CHAPITRE IV
MOUVEMENTS DES COHPS DE BULOW ET DE WINZINGERODE. — OPÉHATIONS MILITAIRES DANS LES PAYS-BAS, JUSOl'AU 26 JANVIER.
Situation vers la fin de décembre 1813. — Dans les dernières pages (le notre travail : La Cavalerie des années alliées pendant la campagne de 1813, nous avons exposé sommairement les premières opérations de Bùlow, les mouvements des colonnes volantes envoyées par Winzingerode (le Brome sur la Hollande, et les coups de main (exécutés par les partisans du major von Colomb jusqu'à la date du 23 décembre. A l'approche des Anglais et des Prussiens, qui avaient opéré leur jonction à Uozendaal, le général riefebvre-Desnoetles avait levé le si(»ge de Bréda pour se rapprocher d'Anvers, et était venu prendre position à Hoogstraéten. Mind(îrhout, Braschaël et Matines ; le général Maison s'était mis en route i)Our remplacer h la tète des troupes françaises le général Deca(?n, auquel l'Empereur n'avait pu pardonner l'évacuation précipil(*e des places de Bréda et de Willemstadt, dès l'apparition des cosaques de Benkendorf.
Du côté des Alliés, Bùlow, loin de se laisser éblouir par les faciles succès «pi'il venait de remporter, employait les derniers jours de lîiîuiée 1813 à mettre sa conquête à l'abri d'un cou]) de main ou d'un revers de fortune, quelque im])robable qu'il fût. en prenant solidement pied sur la rive gauche du Whaal et de la Meuse.
Toutefois, avant de reprendre l'exposé des événements qui se déroulèrent pendant le mois de janvier sur c(»tle partie du Ihéillre de la guerre, il (^st d'autant plus indispensable de jeter un couj) dVeil sur la situation respective des adversaires, qu'en dehors des Prussiens de Biilow, des Anglais de Graham et des Hollandais du prince d'Orange, les Busses de Winzingerode ne tarderont guère à se montrer sur le Bhin et en Belgique, et que Maison doit, |»ar ordre de l'Empereur, combiner ses opérations avec celles de .Macdonald.
Positions et effectifs du III* corps prussien. — Biilow, dont le rpiarlier général, encore installé à Bommel vers la lin de
décembre, allait être transféré peu après h Bréda, avait concentré son corps de manière à protéger la Hollande contre un retour offensif des Français, tout en se préparant à attaquer Anvers de concert av(îc les Anglais. Ceux-ci, après avoir débarqué 8,000 hommes sous le général Graham. ;i Willemstadt, bloquaient Bergen-op-Zoora et couvraient ainsi, sur la droite, les positions du lir« corps prussien.
Ce corps, connue tous les autres corps prussiens, était compost^ de 4 brigades d'infanterie (3« brigade, général von Zielinsky; 4« brigade, général von Thiimen; o« brigade, général von Borstell; 6® brigade, général von Krafft), de la cavalerie de réserve du général von Oppen, d'une brigade d'artillerie de réserve de 6 batteries (dont 1 à cheval) et de 2 compagnies d(» piormiers. Il comprenait, outre le corps volant du lieutenantcolonel von Lùlzow * (4 escadrons, 3 bataillons, avec 9 bouches il feu), le bataillon de chasseurs volontaires du major von Reiche, le corps de partisans du major von Colomb* et divers petits détachements. En tout : 45 bataillons, dont 33 1/2 de landwehr, 50 escadrons, dont 16 de landwehr, 12 batleri(»s et 2 compagnies de pionniers, formant un effectif total d'environ 30,000 hommes, avec 96 bouches à feu.
Le ni*^ corps prussien (jui faisait partie de l'armée du Nord, sous les ordres du prince royal de Suède, rejoignit seulement dans les premiers jours de mars ^ l'armée de Silésie, lors de la marche de Blùcher vers l'Aisne, et comme Bûlow avait dil laisser des troupes en Belgique, il n'amena guère au feld-maréchal (ju'un renfort de 16,000 hommes.
1 Le gros du corps de Liitzow ne rejoignit que plus tard. Deux escadrons, venant du Holstein avec Liîtzow, arrivèrent à Liège le 24 janvier et y prirent part au combat de cavalerie livré ce joar-lj\ par le général Tchcrnitchcff ; ils se dirigèrent de là vers la Meuse, puis vers Epemay. L'infanterie du corps de Liitzow, les deux autres escadrons et son artillerie ne quittèrent le Holstein qu'après la signature de la paix de Kiel avec le Danemark ; ils furent employés, sous les ordres du major von Helmenstreit, au blocus de Juliers du 17 février au 18 mars et ne prirent, par suite, aucune part aux opérations actives de la campagne de France.
' Le corps volant de Colomb ne resta lui aussi que peu de temps en Belgique et opéra en France de concert avec les deux escadrons de Liitzow à partir des premiers jours de février.
' BUlow n'arriva que le 2i février, à Laon.
i^^ janvier 1814. — Concentration du IIP corps à Bréda.
— Aprrs la retraite des Français de Bréda sur Hoogstraeten, Bfilow s'était borné dans les derniers jours de décembre, à pousser des reconnaissances : à droite, vers Anvers, pour se rendre un compte aussi exact que possible des forces dont ses adversaires disposaient autour de celle place; h gauche, vers (irave et Nimègue, afin de s'éclairer de ce coté et, surtout, de couper les communications entre les troupes de Macdonald et celles dont Maison allîiit prendre le commandement.
Il était, d'ailleurs, décidé à ne rien entreprendre contre Anvers avant d'avoir été rejoint par la 5« brigade (Borstell). que l'avantgarde de Winzingerode <levait relever le 28 décembre seulement sous Wesel.
De phis, comme il croyait utile de laisser la 3« brigade à cheval sur les deux rives du Whaal, pour surveiller Gorcun) ; comme, en outre, il faisait bloquer Bois-le-Duc par 6 bataillons et 2 escadrons sous les ordres du colonel von Hobe, il ne lui restait plus guère que 12,000 hommes disponibles pour des opérations actives, lorsqu'il concentra, le l*'»' janvier, autour de Bréda, les brigades Borstell, Thiimen et KrafTt. Mais bien que les glaces charriées par les fleuves eussent contraint Biilow à rester immobile et l'eussent obligé îi faire lever les ponts de bateaux établis sur le Whaal et sur la Meuse, bien que, par suite, il se fût trouvé pendant quehjue temps dans l'impossibilité de recevoir les renforts qu'il attendait ou de se replier en cas d'attaque, la concentration du Ifl'' corps prussien n'en décida pas moins Macdonald à renoncer à la position de Niujègue et à venir s'établir sur la Meus*», à VtMdoo, ainsi que nous le verrons plus tard.
Dans la deuxiènie quinzaine de dé<*endire et avant l'arrivée lious Wesel du général Orurk. le général von Borstell avait tenté en vain d'enlever cette place par surprise.
Positions et effectifs du corps Winzingerode. — Comme le IH« corps prussien, le corps russe du général Winzingerode apj»artenait à l'armée du Nord. Destiné comme lui à prendre part aux opérations actives et à rallier plus lard l'armée de Silésie, il .s'était déjà, dans le courant de novembre, fait |»récéder en Hollande |K»r une bonne» parli<» de ses cosaijues. sous les ordres de Tchernitchefl*, Narischkine, Benkendorf et Stahl. Son infanterie.
restée inacliw, par ordiv du prinre royal dt» Sucdt». du cù\c uo Br^me et sur le bas Wos(»r, comnxMira spulomeiit dans 1rs derniers jours de décenibnî son mouvement d(i Miinsler vers le Rhin.
Au moment où l'on doinia Tonin* à Benkendorf de se porter sur Dijsseldorf et au j^énéral Orurk. (pii formait la t<He de coloniu» du gros du rorps, d'aller relever Borstell devant Wesel et d'y arriver le 26 décembre, e(^ corps ne présentait plus qu'un etVertit' dis|>onible de 8,000 hommes d'infanhTie (»t d(» o.OOO chevaux.
Mais les corps de Woronzoff et de Slrogonoff', ijue le princj» royal de Suède avait moni(»ntanément fçanlés sur le bas Klbe, étaient désif[né5 pour opérer, par la suite, sous les ordres de Win/ingerode. Après avoir été n»joint par WoronzotF. Strojçoiiort' et les différents détachements monnaitanément (employés dans le duché d'Oldenbourg, sur le Bhin et dans hîs Pays-Bas, U* corps de Winzingerode devait compremire la caval(»rie du général Orurk (3« division de hussards et 2» de dragons), la <*aval«'rie irrégulière (cosacpKs (*t basehkyrs) du général TchernitchrtV. h' 3* corps d'infanteri(» du général Woronzoff, le corps d'infanterie du général Slrogonotf et 14 batteries d'artillerie», soit en tout, d'après Plotho : 3o bataillons. 30 (escadrons. 19 n*giments cosaques et 162 bouches à feu, repn'»sentant un effectif total de 30.850 hommes; d'après Bogdanovitch, il comprenait 40 bataillons, 47 escadrons, 19 régiments cosacpies et 12 batteries (132 bouches à feu), formant un total de 36,000 hommes.
Renforts destinés à remplacer les corps de Bulow et de Winzlngerode. — Ces deux corps d'armée devaient être remplacés en Belgique, dans les premiers jours de février, j»ar le m* corps fédéral (duc de Saxe-Weimar), comprenant : 2 brigades d'infanterie saxonne (généraux Lecoq , Gablenz et Byssel) et 1 4 escadrons de cavalerie ; la brigade» de Thuringe et d'Anhalt du prince Paul de Wurtemberg (8 bataillons et demi et 1 escadron) et !(»< 4 régiments de landwehr saxonne, qui, avec un escadron de cava-
* Le corps de Woronzoff faisait, d'apri>s l'ordre de Iiataille, partie du corps de Wiozingerode ; celai de Strogonoff, de l'armée de Pologne, sous les ordres de Benningseo ; ce dernier corps fut, dès le roiamencement de 1814, détaché de cette année et placé sons le commandement de Wiozingerode.
lerie et les régiments cosaques Bihaloff I et Robrejeft, étaient placés sous les ordres du général von Thielmann; enfin, 5 batteries et demie d'artillerie; soit, en tout : 32 bataillons, IS escadrons, â régiments cosaques et 56 bouches à feu : au total, 23.350 hommes.
Le duc de Saxe-Weimar, avec un premier échelon fort de 12 bataillons, 9 escadrons, 1 conjpagnie de sapeurs et 4 batteries, en tout 11,000 hommes environ, 1,600 chevaux et 28 canons, quitta Querfurt, le 2 janvier, pour arriver h Bréda, le 7 février.
