se$lavin qui fut chargé d'opérer en partisan avec ces quatre faibles régiments d« cosaques.

1 Le 30 janvier, à 4 heures du soir, le major-général avait, par ordre do l'Empereur, envoyé de Brienno les ordres suivants qui, pour des raisons diverses, ne furent pas exécutés :

A Drouot, il avait prescrit d'envoyer des partis de cavalerie du général Guyot sur la rive gauche de l'Aube ; à Ouhesme, de rejoindre le duc de Bellune, de s'établir à La Chaise on à Chaumesnil et de faire dire au général Brichc de rallier Grouchy vers La Rotbiére ; au général Colbert, de venir à Lesmont ; au général Bordesoulle, de se porter sur Brienne ; an maréchal Marmont, d'être au plus tard le 31 à La Chaise ou à Chaumesnil ; au général Gérard, de faire passer an maréchal Mortier une dépêche l'informant de la présence de l'armée eu avant de Brienne, et entin, au géuénU de France, d'ocl'uper le 31 û la pointe du jour le pont do Lesmont avec ses gardes d'honneur et de se mettre eu communication avec Arcis-sur-Aube et Troyes.

A ± heure<(, le gros de la colonne de gauche défilait par Ancer* ville h uFKî lieue environ de Saint-Dizier, pendant que la cavalerie de s^m Hvanl-gard<; garnissait déjà la lisière du bois et avait poiisMî jiis<|u'à environ 1500 mètres de la \ille. York voyant que iff» Français (la division Lagrange qui avait ordre de se diriger sur Brienne si elle était sérieusement attaquée par un ennemi supérieur en nombre; évacuaient la ville, résolut de ne pas attendre l'arrivée de l'autre colonne. Portant aussitôt sur sa gauche d<îux <'-S4:adrons et deux bataillons de la l'* brigade, il dirigea la 2" brigade (ît le gros de la 1^« par la chaussée même, sur Saint- I)i/ier. La 7« brigade (ît la cavalerie de réserve s'établirent en soulifîu à Aiicer\'ille. Le gros des troupes de Lagrange était déjà sorti de la ville : sa cavaleries avec quelques canons, garnissait \v.s collines de la rive gauche de la Marne. L'arrière-garde française; après avoir tiraillé un instant avec les Prussiens évacua d'abord hî faubourg de Gigny, puis Saint-Dizier, et repassa finalement le pont de pierre de la Marne. La cavalerie française (îssaya bien An <:ouvrir la retraite et de tenir assez longtemps pour faire sauter le pont; mais le feu de l'infanterie prussienne et de l'artillerie à ch(»val l'obligea à se replier presque immédiatement (bîvant l(is fusiliers prussiens qui lui enlevèrent un canon et (pH;l(|ues hommes, pendant que les hussards de Mecklembourg, la cavalerie (hî réserve (;t, un peu plus tard, le général von Katzier avec la ravaleriez de la (colonne de droite poursuivaient jusqu'à Relaron l(»s Français en retraite sur Montier-en-Der *.

La rapidité, avec laquelle York avait dessiné et conduit l'attaque (h» Sainl-Dizior, avait empêché le général Lagrange de détruire le i)()nl de pierre. Mais la division française, bien qu'elle se fût

* HliirlKT ii Schwarzenberg, Arsonval, 3t janvier, 7 heures du soir. (A*. K. krifijs .Irr/iir., 1. OUU.)

»< J\ii riuHineur i!'inf«)rnuT Votre Altesse que le général York a occupé hier 9\nT A K hciiirs Saiiit-Diiicr, Nans y trouver grande résistance, y a pris un canon <*t a |xiui>uivi reiniemi jusquW Kclaron. il espérait ainsi faciliter au «'omte NViltgen>tein Tattaque de Vassy. »

\Voir aussi plus loin le rapport d'York à Schwarzenberg , d'Erriennes. i février. 11 heuivs du soir. — Â'. K. Kriftjs Àrrhir . II. îi». )

l.;i colonne de droite (l'avant-ganle s<»us les ordres du prince (ludlauine de l'nissc^ ne put arri\er à temps jxmr prendre part au combat. Seule sa cavalerie rejoignit \crs le soir, iRMidaiit la |Mtursuite sur Kclaroo. les hussards de MivklcinlH'Urg et la brigade de cavalerie du général von Jùrca^».

conformée aux ordres de Marniont et qu'elle se fût bornée h n'opposer à York qu'un semblant de résistance, n'en aurait pas moins été exposée à de graves dangers et aurait probablement été coupée et détruite, si Wittgenslein. au lieu de rester immobile à Joinville, avait marché au canon (U s'était dirigé sur Vassy.

Positions dTork le 30 au soir. — York établit le soir son quartier général îi Saint-Dizier. Sa 1"» brigade était à Perlhes sur la route de Vitry. La 2' brigade ((îolonel von Warburg) av«îc 4 escadrons de uhlans de Brandebourg, 4 escadrons de hussards de Brandebourg et 1 escadron du régiment de (cavalerie nationale de la Prusse orientale, h tout sous hîs ordres du général von Katzler, formant désormais lavant-garde du I®*" corps, releva la 3« brigade (celle du prince Guillaume), occupa Édaron et Humbécourt et poussa ses avant-postes vers Vassy. J^es 7« ri 8« brigades avec la cavalerie de réserve se tinrent aux environs de Saint-Dizier.

Pour se reher complètement à Wittgenstein, York envoya trois escadrons de cavalerie sous le lieutenant-colonel von Stutterheim, sur la rive gauche de la Marne jusqu'à Eurville, un escadron sur la rive droite avec le comte Eulenburg jusqu'à Bienville. Sa droite était couverte par le colonel Henckel qui de Sermaize poussait des patrouilles vers Vitry et Chàlons (ît apprenait ainsi, dans la nuit du 30 au 31, que les Français occupaient de ce côté Vitry-le-Brûlé et qu'un maréchal de France venait d'arriver à Vitry-le-François.

Immobilité du VI® corps. — A l'aile droite de la grande iirmée, Wittgenstein, malgré la réponse qu'York avait faite à sa proposition d'agir de concert contre Saint-Dizier, malgré les prières que le prince Eugène de Wurtemberg lui avait adressées le 29 dès l'arrivée h Joinville de son corps et de la cavalerie des généraux Rudiger et Ilowaïsky XII, avait cru plus sage de renoncer aux projets dont il avait fait part à York. Son avant-garde avait été attaquée le 30 à 9 heures du matin sur la route de Vassy ; mais comme la cavalerie française avait été repoussée après une escarmouche insignifiante, il n'avait plus aucun motif pour rester immobile à Joinville. La raison donnée par Schwarzenberg n'est guère de nature à expliquer Tinaclion du VI** corps.

« Wiltgenstein, dit Schwarzenberg *, n a pas ose atUiquer Vassy 011 ronnemi a montré beaucoup de monde, parce qu'il avait trop peu de cavalerie et parce qu'il craignait de ne pouvoir être soutenu par Wrède. »

Wittgcnstein avait toutefois commencé le 30 au matin par faire prendre au II» corps (prince Eugène de Wurtemberg) à droite de Joinville, la route de Saint-Dizier. Puis quelques heures plus tard, au reçu d'un ordre de Schwarzenberg lui enjoignant d'enlever le 31 Vassy de concert avec Wrède, il avait rappelé le prince pour le diriger sur Vassy que le II* corps se trouvait dans rimpossibilité d'atteindre le même jour.

L'avant-garde du 2® corps russe (cavalerie de Rudiger et brigade d'infanterie Schilwinsky) parvint seule jusque dans les environs de Vassy. Quant aux cosaques d'Ilowaïsky XII * que Wittgcnstein avait dirigés de Joinville sur Montier-en-Der, ils avaient eu une petite affaire avec la cavalerie française à Dommartin et leur chef avait fait savoir au généralissime que quatre régiments de cavalerie française qui étaient h Sommevoire avaient quitté cette position se reportant en arrière vers Montier-en-Der '.

Comme il l'avait annoncé la veille à Schwarzenberg, Wrède avait donné le 30 un jour de repos à ses troupes et s'était mis d'accord avec Wittgenstein pour enlever avec lui Vassy le lendemain.

Leurs deux corps devaient i\ cet effet se trouver réunis le 31, à 9 heures du matin, aux environs de Nomécourt.

Tension des rapports entre les généraux alliés. — Quarante-huit heures après le combat de Brienne, Blùcher n'ayant pas reçu le moindre rapport de Pahlen, avait cru pouvoir expliquer ce fait en rappelant, dans la lettre qu'il avait adressée à Schwarzenberg, que cette cavalerie faisait partie du VI^ corps. Il suffit, d'ailleurs, de jeter de temps à autre un coup d'œil sur les

* Schwarzenberg à Bliicher. Chaumont, 31 janvier. (K. K. Kriegs Arcfùr., i, 724) et le môme à Tcmperear d'Autriche, même date. {Ibid, 1, 7:20.)

* Sdiwarzenkerg à rcmpereard'Autriclie, 31 janvier. (Â'. A'. Krietjs Archic, I, 7î(J.)

* Schwarzenberg à Bliicher, Chauniunt, 31 janvier. {K, A'. Krietjt Arehiv., I, 7îi.)

dilltTcnts rapports des coininandauls de cor[)s pour voir (pie, dès ((ifils élaient séparés les uns des autres ou quelque peu éloignés du grand quartier général, ils ignoraient absolument, à moins de renseignenients dus au hasard, tout ce qui se passait tant à eôlé d'eux que devant eux.

C'était là, et ce l'ut pendant toute la durée de la <:am[)agne, le t'ait d'une organisation essentiellement défeetueus(î à laquelle on ne semble pas avoir cherché à porter remède, (^est ainsi (pie \Vrè(l(;, venu le "29 à Join ville pour conft'Ter av(»(: VVittgenstein, ihî fut pas peu surpris de voir que ce général avait ignoré jusque-là les mouvements et la position du V® corps, et qu'il n'avait pas la moindre; idée de ce qu'était devenue, dans ces derni(TS jours, l'armée de Silésie. Il est vrai de dire, et le rapport (ju'on va linî en fournira la i)reuve manifeste, que WW'de ignorait, lui aussi, le 30 au soir, et bien que son quartier général fiU à p(îine à 10 kilomètres de celui de Wittgenstcân, que non seulement ce général n'avait pas enhîvé, mais qu'il n'avait même pas attaqué Vassy dans la journée du 30.

Rapports de Wrède et de Frimont au prince de Schwarzenberg. — C'est pour C(»tte raison et aussi parc(; que \Vrèd(i expose dans ce rapport ses mouvements et la situation de son corps, que nous reproduisons ce document et ((ue nous le faisons suivre de celui de Frimont, qui contient quelques indications intéressant(»s.

(c Le général de cavalerie comte Wrède au prince de Schwarzenberg \ — Saint-Urbain, 30 janvier 1814, 9 heures du .soir.

« Votre Altesse m'ayant ordonné d'attaquer Vassy avec le comte Wittgenstein, j'ai renoncé au mouvement oflensif qu(î je projetais contre l(?s postes de Sommevoire, Doulevant et Arnancourt, que j'ai simplement fait reconnaître. ' « J'adresse à Votre Altess(» le rapport du général Frimont n^latif à Douhîvant. 11 résulte de ce rapport que nous avons devant nous le corps du duc de Bellune.

« Le général Rechberg*, qui avait ordre d'envoyer contre

t Wrède à Si*iiwarzciit)erg, Saint-Urbain, 30 janvier, 9 heures du soir. (K. K. Kriegs Ârchiv., 1, 577.)

* Voir SoliwansenlKM-jr à mii«lior, (Iliuuniunl, 'M janvier. (Ibiil., J, 724.)

Weil. î^

Arnaiicourt un régiment de cavalerie, uie fait savoir que l'ennemi y avait cinq escadrons qui se sont repliés aujourd'hui.

« Le comte Wittgenstein a attaqué aujourd'hui Vassy, mais je ne crois pas qu'il s'en soit emparé. Votre Altesse verra par les annexes ce que j'ai fait pour le soutenir.

« Le nombre de malades augmente sensiblement dans les réf^iments d'infanterie du général Frimont. Un de ses régiments a autant de malades que de présents. «

« Le général-lieutenant Frimont au comte Wrède*. — Brachay, 30 janvier 1814, 1 heure après-midi.

« J'ai fait occuper Charmes (Charmes-en-l' Angle ou Cliarnuîsla-Grande) par la division légère du comte Hardegg. La division du général Spleny est entre Flamérécourt, Brachay, Blécourt et Ferrières. Ces localités sont trop petites pour pouvoir cantonner mes troupes. De plus, je suis très isolé, et si je devais me replier sur la vallée de la Marne, ma situation serait d'autant plus difticile que je me trouverais dans une espèce de cul-de-sac. J'aurais à traverser un défilé dans lequel il n'y a que de mauvaises routes et mes troupes mettraient au moins de trois à quatre heures pour le passer, arriver à Mussey ou Fronville et déboucher sur la route.

« Mes patrouilles m'annoncent que l'ennemi m'a enlevé à Doulevant une patrouille des hussards de Szeckler.

« Le major Mackey, du régiment de dragons de Knesevieh. qui a poussé avec deux escadrons sur Vassy, a rencontré ce matin le général Rudiger à Nomécourl. Ce général avait l'ordre d'attaquer l'ennemi à Vassy. De 9 heures et demie à 11 heures, on a entendu une canonnade assez vive et une fusillade assez nourrie de ce côté. J'attends îI tout instant des nouvelles relatives à cette affaire.

« J'envoie des patrouilles à Baudricourt et h Doulevant.

« Une patrouille de cavalerie a pris 5 hommes à renncnii. »

« P.'S. — Le major Droch, du régiment de hussards de Schwarzenberg, a trouvé à Rouvroy (Rouvroy-sur-Marne), 30 à 40 fusils chargés qu'il a brisés. Cela prouve que Ton se lève et s'organise dans les villages, et que partout il y a des armes. »

1 Frimont ii \Vn>de, Brachay, 30 jauvicM. 1 heure aprè:»-midi. (A'. A'. Krùgt ÀretUc, J, 677.)

Positions des IV« et III» corps, des gardes et réserves. —

Comme l'écrivait Schwar/enberg à Tempennir d'Autriche, le 31 au matin*, le feld-maréchal Bliicher avait cru prudent de se concentrer après le combat du !29. H s'était massé à Trannes, en se faisant couvrir par sa cavalerie et par celle des généraux Slscherbatoft' et Pahlen. Le prince royal de Wurtemberg, chargé de soutenir l'armée de Silésie, était avec son gros Ix Maisons et à Fresnay. Le général de Franquemont, qui commandait l'une des divisions du IV" corps, avait ce jour-là son ((uartier général à Arrenliôres. L'avant-garde du IV® corps occupait Ville-sur-Terre elThil.

Derrière le prince royal, Gyulay était toujours, avec le gros du m® corps, autour de Bar-sur-Aube; ses avant-postes étaient du côté de Vendeuvre. En arrièn; de c(;s deux corps, les gardes et réserves russes et prussiennes se rapprochaient peu h peu : les grenadiers russes étaient venus h Colonibey-l(;s-Deux-Églises, l'intanterie de la garde vers Blaisy, la garde prussienne à Jonchery, la division de cavalerie légère de la garde russe à Vignory, la l»"» division de cuirassiers russes et la cavalerie de la garde prussienne? à Luzy, la 2® division de cuirassiers russes vers La Ferté-sur-Aube, et la 3« en avant de Clairvaux. Le quartier général de Barclay de Tolly était resté à Chaumonl.

CoUoredo reçoit tardivement l'ordre de mouvement de Schwarzenberg. — A l'aile gauche, CoUoredo, auquel Tordre de Schwarzenberg*, daté du 29, n'était parvenu que le 30 au matin, recevait, vers 2 heures de l'après-midi, de nouvelles instructions du généralissime, qui lui enjoignaient de se porter au plus vile à droite et d*arriv(;r h Bar-sur-Aube le 31 au plus tard. Ce ne fut guère que vers 4 heures que CoUoredo put envoyer ses ordres aux chefs de corps. D'ailleurs, ses cantonnements étaient tellement étendus que quelques-uns de ses régiments avaient près de douze heures de marche pour arriver des environs deTroyes, où ils

« Schwaraeuhcrg à l'empereur d'Autriche, Chaumonl^ 31 janvier. (A'. A'. Krûgt Archiv., I, 72G.)

' Dans cet ordre du 29 (A'. A. Kriegs Arcfuv. I. 670), Sdiwarzenbcrg arrêtait les inouveiiieiits de la colonne de CoUoredo, lui enjoignait de rester sur SCS positions et le prévenail «le la présence, à Troyes, de l^i.OOO liummes soas les ordres de Mortier.

étaient déjà (Hahlis, à Bar-sur-Aube par Clairvaux. Collorcdo dul donc se borner à prendre les dispositions nécessaires pour assurer la marche du lendemain, et prévint immédiatement le généralissime du retard et de ses causes.

A peine avait-il fait partir sa dépêche, que les rapports faits par les ofticiers chargés de reconnaître les routes menant vers hi grande armée lui démontrèrent qu'il lui serait, même le lendemain, impossible de se conformer aux ordres de [Schwarzejiberg.

Le dégel et les pluies avaient rendu absolument impraticable le chemin de ChiUillon par La Fertésur-Aube, à Bar-sur-Aube. Les rapports étaient unanimes pour déclarer que les troupes auraient grande peine à y passer et qu'il serait de toute impossibilité de s'en servir pour l'artillerie, qui s'y embourberait fatalement. Il ne restait à la disposition de la colonne de Colloredo que la route de Bar-sur-Seine, qui continue ensuite sur Bar-sur- Aube en passant par Vendeuvre.

Platoff à Cerisiers. — Le général lllix se jette dans Sens — Affaire de Sens. — Platoff, que nous avons laissé le 27 à Auxon \ était le 29 avec son corps à (.erisiers, dans la forél d'Othes, à 5 lieues environ de Sens. Mais comme le général Montbrun avait pu s'établir à Pont-sur-Yonne, comme les généraux Pajol et Pacthod occupaient, le premier Nogent-sur-Seine, et le deuxième Montereau, avec (juelques corps encore en formalion, le général Allix avait pu arriver à Sens avec 600 à 800 hommes, en même temps que Platoff parvenait en vue de la ville. L'ataman put occuper les faubourgs; mais le général Allix ayant eu le temps de faire barricader les portes, il fut impossible aux Cosaques de réussir à pénétrer dans hi ville ^

Positions des Alliés. — Le 30 au soir, les diverses fractions des armées alliées forment autour des corps de l'armée française une sorte de demi-cercle qui tend de plus en plus à se refermer sur eux. Tandis que Morlier occupe encore Troyes, sur rexirème

* Voir au 28 janvier : l'Iatoff à Sl•,h^^MrzeIllJCTg, Âu\ou, 28 janvier. (K, K, Krieys Archiv., I,6il).

• Rapport de Platoff, ViHeneuve-le-Koi. i^*' février {K. K. Krieijs Archir. II, ad. liO), el général Allix, Souvenirs milUairex el polUû/uex,

droite dos lignes françaises, ot que Napoléon ' masse son armée» autour ot en avant de Brienne, au rentre môme de Tare de cercle formé par ses adversaires, les Alliés tiennent les positions suivantes : Blucher s'est concentré devant Napoléon, de Trannes à f^clanco. Il est soutenu par (Jyulay posté derrière lui à Bar et par le ))rince royal de Wurtemberjiç établi sur sa droite, à Maisons et Frosnay. Kn arrière du IV*' corps on trouve la tète des réserves et des jçardes arrivé«»s à (Holomlx^y-los-Deux-Rglises. Plus à droite* ot sur le point de se relier, par Fresnay, avec le ÏV« corps, les tétos d(» colonne de Wrède tendent déjà vers Doulevant. \Vitlj:çensloin est entre Joinville et Vassy, et York s'étend d'ftclaron jusque vers la Marne, pendant qu'à gauche, la colonne de Colloredo a son avant-garde à Bar-sur-Seine.

Knfin, pour compléter les emprunts que nous avons faits aux Archives impériales et royales, nous donnons (mi note * les rap-

< Ordres. Brienne. 30 janvier, 9 h. 4/S soir.

«... Voici la substance de la lettre que le major-général écrira au duc de Tn^vise :

« Le quartier général est à Brienne : nous occupons les ponts de Dien ville, (c Brienne-lu- Ville et de Lcsmont. Nous avons hier 29 battu l'ennemi, nous lui u avons fait des prisonniers, nous l'avons chassé de Brienne et nous le pour- « suivons sur Bar-sur-Aube. Donnez-nous de vos nouvelles, nous n'en avons a pas depuis le 28. Poussez des partis pour communiquer avec nous, afin de c( pouvoir agir ensemble et de concert »

« Le major-général écrira, en outre, au général Bordesoulle. à Arcis-sur-Aube, pour qu*il envoie à la rencontre du général Goll)ert et le fasse diriger sur Brienne. » {Correspondance de Napoléon).

• Schwarzenberg à l'empereur d'Autriche :

t< Chaumont, 34 janvier 18i4.

« Benseignemcnts fournis par les émissaires :

(( i^ Kmissaire parti le 20 de Langres, passant par ChAtillon, Bar-sur-Seine, Troyes, Vitry, Chdlons-sur-Mame et, de là, à Brienne et Bar-sur-Aube. 11 a vu le 21, sur la route de Bar-sur-Seiue à Troyes, le premier avant-poste français à Moussey (100 hommes du 122" régiment d'infanterie). A Troyes, il y avait 900 hommes du 12««, dont 500 conscrits, les dépôts des 3®, 6«, 9'' et 11*' chasseurs à cheval (400 hommes).

t< Le 23, le général Dufour était à Arcis avec 6,000 hommes d'infanterie, pour la plupart des conscrits. 400 à 500 chasseurs à cheval, 20 à 26 canons et 80 caissons. On l'y a arrêté, mais il a réussi à s'échapper et à gagner Lesmont.

« Le 24, il a retrouvé le général Dufour sur l'Aulje, entre Lesmont et Bamerupt, et s'est dirigé sur Vitry. Il y a vu 40 canons en batterie sur les remparts. La garnison se compose de 4,500 conscrits et de deux dépiMs de cavalerie forts de 100 chevaux.

«< Le 25, il était à Chàlons : il y a remarqué un parc de 50 liouches à feu

porls dos (liftôrenls ('Miiissaires oxpédi^s par Schwarzenboriç. Cos rapports élaienl joints à sa dépc^che h l'eniperour d'Autrirho (K, K. Kripfjs Archiv., I. 726) à laquelle nous avons fait de» si nombreux emprunts, lorsque nous avons exposé les événements de la journée du 30 janvier.

31 janvier. — L'Empereur reste sur ses positions. — Mouvement de Marmont sur Soulaines. — On s\attendait, tant au quartier général de Blûcher à Arsonval, quh celui de Scliwarzenberg à Chaumont, «i voir le 31 au matin TEmpennir sortir d'une inaction qu'on avait déjà trouvée surprenante la veille, mais qu'on s'était expliquée en partie par l'acharnemcMit déployé de part et d'autre lors du combat de Bricnne et par le fait que cette sanglante affaire avait cessé fort avant dans la nuit. On pensait généralement qu'après avoir donné un peu de repos à ses troupes, après s'être ravitaillé en munitions et avoir hî\té la marche des renforts et des corps que la rapidité de son mouvi»ment Tavait obligé îi laisser en arrière, l'Empereur prendrait le 31 ou le parti d'attaquer Hliicher sur sa position doTrannes \

de gros calibre et 150 caissons. 10,000 liommes d'infanterie marchaient i\ rc moment sur Saint-Dizier, et l*on attendait encore à ChAlons l'arrivée de 10,000 hommes provenant de l'armée d'Espagne.

« Kn allant n I^esmont, il a rencontri^ un soldat de la jeune garde, a li«'> conversation avec lui et a appris qu'il y avait 5,000 à 6,000 liommes de la jeune garde à Bar-sur-Auhe.

« Le 26, il était a Lesmont et s'est rendu de là à Brienne.

«< 2" Un autre t^missaire a ét«» de Langres à Troyns, Sens. Montargis, Orléans et Beaugency.

« Il y avait le 19, à Orléans. 600 à 700 conscrits, et à Beaugency un dépTit du 7* régiment de chasseurs à cheval.

M S*» Un troisième émissaire, parti de Paris le 22, n'apporte que des rens seignements peu importants sur les revues passées le 19 et le 20.

« 4® Un autre émissaire est parti de Vesoul, passant par Vauconleur-. Comment, Saint-Aubin, Ligny, Bar-le-Duc. Vitry. D'après lui. le corps de Victor compterait 15.000 hommes, dont 5,000 à 6,000 de cavalerie. Ney aurait ave<* lui 1?,000 hommes, en grande jtartie d'infant4M-ie.

« Le corps de Victor aurait ordre de rester sur la Marne jusqu'au 29. »

(Â'. A'. Krt'egx Archir. I. 721 a.)

* Il est hors de doute que Bliiclier s'attendait â être attaqué [dans la jonrn«H» du 'M, car il iVrivait d'Arscmval, le 31 à dix heures du malin, à l'empereur d'Autriche : « Hier 30. l'ennemi a occuim» Brienne. et, vers midi, il a pris position avec sa droite à Dienville. son centre à La Rothiére et sa gauche a Chaumesnil.

« Jt' rattnuîx xur tmi jtoxHiou rntrr Kchture et Trnnnex. » (A'. K. Krû^x Archir,. I, 726. h.)

ou lu résolution do se retirer derrière la Voire, ou le parti de rejoindre Mortier h Troyes et d'y attendre ses adversain^s.

Mais l'Empereur resta sur ses positions * entre l'Aube et les hauteurs de La Giberie. Sa lettre du 31 janvier au duc de Feltre* prouve que Napoléon était absolument décidé îi c(» moment h tenter le sort des armejs en risquant la bataille * sur les positions qu'il avait fait occuper h son armée. De part et d'autre, on se préparait donc au combat. A une heure de l'après-midi, l'Empereur faisait envoyer au duc de Uaguse Tordre de s(» diriger sur Lesmont et de laisser une arriére-garde h Maizieres. Le maréchal, après avoir quitté Vassy dès le matin, avait laissé ri Montieren-Der le général van Merlen avec 800 chevaux pour couvrir la marche du parc et des bagages du corps d'armée, et continuait son mouvement pour se rapprocher du reste de l'armée. Arrivé fi Lesmont, il devait consolider le pont qu'on avait rétabli et jeter

i Starkr, Kintlu'ilung und Tagesbegobenheiten der Haapt-Armce in Monate Jannar (A'. K. Kriegs Archir.^ I, 30) et Kurzgefasstc Darstcliang der Kriegsrmgnisse der schlesischen Armée (Ibid.^ I, 31).

' « J*ai eu une affaire fort chaude, le 29. à nriennc. J'ai attaqué tonte l'armée du fcld-iiiarédial Blùclier et du général Sacken, forte de 30,000 hommes d'infanterie et de beaucoup de cavalerie. Je les ai attaqués avec 10,000 hommes, au moment même où je venai« de faire une forte marche J'ai eu le bonheur de m'emparer, dès le commencement de Taction, du château qui domine tout. Comme l'attaque n'a commencé qu'une heure avant la nuit, on s'est battu toute la nuit. Bliicher a été battu ; on lui a fait 500 à 600 prisonniers, tué ou blessé 3,000 à 4.000 hommes, et il a été obligé de rappeler tous ses partis qui s'avançaient du cAté de Paris, pour se replier sur Bar-sur-Aube. Hier, je l'ai rei'onduit dans cette direction pendant rleux heures, l'accompagnant par des salves de quarante pièces de canon. Notre perte est évaluée à 2,00U hommes.

u Si j'avais eu de vieilles troupes, il aurait été possible de mieux faire et d'enlever tous les parcs et bagages que j'ai vus défiler devant nous et que mon mouvement instantané a forcé Bliicher de rappeler d'Arcis-sur-Aube. Si Brienne avait pu être o<!cupé plus tôt, tout serait en notre pouvoir; mais, dans les circonstances actuelles et avec l'espèce de troupes qu'il faut manier, il faut se tenir heureux df ce qui est arrivé.

« Nous avons pris position à deux lieues en avant de Brienne, la droite à l'Aube, la gauche au bois, nous maintenant entre l'Aube et la Marne ; le dur de Tréviso à Troyes et le duc de Tarente sur la Marne. Je prends pour pivot Arcis-sur-Aube. Mon quartier général continuera, jusqu'à nouvelle circonstance, à rester à Brienne. » {Correspondance, n^ 21150.)

» Le major-général recommandait à Victor de prendre, le 31 à sept heures dn matin, une bonne position de bataille, lui permettant de recevoir l'ennemi, la droite à l'Aube, la gauche au bois; de voir si la position de Trannes à Eclance pourrait lui convenir, puis, à onze heures, de s'emparer du pont d'Unien ville.

(le la cavalorio ot de l'infanterie sur la rive gauche de l'Aube, (»ii poussant une avant-garde sur Piney*. Le duc de Raguse avait, il est vrai, après avoir quitté Vassy, pris sa direction sur Montier-en- Der ; mais au lieu de se diriger de ce point droit sur Brienne, il avait cru, à cause de l'état dcîs chemins, devoir se porter sur Soulaines parce qu'il n'avait, en faisant ce détour, qu'une lieue de mauvais chemins à parcourir. Arrivé aux environs de Soulaines, il en avait chassé quelques petits postes de cavalerie russe. Un peu après midi, des positions de Bliicher on avait remarqué un assez grand mouvement dans les lignes françaises. Le 5« corps de cavalerie française * s'était porté en avant de La Rothière vers Trannes sous les yeux mêmes de l'Empereur', qui était venu reconnaître le terrain et qui espérait peut-être, grâce k cette démonstration, obliger le feld-maréchal à s'engager. Comme les Alliés ne bougèrent pas, l'Empereur fit occuper vers le soir, par quelques troupes d'infanterie, le bois de Beaulieu qui, situé sur le front même des lignes de l'armée de Silésie, entre La Giberir et ftclance, au pied des hauteurs de Trannes, permettait aux troupes (jui s'y établissaient de déboucher aisément et à couvert contre la position de Trannes.

Lettre de Blûcher à Schwarzenberg sur sa position. —

1 Corretpondanee de Napoléon, n" 21157.

' A ce inoineiit. le général Colbcrl, qui était dopais le 27 janvier à Xoponl- 8ur-S«'ine avor les grenadiers à cheval, dragons, rliassoiirs et (''clairenrs de la garde, était parti pour rejoindre l'Knïpereur sur la rive droite de l'Aube, par Lesmont. Il s'était étendu, sur la rive gauclie de l'Aube, jusqu'à Corlois, où se trouvait le général Maurin avec 500 chevaux, éclairant, par le pont de Dienville, Piney, la forôt de Vendeuvre, et poussant des partis sur Troyes. Le génil^ral Guyon, ava'. 400 chevaux, était à Vaupoisson et Ortillon. 100 chevauv étaient, en*outre, postés â Voué, sur la route d*Arcis à Troyes. Le général Hordesoulle continuait à se tenir à Arcis.

* Victor à Grouchy : « Ordre de mouvement. — La Rothière. 31 janvier. — lies troupes du 2'" corps d'infanterie et du o*" de cavalerie se mettront en marcfic aujourd'hui à une heure précise, pour se «liriger sur Trannes à l'effet d'en cha.-ser Tennemi ; elles marcheront dans l'ordre suivant :

«< La cavalerie légère du général de Pire prendra la droite de la route Les deux divisions de dragons marcheront en bataille à la gauche. Six liouches :i feu précéderont la division et marcheront sur la route (brigade du général Jamin). Li division sous b>s ordres du général Jamin marchera en colonnr sur la route, en arrière de sa batterie; une autre batterie la suivra.

« La ilivision Duhesme suivra l'artillerie de la 1 '"'' division. Elle aura la sienne derrière elle. L'artillerie du 5® corps suivra celle du gènérd Duhesme. >»

Riiichrr s't'lail lui aussi \ior\6 on avant jusquo sur la ligne do sos avant-postos; il y était rosto jusqu'à la nuit ot avait assisté au déploionionl ot aux démonstrations do la cavalorio françaiso, sans s(» laissor ontraînor à prescriro lo nioindro niouvonient. Rentré à 7 heures h son quartier général, il rendait compte h Schwarzonberg des événements de la journée, de la situation dans laquelle il se trouvait, et terminait son rapport par quelques considérations relatives aux mouvements exécutés par lo corps du prince royal de Wurtemberg en vue dos opérations ultérieures ot d'une bataille à livrer le londcmiain :

« Je suis resté jusqu'au soir sur la ligne môme de mes avantpostes. L'ennemi a esquissé, vers 2 heures, avec 10,000 h 12,000 hommes un mouvement en avant; mais il s'est contenté d'occuper vers le soir et rien qu'avec 2,000 à 3,000 hommes en avant de mon front un bois (il s'agit ici du bois do Beauli(ui) que je n'avais pu faire garnir de troupes, parce que je manquais à cet etVet d'infanterie.

<i Ma position est bonne, mais elle est trop étendue pour mes forces. J'ai mis 100 pit'^ces en batterie: mais je ne poux, h cause de la nature^ du terrain, leur faire changer de position, ot je manque d'infanterie pour défendre cette artillerie.

« La position occupée par le prince royal do Wurtemberg n'a. h mon sens, plus au<'une signification depuis que? lo comte Wrèd(» est arrivé à Doulevanl. Lo corps du j)rince royal est donc désormais disponible. Je viens d'écrire au prince et l'ai prié de me soutenir, si faire se peut, demain matin en envoyant son infanterie vers Éclanco. Veuillez diriger sur ce point le corps du prince royal et alors je pourrai sans crainte voir venir l'ennemi.

« Je n'ai besoin ni d'artillerie ni de cavalerie».

« Si Votre Altesse ordonne pour demain un mouvement général en avant, ou si l'ennemi se retire cette nuit, le prince royal do Wurtemberg serait, dans l'un comme dans Tautre de ces cas, bien posté s'il allait à Éclance. Los gelées ont retardé la marche du général von Kloist ^ qui ne sera que le 4 février h ComnMMry.

^ Kloist, venant do Trêves et évitant Laxembourg qu'il avait contourné dans sa marclie, après avoir laissé devant cette place les uhians de Silésie qu'il remplaça dans son rorps par les cuirassiers de la Prusse orientale, était à et* moment en train de défiler sous Thionville. se diri^^eant sur Pajfny-snr«.Mosf»lle, qne son avant-jrarde atteignit le 2 février.

Le pont de Saint-Miliiol est rompu, ce qui a forcé York à passer, lui aussi, par Commercy

« Tcheniilcheff m'écrit le 23 de Liège que Winzingorode est îi Aix-la-Chapelle. Je ne sais rien de positif par rapport au maréchal Macdonald \ mais d'après les renseignements recueillis par le général York, il n'aurait avec lui que 9,000 k 10,000 hommes.

« P. S. — Je reçois îi l'instant la lettre de Votre Altesse et ses ordres pour le l^"* février ; je m'y conformerai *. »

La cavalerie de Pahlen reçoit l'ordre de quitter Blûcher pour rejoindre le VI® corps. — Harmont évacue Soulaines. -- Conséquences de ce mouvement. — Dès le 31 au matin, avant môme d'avoir reçu h Chaumont les rapports des diftérenls chefs de corps, rapports qu'il attendait pour envoyer ses ordres défmitifs, Schwarzenberg avait prescrit ti Bliicher de rendre à Wittgenstein les troupes que, sous les ordres de Pahlen, il avait appelées à lui le 28 et dont le feld-maréchal n'avait plus besoin puisqu'il était désormais relié aux corps de la grande armée. Schwarzenberg motivait cetle mesure par le fait que Wittgenstein manquait de cavalerie au point d'être forcé d'employer au service des patrouilles ses officiers d'ordonnance et sa propre escorte, et il invitait le feld-maréchal à renvoyer par le plus court chemin, la cavalerie et les troupes légères de Pahlen \

Pahlen reçut, par suite, l'ordre de prendre à droite pour rejoindre le VI« corps en passant par Edance et Fuligny. Il arriva

^ A peu près an moment où Bliicher parlait de Macdonald à Schwarzenl)erg, l'Empereur fuisait prescrire, le 3i au matin, au duc de Tarente de laisser le o** corps avec le IV de cavalerie à Sainte-Meneliould pour protéger Châlons et Vitry et avoir l'uâl sur tout ce qui passait sur les Ardennes et sur Reims, et de se porter, avec le i" corps de cavalerie et le 11'" corps, d'abord sur Chàlons, où il recevrait des ordres pour sa direction ultérieure. Juste douze heures plus tird, le mc'^me jour à neuf heures du soir, l'Empereur ordonnait à Berthier de faire connaître à Macdonald que York avait débouché de Bar-le-Duc sur Vitry, Saint-Dizier et Cliwlons, et lui enjoignait de marcher contre York, de le battre «M (le protéger Châlons et Vitry. {Corretpomlance, n. 2H54 et 2il6i.)

Nous aurons, d'ailleurs, à insister un peu plus loin sur ces mouvements do duc de Tarente et les opérations que York dirigea contre lui.

' Le feld-maréchal Bliicher au prince de Schwarzenberg, Arsonval. 31 janvier 1814, sept heures du soir. (K. K. Kriegg Arrhit\, I, 699.)