Presque en même temps que le II1« corps fédéral, le corps du général-lieutenant comte Wallmoden-Gimborn recevait, lui aussi, Tordre de venir prendre part aux opérations dans les Pays-Bas. Ce cor|)s se composait de la cavalerie cosaque «in général Tettenborn V, de la brigade mixte formée par la légion russo-allemande et de la brigade mixte hanovrienne; en tout : 13 bataillons, 16 es<'adrons et 4 régiments cosaques; soit environ 15,000 hommes avec 32 bouches fi feu.
Positions et effectifs des corps français sous les ordres de Hacdonald. — Les forces que les Français pouvaient opposer, dans les derniers jours de décembre 1813 et les premiers jours de janvier 1814, aux deux corps de Biilow et de Winzingerode étaitMit loin d«î présenter un pareil effectif.
D'après les situations en date du l^"" janvier, Macdonald, dont le quartier général restera à Clèves jusiju'au 5 janvier, a sous ses ordres directs le 4^ cor])s, que nous citerons ici pour mémoire seulement, puisqu'il s'enlermera avec le général Morand à Mayence, les 5« et ii« corps d'infanterie et les 2« et 3« de cavaleri(^
Le 11*^ corps d'infanterie, réparti entre Nimègue, Clèves et Wesel, où il laissera par la suit(» la 35*^ division ave(' hi général Lauberdière, se compose, à ce moment, des 3i« et 35® divisions, et compte en tout, en y com|)renant même les 1,750 hommes de la <livision Molitor postés à Venloo, 8.085 homnnîs, 1,255 chevaux et 18 canons.
* I-.es cosaques de Tettenborn prirent seuls part aux opérations de la campagne de France. Arrivé du Schleswig-Holsteîn le i I février à Cologne, Tellen- ÏK)rn partit le 19 de Trêves et rejoignit Winzingerode à Reims le 25.
A sa droite, se trouve le long du Rhin, de Neuss jusqu'à Cologne, le 5« corps (S('îbastiani), d'une force totale de 3,734 hommes et 794 chevaux avec 14 bouches à feu.
Le 2« corps de cavalerie a 3 brigade^s, formées par l(»s 2* et 4« divisions de cavalerie lé{ç^re et la 2« division d(î cuirassi(»rs. En y comprenant 313 hommes du régiment de hussards Jéronnî- Napoléon, il compte en tout 2,484 hommes, 3,046 chevaux avec 4 bouches à feu. Une de ses brigades est h Clèves et à Calcar, une autre h Cranenburg et à Nimègue; sa 3« brigade, celle du général Dommanget, est tout entière h Maëstricht, s'éclairant sur Bruxelles.
Le 3^ corps de cavalerie ne pouvait mettre en ligne, lin décembre, que 2,178 hommes avec 2,745 chevaux et 6 canons. Il surveillait le Rhin depuis Andernach jusqu'il Neuss et Crefdd.
Il est bon de remarquer que si Feffectif total des troupr's placées sous les ordres du duc deTarente s'élevait, à ce moment, h près de 17,000 hommes, il ne pouvait guère disposer, «'u réalité, pour des opérations actives, que de 9,000 îi 10,000 hommes au plus. Le reste des troupes était immobilisé, et formait les garnisons de Grave, Wesel, Venloo, Juliers et Maëstricht*.
* Bfacdonald s'était rendu an compte exact des dangers de la situation. Dans la dépêche que de Clèves il adressa an major général le 1^' janvier, il demandait à se replier sans laisser de monde dans les forteresses. Mais, tonten le rappelant à lui par sa lettre du 10 janvier et par sa note du 12 sur la situation de la France, FEmpereur ne put se résoudre à sacrifler les places et à renoncer aux pays qu'il avait conquis.
« Macdonald au major général. — Clèves, 1*' janvier.
« L*ennemi file sans interruption vers Gorcum et Bréda. Soyez assuré,
.Monseigneur, que tout à Thcure on dans quelques jours, il y aura irruption en Belgique. Les Alliés manœuvrent par leurs ailes et nous amusent au centre. Les rassemblements de Oiisseldorf, Miililheim, Deutz et à Tembouchure de la Sieg n'ont d'autre objet que d attendre cette irruption pour intercepter les routes de Coblentz et de Luxembourg, Uindis que de la Campinc l'ennemi barrera le chemin de Bruxelles et de Xamur.
t( Je répète à Votre Altesse que des troupes aussi disséminées n'ont aucune force, que prise en écharpe et en tète, cette immense ligne sera, détraquée sans utilité pour la défense générale. Les places mêmes ne seront d'aucun secours. Le complément des approvisionnements est encore loin do son terme. Le H^ corps et le 11®, en supposant qu'ils puissent se jeter dans les places sans être entamés, n'ont ensemble que de 8,000 à 10,000 hommes, y compris les baïonnettes de Wesel, deux ou trois de plus à Grave, Venloo, Maëstricht, Juliers. Four les cinq places, il en faut plus du double et, dans tous les cas, il ne resterait plus de corps d'armée eu campagne.
Au nionjfMit où Wiiizingerode s(î |)rés('nta entre Cologne e Neuss. le maréchal aurait pu, au maximum, lui opposer de 6,00( à 7,000 hommes appartenant, pour la plupart, au 5« corps et ai 3« corps de cavalerie, et, dans ce cas, il ne lui serait resté qu( bien peu de choses pour se couvrir sur sa gauche contre lej opérations de Bûlow.
Effectifs des troupes placées, en Belgique, sous les ordres de Maison. — En Belgique, Maison n'avait encore qu'une vingtaine de dépôts renfermant des soldats blessés, les deux division^ Boguel et Barrois et la brigade de (uivalerie du général Caslex, soi!, tout au ])lus, une quinzaine de mille hommes '.
t( yous toucfioM à utu grande crise : ne serail-il pat aitui sage que prudent tU' prendre une grande résolution f Que font, dans cette circonstance, des places si éloignées ; dépourvues en partie, faibles de garnison, elles succoniberonl bienlùt et sans fruit pour TEtat... Dans la crise actuelle, dans If moment on l'ancienne France est eihtamée, ne setait-il pas sage d'abandonner la nouvelU en ralliant tous les détachements épars, les grossissant des conscrits en inarch" et des hommes que Vlwnneur national et le sang français feront aiTirer sous In aigles de r Empereur...
« Que fait maintenant à TEmpereur ce coin de l'enipirc isolé, lorsque les barrières du Rhin et de la Meuse sont Irancbies. Je ne dois pas If dissimuler, tous les Français murmurent ; cfuicun veut défendre sa patrie , quUl ne trnuvt pas ici, ou succomber arec honneur sous les rumes de la France l »
Quelques jours plus tard dans une dép<>clie, dans laquelle il envoyait le 7 janvier, à Maison, la traduction d'une proclamation de Bliiclier. il ajoutait : »« Bliicbcr ne cache pas les projets des Alliés et nous restons isolés, disséminés. En j(*tant dans des places mal armées, mal approvisionnées, ce qui nous serait M utile pour défendre notre patrie, on nous ensevelira sons ses ruines! >•
{ Archives de la guerre.)
I A la date du l^'*^ janvier et d'après une dépèche de .Maison au maréchal Macdon.ild, les tron|)es françaises dLsi)onihles [K)ur des opérations actives étaient réparties comme suit :
1^1 division Hoguet et la cavalerie de la garde (1000 chevaux sous LefebvreiK'^noetles) otTUpaient Turnhout avec 1 iKitaillon, 6 escadrons et 2 pièces; llo<igstraëten et les villages voisins avec 8 hatiiiUons, 10 escadrons et iO bouches à feu ; F^zenthout avec 2 bataillons et 'i escadrons, liraschaët avec 2 bataillons, i escadrons et 2 pièces.
i.e général Maison écrivait à cette date, au duc de Tarente, pour lui dire qu'il se vo\ait forcé de renoncer a marcher sur Bois-le-Duc, parce qu'il lui faudrait, dans re cas. dégarnir Anvers et qu'il était contraint, par suite, de se contenter de faire, le 3 ou le 4, une reconnaissance sur Tilburg. [Archives de Itt guerre. Correspondance du général comte Maison.)
II est Ihhi de remarquer que les régiments de Koguet manquaient de sousoffniers et que ce général n'avait en tout, pour servir 6 pièces, que i7 caooDnier.>.
Les divisions d(»s g('»n(»rau\ Anibert, Carra-Saint-Cyr (»t Ledru des Essarts comnieiiraient s(;iileni(»nl à so former, vX c'était avec des forces aussi iiisi^iiitiant(»s (|ue Maison devait couvrir Anvers et la Belgique, assurer la défense de Bergen-op-Zooni et de la ligne de l'Escaut, et résister sur son front à Bfdow, sur sa gauche au\ Anglais, et, sur sa droite, aux Kussi»s de lavant-garde de Winzingerode.
Suppléant h l'insufllsance de ses forces par uik» infatigable activité, Maison coninienea par approvisionner les places ([u'il lui fallait oiîcuper. Il résolut ensuite» d(; tenir la campagne avec ce (jui lui resterait, de refuser tout engagenn^nt trop sérieux et d'inquiéter sans cesse l'ennemi en essayant de lui donner le change sur ses projets. Vers le !•'' janvier, il avait posté la division lloguet ù Hoogslraët(»n et Turnhout, la cavalerie? de Desnoettes entre Turnhout et Brecht. La division Barrois était, en deuxième ligne, à Bruxelles avec quelques escadrons du général Castex. Le général Ambert, avec 4 bataillons, â ou 3 escadrons et quelques bouches à feu, avait pris position à Braschaët et à Donk, au nord d'Anvers.
Le génénd Maison, en couvrant Anvers, cherchait ainsi à maintenir ses connnunications avec Bergen-op-Zoom et à surveiller les mouvenumts des Anglais, postés à Rozendaal, et ceux des Prussiens, établis à Bréda'.
Malgré le faible effectif des troupes françaises qui lui étaient opposées, Bûlow allait néanmoins se trouver dans une situation assez difficile jusqu'à l'arrivée sur le Rhin du gros du corps de Winzingerode.
Aussi se concenlra-t-il aux environs de» Bréda |)0ur parer à un mouvement offensif de Macdonald e[ui, s'a|)puYant sur Grave et sur Nimègue, aurait pu descendre le cours du Whaal et de la
* C'est pour cela que le 3 janvier il avait poussé trois reconnaissances dans la direction de Bréda : la premièie d'Hoogstraelen sur Meerle, la deuxièino sur Meer et Meersel et la troisième de Loiinhout sur (îrootzundert. Mais eu inènie temps qu'il réunissait la division Roguet à Iloogstrai'ten, Maison prévenait le major-général de l'impossibilité pour lui de se porter sur Gorcuui sans découvrir absolument Anvers et risquer, d'autre part, d'ex{)oser les troupes qu il dirigerait sur Gorcum à être romplélement coupées de cette place. Il ajoutait qu'en attendant un ordre de l'Empereur lui enjoignant à nouveau d'agir vers Gorcum, il dirigerait un détachement de cavalerie et d'infanterie sur Chaam et de la sur Tilburg, afin de se renseigner sur les forces de l'ennemi.