' Schwarzenberg à Bliicher, Chaumont. 31 janvier. (Ibid., I. 754.)

wrs le soir (mi vue do Soulaines, que Marniont orciipail solidcmcnl et où l'Empereur, comme le prouve une lettre à (llarke en tlat(^ du 31 au soir, comptait le voir rester. Mais bien que hililen. (|ui n'avait avec lui que (juc^ques troupes léjç^res, ne. fit pas niiiu» de l'y attaquer et se fût contenté de faire obser\'er Soulaines jiar des vedettes et des avant-postes, bien que ce général eût bivouaqué plus en arriére avec le j^ros de sa cavalerie et qu'une faible avant-f^arde du V** corps eût seule poussé jusque-lî\ le maréchal Marmont crut devoir évacuer Soulaines le même soir. Il se porta en conséquence sur Morvilliers où il arriva à 1 heure du matin, après une marche des plus pénibles, par des chemins défoncés et au milieu d'un ourafçan de neip;e. Otte inconcevable timidité et ce mouvement rétrograde que rien m' motivait, devaient avoir de graves conséquences le lendemain. L'évacuation de Soulaines permit h Wrède, qui eût été obligé h faire un long détour par Monlier-en-Der, de passer avec le V** corps par la forêt de Soulaines et de déboucher sur le champ de bîitaille (encore à temps pour prendre part à la lutte et tomber sur l'aile gauche franeaise.

Pahlen avait, du reste, établi aussitôt, par Doulevant. ses communications avec les V« et VI® corps, dès qu'il sut que les partis, envoyés de ce coté, n'avaient rencontré aucune troupe ennemie».

Mouvement de la cavalerie dllowaisky. — Surprise du général van Herlen à Hontier-en-Der. — Pendant que Pahlen se portait ainsi sur Soulaines et que le général Seslavin, appelé à remplacer Stscherbatotf h la tête de son corps franc, se n»ndait avec ses quatre régiments de cosaques sur la rive droite de la Voire, Schvvarzenberg était informé par Witigenstein qu'llowaïsky Xll avait, pendant la nuit du 30 au 31, tourné Vassy, suivi le mouvement des Français de Vassy sur Montiez en-Der et était entré de son côté à Vassv*.

* St'ârke, Eintheilung nml Tageshcgehonheiten der Haupt-Armoc im Monate Jaiiaar (A'. K, Kripgn Arrhiv., I, 30), et rapport ci-après (Ihid., ï, 702) du général comte de Wittgenstein au prince de Schwarzenberg :

« Joinyille. 31 janvier 1814.

'i Le général Uowaïsky XII a, sur mon ordre, tourna la position de l'ennemi à Vassy, s'est avanré en faisant grand bruit et l'a for''é à se retirer.

«( J'occupe Vassy. Le général Ilowaïsky poursuit l'ennemi.

u Le général York occupe Sainl-Dizier et se dirige sur Vitry.

Witlgonslciii devait, conlbruiémont à ce qui avait été eonvomi la veille avec Wrède, se trouver le 31, t^ 9 heures du matin, à Noniécourt, d'où les V« et VI« corps réunis se seraient port(^s sur Vassy. Nous venons de voir que, grûce h la pointe poussée par les cosaques d'Ilowaïsky XII, il avait été possible d'occuper sans coup férir cette ville où le général von Kalzler (du corps York) arriva de son côté entre 9 et 10 heures du matin, et d'où il lit partir immédiatement le major von Schierstiidt avec quelques escadrons de cavalerie destinés ù soutenir les cosaques et à prendre partfi la poursuite déjà commencé(î par Ilowaisky. A peu près à la même heure, Wrède, qui s'était mis en route à o heurc^s du matin avec le V^ corps, arrivait îi Nomécourt et y était informé de ce qui s'était passé du côté de Vassy. On lui faisait savoir, en outre, qu'il n'y avait plus le moindre détachement de troupes françaises au\ environs de Saint-Dizier. Enfin, le prince Eugène de Wurtemberg (tête de colonne du VI« corps) arrivait à Vassy avec le gros de ses troupes et se disposait déjà à se porter avec son infanterie sur Montier-en-Der, lorsqu'il reçut de Wittgenstein l'ordre de s'arrêter.

Le major von Schierstadt avait, entre temps, rejoint les cosaques d'ïlovvaïskv XÏI et atteint avec eux à Montier-en-Der l'arrièregarde française du général van Merlen, qu'ils surprirent, mirent en complète déroute et poursuivirent vivement jusqu'à deux lieues au delà de celte ville. Le général van Merlen. grièvement blessé, plusieurs officiers et 150 hommes tombèrent aux mains des <*osa((ues qui s'arrêtèrent à Boulancourt, tandis que les débris de l'arrière-garde française se retiraient sur Lesmont et Pougy '.

« l/pnneini semble vouloir se conrentrer pour ronibaltre entre Vilrj' et Troves.

« Mon quartier général sera aujourd'hui encore à Vassy, et je pousserai de là en avant avec Bliicher et York.

« Je suppose que je dois, jusqu'à nouvel ordre, rester relié avec le général comte Wrède, et je combine mes mouvements avec lui.

« Macdonald. avec 18,000 hommes, marche de Xamur vers ChAlons. 11 ost encore à trois jours de marche de ce point (a). Il serait bon dVntreprendre quelque chose avant son arrive^. Je m'entendrai, à ce propos, avec le général York. Un ofticier du général Kleist m'annonce qu'il s(»ra le 3 février à Saint- Mihiel. »

(a) Wittgensl^ln était loin dVtre bien renseigné, puisqnc Mardnnnid arrivait prérîs»»nunt le 31 janvier à Châlons-sur-Mame.

' Wittgenstein à Schwarzenberg, Vassy. 31 janvier et l*'*" février. (A'. K.

Krieyx Archir,, l, 7H. vi II. 7.)

[I paniil impossible de trouver une explication quelqiKî peu plausible aux fautes inconcevables que le duc de Ra^use ne cessa de commettre dans cette journée du 31. Comme le lui écrivait le soir même le major-js^énéral, le petit corps du général van Merlen était assez fort tant qu'il s'agissait d'une véritable arrière-gard(^ marchant à 2 kilomètres de la queue de son corps. Mais cette arrière-garde était évidemment insuffisante, dès que le maréchal en faisait un véritable détachement, d'autant plus insuffisante même que Marmont se savait entouré d'ennemis. Le maréchal avait, d'ailleurs, commis encore une autre faute. Malgré l'avis formel de l'Empereur qui avait eu le soin de lui mander que, la route par Monlier-en-Der étant très mauvaise et presque impraticable, le parti le plus sage et le plus sûr était de prendre la chaussée de Brienne, Marmont avait cru pouvoir passer outre. Ce fut pour cela qu'une fois rendu à Morvilliers, il s(î vit obligé d'avouer qu'il espérait encore pouvoir y réunir son artillerie. Le maréchal lui-même ne peut expliquer pourquoi, arrivé à Soulaines à 4 heures, il a cru utile de faire une marche de nuit sur Morvilliers.

Voici, d'ailleurs, en quels termes il rend compte de ce mouvement : « Je suis arrivé sur Soulaines à 4 heures. L'ennemi a montré une grande quantité de cavalerie sur le plateau en face de Soulaines, et nous avons vu distinctement les fumées d'un camp qu'on dit être de 5,000 hommes d'infanterie, distant de 3/4 de heue de Soulaines. Nous avons canonné l'ennemi pour l'éloigner et il nous a canonnés. Il occupait la route avec assez de forces pour qu'il fût difficile de l'en chasser.

« En même temps une tête de colonne s'est montrée sur la route de Doulevant et nous a canonnés, tandis que la colonne de cosaques qui avait tourné Montier-en-Der, s'est placée entre mon arrière-garde et moi et s'est montrée sur le village d'Anglus. Dans cette situation, il m'a paru urgent de hAter la marche de l'artillerie et de lui faire prendre le chemin de traverse de Morvilliers sur lequel, à cause des bois, l'ennemi ne peut avoir d'aclion. Par suite, les troupes sont arrivées ou arrivent ici, et Tarlillerie qui est encore derrière m'aura rejoint avant le jour, malgré les mauvais chemins. »

Heureusement pour la réputation de Marmont, cette défaillance n'était que momentanée, et le maréchal devait, 36 heures plus

lard, uionlrer dîiiis le brillant conibal qu'il allait livrer sur la Voire à Rosnay contre les Bavarois de Wrèdc, qu'il n'avait rien perdu de l'énergie et de l'habileté dont il avait donné t;inl de l)reuves.

Positions du VI* corps. — Avant d'aborder des sujets plus importants, et pour en finir avec les quelques mouvements que les troupes avancées du VI^ corps exécutèrent dans le reste de la journée, il nous suffira de dire que vers le soir, on rappela sur Vassy la brigade d'infanterie du 2« corps russe qui avait dé[)assé cette ville et que l'on dirigea sur Giffaumont la cavaleries du général Rûdinger chargée de surveiller le terrain entre la Voire et la Marne.

York de son coté, pour se conformer aux ordres qu'il avait reçus, s'était résigné à rappeler le major von Schierstiidt et ;i faire revenir le major von Gràvenitz, des hussards de Mecklembourg, qui, poursuivant l'ennemi depuis la veillé, avait ramassé au delà d'Éclaron quelques fourgons de munitions et quelques voitures chargées de bagages et de vivres.

Wrède prend sur lui de se diriger de Nomécourt vers Soulaines. — « Arrivé à Nomécourt à 9 heures du malin (ainsi s'exprime le prince de La Tour et Taxis dans son Journal *j, Wrède y apprend que l'avant-garde du VI® corps a occupé Vassy et qu'il n'y a, pour ainsi dire, plus de troupes ennemies du cote de Sainl-Dizier. » On savait donc désormais que Napoléon allait contre Bliicher avec le gros de ses forces et l'on en conclut que pour aider le feld-maréchal, le mieux consistait pour le V« corps à marcher dans la direction même suivie par les Français.

Wrède aurait voulu décider Wittgenstein i\ opérer de concert avec lui ; mais ce général s'entètant à rester ù Vassy, force fut à Wrède de se s^'parer du VI« corps et de se diriger à gauche vei*s Dommartin-le-Saint-Père.

L'avant-garde bavaroise découvre l'ennemi au bivouac * près de Soulaines et l'oblige h rentrer dans le bois. Wrède s'installe à

* Juunial du major prince de La Tour et Taxis (maiiudcrit). (A'. A'. Krie^fs Arehiv , Xni. ai.)

* 11 s'uKÏt là des Iruujics de .>]ariiiu(it.

Douievaiil ol « c'est par hasard qu'il apprend, à une heure asMv/ avancée de la soirée, par sa cîivalerie qu'il a poussée en avant, qu'il se trouve relié et (pi'il communique avec le IV«^ corps, prince royal de Wurtemberg*. »

Le récit du prince de Taxis résume parfaitement la situation. Mais la résolution prise par Wrèdc à ce moment (îst trop grave et elle exerça sur les événements du lendemain une trop grande» influence pour qu'il soit |)Ossibl(î de se contenter de ce résumé, (juelque clair et quelque exact qu'il soit, sans examiner la situation en détail à l'aide des documents officiels qui existent aux Archives impériales et royales de la guerre à Vienne.

Instruit à l'école de Napoléon sous les ordres duquel il avait combattu, Wrède avait su jirotiter des leçons du maît^^ Il lu' craignait pas la responsabilité et il joignait h un don naturel, W. coup d'œil, deux qualités rares chez les généraux alliés, l'initiative et la décision. Les nouvelles qu'il avait reçues à Noméc<»url avaient suffi pour lui prouver que Wiltgenslein n'avait plus besoin de lui, qu'il n'y avait plus rien à faire du coté de Vassy pour deux corps d'armée soutenus, en outre, par celui d'York. II en résulta que, alors qu'au quartier général on le croyait toujours entre Montier-en-Der et Vassy, alors qu'on hésitait sur la destination qu'il convenait de lui donner, alors que Schwarzenberg se proposait, dans les dispositions qu'il rédigea dans l'après-midi du 31 et que Wrède n'avait pas encore pu recevoir, de le faire venir à Montier-en-Der, le général bavarois s'était déjà porté par le chemin le plus court vers l'aile gauche française. Arrivé à Doulevant, il écrivit le 31 dans l'après-midi à Schwarzenberg la lettre curieuse que l'on va lire * :

Lettre de Wrède à Schwarzenberg. — « Le général comte Wittgenslein m'a fait savoir aujourd'hui seulement à mon arrivée à Nomécourt, qu'il avait pris Vassy pendant la nuit.

« Il n'a donc plus besoin de moi.

« Je me suis par suite décidé h changer la direction que j'avais assignée î\ toutes mes colonnes, et c'est ainsi que le général de

* Tagebucli des Majurs Fiirsten Taxis. (A'. K. Kriegg Archiv. , Xili, 32.) - Le gciK'rnl de cavalerie comte Wrède au prince de Si*!i\NarzeuJ)crg, Douio- \aiit, 31 janvier. {ibUl., I, 7<J9.)

caviiloric baron Kriiiionl est avec le gros de son corps à Doniniarlin-le-Franc et i)oniniartiii-le-Saint-Père, le feldniaréchal lieutenant comte Antoine Hardegg avec l'avant-garde de Frinioiit à Soninievoire, d'où il a envoyé de gros partis dans la direction de Montier-en-Der. Le général de division de Lamotle a une de ses brigades à Blumerey et l'autre à Nully : son avant-garde est h Treniilly poussant vers Soulaines, el pour couvrir sa gauche il a, en outre, fait occuper Thil. Le général de division comte Kechberg apj)uie la droite de sa division à Doulevant où j*ai mis mon quartier général ; sa gauche est à Beurville d'où il se reliera avec l'aile droite du IV» corps.

« L'ennemi qui était hier ici, s'est porté par Blumerey, Nully el Soulaines vers Brienne où mène une excellente route très praticable pour rarlillerie. L'artillerie peut également suivre de Vassy par Voille-le-Comte une bonne roule qui conduit à Monlier-en-Der.

« Je crois que si Votre Altesse est décidée à attaquer l'ennemi à Brienne, je devrai marcher par Blumerey et Soulaines, et le (!omte Wittgenstein, de Vassy à Montier-en-Der. Tous deux nous aurons à accélérer notre marche. Quant au feld-maréchal Blùcher, il ferait bien d'attendre pour pousser en avant de Dienville, (|ue je sois arrivé aux environs de Dienville, tandis que le comtcî Wittgenstein hûlerail son mouvement de façon îi atteindre au môme moin(int Maizières. Si le général York est arrivé aujourd'hui jusque vers Vassy, il sera à même d'inquiéter sérieusement, par Huiron, Corbeil (ît Donnement, la retraite de l'ennemi, bien (|u*il ne lui soit, en aucun cas, possible d'amener sur ce point autre chose que son avant-garde.

« Si, comme cela me paraît fort probable, reiuiemi passe l'Aube à Brienne ou à Lesmont pour se diriger sur Troyes, York pourrait, conmie le feldzeugmeister Colloredo doit vraisemblablement être du coté de Vendeuvre, marcher sur Arcis, pendant que les autres colonnes de l'aile droite suivraient l'ennemi.

« Sans nous exposer à mourir de faim, il nous est impossible de demeurer sur nos positions actuelles. Je pense donc que nous devons chercher à gagner du terrain le plus vite possible el j'attends avec impatience les décisions de Votre Altesse.

« Si. ce qui est admissible, l'ennemi s'est borné hier à esquisser nn(» sim|)le démonslration devant le feld-maréchal Blùcher el

s*il a fuit Jiler son gros par Lesmonl sur Troyes, il ne nous restera qu'à accélérer plus encore noire mouvement. »

Quelques heures plus tard, pendant le temps qui s'écoula entre le départ de la réponse de Schwarzenberg (»t son arrivée au quartier général du V« corps à Doulevant, Wrède plus convaincu que jamais de la gravité de la situation et de l'urgence de faire marcher ses troupes dans une direction qui leur permît dtî prendre part à la lutte prochaine, avait, à l'annonce de l'évacuation de Soulaines dans la soirée du 31, adrejssé à Schwar/enberg une deuxième dépêche dans laquelle il lui faisait savoir '< qu'il se porterait droit sur Brienne pour attaquer l'ennemi partout où il le rencontrerait. »

Réponse et nouveaux ordres de Schwarzenberg. — Schwarzenberg répondit h la première des deux dépêches de Wrède avec une promptitude d'autant plus importante à signaler qu'elle constitue une exception h ses procédés ordinaires.

Celte réponse qui dut être expédiée de Chaumont dans la soirée du 31, puisque mention y est faite des renseignements envoyés par Blucher d'Arsonval dans la matinée, était conçue en ces termes :

« Quartier général de Chaumont. — 31 janvier 1814. — La dépèche que Votre Excellence m'a adressée de Doulevant en date du 31 de ce mois, m'a causé une joie d'autant plus vive (jue vous avez précisément devancé mes désirs*.

(( Le feld-maréchal Blucher m'a annoncé ce matin h 10 heures que l'ennemi se portait contre lui. Je reçois en cet instant la nouvelle qui, sans être officielle, paraît cependant digne de foi, d'après laquelle ce mouvement n'aurait été qu'une simple rcîconnaissance à la suite de laquelle l'ennemi s'est replié. Je vous répèle toutefois que le renseignement en question n'est pas tout à fait officiel. Je maintiens donc pour celle raison la destination que je vous ai donnée, avec celte différence néanmoins (jue vous prendrez, en quittant vos positions actuelles, la route directe de Brienne par Blumerey et Soulaines et que vous vous bornerez fi envoyer une colonne peu considérable par Montier-en-Der, vu

i Le généralissime oublie, évidemment avec intention, que les ordres qu'il avait lancés quelques heures auparavant, envoyaient Wrède à Montier-^n-Der.

Well. î29

que le général Wittgenstein ne peut prendre ce chemin. Ce général continue, en eflel, à être désigné pour opérer contnî Vitry dt» concert avec le général York, avec lequel il se rejoindra à Saint- Dizier.

« J'invite Votre Excellence à me faire savoir demain à Bar-sur- Aube si et h quelle heure vos troupes pourront, sans leur imposer pour cela trop de fatigues, arriver ii Brienne. »

De ce qui préctîde, il résulte donc bien clairement que c*est à Wrède seul qu'il convient d'attribuer le mérite d'un mouvement qui devait avoir de si précieux effets pour les Alliés. On se borna au quartier général h accepter l(i fait accompli et à im tirer parti, sans même juger convenable, dans la dépêche qui? nous venons de transcrire, d'indiquer au général commandant le V* corps, ci» qui était cependant essentiel, ce qu'il allait avoir à sa gauche et de lui faire connaître la direction donnée h son voisin, le IV® corps.

Mouvement d'York vers Vitry. — Nous avons vu la cavalerie d'avant-garde du !<*"■ corps arriver avec le général Kalzlei' à Vassy dès le malin du 31. Jusqu'à midi York attendit en vain un ordre qui, sans danger, vu la distance encore considérabh? à laquelle se trouvaient les troupes de Macdonald, lui aurait enjoint de pousser droit en avant de Yassy et de iMontier-en-Der, que ses coureurs avaient déjà dépassé en compagnie des cosaques d'ilowaïsky XII. Vers 2 heures de l'après-midi, n'ayant reçu aucune instruction, ni de Bliicher, ni de Schwarzenberg, York, ne pouvant faire autrement qu(î dcî se conformer aux dispositions qu'il avait en main, rappela la cavalerie» qu'il avait poussée sur la route de Brienne. Il prescrivit en même temps ' à Pirch II de

i « Le général-lieutenant von York au prince de Schwarzenberg :

« Ecrienne. 2 février 1814» il lieures du soir.

« ... D'après les ordres du feld- maréchal Bliicher, je devais marcher, lo 30 janvier, sur Saint-Dizier, et, le 31, sur Vitry. Je trouvai à Saint-Dizier Tarrière-garde du maréchal Marinont. sous les ordres du général l^range. Je l'attaquai, la chassai de Saint-Dizier, lui pris un canon et la poursuivis, piir Vassy, jusqu'à Montier-en-Der.

« Le comte Wittgenstein arriva avec son corps à Vassy, le 31 au soir, et je lui laissai dAs lors le soin de continuer la poursuite de l'ennemi, pour me conformer de suite aux ordres qui m'enjoignaient de marcher sur Vitry.

a La nouvelle de la concentration de l'armée alliée à Bar-sur-Aube et le fait

coïiiiiienrcM' h; jour iiiônir avec le colonel Heiickel t|in chwail lui servir d 'avant-garde, le mouvement sur Vilry, que le gros du !•' corps devait exécuter le lendemain, afin d'assurer aux Alliés la possfîssion d'une place forte, de priver Macdonald de ses communications directes avec l'armée française et d'enlevïM* à TEmpereur un point d'appui « que, disait-il dans sa lettre du 3! janvier à (îlarke, il est pour nous de la plus liante importance d'avoir (ît de conserver *. »

L(» 31 janvi«»r, à 9 heures du soir, la cavalerie du général Katzlcr n'avait pu, toutefois, arriver que jusqu'à Humbécourl, Éclaron et Valcourt, tandis que la brigade du général von Pirch H s'arrêtait vers 7 heures du soir îi ïhiéhiemont, couvertcî en avant par le corps volant du colonel comte? Uenck(»l, établi à Karemonl. L'inondation |)roduite par la crue de la Saulx et le mauvais état des chemins avaient empêché cet officier de se porter en avant de Sermaize par les routes qui longent la Saulx et l'avaient contraint h se servir de la chaussée de Vitry. Les quelques |)artis qu'il avait poussés en avant de Vauclerc, avaient donné de ce côté sur quelques compagnies d'infanterie et quelques escadrons qui s'étaient presque aussitôt repliés sur Vitry, dont on évaluait, à ce moment, la garnison h 1500 hommes environ et dont les remparts n'étaient encore armés que de quelques pièces.

Henckel avait laissé au Buisson un escadron chargé de surveiller les passages de TOrnain, près d(; Vilry-le-Bri\lé *.

Enfin, un petit détachement sous les ordres du major von Kracht, couvrait la gauche de la brigade Pirch, du côté de la Marne, à Norrois.

Les nouvelles, qu'York recevait depuis quelques jours des patrouilles envoyées du côté de Chillons et vers TArgonne, lui avaient signalé Thostilitc de plus en plus vive des populations. H

quV'lle se prëparuit à donner à rennemi une grande bataille, me firent penser que mon devoir consistait à me rapprocher de ce point avec mon corps. Je dirigeai donc sur Vitry aae brigade de mon corps ; cette brigade prit la route de Vitry le 34, et je me disposais à suivre le comte Wittgenstein pour aUer par Vassy à Brienne, lorsque je reçus de Votre Altesse Tordre d'attaquer Vitry avec le concours du Vl° corps (général comte Wittgenstein). (A'. A'. Kriega Archir., W, 29.)

1 Corregpondance lU' Napoléon, n° 21102.

^ lIiSNGKfiL. Erinnerunifcn mu nieinein LeOeu.

avait j)ar suite lancé de Saiiit-Dizier une proclamation * dans laquelle il menaçait des peines les plus sévères quiconque sérail pris les armes à la main, et prescrivait à ses officiers de redoubler de précaution et d'ôtre d'autant plus vigilants qu'il avait, à ce moment déjà, connaissance de la marche de Macdonald et de Tarrivée imminente du maréchal à Châlons.

Nous avons dit plus haut que la division Brayer, du corps de Macdonald, avait, en débouchant de Sedan, donné près de Mouzon contre la cavalerie du général Jussefovitch qui précédait, de fort loin il est vrai, le corps du général comte de Saint-Priest en nuirche vers les Ardennes et les places de la Moselle. Le général Brayer, à la suite de cette rencontre, crut devoir se rejeter à droite, sur Launoy-sur-Vence, et de là sur Rethel. Macdonald lui envoya l'ordre de se porter par Vouziers et Autry sur Sainle- Menehould où cette division devait être rendue le 30 et occuper l(i poste des Isletles. Le général Molilor allait suivre le même itinéraire un peu plus tard. Enfin, Sébastian! et le duc de Padouc recevaient, le 29 au matin. Tordre d'arriver à Sainte-Menehould le 31 au plus tard.

Quelques heures plus tard, dans la journée du 29, le duc de Tarente modifia ses ordres, après avoir reçu à Rethel, à 3 heures de l'après-midi, la dépêche du major-général partie de Saint-

• «< Le général York aux Français :

«< C'est avec bien du regret que je viens d'apprendre ia mauvaise conduite de quelques paysans dans le voisinage de la ville de Saint-Dizier, qui, excités par de perfides conseils, se sont avisés de faire feu sur mes troupes. La nation française connaît trop bien les principes de Tbonneur et de la probité pour ne pas èlre indignée d'une semblable trahison, qui ferait souffrir finnocent avec le (coupable. Je veux pardonner pour cette fois à des gens égarés, mais je préviens les habitants de toutes les villes ou villages où l'on commettra de semblables excès quMls seront forcés de me livrer les coupables et leurs instigateurs, sous peine de voir incendier leurs habitations, d'après les ordres reçus du général en chef, le prince de Schwarzenberg.

« Je préviens également que tout homme qui sera pris les armes à la main sans uniforme ou sans être enrégimenté, sera jugé et puni comme brigand.

u J'ai donné des ordres très sévères pour le maintien du bon ordre et de la discipline, et j'invite tous les habitants à rentrer avec confiance dans leurs niaison*i. Ils peuvent être persuadés que leurs personnes et leurs propriétés sei*unt respeclées, promettant de rendre justice à tous ceux qui me porteront des plaintes fondées.

« A Saiut-Dizier, le 3i janvier i8ii. »

Dizi^r, \o 28 h 9 houros du matin*, ol proscrivit h sos différonles colonnes, à l'exception de celles de Sébastiani et du duc de Padoue, qui ne pouvaient arriver que le i»" février, d'être rendues à Chî\lons-sur-Marne le 31 janvier, en prenant de Vouziers par Suippes. Il n'en est |)as moins permis de se demander pourquoi, au lieu de perdre trois jours apr^s l'escarmouche de Mouzon, lo duc de Tarenle ne chercha pas à forcer le passage h Mouzon, h chasser devant lui la cavalerie russe, et ne profita pas de ce temps d'arrôt pour concentrer sa petite armée que rien ne l'obligeait à faire marcher par échelons.

Il semble, du reste, que la discipline s'était relâchée d'une manière déplorable pendant les marches continuelles que les troupes de Macdonald exécutaient depuis un mois. Les plaintes que le vieux maréchal Kellermann * adressait au sujet du pillage d'un convoi, donnent une idée assez triste de l'état dans lequel se trouvait cette petite armée.

Arrivé le 31 à Châlons, comme il l'avait annoncé au majorgénéral, après avoir passé de sa personne par Reims, Macdonald poussa aussitôt la cavalerie d'Exelmans sur les routes de Vitry, de Bar-le-Duc et de Sainte-Menehonld jusqu'il Saint-Germain-Ia-

i Major-général à Macdonald : « Saint-Dizier, 28 janvier, 9 lieares du matin (reçu le 29/1 à Rethel). — L'Empereur, ayant appris que Bluchcr, avec 25,000 hommes, était sur Brienne, est parti aujourd'hui 28 de Saint-Dizier pour l'attaquer. U est à désirer que vous vous concentriez le plus tôt possible à Châlons, et, aussitôt votre arrivée à Chàlons, envoyez des partis sur Arcis et Brienne, afin de balayer le pays, pouvoir communiquer et recevoir des ordres, suivant les circonstances. » (Registres de Berthier.)

' Duc de Valmy au major-général : «< Châlons, 29 janvier. — Un convoi considérable de vin, eau «de-vie, chemises, draps, charpie, pansements, toile et sac^ envoyé de Mézières à Charlemont, a été enlevé et pillé par les troupes du duc de Tarente : les pièces de vin et d'eau-dc-vie percées à coups de fusil, les voitures brisées, les paysans maltraités. C'est une perte irréparable, tant par sa valeur que par sa nature et l'impossibilité de la remplacer. Les troupes do ce corps se conduisent abominablement, et les malheureux habitants n'ont pas à craindre de plus mauvais traitements de la part de l'ennemi. Les voitures sont enlevées de force, ainsi que les chevaux ; les voittiriers sont obligée de marcher quarante à cinquante lieues sans être relevés, sans autre salaire que des injures et des coups. Tout transport pour la nourriture même de l'armée va devenir impossible^ et le peu d'esprit public qui reste va s'aliéner par de semblables excès, et disparaître. )>

Dans un autre rapport, Kellermann demande, puisque Macdonald vient à Châlons, a être envoyé ailleurs; il est plus ancien maréchal que lui, ne peut servir sous ses ordres et n'a, par suite, plus rien a faire à Cliâlons«

Ville, V(^sigiieul-sur-Mîirn(;, Marson ol Nolre-DHnHvdo-rfipinc, pour (éclairer toute celte partie do la rive droite de la Marne. Il laissait momontan('imeiit les généraux Molitor et Brayer dans les cantonnements que leurs divisions venaient d'occuper.

Ces mouvements de cavalerie étaient, du reste, d'autant plus nécessaires que l'Empereur commençait fi avoir des craintes sérieuses pour Vitry et qu'il avait, de Brienne, le 31 janvier, a 8 heures du matin, chargé le major-général de ))rescrire au maréchal de marcher au secours de Vitry, si cela était nécessaire.

Position des III** et IV^' corps et de Barclay. — Mouvement de CoUoredo sur Bar-sur-Seine. — Pondant toute la matinée du 31, les III« et IV» corps étaient restés presque immobiles. Les Wurtembergeois continuaient h occuper, en arrière de la droite de Sacken, Maisons et Fresnay. Gyulay s'était rapproché de la gauche de Bliicher, en quittant Bar-sur-Aube pour venir h Arsonval et Bossancourt, tandis que Barclay de Tolly transférait son quartier général de Chaumont à Colombey-les-Deux-Églis(»s et que les réserves et les gardes russes et prussiennes, placées sous ses ordres immédiats, se massaient entre Colombey et Bar-sur- Aube, où les 2® et 3« divisions de cuirassiers arrivaient encore dans le courant de la journée.

A gauche, Golloredo avait laissé la 2« division légère (prince Maurice Liechtenstein) à Fouchères, la divifJon du comte Ignace Hardegg à Chaource, et était arrivé, avec une partie de sa colonne h Bar-sur-Seine. Ses grenadiers occupaient Ville-sur-Arce et Buxières. Bianchi était un peu plus en arrière à Polisy, Neuville-sur-Seine et Courteron; mais Xostitz avec ses cuirassiers n'était encore qu'aux Riceys. Le feldzeugmeister occupait ces différents points lorsqu'il reçut le deuxième ordre du 31, par lequel Schwarzenberg lui prescrivait « de se porter immédiatement sur Vendeuvre, afin de pouvoir de Ifi, agir contre la droite de l'ennemi. »

Thnrn donne avis du départ de Mortier de Troyes pour Arcis. -- Attaques infructueuses de Platoff sur Sens. —

Krifin, avant d'(»\anïiner les dispositions que Schwai7,enberg allait prendre en vue de la bataille du lendemain, il nous reste h parler du lieutenant-(*olonel Thnrn . qui opérait à gauche de Golloredo.

Le li<nitenanl-coloiiol, se dirigeant à ce niomout vers Sens, taisait savoir de Saint-Phal le 31, h 7 heures du soir, que Mortier avait (|uitté Troyes * le 30 avec la fçarde impériale, que le maréchal avait pris la route d'Arcis-sur-Aube et n'avait laissé à Troyes que quelqu(»s troupes (l'infanterie, cpielques escadrons de la garde et 21 canons*.

PlalotV avait renouvelé sans plus de succès que la veille si's attaques contre Sens. Il avait éjçalement fait le 31 une démonstration infructueuse contre Pont-sur- Yonne. Ses counnirs avant poussé jusqu'à Scîrgines, sur la route de Sens à Hray, Pajol. craignant de voir les cosaques se jeter entre Nantis et Provins, avait ordonné au général du (]octlosquet de venir, de Montereau, rejoindre le général Montbrun h Pont-sur-Yonne h» l»»" févri(»r, de manière à soutenir Sens (»t i\ couvrir les communications d(» Pont-sur-Yonne ?i Brav.

* Thurn ne pouvait pas savoir à co moment que le maréolial Mortier ôtail on route d'Arris-sur-Aube à Troyes, où il allait rentrer avec tout son monde, le 31 au soir. Mortier se proposait alors, — sa dép/K:lie de Troyes, du 31, au major général en fait foi. — de pousser le lendemain des redonna isitaucss. d'un rôU* sur (ihaource, de l'autre sur Vendeuvre. Il comptait se porter, ave<! le jçros de ses forces, sur ce dernier point, si l'Empereur entreprenait un mouvement sur Bar-sur-Aube.

' Thurn à Schwarzenberg, Saint-Phal, 31 janvier. 7 heures du soir. (AT. K, KriegM Archiv., I, 705.)

S'il restait un doute sur l'ignorance dans laquelle Mortier demeura du 28 an 30 et sur l'importance qu'eut la prise du colonel Bénardi dont nous avons parlé en détail plus haut, il suffira de prendre connaissance de la dép(V:he que le duc de Trévise adressait au major-général. d'Arcis-sur-Aube. le 31 janvier à dix heures du matin :

u Monseigneur, j ai Thonneur de vous adresser le duplicata de la lettre que je vous écrivis hier soir. N'ayant reçu de Votre Altesse Sérénissime aucunes nouvelles, je me trouve extrémemeni emliarrassé.

« Si, comme on l'assure, l'Empereur marche sur Bar-sur-Aube, il me semble indispensable que je me porte sur Vendeuvre. Votre Altesse peut juger combien, dans cette incertitude, ma position doit être embarrassante, et je la prie de vouloir bien me faire passer des instructions sur la marche que je dois tenir.

M P. S. — Il est probable que mes dépèches à Votre Altesse et celles que Votre Altesse me fit Thonneur de m'adresser ont été interceptées : il n'est pas à présumer que, sans cette circonstance, je me trouverais sans ordres. « (Archivée de la guerre. )

11 est bon de faire remarquer que Mortier ne connut vaguement les projets de l'Empereur que par une lettre que Bordesoullc lui écrivit, le 29 au soir, d'Arcis-sur-Aul)e. (Voir ArrhireM de la guerre. Lettre de BordesouUe au majorgén^tral.)

Disposition générale de Schwarzenberg pour le 1^^ f^. vrier. — Le 31 janvier, Schwarzenberg, ayant arr^^té ses dispositions pour la journée du lendemain, avait envoyé vers le soir, à ses lieutenants des ordres qui présentent plus d'une particularité :

« Disposition générale pour le \^^ février 1814.

« Son Excellence le feld-maréchal Blûclier marchera sur Brienne et attaquera ce point, d'après les dispositions qu il jugera convenable de prendre, de concert avec les III® et IV® corps de la grande armée, placés sous ses ordres pour la journée du l^r février.

« Les grenadiers et les cuirassiers russes occuperont dès le matin les positions actuelles du feld-maréchal h Trannes.

« Une division de la garde russe s'établira en avant de Barsur-Aube, h Ailleville; le reste de cette garde, h Fresnay, afin de pouvoir do là se porter, soit sur Brienne, pour appuyer le feldmaréchal, soit sur Montier-en-Dor, pour soutenir les V« et . VI* corps.

« Le V« corps marchera sur Montier-en-Der; le VI® sur Saint- Dizier d'où ce dernier corps devra, en tenant compte des événements, manœuvrer de concert avec le général-lieutenant von York contre Vitry.

« Le pf corps occupe Vendeuvre et enverra des reconnaissances dans la direction de Troyes.

« Tous les rapports devront m'être adressés demain h Bar-sur- Aube et, dans le cas où j(î n'y serais pas encore arrivé, à Colombey où sera mon quartier général.

« Le feld-maréchal Blùcher est invité à m'v envover de ses nouvelles.

« Si l'attaque contre Brienne réussit, larmée du feld-maréchal ron Blilcher se dirigera vers Vitry. Le IV® corps occupera Brienne, et le III®, Dienville.

« Au quartier général de Chaumont. 31 janvier 1814. »

Nous ne reviendrons pas ici sur la destination primitive donnée, comme on le voit, au V® corps et nous nous contenterons de rappeler que Schwarzenberg se rendant aux observations di» Wrède. l'autorisa par un second ordre à se porter, par Soul«iint»s. conln» la gauche dis Fn^nçais. Mais il nous jiaraît impossible de

ne pas rolnver corlainos anomalies qui doivent frapper tous ceux qui liront quelque peu attentivement cet ordre.

C'est ainsi que, si les corps du prince royal de Wurtemberg et de Gyulay sont mis îi la disposition de Blucher, auquel Scliwarzenberg abandonne en somme complètement la direction d(»s opérations pendant la journ^^e du lendemain, les grenadiers et les cuirassiers russes, qu'on envoie le relever à Trannes et qui constituent par suite ses soutiens immédiats et ses réserves, semblent rester sous les ordres de Barclay de ToUy.

On doit également s'étonner de voir Schwarzenberg placer une division de la garde russe îi Ailleville, d'où elle est hors d'état de pouvoir soit se porter en avant pour soutenir le III® corps du côté de Dienville, soit remplacer les réser\'es (grenadiers) postées îi Trannes dans le cas où elles viendraient h être employées par Blucher. Mais ce qui est plus surprenant et plus caractéristique encore, c'est, qu'après avoir affecté spécialement et exclusivement les deux corps d'York et de Wittgenstein aux opérations contre Vitry, alors que Schwarzenberg savait que Macdonald n'était pas entré en ligne et que ce maréchal ne disposait guère de plus de 10,000 hommes, il ait jugé à propos d'immobiliser a Fresnay deux divisions des gardes russes, afin de pouvoir les porter de Ih soit sur Brienne, soit sur Monlier-en-Der. Enfin, la dernière partie de l'ordre général, celle qui dirige après la bataille Blucher sur Vitrj , mérite d'autant plus d'être signalée que l'on pourrait, peutélre bien sans se tromper, y découvrir la première trace, la première manifestation des tendances qui amèneront deux jours plus tard la séparation des deux armées alliées, cette séparation si justement critiquée, mais devenue nécessaire en raison même des divergences d'opinion de plus en plus profondes qui séparent les généraux en chef.

Ordre particulier de Barclay aux gardes et réserves. —

Après avoir fait ressortir la bizarrerie des positions attribuées aux gardes et réserves, il faut encore ajouter que Barclay de Tolly, qui conser\'ai! même pendant la journée du i**" février la direction de ses troupes, avait jugé îi propos de modifier l'ordre du généralissime. En effet, dans l'ordre particulier qu'il adressa de Colombey-les-Deux-Églises, le 31 au soir, à ses généraux, il |)0slait ÎI Ailleville. non pas une seule des divisions de la garde.

mais Ifts deux divisions, avec les brigadtîs d'infanterie et de cavalerie de la garde prussienne et la division de cavalerie légère de la garde russe, et leur prescrivait en même temps d'être rendues à quatre heures de l'après-midi sur la position de Trannes.

!•'' février. — Ordres de Blûcher. — Enfin, et bien que l'ordre de Bliicher soit daté de Trannes le /«•' février, il est impossible d'examiner la situation générale des deux armées avant la bataille sans se rendre préalablcniienl compte des m(»sures prescrites par le feld-maréchal :

« A midi, le corps de Sackon, centre de l'armée alliée, se portera en deux colonnes contre La Rothière: la !•'« colonne (Liewen) par la route qui mène de Trannes h La Rothière; la 2« (Stscherbatotf) en prenant ù droite de la V^, aussitôt après avoir débouché de la position et en passant entre Trannes et la lisière du bois de Beaulieu, Le général ûlsufieff suivra la 2« colonne à laquelle il servira de soutien, et la cavalerie de Wassiltchikofï dépassera l'infanterie, dès qu'on sera arrivé dans la plaine, pour couvrir et faciliter son déploiement.

« Le III« corps (Gyulay), gauche de la ligne de bataille (de Blucher), appuyera le mouvement de la l^e colonne et se portera sur DiiMivilIe. Les deux divisions de grenadiers russes et les deux divisions de cuirassiers (2« et 3^ divisions) s(î posteront en réserve entre le village et les hauteurs boisées de Trannes. Le IV* corps. princ(» royal de Wurtemberg, aile droite» (de Hlucher), quittera ft(;lance à midi, laissant à sa gauche le bois d(^ Beaulieu. en débus- ((uera l'ennemi qui l'occupts marchera sur Chaumesnil et cherchera î'i se relier à droite» avec le corps de Wrède (extrême droite du front de combat). »

Blûcher prévenait, en outre, ses généraux qu'il se tiendrait de sa personne sur les hauteurs de Trannes.

Résumé des positions des Alliés. — Effectifs des armées alliées et de Tarmèe française. — Pour résumer la situation du côté des alliés, Blûcher * a ordre de se porter de Trannes (contre La Rothière. centre des positions françaises. On lui a attri-

* Kurzgefasste Darstellung der Kriegsereignisse der srhicsisrhen Armw. {K. K. Kriegx Archir., I, 31.)

biu' à ('(^l (îtVet les I1I« ot IV* corps. Lo premier de ees deux corps doit couvrir sa gauche du côté de l'Aube el chasser la droite de l'Empereur de Dicuiville; le IV* corps se portera h droitt» sur La Giberie pour facililer la prise d(^ La Rolhi^re et permettre à Wrède d(> dc^boucher des bois de Soulaines *.

L'effectif total des troupes alliées sYlevait par consf^queiit entre 78.000 et 80,000 hommes * avec 200 bouches à fou, savoir : l'armée de Silésie 27.000, le III* corps 12,000, le IV« 14.000, le V** 26,000, soutenus par les réserves russes el prussiennes qui auraient pu amener en ligne environ 34,000 hommes. Mais commet une faible partie seulement <les réserves el des gardes (la 2« division de grenadiers) prit part au combat, on ne saurait être taxé d'exagération en évaluant à 85,000 hommes l'effectif total des troupes alliées qui donnèrent à La Rothière.

Aux masses des Alliés, dont la supériorité numérique eût pu être plus écrasante encore, si Schwarzenberg eût dirigé vers Brienne les 12.000 hommes du VI« corps (Wittgenstein) el disposé les réserves de façon que h^s 25,000 hommes qui assistèrent de loin h la lutte, eussent pu y prendre part; si, au liei» d'arrêter Colloredo, il lui eût prescrit de continuer sa nuirche avec ses 27,000 hommes, et si, d'autre part, on eût laissé York se rabattre sur Brienne avec les 15,000 hommes du I®»" corps prussien, à ces masses déjà considérables. Napoléon allait pouvoir opposer en tout un peu plus d'une quarantaine de mille hommes. Ni Mortier ni Macdonald ne se trouvaient h ce moment à sa portée, et il ne disposait pour la journée du l**" février que des corps de Gérard (8,337 hommes), Victor (17,300 hommes), Marmont (8,200 hommes) et Ney (11,300 hommes), soit un total de 45.137 hommes, avec 128 bouches à feu *.

1 Lorsque le lll'' corps se porta sar Dienville dans le conrant de la journée du l'^*' février, il se relia, par des cosaques et quelques escadrons de cavalerie autrichienne, à la colonne de gauche de Sacken, et, à droite de la deuxième colonne de Sacken, les cosaques de KarpofT U et le corps de Biron assurt^rcnt la liaison entre cette colonne et les Wurtembergeois.

^ 79,28i hommes d*après Schels et les situations des K, K. kriegs Archir., avec iOO boucties à feu, dont 150 seulement purent, à cause de Tétat du terrain, ^tre mises en ligne.

' Situation le f' février an matin. (Arelùret de la guerre,)

Position des Français. — Lettre de TEmpereur à Clarke.

— Quant h la position qu'occupait Tarmée française * , elle esl exposée à grands traits dans la dépêche que l'Empereur adressai! de Brienne, le 31 janvier au soir, au Ministre de la guerre * :

« Voici les dispositions de la journée. Le général de La Hame-

linaye a 4,000 hommes h Troyes et 12 pi(»ces de canon Lv

duc de Trévise est arrivé ce soir îi 6 heures à Troyes. J'ai ordonné que le général de France, avec 1200 hommes des gardes d'honneur, et le général Maurin, avec 600 hommes de la division Bordesoulle et 4 pièces d'artillerie légère, se rendissent à Piney. Le duc de Trévise aura donc dans la main la vieille garde (1S,000 hommes) et le général Gérard avec la division La Hamelinaye (12,000 hommes).

« Je désire avoir une route d'Arcis-sur-Aube h Paris,

laquelle ne passe pas l'Aube : or, la roule de Nogent passe l'Aube. Je désire qu'il y en ait une qui d'Arcis aille à Sézanne et de lîi h La Ferté-sous-Jouarre par ChAteau-Thierry. Faites reconnaître les routes par des ingénieurs géographes et envoyez des ingénieurs des ponts et chaussées préparer les ponts et améliorer cette route le plus qu'il sera possible

« Pour vous compléter la position de l'armée, je dois vous dire que la division Ricard occupe Dienville. Le duc de Bellune est en

* Le 31 janvier, à 7 heures du soir, Victor, dont le quartier général était à Petit-Mesnil et qui, en présence du déploiement de forces considérables entre Trannes et Eclance, avait, avec juste raison, cru imprudent de tenter dans l'après-midi une reconnaissance offensive contre le plateau de Trannes, s'était contenté de placer sa l***^ division à une portée de canon des lignes des Alliés, sur la lisière des bois de Beaulieu et de La Rothière, an débouché du principal chemin qui menait d*Eclance à La Giberie. Sa S*' division s'était reployée à nuit close sur La Rothière avec la cavalerie légère. Les dragons occupaient La Giberie, s'éclairant sur Eclance et Trannes. Ui position du 2^ corps n'était, en somme, pas mauvaise; mais le maréchal informait toutefois le major-général que, à cause de l'humidité des terres, il aurait beaucoup de peine à y conduire du canon.

Quant à Ney, il devait, aux termes d'un ordre daté du 31 à neuf heures do soir, mettre en bataille, dès la pointe du jour, les divisions t^ous ses ordres avei! leur artillerie en avant de Brienne, en potence sur la route de Maizières.

Un peu plus avant dans la soirée, lorsque l'Empereur eut appris, par un officier de la division Lagrange, la marche de Marmont de Soulaines sur Brienne, il avait envoyé au duc de Raguse Tordre de venir s'établir entre Brienne et Soulaines, de se concerter avec le duc de Bellune, et, comme il lui était difficile de remuer la terre, d'améliorer sa |K>sition en la couvrant par des abatis.

* Correipondance de Napnli^ou, n*^ 21162.

avant du village de La Rothière. Le duc de Raguse est à Soulaines. J'ai mon avant-garde à Maizières et le reste de mes troupes est à Brienne. J'ai sur TAube le pont de Dienville, celui de Brienne-la- Vieille, celui de Lesmont et celui d*Arcis. Le duc de Tarenle couvre Chàlons et Vitry, dont la possession nous assure un bon pont sur la Marne et un point d'appui qu'il est de la plus haute importance d'avoir.

c Le général Pajol doit toujours rester à Nogent ou à Montereau pour s'occuper de la plus importante de ses fondions qui est d'éclairer Paris contre toute espace de partis. »

L'Empereur, on le voit, apn^'s avoir changé, depuis son arrivée il Brienne, sa ligne d'opérations, sans abandonner cependant complètement Chàlons, et comme s'il avait prévu que Macdonald ne parviendrait pas à s'y tenir, donne cependant déjii le 31 l'ordre de n'y plus rien envoyer et de tout diriger sur Sézanne. Enfin, comme s'il avait eu également, d(?s le 31 janvier, le pressentiment de sa retraite sur Troyes et de sa marche ultérieure contre Bliicher, il songe déjfi à prendre plus tard sa ligne d'opérations par Nogent.

Causes de rinaction de l'Empereur les 30 et 31 janvier.

— Sans vouloir entrer ici dans le vif d'une question que nous aurons lieu d'examiner en détail lorsqu'il s'agira de déterminer exactement les conséquences de la bataille de La Rothière, il est cependant indispensable de chercher ii découvrir les motifs pour lesquels l'Empereur, après être resté h peu près inactif pendant les journées des 30 et 31, paraît s'être décidé en fin de compte à soutenir le l^' février une lutte aussi disproportionnée.

Si l'on a justement reproché à l'Empereur d'avoir accepté la bataille de La Rothière dans des conditions si inégales, et bien qu'il soit possible de présenter des arguments et de fournir des preuves qui atténuent singulièrement une faute qu'on doit s'étonner de lui voir commettre, surtout parce qu'elle constitue une violation flagrante des j)rincipes qu'il avait toujours préconisés et appliqués, on peut, au contraire, trouver de nombreuses explications h son inaction pendant les journées des 30 et 31 janvier.

Napoléon ne s'était pas un seul instant abusé sur les conséquences du combat du i29. Si les considérations politiques, si les

inlérôls dynastiques le décidèrent à risquer des opérations qu'il eût vraisemblablement évitées sans cela, les espérances qu'il pouvait et devait avoir comme souverain n'avaient cependant pas porté atteinte à la clairvoyance du général.

Dans la nuit qui suivit le combat de Briennc il avait dicté à Berthier une lettre dans laquelle il disait à Marmont :

« Il est probable que nous nous battrons demain », ri il croyait si bien à une attaque; dirigée contre son armée dès le 30 par Bliicher et par les renforts qu'il s'attendait h lui voir r(»cevoir, qu'il prescrivait à ce maréchal de le rejoindre au plus vite.

Cependant, l'attitude passive et expectanle de Bliicher aurait dû donner h réfléchira l'Empereur, et il esl certain que l'immobilité du feld-maréchal pendant les journées des 30 et 3i lui inspira de la défiance. On ne saurait vouloir justifier l'inaction de Napoléon et expliquer sa ))ersistance à maintenir sa petite armée entre Briennc et La Kothière à l'aide des arguments donnés par Fain et parKoch. L'un a prétendu qu'il ne dépendait pas de l'Empereur de refuser la bataille et de se replier sur Troyes parce qu'il lui fallait attendre que le pont de Lesmonl fût réparé. Le second affirme que, croyant l'armée de Schwarzenberg sur la route d'Auxern;, Napoléon resta en présence de l'armée de Silésic dans l'espoir de l'entamer si elle venait à faire un mouvement, ou de la bien recevoir si elle prenait l'initiative de l'attaque. D'autres enfin, comme Clausewitz, ont essayé de trouver le motif de cette inaction dans le fait que rKmpertîur attendait Marmont et ne voulait continuer l'oftensive qu'après son arrivée. Aucune de ces raisons ne parait ni concluante ni même vraisemblable. D'abord, parce qu'ayant battu Bliicher le 29 sans le concours de Marmont, il devait se croire assez fort pour parachever sa défaite le lendemain rien qu'avec les troupes dont il disposait. Ensuite, parce que s'il favait voulu, il aurait pu, en attendant la réfection du pont de Lesmont, pass(îr l'Aube au pont de lladonvilliers, h fouest de la ville, ou, îi la rigu(mr, au pont de Dienville. Enfin, parce qu'en supposant même tju'il ait cru un moment, ce qui est loin d'être prouvé, Schwarzenberg avec le gros de ses forces sur la route d"Au\(;rre, il était trop clairvoyant pour ne pas s'apercevoir que l'immobilité de Bliicher n'avait d'autre cause déterminante cpic la proximité des corps de la grande armée d(î Bohème. Il est évi-

dent, en revanche, que rEnipcTenr avait été déru dans les calculs qui lui avaient fait espérer arriver îi temps pour écraser Blûcher avant sa jonction avec Schwarzcînberg. Dès le 30, l'Empereur ne pouvait plus conserver de dout(»s ;i ce sujet : la jonction était faile et n(î pouvait que lui devenir de plus en plus fatale s'il s'éternisait sur une de ces positions centrales cjui, si (»ll(»s lui avai(»nl donné la victoire à Dresde, lui avaient valu le désastre de Leipzig. Napoléon connaissait mieux que personne les avantages comme les dangers des lignes intérieures. Mieux que personne, il savait qu'elles ne servent que gnlce à la rapidité d(;s mouvements, (pi'elles sont, au contraire, dangereuses dès qu'on reste immobile, et que, connne l'a si justement dit l'ancien élève de l'École polytechnique A. G., elles sont des positions d'attente et d'observation et non des positions de combat.

C'est parce que cette position centrale lui permettait d(» se porter, soit sur Chàlons, soit sur Troyes, soit sur la Voire, (hi côté de Rosnay, soit sur la Barse au pont de La Guillotière, que l'Empereur s'était décidé, en attendant les événements, à y rester pendant 48 h(»ures.bien qu'il n'eût nullement l'intention d'y combattre avec moins de 50,000 hommes contre les 150,000 que les Alliés pouvaient jeter sur lui.

L'Empereur n'a pas voulu livrer la bataille de La Rothiére. — Mais si l'Empereur avait de bonnes raisons pour essay(T de tirer, jusqu'au dernier moment, parti des avantages inhérents aux lignes intérieures d'opérations, d'autres considérations d'un caractère tout différent, des considérations politiques l'empêchaient de se replier au lendemain de l'avantage, quelque léger qu'il ait pu être, qu'il venait de remporter contre HUicher. C'étaient ces nécessités politiques qui, au moins autant que l'ensemble de la situation militaire, l'avaient amené h prendre l'offensive dès le 27. C'était cette offensive qu'il avait poussée avec son énergie habituelle le 29 et qu'il aurait continué à pousser si. dès le 30, il ne s'était pas rendu comi)te des dangers de sa position, dangers que de nouveaux mouvements en avant n'auraient fait qu'aggraver. Dans l'impossibilité de reculer, au moins immédiatement, il se décida à rester sur sa position. De c(îtte façon seulement il pouvait tenir en respect ses adversaires, ranimer le patriotisme des populations, faciliter la levée en masse, imposer

silence aux menées criminelles des ennemis qu'il avait à Tinlérieur. On ne saurait donc lui faire un reproche d'être resté deux jours devant la position de Blûcher ; car dès le 31 au soir, l'Empereur avait bien compris qu'il lui était désormais impossible de tomber sur Blucher. Il avait vu clair dans le jeu de ses adversaires et, comme il le fit sept semaines plus tard à Arcis-sur-Aube, il pensait déjà à se replier le lendemain, puisque le 31 à 9 heures du soir, il faisait écrire a Ney et h ses autres lieutenants : « On attendra sur cette position des nouvelles de l'ennemi et tout se tiendra prêt îï partir dans la direction qui sera donnée *. »

Enfin, il est certain que si l'Empereur avait eu l'intention de combattre dans ces parages et surtout d'accepter la lutte, il aurait choisi un champ de bataille moins désavantageux au point de vue tactique et surtout plus en rapport avec l'effectif des forces dont il disposait.

Description du champ de bataille de La Rothière. — La

plaine qui s'étend des hauteurs de Trannes jusque vers Rosnay et Blignicourt a dans sa plus grande longueur un peu plus de 16 kilomètres et dans la direction de l'ouest îi Test un peu moins de o kilomètres. Le terrain y est presque plat. Cette plaine est limitée de tous côtés par des obstacles naturels : au sud, elle est bornée ))ar le plateau de Trannes qui s'étend jusqu'à l'Aube; à l'est, par le bois de Beaulieu situé au nord-est du village de Trannes; à l'ouest et en avant du plateau de Trannes, par l'Aube sur les bords de laquelle la plaine s'étend depuis le plateau de Trannes jusque versBrienne. Cette plaine, basse dans la plus grande partie de son étendue, s'élève du côté de Perthes pour s'abaisser ensuite vers la route de Bar; elle se relève ensuite à partir du coude de l'Aube, en amont de Dienville, aux environs d'Unienville jusque vers Trannes. Dominée, du côté de l'ouest, dans toute son étendue par les hauteurs escarpées de la rive gauche de l'Aube, elle est limitée au nord-ouest par une ligne de hauteurs qui, partant du parc de Brienne, vont mourir sur les bords de la Voire. Le cours d'eau qui la borne au nord, l'inonde généralement en hiver. A l'est, elle a pour limiles les bois marécageux et presque impraticables de

* Berthier a Ney, Marmont, Oudinot, Drouoi et Victor, Brienne, 31 janvier, y heures du ^oir. {Archives de la guerre,)

Viilleiitigny, l(îs bois d'Ajou et h; revers du phileau de Morvilliers qui, couvert du coté de Test, vers Soulaines, sur son front et sur ses lianes par des bois et des marécages et dominant toute» la plaine, est la véritable clef de la position. C'c^st sur ce plateau de Morvilliers que sont situées, dans la partie sud et à peu de distance de la lisière nord du bois de Beaulieu, La Giberie, puis au ccnitre Chaumesnil et enfin, plus au nord, Morvilliers.

La route de Bar-sur-Aube à Yitrv-le-Francois traverse c(;ll(^ plaine dans toute sa longueur presque en ligne droite et passe par le village de La Rothién».

Ce champ de bataille était beaucoup trop étendu pour hîs forces dont disposait TEmpereur. Même en considérant La Giberie comnuî un poste avancé, les lignes françaises de Dienville par Petit-Mesnil, Chaumesnil et la ferme de Beauvoir jusqu'à Morvilliers, présentaient un développement total de près de 15 kilomètres. (]e développement obligea TEmpereur à employeur la plus grande partie; de sa cavalerie, sensiblement inférieure en nombre à celle; des Alliés, à remplir les vastes espaces vides existant sur son front entre les différentes positions qu'il dut faire occuper à ses corps, lorsque, attaqué par Blûcher, il accepta le combat dans des conditions si désavantageuses pour lui.

Napoléon se rend en personne à La Rothière. — Il envoie à Ney Tordre de battre en retraite. — Pendant que les Alliés exécutaient leurs mouvements préparatoires en arrière de la position de Trannes et hors des vues des Français, pendant que la neige obscurcissait encore l'horizon. Napoléon, qui avait à son grand désappointement reçu ))endant la nuit l'avis par lequel Marmont l'informait de l'évacuation de Soulaines et de sa marche de nuit sur Morvilliers. s'éUiit dès le l®"* février au matin porté à La Rothière. Alarmé par l'immobilité même des Alliés, pensant qu'on allait ou l'attaquer ou se décider à se replier devant lui, il avait tenu à se rendre compte par lui-même de l'état des choses.

L'impassibilité des troupes de Blïicher ne; larda pas à lui prouver que ses espérances étaient déçues. Craignant dès lors que les renseignements lui annonçant la marche de la grande armée sur Brienne ne fussent erronés, il en vint à penser qu'on pouvait bien avoir chargé Blùcher de tenir devant lui pour lui dissimuler les mouvements de; Schwarzenberg et de former un rideau derrière

Well. 30

lequel les colonnes de la grande armée auraient déûlé à l'aise dans la direction de Troyes. Croyant qu'on avait voulu l'arrêter pour avoir le temps nécessaire de se jeter sur Mortier isolé à Troyes, il donna dans la matinée, au gros de son armée, l'ordre do se diriger par le pont de Lesmonl sur cette ville. Il mit immédiatement en route pour Lesmont, sans parler des gardes d'honneur du général de France, déjà postés sur la route de Lesmont h Piney, les trois divisions de jeune garde des généraux Meunier, Decou/. * et Rottembourg qui, sous les ordres du maréchal Ney, formaient sa réserve et occupaient le 31 au soir Brienne-la-Vieille '.

Le Maréchal Victor et Grouchy signalent les premiers mouvements des Alliés. — Reconnaissance faite par TEmpereur. — Positions qu'il faut occuper. — Ney reçoit l'ordre de revenir sur ses pas. — Le prince de La Moskova avait déjà commencé son mouvement, lorsque vers midi, le général Grouchy et le maréchal Victor firent savoir h l'Empereur qu'on remarquait dans les lignes ennemies, sur les routes de Soulaincs à Brienne, d'Eclance à La Giberie et de Trannes ix La Rothière, des mouvements qui leur paraissaient révéler l'imminence d'une attaque. L'Empereur monta immédiatement h cheval pour jeter, une fois encore, un coup d'œil sur le terrain, et bien que l'ouragan de neige l'eilt empêché d'apercevoir distinctement ce qui se passai! sur la position des Alliés, il se rangea a l'opinion émise par Grouchy. Pendant qu'il envoyait à Ney l'ordre de revenir au plus vite sur ses pas et de faire entrer immédiatement en ligne la division Rottembourg, il établissait sa petite armée sur les positions suivantes : Gérard, îi l'aile droite et s'appuyanl ii l'Aube, disposa ses deux divisions formées en bataillons en masse, la division Dufour en i^ ligne, la division Ricard en :2« ligne depuis l'Aube jusqu'à La Rothière. Ces deux lignes étaient couvertes en avant par les

1 Le général Curial avait remplacé le général Decouz, grièvement blessé à Brienne et qui mourut des suites de ses blessures.

^ Clausewiti, comnie nous l'avons fait remarquer plus haut, dit à ce propos, dans son Aperçu de la campagne de 1814 : « Bonaparte semble avoir voulu attendre Marmonl, qui n'arriva que le 31. De plus, comme, même le 1*^' février, il attendit l'ai laque de Hliicher, il est permis de se demander si, à cette époque, il rechenrhait et désirait eocoro la Imtaillo. »

huit oscadroiis de la l)ri^{i(le do cavahîrit* du jj;(''iirral Picqiu»! qui s'étaient déployés et couvraient riiitorvallc existant entre la division Dufour (»t La Rothière.

A La Rothière même, où commenrail le centre des li^nt^s franraises, Victor avait posté un« des brigades de la division Duhesme, tandis que Tautre brigade était massée en arrière du village, h cheval sur la route de Brienne h Trannes. Deux bataillons avaient été jetés dans chacun des villîiges de Petil-Mesnil et de (ihaumesnil. Victor avait également fait occuper La Giberie par des troupes de sa 2* division (Forestier) qui avait posté, en outre, depuis la veille un bataillon dans le bois de Beaulieu. Quatre bataillons déployés en tirailleurs gardaient la partie des hauteurs situées en arrière de ce bois, dans toute leur ét(»ndue comprise entre La Vénerie, les étangs du môme nom et l(»s sources du ru de Froideau. Les divisions de cavalerie des généraux Pin», Briche et Lhéritier, sous les ordres directs de Grouchy, étaient déployées sur deux lignes entre Petit-Mesnil et Chaumesnil. Nansouty, avec les divisions de cavalerie de la garde des généraux Lefebvre-Desnoëttes, Colbert et Guyol, se formait <»n bataille, également sur deux lignes, h droite et en arrière^ de La Rothière, s' étendant jusqu'à Petit-Mesnil et faisait prendre position en avant de son front à son artillerie à cheval.

A Taile gauche, Marmont avec la division Lagrangc» occupait Morvilliers et en avant de ce point le village de La Chaise, au débouché du bois de Soulaines. La cavalerie de Doumerc était déployée des deux côtés de la route de Brienne h Doulevant sur le plateau de xMorvilliers, à la ferme de Beauvoir, face à La Chaise.

Des trois divisions de la jeune garde, l'une, la division Roltembourg, allait se déployer immédiatement en avant de Briennela- Vieille, et les deux autres étaient encore en marche, des environs de Lesmont, sur la ferme de Beugné (située à mi-chemin entre Brienne et Petit-Mesnil).

Le front de combat était manifestement, trop étendu : c'était à peine si l'infanterie suffisait pour occuper les villages, leurs abords et les points principaux de la ligne. La cavalerie tout entière servaii à combler les vides de la ligne et de plus les réserves, peu considérables d'ailleurs, puisque les trois divisions de la jeune garde présentaient au plus un total de 10,000 combat-

laiïts, n'éUiienl pas disponibles au moment où la lutte allait s'engager et devaient ensuite être h peine suffisantes pour soutenir Kîs troupes postées à La Kothière et couvrir, en dernier lieu, la retraite.

Les Alliés commencent leur mouvement à midi. -- La

matinée tout entière du i^^ février s'était écoulée sans incident. A midi, au moment où l'empereur Alexandre, le roi de Prusse accompagné de ses deux fils, le prince royal et le prince Guillaume de Prusse (celui qui d(»vait être plus tard Tempereur Guillaume), et le prin(;e de Schwai-zenberg rejoignaient Blucher sur les hauteurs de Trannes, les différentes colonnes des armées alliées précédées par la cavalerie chargée de couvrir leur déploiement, venaient de s'ébranler dans les directions que leur avaient assignées, d'abord la disposition de Schwarzenberg, puis les ordres de Blucher et de Barclav de Tollv. Elles commençaient à descendre vers la plaine où leur marche allait être sensiblement retardée par la nature même du terrain gras et collant sur lequel (»lles devaient se mouvoir. Les pluies des dernières journées avaient détrempé les cultures; creusant dans les chemins de profondes ornières elles les avaient transformés en fondrières. Enfin, la gelée, surveiuie tout à coup dans la nuit du 31 janvier au l®"" février, avait recouvert toute la plaine d'une légère croûte de glace <(ui rendait les mouvements d'autant plus lents et plus pénibles qu(î cetl(; plaine avait été sillonnée en tous sens par le passage des troupes, de l'artillerie (ît des convois, que le vent soufflait fort et ([ue la neige n'avait ctîssé de tomber depuis le matin.

11 était près d'une heure, lorsque la cavalerie alliée qui avait, en s'avaneant lentement, couvert jusqu'à ce moment le déploic»nient des colonnes de Gvulav et surtout de Sacken. passa tout entière en deuxième lignci, démasquant les tètes de colonne di» rinfant(»rie et ik; laissant devant ellcî (|iie quelques éclaireurs. Mais l'étal du terrain avait contrarié la marche des troupes (»t compromis sérieusement les mouvements de l'artillerie. Le corps Sacken se vit réduit à n'amener en ligne que la moitié de ses bouches à feu et h laisser 36 de ses pièces sur les hauteurs de Trannes. Encore le général Nikitin, qui commandait cette artilhîrie, avait-il dû pour cela faire» doubler les attelages dis pièces

(^t des cuissons. Suivant lu chaussée qui mène à Lu Rothière, il poussa au trot jusqu'à portée de fusil des avant-postes français (»l vint se mettre en batterie îi droite et il gauche de la route. L'artillerie russe qui avaitMépassé dans ce mouvement les têtes de colonne de Sacken, se trouvait complètement en l'air et sans soutien ; mais le général en prenant a' parti (juelque peu aventureux, n'avait pas agi à la légère. En raison même de l'état du terrain, il importait d'éviter autant que possible les changements de position et les mises en batterie successives, et, d'autre part, il fallait se porter résolument en avant afin de pouvoir renvoyer les attelages «^ Trannes et amener en ligne les pièces que Ton avait été contraint de laisser momentanément sur les hauteurs.

Charge de la cavalerie française contre les batteries russes. — Premiers engagements en avant de La Rothière. — La cavalerie française est rejetée en arrière de La Rothière. — Malgré les tourbillons de neige, la cavalerie français(î conduite par Nansouty avait pu se rendre compte de la position aventurée de l'artillerie russe cfue ses soutiens (les li« et 36« régiments de chasseurs) n'étaient pas encore parvenus ii rejoindre, et se porta sur elle.

Le général Nikitin, voyant les escadrons français se diriger vers ses batteries, donna immédiatement Tordre de cesser le feu. Employant tout son monde h transporteur près des bouch(»s à feu les munitions dont il allait avoir besoin, il laissa arriver la cavalerie jusqu'à 500 pas de ses batteries. II ouvrit alors un feu de mitraille tellement vif et tellement meurtrier que la charge dut s'arrêter h moins de 300 pas des pièces. Enlevés à plusieurs reprises par leurs généraux, les cavaliers français furent, en fin de compte, obligés de renoncer à leur entreprise. La neige tombait pendant ce temps avec une telle violence qu'on ne voyait pas il 10 pas devant soi*.

L'infanterie de Sacken commençait h arriver en ligne, et comme l'ouragan de neige cessa à ce moment, force lui fut de se déployer sous le feu des batteries françaises de La Rothière et de l'infanterie postée en avant du village, dans les maisons et les jardins, pendant que la cavalerie sous les ordres de Nansouty

* Journal du p'iK'ral Nikitin.

(divisions Golberl, Guyol el Pire) qui venait de se reformer, débouchait entre La Rothière et Pelit-Mesnil et se portait rapidement à la rencontre des bataillons russes. Le général-lieutenant Lanskoï essaya vainement d'arrêter aVfec sa division de hussards* la charge des cavaliers français qui le culbutèrent et étaient déjà sur le point de rompre les lignes de l'infanterie, lorsque le général-lieutenant Wassiltchikoff, qui commandait la cavalerie du corps Sackcn, arriva au galop avec la division de dragons du général-major Pantchoulitcheff II*. Attaquant simultanément de front et de flanc les régiments français avant qu'ils aient eu le temps de se reformer, il les enfonça complètement, les mit en déroute et les poursuivit au delà de La Rothière, dans la direction de Brienne-la-Vieille, après avoir enlevé en route 24 bouches à feu. L'intervention de Wassiltchikoff avait été d'autant plus opportune que, sans parler môme des conséquences qu'aurait pu avoir la rupture de l'infanterie de Sacken, la charge des dragons russes contraria l'entrée en ligne des renforts que la cavalerie française ne reçut que trop tard.

Au moment, en eff'et, oi\ Nansouty amenait sa réserve, la division Lefebvre-Desnoëttes, à droite de La Rothière, alors que Grouchy se montrait à gauche de ce village avec les dragons de Briche, les divisions Colbert, Guyot et Piré^ étaient déjà entamées

^ Lanskoï commandait la 2° divi<)ion de hussards, composée des régiments de hussards d'Akhtyr, de Mariopol, de la Russie blanche et d'Alexandria.

* Division du général-major Pantchoulitcheff : 3« division de dragons ; régiments de dragons de Courlande, do Smolcnsk, de Tver, de Kinhurn.

3 Frtiet, dans son Journal historique de la division de cavalerie légère (Pire) du 5® corps de cavalerie pendant la campagne de France en 1814, donne une autre version de ce combat de cavalerie contre cavalerie, version qui nous parait d'ailleurs moins admissible et moins vraisemblable que le rapport des gén^Taux alliés. « Vers 4 heures, dit-il, l'ennemi voyant que ses efforts pour forcer notre extrême droite étaient inutiles et qu'ils ne parviendraient \ms à renverser les nôtres de ce côté, se décida à un grand mouvement de cavalerie sur les dragons. Par des mouvements assez rapides, 6,000 chevaux, formés sur deux lignes, se lancent sur notre artillerie et, débordant La Rothière, par sa gauche, obligent les dragons à se replier en désordre. Heureusement, le général de Pire, «'apercevant de l'importance de cette attaque et des funestes résultats qu'elle peut avoir, n'hésite pas à quitter sa i>08ition où sa présence n'était pas alors indispensable. Sans attendre d'ordres, il met sa di\ision on colonne par escadrons et tombe par une conversion à gauche sur le flanc de l'ennemi. Cette mano'uvrc est couronnée de succès; les Russes s'arrêtent et pendant qu'ils obliquent à droite pour se rallier, les dragons ont le temps de se réformer. >» Sans vouloir contester le dire do Petiet, qu'il nous soit permis d«'

ot ramonées; leur artillerie prise par Wassiltchikott' était gardée par les fantassins de Sacken, et, comme il n'y avait plus rien îl faire, (îes deux divisions se virent contraintes de retourner prendre position en arrière et à Test de La Rothière. Quant aux divisions Colbert, Guyot et Pire, elles ne reparun^nt plus sur le champ de bataille que vers la fin de la journée.

Il était bien pri»s de 4 heures, lorsque l'infanterie de Sacken s avançant au milieu de la tourmente de neige v(ts La Rolhien», sous la protection des 72 pièces amenées en position, s'engagea avec la division Duhesme, et lorsque Blûch(»r arriva d(» sa personne en avant des hauteurs de Trannes.

Considérations snr les conséquences de ce combat de cavalerie. — Si la cavalerie de Wassiltchikoff avait été immédiatement soutenue par l'infanterie, s'il y avait eu h ce moment une éclaircie, si Sacken avait pu voir ce qui se passait en avant de lui et sur sa gauche, enfin si Ton avait fait appuyer les escadrons de Lanskoï et de Pantchoulitcheff |)ar les cuirassiers et grenadiers russes qui venaient d'entrer en ligne, si l'on avait porté en avant les gardes pour servir de réserve au corps da Sackini et coopérer, en cas de besoin, h l'attaque de La Rothière, la bataille aurait pris probablement, dés le début, une toute autre tournure, et la droite française aurait couru grand risque d'être écrasée. Il est probable que sans un concours de circonstances tout ù fait spéciales, Blûcher n'aurait pas hésité î\ donner des ordres en conséquence, et que poussant résolument en avant, il aurait crevé les lignes françaises qui n'avaient h ce moment pour unique réserve que la division Rottembourg. Mais la tourmente de neige l'empêchait de découvrir le champ de bataille, de diriger le combat, et lorsque l'officier envoyé par Wassiltchikoff parvint h le trouver et put lui rendre compte des résultats de la

faire remarquer qne l'intervention de Pire put tout au plus sauver les dragons ; car Petiet lui-même ronfirmc quelques lignes plus loin les rapports des généraux russes, en disant : « Cependant, Fartillerie dépassée de bien loin [lur la charge des Alliés, fut en partie prise, et, d<>s ce moment, on put prévoir le résultat de la journée. » 11 nous semble, en effet, que si la manœuvre, en tout cas très opportune, du général de Pire, avait ét^ réellement couronnée de succès, elle aurait permis de ramener les dragons russes, de reprendre les pièces et de rétablir le combat.

charge, il était déjà trop tard pour pouvoir en tirer immédiatement un parti décisif. Quoi qu'il en soit, il est certain que Tenlèvement de 24 pièces et Féchec éprouvé par la cavalerie de Nansouty dès le début de Tafifaire, ne contribuèrent pas peu h l'issue finale de la journée.

Sacken, dont les troupes étaient formées sur trois colonnes', avait entre temps continuéson mouvement vers La Rothière, qu'écrasaient ses 72 pièces, et comme l'infanterie se trouvait dans l'impossibilité de faire feu, il résolutd'enlever le village à la baïonnette. La division Duhesme, déjà fort affaiblie par les pertes quelle avait éprouvées le 29, résista vaillamment; mais plianl sous le poids du nombre, elle dut céder du terrain et abandonner aux Russes le village jusqu'à l'église, après avoir perdu dans cette affaire 8 de ses pièces. La plus grande partie des troupes de Duhesme se replia en désordre jusqu'à Petil-Mesnil, tandis que le reste composé de quelques vieux soldats résolus à défendre le terrain pied à pied, se barricada dans les maisons.