Meuse et bousculer les troupes du III« corps prussien pendant que les forces françaises réunies ii Anvers se seraient dirig(^es sur cette place. Du reste, Tarrivée de la 5® brigade venant de Wesel, le passage du Rhin par SaintPriest et la prt^sence de Tchernitcheff h Dûsseldorf suffirent pour le rassurer et pour lui rendre toute sa liberté de mouvement.
4 janvier. — Positions de Sébastian! entre Cologne et Neuss. — Macdonald à Tenloo. — En effet Sébastiani. qui gardait avec une poignée d*hommes la ligne du Rhin, depuis Bonn jusque vers Wesel, s'était justement préoccupé de l'apparition à Andernach de la brigade Pillar, du corps de Saint-Priest. Ne pouvant prévoir les difficultés que Saint-Priest rencontrerait au passage du Rhin, il avait commencé par diriger sur Bonn, par Oberwinter et Mehlen, une reconnaissance qui, habilement conduite par les généraux Albert et Jacquinot, bouscula la cavalerie russe. Puis, en même temps qu'il signalait îi Macdonald la présence de l'ennemi sur sa droite, il sollicitait et obtenait du man'»chal Tautorisation de resserrer ses cantonnements démesurément étendus et de rassembler son monde entre Cologne et Neuss *.
La vigilance de Sébastiani avait déjoué une tentative faite, le 3 janvier, parle corps volant russo-prussien du major von Boltenstern (des chasseurs de la garde), qui avait essayé de passer en barque le Rhin à Muhlheim et d'atterrir près de Cologne. A peine les partisans eurent-ils pris pied sur la rive gauche qu'ils furent découverts et attaqués par les troupes françaises. Ils n'eurent que
* l^ maréchal avait, en effet, écrit de Gueldres, le 7 janvier à 3 heures de Taprès-midi. au général Sébastiani : « Je u^is votre lettre du 3. Sans doute que nous devrions nous resserrer, nous réunir, tel est mon projet depuis longtemps : mais j'ai le cœur navré de m'éloigner de places mal armées, mal approvisionnées et faibles de garnison. J'avais proposé d'évacuer toutes les places, d'en retirer les garnisons, d'en former un bon noyau, de nous réunir au 1*' corps, ce qui formerait 30,000 hommes, dont 6,000 de aivalerie. Mais je ne reçois pas de réponse et pas un mot sur les événements présents et futurs. Si dans les vingt-quatre heures il ne me parvient rien et que les circonstances nous en donnent le temps, je vous écrirai pour nos mouvements ultérieurs. Mais si elles commandent, notre premi<'Te ligne devra être la Roi'T, ensuite la Meuse ; les points de jonction, Juliers et Hui*emonde, Maastricht, Aix-la-Chapelle et Lii'ge. Voilà les données... C'est une fatalité que cette situation oii rien n'est prévu, ni ordonné. »
le temps de se rejeter en toute hi\te dans leurs barques, dont quelques-unes, trop chargées par suite du départ précipité des canots dans lesquels s'étaient jetés les premiers fuyards, n'atteignirent qu'à grand'peine la rive opposée. Cette tentative coûta la vie au major von Boltenslern qui, resté le dernier sur la rive gauche, sauta à cheval dans le Rhin et périt sous les balles des soldats de Sébastiani.
Comme, de son côté, Macdonald pouvait craindre à la fois d'être coupé de sa ligne de retraite par les brigades prussiennes désormais réunies autour de Bréda et d'être attaqué par les troupes de Winzingerode, il crut plus sage de quitter Nimégue et Clèves le 4 janvier et de se replier sur Gueldres et Venloo, après avoir préalablement informé Maison de sa résolution.
Marche de Winzingerode sur Dûsseldorf. — Winzingerode continuait lentement et méthodiquement sa marche sur Dûsseldorf à la tète des 17,000 hommes qui lui restaient* et avec lesquels il aurait certainement pu, sans rien risquer, passer immédiatement l(î Rhin. Il poussait même la prudence jusqu'à arrêter Tchernitcheff.
Tchernitcheff demande en vain & passer de suite le Rhin.
— Ce général, arrivé à Dûsseldorf avec son avant-garde, avait aussitôt pris toutes les mesures nécessaires pour traverser le tleuve. Le l«f janvier, il était prêt à tenter ce passage, lorsqu'il reçut Tordre de ne rien entreprendre tant que le Rhin charrierait. Tchernitcheff insista en vain auprès de son chef; il eut beau s'attacher à lui représenter l'intérêt majeur qu'il y avait à arriver
* Le détacheincnt de Benkendorf se composait du régiment d'infanterie de Toala et d'un batainon du 2^ régiment de chasseurs, du régiment de hussards de Pavlograd et de 5 régiments cosaques avec 4 pièces d'artillerie à cheval ; en tout : 3,500 hommes cpii vinrent vers le 6 janvier de Bréda à Emmerich. Le détachement de Narischkino, posté sur la basse Meuse, se composait d'un millier de cosaques. Celui du général Orurk, devant Wesel, des régiments d*infanterie de Smolensk, Narva, Alexiopol et Nouvelle Ingrie, du régiment de nhlans de Wolhynie, de «3 régiments cosaques et de 2 batteries (24 pièces), en tout : 5,100 hommos (Journal d'opérations de Winzingerode et rapport à l'empereur, de Diisseldorf, 26 décembre 1813/7 janvier 1814).
Le général Orurk, rejoint à Wesel par Benkendorf qui n'avait pu franchir le Rhin à Emmerich, ne laissa devant Wesel qu'un millier d'hommes et rallia le gros du corps en marchant sur Diisseldorf, par Duisburg.
w«ii. 18
le plus tôt possible h hauteur des positions occupées par les autres corps de Tarmée alliée; il chercha inulileiiient à lui démontrer ([ue son avant-garde, forte à elle seule de près de 4,000 hommes \ allait être rejointe par le détachement de Benkendorl!', d'un effectif à peu près égal et revenu, sur l'ordre de Winzingerode, de Bréda par Arnheim et Emmerich, sur la rive droite du Rhin. Rien no put parvenir à triompher des idées préconçues de cet officier génénd. Aussi, pendant qu'on retenait Tchernitcheff h Dùsseldorf et que Biilow se concentrait à tout événement autour de Bréda, Maison, qui ne perdait pas une minute, mettait à protit le répit que ses adversaires lui laissaient, pour compléter ra[>provisionnement de Flessingue et de Berg(;n-op-Zoom, renforcer la garnison de cette dernière place et organiser celle d'Anv«»rs, et Macdonald put s(î replier sans (Micombre sur Gueldres et Venloo, après avoir jeté un millier d'hommes dans Grave.
6 janvier. — Ordres de Bulow au corps volant de Colomb. — Mouvements et opérations de cet officier du 7 au 9 janvier. — Ce fut seulement le 6 au soir* ([ue Bùlow, s'apercevant de la retraite de Macdonald » et de l'évacuation de Clèves et de
I Situation du corps Winzingcrode, 8 janvier 1814. — Rapport à Tcmpereur de Russie.
^ Ck)lomb, Tagebuch, pages 150 et 160.
' Macdonald écrivait ù ce moment de Gueldres au major général i)Our lui annoncer que, d'après les rapports de Sébastiani. les Alliés avaient un millier d'hommci et 500 chevaux à Andernach ; que Saiiil-Priest, après avoir laisst'^ 3,000 hommes à Ck)blentz. remontait en deux colonnes le Rhin et la Moselle, et que le tt au matin, des troupes s'étaient fait voir vis-à-vis d'Orsoy, de Homberg et à l'emlj(juchure de la Ruhr. (Archirex de la guerre.)
Dans deux lettres qu'il écrivait de Gueldres, l'une à Marmont, l'autre à Relliard, le maréchal se plaignait encore de la dispersion de ses forces et signalait rimminencc de mouvements sérieux de la part des AUiés. Au duc de Raguse, il disait entre autres : « Quand nous aurons laissé des garnisons dans les places, le général Sébastiani et moi, nous nous retirerons, si nous le ]>ouvons, avec quelques pelotons de cavalerie. Les Prussiens et les Anglais se rassemblent entre Rois-le-Duc et Bréda. Nous ne tarderons pas à avoir une irruption sur Anvers et Louvain. C'ett une fatalUé de vouloir tout garder et de se dUséminer. »
II revenait encore sur ce sujet dans sa lettre à Belliard en lui faisant part de la situation critique dans laquelle il se trouvait : u Je ne sais pas, disait-il, ce qui se passe au delà d' Andernach qu'occupe l'ennemi. Depuis les affaires de Miihlheim. j'ignore quelles seront les entreprises ultérieures du général de Saint- Priest qui est ou qui était, dit-on, à Coblentz le 31 avec 12,000 hommes. Nous sommes de nouveau menacés entre Cologne et Bonn, mais bien davan-
Niniègue, donna an major von Colomb l'ordn» di» poussiT ra|>idemenl avec son corps franc vers la Meuse.
Colomb, arrivé à Tilbury le 7, n'y trouva pas trace de l'ennonii. Il y apprit cependant (pie la cavalerit? française, après avoir passé la Meuse à Kuik, s était dirigé(» vers Venloo, et il se porta avec ses cavaliers sur Eyndhoven. Là, il trouva un ancien officier i)russien cpii rinfornia que Macdonald, arrivé sur la rivr gauche de la Meuse, avait éch(»lonné sa cavah^rie sur une longue ligne afin de rester relié avcîc Anvers. II sut de la sorte (|u'un de ces escadrons, établi au village de Meyel, dans le marais dv la Peel, sortait tous les matins à 4 heures pour rentrer vei*s 9 heures dans son cantonnement, lorsque ses patrouilles et ses reconnaissan<*es annonçaient cpielles n'avaient découvert rien de suspect auK environs. Colomb, espérant surprendre cet escadron, quitta Eyndhoven le 8 à la tombée <1(^ la nuit et poussa jusqu'à Heese, où il resta juscju'au lendemain 9. Il se mit alors en marche de façon à arriver devant Mevel vers 10 heures du matin. Pour enlever fescadron posté dans ce village, il fallait i)rocéder ave<' d'autant plus d'énergie qu'il était impossible de tourner M(.'yel.
L'entreprise de Colomb * ne réussit que gr.\ce au froid glacial : il fut possible de sabrer une vedette engourdie avant (fuelle ait pu faire usage de ses armes et donner l'alarme à la grand'garde. qui n'eut pas le temps de n^monter à cheval et dont les hommes, <-ourant à pied vers le village, y arrivèrent trop tard pour prévenir l'escadron. Les cavaliers ne s'en défendirent pas moins très 4^nergiquement dans les maisons, et Colomb, après avoir pris à Meyel 72 hommes sur les 75 qui étaient postés sur ce j^oinl *, revint le soir à Heese pour se diriger le lendemain sur Saint- Oedenrode.
tagc par le Brabanl... // faut toui garder, cest notre manie,.. J'ai tissé une longue toile cf araignée pour contenir rennenii, soutenir Sébastiani ou recueillir ses troupes ; je me suis entêté à garder la ligne du Whaal, quoique rennenii fiU sur les deux rives de la Meuse^ autour de Bois-le-Dnc et au-dessous de Grave.