Premiers mouvements de Gynlay sur les deux rives de TAube. — A la gauche des Alliés, les choses n'avaient pas pris dès le début de l'action et pendant toute la première phase de la bataille comprise entre 1 heure et 4 h(uires de l'après-midi, une» tournure aussi favonible pour eux que du côté de La Rothiènî. Gyulay, après avoir laissé en position à Yendeuvre la division légère Crenncville*, avait, conformément aux ordres du généralissime, manîhé le i^^ février au matin avec le gros du III® corps, des environs de Bar-sur-Aube par Arsonval et Baussancourt sur Trannes. Une fois arrivé dans lîi plaine en avant de Trannes, le feldzeugmeister avait fait prendre à son corps la formation de» combat en colonne de balaillon et suivi le mouvement des Russes de Sacken sur la chaussée d(î Brienne jusqu'à hauteur de Juvanzé. Le corps de Sacken était déjà très vivement engagé, et Gyulay crut avec raison qu'il était nécessaire de le faire soutenir par son artillerie qui appuya vigoureusement l'attaque (l(»s

1 Golonues du général-lieutenant Stst'herbatoff, de Liewen et d'Ohafieff.

* Cette division avait o/dre de rester sur cette position jusqu'à l'arrivée à Vendenvrc du corps CoIIoredo, qui ne put cHre rendu sur ce point que le |or ft^vrier au soir. (A'. K. Krieqn Arrhiv.. If. i.)

lUisses sur La UolhuTC, pendant que les coloiuies (l*infanl(»rie autrichienne arrivaient îi hauteur du pont et du village d'Unienville, si[\\6 sur la rive gauche de l'Aube. Le feldzeugnieister remarqua à ce moment cjue quelques troupes de la droite des Français se préparaient à déboucher d'Unienville et que des (!olonnes d'un effectif respectable, se portant de Dienville sur Unienville, paraissaient vouloir, après avoir menacé sa gauche, se diriger contre le flanc gauche et les derrières des divisions russes engagées îi La Rothière. Tout en continuant à faire soutenir Sacken par une partie de son artillerie qu'il avait établie sur une hauteur voisine de l'Aube, et îi laquelle il laissa comme soutien une brigade de la division Hohenlohe-Bartenstein , il chargea le général-major Pfliiger, avec 4 bataillons, 4 canons el 2 escadrons du régiment de chevau-légers de Klenau, d'enlever le pont d'Unienvillrî , défendu seulement par un faible poste avancé, de s'emparer du village et de s'établir solidement au delà d'Unienville, sur la hauteur de la rive gauche. La brigade Pflùger enleva facilement le pont et le village et, débouchant d'Unienville, s'avança sur la rive gauche'.

Le feldzeugnieister espérait, en accentuant son mouvement sur la rive gauche de TAube, prendre à revers le pont de Dienville et tourner la droite des ligncîs françaises.

Mais l'Empereur, qui avait eu h» temps de |»énélrer les intentions de Gyulay, avait aussitôt envoyé au général Gérard Tordre de se maintenir à tout i)rix à Dienville. L'une des brigades de la division Ricard, la brigade Boudin, fut chargée de la défense du ponts et des hauteurs ipii en commaïuh^nt les abords sur la rive gauche, tandis que la brigade Pelleport s'établissait en arriére el h Test de Dienville et que la division Dufour, se reliant avec la brigade de (*avalerie du général Picquet, se déployait en deuxième ligne derrière cette brigade, entre Dienville et La Rothière.

Le feldzcugmeister avait dû forcément remarquer toutes (!es dispositions; il n'y avait plus désormais pour lui la moindre chance de pouvoir enlever le pont de Dienville par surprise, et les deux régiments de la division Hohenlohe-Bartenstein, laissés par

^ StÂrke, ËintheiluDg und Tagesbegebenheiten der Hanpt-Armee im Monate Februar, 1814 (A'. A'. Kriegs Arehir,, IJ, i), et relation de Gyulay à Srhwarzenberjr, do Lesmoiit, 2 février. (/6iV/., II. 28.)

lui sur la rive droite ;i la garde d(^ son artillerie, avaient déjà (il le reconnaît lui-même dans son rapport*) commencé à s'engager avec les Français du côté de La Rothière ; il ne crut pas néanmoins devoir renoncer h son entreprise. Au lieu de se borner à harceler et à inquiéter la droite française par quelques démonstrations exécutées sur la rive gauche de l'Aube, bien qu'il eût déjà pu se rendre compte des difficultés que présenterait sur Tautre rive l'attaque de Dienville, il n'en jugea pas moins utile de renforcer la brigade Pfliiger par la brigade Czollich, 6 bouches h feu et quelques escadrons, et de charger le général-lieutenant Fresnel de la conduite des opérations sur la rive gauche. En môme temps, il prenait en personne la direction du mouvement contre Dienville, qu'il se proposait d'attaquer avec le reste de son corps vers 5 heures de l'aprés-midi.

Pendant toute la première période de la bataille, Gyulay dut se borner à contrebattre le tir de l'artillerie française et, par cela même qu'il avait détaché une division entière sur la rive gauche de l'Aube, que son corps d'armée se trouvait ainsi à cheval sur une rivière, il se vit contraint, avant même de s'être engagé à fond du côté de Dienville, à faire entrer en ligne la dernière de ses brigades (brigade Grimmer), qu'il posta à sa droite pour se relier par là aux troupes de Sacken.

Quand au général Fresnel, il avait longé l'Aube, en avait chassé les quelques petits postes d'infanterie française, mais sans réussir, pendant toute cette première phase, à remporter le moindre avantage contre les troupes de Gérard, solidement établies à Dienville.

Le IV* corps se porte contre La Giberie. — La quatrième colonne des Alliés (le IV^ corps), sous les ordres du prince royal de Wurtemberg, à laquelle on avait adjoint cinq escadrons du régiment de hussards autrichiens Archiduc-Ferdinand, avait, d'après la disposition générale, quitté avant le jour Maisons et Fresnay, pour venir prendre position sur les hauteurs d'Éclance. O IV*' corps devait se porter d'Éclance contre Chaumesnil et se relier à droite avec le V« corps (Wrède). Sa gauche était cou-

» Rapport de Gyulnv à Srhwarxenberg, Lesmont, 2 février. (A'. A'. Krieg» Arthir., Il, 28.)

verte par les cosaques de Karpoff et le corps volant du général prince Biron de (lourlande. Mais avant d'arriver sur Chaumesnil, le !¥• corps allait avoir de sérieuses difficultés à surmonter. Il lui fallait d*abord passer k travers le bois de Beaulieu, par des chemins presque impraticables pour rartillerie, puis, avant d'aborder la hauteur de La Giberie, traverser un défilé marécageux battu et balayé par l'artillerie française. Le général-major von Stockmayer, formant avec sa brigade la tète de colonne du IV« corps, ne tarda pas à donner, dans le bois de Beaulieu même, contre les premiers postes français qui se replièrent en combattant sur leurs soutiens. Après une lutte assez vive, ces troupes avancées se décidèrent i\ céder le bois de Beaulieu à Tavant-garde wurtembergeoise et h se mettre en retraite en bon ordre sur La Giberie. Un régiment de cavalerie wurtembergeoise (régiment de chasseurs n" 2 du duc Louis de Wurtemberg) ne parvint pas, malgré tous ses efforts, à déboucher assez rapidement du bois de Beaulieu pour atteindre le bataillon français qu'il rejoignit seulement à peu de distance de La Giberie et auquel il ne put enlever que quelques traînards *.

Mais la marche de la brigade Stockmayer et du régiment de cavalerie Duc-Louis, quoique retardée par Fhorrible état des chemins, avait déjà eu une conséquence assez favorable pour les Alliés, en obligeant les Français à évacuer, en même temps que le bois de Beaulieu, les hauteurs boisées situées à l'ouest de ce bois et d'où leur feu avait, jusqu'à ce moment, contrarié le déploiement et les progrès du corps russe d'Olsufiefl'.

Bien que le reste de sa cavalerie avec l'artillerie légère, com-

1 Starke, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Febrnar {K. K, Kriegt Arehir., Il, i), et Jooroal des opérations da IV* corps par le général comte BaUletde Latoor, ebef d'état-major. (Ibid,, XIII, 3A.).

« L'ennemi avait occupé fortement les hauteurs en avant de La Giberie et y avait posté plusieurs régiments d'infanterie et de cavalerie. Le terrain, complètement défoncé, ne permettant pas d'amener assez vite du canon, je portai contre la hauteur le régiment de cavalerie Duc-Louis, que je fis soutenir par deux bataillons d'infanterie. La cavalerie ennemie se retira sans attendre l'attaque, et le colonel von Gaisberg. chargeant sans perdre une minute Tinfanterio qui se retirait, lui prit une trentaine d'hommes, mais ne put songer à la poursuivre, ni bien loin, ni bien sérieusement, à cause de la trop grande proximité du village. Je fis alors attaquer La Gilierie par le général Stockmayer. » (Prince roval de Wurtemberg an prince de Schwarzenberg, Petit-Mesnil. le 1" février* 1814). (K. K Kriegi Archir., II, 3.)

menÇcU seulement à déboucher du bois de Beaulieu et que le gmb du corps fût encore assez loin en arrière, le prince royal de Wurtemberg, qui avait suivi le mouvement de son avant-garde, n'hésita pas, dans l'espoir de tirer plus amplement parti des premiers avantages qu'il venait de remporter, îi lancer la brigade du général von Stockmayer contre La Giberie.

En thèse générale, on doit condamner les attaques successives, les efforts isolés et toute espèce d'entreprise dans laquelle on doit engager les troupes au fur et à mesure de leur arrivée; la manière de procéder du prince royal peut cependant se justifier au moins en partie. En effet, il avait pu reconnaître que son avant-garde, se maintiendrait difficilement dans un ravin balayé par Tartillerie française et il devait chercher h brusquer l'attaque de La Giberie pour empêcher les Français de s'y renforcer. Enfin, il y avait pour lui un intérêt capital à gagner en avant assez de lerrain pour permettre au gros de son corps de se déployer.

Malgré les avantages que la position de La Giberie assurait à la défense, la brigade Stockmayer parvint, après un combat des plus acharnés, à en chasser les trois bataillons qui l'occupaient et à s'assurer momentanément, gnlce à une démonstration faite sur sa gauche par la cavalerie wurtembergeoise, la possession d'un point qui avait pour le IV**' corps une importance capitale. Ce n'était, en effet, qu'à la condition d*étre maître de La Giberie que le prince royal de Wurtemberg pouvait se servir en toute sécurité du défilé formé par le bois de Beaulieu, se relier à gau- (îhe avec Sacken, à droite avec Wrède, et crever ensuite les positions françaises dont le village de La Giberie était à la fois le saillant et en quelque sorte la clef.

Afin de couvrir la droite des troupes qu'il venait de lancer sur La Giberie, le prince royal ordonna à deux de ses régiments de cavalerie et à une batterie à cheval de se porter au plus vite contre la gauche du duc de Bellune.

« Ce ne fut pas sans peine, dit le prince royal dans son rapport au prince de Schwarzenberg*, que ces deux régiments et la batterie réussirent à déboucher de ce défilé que mon infanterie

Prince royal de Wartemberg au prince de Schwarzenberg, rapport sommaire sur In lialaillc de La Rothière. (A'. K, Krierii Archiv,, H, 3.)

iKî IravtTSiiil que leiitoiuenl à cause des ditïicullês ([u'elle avail à surmonter îi chaque pas. » Le g;rosdu IV« corps n'avait, en effet, pas encore réussi à travers(»r Ic^ bois de Beaulieu.

Le maréchal Victor avail d'aill(»urs, tout comme le prince royal, reconnu l'importance» capitale df^ La Giberie, dont la perte l'aurait obligé à modifier comj)lètement la position de son corps et l'aurait mis dans l'impossibilité d'essayer de contrarier les mouvements que les Alliés faisaient sur sa droite contre La Rothière, sur sa gauche vers Chaumesnil. A |)eine informé de ce qui venait de se passer à La Giberie, il laiica de Petil-Mesnil contre ce hameau une colonne formée par toutes les troupes encore disponibles de la 2« division (division Forestier) de son corps et soutenue par deux batteries. Les bataillons français se précipitèrent au pas de charge? sur La Giberie et arrachèrent la plus grande partie du hameau au\ Wurtembergeois qui, bien qu'ayant été renforcés par un des régiments de la brigade du général Doring (n»^imenl d'infanterie n® 2), par un bataillon du 10® régiment d'infanterie légère» et unc^ batterie, ne j)arvinrent à se maintenir que dans les dernières maisons. La position du prince royal, auquel le moindre renfort envoyé aux troupes françaises pouvait faire perdre définitivement La Giberie», était à ce moment assez critique pour que ce prince crût nécessaire de demander à Blucher, par l'intermédiaire même du général de Toll qui se trouvait précisément à ce moment sur le théîltre» de» la lutte, de le faire» soutenir dans le plus bref elélai i)Ossible.

Situation des trois corps de Sacken, Gyulay et prince royal de Wurtemberg. — Si l'on jette un coup d'œil d'ensemble sur la physionomie du e*ombat et sur la position respective des deux adversaires telle qu'elle se présentait à 4 heures de» l'après-midi, apre»s trois heures de lutte, on reconnaîtra que les Alliés n'avaient fait de progrès sérieux qu'au centre où la cavalerie russe avait réussi à chasser devant elle les ese'adrons de Nansouty et à s'emparer d'une nombreuse» artillerie. C'éliiit, en effet, grâce» aux charges heureuses de la cavalerie de Wassiltchikofî que Sacken avait pu venir h bout de la division Duhesme et s'installer dans la moitié du village de La Rothière. Les dispositions, d'ailleurs, très critiquables de Gyulay, n'avaient amené aucnn résultai ai)préciable sur leur gauche» où Gérard tenait vigou-

R'U.seiiKînl lôU; aux Aiilricliiens du 111»^ corps, on avant de Dicnville. Enlin, sur la droite, le prince royal de Wurlemberi;, dont le déploiement avait été retardé par les difticultés éprouvées au passage du bois de Beaulieu et du ravin en avant de ce bois, était sur le point d'être chassé des dernières maisons de Lîi Giherie.

La situation générale était donc bien loin d'être aussi favorable qu'elle aurait pu l'être pour les Alliés, si, par des dispositions rationnelles, qu'on aurait pu prendre à Taise et en toute sécurité, on avait profité des deux journées des 30 et 31 janvier pour amener à couvert et hors des vues des Français, à proximité de leurs positions de combat, les troupes destinées h prendre part à la bataille.

Marche du V^ corps. — Premiers engagements à l'extrême droite des Alliés. — A l'extrême droite des lignes alliées, Wrede avait marché, dès le matin, contre les troupes de Marmont (|ui, après avoir évacué Soulaines, malgré les ordres formels de l'Empereur, avait, par une marche de nuit, replié son corps d'armée sur Morvilliers et Chaumesnil. Il y occupait une position dont le front était encore hors de proportion avei; Teffe<:tif des troupes dont il disposait (5.000 hommes environ de la division Lagrange et 1500 chevaux de la division de cavaleries Doumerc).

A 10 heures du niatiu, 1(î commandant du V« corps avait conc(;nlré ses 27,000 hommes (dont près de 5,000 de cavalerie) entre Tremilly et Nully et, chargeant le général baron Frimont de la conduite de l'avant-garde, il s'était porté de Tremilly par Soulaines sur la route de Brienne.

Le V« corps commença sa marche sur une seule colonne. Le régiment de uhlans de SchwarzxMiberg, soutenu par un bataillon de chasseurs autrichiens, fournissait la pointe d'avant-garde. La division Antoine Hardegg venait ensuile. Les divisions bavaroises La Motte et Rechberg, suivies par l'artillerie de corps, formaient le gros de la colonne et la division autrichienne Spleny fermait la marche. La pointe d'avant-garde avait à peine atteint la lisière du bois de Fuligny, lorsque ses éclaireurs vinrent donner contre les premiers avant-i)Ostes français qui se replièrent en tiraillant. « Le bois qui s'étendait df^vant le V« corps, dit le major prince

de Thurii e'I Taxis, l'aide de caiii|) de VVrède. dans son Journal des campagnes d(; 1812. 1813 et 1814*, est assiî/ grand. 11 esl Iraversé par une seule roule fort étroite, el le niouvenumt du V« corps h travers le bois, devait par suite prendre pas mal de It^mps*. 11 était environ 2 heures de Taprès-midi, lorsque la t(^te <lu régiment de uhlans de Schwar/cnberg parvint à déboucher sur la lisière opposée (près de La Chaise), chassant devant (îlle les Iroupes françaises établies derrière des abatis, où elles avaient essayé de tenir bon. Pendant que la division Antoine Hardegg se déployait à la sortie du bois derrière la cavalerie d'avant-garde, le général Frimonl prenait à gauche, avec les divisions La Motte et Rechberg, la direction de Chaumesnil \ Marmont, dont le faible corps occupait tout l'espace compris entre Morvilliers et Chaumesnil et qui venait de commencer le mouvement vers Chaumesnil prescrit par l'Empereur, se décida alors — mais il était déjà trop lard — à concentrer ses forces autour d(^ la ferme de Heauvoir. sur le plateau en avant de Chaumesnil. Sa cavalerie couvrait ce mouvement qui, contrarié par le mauvais étal des chemins, ne lui permit d'atteindre sans encombre la ferme de Beauvoir qu'avec la seule brigade Joubert, tandis que son autre brigade restait à Morvilliers.

« Wrède, qui s'était porté en soutien de son avant-garde, s'était immédiatement rendu compte des dangers auxquels cette marche de tlanc exposiiit son adversaircî. et envoya en conséquence îi ses deux dernières divisions (Rechberg el Spleny) l'ordre d'accélérer leur mouvement. Le colonel von Mengen qui marchait en tète de l'avant-garde* avec deux escadrons de son régiment (uhlans de

1 Taxis, Tagebuch. (A*. A". Kriegs Archii\, Xlll, 32.)

s Ce moayement fat encore retardé par la marche de la cavalerie de Pahieii

qui s'était, pendant la nait da 31 au l^^ relié avec la gauclio de Wrùde en arrii>re de Puligny et qui, se mettant en route pour rejoindre Wittgenstcin vei-s Montier-en-Der, croisa la colonne de Wrôdu pendant sa marche. (Wrèdc à Schwarzenbcrg. /6t/i., II, 4.)

• Wrède à Schwarzenbcrg. (Ibid. 11, 87.)

^ Tagebuch des Majors Fiirsten v. Thurn und Taiis (A'. K. Kriegt Arehiv., Xm. 3S.)

L'historique du régiment de uhlans de Schwarxenberg fournit sur ce fait d'armes les détails suivants :

Le 13 janvier, le régiment avait franchi les Vosges, et le 1*' février, lorsque le V<^ corps d'armée se portât en avant» le régiment marchait en tète de

Sclnvarz(îiib(îrg), ap(,T(jul une balterit» frauraisc se disposant à prendre position sur une hauteur à droite de la roule d'où elle aurait commandé et enfilé le débouché du bois. Il charge aussitôt cette batterie, ne lui laisse pas le temps d'ouvrir le feu, s'en empare en perdant très peu de monde et contraint à la retraite les troupes chargées de la soutenir. Cette charge brillante eut pour conséquence immédiate de permettre a linfanterie de déboucher complètement du bois et de se déployer sans encombre sur une bonne position à cheval sur la route de Brienne. « Le temps, nous dit le major Taxis, est épouvantable; des tourbillons de neige obscurcissent l'horizon. »

La division Hardegg, qui avait achevé son déploiement, profila de ce premier avantage pour dépasser Petil-Morvilliers, pendant que la division bavaroise du général La Motte et la brigade de

la première colonne et le major comte Uadik conduisail Ta vaut-garde forte de deiiv escadrons. A peine les premiers pelotons de cette avant-garde curent-ils atteint la lisière du bois de Chaumesnil qu'ils aperçurent l'ennemi qui essayait à ce moment d'amener une batterie à cheval de 4 canons et 2 obusiers sur un point d'où cette artillerie aurait pu empêcher notre colonne de déboucher du bois l>eiidant au moins une heure. On porta aussitôt en avant un maréchal des logis chef avec un peloton, chargé de reconnaître plus complètement la position de l'ennemi. Pendant ce temps, le régiment se rapprochait lentement de son avant-garde. Lorsqu'on fut arrivé à un point d'où l'on découvre tout le terrain entre Chaumesnil et Morvilliers, lorsqu'on eut nettement connaissance des intentions de Tennemi, le colonel baron Mengcn exécuta avec ses uhlans une charge des plus brillantes. Il enleva la batteiie sous les yeux mêmes d'un régiment de cuirassiers français de la garde qui débouchait à ce moment de Morvilliers et au devant duquel deux escadrons du régiment se portèrent an ]kis. Lorsque la cavalerie ennemie se disposa à reprendre par une charge la batterie qu'elle venait de perdre, le colonel baron Mengen la prévint et se jeta sur elle de front avec les deux escadrons qu'il avait portés en avant au pas. pendant i|ue deux autres escadrons, sous les ordres du major baron Trach, la prenaient de flanc.

L'ennemi essaya de maintenir sa i>osiliun naturellement avantageuse, surtout à droite, en se faisant soutenir par son artillerie et de reiMusscr par un tir à mitraille deux autres escadrons qui s'étaient également [)ortés contre lui.

11 chercha à déblayer suffisamment le terrain pour que sa cavalerie, qui arrivait en ligne, eût la place nécessaire pour se déployer. Mais ces deux escadrons réussirent néanmoins à tenir ferme.

A peine l'ennemi avait-il formé ses cuirassiers sur deux lignes que Irt uhians parvinrent à culbuter par une charge des plus vives, non seulement la première, mais même la deuxième ligne et à les mettre en désordre. Ces charges obligèrent les cuirassiers à quitter 1« terrain. Les i)ertes éprouvées par la cavalerie française auraient été bien plus sensibles si le terrain coupé et le feu de l'infanterie qui occultait fortement te village de Morvilliers avaient |)errai8 de |>oursnivn* les «'uirassiers.

cavalerie du colonel von Diez se formaient ii sa gauche et k la môme hauteur. La division Rechberg, couverte par la cavalerie de Diez et par celle du général von Vieregg, se dirigeant vers la ferme de Beauvoir, l'enleva, après un combat des plus acharnés, à la brigade Joubert et la contraignit à se replier sur la ferme de Bouillenrupt*. Malgré les efforts de la cavalerie bavaroise qui lui enleva 3 canons, celte brigade réussit h y prendre position et à couvrir les abords de Chaumesnil.

Pendant que la division Rechberg enlevait la ferme de Beauvoir, Hardegg s'était avancé sur Morvilliers que la prise de Beauvoir rendait d'autant plus intenable pour les Français que la dernière division du V« corps, la division Spleny, venait de se déployer en vue de ce village, sur la lisière même du bois et sur la rive gauche de la Bourbonne. Les troupes françaises de Morvilliers n'opposèrent qu'une assez faible résistance et se retirèrent sur le bois d'Ajou, couvertes par la cavalerie de Doumerc, dont les charges ne purent que ralentir, sans par\^enir à les arrêter, les progrès de Tinfanlerie autrichienne.

Il était alors un peu moins de 4 heures, lorsqu'un aide de camp du prince royal de Wurtemberg vint demander à Wrède d'accentuer son mouvement en avant et de tenter une diversion, ou tout au moins une démonstration, assez sérieuse pour dégager le IV« corps fortement engagé et vigoureusement pressé par Tennemi du côté de La Giberie *.

Wrède prit aussitôt ses mesures pour faire exécuter h son corps une attaque générale contre Chaumesnil. Le général Frimont, avec une partie des divisions Hardegg et I^a Motte, reçut Tordre de se porter contre Chaumesnil, en remontant le cours du rû de Froideau pour menacer la face nord du village,' pendant que la division Rechberg, après avoir enlevé Bouillenrupt, se chargerait de l'attaque de front '.

^ La ferme de BoaiUenrnpt qai ne figure pas sur les cartes, était située au sud-ouest de Beauvoir, à peu près à égale distance entre Beauvoir et ChanmesnU.

* Tagcbuch des Majors Fûrsten Thum und Taxis. (K. K, Kriegs Archiv., XIII, 3i.)

• Frimont à Wrède (K, K. Kriegs Arehiv.y II, 47, a) ; Wrède à Schwarzenberg. (/Wd., II, 47.)

WeU. 31

Situation générale à 4 heures. — On ne saurait guère continuer l'exposé de la bataille de La Rothière sans faire ressortir l'influence que l'intervention du V« corps et la résolution exclusivement due à l'initiative de Wrède, devaient exercer sur le résultat final de la journée.

Nous avons montré, en eliet, par la situation respective des deux armées à 4 heures, qu'à Dienville comme à La Giberie, les Alliés n'avaient, pour ainsi dire, pas cntiimé les positions françaises. Même au centre, malgré l'échec de la cavalerie de Nansouty et bien que La Rothière ne fût plus défendue que par une poignée de vieux soldats décidés à vendre chèrement leur vie et à disputer le terrain pied h pied, il suffisait de l'entrée en ligne de quelques renforts, des divisions de Ney rappelées par l'Empereur, pour rétablir complètement le combat et réussir h tenir tête aux Russes qui, malgré tous leurs efforts, n'avaient pas réussi k enlever complètement ce village et qui, par suite, continuaient à être dans l'impossibilité d'en déboucher. La situation générale, sans être brillante, était donc loin d'être compromise jusqu'au moment où l'attaque de Wrède, facilitée, il est vrai, par les fautes de Marmont, — attaque secondaire, puisqu'elle n'avait pas été prévue par le plan primordial, — allait changer la face des choses. En s'accentuant davantage à la suite de l'appel fait par le prince royal de Wurtemberg, elle allait menacer la gauche française d'un mouvement débordant qui, s'il eût été poussé à fond, aurait pu priver l'armée entière de son unique ligne de retraite sur Lesmont. Aussi, au lieu de reprendre l'exposé des événements qui se passèrent après 4 heures, depuis La Giberie jusqu'à l'Aube, nous avons cru plus utile de suivre d'abord le V* corps dans l'attaque qu'il va exécuter contre Chaumesnil, afin de dégager le prince royal de Wurtemberg, eu faisant tomber le point d'appui de la gauche de l'armée française.

Attaque et prise de Chaumesnil. — Pendant que Marmont, après avoir clé contraint d'abandonner Morvilliers, s'établissait sur la lisière est du bois d'Ajou, couvert sur son flanc par les escadrons de Douraerc séparés par le rû de Froîdeau des troupes autrichiennes * postées sur la rive droite de ce ruisseau, FrimcHit

* Wrède à Schwarzenberg, Uricime, 3 février. {K. K, Kriegê Artkw., U.

faisait, sur Tordre de Wrède, enlever à la baïonnette Chaumesnil par deux bataillons appartenant, Tun, au régiment autrichien de Szeckler, régiment des confins militaires, et Tautre, au régiment bavarois Lôwenslein n<> 7, soutenus par la brigade bavaroise Habermann (division du général de La Motte). Après un combat assez court, mais très acharné, ces bataillons réussirent h en déloger le général Joubert.

La possession de Chaumesnil était, pour les Alliés, d'une» import<ince tellement essentielle que Wrède, prévoyant que les Français chercheraient h l'en débusquer, ne négligea rien pour s'y établir solidement. Sur son ordre, Frimont met aussitôt en batterie 12 pièces qui battront les abords du village qu'il fait couvrir et occuper par les divisions Hardegg et La Motte. La brigade de cavalerie du colonel von Diez, qui a suivi les premières troupes, traverse le village au galop, vient se déployer au débouché de Chaumesnil, et la division Rechberg (10 bataillons et 4 batteries) avec la brigade de cavalerie du général-major von Vieregg (14 escadrons), prend position en réserve en arrière de Chaumesnil et à la gauche des lignes du Y* corps \

Dès qu'il avait été informé de la perte de Chaumesnil, l'Empereur avait reconnu qu'il était de toute nécessité d'arrêter de ce côté les progrès de ses adversaires. Craignant de voir Wrède déborder complètement sa gauche, se porter sur les derrières de son armée, s'installer sur la chaussée de Doulevant h Brienne et couper du ])onl de Lcsmont les corps engagés h Petit-Mesnil et {i La Rothière, il résolut de reprendre Chaumesnil et vint rejoindre Marmont avec la cavalerie de Guyot, une brigade de la division de jeune garde du général Meunier et une batterie. L'Empereur, après avoir mis 16 pièces en batterie îi l'ouest de Chaumesnil, tenta vainement, à ])lusieurs reprises, d'arracher ce village aux Austro-Bavarois.

Charge de la cavalerie bavaroise contre les batteries françaises. — Vers 7 heures du soir, les deux batteries postées par Frimont aux abords de Chaumesnil parvinrent à faire taire l'artillerie française; Wrède en profita pour lancer contre cette artillerie, soutenue par la cavalerie française et protégée par

• Tagebuch des Majors Filrsten Thurn und Taxis. {Ibid., XUI, 32»)

des carrés d'infanterie, la brigade de cavalerie bavaroise de Diez (4® et 5® régiments de chevau-légers, régiment du Roi et régiment de Leiningen), et le régiment de hussards autrichiens Archiduc-Joseph. Ces trois régiments de cavalerie passant dans les intervalles des carrés français, se précipitent sur les batteries, mettent en déroute les escadrons qui leur servent de soutien, sabrent les canonniers sur leurs pièccîs et réussissent h s'emparer de 21 bouches à feu *.

Chaumesnil était définitivement perdu, et les troupes de Marmont et de Meunier, après avoir vainement tenté de rejeter la cavalerie de Wrède, se replièrent à la nuit vers Brienne. L'obscurité était, d'ailleurs, tellement profonde que les chevau-légers bavarois chargèrent quelques instants après des chasseurs à cheval wurtembergeois qui, après la prise de La Giberie, s'étaient portés en avant entre Chaumesnil et Petit-Mesnil, pendant que de leur côté les cavaliers de Biron s'étaient avancés plus à gauche et à égale hauteur entre Petit-Mesnil et La Rothière *.

L'obscurité, le dégel et le chasse-neige, nous dit Schwarzenberg dans les Tagesbegebenlmien, empêchèrent la cavalerie de Wrède de poursuivre Marmont.

Pendant que le V« corps s'emparait de Chaumesnil, d'où l'infanterie austro-bavaroise pouvait déboucher désormais sans difficulté, tandis que la cavalerie bavaroise du colonel von Diez enlevait les batteries françaises, la division autrichienne de Spleny sortant de Morvilliers et poussant vers le bois d'Ajou, obligeait, par sa présence, Marmont à en évacuer la lisière orientale et s'arrêtait en fin de compte à la lisière occidentale de ce bois, faisant front vers Brienne.

Les avantages remportés par Wrède îi l'iîxtrême droite des Alliés avaient singulièrenjcnt facilité les progrès que les corps

* Tagcbui'h des Majors Fursten Thurn und Taxis (A'. A\ Krieg$ Archit\, XIII, 3i), et Starke, Kintheilang und Tagesbcgebeiiheiten der Haupt-Armee ini Monate Februar. (Ibûl., II, 1.)

* Starke, Eintheilung und Tagesbegebonheiten der Haupt-Armee im Mooate Februar. {K. K, Kriegs ArclUv., IJ, 1.)

Remarquons à ce propos que, tandis que Taxis parle dans son manuscrit de 21 bourbes à feu, le général Frimont dans son rapport à Wrède (GhaumesoU, !«' février, K. K, Kriegs Archiv., II, 47 a), annonce au général en chef la prise de 14 canons seulement. Le môme chiffre se retrouve dans la biographie de Frimont (OeslereichUche Mititair Zeitschrift, 1843, II, page 131).

placés sous la conduite immédiate de Blûchcr avaient faits pendant cette deuxième phase de la bataille, entre 4 et 8 heures.

Le IV* corps enlève La Giberie. — Le mouvement de Wrède contre Chaumesnil et Morvilliers, Tarrivée en ligne de la brigade Dôring et d'une batterie h cheval avaient permis au prince royal de Wurtemberg de mettre un terme aux progrès des Français fi La Giberie. Mais Victor, ayant de son côté renforcé et rapproché ses batteries, ce ne fut que vers 5 heures du soir, après la prise de Chaumesnil, que le prince royal, lançant contre La Giberie un régiment, régiment n» 7, qui venait de le rejoindre, parvint enfin après deux heures d'un deuxième combat aussi acharné que le premier *, à s'emparer définitivement de La Giberie et à déboucher contre Petit-Mesnil. Bien que la plus grande partie de son artillerie fût encore engagée dans le défilé du bois de Beaulieu, le prince royal dirigea aussitôt les généraux Stockmayer et Dôring contre les faces sud et est de Petit-Mesnil. Il lui importait de s'en rendre maître au plus vite, afin de se relier à droite avec le V« corps qui, après l'occupation de Morvilliers et de Chaumesnil, se dirigeait vers le bois d'Ajou et la chaussée de Doulevant à Brienne, à gauche, avec le corps de Sacken qui cherchait à déboucher de La Rothière. Les deux brigades wurtembergeoises enlevèrent le Petit-Mesnil après une lutte des plus opiniâtres au moment où le général comte de Franquemonl, après avoir enfin surmonté toutes les difficultés qui îivaient ralenti sa marche à travers le bois de Beaulieu et le ravin marécageux, arrivait à La Giberie avec le gros du IV« corps et une batterie montée.

L'apparition de ces renforts, à l'instant où les troupes françaises fléchissaient sur toute la ligne, permit au prince royal de pousser en avant, entre Petit-Mesnil et Chaumesnil, deux régiments de cavalerie n^* 3 et 4, sous les ordres du lieutenant-colonel von Bismarck, chef d'état-major de la cavalerie wurtembergeoise.

1 « L'ennemi, — ainsi s'exprime le prince royal dans son rapport à Schwarzenberg, daté du Petit-MesnU, le !•' février {K. K, Kriegt Archiv,, H, 3), — attaqaa à son tour La Giberie où Ton se battit pendant quatre heures avec un acharnement inouï, jusqu^ù ce qu'enfin, grâce à l'arrivée de troupes fraîches et au tir de ma batterie à cheval, je parvins à repousser les attaques des Français. »

Les deux régiments rejoignirent dans ces plaines, d abord le 2® régiment de chasseurs à cheval wurtembergeois, Duc-Louis, qui avait passé au nord de La Giberie, puis, plus h droite, la cavalerie bavaroise. Menaçant la droite du corps de Marmont, ils exécutèrent un peu plus tard, de concert avec les escadrons de Wrède, la charge qui mit fin h la lutte sur la droite des Alliés.

Sacken enlève La Rothiôre. — Si le prince royal de Wurtemberg avait mis quatre heures à se rendre maître de La Giberie et s'il n'avait réussi h en déboucher et h s'emparer de Petit-Mesnil que grdce au concours, pour ainsi dire imprévu, de Wrède, Sacken avait eu pendant cette même période de temps à soutenir du côté de La Rothière une lutte encore plus meurtrière et plus sanglante.

Bliicher, qui, dès le début de la bataille, avait résolu de concentrer ses efforts contre La Rothière, centre des lignes françaises, qu'il considérait comme la clef de la position, avait rejoint, un peu après 4 heures, avec le général von Gneisenau, son chef d'état-major, Sacken, au moment même où les Russes venaient d'enlever la plus grande partie du village de La Rothière, Le feld-maréchal, prévoyant que l'Empereur ne manquerait pas de tentcT un retour offensif de ce côté et de jeter sur La Rothière les premières troupes dont il pourrait disposer, crut d'autant plus urgent d'appeler h lui les réserves postées sur les hauteurs de Tranncs, que la cavalerie du général Colbert avait rompu celles des troupes de Sacken qui avaient essayé de se déployer en avant de La Rothière et qui furent recueillies par les régiments d'Olsufieff, en réserve en arrière de La Rothière. Au lieu de voir déboucher les grenadiers et les cuirassiers russes auxquels il avait envoyé l'ordre de le rejoindre au plus vite, Bliicher ne fut pas peu surpris d'apprendre que le prince royal de Wurtemberg, ayant demandé des renforts, on avait dirigé sur La Giberie, non seulement la division de grenadiers, mais encore les deux divisions de cuirassiers. Dans l'intervalle, les progrès de Wrède avaient dégagé le IV® corps ; mais par suite de cette mesure prise à rinsu du feld-maréchal, des quatre divisions dont se composaient les réserves, la 2« division de grenadiers russes, envoyée par Barclay de Tolly de Trannes sur La Rothière, put seule prendre part aux derniers épisodes de la lutte, tandis que les deux divi-

sions <lo cuirassiers ot la 1*"'^' division de grenadiers se t^ouv^rent hors d'état d'entrer en ligne par les contre-ordres qu'elles reçurent et les mouvements inutiles qu'on leur fit exécuter.

Hesares prises par TEmperear. — Houvement de la cavalerie française. — L'Empereur venait d'être informé des progrès faits par les Alliés sur sa gauche. Jugeant dès lors la bataille perdue, il ne chercha plus qu'î\ assurer la retraite de ses troupes et ne songea plus qu'à prendre les mesures nécessaires pour ramener ses corps sur la rive gauche de l'Aube. Des environs de La Rothière, où il s'était porté de sa personne, il envoya h Grouchy Tordre de s'opposer, le plus longtemps possible, avec la cavalerie de Milhaud (5« corps de cavalerie), aux progrès du prince royal de Wurtemberg et de soutenir en môme temps le duc de Bellune. Nansouty devait tenir bon en arrière de La Rothière avec la cavalerie de la garde; enfin, Oudinot était chargé de tenter avec la division Rottembourg un retour offensif contre La Rothière, et de chercher h reprendre cette position.

Ce dernier ordre fut exécuté îi l'instant même. Le général Rottembourg, après avoir formé la 1^« brigade de sa petite division en trois colonnes, s'avança à la chute du jour contre La Rothière, dont les Russes avaient cherché de nouveau îi déboucher, et où ils venaient, pour la deuxième fois, d'être ramenés en désordre par les cavaliers de Colbert. Malgré la résistance acharnée des Russes, le général Rottembourg parvint, sous une grêle de balles et en dépit du tir îi mitraille de l'artillerie russe, jusqu'à l'église. Là, sa colonne vint donner contre le corps d'Olsufieff, qui, entrant en ligne à son tour, repoussa les restes de la brigade française jusqu'à la sortie du village. Quatre pièces d'artillerie française en batterie sur ce point les empêchèrent de déboucher, et permirent même à la brigade de la division Rottembourg d(» se maintenir dans les dernières maisons de La Rothière*.

Deux épisodes, par trop caractéristiques pour être passés sous silence, avaient marqué le combat auquel les rues de La Rothière avaient servi de théâtre. Au moment où les jeunes soldats du général Rottembourg se trouvèrent tout à coup à hauteur de

* Journaux de Sacken, du prince Stscherbatofî {Archives topographiquex de Saint-Pétersbourg), Journal de Nikitio.

l'église en présence des Russes d'Olsufieff, ils dirigèrent contre eux un feu de salve mal dirigé, puis se pressèrent les uns contre les autres au point de ne pouvoir plus ni avancer ni reculer. L'officier russe crut, à celte vue, que les Français se préparaient à se rendre et s'avança seul vers le général Rottembourg, qui, de son côté, cherchait îi enlever son monde par son exemple. Le général, pensant lui aussi que les Russes, coupés par la marche en avant de ses deux autres colonnes, voulaient déposer les armes, se porta au-devant de Tofficier russe, qu'il chercha à faire prisonnier dès qu'il eut reconnu son erreur. Après une sorte de combat singulier entre le général et l'officier russe, le général rejoignit ses soldats, avec lesquels il se replia pas à pas, pendant que son adversaire retournait prendre le commandement de sa colonne, qu'il lança h nouveau contre les Français. Mais cet incidenf avait permis aux Français de se remettre de leur panique, de se reformer, et avait donné le temps de mettre en batterie, au débouché du village, les quatre pièces dont le tir à mitraille arrêta plus tard les soldats d'Olsufieff.

Pendant que ces événements se passaient près de l'église de La Rothière, un parti de cavalerie française avait réussi à se glisser dans le village et h pénétrer jusque dans la rue même où Sacken était en train de donner ses ordres. Là encore, comme trois jours avant dans les rues de Brienne, Sacken , rangeant son cheval contre les murs et restant complètement immobile, échappa miraculeusement aux cavaliers français, qui passèrent à côté de lui sans le remarquer.

Un peu plus tard, le duc de Reggio lançait en avant la 2« brigade de la division Rottembourg et parvenait, grâce à l'arrivée en ligne de ces troupes fraîches, à pénétrer une fois encore dans La Rothière, où le combat reprenait avec un nouvel acharnement. La nuit était arrivée ; l'incendie seul éclairait les combattants, qui continuaient ji se disputer les ruines fumantes du village. Enfin, les renforts que Bliicher avait appelés, la 2« division de grenadiers russes (général-lieutenant Paskiéwitch) et la brigade autrichienne du général von Grimmer (du III® corps, (iyulay), entrèrent en ligne. Les deux régiments d'Astrakhan et de la Petite-Russie, prenant la tète de la colonne, se précipitèrent h la baïonnette sur les troupes épuisées et réduites de la division Rottembourg, qu'ils parvinrent h chasser définitivement du village, mais que

leurs chefs roussirent cependtint îi arrêter et h rallier h SOO ou 600 pas des dernières maisons.

Deuxième attaque du III« corps contre Dienville. — A

Textr^me gaucho dos Alliés, les jeunes troupes du général Gérard avaient continué à défendre Dionville et ses abords avec une vigueur qui, jusque tort avant dans la nuit, allait paralyser tous les eflorts des Autrichiens de Gyulay.

Il était un peu plus de 5 heures lorsque Gyulay reçut il la fois, et de Blûcher et de Schwarzenberg, Tordre d'enlever Dionville. Il lança aussitôt contre le pont, dont il parvint momentanément à se rendre maître, les deux brigades de la division Fresnel. Mais bien qu'en raison do la configuration des lieux, Gérard n'ait pu se servir de son artillerie pour défendre le pont, le feu de son infanterie placée dans les maisons voisines et surtout dans le cimetière, ainsi que les retours offensifs des troupes de la division Dufour, obligèrent les Autrichiens à se retirer sur la rive gauche do TAubo. Gyulay, en attendant Tarrivée en ligne de la division Hohenlohe-Bartenstein, dont il ne put disposer qu'après la prise de La Rothière, dut se borner à confier h son artillerie, en batterie sur les hauteurs de la rive gauche, le soin de rendre Dionville intenable et d'en chasser les conscrits de Gérard*. Une deuxième et une troisième attaques, tentées simultanément sur les deux rives de TAube, n'eurent pas plus de succès.

Mesures prises par l'Empereur pour couvrir la retraite.

— L'Empereur avait achevé de prendre les mesures nécessaires pour contenir les Alliés pendant la retraite de ses différents corps. Complétant les dispositions auxquelles nous l'avons vu se résoudre au moment où il tentait, avec la di\ision Rottembourg, d'arracher La Rothière à Sacken et où il dirigeait la cîivalerie de Milhaud vers sa gauche, il donnait, vers 8 heures, h Drouot l'ordre de brûler La Rothière, afin de permettre à son infanterie, qui venait d'être débusquée définitivement du village, de se replier

i Starke, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monatc Februar {K. K. Krieg* Arehiv., Il, 1), et rapport da feldzeugmeister comte Gyulay au prince de Schwarzenberg {Ibid,, II, 28], Lesmont, 2 février.

Gyulay commet, dans ce rapport, une erreur en disant que Napoléon avait confié la défense de Dienville à sa garde.

vers Brienne sous la protection de la cavalerie de la garde, et d'arrêter par le tir de son artillerie les progrès des Alliés sur sa gauche et sur son centre. Pondant que Drouot amenait ses pièces en position, que les divisions de Ney reprenaient la route de Lesmont et que les corps qui avaient soutenu pendant plus de huit heures une lutte inégale se repliaient en échelons dans un ordre d'autant plus remarquable qu il s'agissait de faire exécuter h de jeunes troupes harassées de fatigue une marche rétrograde au milieu des ténèbres, h travers un terrain rendu plus difficile encore par les rigueurs de la température et par les tourbillons de neige, la cavalerie des Alliés cherchait à tirer parti de la victoire et II contrarier la retraite des Français.

La cavalerie wurtembergeoise déboache en avant de La Rothière et de Chaumesnil. — La cavalerie wurtembergeoise (régiments de chasseurs n<>» 2 et 4 et régiment de dragons n® 3) venait d'opérer sa jonction h droite avec la cavalerie du V« corps, h gauche avec la cavalerie prussienne du général prince Biron de Courlande et les cosaques de Karpoff , et cette masse, débordant les escadrons de Milhaud, les contraignit c^ se retirer.

« Je poussai rapidement ma cavalerie en avant, dit à ce propos le prince royal de Wurtemberg dans son rapport à Schwarzenberg*. i.e régiment de cavalerie prince Adam, sous les ordres du major von Reinhardt, se jeta sur Taile gauche de Tennemi et lui prit cinq canons. Le régiment de dragons n^ 3 (régiment du Prince royal), que j'avais, sous les ordres du colonel von Wagner, envoyé sur ma droite pour me relier au général comte Wrède, fit, avec un régiment de chevau-légers bavarois, une charge brillante contre une batterie française postée au saillant sud-ouest du bois d'Ajou, vis-îVvis de Chaumesnil, et enleva six bouches h feu. »

Cette cavalerie, rejointe encore par le général-major von Jett avec le régiment de chasseurs î\ cheval wurtembergeois n® 5 et le régiment de hussards autrichiens Archiduc-Ferdinand, continua à suivre Tennemi aussi loin que Tobscurité, l'état du terrain et l'épuisement de ses chevaux le lui permirent*.

* Prince royal de Wurtemlierg an prince de Schwarzcnberg» Petit-!ilesnil, !•' février. (K. K. Krieg» Archiv., II, 3.)

* Journal des opérations du prince royal de Wurtemberg, par le génân

Au centre, la cavalerie russe du gf^néral Wassiltchikoff avait débouché de La Rolhi^re malgré le tir de rartillerie de Drouot et les efforts de la cavalerie de la garde qui dut, elle aussi, se replier sur Brîenne, suivie jusqu'il hauteur de la ferme de Beugné par les cavaliers de Sackcn.

Il était alors pn^'s de 9 heures : la neige continuait h tomber plus drue et plus serrée que jamais, et, comme le dit Taxis* dans son Journal, la poursuite était d'autant plus impossible qu'on entendait toujours le canon du côté de Dienville où Gyulay ne réussit h s'établir que vers minuit*, lorsque Gérard eut reçu l'ordre d'abandonner la position que ses jeunes troupes avaient héroïquement défendue pendant plus de douze heures.

Dans la situation où se trouvait l'armée française pendant les dernières heures de la soirée du l®' février, il aurait suffi du moindre effort tenté par les Alliés pour changer du tout au tout les conditions dans lesquelles allait s'effectuer la retraite de la petite armée de l'Empereur. Si, vers 9 heures i/2 du soir, au moment où Gérard se maintenait encore h Dienville, mais où Sacken, le prince royal de Wurtemberg et Wrède avaient enlevé les positions occupées par leurs adversaires, Blùcher avait pu disposer de quelques troupes fraîches, leur apparition sur le champ de bataille, leur marche en bon ordre contre les points où les généraux français rîiUiaient leurs troupes ébranlées par une lutte sanglante et inégale, auraient, on ne saurait en douter, amené des résultats considérables.

On comprend cependant que le feld-maréchal ait renoncé, en présence de l'état du terrain, de l'obscurité profonde et de l'épuisement des chevaux, h se servir de sa cavalerie qui n'aurait d'ailleurs pu marcher qu'au pas et qui, contrainte d'autre part h suivre la grande route, serait tout au plus parvenue à causer une alerte. Mais il est incontestable, d'autre part, que si Blficher

comte BaiUet de Latour, chef d*état-major dn IV® corps. (A". /T. Kriegs Arehiv., Xni, 56.)

Ce fot également vers cette heure qii*un des aides de camp de Berthier, le colonel Maossion, qai s'était égaré aa milieu de Touragan de neige et des ténèbres, fut pris par les dragons de Knesevicli (K. K. Kriegs Arehiv., II, 1, et Journal du major prince Taxis, Ibid., XIII, 32.)

* Joamal du major prince Taxis.

« Gyulay à Schwarzenberg. Lesmont, 2 février. {Ibid,, II, 28,)

avait pu, pendant les dernières heures de la lutte, se faire rejoindre par les réserves russes qu'on avait inutilement fait pivoter sur le champ de bataille, il aurait vraisemblablement réussi, par une attaque de nuit dirigée sur Brienne-la-Vieilie et h Test de cet endroit jusqu'îi hauteur de la route de Brienne-le- Chclteau à Doulevant, à rompre le dernier lien qui retenait encore des hommes harassés de fatigue et épuisés par des marches forcées suivies d*un combat de douze heures. Il aurait achevé de démoraliser de jeunes troupes qui venaient de recevoir seulement dans ces derniers jours le baptême du feu et changé une retraite en bon ordre en une véritable déroute.

N'ayant pas de troupes fraîches à sa disposition, le feld-maréchal se trouva dans Timpossibilité absolue de tenter le moindre effort, et les corps alliés, qui avaient été engagés pendant l'aprèsmidi du !«»• février, s'établirent au bivouac sur les positions mômes qu'ils venaient de conquérir.

Positions de Sacken, des IV®, V^ et III* corps, à 10 heures du soir. — Les avant-gardes de Sacken, des IV* et V« corps, bivouaquèrent sur les points mêmes où elles s'étaient arrêtées en avant de La Rothière, de Petit-Mesnil et de Chaumesnil.

Le II1« corps, de Gyulay, resta h Dienville, les Russes de Sacken aux environs de La Rothière, le IV« corps entre La Giberîe et Petit-Mesnil, et le V® à Chaumesnil et au nord de ce village.

Quant aux grenadiers russes, ils avaient, à l'exception de la S*» division qui avait donné h La Rothière, passé leur journée à exécuter des marches et des contre-marches entre La Giberie et La Rothière, et bien qu'elles fussent en somme parfaitement fraîches, on ne songea même pas à leur donner l'ordre de se jeter au milieu des ténèbres sur les restes de l'armée française. Ces réserves campèrent : la 2« division de grenadiers auprès de La Rothière, la if« division de grenadiers et les deux divisions de cuirassiers (2« el 3«) en arrière des bivouacs du 1V« corps.

Les gardes et les réserves russes et prussiennes étaient venues dans l'après-midi jusqu'à Trannes.

La journée de La Rothière avait coûté aux Alliés environ 6,000 hommes, dont près de 4,000 au corps russe de Sacken'.

1 D'après Schels, les AUiés irauraient penJo à La Rothière que 4,655 hommes.

La nuit cl le mauvais temps, eu empochant les Alliés de poursuivre leurs avantages, avaient donné h l'Empereur la possibilité de faire mettre à exécution les ordres qu'à partir de 9 heures du soir, il avait envoyés à ses lieutenants.

Position de Farmée française. — Dès 9 heures en effet, il faisait prévenir le général Sorbier que tous les corps d'armée recevaient l'ordre de renvoyer en arrière de Brienne les caissons vides, l'artillerie et les bagages inutiles, de faire passer le pont de Lesmont aux parcs et aux batteries démontées.

Grouchy, ne gardant que l'artillerie strictement nécessaire, devait s'alléger le plus possible et renvoyer les chevaux de main et les hommes à pied. Une heure plus tard, le général de France recevait l'ordre de partir à 2 heures du matin avec les gardes d'honneur, de passer le pont de Lesmont et de jeter des partis sur la route de Piney et la rive gauche de l'Aube. Le général Sorbier devait faire filer le parc sur Lesmont, et le général Léry se préparer h brûler et à fiiire sauter les ponts lorsque l'Empereur en donnerait le signal'.

Les commandants des corps français, qui avaient soutenu tout TefTort de la lutte, avaient gagné les points que l'Empereur leur avait désignés et sur lesquels ils devaient rallier leurs troupes. Marmont, couvert par la cavalerie de Doumerc, s'arrêtait au sortir du bois d'Ajou. Victor dépassait la ferme de Beugné et laissait devant les avant-postes russes un rideau formé par quelques escadrons de Milhaud. Oudinot et Ney massaient la cavalerie et l'infanterie de la garde sur la route de Lesmont, pendant que Gérard, qui avait reçu l'ordre d'abandonner Dien ville, se repliait après minuit sur Brienne-la-Vieille.

L'armée française avait perdu dans celte sanglante journée près de 6,000 hommes tués, blessés ou prisonniers, et une soixantaine de bouches à feu*.

Les troupes françaises ne devaient, d'ailleurs, prendre que quelques heures d'un semblant de repos en avant de Brienne-la-

^ BelUard à Grouchy et major-général à Sorbier, de France et Léry. (Archives de la guerre.)

s 63 d'après Bogdanovith, 73 d'après Plotho et Beitzke, 83 d'après Schels, 73 aussi d'après le rapport de Sohwarzenberg (A". K, Kriegs Archiv,, II» 34, 6) et 54 seulement d'après Koch.

Vieille; les ordres expédiés à 11 heures 1/2 de la nuit par TEmpereur, de Brienne-le-Chàteau, allaient pour les dérober à l'étreinte des Alliés, les remettre en marche h 2 heures do matin.

Avant de discuter la bataille de La llothière, et bien que pour cela il faille abandonner un instant les corps qui venaient de combattre h Dienville et à Morvilliers, il est nécessaire de nous occuper des mouvements exécutés par le l^^ corps (Colloredo), h Textrôme gauche de l'armée de Bohême, par cela même que ces événements ont une certaine connexité avec les faits de guerre dont les rives de TAube avaient été le thé«1tre. Il faut également jeter un coup d'œil sur les opérations des partisans du lieutenantcolonel comte Thurn, sur les mesures prises le même jour par le duc de Trévise, sur la tentative des cosaques de Platoft contre Sens, sur la marche de Wittgenstein sur Saint-Dizier, et d'Ywk vers Vitry, enfin sur les préparatifs de Macdonald qui cherche à déboucher de Chàlons et à contrecarrer les projets des lieute^ nants de Blûcher contre Châlons-sur-Marne.

MoiiTement du I*'' corps (Colloredo) sur Yendeuvre. — Affaire de La Vacherie. — Retraite du corps Tolant de Thurn. — A rcxtrême gauche de Tarmée de Bohême, le !«" corps d'armée avait quitté Bar-sur-Seine dès le matin et s'était porté en une seule colonne jusqu'à Magnant, puis à partir de ce point en deux colonnes, le gros par Thieftain, la division de grenadiers à droite, par Beurey, sur Vendeuvre, où le corps n'arriva que fort tard dans l'après-midi, par suite des difficultés de la marche encore augmentées par le dégel.

La division légère du prince Maurice Liechtenstein, chargée de couvrir sa marche, étiiit restée sur la rive gauche de la Seine et avait été dirigée de Bar-sur-Seine sur Fouchères, afin d'occuper et de retenir les troupes de Mortier*.

Dès 1 heure de l'après-midi, le général Hàcht, posté avec une brigade du 111« corps (division Grenneville) à Vendeuvre, avec ordre de surveiller les mouvements de l'ennemi du côté de Dienville et d'Unienville, avait informé le généralissime de l'appari-

< Stahkb, Kintheilimg and Tagesbegebenbciteu dcr Uaupt^Armee im Monate Febraar. (K, K.Krieijs Archiv,, II. 1.)

lion de partis français du côté de Villeneuve-au-Chéne (appelé alors Villeneuve-Mcsgrigny), de roccupation de Piney ' par les troupes françaises et de l'arrivée h Vendeuvre de la télé de colonne de CoUoredo.

Deux heures plus lard, vers 3 heures de raprès-niidi, CoUoredo annonçait au prince de Schwai*zenberg qu'il ne disiiosail à Vendeuvre que de trois régiments de la division Wied-Ruiikel et de deux batteries, que la division de ^»nadiers et les cuirassiers du comte Nostitz n'y arriveraient qu'à 4 heures et qu'il attendait à Vendeuvre des ordres lui indiquant le rôle ultérieur que son corps était appelé à jouer. Mais il était déjà trop tard, et en su|>posant môme qu'ua ordre de mai*che émanant de Scharzenberg pût parvenir à 4 heures à CoUoredo, la tète de colonne des trois divisions du I*"" corps n'aurait pu, en aucun cas, arriver sur les hauteurs qui dominent le pont de Dienville avant 10 ou 11 heures du soir. Par suite, le généralissime se décida' à laiss<!r le l^ corps à Vendeuvre où les trois divisions occupèrent des cantonnements resserrés. La brigade Gepperl (de la division légère du prince Maurice Liechtenstein) formant Tavant-garde de CoUoredo, occupa le soir VauchonvUliers et se reUa vers l'Aube avec la brigade Hàcht du 1II« corps.

L'autre brigade de la division légère Maurice Liechtenstein, renforcée par un régiment de la division Wied-Runkel, posté en soutien à Virey, avait été laissée à Fouchères pour surveUler la route de Troves.

A 9 heures du matin, un détachement français que le prince

1 Les renseignements fournis par le géndral Hacht sont, on le voit, confirmés par la dépêche du général de France an major-général, de Lesmont, !•' février, 8 heures du matin :

« D'après mes rapports de cette nuit, le duc de Trc'vise fait occuper Creney, près de Troyes ; ses partis viennent vers Mesnil et RonlHy. Les chasseurs à cheval de la garde qui occupent Creney poussent jusqu'à Piney.

c Daus la direction d*Ards, on éclaire Fontaines et Onjon. Coclois est oecnpé ainsi que Mesnil-la-Comtesse et Voué. Je ferai occuper Pougy, Pel et et Précy sur la rive gauche: j'enverrai un fort parti à l'embranchement des routes de Lesmont par Montangon à droite et par Piney à gauche, allant à Troyes. » (Archite» de la guerre,)

s CoUoredo reçut, dans la nuit du 1^' an 9 février, un ordre de Schwarzeuberg lui prescrivant de se porter avec toute sa colonne sur DienvlUe et d'attaquer vigoureusement ce village ; mais CoUoredo ayant eu connaissance quelques heures après de l'évacuation de Dienville, jugea inutile d'exécuter cet ordre, désormais sans objet.

Liechtenstein évalue dans son rapport ' u 200 hommes et 500 chevaux, avait attaqué les avant-postes autrichiens et les avait rejctés jusque sur La Vacherie. L'entrée en ligne des troupes de piquet (un escadron de chevau-légers O'Reilly et une compagnie de chasseurs) permit aux avant-postes autrichiens de tenir bon, de résister à une deuxième attaque et d*attendre Tarrivéc de renforts qui, après une heure de combat, obligèrent la reconnaissance française à se retirer et à rentrer sur sa position des Maisons-Blanches.

La division du feld-maréchal-lieutenant Ignace Hardegg, * appartenant également au I»"" corps, se tint pendant toute la journée du l®' février à Ghaource, point vers lequel devait se diriger la reconnaissance qui avait donné contre les avantpostes de Liechtenstein à La Petite-Vacherie.

La maréchal Mortier avait en même temps fait partir, sous les ordres du général de Bourmont, une reconnaissance qui réussit à surprendre quelques cosaques du corps de Platoff, h Auxon. Celte reconnaissance devait également chercher à couper et îi prendre le corps volant du lieutenant-colonel comte Thurn. Mais cet officier, prévenu à temps, s*empressa de filer vers Ervy *.

1 Prince Maarice Liechtenstein au comte Colloredo, Foachères, !•' février. (A'. K, Krieg$ Archiv,, II, a// 23.)

Liechtenstein terminait ce rapport en envoyant an feldzeagmeisler les renseignements suivants sur les mouvements de Mortier :

if Je dois également informer Votre Excellence que le comte Thurn me fait dire à Tinstant que le maréchal Mortier a qaitté hier Troyes avec la garde impériale et a pris la route d*Arcis, laissant à Troyes une assez grande quantité de troupes de toutes armes avec 28 canons.

« D'autres rapports du major von Ellsbach et du général-major Hacht me font savoir que les villages de Lusigny et de Ck>urterauges, sur U route de Vendeuvre, ont été évacués par l'ennemi. »

' Le lieutenant-colonel comte Thurn au prince de Schwarzenberg :

« Chamoy, 4 février 1814, 6 heures du soir.

if Après avoir adressé à Votre Altesse mon rapport en date du 31 janvier, j*ai pendant toute cette journée, battu le pays du côté de Bonilly. sur la route de Troyes à Sens.

<f Le <*■' févTier, à 10 heures du matin, un de mes émissaires est revenu et m'a annoncé que Napoléon avait rejoint le 27 au soir Tarmée à Vitry, qu'il comptait attaquer Votre Altesse le 28 à Bar-sur-Aube avec 80,000 hommes et 100 canons, et que le général Dulong devait, ces jours-d, enlever Auxon par un coup de main.

« J'ai fait part de ces nouveUes à Votre Altesse et les ai communiquées au comte Collorcdo, auquel je les fis porter par un piquet d'un sous-ofGcier et de

Mouvement de Platoff vers Sens. — Unaut à Platon, son avant-garde continuait à li\ter Sens, mais sans menacer bien sérieusement la ville que le général Allix occupait avec les dépôts de la 18® division militaire.

Plaloif, toujours habile h présenter les faits de la manière qui lui convenait le mieux, préparait déjà le généralissime au mouvement qu'il allait entreprendre pour se faire pardoimer Tinsuccès de sa tentative contrs Sens, insuccès dû uniquement h ses lenteurs, à ses hésitations, î\ son peu d'empressement ii marcher de l'avant et à s'éloigner du gros de la grande armée. « Trop faible pour chasser Tennemi de Sens, écrivait-il le l*"" février au soir, de Villeneuve-le-Roy (Villeneuve-sur-Yonne), au prince de Schwarzenberg ', je poursuivrai ma destination en me dirigeant par Gourtenay sur Fontainebleau. Nous avons du reste pris un officier et 32 soldats de la garde et délivré 1 officier et 10 soldats espagnols, ainsi que 4 soldats autrichiens. » 11 ajoutait encore pour prévenir les reproches du généralissime et pour se donner l'air d'avoir entrepris quelque chose : « J'ai détaché le colonel Sperberg avec 500 cosaques et 2 canons à Joigny pour découvrir

6 hommes. Mais co sous-officier toarné et coupé par l'ennemi dans la for^t d'Aumoot, ne m'a rejoint qu'hier soir, me l'apportant ma dépi^clie.

u Les événements m'ont forcé à quitter encore le l*" février Saint-Phal et à me porter du côté d'Ervy. L'ennemi est, eu effet, arrivé le !•' février à Anxon et Saint-PhaL et après avoir enlevé 4 caissons et 4 hommes aux cosaques qu'il surprit en train de piller Auxon, il se dirigea par Bouilly, sur Troyes. » (A'. A'. Kriegs Archiv,, II, 81.)

Mortier, de son côté, avait rendu compte de ces petites escarmouches dans la dépêche ci-dessous qui concorde, sauf en ce qui a trait à l'infanterie bavaroise qui ne parut pas du côté de La Vacherie, avec les rapports des officiers autrichiens :

« Mortier au major-général. — Troyes, le 1*^' février, 7 heures 1/2, soir.

u L'expédition du général de Bourmont sur Auxon a parfaitement réussi. Une compagnie du 4" bataillon du 82° régiment s'est emparée do la ville, de 6 caissons de munitions. 4 cosaques, dont i officier, ont été tués, 4 pris, un grand nombre blessés. Le général de Bourmont s'établit ce soir à Saint-Phal ou H Chamoy et rentrera demain à Troyes.

u La reconnaissance sur Chaource a rencontré l'ennemi à La Vaclierie au nombre de quelques centaines de chevaux et 300 hommes. Il y a en une escarmouche assez vive. On a vu de l'infanterie bavaroise. La reconnaissance sur Vendeuvre a été jusqu'à Montiéramey où il n'y avait que des piquets. Fresnay et Clerey sont occupés par l'ennemi. Ses coureurs se montrent vers Arcis-sur- Aube et Troyes. » {Archives de la Guei're,)

i L'atanian Platoff au prince de Schwarzcnberg, Vilicneuve-le-Roy, 1°' février. (A'. A'. Kriegs Archiv,, 11, ad, 120.)

Well. 32

Téglise en présence des Russes d'Olsufieff, ils dirigèrent contre eux un feu de salve mal dirigé, puis se pressèrent les uns contre les autres au point de ne pouvoir plus ni avancer ni reculer. L'officier russe crut, à cette vue, que les Français se préparaient à se rendre et s'avança seul vers le général Rotlembourg, qui, de son côté, cherchait à enlever son monde par son exemple. Le général, pensant lui aussi que les Russes, coupés par la marche en avant de ses deux autres colonnes, voulaient déposer les armes, se porta au-devant de Tofficier russe, qu'il chercha k faire prisonnier dès qu'il eut reconnu son erreur. Après une sorte de combat singulier entre le général et l'officier russe, le général rejoignit ses soldats, avec lesquels il se replia pas à pas, pendant que son adversaire retournait prendre le commandement de sa colonne, qu'il lança î\ nouveau contre les Français. Mais cet incident avait permis aux Français de se remettre de leur panique, de se reformer, et avait donné le temps de mettre en batterie, au débouché du village, les quatre pièces dont le tir à mitraille arrêta plus tard les soldats d'Olsufieff.

Pendant que ces événements se passaient près de l'église de La Rothièrc, un parti de cavalerie française avait réussi à se glisser dans le village et à pénétrer jusque dans la rue même où Sacken était en train de donner ses ordres. Lh encore, comme trois jours avant dans les rues de Brienne, Sacken , rangeant son cheval contre les murs et restant complètement immobile, échappa miraculeusement aux cavaliers français, qui passèrent à côté de lui sans le remarquer.

Un peu plus tard, le duc de Reggio lançait en avant la 2« brigade de la division Rottembourg et parvenait, grâce à l'arrivée en ligne de ces troupes fraîches, à pénétrer une fois encore dans La Rothière, où le combat reprenait avec un nouvel acharnement. La nuit était arrivée; l'incendie seul éclairait les combattants, qui continuaient h se disputer les ruines fumantes du village. Enfin, les renforts que Blûcher avait appelés, la 2« division de grenadiers russes (général-lieutenant Paskiéwitch) et la brigade autrichienne du général von Grimmer (du III® corps, Oyulay), entrèrent en ligne. Les deux régiments d'Astrakhan et de la Petite-Russie, prenant la tète de la colonne, se précipitèrent h la baïonnette sur les troupes épuisées et réduites de la division Rottembourg, qu'ils parvinrent h chasser définitivement du village, mais que

leurs chefs réussirent cependant k arrêter et à rallier h 800 ou 600 pas des dernières maisons.

Deuxième attaque du III« corps contre DienTille. — A

Textrérae gauche des Alliés, les jeunes troupes du général Gérard avaient continué à défendre Dienville et ses abords avec une vigueur qui, jusque tort avant dans la nuit, allait paralyser tous les eflorts des Autrichiens de Gyulay.

Il était un peu plus de 5 heures lorsque Gyulay reçut <\ la fois, et de Blûcher et de Schwarzenberg, l'ordre d'enlever Dienville. Il lança aussitôt contre le pont, dont il parvint raoraentanément à se rendre maître, les deux brigades de la division Fresnel. Mais bien qu'en raison de la configuration des lieux, Gérard n'ait pu se servir de son artillerie pour défendre le pont, le feu de son infanterie placée dans les maisons voisines et surtout dans le cimetière, ainsi que les retours offensifs des troupes de la division Dufour, obligèrent les Autrichiens à se retirer sur la rive gauche de l'Aube. Gyulay, en attendant l'arrivée en ligne de la division Hohenlohe-Bartenstein, dont il ne put disposer qu'après la prise de La Rothière, dut se borner à confier à son artillerie, en batterie sur les hauteurs de la rive gauche, le soin de rendre Dienville intenable et d'en chasser les conscrits de Gérard*. Une deuxième et une troisième attaques, tentées simultanément sur les deux rives de l'Aube, n'eurent pas plus de succès.

Mesures prises par l'Empereur pour couvrir la retraite.

— L'Empereur avait achevé de prendre les mesures nécessaires pour contenir les Alliés pendant la retraite de ses différents corps. Complétant les dispositions auxquelles nous l'avons vu se résoudre au moment où il tentait, avec la division Rottembourg, d'arracher La Rothière à Sacken et où il dirigeait la cavalerie de Milbaud vers sa gauche, il donnait, vers 8 heures, h Drouot l'ordre de brûler La Rothière, afin de permettre à son infanterie, qui venait d'être débusquée définitivement du village, de se replier

i Starke, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monatc Fd)niar (K. K. Kriegs Archiv., II, 1), et rapport da feldzeagmeister comte Gyulay aa prince de Schwarzenberg (Ibid., II, 38), Le3mont, 2 février.

Gynlay commet, dans ce rapport, une erreur en disant que Napoléon avait confié la défense de Dienville à sa garde.

vers Brienne sous la protection de la cavalerie de la garde, et d'arrêter par le tir de son artillerie les progrès des Alliés sur sa gauche et sur son centre. Pendant que Drouot amenait ses pièces en position, que les divisions de Ney reprenaient la route de Lesmont et que les corps qui avaient soutenu pendant plus de huit heures une lutte inégale se repliaient en échelons dans un ordre d'autant plus remarquable qu'il s'agissait de faire exécuter h de jeunes troupes harassées de fatigue une marche rétrograde au milieu des ténèbres, à travers un terrain rendu plus difficile encore par les rigueurs de la température et par les tourbillons de neige, la cavalerie des Alliés cherchait à tirer parti de la victoire et h contrarier la retraite des Français.

La cavalerie wurtembergeoise débouche en avant de La Rothière et de Chaumesnil. — La cavalerie wurtembergeoise (régiments de chasseurs n®» 2 et 4 et régiment de dragons n® 3) venait d'opérer sa jonction à droite avec la cavalerie du ¥• corps, h gauche avec la cavalerie prussienne du général prince Biron de Courlande et les cosaques de Karpoff, et cette masse, débordant les escadrons de Milhaud, les contraignit h se retirer.

(c Je poussai rapidement ma cavalerie en avant, dit à ce propos le prince royal de Wurtemberg dans son rapport à Schwarzenberg*. JLe régiment de cavalerie prince Adam, sous les ordres du major von Reinhardt, se jeta sur l'aile gauche de l'ennemi et lui prit cinq canons. Le régiment de dragons n» 3 (régiment du Prince royal), que j'avais, sous les ordres du colonel von Wagner, envoyé sur ma droite pour me relier au général comte Wrède, fit, avec un régiment de chevau-légers bavarois, une charge brillante contre une batterie française postée au saillant sud-ouest du bois d'Ajou, vis-îi-vis de Chaumesnil, et enleva six bouches h feu. »

Cette cavalerie, rejointe encore par le général-major von Jett avec le régiment de chasseurs h cheval wurtembergeois n^ 8 et le régiment de hussards autrichiens Archiduc-Ferdinand, continua à suivre l'ennemi aussi loin que l'obscurité, l'état du terrain et l'épuisement de ses chevaux le lui permirent*.

* Prince royal de Wurtemberg au prince de Schwarzenberg, Petit-âlesnil, 10» février. (K, K, Kriegs ArcMv,, II, 3.)

* Journal des opérations da prince royal de Wurtemberg, par le généra

Au centre, la cavalerie russe du gi^néral Wassiltchikoff avait débouché de La Rothière malgré le tir de rartillerie de Drouot et les efforts de la cavalerie de la garde qui dut, elle aussi, se replier sur Brienne, suivie jusqu'à hauteur de la ferme de Beugné par les cavaliers de Sacken.

Il était alors près de 9 heures : la neige continuait à tomber plus drue et plus serrée que jamais, et, comme le dit Taxis* dans son Journal, la poursuite était d'autant plus impossible qu'on entendait toujours le canon du côté de Dienville où Gyulay ne réussit h s'établir que vers minuit*, lorsque Gérard eut reçu l'ordre d'abandonner la position que ses jeunes troupes avaient héroïquement défendue pendant plus de douze heures.

Dans la situation où se trouvait l'armée française pendant les dernières heures de la soirée du l®' février, il aurait suffi du moindre effort tenté par les Alliés pour changer du tout au tout les conditions dans lesquelles allait s'effectuer la retraite de la petite armée de l'Empereur. Si, vers 9 heures 1/2 du soir, au moment où Gérard se maintenait encore à Dienville, mais où Sacken, le prince royal de Wurtemberg et Wrède avaient enlevé les positions occupées par leurs adversaires, Blûcher avait pu disposer de quelques troupes fraîches, leur apparition sur le champ de bataille, leur marche en bon ordre contre les points où les généraux français ralliaient leurs troupes ébranlées par une lutte sanglante et inégale, auraient, on ne saurait en douter, amené des résultats considérables.

On comprend cependant que le feld-maréchal ait renoncé, en présence de l'état du terrain, de l'obscurité profonde et de l'épuisement des chevaux, à se servir de sa cavalerie qui n'aurait d'ailleurs pu marcher qu'au pas et qui, contrainte d'autre part à suivre la grande route, serait tout au plus parvenue h causer une alerte. Mais il est incontestable, d'autre part, que si Blùcher

comte BaiUet de Latour, chef d'état-major du IV® corps. (K, K, Krieg» Arehiv., XIII, 56.)

Ce fat également vers cette heure qu*un des aides de camp de Berthier, le colonel MauBsion, qui s'était égaré au milieu de Touragan de neige et des ténèbres, fut pris par les dragons de Knesevicli (K, K, Kriegs Arehiv., II, 1, et Journal du major prince Taxis, Ibid., XIII, 32.)

< Joamal du major prince Taxis.