« Donnez «moi, je vous prie, des nouvelles de la Moselle : j*ai envoyé à Luxembourg, mais rien ne revient. )> {Archires de la guerre.)
1 Feldzeitung, n. 6& (K. K, Kriegs Archiv., ad 111, 113), et Rapport du prince royal de Suède.
s Macdooald à Maison. {Archives de la guerre,)
7 janvier. — Pointes de cavalerie vers Venloo et Turnhout. — Biilow avait encore lancé à la mémo époque, différents partis do cavalerie légère vers Venloo et Ruremonde, et poussé le corps volant du major Helhvig surTurnhout. Chassé deGroot-Zunderl, le 7, par la cavalerie française, Helhvig y reprit position le 9.
Informé par ses émissaires, des préparatifs que faisait le général Maison *, sachant (jue la division Roguet tenait Wuest-Wesel avec 2 bataillons, Hoogstraëten avec le gros de ses forces, (jue la brigade Ayniard occupait Turnhout, que les réserves françaises s'étaient établies î'i Braschaét et à Lierre, et que Macdonald était toujours sur son flanc gauche *, Bûlow pouvait craindre de voir les Français profiter de la rupture des ponts du Whaal et de la Meuse, de l'éloignement du corps de Winzingerode et de la difti-
1 C'est à ce moment qae Maison écrivait au général Barrois pour lui dire que, Biilow s'étant concentré sur la Meuse entre Bois-le-Duc et Grave, il s'attendait à le voir marcher sur Maëstriclit et Liège par la chaussée •rE}iidhoveii ou par la route qui passe entre la Meuse et le marais de Peel. a Si ce mouvement s'efTectue, continuait Maison, Liège, Huy et Xamur tombent au pouvoir (le l'ennemi. Je ne sais comment le duc de Tarente, qui est encore entre Venloo et Wesel, s'en tirera. Mandez-moi si vos instructions particulières ne s'opposent pas à ce que vous vous portiez sur Diesl et de là, suivant les événements, sur Toiijîres ou sur Eyndhovcn ; enfin, que vous entriez en opérations, ne fût-ce que pour venir à Anvers, car alors j'enverrai le général Roguet sur le Demer ou sur la laar (ou 1ère). »
Voir plus loin les dispositions de Maison contenues dans sa lettre du 9 au ministre de la guerre. (Archit^es de la guerre.)
* Le 8 janvier, le duc de Tarente, aimonçant au major général que Biilou avait pass»^ la Meuse avec le gros de ses troupes et s'attendant à voir Winzingerode suivre de prè^ les Prussiens, écrivait : « Ce n'est donc pas sans raison que j'ai fait ronnaître qu'il y aurait bientôt irruption en Belgique. Me voyant ainsi tourné, je vais mettre provisoirement ma cavalerie à cheval sur la Meuse et mon peu d'infanterie sur la Roër afln de gagner encore deux marches, quoiqu'il serait encore plus sago, dans les circonstances présentes, de se réunir au général Maison pour tomber ensemble sur l'un des corps ennemis. >»
[jc maréchal avait en même temps envoyé ses ordres à Sébastiani en motivant conmie suit les mouvements qu'il lui prescrivait d'exécuter : « L'ennemi, écrivait-il le 8 janvier à Sébastiani et à Maison, se concentrant sur la gauche de la Meuse, le Rhin, de Wesel au Whaal et â la Meuse, est dégarni de troupes. 11 y aura donc bientôt des événements graves ; pour être en mesure de les combattre ave.? mes faibles moyens, je vais d'abord les réunir dans ce but.
(( La deuxième ligne du 11<^ corps et du 2<^ corps de cavalerie fera demain 9, ou au plus tard après-demain 10, une ou deux marches pour se placer sur la RoîT, tandis que deux tiers de la cavalerie occuperont Hasselt et Hechtel et fourniront un rordon qui ira jusqu'au confluent de la Roër. I^a première ligne se maintiendra provisoirement du Rhin à la Meuse vers Xanten, pour couvrir jusqu'au dernier moment la communication avec Wesel. »
ciiUé qu'il aurait rencontrée à repasser le Whaal, pour tenter d'opérer leur jonction et de Tacculer au fleuve. Il résolut donc de les prévenir en chargeant sa cavalerie légère de couper les communications entre la brigade Ayniard, postée h Textrémc droite des troupes de Maison, et Macdonald, dont les avant-postes couvraient la rive gauche de la Meuse, de Yenloo jusqu'il Maastricht.
10 janvier. — Ordres de Bûlow.— Il se dispose à attaquer Maison. — Le gros du III® corps devait en même temps se porter contre les lignes françaises de Turnhout à Hoogstraëten. Bulow espérait de la sorte couper d'Anvers les troupes qui occupaient les positions en avant de la place, forcer par cela même Macdonald à continuer sa retraite et prendre lui-même une position défensive sur laquelle il lui serait facile d'attendre, sans danger, l'arrivée du corps de Winzingerode.
Maison ne s'illusionnait, d'ailleurs, pas sur la valeur militaire de la position d'Hoogstraëten. Dans une lettre adressée, le 7, à Macdonald, il reconnaissait que cette position ne valait rien pour combattre, parce qu'elle n'avait derrière elle qu'une seule communication, et encore fort mauvaise. Mais il était obligé d'y rester, d'abord parce qu'il panenait de cette façon ù faire vivre ses troupes, ensuite, parce qu'il lui fallait assurer la rentrée des approvisioimements nécessaires îi Anvers. Enfin, en postant, comme il l'avait fait, quelques bataillons et quelques escadrons h Turnhout, d'où ils semblaient menacer Bois-le-Duc, en laissant îi Loênhoutet à Hoogstraëten le gros des troupes de Roguet, en établissant en échelons, quelques bataillons de la garnison d'Anvers et un escadron de cavalerie à Braschaët, sur la routi» de Bréda à Anvers, il espérait pouvoir attendre le développement des projets de son adversaire.
Du reste, bien que le général Maison ne comptût ])as à voir Bùlow pousser sur son front, parce qu'en opérant de la sorte le général prussien se serait mis dans une position désavantageuse pour lui, les mouvements exécutés par la cavalerie prussienne paraissent avoir inspiré au conmiandant du i^^ corps quelques inquiétudes pour son aile droite. En conséquence, il donna l'ordre h une partie des troupes postées à Bruxelles de se porter sur Lierre. Il avait, d'ailleurs, exposé sa situation et ses projets dans
la drpôchf qu'il adressait * au Ministre de la guerre, à la veille |)rc*sque du jour où Bùlow se pn'?parait à marcher contre lui.
v Monsieur le maréchal duc de Tarente m'avait annoncé, ('»crivait-il, que Bùlow se concentrait sur sa gauche, vers Bonimel, par conséquent devant ma droite. Les cosaques qui étaient devant Bréda, étant retournés sur le Whaal joindre le corps de Winzingerode, et n'entendant rien dire de l'arrivée de Bùlow, je |»ensais qu'il allait marcher sur Maêstricht, par Eyndhoven : mais maintenant tous mes rapports sont qu'il arrive à Bréda avec 10,000 hommes: il doit y être de sa personne aujourd'hui. Un certain major Hellwig qui commande, soi-disant, Tavant-garde de ce corps, est venu s'établir à Groot-Zundert avec 400 chevaux et 300 hommes d'infanterie. Je l'ai fait chasser de là le 7, et re- |K)usser jusque sous Bréda ; il est revenu hier 8. S'il n'était pas soutenu, il n'oserait le faire. Les Anglais qui ont reçu, le 4. 1000 lionmies de renfort débarqués à Tholen et 2,000 parWillemsladt, se sont postés à Rozendaal : ils peuvent avoir actuellement sur ce dernier point 2,000 hommes. J'ai appris que l'ennemi avait jeté 4 ponts sur le Whaal ; il me semble, d'après ces données, que Bùlow va entrer en opérations dans le Brabant : il annonce hardiment qu'il va s'emparer de la Belgique? où il parait que, déjà, il a des intelligences.
« Je concentre la division Roguet sur Westmalle. Je fais garder par la cavalerie, soutenue cependant d'un peu d'infanterie. Hoogstraëten, Loénhout et Wuest-Wesel, comme tète: je place 2 bataillons de ce ipi'on appelle le !«' corps, à Braschaét et à Donk ; il en reste 3 à Anvers ])our toute garnison. J'établis 10 es- <-adrons, 2 bataillons et 2 jnèces d'artillerie à Turnhout. avec ordre de >e retirer sur Herenthals en cas de mouvement otfensif de l'ennemi. Si aujourd'hui je suis conlirmé dans l'opinion que j'ai sur s«,s projets, je prierai le général Barrois de marcher sur Lierre. O-tte division et les 2 bataillons que j'ai à Turnhout avec 1000 chevaux, formeraient ma droite
« Kn ne défendant pas le Demer et les Nétlies, la B<»Igique est con(|ui*i«* : nous n'avons plus (jue cette ligne à prendre, et de là. il faut alItTà nos |)lace> de l'ancienne frontière. Si mon corps eût
* GéiuTal Maison an Ministre de la guerre. Anvers, 0 janvier. {Archive$ de In guerre.)
été formé aussi vite (jue je le eroyais, j'aurais peut-être pu empêcher celte invasion. Mais je ne Tespère pas avec ce que j'ai, que je dois resserrer sur Anvers ; car il faut que je reste toujours en
mesure de laisser une garnison dans cette place Je ne pense
pas qu'en groupant tout ce qu'il y a de troupes ici. sous Anvers. 1 on empêche l'ennemi de se porter en avant. D'un autre côté, si on ne laisse pas de quoi garder les dehors de cette \ille, l'ennemi, par un bombardement, la brûlera avec la flotte et l(»s chantiers. Je vous prie de me faire connaître l'intention de S. M. sur le nombre de troupes h laisser à Anvers et la direction à pnMidre avec le reste. Pour moi je compte, à moins d'ordres contraires, lorsque j'y serai forcé, remonter l'Escaut et gagner Lille. Je sais que c'est renoncera la Belgique, découvrir Liège, Namur et Huy, mais les forces que j'ai ne me permettent pas de penser à fiiitv autre chose. »
La position de Maison était à ce moment d'autant plus difficile (pie c'était par Hasselt seulement, occupé par les quelques troupes du général Dommanget et une brigade du cor{)s de Macdonald, qu'il pouvait se conformer aux instructions de l'Empereur, couvrir Anvers et rester en communication avec le duc de Tarente. En effet, si les Alliés par\'enaient, en délogeant Dommanget de Hasselt, à s'établir aux sources du Denier, rien ne leur était plus facile ensuite que de déboucher de la Campine par la grande communication de Liège. Ils pouvaient alors se placer de manière à couper le duc de Tarente, à empêcher sa jonction avec le l®»" corps, faire tomber successivement Liège, Huy et Namur, et pousser leurs postes jusque sur Bruxelles. Maison s'était rendu un compte exact de la gravité des événements qui se préparaient : le H, au matin, au moment même où Biilow commençait son mouvement, il écrivait h Roguet : « Sam cette ville d* Anvers y il ne faudrait pas hésiter à marcher avec tom nos moyens sur l'ennemi qui fait un mouvement de flanc devant nous. »
11 janvier. — Combat de Hoogstraêten. — Bûlow, après avoir combiné avec le général Graham l'opération qu'il projetait pour le 11, résolut de se porter en trois colonnes contre la position française. Il se dirigea avec le gros de ses forces de Bréda vers Hoogstraêten, tandis que Graham allait de Rozendaal sur Merxhem.