« Gyulay à Schwarzenberg, Lesmont, 2 février. {Ibid,, II, 28,)

avait pu, pendant les dernières heures de la lutte, se faire rejoindre par les réserves russes qu*on avait inutilement fait pivoter sur le champ de bataille, il aurait vraisemblablement réussi, par une attaque de nuit dirigée sur Brienne-la-Vieille et î\ Test de cet endroit jusqu'à hauteur de la route de Brienne-le- Châleau h Doulevanl, à rompre le dernier lien qui retenait encore des hommes harassés de fatigue et épuisés par des marches forcées suivies d*un combat de douze heures. Il aurait achevé de démoraliser de jeunes troupes qui venaient de recevoir seulement dans ces derniers jours le baptême du feu et changé une retraite en bon ordre en une véritable déroute.

N'ayant pas de troupes fraîches à sa disposition, le feld-maréchal se trouva dans l'impossibilité absolue de tenter le moindre effort, et les corps alliés, qui avaient été engagés pendant l'aprèsmidi du l®*" février, s'établirent au bivouac sur les positions mêmes qu'ils venaient de conquérir.

Positions de Sacken, des IV«, V* et IIP corps, à 10 heures du soir. — Les avant-gardes de Sacken, des IV« et V« corps, bivouaquèrent sur les points mêmes où elles s'étaient arrêtées en avant de La Rolhière, de Pelit-Mesnil et de Chaumesnil.

Le III* corps, de Gyulay, resta à Dienville, les Russes de Sacken aux environs de La Rolhière, le IV« corps entre La Giberie et Petit-Mesnil, et le V« à Chaumesnil et au nord de ce village.

Quant aux grenadiers russes, ils avaient, à l'exception de la 2« division qui avait donné à La Rothière, passé leur journée à exécuter des marches et des contre-marches entre La Giberie et La Rothière, et bien qu'elles fussent en somme parfaitement fraîches, on ne songea même pas î\ leur donner l'ordre de se jeter au milieu des ténèbres sur les restes de l'armée française. Ces rései*ves campèrent : la 2« division de grenadiers auprès de La Rothière, la 1*^ division de grenadiers et les deux divisions de cuirassiers (2« et 3«) en arrière des bivouacs du IV* corps.

Les gardes et les réserves russes et prussiennes étaient venues dans l'après-midi jusqu'à Trannes.

La journée de La Rothière avait coûté aux Alliés environ 6,000 hommes, dont près de 4,000 au corps russe de Sacken '.

i D'après Schels, les Alliés n'auraient peniu à La Rothière que 4,655 hommes.

La nuit et le mauvais temps, en empêchant les Alliés de poursuivre leurs avantages, avaient donné à TEmpereur la possibilité de faire mettre à exécution les ordres qu*à partir de 9 heures du soir, il avait envoyés à ses lieutenants.

Position de Farmée française. — Dès 9 heures en effet, il faisait prévenir le général Sorbier que tous les corps d'armée recevaient Tordre de renvoyer en arrière de Brienne les caissons vides, Tarlillerie et les bagages inutiles, de faire passer le pont de Lesmont aux parcs et aux batteries démontées.

Grouchy, ne gardant que Tartillerie strictement nécessaire, devait s'alléger le plus possible et renvoyer les chevaux de main et les hommes à pied. Une heure plus tard, le général de France recevait Tordre de partir à 2 heures du matin avec les gardes d'honneur, de passer le pont de Lesmont et de jeter des partis sur la route de Piney et la rive gauche de TAube. Le général Sorbier devait faire filer le parc sur Lesmont, et le général Léry se préparer à brûler et à faire sauter les ponts lorsque l'Empereur en donnerait le signal*.

Les commandants des corps français, qui avaient soutenu tout TefTort de la lutte, avaient gagné les points que TEmpereur leur avait désignés et sur lesquels ils devaient rallier leurs troupes. Marmont, couvert par la cavalerie de Doumerc, s'arrêtait au sortir du bois d'Ajou. Victor dépassait la ferme de Beugné et laissait devant les avant-postes russes un rideau formé par quelques escadrons de Milhaud. Oudinol et Ney massaient la cavalerie et l'infanterie de la garde sur la route de Lesmont, pendant que Gérard, qui avait reçu Tordre d'abandonner Dienville, se repliait après minuit sur Brienne-la- Vieille.

L'armée française avait perdu dans cette sanglante journée près de 6,000 hommes tués, blessés ou prisonniers, et une soixantaine de bouches à feu*.

Les troupes françaises ne devaient, d'ailleurs, prendre que quelques heures d'un semblant de repos en avant de Brienne-la-

^ Belliard à Groachy et major-général à Sorbier, de France et Léry. (Archives de la guerre,)

s 63 d'après Bogdanovith, 73 d'après Plotho et Bcitzke, 83 d'après Schels, 73 aussi d'après le rapport de Schwarzenberg (K, K, Kriegs Arehiv,, II, 34, b) et 54 seulement d'après Kocli.

Vieille; les ordres expédiés à 11 heures 1/2 de la nuit par TEmpereur, de Brienne-le-Chàteau, allaient pour les dérober à l'étreinte des Alliés, les remettre en marche îi 2 heures du matin.

Avant de discuter la bataille de La Uothière, et bien que pour cela il faille abandonner un instant les corps qui venaient de combattre h Dienville et à Morvilliers, il est nécessaire de nous occuper des mouvements exécutés par le I^^"" corps (Colloredo), h Textrême gauche de l'armée de Bohême, par cela même que ces événements ont une certaine connexité avec les faits de guerre dont les rives de TAube avaient été le théAtre. Il faut également jeter un coup d'œil sur les opérations des partisans du lieutenant' colonel comte Thurn, sur les mesures prises le même jour par le duc de Trévise, sur la tentative des cosaques de Platoft contre Sens, sur la marche de Wittgenstein sur Saint-Dizier, et d'Ywk vers Vitry, enfin sur les préparatifs de Macdonald qui cherche h déboucher de Chàlons et à contrecarrer les projets des lieutenants de Blûcher contre Châlons-sur-Marne.

MoiiTement du I<" corps (Colloredo) sur Yendenvre. — Affaire de La Vacherie. — Retraite da corps volant de Tburn. — A l'extrême gauche de l'armée de Bohême, le !«' corps d'armée avait quitté Bar-sur-Seine dès le matin et s'était porté en une seule colonne jusqu'î\ Magnant, puis à partir de ce point en deux colonnes, le gros par Thieffain, la division de grenadiers à droite, par Beurey, sur Vendeuvre, où le corps n'arriva que fort tard dans i'aprês-midi, par suite des difficultés de la marche encore augmentées par le dégel.

La division légère du prince Maurice Liechtenstein, chargée de couvrir sa marche, était restée sur la rive gauche de la Seine et avait été dirigée de Bar-sur-Seine sur Fouchères, afin d'occuper et de retenir les troupes de Mortier*.

Dès 1 heure de l'après-midi, le général Hàcht, posté avec une brigade du 111« corps (division Crenneville) à Vendeuvre, avec ordre de surveiller les mouvements de l'ennemi du côté de Dienville et d'Unienville, avait informé le généralissime de l'appari-

1 Stakke, Eintheilung uud Tagesbegebenbciteu dcr Haupt-Armee im Monate Febniar. (K. K.Krieys Archiv., IL 1.)

tion de partis français du côté de Vilieneuve-au-Chène (appelé alors Villeneuvc-Mesgrigny), de l'occupation de Piney ' par les troupes françaises et de Tarrivée h Vendeuvre de la tète de colonne de Colloredo.

Deux heures plus lard, vers 3 heures de l'après-midi, Colloredo annonçait au prince de Schwai-zenberg qu'il ne disposait à Vendeuvre que de trois régiments de la division Wied-Runkel et de deux batteries, que la division de grenadiers et les cuirassiers du comte Nostitz n'y arriveraient qu'îi 4 heures et qu'il attendait à Vendeuvre des ordres lui indiquant le rôle ultérieur que son corps était appelé h jouer. Mais il était déjà trop tard, et en supposant môme qu'ua ordre de marche émanant de Scharzenberg pût parvenir à 4 heures à Colloredo, la tète de colonne des trois divisions du I*"" corps n'aurait pu, en aucun cas, arriver sur les hauteurs qui dominent le pont de Dienville avant 10 ou H heures du soir. Par suite, le généralissime se décida* à laisser le l^ corps k Vendeuvre où les trois divisions occupèrent des cantonnements resserrés. La brigade Geppert (de la division légère du prince Maurice Liechtenstein) formant l'avant-garde de Colloredo, occupa le soir Vauchonvilliers et se relia vers l'Aube avec la brigade Hàcht du III® corps.

L'autre brigade de la division légère Maurice Liechtenstein, renforcée par un régiment de la division Wied-Runkel, posté en soutien à Virey, avait été laissée à Fouchères pour surveiller la route de Troyes.

A 9 heures du matin, un détachement français que le prince

i Les renseignements fournis par le général Hacht sont, on le voit, confirmés par la dépêche du généra! de France au major-général, de Lesmont, !•' février, 8 heures du matin :

« D'après mes rapports de cette nuit, le duc de Trévise fait occuper Creney, près de Troyes ; ses partis viennent vers Mesnil et RoniHy. Les chasseurs à cheval de la garde qui occupent Creney poussent jusqu'à Piney.

« Dans la direction d*Arcis, on éclaire Fontaines et Onjon. Coclois est oecnpé ainsi que Mesnil-la-Comtesse et Voué. Je ferai occuper Pougy, Pel et et Précy sur la rive gauche; j'enverrai un fort parti à l'embranchement des routes de Lesmont par Montangon à droite et par Piney à gauche, allant à Troyes. » {Archives de la guerre.)

s Colloredo reçut, dans la nuit du l^^' an 9 février, un ordre de Scliwarzenberg loi prescrivant de se porter avec toute sa colonne sur Dienville et d'attaquer vigoureusement ce village ; mais Colloredo ayant eu connaissance quelques heures après de l'évacuation de Dienville, jugea inutile d'exécuter cet ordre> désormais sans objet.

Liechtenstein évalue dans son rapport " h 200 hommes et 500 chevaux, avait attaqué les avant-postes autrichiens et les avait rejetés jusque sur La Vacherie. L'entrée en ligne des troupes de piquet (un escadron de chevau-légers O'Reilly et une compagnie de chasseurs) permit aux avant-postes autrichiens de tenir bon, de résister à une deuxième attaque et d'attendre Tarrivée de renforts qui, après une heure de combat, obligèrent la reconnaissance française h se retirer et ù rentrer sur sa position des Malsons-Blanches.

La division du feld-maréchal-lieulenant Ignace Hardegg, ' appartenant également au !«»" corps, se tint pendant toute la journée du l®' février à Chaource, point vers lequel devait se diriger la reconnaissance qui avait donné contre les avantpostes de Liechtenstein à La Petite-Vacherie.

La maréchal Mortier avait en même temps fait partir, sous les ordres du général de Bourmont, une reconnaissance qui réussit à surprendre quelques cosaques du corps de PlatofiT, h Auxon. Cette reconnaissance devait également chercher h couper et h prendre le corps volant du lieutenant-colonel comte Thurn. Mais cet officier, prévenu î\ temps, s'empressa de filer vers Ervy *.

1 Prince Maarice Liechtenslein au comte Colloredo, Foaohères, !•' fëTrier. (K. K. Krieg$ Archiv., Il, a// 23.)

Liechtenstein terminait ce rapport en envoyant an feidzeagmeisler les renseignements suivants sur les mouvements de Mortier :

if Je dois également informer Votre ExceUence que le comte Thurn me fait dire à Tinstant que le maréchal Mortier a quitté hier Troyes arec la garde impériale et a pris la route d'Arcis, laissant à Troyes une assez grande quantité de troupes de toutes armes avec 28 canons.

(f D'autres rapports du major von Ellsbach et du général-major Hâcht me font savoir que les villages de Lusigny et de Courteranges, sur la route de Vendeuvre, ont été évacués par l'ennemi, n

* Le lieutenant-colonel comte Thurn au prince de Schwarzenberg :

« Chamoy, 4 février 1814, 6 heures du soir.

(f Après avoir adressé à Votre Altesse mon rapport en date du 31 janvier, j*ai pendant toute cette journée, battu le pays du côté de Bonilly, sur la rente de Troyes à Sens.

if Le i^' février, à 40 heures du matin, un de mes émissaires est revenu et m'a annoncé que Napoléon avait rejoint le 27 au soir Tarmée à Vitry, qu'il comptait attaquer Votre Altesse le 28 à Bar-sur-Aube avec 80,000 hommes et 100 canons, et que le général Dulong devait, ces jours-ci, enlever Auxon par un coup de main.

« J'ai fait part de ces nouveUes à Votre Altesse et les ai communiquées au comte CoUoredo, auquel je les fis porter par un piquet d'un sous-officicr et de

Mouvement de Platoff vers Sens. — Quant à Platoft, son avant-garde continuait ii tîlter Sens, mais sans menacer bien sérieusement la ville que le général AUix occupait avec les dépôts de la 18® division militaire.

Platoff, toujours habile à présenter les faits de la manière qui lui convenait le mieux, préparait déjà le généralissime au mouvement qu'il allait entreprendre pour se faire pardonner Tinsuccès de sa tentative contrs Sens, insuccès dû uniquement k ses lenteurs, à ses hésitations, à son peu d'empressement a marcher de l'avant et à s'éloigner du gros de la grande armée. « Trop ftiible pour chasser Tennemi de Sens, écrivait-il le l*"" février au soir, de Villeneuve-le-Roy (Villeneuve-sur- Yonne), au prince de Schwarzenbcrg *, je poursuivrai ma destination en me dirigeant par Gourtenay sur Fontainebleau. Nous avons du reste pris un officier et 32 soldats de la garde et délivré 1 officier et 10 soldats espagnols, ainsi que 4 soldats autrichiens. » Il ajoutait encore pour prévenir les reproches du généralissime et pour se donner l'air d'avoir entrepris quelque chose : « J'ai détaché le colonel Sperberg avec 500 cosaques et 2 canons à Joigny pour découvrir

6 hommes. Mais ce sous-officier toarné et coupé par l'ennemi dans la forôt d'Aumont, ne m'a rejoint qu'hier soir, me rapportant ma dépêche.

« Les événements m'ont forcé à quitter encore le !«' février Saint-Phal et à me porter du côté d'Ervy. L'ennemi est, en effet, arrivé le !•' février à Auxon et Saint-PhaL et après avoir enlevé 4 caissons et 4 hommes aux cosaques qu'il surprit en train de piller Auxon, il se dirigea par BouiUy, sur Troyes. i> (A'. A'. Kriegs Archiv,, II, 81.)

Mortier, de son côté, avait rendu compte de ces petites escarmouches dans la dépêche ci-dessous qui concorde, sauf en ce qui a trait à l'infanterie bavaroise qui ne parut pas du côté de La Vacherie, avec les rapports des officiers autrichiens !

« Mortier au major-général. — Troyes, le 1®' féviier, 7 heures 1/2, soir.

u L'expédition du général de Bourmont sur Auxon a parfaitement réussi. Une compagnie du 4* bataiUon du S'i*^ régiment s'est emparée de la ville, de 6 caissons de munitions. 4 cosaques, dont i officier, ont été tués, 4 pris, un grand nombre blessés. Le général de Bourmont s'établit ce soir k Saint-Phal ou à Chamoy et rentrera demain à Troyes.

u La reconnaissance sur Chaource a rencontré l'ennemi à l^a Vaclierie au nombre de quelques centaines de chevaux et 300 hommes. 11 y a eu une escarmouche assez vive. On a vu de l'infanterie bavaroise. La reconnaissance sur Vendeuvre a été jusqu'à Montiéraniey où il n'y avait que des piquets. Fresnay et Clerey sont occupés par l'ennemi. Ses coureurs se montrent vers Arcis-sur- Aube et Troyes. » {Archives de la Guerre.)

* L'atuman Platofi" au prince de Schwarzenberg, Vilicneuvc-le-Hoy, 1<" février. (A'. K, Kriegs Archiv,, 11, atl, 120.)

Well. 32

et punir les gens de ce pays qui avaient voulu assommer un de mes courriers, pendant qu'il passait par cette ville. Je lui ai ordonné de fusiller les coupables et de désarmer la garde nationale que je soupçonne d'avoir participe à ce guet-apens.

« En attendant, je me suis arrêté ici.

« Je crois de mon devoir de prévenir Votre Altesse qu'il rae sera difficile d'envoyer des courriers au quartier général, tant que je ne serai pas suivi par quelque autre troupe, parce que force m'est de détacher d'assez gros partis pour les faire escorter. ))

Le général du Coëtlosquet appelé par le général Allix * arriva à Sens le l^^*" février h 11 heures du soir, et le général Pajol, posté h Montereau, envoya le général Delort avec 300 chevaux à Fleurigny pour protéger ce mouvement. Ses partis, qui avaient poussé le matin jusqu'à Villeneuve-l' Archevêque, lui faisaient savoir qu'ils y avaient rencontré ([uelques cosaques se dirigeant du côté de Sens. Le général Pajol terminait sa dépêche en donnant un renseignement d'une remarquable exactitude *. « L'ennemi, disait-il, veut se porter sur Paris par Fontainebleau en laissant Montereau h sa droite; comme il me faut renforcer Ponl-sur- Yonne et Moret, j'écris au général Pacthod de veiller sur ces deux points, et je fais couper une arche du pont de Bray. »

Houvement du VP corps et de la cavalerie de Pahlen sur Vitry. — A l'extrême droite des Alliés, le VI» corps (Wittgenstein), au lieu de se rapprocher du champ de bataille de La Rothière, avait reçu, au contraire, du généralissime l'ordre de se porter de Vassy sur Saint-Dizier pour marcher de là, de concert avec York, sur Vitry '.

Pendant que Wittgenstein exécutait ce mouvement peu rationnel, sa cavalerie, sous le comte Pahlen, était aux environs de Soulainos, et son avant-garde avait même déjà poussé vers La

i Général AUix au Miuistre et au général du Coëtlosquet. {Archives de la Guerre.)

* Général Pajol au Ministre de la guerre, Nogent-sur-Seine, 1*' février, heures soir. {Archives de la Guerre,)

• Wittgenstein à Schwarzenberg, !«' février (K. K. Kriegs Arehiv,, II, 7), et Stârke, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt Armée im Monate Februar. {Ibid., 11, 1.)

Chîiisr, lors(ju(' son chef recul romimniicalion dcîs iiistrur.tioiis qui, loin de le laisscu' continuer sur Brienne, lui prescrivaient de rallier le VI« corps. Pahlen. revenant sur ses pas et croisant, comme nous Tavons dit plus haut, les colonnes de Wrède, se dirigea de Soulaines sur Longeville et de là sur Chavanpjes, tandis que le général Ilowaïsky XII continuait h n?ster avec ses cosaques en observation devant Boulancourt.

Chose singuli^re et qui mérite d'être signalée : Pahlen, en raison même de l'état de ralmosphére, no. perçut, pendant toute la première partie de sa marche cl bien qu'il fût h proximité du champ de bataille, que très faibU^menl et à des intervalh^s très éloignés le bruit du canon.

Quant h la cavalerie du général lU'idinger, que Witlgenstein avait détachée sur la rive gauche de la Marne pour se relier îivec Pahlen, elle s'était, pendant la journée du l»*" février, porté(» de Monlier-en-Der par Giftaumonl jusque» vers (iigny-au\-Bois et Bussy-aux-Bois.

Les marches et les contre-marches qu'on avait fait exécuter pendant les dernières journées îi Witlgenstein, en l'appelant vers l'Aube pour le reporter ensuite vers la Marne, eurent pour conséquence d'annihiler complètement l'action de son corps, en le faisant arriver partout trop tard.

Mouvements du I^' corps prussien. — Opérations sur Vitry.

- Les ordres et les contre-ordres devaient également, le 1*'' février, retarder et contrarier les opérations du l^^ corps prussien. York, dans les instructions qu'il avait envoyées le 31 janvier au soir à ses généraux, avait prescrit au gros de son corps de quitter les environs de Saint-Dizier, (Mitre G et 7 heures du matin, pour se porter contre Vitry. Il comptait se faire précéder, à environ trois lieues, par la l'^ brigade, Pirch II, et parle corps volant du colonel comte Henckel, placé, pour cette» opération, sous les ordres directs du général von Pirch. Au moment où le gros du corps allait s'ébranler dans la direction de Vitry, le général York re(;ul du général-major von Knesebeck, aide de camp du roi de Prusse, une lettre, datée de Chaumont 30 janvier au soir, par laquelle on lui faisait part du projet de Schwaraenberg de concentrer toutes l(\s forces des Alliés entre Bar-sur-Aube et Colombey, afin d'y attendre les attaques des Français. Knesebeck

pensait que, par suite, il y avait lieu de resserrer le cercle et que, dans le cas où York n'aurait pas reçu des ordres contraires, il devait, ainsi que Wittgenstein, chercher fi se rapprocher des positions de l'armée de Schwarzenberg. York, qui n'avait jusqu'il ce moment reçu aucun ordre et qui n'avait agi que d'après ses propres idées, se vit donc contraint de conlremander le mouvement du gros de son corps. Il se proposait, en effet, de rester en place à Saint-Dizier et de faire observer Vilry par la brigade Pirch (ît le détachement de Henckel, lorsqu'on lui remit, \ers 9 heures, la disposition générale qui le destinait, au contraire, h manœuvrer contre Vitry de concert avec Wittgenstein, qu'on envovait à Saint-Dizier. Tous ces contre-ordres avaient coûte un temps précieux, et, bien qu'York eût, dès 10 heures, envoyé à ses corps l'ordre de reprendre le mouvement interrompu le matin, ce fut seulement entre midi et une heure que les différentes fractions de son corps d'armée se remirent en marche.

Le maréchal Macdonald était arrivé h Chàlons le 31 *; mais il n'y avait guère à Vilry avec le général Montmarie que 700 à 800 hommes au moment où la brigade Pirch et le détachement du colonel Henckel se mettaient de leur côté en marche pour attaquer cette place. La cavalerie polonaise du général Pac en était sortie le matin deux heures avant l'attaque, se rendant vers Brienne et, bien que ce général eût entendu le canon, il ne crut pas opportun d'y rentrer, ({uoique la canonnade fût devenue très vive. « parce que, dit-il dans sa dépêche au major-général, je savais que le général Montmarie attendait un corps de 6,000 hommes'. » Le vieux maréchal Lefebvre avait heureusement reconnu tous les dang(;rs de la situation et mieux comi)ris toute l'importance de Vitry. Il avait lui aussi, comme le général Pac, quitté Vitiy le ler au malin et passé la Marne avec un escadron de cavalerie et un régiment d'infanterie, dans l'intention de rejoindre l'armée ; mais, dès qu'il eut reconnu la direction suivie par l'avant-garde d'York, il n'avait pas hésité h se replier sur Vitry, où il rentra quelque temps avant le commencement de l'attaque.

^ Les 5*^ et il° corps d'armée, sous les ordres du maréchal, qui ont à peine ensemble 8,000 combattants, sont formels de 29 bataillons qui ne peuvent guère être considérés aujourd'hui que comme des cadres. (Général Gruudler au Àlinistrc, Ch:Uons, 1*^^ février. — Archives de la Guerre,)

> Archiver de la Gwrrc.

La brigade Pirch ot le détachement de Henckel, arrivés dans la matinée devant la place, avaient d'abord fait sommer le général Montmarie de se rendre. Sur le refus de cet officier général, ils tirent bombarder la ville pendant quelques heures par la batterie de la 1" brigade et la demi-batterie du colonel Henckel, sans obtenir aucun résultat. Au bout de quelques heures, le feu cessa. Mais, pendant ce temps et gnlce au brouillard, un gros convoi de quarante-deux bouches h feu, escorté par 400 hommes, avait réussi à pénétrer dans la place vers 2 heures, après s'ètn» arrêté au pont de Vau\ sur la Saulx, î\ un quart de lieue de la ville*. Le colonel d'artillerie qui conmiandait cette colonne» avait été moins heureux : il avait été enlevé, à quelques pas des siens, par les hussards prussiens, et ce fut par lui qu'York eut connaissance de l'arrivée h Chûlons du maréchal Macdonald et de son intention de se porter sur Vitry.

Le général von Pirch, qui avait pu se rendre compte de l'impossibilité d'enlever Vitry par un coup de main, se décida h renoncer h des tentatives absolument inutiles* et établit son quartier général à Ecriennes (ît cantonna son infanterie à E(M'iennes, Luxémont et Villotte, Vauclerc et Reims-la-Brûlée; sa cavalerie :\ Frignicourt, Marolles, Bégnicourt et Norrois. Afin de couvrir sa

1 Général comte de Valmy, La Cliaussée, !«' février, 7 heures 1/2. {Archives de la Guerre.)

* York à Schwarzenberg, Ecriennes, 2 février, li heures du soir. (A'. K. Kriegs Archiv., 11, 29) et général Montmarie au major-général, Vitry, 1" février 1814 :

u Ce matin, à 8 heures, Tenneml qui occupait depuis plusieurs jours les environs de Vitry, a attaqué cette ville. U a montré, en avant de Marolles. 8 bataillons, 6 escadrons et 0 bouches à feu, dont 3 obusiers; il avait ent'orc un corps assez considérable à Frignicourt.

« Des renforts qui me sont arrivés de Chdlons (2 bataillons et 2 batteries) m*ont mis à même de repousser les attaques. A 1 heure, Tennemi a couimeiico sa retraite ; il est retourné par la route de Saint-Dizier et occupe encore Marolles.

« On était déjà aux prises lorsque le général Pac est parti. Ses troupes auraient été bien utiles. » { Archives de la Guerre.)

Les troupes du maréchal Macdonald occupaient le i^^ février, à 8 heures du soir, les positions suivantes : la division Molitor était cantonnée dans les villages au delà de Chàlons, sur la route de Vitry et la rive droite de la Marne : la division Bi-ayer sur celle de Sainte-Menehould ; Exehnans avec le t^ corps de cavalerie, sur celle de Chdlons à Arcis-sur-Aube ; le 5* c^rps (Sébastiani) était dans Châlons, et le 3« corps de cavalerie (duc de l*adoue) s'était cantonné prés de Chàhms. sur la route de Reims. (Valmy au duc de Feltre, Châlons, 1" février, 8 heures soir. — Archives de la Guerre.)

droite, le g(^néral von Pirch avait envoyé le colonel Henckel sur Vitry-le-Brûlc% avec l'ordre d'observer les passages de la Saulx et de pousser, sur Changy et Saint-Quenlin-les-Marais, des partis chargés de surveiller la route de Châlons.

Le 1er au soir, York établit son quartier général îi Orconte; Tavant-garde (général von Katzlcr) vint à Malignicourt, Thiéblemonl, Farémont, Haussignémont et Favresse; la cavalerie de révServe du général von Jiirgass à Domprémy, Brusson, Plichancourt et Ponthion ; la 7« brigade à Blesraes, Scrupt, Saint-Vrain et Heiltz-le-Hutier; la 8® brigade à Orconte, Larzicourt et Isie; rartilleric de réserve, avec le parc du corps d'armée, fut installée il Longchamps, Le Tronc, Sapignicourt et Hallignicourt.

Enfin, pour compléter l'indication des mouvements exécutés pendant cette grande journée du i«»" février, nous dirons que le IIo corps prussien (Kleist), apros avoir passé en vue de Thionville, était arrivé à hauteur de Boussange, Hagondange etHauconcourt, tandis que le corps russe de Kapsewitch, venant de Mayence par Sarreguemines, n'était plus qu'il une marche de Nancy.

Considérations sur la bataille de La Rothière. — Quand on se trouve en présence d'un événement de l'importance de la bataille de La Rothière, on ne saurait, surtout en raison de la gravité exceptionnelle des circonstances, se contenter, comme on le ferait pour toute autre bataille, de signaler les erreurs commises par les deux adversaires, d'insister sur les conditions dans lesquelles elle a été livrée et de comparer les résultats réellement obtenus avec ceux que le vainqueur était en droit d'espérer. II faut, pour que l'on puisse se rendre un compte exact de la situation, insister sur la portée que pouvait et que devait avoir le premier échec essuyé au cœur même de la France par une armée commandée par l'Empereur en personne.

« La guerre, a dit Clausewitz dans sa Théorie de la Grande Guerre, est un instrument de la politique. » La campagne de 1814 et plus particulièrement la bataille de La Rothière se chargent de justifier l'opinion émise par le grand écrivain allemand, parce (|ue jamais peut-être les considérations politiques n'ont exercé plus d'influence sur les opérations nn'litaires que pendant cette campagne, et surtout pendant les deux ou trois jours qui ont précédé (ît suivi la bataille du l^^"" février.

Il suffit, en effet, de lire allenlivemenl les dispositions g(^n(^rales du 31 janvier pour voir (jue le génc^ralissime. tout en abandonnant îi Blucher la direction des opérations pendant vingt-quatre heures, n'avait jamais eu Tinlention d'abdiquer entre ses mains, l)uisque le rôle du fcid-maréchal se trouvait, |)ar ces dispositions mômes, limité Ji la durée de la bataille. Il résulte, en effet, des termes mêmes de cet ordre, qui^ Schwarzenberg avait îi l'avance déterminé la mission attribuée à chacune des grandes unités après la fin de la bataille. En agissant de la sorte, le généralissime avait évidemment voulu donner h l'amour-propre du feld- maréchal une satisfaction passagère; mais, naturellement et justement jaloux dv. conserver et d'affirmer une autorité qu'il avait peine îi maintenir et à défendre contre les attaques et les intrigues de ses ennemis, il avait eu soin de reprendre dès le soir du !•»' févri(T une direction qu'il avait cru habile de céder pendîint quelques heures. Il résulte, d'ailleurs, des conditions mêmes dans lesquelles s'était faite cette transmission momentanée du pouvoir suprême, que Blucher ne disposait pas de la totalité des ressources qu'on aurait pu et dû lui confier, parce qu'on ne voulait pas que la victoire, sur laquelle on était en droit de compter, eût des conséquences par trop graves et fût suivie de résultats trop décisifs. On tenait assurément à relever h», prestige des armes des Alliés, mais tout porte à croire qu'on ne voulait pas finir, comme on l'aurait pu, la guerre d'un seul coup et qu'on redoutait même, jusqu'à un certain point, une solution définitive. On avait eu la précaution de mettre Blucher hors d'état de tirer parti de ses avantages, et tant pour prévenir ses récriminations que pour l'empêcher de donner libre cours à sa mauvaise humeur, on eut soin de le combler immédiatement d'éloges et de compliments. Dès le soir même de la bataille, l'empereur Alexandre, en lui faisant dire que « cette nouvelle victoire couronnait sa carrière et effaçait l'éclat de toutes celles qu'il avait remportées » , s'empressait de lui envoyer un sabre d'or enrichi de diamants. Mais au moment môme où les officiers alliés, enthousiasmés par cette victoire, se croyaient déjà maîtres de Paris, on avait enlevé à Blucher jusqu'aux moyens de recueillir le fruit de ses avantages.

Il semble presque qu'on ait eu au quartier général des Alliés une sorte de terreur superstitieuse de l'Empereur, qu'on ait craint de le pousser à bout et de l'acculer, qu'on ait tenu h laisser

au César vaincu la possibilité de se retirer. Les dispositions mémos prises par Schwarzenberg avant la bataille avaient prévu le cas, puisqu'elles dirigeaient les corps de Tarmée de Silésie sur Vitry et qu'elles envoyaient le VI® corps seul à Brienne et le 1II« h Dienville. On avait de cette façon voulu empêcher le feld-maréchal de mettre en pratique les principes qu'il avait toujours appliqués, qu'il avait sans cesse cherché h inculquer à ses lieutenants. On se rappelait évidemment au grand quartier général ce qu'au lendemain de la bataille de la Katzbach, Blûcher avait écrit il York, lorsque celui-ci avait cherché à lui démontrer l'impossibilité d'une poursuite plus active :

« Ce n'e.st pas assez de vaincre : il faut encore saroir tirer parti de la victoire. Si nous ne marchons pas sur le rentre de l'ennemi, il se relèvera de sa défaite, et ce sera alors seulement à l'aide d'une nouvelle victoiî^e que nous i^ecueillerons les résultats qui ne peuvent nous échapper si nous menons énergiquement la poursuite. »

On avait tenu h lui lier les mains et à le mettre d'autant plus dans l'impossibilité d'agir, qu'on le savait homme à tout sacrifier pour anéantir un ennemi vaincu, qu'on avait présents à la mémoire les reproches qu'il avait adressés le 31 août 1813 à ses lieutenants : « Négliger de tirer pleinement parti de la victoire y leur avait écrit Bli'icher à cette époque, cest s'obliger inéiHtablement à livrer à courte échéance une nouvelle bataille, »

Or, sans vouloir prétendre qu'on tenait à avoir à livrer de nouveaux combats, il est certain qu'au grand quartier général on ne s(î souciait pas de finir la guerre d'un seul coup. C'est pour cette raison, c'est parce que les considérations politiques d'une part, les jalousies personnelles et les rivalités mesquines de l'autre, exerçaient (encore à cette époque une influence réelle, quoique latente, sur la conduite des opérations, que par suite des ordres, donnés par le grand quartier général, les Alliés livrèrent la bataille sans avoir toutes leurs forces réunies et dans des conditions qui, rendant une solution définitive presque impossible, devaient, en outre, dénaturer le caractère de la poursuite en la privant de s(»s deux éléments essentiels : l'activité et la vigueur.

Sans aller jusqu'à ajouter foi îi ce que raconte le général von Heilmann (l'historiographe de Wrèdt»)*, on doit reconnaître que

< Le prince Cihurlos de Bavière, qui commandait à La Kotliière la !'• Iiri-

les ordres iiu>mes du généralissime tondaient h panilysor toute action énergique apr^s la balailh». Au lieu de rhereher à anéantir Tarmée française, on lui laissa non seulement la possibilité de se rallier et de se retirer en assez bon ordre, mais on perdit même sa trace.

Au lieu de pousser droit sur Paris, de mener tambour batUmt les débris des troupes vaincues h La Rothi^re , on préféra attribuer il chacune des deux grandes armées un thédtre spécial de guerre, comme si, dit Droysen dans sa Vie du feld-maréthal York von WartetUmrg, Ton (hU eu à cœur de faire traîner la guerre en longueur.

Le prince de Schwar/enberg avait, d'ailleurs, si bien senti dès ce moment qu'il allait forcément encourir de graves reproches et que «;etle singulière manière d'entendre la guerre susciterait des critiques justifiées, qu'on lit les lignes suivantes dans le Journal d'opérations tenu jour par jour au grand état-major général * : « Napoléon perd ses positions, 5:2 canons et i,000 prisonniers: mais il ne quitte pas le champ de bataille et parait avoir l'intention de recommencer la lutte le lendemain. Le prince de Schwarzenberg s'y attend et s'y prépare en ordonnant h (k)lloredo de venir h Dienville, et ù York d'attaquer Vitry. »

Les lignes qui précèdent détruisent, il nous semble, l'un des arguments invoqués par Glausewitz. « La victoire de La Rothière, dit-il, a rendu les Alliés présomptueux, et c'est pour cela qu'ils se sont divisés *. » De môme que Schwarzenberg a eu le soin d'essayer de justifier ses lenteurs et ses indécisions par la persistance de l'Empereur h se tenir sur le champ de bataille, de même Glausewitz a cru utile de préparer, par la phrase qui précède, une excuse qui lui servira îi atténuer les fautes que son héros va commettre pendant la première séparation des armées alliées.

Au point de vue stratégique et sans vouloir chercher si la res-

gade de la l'*^ division bavaroise, a affirmé au gêni^ral-inajor Heilmann que, apnts cette bataiUe, le prince de Schwarzenberg avait déjà commencé à parler aux souverains aUiés de TéventuaUté probable d'une retraite générale, u Vous pouvez aisément, ajouta le prince, vous figurer TefTet que produisit sur moi une pareille opinion exprimée le soir d'une Imtaille gagnée. »

* St'ârie, Kintlieilung und Tagesbegebenheiten der llaupt-Armee im Monate Februar 18i4. (A'. K. Kriegs Archir., Il, 1.)

' Clausrwitz, Critiquf stratégique de. la campagne de France en 1814.

ponsabilitf^ des fautes commises incombe plutôt au généralissime aulricliien qu'au feld-maréchal prussien, on ne saurait s*enipêcher de reconnaître, avec Clausewitz, que la bataille de La Rothière a été livrée dans de mauvaises conditions. « Déterminer le temps» le lieu et les effectifs à employer pour une bataille , écrit l'auteur de la Critique stratégiqm de la campagne de France en 1814, c'est là le propre de la stratégie. Les armées alliées avaient eu, dès le début, en vue Tattaque du gros de l'ennemi. C'est ce qu'on fit h La Rothière. Mais on ne saurait justifier pour cela les moyens employés pour la bataille môme par Schwarzenberg. Au lieu de profiter de sa supériorité numérique pour enserrer l'ennemi de toutes parts et lui infliger de grosses pertes, conséquences d'une grande victoire, il laisse loin du champ de bataille une bonne partie de ses troupes et délègue, pour ainsi dire, un de ses généraux (Blùcher) avec une portion seulement de ses forces, afin d'essayer une bataille. C'est \k chose nouvelle dans l'histoire militaire. »

Voilà pour la part de Schwarzenberg. Mais Blùcher lui-même n'est pas indemne. Tout en rendant justice à l'habileté dont il a fait preuve après Brienne pendant la journée du 30 et surtout celle du 31 janvier, on doit reconnaître qu'il serait aisément parvenu à tirer un meilleur parti des corps placés sous ses ordres, s'il avait plus judicieusement choisi son point d'attaque, si, pendant la bataille même, il ne s'était pas obstiné à considérer La Rothière comme la clef de la position et s'il avait compris les avantages considérables qu'il aurait pu recueillir, aussitôt après l'entrée en ligne des Austro-Bavarois de Wrède, en concentrant tous ses efforts contre la gauche des lignes françaises. C'était là, d'ailleurs, le conseil que Toll s'était permis de lui donner dès le commencement de la bataille, (i'était parce que Toll était profondément convaincu de la nécessité d'agir surtout contre la gauche des Français, qu'éconduit par le feld-maréchal et par Gneisenau, il avait cherché, malgré l'opposition de Schwarzenberg et de Radetzky, à faire accepter son idée à l'empereur Alexandre, auprès duquel il s'était rendu. Les tiraillements qui se produisirent à la suite de l'entretien de Toll avec le tzar, l'intervention directe des souverains dans la conduite de la bataille, les demi-mesures prises par Alexandre qui, sans même en informer Blùcher, dirigea six bataillons de grenadiers russes vers la droite du prince royal de

Wurloniberg, exorci'renl, en outre, une influence nuisible sur les opérations. Los mouvements inutiles qu'on fit e\(^cuter ù une division de grenadiers et aux 2« et 3« divisions de cuirassiers russes contribuèrent en grande partie h empêcher Blûcher, manquant absolument de réserves ii la fin de la journée , de profiter des avantages que son obstination ne lui avait permis d'obtenir que fort avant dans la soirée. 11 n'en eût probablement pas été de même si l'on eût dès quatre heures accentué le mouvement de Wrède en avant de Ghaumesnil et de Mor\'illiers, si l'on eût consenti à renforcer sérieusement et immédiatement le prince royal de Wurtemberg et permis à ces deux corps, soutenus par les rései'ves, de pousser par le bois d'Ajou vers Brienne, de rabattre la gauche française vers l'Aube, en obligeant de la sorte les défenseurs de La Rothière, en danger d'être coupés de leur unique ligne de retraite, ù quitter une position que les Austro-Bavarois et les Wurtembergeois auraient débordée et qu'ils auraient pu prendre à revers pendant que les Russes de Sacken l'aurait abordée de front.

L'attaque contre Dienville par les deux rives de l'Aube est également contraire aux vrais principes. Comme toutes les fausses manœuvres, elle ne produisit aucun résultat et les Alliés s'épuisèrent devant ce village en efforts inutiles. Il eût été assurément plus logique, plus rationnel, de garder le III« corps tout entier sur la rive droite de l'Aube, d'autant mieux que la division détachée sur la rive gauche aurait eu, en tout état de cause, besoin de beaucoup de temps pour déboucher par le pont de Dienville, en admettant qu'elle eût réussi à l'emporter. Au lieu de séparer ainsi le III» corps par le cours de l'Aube, il eût été bien plus sage d'imj)rimer un peu plus d'activité à la marche du I«f corps pendant les deux journées qui avaient précédé la bataille. On aurait pu alors confier l'attaque de Dienville par la rive droite au corps entier de Gyulay, pousser sur Piney le l^^ corps (dont la présence sur la route de Troyes à Joinville par Brienne aurait mis l'Empereur dans un cruel embarras en le privant de la seule ligne de retraite qui pouvait lui permettre d'opérer sa jonction avec Mortier), ou bien encore diriger Colloredo sur Dienville et le (*harger d'enlever le pont, pendant que le 111*^ corps aurait eu |)our mission d'occuper sur l'autre rive les troupes de Gérard.

Au point (le vue tactique, la maniftre de combattre des Alliés donne également prise h la critique.

D^s le début de la bataille , on peut remarquer dans Faction des trois armes un manque absolu d'entente, une absence complète de cohésion qui se continueront h travers toutes les phases de la lutte. Le temps épouvantable qu'il faisait alors est la seule circonstance atténuante que les généraux alliés puissent invoquer pour justifier le décousu de leurs mouvements offensifs. L'artillerie russe de Sacken a évidemment fait preuve d'une remarquable hardiesse, mais elle s'était tellement aventurée et elle resta pendant un certain temps tellement en l'air et tellement en avant de ses soutiens les plus proches , qu'elle ne dut son saliit qu'au sang-froid de son chef et à l'état du terrain. Quant à la cavalerie russe dont nous avons déjà apprécié le rôle, les avantages considérables qu'elle remporta du côté de La Rothière dH le début de la bataille et qu'elle dut h l'entrée en ligne si opportune de la division de dragons du général Pantchoulitcheff, n'eurent pas toute la portée qu'on était en droit d'attendre d'un fait d'armes aussi brillant: d'abord, parce que l'infanterie de Sacken était encore trop en arrière; ensuite, parce que Bliicher, ne pouvant, à cause de l'ouragan de neige, découvrir Iç champ de bataille, ne fut informé que trop tard pour pouvoir en profiter, des résultats quelque peu inattendus des charges des cavaliers de Wassiltchikoff. A la droite des Alliés, les dernières charges exécutées par la cavalerie de Wrède *, du prince royal de Wurtemberg, de Karpoff et du prince Biron de Courlande, n'avaient pas été combinées, et leur semblant de cohésion et de oonnexité ne fut que le résultat d'une coïncidence presque imprévue. Pour ce qui est de l'infanterie, on l'engagea sur toute la ligne par petits paquets au fur et à mesure de son arrivée sur le terrain.

Ordres de l'Empereur pour la retraite. — Nous avons déjà essayé d'indiquer les motifs pour lesquels sans doute l'Empereur s'obstina à rester jusqu'au \^^ février en présence des

* L*aidc de camp de Wrède, le prince de Thurn et Taxis, prétend, dans son jonrnal, « qu'on aurait pu faire mieux encore. On disposait, dit-il, non seulement d'une nombreuse cavalerie, mais de cavalerie fraîche. F)n la portant vigoureusement en avant, on aurait très probablement pu enlever Brienne. » (Taxis, TaKebucb;, K. K. Kriegs Archiv., Xlll, 32.)

Iroiipes alliées. Nous avons montré que Napoléon lui-mènie avait trouvé sa position trop étendue et qu'il avait même commencé à retirer ses troupes au moment où 1 attaque des Alliés vint îi se produire. Mais si l'on peut critiquer la résolution prise par l'Empereur d'accepter la bataille dans des conditions aussi désavantageuses pour lui, on ne saurait trop admirer le calme avec lequel il arrête, dans la nuit du !«'' au 2, les dispositions qui, grAcc à la lenteur et ii la mollesse de la poursuite des Alliés, vont lui permettre de sauver les débris de son armée, la sagacité profonde avec laquelle il pénètre les projets de ses adversaires, l'incomparable perspicacité qui lui permet de fixer la direction même que suivront leurs principales forces. Jamais peut-être le génie de Napoléon ne s'est affirmé d'une manière plus complète que l)endant cette nuit du !•' au 2 février qu'il passe au chAteau de Brienne, occupé d'une part à régler les mouvements de son armée, devinant de l'autre, avant môme qu elles aient été décidées dans les conseils des souverains alliés, non seulement la séparation des armées de Silésie et de Bohême, mais encore les directions mêmes que ces armées vont prendre.

Pendant que l'armée française exécutait, a partir de 8 heures du soir, le mouvement rétrograde que nous avons vu l'Empereur lui prescrire, Napoléon préparait au château de Brienne les dispositions nécessaires pour régler sa retraite sur Troyes par Lesmont. De 9 îi il heures, l'Empereur est préoccupé; il craint encore que les Alliés, profitant de leurs avantages, ne se décident à une attaque de nuit* dont les conséquences seraient désastreuses pour lui. Enfin, à il heures du soir quand, sauf à Dienville, le feu a cessé sur toute la ligne, quand il sait que l'ennemi reste immobile, il dicte les ordres que Berthier enverra de suite aux commandants de corps.

1 LHnactiou du généralissime, aussitôt après la victoire, est l'objet des critiques les plus vives de Clausewitz. Il condamne à plusieurs reprises, dans sa Cntique stratégique, la manière d'agir de Schwarzenberg. et c'est ainsi que, parlant des opérations de la défense, appréciant peut-être trop durement les dispositions de l'Empereur pour une batxiille qu'il ne voulait pas livrer, l'écrivain allemand ajoute : « On Tattaqua, et Bonaparte, battu, eut la chance inouïe dans riiistoirc de voir le généralissime allié n'engager qu'une partie de ses troupes et donner au rette le xpfctacle (Vune bataille. On ne le poursuivit pas, et il put se tirer facilement d'un si mauvais pas ». (Clausewitz, Critique slraU'tjique de In campagne de 1814.)

<( La retraite * de l'Empereur étant sur Lesraont , les ducs de Bellune et de Raguse doivent avoir des batteries à cheval pour la

retraite Les trois divisions d'infanterie de la jeune garde ont

en tout 24 pièces ; les batteries à cheval de la ligne et de la garde en ont 24; soit 48.

« Demain 2 février, à 4 heures du matin , on aura pris les positions suivantes : Le général Nansouty, avec ses 3,000 chevaux, sera en position sur la gauche un peu en arrière de Brienne-la- Vieille avec 12 pièces d'artillerie à cheval.

« Le général Gérard, avec 2 pièces, sera en avant de Briennela-Vieille sur trois lignes, l'une à la tête du village, l'autre à la queue, la troisième dans le bois h hauteur de Brienne.

« Le général Ricard passera h 2 heures du matin le pont de Brienne-la-Vieille; il aura avec lui sa cavalerie et s'arrêtera à 3 heures; il coupera le pont de Brienne-la-Vieille, après quoi il marchera sur Piney. Il couvrira la route de Lesraont par la rive gauche.

« Le général Grouch y, avec la cavalerie du 5« corps, sera sur la gauche de la garde. Le général Curial avec sa division sera en position devant Brienne, occupant la ville et en colonne de marche.

« La division Meunier sera rangée en deux colonnes sur l'extrême gauche, l'une h peu près au chemin de Maizières, l'autre plus en arrière.

« La division Rottembourg traversera Brienne h 3 heures et ira prendre position sur la hauteur, h mi-chemin de Lesmont : elle aura avec elle sa batterie et occupera les bois* et les hauteurs du moulin ;'i vent. On placera les batteries de 12 près de Lesmont, pour que, si l'Empereur était trop pressé, il pût faire usage de toute son artillerie.

« Le duc de Raguse, avec 6 pièces d'artillerie, partira h 3 heures du matin, prendra position sur les hauteurs de Perthes en Rothière, s'assurera du pont de Rosnay où il y a un bataillon de garde. Il prendra position sur les hauteurs de Rosnay, se retirant, s'il y est forcé, par le pont d'Arcis-sur-Aube.

« Le duc de Bellune partira à 2 heures du matin ; il traversera Brienne et prendra position au moulin h vent.

i Registres de Berthier; Dispositions pour la retraite. (Archives de la guerre,) * U s'agit ici des bois et des haatears de NeaviUe.

« Le général de France, avec les gardes d'honneur, se mettra en marche à 1 heure, passera le pont de Lesmont, jettera des partis sur la route de Piney et sur la rive gauche de l'Aube en remontant.

« Le général Ruty choisira demain au jour un emplacement pour Tartillerie sur la rive gauche de l'Aube.

« Les troupes, à mesure de leur passage, se rangeront en bataille, le duc de Bellune à droite, la garde a gauche.

« Dans cette situation, on pourra passer la nuit demain.

« Le général Corbineau se rendra de suite de Maiziéres à Rosnay et à l'intersection des routes de Rosnay à Lesmont. Il fera brûler les ponts de Rosnay lorsqu'il en recevra l'ordre. Il aura sous ses ordres le bataillon qui est ii Rosnay et les pièces, et prendra position, la droite au pont de Lesmont, flanquant l'arrière-garde pour arriver avec elle i\ Lesmont. »

Sur Tordre de l'Empereur, le major-général informait à la même heure le maréchal Macdonald des événements de la journée, qu'il réduisait cependant aux proportions d'une simple (îscarmouche. a II y a eu toute la soirée, lui écrivait-il, une grande canonnade, et quelques échauffourées nous ont fait perdre quelques pièces de canon, w Berthier ajoutait toutefois que l'Emptîreur repassant' l'Aube, la ligne d'opérations serait d'Arcis-sur- Aube à Troyes. Quelques heures plus tard l'Empereur devait d'ailleurs, avant de quitter Brienne pour se rendre à Piney, envoyer des instructions plus détaillées au maréchal. Par une dépèche qui, partie de Brienne h i heures du matin, parvint seulement il ce maréchal assez tard dans la soirée du 12, il lui faisait connaître que le duc de Raguse allait manœuvrer par la rive droite de l'Aube pour couvrir le point important d'Arcis-sur- Aube, et lui prescrivait de manœuvrer « selon les circonstances et surtout pour maintenir libre le pays entre l'Aube et la Marne ». Au milieu môme de la retraite, l'Empereur pensait déjà à reprendre l'offensive, puisque Berthier ajoutait: « Sa Majesté attend, dans les premiers jours du mois, un corps assez considérable de vieilles troupes de l'armée d'Espagne ; s'il était possible de recevoir tout cela sur Arcis-sur-Aube , cela nous mettrait à même de tenter une bataille avec quelque chance de succès *. »

* Major-général à Macdonald ; Registres de Berthier. (Archives de la guerre.

L'Empereur ne devait pas tarder à recueillir le fruit des mesures énergiques auxquelles il s'était arrêté au milieu du désordre inséparable d'une défaite. Dès le 2 au soir, les Alliés, bien qu ils n'eussent guère engagé à La Rolhière qu'un peu plus du tiers de leurs forces, allaient, après s'être laissé arrêter par la résistance que Marmont devait leur opposer sur la Voire aux environs de Rosnay, trouver le moyen de perdre le contact d'une armée qu'avec un peu d'activité et de résolution il leur eût été possible de mettre en pleine déroute.

2 février. — Premiers mouvements des Alliés à 8 heures du matin. — Du côté des Alliés, on s'était tenu absolument tranquille toute la nuit et ce fut au jour seulement qu'on se prépara îi exécuter les ordres contenus dans la disposition générale donnée par Schwarzenberg avant la bataille. Au moment où les souverains alliés, accompagnés par le généralissime et venant de Bar-sur-Aub(î où ils avaient passé la nuit, arrivaient un peu après le lever du soleil sur le champ de batîiille, leurs avant-postes signalaient la retraite de l'armée française. On avait ainsi, par une négligence inouïe, permis au vaincu de se dérober, de prendre plusieurs heures d'avance sur un vainqueur qui disposait cependant pour la poursuite de nombreuses troupes n'ayant pas pris part à l'affaire de la veille. Les mesures elles-mêmes prises pour retrouver les traces de l'ennemi semblent, d'ailleurs, justifier l'opinion émise par Clauscwitz. Fût-ce parce que la victoire les avait rendus présomptueux, parce qu'ils crurent la campagne définitivement terminée et la route de Paris ouverte par une seule bataille? Kst-ce dans le domaine de la politique qu'il convient d'aller chercher l(;s causes de cette singulière manière d'opérer ? 11 n'en est pas moins certain que les souverains et les généraux alliés jugèrent à propos de priver Blùcher et l'armée de Silésie de toute participation îi la poursuite et se contentèrent de porter contre Brienne les III®, IV® et V« corps de la grande armée de Bohême: le premier, de Dienvillepar la rive droite de l'Aube; les deux autres, d(;s environs de Petit-Mesnil et de Chauniesnil où ils avaient passé la nuit, en les chargeant de se renseigner sur la direction suivie par l'ennemi en retraite *.

1 Starkë, Kiiillieilung und Tage$bcgel)enhcilen (1er Haupt-Armee im Moiiulc Februar. (A'. A'. Krieys ArcfUv,, 11, i.)

Marche du III^' corps sur Brienne. -- Honvement de la cavalerie des IV« et V« corps. — Gyulay reconnaît lui-mome dans son rapport sommai n» sur le rôle de son corps ;\ la bataille d(; La Rothi^re, que « n'ayant pu, à cause du temps épouvantable, poursuivre rennemi pendant la nuit du l^r au 2, il s'était contenté d'établir quelques ])elits postes de cavalerie sur les deux rives de l'Aube \ » Il arriva un peu après 8 heures du matin devant Brienne-la-Vieille, encore occupée jiar une faible arrièregarde française qui, après un engagement de peu de durée, se replia sur Brienne-le-Chî\teau , suivie par la brigade d'avantgarde de la division Fresnel.

A 8 heures du malin, le prince royal de Wurtemberg, se mettant en personne à la tête de sa cavalerie, quittait La Giberie et Petit-Mesnil, se reliant })ar sa droite avec la cavalerie du V® corps, et suivait l'arriere-garde française dans la direction d(î Brienne. L'infanterie de ces deux cor|)s connnença son mouvement h la même heure, marchant sur plusieurs colonnes dans la même direction que la cavalerie, pendant que Frimont faisait déboucher de Chaumesnil les troupes de la division Antoine Hardegg qui avaient fourni les avant-postes pendant la nuit *.

L'avant-garde du V® corps ' vint donner contre quelques partis français h peu de distancer de Brienne-la-Vieille, (»omme le

* Gyulay au prince de Srhwarzcnberg, rapport sommaire sur les événements des i'^ et 2 février. (/6u/., Il, 34.)

* ï^es troupes en question de la division du comte Antoine Hardegg se composaient de deux escadrons de ulilans de Schwarzenl)erg, du nfgiment de hussards Arcliiduc- Joseph, de quatre compagnies de Szeckler (confins miUtaires) et d*un bataillon d« chasseurs. (Starke, Eintheilung und Tagesbegel)eDheiten der Haupt-Armee {K. K. hriegs Archiv., Il, 1), Journal des opérations du prince royal de Wurtemberg (IV« corps), par le général comte Baillet de Latour, chef d'état-major (//nd. , XIII, 56) et Wrède à Schwarzenberg (/6iV/., II, 47).

* Le major prince de Taxis s'exprime ainsi, à ce propos, dans son Tagehuch (Ibid., XIll, ^'i) : « A l'aube, on sait que l'ennemi s'est retiré. Wréde pousse sur Brienne et se relie au prince de Wurtemberg. Sacken (c'es^t là une erreur commise par le prince, puisque, comme toutes les troupes de Hliicher, Sacken resta immobile) pousse, de son côté, de La HotliiAre vers Brienne. Les réserves n'avaient pas pris pan au combat, et, si la bataille de La Rothiùre était assurément une victoire, elle allait rester une victoire sans résultat et sans conséquences. Napoléon se retire par Lesmont, passe l'Aube et se dirige, parPiney, sur Troyes, où il opérera sa jonction avec Mortier. Il no restait plus dans la plaine à droite (au nord et à l'est de la ville) que 1800 chevaux formés en colonne serrée et ayant avec eux quelque artillerie. On leur envoie quelques coup& de canon, et ils se retirent après avoir riposté. »

WeU. 33

lll« corps allait pénétrer dans ce village qu'il avait attaqué par la route de Dienville.

(( Les avant-postes m'ayant informé de la retraite de l'ennemi , écrit Frimoiit à Wrcde de Brienne le 3 février S je portai en avant toute ma cavalerie suivie par mon infanterie formée en trois colonnes. Je rejoignis l'ennemi à Brienne. Sa cavalerie se tenait seule dans la plaine ; son infanterie était déjà dans les défilés et la gauche ennemie s'appuyait au village de Perthes. Ma cavalerie se porta vivement en avant, mais elle ne parvint pas à atteindre l'ennemi qui se retira sans attendre mon attaque. >/

Les troupes françaises, dès qu'elles avaient remarqué le déploiement des trois corps alliés, s'étaient, en effet, reportées en arrière sur la route de Lesmont, sur une ligne allant de Briennele-Château à Perthes-en-Rothière. La cavalerie de Milhaud, dont la droite était protégée par l'infanterie postée dans les déiilés et dont la gauche s'appuyait au village de Perthes, couvrait ce mouvement.

Le III« corps avait de Brienne-la- Vieille continué sa marche sur Brienne et n'était parvenu à enlever la ville et le château qu'après un engagement assez vif avec l'arrière-garde française. L'artillerie de Tavant-garde des Austro-Bavarois et deux batteries h cheval du IV® corps avaient efficacement soutenu le mouvement des troupes de Gyulay, qui s'était effectué sous les yeux mêmes du généralissime. Schwarzenberg , s'il faut en croire les docunuînts autrichiens , résolut h ce moment de fiiire suivre par les ni« et IV® corps les dernières troupes françaises en retraite sur Lesmont, pendant que Wrède avec le V« corps, prenant plus h droite, se dirigeait vers la Voire et Uosnay-rHùpital.

Marche du V* corps vers la Voire. — Combat de Rosnay.

— D'après l'historiographe de Wrède, au contraire, et surtout d'après le journal du prince de Taxis, le mouvement du V® corps contre Rosnay n'aurait pas été ordonné par Schwarzenberg. « Le commandant du V® corps avait, ainsi s'exprime à ce propos Taxis *, envoyé le 1®^ février au soir un de ses officiers au géné-

* Le général de cavalerie baron Frimont au général comte Wrède. {K. K. Kriegs Archiv., 11, 47 b.)

' Tagebuch du major prince de Taxis. (Ibid., XllI, 32.)

ralissime et cet officier revint de Bar-sur-Aube sans rapporter d'ordres. » A peine Wrède avait-il dépassa, Brienne qu'on lui signala sur sa droite la marche d'une colonne française se dirigeant le long de la Voire, vers Rosnay. Craignant pour sa droites et espérant aussi arriver avant l'ennemi aux ponts de la Voire, Wrède laisse le prince royal de Wurtemberg libre de poursuivra» l'ennemi i\ sa guise et prend, avec le V« corps, la route qui mène à la Voire.

« Il aurait certainement mieux valu , ajoute l'aide de camp de Wrède, pousser droit vers l'Aube et poursuivre l'ennemi, puisqu<^ WW'de avait plus de cavalerie que le prince royal de Wurtemberg et qu'en outre il était plus près de l'ennemi que ce dernier. Si l'on avait agi de la sorte, on se serait très probablement emparé d'une bonne partie de l'artillerie française qui aurait eu de la peine h atteindre et h passer le pont de Lesmont. Au lieu d(; cela, on préféra prendre une autre direction et, h midi, la tête de la cavalerie du V» corps était au pont de la Voire. »

Avec la pointe de son avant-garde (3® bataillon de chasseurs autrichiens et régiment de hussards Archiduc-Joseph), Wrède se porta rapidement en avant dans l'espoir de s'emparer des ponts existant à l'ouest de Rosnay sur les différents bras de la Voire et qui font communiquer ce village avec Lassicourt. A cause de la gelée, les Français n'avaient pas pu les détruire complètement en se retirant et avaient dû se borner h y faire une coupure incomplète faute d'outils pour scier les longerons.

Il était en effet extrêmement important pour Wrède, s'il voulait arrriver à séparer Marmont du reste de l'armée , de prendre au plus vite pied sur la rive droite de la Voire et de s'établir sur les hauteurs protégées par le terrain marécageux s'étendant à leur pied, de façon à pouvoir y attendre, malgré les attaques de l'ennemi , l'arrivée du gros de son corps. Les chasseurs à pied autrichiens et deux des escadrons de hussards réussirent au premier moment h passer sur la rive droite de la Voire où ils furent même rejoints par quelques compagnies d'infanterie de Szeckler. Mais après avoir bravement résisté h deux attaques des troupes de Marmont, ils furent chargés et sabrés par la cavalerie légère française et rejetés sur la rive gauche.

Malgré l'arrivée en ligne de la division Rechberg et bien que soutenues et préparées par ies feux de l'artillerie du V« corps.

les attaques de Wrède, tant celles dirigées en avant de Lassicourt que celles tentées plus à droite par la brigade du prince Charles de Bavière , échouèrent complètement contre les habiles dispositions du duc de Raguse et la bonne tenue de ses troupes. Le combat avait pris des proportions si considérables, le feu était si vif que l'empereur de Russie, le roi de Prusse et Schwarzenberg, après avoir tenu à Brienne la conférence dans laquelle on avait décidé définitivement la séparation des deux armées, crurent nécessaire de se rendre en personne sur le théâtre de la lutte où jusque vers 5 heures du soir tous les efforts du V® corps vinrent se briser contre la résistance énergique et habilement dirigée de quelques faibles bataillons français.

Wrède paraissait même disposé à renoncer à une entreprise qui coûtait déjà beaucoup de monde k son corps d*armée, lors- (ju'une circonstance fortuite obligea le duc de Raguse à se retirer. Les uhlans de Schwar/enberg , en remontant le cours de la Voire, avaient découvert un gué aux environs de Rances. Passant la rivière sur ce point, ils menaçaient maintenant l'aile gauche du maréchal qui ayant, d'ailleurs, atteint le but qu'il s'était proposé, crut avec raison que le moment était venu d'évacuer d'abord Rosnay, puis les hauteurs, de battre méthodiquement en retraite et de prendre un peu d'avance sur l'ennemi. Le duc de Raguse se replia alors par échelons, et, gnice à la neige (jui tombait à gros flocons, gnlce au bon maintien des tirailleui*s qu'il avait laissés sur ses positions, les Alliés ne s'aperçurent de son départ que lorsque le gros de son corps était déjà en marche sur Dampierre où son arrière-garde même parvint à le rejoindre sans avoir été inquiétée en route;. Marmont avait si bien dissimulé sa retraite (jue les partis de cavalerie qu'Hardegg avait poussés après l'évacuation de Rosnay jusqu'à deux lieues en avant de ce point, rentrèrent à 7 heures du soir en annonçant que non seulement ils n'avaient relevé aucune trace de l'ennemi, mais qu'ils n'avaient même pas aperçu à l'horizon le moindre feu de bivouac.

Après le combat {\m avait coûté, de l'aveu même de l'historien de Wrède, 53 officiers et 1,045 hommes au V^^ corps *, la division

* IIeilmann, WrèdCf p. 340. — Voiri, d'aiUcurs, en quels termes le géiit^ral Friraont s'exprime, â propos de cette affaire, dans son rapport à Wrède : a A Hosnay, la gauche eunemie prit position pour assurer la retraite de Taile

(lu comto Anloino Hardegfç so rantonnu h Lassirourl. Doux ronipagnios autricliiiMines iti trois (îonipagnios bavaroises furent chargi^es de la garde des ponts. Trois escadrons et deux compagnies s'établirent en avant de ces ponts sur la rive droite de la Voire sur les hauteurs de Bétignicourt à Rosnay. On pla^*a également une grand'garde îi Bétignicourt et une autn^ sur la rive gauche de la Voire, à Saint-Christophe. Quant au gros du V« corps, il revint, dans la soirée, camper k Brienne.

Dans son TageOuch le prince de Taxis ne pouvait naturellement passer sous silence le combat de Rosnay : « Le pont, (juoique endommagé, était encore praticable. Il était établi près du villagt» de Rosnay-l'Hôpital, qu'occupaient les troupes de Marmont. Le maréchal se posta aussitôt sur une hauteur en face du pont. L'infanterie bavaroise essaye de l'en déloger; mais elle est nîpoussée sous les yeux de l'empereur de Russie, du grand-duc Constantin et de Schwarzenberg. »

« Sans chercher à atténuer les fautes incontestables que Wrède commit le 2 février, ajoute un peu plus loin Taxis, on peut toutefois faire nîmarquer que le vrai coupable n'est autre que Wittgcmstein qui s'était entêté à aller à Vassy, le 31 janvier. Si le comte Wittgenstein avait consenti , dès le 30 janvier, i\ suivre les conseils de Wrède, la bataille de La Rothière aurait eu d'autres conséquences, et en tous cas, pris h revers le 2 février par une attaque venant de Montier-en-Der, Marmont aurait été certainement gravement compromis. Au lieu de cela , il put défendre le passage de la Voire îi Rosnay et réussit à s'y maintenir d'autant mieux que de nouveaux ordres de S(îhwar/enberg dirigèrent, le 3 février, le corps de Wrède sur Lesmont. Le combat, qui coûta beaucoup de monde aux Bavarois, dura jusqu'au soir, et Marmont put se replier dans la nuit et atteindre l'Aube. »

Rien mieux que ce témoignage rendu au duc de Raguse par l'aide de camp môme de son adversaire, ne saurait mettre plus complètement en lumière les inexplicables contrastes que présente la conduite du duc de Raguse pendant toute cette cam-

droite et tint bon jusqu'à ce que Tordre de se replier lui fiU parvenu. L'ennemi, eu se retirant, avait eu le temps de détruire les ponts. Aussitôt après l'occupation de Rosnay, le comte Antoine Hardegg avait envoyé des partis de cavalerie sur la route d'Arcis-sur-Aulie. >> (A'. K. Krieg» Archiv., H, 47 6.)

pagne ot les inconcevables défaillances d*un des plus habiles lieutenants de TEmpereur. Dans toute sa retraite du Rhin jusqu'il l'Aube, il avait fait preuve d'une mollesse et d'une négligence qui lui avaient déjîi valu de justes reproches de TEmpereur. Puis tout h coup, au moment même oh après avoir compromis le sort de son arrière-garde «'i Saint-Dizier, après avoir, par un excès de prudence, par une timidité presque coupable, abandonné à quelques Cosaques les positions que Napoléon lui avait prescrit d'occuper du côté de Soulaines, après avoir permis ainsi à Wrède de venir jouer sur le champ de bataille un rôle qui devait nous être si fatal, il se ressaisit tout à coup. On retrouve alors h Rosnay le hardi capitaine qui jadis n'avait pas craint avec 6,000 hommes d'attaquer 15,000 Russes li Castel-Nuovo et qui, par cette victoire, avait assuré la conquête de la Dalmatie; on reconnaît le vainqueur de l'archiduc Charles ?i Znaïm, le brillant chef de l'armée de Portugal dont les belles manœuvres avaient réussi à arrêter, pendant près de six mois, l'armée de Wellington; mais le duc de Raguse avait malheureusement perdu cette ardeur, cette énergie, cette volonté qui avaient fait sa réputation. Sa lassitude, son découragement, ses compromissions devaient non seulement paralyser plus d'une fois, dans le cours de celte campagne, ses grandes et réelles qualités militaires , mais encore ternir à tout jamais l'éclat d'une gloire jusque-là immaculée et sans tache.

Affaire des III^^ et IV* corps à Lesmont. — Pendant que la résistance du duc de Haguse arrêtait le V« corps du côté de Rosnay. deux bataillons du III^ corps avaient continué à filer en avant de Brienne par les hauteurs qui s'élèvent le long de l'Aube. Ils devaient flanquer la gauche de la cavalerie du IV® corps qui, soutenue par ses batteries îi cheval, suivait, en faisant surtout usage de son artillerie, l'extrême arrière-garde française en retraite sur Lesmont par Précy-Saint-Martin. Pendant cette marche le régiment autrichien de hussards Archiduc-Ferdinand atteignit, entre Saint-Christophe et Lesmont, un régiment de lanciers polonais (ju'il culbuta *.

* Stàrkr, Kintheilung und Tagesbegebcnheiten der Haupt-Armee im Moiiate Ft»bruar (A'. K. Kriftjs Àrchiv., Il, i). et Journal iVojH'ratwn* dufV^ corpx, par le ^éiioi-al comte Baillet de Latour (/6i(i.. XIII, 5C).

Le prince royal de Wurtemberg arriva ainsi, en suivant la cavalerie française, jusqu'au pied des hauteurs de Lesmont où TEmpereur, afin de couvrir sa retraite, avait massé les divisions Meunier et Decouz, soutenues par 24 bouches h feu chargées de donner h la cavalerie française le temps nécessaire pour prendre position derrière l'infanterie et d'arrêter, parleur feu, la cavalerie du IV« corps. Le prince royal de Wurtemberg n'ayant pas d'infanterie sous la main fut obligé, d'abord de faire halte, puis de se retirer avec ses batteries hors de portée du tir de l'artillerie française. L'fCmpereur profita de ce mouvement rétrograde pour ramener h 4 heures le gros de ses troupes sur la rive gauche de l'Aube. Il ne laissa plus h Lesmont qu'une faible arrière-garde (le 400 à 500 hommes destinée à ralentir jusqu'au soir la marche des Alliés.

Pour débusquer cette poignée d'hommes de Lesmont, Gyulay, dont le corps d*armée était arrivé en ligne presque en même temps que l'infanterie du IV® corps, forma la brigade CzôUich par bataillons en masse sur les hauteurs de Précy. Il comptait attaquer Lesmont par la gauche, pendant que le général Stockmayer, avec quatre bataillons du IV« corps, se porterait contre ce point en suivant la chaussée. L'arrière-garde française abandonna alors Lesmont, repassa sur la rive gauche de l'Aube après avoir détruit le pont et s'établit solidement dans les maisons situées sur les bords de la rivière. Un escadron du 3® régiment de dragons wurtembergeois (régiment du Prince royal) conduit par le li(iutenant-colonel von Bismarck, chef d'état-major de la cavalerie du IV« corps, avait vainement essayé de pousser jusqu'au pont et d'en empêcher la destruction. Il avait dû se replier devant le feu meurtrier partant des maisons de la rive gauche. Un escadron de chevau-légers de Klenau avait également tenté l'entreprise, mais sans plus de succès *. Les tirailleurs français réussirent ainsi h se maintenir sur la rive gauche de l'Aube pendant presque toute la nuit du 2 au 3 février et empêchèrent, par leur présence et par leur feu, les Alliés de procéder au rétablissement du pont. Une partie de l'infanterie des III'' et IV« corps se cantonna h Lesmont et à Saint-Christophe; le reste de l'infanterie et la cavalerie dans

1 Oyulay à Schwarzenberg. Relalion sommaire de la bataille de La Rothière, {^' el 2 ftWrior 1814. (K, K. Kriegê Archiv., Il, 34.)

los villages voisins do la rive droite de TAube. La division Crennevillo, (jui avaitdû attendre à Vendeuvre l'arrivée des colonnes de Colloredo, s'arrêta le 2 au soir à Saint-Léger sous Brienno.

La destruction du pont de Lesmont, conséquence de la résistance opposée par les deux divisions de Ney aux III« et IV« corps, aurait pu être facilement évitée si Ton avait jugé à propos au quartier général des Alliés de se servir, à défaut du !««• corps autrichien, de la division Crenneville, dont on semble avoir oublié la présence sur la rive gauche de l'Aube.

Mouvement du !•' corps. — Le I^f corps aurait d'ailleurs pu, lui aussi, être utilisé sur la rive gauche de l'Aube. Bien que de Bar-sur-Seine le commandant du l^^ corps eût envoyé: vers l'Yonne sur Chaource la division légère du comte Ignace Hardegg (2 bataillons, 12 escadrons et 1 batterie à cheval) ; sur Fouchères, avec ordre de surveiller la rive gauche de la Seine entre Bar-sur- Seine et Troyes, la division légère du prince Maurice Liechtenstein, et à Vin^y-sous-Bois un régiment d'infanterie chargé de soutenir cette dernière division, il lui restait encore 27 bataillons et 12 escadrons avec lesquels il quitta Vendeuvre à 6 heures du malin, se dirigeant sur Dienville dont on lui avait laissé ignorer l'occupation et où ses troupes entrèrent vers 11 heures 1/2. Le feldzeugmeister informa aussitôt le généralissime de son arrivée, lui demanda des ordres et lui fit remarquer que, d'après les renseignements (ju'il avait recueillis, la route de Dienville à Piney paraissait être im])ralicable pour l'artillerie. Colloredo avait h peine transmis ces renseign(»ments au quartier général qu'il reçut l'ordre de s(* porter par Piney sur Troyes. iMais en présence du mauvais état des routes et des réclamations du feldzeugmeister, le généralissime consentit, dans le courant de la journée, à modili(;r ses instructions et à l'autoriser, au li(»u d'agir contre le liane droit de l'ennemi en retraite, h reprendre le chemin qu'il venait de parcourir et ?i retourner h Vendeuvre avec son corps d'armét» ^ pour continuer de là vers Troyes.

Le l'^f corps, relardé dans sa marche par un temps épouvantable et par de violents ouragans de neige, ne put atteindre Vend(Mivr(.' (|ue dans la nuit du 2 au 3. Son artillerie n'y arriva

« rn'îiu'ral Tnipp au ^«'iiôral Radetzky. (A'. K. h'ne.yx Archir., II, 71.)

mftme que le 3 h G heures du matiu, et tout ce qu*il put faire fui de pouss(T sur la route d(î Troyes le régimeut de chevau-légers Rosenberg qui s'établit eu avaut-postcs aux environs de la Villeneuve-au-Chône.

Houvement des gardes et réserves. — Affaire de cavalerie de Villiers-le-Brûlé. — Dans la matinée de ce même jour, Schwar/enberg avait donné Tordre au général Ocharoffsky de passer TAube, avec la cavalerie légère de la garde russe, au pont deDolancourt, d*en descendre le cours par la rive gauche en se dirigeant sur Piney, afin de chercher la direction prise par Tarniée française en retraite. Or, comme Barclay de Tolly craignait de laisser cette division de cavalerie légère sans soutien, il avait prescrit au corps de grenadiers du général Raïeffsky et aux 2« et 3® divisions de grenadiers russes de se mettre en mouvement de Trannes sur Dienville et de là sur Piney. Ces réserves , parties de Trannes le matin, poussèrent, d'après les documents russes, jusque vers Villiers-le-BrûIé (h 2 kilomètres de Piney), tandis que, d'après les documents autrichiens, les grenadiers et les cuirassiers n'auraient pas dépassé Radonvilliers.