La colonnfi de gauche, sous les ordres du g('»néral von Borst(?ll, composée de la 5« brigade, Renforcée par le détachement du colonel von Sydow (1 bataillon, 10 escadrons (»t IG bouches h feu), marchait par la route de Bréda sur Hoogstraëten et devait crever le centre de la ligne française. La colonne du centre (4« brigade, général von Thiimen), passant par Groot- Zundcrt, avait pour objectifs Wuest-Wesel et Loënhout; enfin, la 3® colonne, connnandée par le général von Oppen (6^ brigade, du général von Krafll't, et cavalerie de réserve), était destinée, après avoir dépassé Groot-Zundert, îi déborder la gauche des Français et h l(Mir (^ouper la retraite sur Anvers. Les Anglais de Graham formaient l'extrême droite de l'attaque.
L'idée de Biilow était rationnelle; mais le général avait toutefois par trop négligé, quand il régla la marche de ses colonnes, de tenir compte et du terrain et de la saison. Il en résulta (|ue es obstacles naturels joints ji la résistance acharnée de la division Hoguet, l'enïpêchèrent d'atteindre le but qu'il s'était proposé ; vMv s'il obligera les troupes françaises à se retirer devant lui, il lui fut, en revanche, impossible de leur couper la retraite.
Le 11, à 8 heures du matin, BorstelL avec la colonne de gauche, (commençait Tattaque du poste de Hoogstraëlen , au moment où le général Roguet, dont la vigilance avait été alarmée par le grand nombre et la hardiesse des partis cosaques, se préparait à pousser une reconnaissance avec la brigade Flamand. Le général Hoguet, voyant dès le début cpie son adversaire cherchait à l'envelopper, fit occuper solidement par un bataillon le village et le cimetière d<» Minderhout, situé sur son front: il posta î2 bataillons avec 4 pièces sur la route de Bréda, 2 autres en arrière sur celle d'Oostmalle, 1 bataillon sur la roule d(» Meer, rappela à lui 2 bataillons établis sur la route de Loënhout et ordonna au géruTal Aymard de quitter Turnhout pour se replier sur Anvers. GrAce à ces dispositions, ce fut à midi seulement, après quatre h(»ures d'un combat acharné, que Borstell qui, dans et» terrain mamelonné, n'avait pu se servir ni de ses 10 escadrons, ni même de son artillerie, parvint à enlever Minderhout. à déboucher par le pont de Wortel et à s'établir à Hoogstrat'ten.
L'apparition opportune de la deuxième colonne (général von Thùmen\qui se déploya entre Wuesl-Wesel et Loënhout. pendant
que lo g^^'iiéral BorstcU reiiouvclail si's lfMitaliv<'s coiiliv Miiidrrhout, aida piiissaniinent rc fÇ('*ii('Tal dans ra('('()nipliss<Mn('nt dt* sa mission.
li«; général Iloguct se d('M»ida alors à so mettre en retraite rt à se replier sur Oostmalle, et d*» là sur W'estmall<», où il pfiisail trouver le régiment posté dans le prineipe à Turnhont. Il avait cependant d*autant moins de motifs pour agir de la sorte que le général Borsteil, auquel la prise «l'Hoogstraëten n'avait pas coûté moins de 10 officiers et près de î>00 hommes, s'arrêta pendant une heure et demie avant de pousser sur Ôostinalli', et comme il ne voulait reprendre sa marche (pu» lorMpie les diMix autres colonnes seraient arrivées h sa hauteur et auraient (lt»ssiné leur mouvement débordant, il resta le li au soir sur ses [)ositions.
Pendant ce temps, le général von Thfimen avait réussi à débusquer sans trop de peine, des villages <Ie Loëidioul <'t de Wuesl- Wescl, les troupes françaises (jui. se repliant d'abord sur Brecht, abandonnèrent ensuite ce point aux cavaliers du major Hellwig pour se reporter plus en arrière sur Weslmalle.
Sur ces entrefaites, le général von Thiimen donnait contre la brigade du général Aymard qui, ayant reçu à 2 heures seulement à Turnhout Tordre du général Roguet, iw commença à se repliiT qu'après avoir été rejoint par les reconnaissances envoyées >ur la route de Tilburg. Trouvant le chemin barré par les Prussiens, en marche sur Westmalle, Aymard se rc^jela sur Lierre, où il prit position le 12, par ordre de Maison *.
La cayalerie arriye trop tard pour prendre part au combat. — La cavalerie qui marchait à la droit*» des Prussiens et devait se rassembler le 11, à 3 heures du matin, h Rukven, avait ordre de se porter par Nieuvmoor sur Wu(»sl-Wesel. Mais,
< Le gêDêral liaison avait, le 11 nu matin, écrit (rAnvf^rs au général Harrois pour rinviter à presser son mouvement de manière à <^tre le 1 i à Malines et le IS à Anvers. Il lui faisait savoir que le général Hoguet était viveinont attaqué et Tinvitait à marcher sur Anvers sans s'arnHer. Kndn, un peu plus tard, le 11 au soir, il lui mandait que le général Uoguet attaqué sur tou-^ les poinU s'était bien battu : a Arrêtez-vous, lui disait-il, à WaellHMn, ou à Cooticb, si vous avci déjà dépassé Waelliem. » (Archires </<' ^i (jnvrrr.)
Le génML Barrois laissa à Bruxelles 1 régiment et 2 pièces de canon.
en présence de l'impossibilité absolue de la faire passer par des chemins rendus compIMemenl impraticables par les pçelées, le général von Oppen, qui connnandail cette colonne, s'était vu contraint de prendre par Rozendaal, Esschen et Calmpthoul, et d'allonger sa marche de cinq heures au moins. Aussi, bien qu'il se fût mis en route h minuit, il ne put arriver h Wuest-Wese! (pf après 5 heures du soir, après la prise de cet endroit par la colonne du général von Thûmen. Il lui était désormais impossible d'exécuter le mouvement que Bulow lui avait indiqué dans son ordre.
(>n lui prescrivit, par suite, de laisser son infanterie à Wuest- Wesel, d'envoyer 100 à 1200 hommes vers Braschaët, pour se relier aux Anglais, et de diriger un gros détachement de cavalerie sur Westmalle. Le colonel von Treskow, avec 2 régiments de dragons (dragons de la Reine et régiment de la Prusse occidentale), était chargé de s'établir à Westmalle. Bien qu'il eût franchi au trot les quatre lieues qui le séparaient de Westmalle, il y arriva seulement de nuit et trop tard pour em])écher le gros des troupes françaises, qui avaient été engagées h Hoogstraétcn et Minderhout, d'efll'ecluer leur retraite par Oostmalle et Westmalle sur Wyneghem.
Affaire de Westmalle. — Les cavaliers prussiens occupèrent Westmalle un peu après 8 heures ' ; mais, se gardant mal à cause du froid, ils y furent surpris par les Français qui, après les en avoir chassés momentanément, se replièrent par la route de Wyneghem, sur Anvers.
Deux bîitaillons français occui)èrent Wyneghem pendant la nuit du 11 au 12 ; la brigad(î Flamand s'établit à Deurneet les troupes du général Ambert se postèrent en arrière de Merxhem*.
Le général Uoguet avait ainsi sa droite à Wyneghem et sa gauche se reliait à Deurne avec les troupes d'Anvers ; la division
1 r» dûtachcinent de 150 chevaux qui formait rarrière-garde du général Aymard perdit la colonne, s'égara pendant la nuit, tomba à l'improviste dans le village de Wlimniern où il y avait 500 Prussiens et 2 canons, mit cette cavalerie en déroute et lui prit .50 chevaux. (Rapport du général Rognet an général comte Drouot, Archives de la guerre.)
* Rapport du général Roguet an général Drouot.
Les deux affaires de Hoogstraëten et de Wyneghem coûtèrent à la division Roguet 133 tués et 615 blessés.
Barrois et la (*avalerip du gt^iK^ral Meiiziau étaieiït îi Lierre. Maison, croyant avoir assez de monde à Wynegheni et à Merxhein pour contenir les Prussiens, comptait, le 13, tomber à Diest sur leur flanc gauche en portant contre eux les troupes d(» Lierre, renforcées par un ecolonne qu'il allait amener lui-même d'Anvers.
De son côté, Bulow avait poussé, le 12, la brigade de Borstell y Saint-Antoine, sur la route de Turnhout à Anvers, la brigade Thiimen h Braschaét, à Donk et vers Merxhem sur celle d(» Bréda, et porté la brigade Oppen au centre, îi Sainl-Gravenwesel.
Le général Graham, avec 4,000 Anglais, était îi Textème droit(» de la ligne sur la route de Bergen-op-Zoom h Anvers, aux environs d'Eeckeren.
12 janvier.— Ordres de l'Empereur. — Pendant que Maison prenait, le jour même des affaires de Merxhem et de Wyneghem, les mesures que nous venons d'indiquer, rEm|>ereur disait dans son Instruction générale, datée du 13 janvier :
« Il ne paraît pas que la masse ennemie qui déboucherait par Bréda, celle que commande Biilow, ])uisse opérer avec plus de 9,000 h 10,000 hommes. Le général Maison est en mesure de la contenir et de la battre. »
La nouvelle de l'échec éprouvé par le général Boguel h Hoogstraéten, en démontrant îi TEmpereur que la situation en Belgique était loin d'être aussi favorable qu'il affectait de le croire, lui causa une vive irritation dont on trouve les traces manifestes dans la lettre que, quelques jours plus tard, à la date du 20 janvier, il faisait écrire par Bertrand h Maison, alors à Louvain :
« ... Sa Majesté a vu avec peine la belle occasion que vous avez manquée de remporter une victoire importiinte sur Tennemi. de débloquer Gorcum et d'attirer à vous les 4,500 hommes qui sont dans cette placée et qui désormais seront inutiles. Vous avez disséminé vos troupes. Si le général Boguet s'était trouvé, le 11. à Hoogstraëlen avec la brigade Aymard et toute sii division réunie, il n'est pas douteux qu'il eût battu complètement l'ennemi, et depuis, si, lorsque vous avez attiré i\ vous la division Barrois, le 14. vous aviez continué h poursuivre l'ennemi, vous l'auriez complètement battu et obligé de se replier sur Bréda.
a Sa Majesté n'approuve pas le projet d'une ligne de 20 lieues ;
cola est bon pour la contrebande ; mais ce système de guerre n'a jamais réussi. Le [)rojet de vous retirer sur Lille et d'abandonner toute la Belgique est d'autant plus funeste que les bataillons qui devaient composer votre armée ont été retenus dans cette place.