Quant aux gardes et à la 1^* division de cuirassiers parties, comme les grenadiers , de Trannes, elles se portèrent sur Vendeuvre, à la grande surprise de Colloredo qui n'avait pas encore reçu la dépèche par laquelle le généralissime, l'informant h 10 heures du soir de ce mouvement, l'invitait î\ céder la place aux gardes et fi continuer aussitôt après sur Troyes. Au moment où la tète de colonne des gardes paraissait h Vendeuvre, le l^^ corps n'y était encore installé qu'en partie, et l'arrivée simultanée de ces deux corps débouchant, l'un par la route de Dienville, l'autre par celle de Dolancourt, produisit dans ce cantonnement, déjà trop exigu pour un seul corps, un encombrement et une contusion indicibles. La plus grande partie des troupes dut y camper à la belle étoile par un temps épouvantable. De toutes ces troupes , la division de cavalerie légère de la garde russe du général Ocharoffsky eut, seule de ce côté, une petite affaire avec la cavalerie française.

Aussi pendant que le général Seslavin *, qui battait la campagne

Rapport de Seslavin à Ban'lay de ToUy.

oniro Pincy et Lesmont, annonçait d'apri>s les renseignements qu'il tenait d'un officier prisonnier que toute l'armée française battait en retraite de Lesmont sur Vitry, le général Ocharoffsky mandait le 2 février, à 6 heures, à Barclay de Tolly ', qu'il avait donné, ;i hauteur de Villiers-le-Brûlé, contre un parti de cavalerie française et qu'il l'avait rejeté dans la direction de Piney. Le général Ocharoffsky ajoutait, d'ailleurs, qu'il avait été arrêté par 2,000 hommes et 6 bouches à feu venant de Lesmont. Ces renseignements contradictoires augmentèrent encore l'inquiétude qui régnait îi ce moment au grand quartier général.

L'Empereur, en effet, avait de Lesmont, h 1 heure de l'aprèsmidi, fait prescrire par le major-général h Grouchy de se porter sur Piney avec sa cavalerie qui devait être suivie par le 2« corps (duc de Bellune) , et le rapport que Milhaud adressa de Villierslo-Brûlé h 8 heures du soir fi Grouchy, permet de se rendre un compte exact de l'affaire de Villiers-le-Brûlé. « Nous avons trouvé h Villiers-le-Brûlé un régiment de dragons et un régiment de uhlans russes forts de 1,000 chevaux. Nous avions sur notre droite un régiment de Cosaques*. Nous avons dû charger trois fois pour les éloigner du village. Le bataillon du 26« n'a qu'une compagnie de 150 hommes dont les fusils font à peine feu. J'ai ordonné qu'on coupe deux ponts, l'un qui conduit i\ Dienville et un autre sur le flanc du village ; mais on trouve partout des gués. La brigade Ludot a été seule engagée avec l'ennemi ; je l'ai fait soutenir par la compagnie d'infanterie, mais j'aurais eu besoin d'un bataillon pour occuper avec sûreté le village ". Le pain et left vivres manquant à mes troupes. Les hommes sont fatigués par le service et se plaignent de ne pas manger en France. Je sollicite pour eux les distributions comme pour l'infanterie. C'est le vrai moyen de conserver l'énergie de nos soldats et de les empêcher de déserter.

1 Gt^nëral Ocharoffsky à Barclay de Tolly, de Villiers-lo-Brûlé, 2 février. 6 heures du soir.

s Les régiments russes, dont le général Milhaud parle dans son rapport, sont : les régiments de dragons et de uhlans de In garde et le régiment de cosaques du Don, de la garde.

» On est loin, on le voit, des 2,0()0 hommes d'infanterie dont parle Ocharoffsky dans son rapport.

« P.'S. — Nous sommes environnés de 3,000 chevaux ennemis et leurs feux de bivouac sont à 500 mètres des nôtres. »

Chose sinfjulitre : c'6l<iit sur ce point s(îu1 que les Alliés avaient, le 2 au soir, établi, quoique fort incomplètement, le contact avec les troupes en retraite de Napoléon. Partout ailleurs on avait trouvé moyen de perdre jusqu'à la trace de l'armée française.

Affaire de Thnm avec les habitants d'Enry. -- Mouvements de Platoff . — A la gauche des Alliés, le lieutenant-colonel comte Thurn s'était proposé de se relier ce jour-là, par Avreuil et Les Granges, avec la division du comte Ignace Hardegg postée îiChaource; mais les habitants d'Ervy accueillirent son avantgarde à coups de pierre. Thurn les fit charger par un demi-escadron et, aussitôt après son entrée dans cette petite ville, prévint le maire qu'il le ferait fusiller à la moindre agression tentée contre son détachement par ses administrés. « Cette menace, dit Thurn *, jointe à l'envoi de patrouilles, ramena le calme. » Malgré cela, le lieutenant-colonel n'osa pas cantonner son monde dans la ville et il bivouaqua ii peu de distance d'Erx'v sur une hauteur d'où il dominait et surveillait la route de Saint-Florentin.

Plus à gauche encore, Platoff avait, dans la nuit du 1«f au 2 février, quitté sa position de Mdlay. Passant de la rive droite sur la rive gauche et remontant le cours de l'Yonne, il se dirigeait sur Villeneuve-le-Roy (Villeneuve-sur- Yonne).

Le général Allix avait été renforcé par la cavalerie du général du Coëtlosquet, auquel il avait recommandé de ne pas s'engager, de ne rien compromettre , d'attirer cependant sur lui l'attention des Cosaques et de se poster avec 300 chevaux sur les hauteurs de Rozoy. en envoyant deux partis sur Véron et sur Passy. Mais ces partis se laissèrent entourer et prendre sans tirer un coup de carabine, et le général du Coëtlosquet dut se retirer, sans être inquiété sérieusement, il est vrai, jusque sur les bords de la Vanne, h peu de distance de Sens. Cette escarmouche avait coûté

* Starke, Eintheilnng und Taj^esbegebenheiten der Haupt-Arinee {K, K, Krieg»Archiv.,l\, 1), et Thurn à Sch\^arzenberg, Chamoy» 4 février. 6 heures du soir {Ibid., II. 81).

à la cavalerie française, rien qu*en prisonniers : 1 lieulonanlcolonel, 3 officiers et 80 hommes \

Le général Allix , ayant quitté Sens de son côté, marchait par la rive gauche sur Villeneuve-le-Roi, en passant par Paron, Gron et Marsangis; les partis qui couvraient sa droite s étant laissé, eux aussi , enlever aux environs de Marsangis, le général , après avoir repoussé les Cosaques, crut devoir se replier sur Sens.

Malgré ces quelques avantages, Platoff, sachant que le général Montbrun occupait Pont-sur- Yonne avec deux bataillons de gardes nationales, informé d'autre part de l'arrivée en ligne de la brigade de cavalerie du général du Coëtlosquet (qui se replia d*aiUeurs, le lendemain 3, sur Fontainebleau), au lieu de se porter sur Melun en descendant l'Yonne et la Seine , crut plus sage de se diriger par Courtenay vers Fontainebleau. Platoff avait cependant (»squissé un mouvement vers Montargis et envoyé dans cette direction un parti de Cosaques, sous les ordres du capitaine des gardés Bergmann qui, après avoir passé la nuit du l*"" au 2 à Courtenay, s'avança le 2 dès l'aube jusqu'aux environs de Montargis. Le capitaine Bergmann réussit h délivrer sur ce point un convoi de 405 officiers, 15 sous-officiers . 82 soldats espagnols, 49 femmes et 4 enfants qu'on évacuait d'Épernay sur Bourges*. Le parti du capitaine Bergmann se dirigea ensuite des environs de Montargis vers Ferrières.

Houvement du VP corps sur Vitry et Hontier-en-Der. —

Non content de faire exécuter au corps de CoUoredo des marches et des contremarches, fétat-major général avait procédé de la même façon h l'égard du VI® corps. De son quartier général de Saint-Dizier, Wittgenstein, dont les corps ' servaient de réserve au

1 Rapport du général AHix au ministre de la guerre. Sens, 3 février, 5 heures du matin. (Archives de la guen-e,) — Starke, Eintheilung und Tagesbegebenheilen der Haupt-Armee im Monate Februar. {K, K. Krieg$ Archiv., II, 1.) — Rapport de Tataïuan comte Platoff au prince de Schwarzenborg. ViUeneuve-le-Roy, 3 février (IbUt., Il, ad. 120).

« Major Legros, commandant à Montargis, au ministre de la guerre, Montargis, 6 février. (Archives de la guerre.) — Rapport de PlatoflT à Schwarzenberg, Villeneuve-Ie-Roy, 3 février (A'. K. Kriegs Archiv., ad. II, liO), et Starcb, Kintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Februar {Ibût, 11, 1).

' Le œrps du prince Eugène de Wurtemberg était posté à Longcbamp, et la division Helfreich à Orconte.

I^f corps prussitMî, avait prescrit h la cavalerie du général Pahlen de continuer sa marche sur Vitrv cl de se relier avec York. Pahlen, après avoir rallié en roule le détachement du généralmajor Rûdinger *, se porta de Chavanges sur Gigny et Bussyaux-Bois et poussa ses avant-postes jusque vers Yitry, pendant que le général Ilowaïsky XII continuait h observer les Français postés sur la ligne Mai/Jeres — Rosnay. Vers midi, on entendit le canon dans la direction de Yitry. Mais comme Witlgenstein * se préparait à marcher dans celte direction , il reçut du généralissime un ordre rédigé à la sortie de la conférence qu'il venait de tenir avec les souverains au chilleau de Brienne, par lequel il lui prescrivait de revenir sur ses pas et de retourner à Montier-cn- Der.

Opérations du P"* corps prussien. — Escarmouche de Saint-Amand. — Ces contre-ordres, ces incessants changements de direction du YI* cor[)S n'étaient guère de nature à faciliter la mission confiée k York, chargé de s'emparer de vive force do Yitry, dont il importîiit cependant aux Alliés de hîlter d'autant plus la prise qu'ils avaient connaissance de l'approche des troupes du duc de Tarenle.

York employa la matinée à concentrer son corps près de MaroUes, à faire passer l'Ornain à son gros près de Vitry-le-Brûlé et il masser la 8* brigade entre Bignicourt et Frignicourt, pendant que sa cavalerie de réserve sous le général von Jûrgass et le détachement du colonel comte Henckel recevaient Tordre de pousser de Yitry-le-Brûlé, Changy et Saint-Quentin vers ChAlons '. York en personne procéda, pendant ce temps, à une reconnaissance approfondie de la place même de Yitry. A la suite de cette reconnaissance et afin de ménager ses forces, dont il avait besoin pour ôtre à même de pouvoir résister i\ Macdonald, il résolut de tenter l'attaque de la place « sur trois colonnes, pendant la nuit

* Le détaoheiiient du gént^ral-major Rudiiigcr se composait, à ce moment, des hussards de Grodno, de trois escadrons de hussards de Soumy, d'une brigade d'infanterie appartenant au 2* corps russe du prince Eugène de Wurtemberg, et de quatre pièces d'artillerie à cheval.

« Wiltgenstein à Schwarzenberg, Saint-Dizier, 2 février. (A'. K. Krieys Archiv.j 11, 26. et ad. 11, 26.) — Starke, Eintheilung und Tagesbegcbenheitcn der Uaupt-Armee im Monate Februar (Ibid,, 11, 1).

du 2 au 3, ou, pour mieux dire, à Taube * ». Afin de couvrir sa gauche, York avait envoyé sur la rive gauche de la Marne deux escadrons do cavalerie qui, sous les ordres du capitaine Steinemann, poussèrent sans encombre jusqu'à Sompuis, où cet officier se relia vers le soir avec les coureurs de Blûcher.

Mais pendant qu*York s'occupait de préparer les ordres pour l'attaque de nuit qu'il méditait, le général Katzler, posté à Vitryle-Brûlé, recevait du général von Jiirgass l'avis de l'approche de Macdonald.

Le duc de Tarente avait, en effet, prescrit, le 2 au matin, aux généraux Molitor, Exelmans et Brayer, de pousser jusqu'à Vitry ; au duc de Padoue d'aller à La Chaussée, en envoyant toutefois sur la voie romaine menant à Bar-le-Duc la moitié de sa cavalerie qui devait occuper le soir Francheville, Saint-Jean-sur- Moivre, Coupéville et Le Fresne; enfin, au général Sébastiani de venir à La Chaussée avec les batteries de réserve. A 2 heures de l'après-midi, le 11» corps et le 2« de cavalerie marchaient sur la route de Vitry, le 5« corps et le 3« de cavalerie étaient à La Chaussée*. La neige, tombant à gros flocons depuis le matin, n'avait cessé d'obscurcir l'horizon et avait couvert jusqu'à ce moment la marche de la cavalerie française, lorsqu'à la faveur d'une éclaircie, les vedettes prussiennes, postées en avant de Saint- Amand, aperçurent à peu de distance la tète de la colonne française en marche sur Vitry. Des deux côtés on évita tout engagement sérieux et, comme Macdonald l'écrivait au major-général (le La Chaussée, « on perdit le temps en dispositions inutiles, malgré mon ordre formel de pousser sur Vitry. Comme la neige tombait à gros flocons, on a craint de s'engager, en sorte que l'ennemi n'est qu'à une lieue d'ici et nous avons pris position au village de La Chaussée, échelonnés sur Pogny. C'est ainsi que nous passerons la nuit et dès la pointe du jour nous attaquerons vivemeni, si nous ne sommes pas prévenus. L'intention de Tennenii paraît être de manœuvrer par la droite. »

A 7 heures du soir, tout était rentré dans le calme *. Cette

* York à Schwarzenberg, Ecrienues, 2 février, H heures du soir. (K. K. Krxegs Archiv., 11, 29.)

s Macdonald au major-géoéral et à Kellerinann, de Châlous et de La Chaussée, 2 février. {Archives de la guerre.)

s Relation du combat de La Chaussée, par le général von Jûrgass.

escarmouche, quoique bien insignilianU» en elle-mcnie, allait néanmoins exercer une influence néfaste sur la marche des événenuînls. Jusqu'à ce moment en effet, York, tout en redoutant l'arrivée d(^ Macdonald, ne songeait qu'à remplir la mission dont on l'avait chargé et portail toute son attention sur Vitry, dont la possession avait, d'ailleurs, une valeur réelle pour les Alliés comme pour nous. Décidé à tenter la fortune et à essayer d'enlever la place à la faveur des ténèbres, et, si faire se pouvait, par surprise, il avait déjà désigné à ses trois brigades d'infanterie des cantonnements rapprochés de Vitry, l'enserrant sur ses faces sud et est, de MaroUes jusqu'à Plichancourt, et d'où son infanterie devait sortir avant l'aube pour s(î jeter sur la place. Du côt(î de Chi\lons, sa cavalerie, soutenue par quelques petits groupes d'infanterie, s'échelonnait de Saint-Amand jusque vers Vitry-le-Brûlé. En raison môrae des projets nourris par York, une concentration générale de son corps, d'ailleurs presque impossible, était en tout cas non seulement inutile, mais même dangereuse pour lui. La cavalerie française avait donc une excellente occasion de frapper un grand coup. Elle pouvait, avec un peu d'énergie, profiter de sa supériorité numérique momentanée pour forcer le passage, chasser de Saint-Amand le petit détachement du colonel comte Henckel (5 escadrons, i bataillon de fusiliers et une demi-batterie), le rejeter en désordre sur les dragons de Jùrgass précisément en train de s'installer, les uns au bivouac, les autres dans leurs nouveaux cantonnements, bousculer le tout sur les 2 bataillons, les 4 escadrons et les 2 pièces que le général von Kat/ler avait fait partir de Vitry-le-Brftlé à la première nouvelle de l'apparition des cavaliers français, mener la poursuite tambour battant jusqu'à Vitry-le-Brûlé, donner la main aux défenseurs de Vitry-le-François et obliger York à en lever le siège. On pouvait encore, si l'on voulait user de prudence, les observer, après avoir reconnu la présence des Prussiens aux environs de Saint-Amand, se contenter de donner le temps aux corps échelonnés en arrière de venir sur La Chaussée, attendre les événements sans se montrer, sans donner l'éveil, et, en marchant le lendemain au canon, arriver sous Vitry pour tomber sur York dès qu'il aurait dessiné son attaque contre la place. Mais pour cela il aurait fallu que le général Exelmans se fût rendu un compte exact de la situation et des avantages qu'il pouvait en retirer. Non content

de se laisser amuser et arrêter d'abord par un petit poste de 40 dragons de Lithuanie, puis par un escadron, puis, au bout de quelque temps, par un autre escadron et par une faible compagnie de chasseurs, il commit la faute de montrer jusqu'à 12 escadrons, de refuser tout combat, de se retirer sur La Chaussée, de révéler ainsi à York l'imminence du danger auquel il venait d'échapper et de lui donner le temps et les moyens, non seulement de soutenir sa cavalerie d'avant-garde, mais de modifier ses projets.

« Il y a quelques heures, écrivait York k Schwarzenberg, on m'a mandé qu'une colonne ennemie marchait de Chdlons sur Vitry. C'est peut-être le maréchal Macdonald qui est arrivé à Châlons depuis deux jours. J'ai envoyé aussitôt une brigade de ce côté et l'on m'apprend, pendant que j'adresse ce rapport à Votre Altesse, que l'ennemi occupe en force La Chaussée, sur la route de Châlons à Vitry. Ma brigade l'a arrêté sur ce point. S'il ne se retire pas de La Chaussée cette nuit, je l'y attaquerai demain matin et remettrai l'assaut sur Vitry, jusqu'à ce que j'aie rejeté l'ennemi de La Chaussée sur Chîllons '. »

Une démonstration maladroite et la mollesse d'Exelmans allaient avoir de graves conséquences. Y'ork, désormais certain de la présence enlre ChAlons et Vitry du corps de Macdonald, va renoncer à ses projets contre cette place, et tandis qu'on aurait pu ou le surprendre et le bousculer alors que ses corps étaient encore disséminés, ou l'observer et attendre pour le prendre à revers qu'il ait tourné tous ses efforts et toute son attention contre Vitry, la timidité des chefs de la cavalerie de Macdonald va nous valoir la défaite de La Chaussée et amener non seulement la chute de Vitry, mais la perte de Chîllons. La fortune, on le voit, souriait toujours aux Alliés.

Le I^' corps prussien occupa par suite, le â au soir, les positions suivantes : le détachement du comte Henckel à Aulnayl'Aître, la cavalerie du général von Jûrgass à Saint-Amand, l'avant-garde du général von Katzler à Saint-Quentin. Les 7« et 8« brigades, postées pendant la nuit à Plichancourt et à Norrois, devaient éventuellement servir de soutien aux troupes de Jurgass

1 York à SolixNarzenberg, Ecrieiincs, 2 février, li heures du soir. (A'. K. Krietjs ArcfUv., U, 29.)

et d(; Katzler, tandis que la U^ brigado ({j[énéral von Pirch II) continuait à observfîr Vitry et restant sur ses positions qui s'étendaient de Vauclerc à Frignicourt.

Le duc de Tarente de son côté avait envoyé l'ordre à Ex(îlmans de placer sa cavalerie légère h Aulnay, Ablanoourt et en léte de La Chaussée, la grosse cavalerie à Oniey ; à Molitor de poster un bataillon h Aulnay, un autre en tôte de La Chaussée ot le reste de sa division dans le village ; îi Brayer d'établir sa division en arrière d'Aulnay ; h Sébastian! d'occuper avec le 5« corps Oniey et Pogny ; au duc de Padoue de s'échelonner de Sarry h Pogny, pendant qu'une division de cavalerie couvrirait sa gauche iiFranchevilleetDanipierre. Le maréchal faisait, en outre, revenir tous les bagages à ChAlons et les réserves d'artillerie à Vésigneul et Saint-Germain.

Le duc de Tarente tenninait son ordre en prescrivant de faire de fréquentes patrouilles et en recommandant ii la caval(»rie et à l'infanterie d'être toujours prêtes. Tune h monter à cheval et Tautrtî à prendre les armes. « Les ch(;vau\ d'artillerie resteront attelés à La Chaussée, les autres seront seulement garnis. Avant la pointe du jour, toutes les troupes seront sous les armes,, l'avant-garde à cheval, l'artillerie prête à être mise en batterie. »

Mouvements des autres corps de l'armée de Silésie. —

Pendant toute la matinée, les corps de l'armée de Silésie, dont nous n'avons pas parlé jusqu'ici parce qu'ils n'ont joué aucun rôle le 2 février, étaient restés immobiles sur leurs positions delà veille, et ce fut seulement à l'issue de la conférence qui s'était tenue dans la matinée au château de Brienne, que l'armée de Blùcher commença son mouvement vers la droite. Sa cavalerie passa la Voire à gué à Lassicourt vers la lin du jour, son infanterie (Sacken et Olsufieft) marcha par Rosnay sur Braux-le-Comte (Braux-lo Grand) où elle n'arriva que fort tard. Blucher installa sur ce point son quartier général. L'infanlerie russe se relia sur sa gauche avec la cavalerie du général IlowaislvyXII* qui, parti de Mai/ières le 2 dans la matinée, observait d'assez loin de la rive gauche d(i la Voire le mouvement rétrograde du corps du duc de Raguse.

* Le détachement d'Ilowaïsky XJI se composait des deux demi- régiments cosaques ilowaisky, KebrikoflF et de la moitié du régiment de WlassofT.

Weli.

Le 11« corps prussien, sous les ordres de Kleisl, avait marché vers Metz en une seule colonne, composée de son avant-garde, des 10« et 12« brigades, en suivant la grande roule jusqu'à hauteur de Woippy. Arrivé sur ce point, le II« corps se rejeta plus à droite pour contourner Metz sans se montrer. Longeant ensuite la rive gauche de la Moselle, il se cantonna le soir : Tavant-garde (Zieten) à Prény et Pagny-sur-Moselle ; la 10« brigade et le quartier général h Gorze et aux. environs; la 12« brigade à Moulins et Longeau. Kleist recul à Gorze Tordre de Blùcher lui enjoignant, au lieu de se diriger sur Saint-Mihiel dont le pont était détruit, de se porter sur Gommercy, d'y passer la Meuse et de continuer de là sur Sainl-Dizier, par Ligny et Stainville.

Le même jour, les rapports du général Rusca *, commandant la place de Soissons, du général Janssens au maréchal Kellermann et du maire de Brunehamel au préfet de l'Aisne, signalaient, les uns, la présence de hussards noirs de Liilzow à Garignan, leur marche sur Margut, ainsi que l'approche d'un gros parti de cavalerie venant sur Garignan ; les autres, l'apparition des Gosaques et de coureurs précédant de loin le corps de Winzingerode à Maubert-Fontaine, au sud de Rocroy.

Ordres et résolutions de l'Empereur. — Pendant que les Alliés perdaient un temps précieux en mouvements inutiles et préparaient leurs échecs en décidant définitivement la séparation

* Général Husca au ministre de la guerre, Soissons, 2 février; général Janssens au maréchal Kellermann, Méziùres, 9 février ; maire de Brunehamel au préfet de l'Aisne, 2 février. (Archives de la guerre.)

Le préfet des Ardennes devait, le 3 février, mettre le ministre de la guern' au courant de ces événements, qu'il présente toutefois d'une façon quelque peu différente :

« L'ennemi a surpris, écrit-il, un poste de 40 lanciers polonais à Garignan, dans la nuit du 29 au 30. Il a paru ensuite prés de Givet, se repliant devant une sortie de la garnison, se portant de là sur Hhilippcville, puis sur Marienbourg et sur Cou vin (pays de Liège). De Cou vin, il s'est dirigé sur Uocroy. chassant devant lui quelques gendarmes. De Rocroy, il s'est port*^, le 31, sur Maubert-Fontaine, y a pris 140 conscrits, que l'on a remis en liberté en attaquant l'ennemi le 2 février et le chassant sur Launoy. »

Nous aurons, d'ailleurs, l'occasion de revenir sur ces événements lorsque nous nous occuperons de la marche des corps de Biilow et de Winzingerode de la Belgique sur Laon et des opérations entreprises pendant ce mouvement, et en avant de ces deux corps, par les coureurs de Tchernilcheff et de Teltcn* born .

(le leurs deux niasses principales, Napoléon n'était pas reslé inaclif. Il avait, comme nous l'avons vu, commencé par dérober la véritable direction de sa retraite en faisant prendre position au corps du maréchal Marmont derrière la Voire. Le reste de la journée lui avait suffi pour voir clair dans le jeu des Alliés et, certain désormais ((u'ils allaient imiter la manœuvre qui avait élé si fatale îi Wiirmscr en 1796, il s'occupait déjîi des moyens à employer pour leur préparer un Castiglione ou un Lonato. Son i^énie, que la prospérité d'une part, puis la grandeur et la soudaineté des revers paraissaient avoir un instant endormi, va se réveiller plus puissant et plus admirable que jamais, à mesure que le danger qui le menace grandira et que les difticultés se multiplieront autour de sa petite armée.

Le 2 au matin il écrit de Piney au duc de Feltre * : « J(î serai demain à Troyes. Il serait possible que f armée de BUlcher se portât, entre la Marne et VAube, du côté de Vitry et de Chdions. De Troyes, j'agirai selon les circonstances. J'opérerai pour retarder le mouvement de la colonne, qu'on m'assure se diriger par Sens sur Paris, ou pour revenir manœ^uvrer sur HlUcher et retarder sa marche. »

Dès le malin, il avait fait connaître au général Bordesoulle* le mouvement que Marmont allait exécuter par la rive droite de l'Aube sur Arcis et lui avait prescrit d'assurer la défense d'Arcis, tout en envoyant un fort parti de cavalerie sur la route d'Arcis à Troyes pour garder les communications. Plus t^/d, au moment où il allait expédier ses ordres, il avait su que la cavalerie du général de Pire, qui avait pris position à Rouilly-Sacey, avait envoyé un parti à Creney sur la route de Troyes et un autre parti sur Géraudot pour observer les Cosaques qui avaient paru le * malin à Piney et qui, de là, étaient retournés à Géraudot où ils avaient passé la nuit du l*^'' au 2. La découverte de Pire avait signalé la présence d'un assez gros corps de cavalerie russe à Géraudot ^ Renseigné sur les mouvements de Tennemi, tant du

1 Correspondance (le Napoléon, n° 21109.

* Miljor-général au général BordesouUe, Brieone, 2 février. (Archives de la guerre.)

» Général de Pire au général Grouchy, Rouilly-Sacey > 2 février. (Archivée de la guerre.)

côté de Troyes que du côlé d'Arcis, Napoléon avait aussitôt (6 heures du soir) ordonné au général de France de s'établir à Villiers-le-Brûlé avec ses gardes d'honneur et le 10® hussards, d'occuper Brévonne et d'éclairer sur Dienville *.

Le général Gérard avait reçu Tordre de se placer à cheval sur la route de Piney h Dienville, pour soutenir la cavalerie; enfin, les ducs de Valmy et de Tarente devaient ne rien négliger pour contenir Tenneini et maintenir les communications entre Châlons, Vitry et Arcis.

Les nouvelles reçues au quartier impérial dans le cours de la soirée étaient, en somme, rassurantes : Pire *, d'une part, mandait à Grouchy que le 2« régiment de chasseurs de la garde et un régiment d'infanterie étaient à Creney et que le duc de Trévise devait être à Troyes. D'autre part, Mortier foisait savoir au général de France, îi Piney, qu'un de ses bataillons, 300 chevaux et une demi-batterie occupaient Aubeterre, assurant ses communications avec Arcis-sur-Aube, que le pont de La Guillotière était fortement barricadé et défendu par 8 canons et 3 bataillons, que ses reconnaissances avaient poussé le matin au delîi de Montiéraniey et n'avaient vu que peu de monde.

L'Empereur avait, en outre, complété ses dispositions par une mesure qui prouve combien cet homme extraordinaire conser\'ait son calme, son sang-froid et sa présence d'esprit au milieu des circonstances les plus graves et les plus difficiles. Après avoir envové ses ordres (h; mouvement, il avait, dès son arrivée à Troyes, dicté au major-général Tordre du jour suivant : « Les chevaux de main do la maison d(; l'Empereur, de messieurs les

* Nous avons vu que la présence dans ces parages du général Ocharoffsky avait empêché les généraux de France et Milhaud de remplir la dernière partie du programme. Grouchy, inquiet sur le sort de sa cavalerie, postée a Villicrsle-Brûlé, proposa au major-gi'néral d'y envoyer, outre la cavalerie du générai de France, un hataillon d'infanterie, parce que, disait-il, « il est probable que l'ennemi attaquera demain de honne heure le général Milhaud, et, s'il était repoussé, il en résulterait désordre et confusion à Piney. >>

Une dépêche du majoi -général à Grouchy, de Piney ail heures du soir, prescrivit à ce général d<' porter beaucoup d'attention à Villiers-le-Brûlé et de procurer au général Milhaud le moyen de se maintenir sur sa position. {Archives de la guerre.)

' Pire au général de Grouchy, et duc de Trévise au général de France. [Arokives de la yucrre.)

nian'»ohaux, dos oftidors d'iiifaulerie et de cavalerû», seront employés à porter les érlopp(^s au fur et ii mesure (pron les trouvera sur la roule.

« L'Empereur le recommande îi Thonneur et à l'intén^t que chaque officier doit mettre i\ sauver un camarade '. »

Conseil de guerre de Brienne. — Résolutions des Alliés.

— Les AUit^s avaient clé moins prompts à prendre des résolulions. On avait commencé par perdre toute la matinée et, avant de rien décider, on crut nécessaire d'examiner et de discuter eu conseil de guerre une situation cependanl bien simph» et bien claire.

Un peu après 9 heures du matin, l'empereur de Russie et le roi de Prusse, arrivés au chîlleau de Brienne, y convoquèrent SciiNvarzenberg. Bliicher, Barclay de Tolly et hnirs chefs d'étalmajor il une confénMice, dans laquelle on devait déterminer la marche ultérieure des opérations.

Dans toute autre armée, où le commandement supérieur aurait été effectivement confié ii un seul chef, on n'eiU mém«» pas songé îi réunir un conseil d(î guerre après La Rothière. La voie h suivre était toute tracée : il ne restait qxih achever ranéantissement de Tennemi vaincu, qu'à écraser sous une pression immédiate et éiuTgique les débris de son armée, qu'h changer sa retraite en déroute. Il suffisait pour cela de continuer à concentrer les efforts des deux armées et de mettre une bonne fois fin aux rivalités personnelles en investissant effectivement du commandement supérieur ou Schwarzenberg ou Blucher; mais c'était précisément sur ce point (pie l'on se heurtait îi des obstacles insurmontables. On a prétendu ((ue la difficulté de faire marcher et vivre une armée de 100,000 hommes avait été la cause déterminante de la séparation des deux armées, et que d'ailleurs, en présence de la défaite infligée la veille h l'Kmpereur, chacune des deux armées était à elle seule assez forte pour briser les dernières résistances qu'on pourrait chercher à opposer à leurs progrès et h leur marche triomphale.

On commettrait une grave erreur en voulant attribuer à des

* K. K. Kriegx Arehir., II. 177.

considérations d'ordre purement militaire les motifs déterminants d'une séparation des armées que rendaient nécessaires les tendances essentiellement différentes des souverains et de leurs conseillers, les divergences d'opinion, les jalousies et le caractère absolument opposé des deux principaux généraux.

Dans le conseil de guerre on ne fit que régler dans ses détails une mesure déjîi préparée par les instructions du 31 janvier, et on y décida de marcher sur Paris par Troyes et la vallée de la Seine avec l'armée de Bohême, pendant que Blùcher, se portant sur Chûlons, y rallierait les corps d'York, de Kleist et de Kapsewitch, et se dirigerait vers la capitale par la rive gauche de la Marne. Le VI« corps (Wittgenstein) devait, dans ce projet, ser\^ir li établir la liaison entre les deux armées avec l'aide du corps volant du prince Stscherbatoff, passé désormais sous les ordres du général Seslavin, que l'on ne tarda pas, d'ailleurs, à envoyer sur l'extrême aile gauche de larmée de Bohême.

A la suite de ce conseil, Blûcher reçut l'ordre de se porter, avec les corps de son armée qui avaient donné h La Rothière, par Braux-le-Comtc sur Vitry. Colloredo devait aller de Dienville sur Troyes par Piney ; les III« et IV« corps avaient pour mission de suivre, à partir de Lesmont, la marche en retraite du gros de l'armée française. Wrède devait se diriger de Lesmont par Pougy sur Arcis-sur-Aube et Wittgenstein marcher de Montier-en-Der dans la même direction *.

La bataille de La Rothière aurait cependant dû convaincre les souverains alliés que, comme à Lei])zig, l'Empereur ne pouvait tenir contre leurs forces réunies.

On perdit à Lesmont, c'est le général von Bismarck lui-même qui se charge de nous le dire, l'ennemi de vue pendant plusieurs jours, circonstance d'autant plus remarquable quand on songe à la nombreuse cavalerie des Alliés, à la multiplicité des corps d'éclaireurs et de partisans qui battaient l'estrade de tous côtés.

On n'aurait pu atténuer les gravcîs inconvénients de dispositions déjà fort défectueuses en elles-mêmes, qu'en redoublant d'activité et d'énergie, qu'en imprimant à la poursuite une vigueur d'autant plus grande qu'il s'agissait de regagner le tem|)s

' Stârke, Eintheilang undTagesbegebenhoiten der tfaupl-Armee im Monate Februar. (K. K, Kriegs Archiv.y II, i.)

])rt»ci«Hi\ quo dt; siiiiçulirri's indécisions aviii(»nl l'ail pordre. Mais au lieu do poursuivre vivenieul l'arnic^îo franraiso, les Alliés, en se laissant arrêter à Kosnay et à Lesniont, permirent à l'Empereur de prendre sur eux une avance d'une journée de marche et perdin»nt si complMemenl le contact que, le 2 au soir, on se demandait encore au grand quartier général des Alliés s'il convenait d'ajouter foi au rensc^ignement fourni par Seslavin et d'après l(;quel l'armée française se repliait sur Vilry S ou s'il fallait lui préférer le rapport d'Ocharoffsky * qui signalait, au contraire, sa retraite sur Troves.

Le :2 au soir, les souverains retournèrent avec S<'Iiwarzenberg et le quartier général h Bar-sur-Aube. Les III«, 1V« et V* corps, s'arrètant entre Brienne et Lesmont, y attendirent la réfection du pont. Colloredo }>assa la nuit à Vendeuvre, et les réserves et gard<^s russes s'échelonnèrent de Brévonne à Vend(^uvre, Vauchonvilliers et Dolancourt.

« En somme, comme le dit le prince de Taxis' dans son Ta^fehuch, la journée n'avait pas été bonne pour les Alliés. De plus on avait commis la faute de masser et d'innnobiliser tant de monde sur un espace si resserré et dans une contrée déjà si épuisée que l'on manqua de vivn^s dès le 3 février. Les troupes soutfrircnt, en outr(î, énormément du froid et de la neige. »

Les hésitations des généraux et des souverains et la séparation des deux armées fournirent à l'Empereur les moyens de se tirer sans encombre d'une situation que la moindre énergie de la part des Alliés pouvait rendre désespérée.

En méditant les événements du 2 février, on en vient à penser que Clausewitz a dû s(» rappeler les tiraillements et les indécisions de cette journée lorsqu'il écrivit les phrases suivantes :

« Les données sur la situation et les mouvements de Tennemi ne sont jamais suffisantes pour motiver (entièrement les projets du chef. Mille doutes viennent l'assaillir au moment de l'exécution de son plan. 11 pense aux dangers qu'il va courir, si ses suppositions sont mal fondées. Il ressent cette appréhension qui s'empare de l'homme au moment d'accomplir des actes impor-

* Rapport de Seslavin à Barclay de Tolly.

' Rapport du général comte Ocharoffsky.

> Journal de Taxis (manuscrit). (K. K, Krieas Ârchir., XIII. 32.)

lants. De \k h Tindécision qui mène aux demi-mesures, il n'y a qu'un pas ^ »

Or, c'est précisément ce pas que les souverains et les généraux alliés crurent sage de faire à ce moment. Ce fut cette séparation des deux armées dont le génie de l'Empereur allait profiter pour entreprendre contre Bliicher les admirables opérations que nous étudierons plus loin, ces demi-mesures destinées à donner un semblant de satisfaction h Tamour-propre, aux exigences et aux ambitions de quelques-uns des généraux alliés et devinées par Napoléon, qui furent un moment bien près d'assurer le salut de la France.

Comme le dit le général von GroUmann, alors colonel et chef d'état-major du corps de Kleist (II« corps prussien), les fautes des Alliés éloignèrent la solution de la crise; mais l'histoire mili" taire y gagna une de ses plus belles pages, un exemple qui montre à la postérité ce que peuvent le génie, la force de caractère, la hardiesse et la persévérance d'un grand capitaine.

* Avant Clansewitz, de Retz avait formulé la même pensés : « Rien, écrivait-il. ne marque tant de jugement solide d'un homme que de savoir choisir entre les grands inconvénients. »

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