« Vous n'avez donc d'autre parti pour défiîndre Anvers et la Belgique que de réunir vos troupes sur Anvers, comme Sa Majesté vous l'avait fait dire, en tenant de fortes avanl-gard(*s. l'une sur la route de Turnhout (Lierre est trop en arrière) cl Tautre sur la route de Hoogstraëten.
« Dans cette situation, la Belgique ne court aucun danger et vos troupes seront toujours réunies. Jamais l'ennemi ne se jettent sur la Belgique tant que vous pourrez vous placer entre lui et Bréda, t»t que pourrez marcher sur Gorcum...
« ... Cette position, en avant d'Anvers, en occupant par des avant-gardes des postes îi 4 ou 5 lieues en avant, est la seule qui assure la Belgique contre toutes les troupes qui viendraient par la ligne d'opérations de Willemstadt. Bréda et Bois-le-Duc.
« L'intention de Sa Majesté est que vous rectifiiez sur-le-champ votre plan de bataille, que vous choisissiez ii 1 ou 2 lieues d'Anvers une bonne position sur laquelle vous puissiez replier vos avant-gardes et vos corps isolés oi livrer bataille.
« Pour compléter ce projet, vous devez tenir des corps mobiles, infanterie et cavalerie, lancés fort loin sur votre droite qui empêchent les partisans de pénétrer en Belgique, mais ces i)0stes doivent être (»n observation et ne jamais passer la nuit où ils ont vu couch(?r le soleil *. »
Lorsque Maison reçut cette dépèche, la situation avait complètement changé d'asjMM't. Au ris(jue «l'encourir une fois de plus les reproches de l'Empereur, au lieu de s'exposera ètrtî enfermé dans Anvers, il préféra, comme nous le verrons, prendre ses mesures pour tenir la campagne aussi longtemps (pie possible, défendre la Belgique pied à pied, se replier îi la dernière extrémité sur Lille et couvrir la Flandre fran«;ais(» en manœuvrant avec ce tpii lui restait dr troupf^s *.
La veille mémr des affaires du 11, en avant d'Anvers, rEm|x*-
* Corregpomlance de Xapûbon, N'** il.lâO.
« Maison au major pnéral et au général Barrois, 12 janvier, — Pontê'oulant à Clarke^ 12 janvier. {Àrchirfi de la guerre.)
reur avait expédié à Macdoiiald l'ordre d(» laisser des garnisons dans toutes les places, d(î se faire rejoindre par le général Sébastiani et par la cavalerie, et de se porter sur la Meuse en nian(euvrant sur Maëstricht (ît Naniur contre le liane droit d(» Hlucher. En donnant ces ordn^s au duc de Tarente, l'Empereur agissait sous rinfluence des préoccupations naturelles que lui causait la marche de Blùcher et de l'armée de Silésie. Persistant k croire que les opérations en Belgique ne pouvaient présenter aucun caractère de gravité, il pensait que Maison était, avec ses seuh^s forces et sans le concours dcr^acdonald, dont il avait besoin sur un autre théiUre de guerre, en mesure d'arrêter Biïlow et de lui conserNcr la Belgique.
De toute taçon, le passage du Rhin par Winzingerode aurait obligé Macdonald, qui avait déjà commencé son mouvement rétrograde, à modifier quelques jours après sa position et celle des généraux sous ses ordres.
Mais avant d'examiner les opérations qui ont accompagné et suivi le passage du Rhin par Winzingerode, il est indispensable de parler des événements qui marquèrent la journée du 13. du côté d'Anvers, et de rechercher quelles furent les conséquences immédiates des affaires d'Hoogstraëten, de Merxhem et de Wyneghem.
13 janvier. — Maison s'établit à Lierre. — Combats de Merxhem et de Wyneghem. — Pendant que la cavalerie prussienne continuait à se montrer sur la droite de la position française et à escadronner en avant d'Herenthals, le général Maison, qui paraissait croire que le mouvement effectué par Bûlow dans la direction d'Anvers pendant la journée du 11 n'était qu'une démonstration destinée h détourner son attention et à faciliter une opération plus grave et plus sérieuse contre sa droite, rejoignait le 13 au matin, à Lierre, avec un millier d'hommes et trois batteries, les généraux Castex et Barrois, venus de Bruxelles, et la brigade Aymard qui, le 11 au soir, avait dû se replier sur cette petite ville. Le poste de Lierre était, d'ailleurs, heureusement choisi, parce que, tant que Maison ou un corps de troupes d'un effectif respectable occupait ce point, l'ennemi était hors d'état de couper, sans se compromettre, les communications entre Anvers et Malines.
La position de Lierre donnait, en outre, au l«f corps la possibilité de manœuvrer le long du Denier et de la grande Nelhe pour protéger la Belgi(|ue et de combiner ses opérations avec celles de Macdonald, chargé de couvrir Maëstricht et Liège.
Bùlow, pressé d'améliorer sa situation et comptant voir à son approche la population d'Anvers s'insurger contre les Français, se décida, h» 13 janvier, à attaquer les postes de Wynegheni et de Merxhem. 11 espérait, en les rej(»tant sur la i)lace, en les suivant pas à pas juscjue sous les murs d'Anvers, parvenir jusqu'aux ouvrages du corps de place et peut-être même réussir à y pénétrer îi hîur suite.
Son opération avait, d'ailleurs, un autre but, plus sérieux <»t moins aléatoire. Elle devait lui permettre d<* s'établir sur une position d'où, av(»c l'aide des Anglais, il pourrait, en altcMidanl l'arrivée à sa hauteur du corps russe de Winzingeroch», détruire l'escadre francaist» de l'Escaut.
A cet etïel, Bùlow forma ses troupes en deux colonnes soutiennes par une brigade gardée en rés(Tve et flanquées sur leur droite i)ar les Anglais de Graham.
A l'aile droite des Prussiens, le général von Thùmen vint donner, à huit heures du matin, contre 5 bataillons français chargés, sous les ordn^s du général Avy. de défendre Merxhem. Quoicpie attaquées de front par le gros de la colonne; de Thùmen, et sur leur gauche par his Anglais du général Gibbs, renforcés de 2 bataillons prussiens, les troupes françaises, prescjue entièrement composées de conscrits allant au feu pour la jiremière fois, réussirent îi se maintenir dans le village jusqu'au moment où i)rivées de leur chef, tué à leur tête, elles durent renoncer à la lutte. En se retirant en désordre jusqu'à Daninie ', les bataillons cjui ve-
* Général Ainbert au duc de Plaisance. — « Damine, 14 janvier 1814.
« L'eunemi a attaqué notre poste de la barrière en avant de Merxhem. hier à 10 heures du matin. A 10 heures 1/i le feu était devenu très vif. Kn même temps hi fusillaile s'engagea avec le demi-bataillon du 25^ que j'avais étalili derrière des aliatis à un château en avant de Merxhem. Xos troupes de la barrière furent ramenées jusqu'à une demi-|)ortée de fusil de la tête du village de Merxhem. Je fis marcher une partie de ma réserve pour soutenir ces troupes. L'ennemi fut vigoureusement repoussé et nous nous rétablîmes au poste de la barrière. L'ennemi tira alors à mitraille sur ce poste avec 4 pièces d'artillerie. Nos jeunes soldats en furent un peu intimidés et il en résulta quelque désordre ; mais leurs officiers les ramenèrent à leur poste. 11 était alors midi : le feu
naient d'évacuer Merxheni eiitraîiRTenl dans leur déroute h» balaillon de renfort envoyé par le du<! de Plaisance. Thùnien les poursuivit vivement jus(iu'ii 800 pas des nuirs d*Anv(Ts i*t lit aussitôt prendre position sur et» point à son artilierii*. Vnv batterie de campagne devait chasser des glacis les troupes cjui essayaient de s'y déployer, tandisqu'une batterie d'obusiers ouvrait le feu contre le port et contn» l'escadre. A l'aile gauche des Prussiens, le général von Oppen avait lancé
ctait toujours très vif sur notre gauche, je fis renforcer ce point par 3 compagnies du 58* et j'ordonnai au commandant du demi-bataillon du 2tV de suivre le mouvement de Tenncrai et de couvrir la gauche du village. Nos troupes se soutinrent jusqu'à 1 heure contre un feu très vif et à portée de i>istolet.
« Instruit que l'ennemi se renforçait de plus en plus sur notre gaucht*, je venais d'envoyer l'ordre de se retirer de la l»arrière sur Merxhem. O mouvement était heureusement à exécuter lorsque jo donnai Tordre à 25 ouvriers de la marine de se porter à la gauche, en tirailleurs. Ils n'eurent pas fait dix i)as qu'ils furent tués. Nos jeunes soldats qui étaient en avant d'eux se crurent tournés et se retirèrent en désordre. Les ouvriers militaires, postés à la tête du village avec l'artillerie derrière les abatis, se jetèrent pèle- mêle dans la rue du village et il fut impossible de les arrêter. Je lis tout de suite retirer l'artillerie qui se trouva abandonnée par une grande partie des canonniers et conducteurs.
'( Kn même temps, un bataillon d'Ecossais déboucha sur la tête du village où je me trouvais avec le général Avy et une cinquantaine d'hommes rentrèrent également en désordre dans le village malgré tous nos efforts. Toutes les issues donnant sur la grand'route se trouvèrent garnies de tiiailleurs ennemis. Je priai alors le général Avy de se porter au débouché du village pour y arrêter la colonne et la reformer, lui disant qu'il y trouverait le détachement des lanciers de la garde. A l'instant il fut frappé d'une balle à la tête et tomba mort à mon câté... Je me portai à la digue Ferdinand après avoir rallié deux pelotons d'infanterie pour arrêter l'ennemi qui n'avait pu s'apercevoir que le désordre Ce nos troupes avait continué un moment en arrière de Merxhem.
u La coupure de cette digue éUiit attaquée par 2 bataillons anglais ayant 200 hommes de cavalerie à leur droite et 4 canons sur leur front qui tirèrent à mitraille... Les deux bataillons anglais ne firent aucun mouvement en avant sur la digue.
K Le chef de bataillon Canet arriva cependant avec la majeure partie de son bataillon formé en sections au moment où l'ennemi débouchait de Merxhem avec une colonne de 700 à 800 hommes et 4 canons. H arrêta la marche et réduisit l'attaque de l'ennemi à un feu d'artillerie et de tirailleurs qui se prolongea jusqu'à 3 heures.
« L'ennemi s'est retiré après minuit en grand silence et avec précaution ; les Anglais sur Kozendaal, les Prussiens par la route de Brecht, ainsi que le corps qui a combattu contre le général Roguet. J'ai établi un bataillon sur Merxhem avec 20 lanciers qui fournissent les vedettes. Un autre bataUlon occupe la digue Ferdinand et Damme. Les troupes sont établies de manière û opposer une bonne résistance malgré la gelée qui rend praticable tout le pays entre l'Escaut et Merxhem. Pertes de la division Ambert : 81 tués, 105 blessés, 45 prisonniers. » (Archives de la guerre.)
contre Wyncghem une colonne sous les ordres du colonel von Zastrow, composée de 2 bataillons d'infonterie, 3 escadrons et une demi-batterie.
Une autre colonne, conduite par le major von Zglinitzki (2 bataillons et 1 escadron) prenait, plus à droite, Deurne pour objectif; 1 bataillon et 2 escadrons postés à Schooten reliaient les Iroupes de la colonne de gauche avec celles du général von Tliunien et le gros de la colonne restait en réserve avec le général von KralTt, à Saint-Gravenwesel. Les troupes du général von Borslell ser>'aient de réserve générale aux deux colonnes.
Wvneghem fut pris et repris deux fois par les Français et par les Prussiens. Pendant le combat, les Français avaient été renforcés par la brigades Flamand, postée à Damme, et les Prussiens |)ardes Iroupes fraîches envoyées par le général von Oi)pen. Les Prussiens étaient enfin sur le point de rester maîtres de Wvneghem et de pousser vers Deurne. lorsqu'une petite troupe, forte d'environ 200 hommes d'infanterie française et d'une centaine de cavaliers, pénétra dans Wvneghem par la route de Lierre et menaçant la gauche des Prussiens, leur enleva tout espoir de parvenir à débouchjer sur Deurne.
Oppen, manquant absolument de cavalerie*, n'avait pu, d'après les auteurs allemands, opposer que quelques cavaliers d'escorte aux lanciers français, dont l'apparition îi Wyneghcm avait arrêté les progW's de ses troupes; et cette poignée d'hommes, qui, par son entré»* en ligne, avait permis aux Français de s'établir solidement à Deurne, puis d'en organiser la défense, par\'int à se rejilier sur ce village en bon ordre et sans perdre trop de monde, en faisant, il est vrai, un détour.
La iniit était arrivée : Oppen rassembla toutes ses trou[)es à
i La version doniiée par Crusius nous parait plus vraisemblable et d'autant plus admissible que le général von Oppen ne manquait pas de <*avalerie puisqu'il avait avec lui, à Wyneghem, un escadron des dragons de la reine et 2 escadrons du 2° dragons 'le la Prusse occidentale.
D'apn^s Crusius, les troupes françaises apparurent tout à coup dans les rues du village et tombèrent à l'improvistc et de nuit i^ur les dragons prussiens qui avaient mis pied à terre. Leurs chevaux, en s'échappant, causèrent une panique qui emp<>clia, dans le principe, de prendre les mesures nécessaires. Ce fut seulement au bout d'un certain temps que le général von Oppen réussit à rallier un peu de monde et à obliger les lanciers qui venaient de faire ce coup de main à se replier sur Deurne.
Sainl-Gravcnwcsol, ne laissant îi Schoolen et vers Deiirno qnc dos postes d'obsenation et une arrit''pe-garde de 2 bataillons etl escadron à Wynegheni \
Les affaires des 11 et 13 janvier avaient coût^, au III« corps prussien, de 600 à 700 hommes, et un millier d'hommes aux Français.
Il semble au premier abord que Bulow avait atteint le but qu'il s' (Hait proposé, puisqu'il avait réussi à s'approcher sutfisamment d'Anvers pour bombarder la place, le port et Tescadre. Il ne parvint cependant pas à tirer de son entreprise tout le parti qu'il espérait. Il avait pu, en effet, constater par l'affaire du 13, ([u'il y avait h Anvers une garnison décidée à fainî son devoir, que l(»s remparts de la place étaient en bon état et suffisamment garnis d'artillerie de gros calibre ; mais il manquait du matériel néc(»ssaire pour entreprendre le siège d'Anvers; d'autre part, il n(* lui était guère possible, dans sa situation actuelle, de prononcer un mouvement v(îrs l'intérieur de la Belgique.
14 janvier.— Bùlow retourne à Bréda.— Préoccupé, en outre, par la présence des troupes rassemblées par Maison on avant de Lierre et en position derrière la Nèthe. par l'envoi à Anvers de la brigade Aymard *, craignant d'être débordé sur sa gauche vi
i Le rapport que le gôDéral Rognet adressa, après Taffairc du 13, de Borgorhout aa dac de Plaisance, confirme les faits relatés par les rapports des généraux prussiens. L'ennemi, y dit-il, a fait des efforts inouïs devant Wyneghem pour faire déboucher ses colonnes, mais sans succès ; ses tirailleurs sont venus jusque sur le flanc gauche de Deurne et ont «ité repoussés. Enfin voyant ses efforts inutiles, il a cesse* le feu à 3 heures après midi. (Voir rapport du général Roguet sur Taflaire du 13 janvier. — Archives de la Gueire,)
< Le soir même des combats de Wyneghem et de Mcrxhem, Maison écrivait, de Lierre, au ministre de la guerre : « Cet événement me décide à envoyer le général Aymard avec ses 3,000 hommes à Anvers. » Ne pouvant prévoir la retraite immédiate de Biilow, il proposait au duc de Plaisance d*attaquer, le 44 au matin, Merxhem et d'en chasser l'ennemi à tout prix, et disait ensuite à Clarke : « Je reste en campagne avec 1500 hommes de la division Barrois et 700 à 800 chevaux. Quand l'ennemi se présentera, je m'en irai laissant Anvers à ses propres forces. J'ai deux partis à prendre n'étant pas en état de combattre, celui de me retirer vers les places de l'ancienne France, ou de marcher par liouvain sur Xamur et Liège pour donner la main au duc de Tarente et opérer ensuite de concert avec lui sur la Meuse ou la Sainbre. Je prie Votre Excellence de me dire lequel de ces deux partis est le plus convenable ».
En même temps, il écrivait à Anvers, au duc do Plaisance pour lui dire que
Well. 19
peul-èln; niènie tourné par des forces respectables, Biïlow crut plus sag(î d(î reprendre, le 14, avec le gros de son corps, sa position conc(»nlrée de Bréda. 11 laissa toutefois le général Borstell à Hoogstraëten, Wuest-Wesel et Loënhout, (;t c^ivoya la brigad<^ Thunien à Bysbergen, Groot et Klein-ZundcTt, pour se relier aux Anglais qui, tout en se retirant sur Oudenbosch, continuèrent à investir Bergen-op-Zooni et tinrent leurs avant-postes h Rozendaal et Steinbergen.
Le III® corps allait, saut les quelques incidents que nous signalerons plus loin, rester dans ces positions jusque vers latin de janvier, couvrant ainsi le siège d(; Gorcum, bloqué par la 3" brigade, et l'investissement de Bois-Ie-Duc, assuré par 6 bataillons (ît 2 régiments de cavalerie sous h colonel von Hobe, et surveillant, d'assez loin il est vrai, Icîs cori)s de Macdonald et de Maison.
En somme, les combats d'Hoogstraëten, de Merxhem et de Wyneghem n'avaient eu d'autre résultat, pour Bùlow, que de lui assurer la possession d'Hoogstraëten, Wuëst-Wesel et Loënhout, points situés à environ une journée de marche en avant de ses anciennes positions, de lui permettre de s'étendre quelque jieu sur la rive gauche de la Meuse et de s'y établir un peu plus solidement.
18 janvier. — Ordres de l'Empereur à Maison. — C'était, en sonnne, et (mi comparaison d(»s t^tl'orts tentés et des espérances conciles j»ar Bidow, un assez maigre résultai.
Quoi qu'il en soit, FKnqKîreur continuait à se montrer niéconlent et des opérations de Maison, et des nnîsures qu'il avait prises, (»l d(»s mouvemenis (pi'il se pro|)Osait d'exécuter.
si le pmdral Hoguet ne s'(*tait pas mninleiiu à Deuriie. il fallait û toul pri!i l'y l'établir. (Correspondance de Maison, ArclUtes de la Huerre.)
Dans un deuxième rapport date du 15, le général Maison ajoute : qu'après avoir enlevé les postes de M^rxhein et de \\yn(>gliem. l'enncnii était établi assez pn>9 de la plarc pour y jeter des fusées incendiaires, qu'il avait pris toutes SCS dispositions pour Tattaquer afin de l'obligiT à s'éloigner. Il avait formé à cet eftot. une petite colonne furnuk* de 4(K> chevaux et de i régiments du général Barrois qui. partant de Lierre, se portèrent par Wommelgliem sur Wyneifliem, pour prendre rcnncmi en flanc et à dos : mais l'ennemi, se retirant pendant la nuit, n'avait laissé que des postes qui se replièrent à sou approche. Le général Maison en conclut que renncmi a seulement voulu connaître re qu'il avait à Anvers et tent«T en môme temps, d'y entrer par un coup de main, mais que lu rassemblement de Lierre lui eu a imposé. {Archivfâ tli' la tjucrrc.)
C'est évidemmcnl sous rimpnîssioii de ces seiilinienls «iifil écrivait h Clark(î et lui prescrivait, à la date du 18, de faire savoir îi Maison que, ne comprenant rien h sa correspondance, il l'invitait à fournir un rapport circonstancié sur les affaires des 11, 12 et 13. Il ajoutait : « Dites-lui que rim ne porte à pemer quil y ait là des forces considérables ; s'il avait réuni ses moyens sur Anvers, il aurait chassé l ennemi au delà de Bréda: au lieu de cela, il alarme la Helgit/ue et enhardit rennemi par sa contenance timide^. »
12 janvier. — Positions de Macdonald et de Sébastiani. —
Mais le temps avait marché pendant les cini( jours qui s'étai(Mil écoulés entre les combats de Wyneghem et de Merxliem. et l'envoi de cette lettre. Les événements ((ui s'étaient produits sur le Khin, d(» Cologne à Dusseldorf, allaient désormais rendre impossible tout mouvement en avant vers la basse Meuse et le Whaal. Macdonald S destiné par les ordres d(» rKmpereur à maïueu-
* Corretpoiulance de Sapoléon, n" 21,110.
^ Il suffit de ronsultcr les rapports et les di'pèriies de Macdonald pour voir dans queUc incertitude le maréchal se débattit jusqu'au moment où le major général lui iH^rivit, le 10 janvier, pour lui prescrire de laisser des garnisons dans toutes les places, de rappeler à lui le général Sébastiani et toute sa cavalerie et de se porter sur la Meuse en manœuvrant sur Mai*striclit et iNamur et sur le flanc droit de BUicher.
Le duc de Tarente, ne sachant pas s'il avait des pouvoirs suflisanls, avait en effet, {lendant tout ce temps, hésité à donner à la garnison de Wcsel (\oir Arclnirs du DêjH'U de ta (/aciTc, les dépêches du maréchal du 9 janvier) l'onlre dV>acuer la plaie et de se replier sur Maastricht. Le 10, Macdonald avait fait savoir au major général que le génénti Kxelmans l'informait de la marche de 10,000 hommes de toutes armes filant sur la (^ampine. pour se IK>rter sur Maastricht et Liège. Il en avait prévenu le général Maison en lui demandant d'opérer une diversion que ce général eût fait de son i)roi)re mou - >ement si on ne l'avait pas attaché plus s|)écialement à la défense d'An>ers. I^ maréchal annonçait qu'il marcheniit le 10 sur la Roi'T. envoyant une partie de sa cavalerie sur Ma^^stricht. que le général Sébastiani se concentrerait provisoirement à Juliers ou Aix-la-Cha|»ell(:, suivant les événements et qu'une fois réuni à lui, il |>ourrait entreprendre quelque chose...
Le lendemain 11, à 4 heures de l'aprés-midi, il déclarait au major général, qu'en présence du mouvement des Prussiens sur Eyndhoven, il se i-epliait sur l]a.sselt, qu Exelmans serait le li à Maastricht, le duc de Padouu et Sébastiani le li à Yenloo et Crefeld, le 13 à Ruremonde et Erkelens.
A la même date, Sébastiani, encore établi à (Vtlogne qu'il aUait évacuer le lendemain, mandait au major général que l'eimemi occupait Blanckenheim et la froistH' des routes roiiduisanl à Bonn, Cologne, Juliers. Aix-la-Chapelle et Lii'ge où il avait en>o\é un parti pour se renseigner. Mais comme ce point
vror entre Maëslrichl et Namur, devait, d'après la noU? sur la situation de la France, se porter sur Liège et Charlemont, menacer le flanc droit de Blûcher, en gardant la Meuse, et disposer pour ces opérations, après avoir rappelé ii lui Sébasliani, de 10,000 hommes avec 40 canons. Dès le 5 janvier, il avait, comme nous Tavons dit, concentré vers la Meuse, de Gueldres à Venloo, les troupes du ll^ corps et du 2« de cavalerie, fait passer le fleuve, du 7 au 8 janvier, aux généraux Bigarré et Exelmans, et transféré ensuite, le 12, vson quartier général h Iluremonde*.
A la même éi)oque. Sébastiani et le duc de Padoue, après avoir concentré leurs corps de Cologne à Neuss, alarmés sans doute par la nouvelle de l'approche d'un assez gros parti de cavalerie; russ(» (jui, sous les ordres du général Ilowaïsky, poussait eu avant sur l'extrême gauche de l'avanl-garde et jiaraissait se diriger vers Cologne, avaient évacué cette vilh», le 12, i)our se replier par Juliers, où ils allaient arriver le 15 et laisser 2,000 homm(?s, vers Aix-la-Chapelle et Liège*.
était à 14 licaes de ses positions, rennemi pouvait avoir fait entre temps des mouvements importants. 11 ajoutait : « L'occupation do Trêves par Tennemi me met dans une position critique, ayant Tennenii sur mon front et sur mes deux flancs qui sont débordés. J'ai en\o>'é à Ber{;heim 300 hommes et 4 piènrcs pour défendre le délilc et les ponts de TEriTt et me faire un échelon. Le général Albert vient de in'informer que l'ennemi est sur la route de Malmédy à Spa. Je crois que ce sont des coureurs. »
L'Kmpereur, après avoir donné directement, le 10 janvier, au duc de Tarentc les ordres dont nous avons parlé, lui fit encore écrire le 12, par Berthier, la lettre suivante qu'il reçut le 14 :
« Le major général au duc de Tarentc. — Paris, le 12 janvier 181 i.
« J'ai mis sous les yeux de l'Empereur votre lettre du 9 relative à Wt»sel. Sa Majesté ne veut jkis qu'on abandonne les places. EUe attache, au contraire, la plus grande importance à les conserver. Indépendamment de l'intérêt des négociations dont on espère une bonne issue, l'abandon des places serait un grand mal. L'ennemi s'y établirait, assurerait sa ligne d'opérations et tirerait plus facilement des ressources du pays qui se croirait abandonné. L'ennemi n'est pas dans le cas de faire aucun siège. Les conscrits et les gardes nationales laissés dans les places s'y organisent... L'avantage d'occuper les places est d'obliger l'ennemi à laisser devant elles plus de monde qu'il n'y en a dans la place... » (Archiva de la gwrre.)
1 Macdonald écrivant le 12, à Maison, de Uuremonde, lui disait : « Le Rhin et la Meuse sont pris. Je serai le 13 à Maéstricht, ma cavalerie y sera le 14. Molitor sera ce soir à Venloo ; l'arriêre-gardc (général Thiry) est ii Straeh'n. » i^Archirrx tir la guerre.)
* Mardonald au major général : « MarstriHil, H janvier. « Je reçois par estafette extraordinaire la lettre de Votre Altesst» du 10. Les onlres qu'elle contient sen»nt evécntis. 1) -jà le {{*' corps d'infantrrie et le 2*'
13 janvier. — Tchernitcheff passe le Rhin. — Affaire à Ober-Cassel. — A pou pri's au nu^nio moment, Tchcrnitclu^tV arrachait, onlin. il Winzin^orode l'autorisation, vainement sollicitât» par lui depuis douze jours, de traverser l«» Hliin : mais si Win/in- ^erode crut devoir rendre enfin à Tchernitcliett sa liberté d'action, il lui fit (;n même temps savoir cpie, on cas d'insuccès, la responsabilité retomberait tout entière sur lui.
Tchernitcheft n(î se laissa pas arrêter par (!es considérations. Afin de tromper l'ennemi sur le point véritable d(» son passade, tians la nuit du 12 au 13 il fit traverser le Rhin, entre Duisburg et Kaiserswerlh, à deux ou trois cents cosaqm»s. ([ui réussinMil à s'emparer d'une redoute armée de cinq canons, élevée en face d(» l'embouchure de la Ruhr, et chassèrent devant eux les (pielques |)OStes d'obser\'ation établis sur la rive gauche du Rhin.
Quelques heures plus tard, l'avant-garde de Tchernilchefl (700 hommes, chasseurs et cosaques), sous les ordres de Benkendorfl', passait en banjuc le Rhin, pn*s de Dùsseldorfl. CkUte opération était protégée par 36 pièces, que Tchernitcheff* avait mises en batterie sur la rive droite pour écraser do leurs f'(îux, si \o besoin s'en faisait sentir, les deux redoutes élevées par les Français sur la rive gauche. Conmie les Français n'avai(înl laissé le long du Rhin que quelques vedettes et quehpu^s faibles postes d'observation, cette avant-garde rencontra à peine un semblant de résistance.
Les Français, abandonnant les deux redoutes, se replièrent
mmédiatement et furent suivis par Benkendorf jusqu'à Ober-
(iassel et Heerdt. Renforcés sur ces points par un bataillon et
deux escadrons, ils obligèrent, h leur tour, Benkendorf* à se
de cavalerie seront réunis demain entre Maastricht et liasselt. Le 5^ d'infanterie et le 3® de cavalerie devront ^Ire sous peu de jours a Aix-la-Chapelle : ils marcheront de là pour rejoindre. Pendant ce mouvement le général Exelmans manœuvrera dans la Campinc sur le flanc de Tennemi. »
Macdonald à Sébastiani et Padoue : « Mac^tricht, 14 janvier.
« Vous ne direz mot à personne de ce que vous exécuterez avant Aix-la- Chapelle, afin que Tennemi ne puisse être instruit que vous vous portez sur la Meuse. Ne séjournez point à Juliers ni à Aix-la-Chapelle, et continuez votre marche sur Liège où je vous donnerai de nouveaux ordres. »
1 « Le i 3 janvier 1814, chargé par le général Winzingerodo d'ouvrir sa marche pour le passage du Rhin avec 160 chasseurs de la brigade du général Gleboiï et 50 cosaques, j'arrivai dans la nuit, après une fusillade assez vive.
replier sur Obcîr-Cassel. Rejoint d'abord par le reste de sou avant-garde, puis par Tchernilchert en personne. Benkendorfsn reporla en avant avee tout son monde et ramena les Français sur Neuss.
Il est évident que si les Français, quoique surpris par l'apparition des Russcîs, avaient pu se rendre com[)te de la force» réelle de cette faible avant-garde, ils l'auraient évidemment jetée dans le lleuve. Mais ce qui est moins explicable, c'est que le lendemain 14, ils évacuèrent Neuss. où Benkendortt* et ïchernitchelV entrèrent aussit<M après leur départ.
14 janvier. — Tchernitcheff à Neuss. — Bien que son avantgarde eftt ainsi réussi îi prendre pied sur la rive gauche, Win/ingerode, n'osant rien entreprendre à cause des glaçons que le ]\h\n continuait à charrier, n'opéra son passage entre Dùss(»ldorf ot Cologne (jue les jours suivants, |)endant que Benkendorf, après être entré à Neuss, continuait h pousser sur la route de Juliers.
15 janvier. — Ilowaisky à Cologne. — 16 janvier. — Tchernitcheff à Aix-la-Chapelle. — Le 15 janvier. Ilowaisky arrivait avec ses cosaques à Cologne, que Sébastiani et le duc de Padoue
aux environs de Xeuss et le lendemain devant Juliers avec ma brigade, 2 esradrons des hussards de Pavlograd et 2 pièces d'artillerie légère.
« Kn village très étendu, celui de Mernich, nous séparait d'à peu près une demi-lieue de la forteresse. La garnison avait fait une sortie d'environ 300 hommes. J'avais placé à couvert la plus grande partie de mon monde, afin de le mettre hors d'atteinte du canon de la place. Après être resté quelque temps «lans cette position, ennuyé d'une tiraillerie sans ol)jet, j'ordonnai à la fois une attaque générale au grand galop, mes hussards, au centr»', sur la route a>ant le régiment de GirolT à droite et (;elui de Sisoieflf à gauche. Je n'ai jamais vu le spectacle d'une plus belle émulation : tout partit avec la rapidité de l'éclair. L'ennemi, étonné de notre nombre, se retira en désordre en combattant, mai:) la totalité de mon corps l'atteignit sur les glacis. Le régiment de Sisoieff qui le serrait de plus près lui coupa la retraite à 30 mètres du pont et tout fut pris ou sabré. (Benkemdorpf, Des Cosaques, p. 50.)
Hien que le fait soit parfaitement exa^t, Benkendorff nous semble avoir commis une erreur de date. Ce n'est pas le 14, mais bien le 19 janvier qu'eurent lieu la sortie de la garnison de Juliers et l'escarmouche de cavalerie en question, comme nous l'indiquerons, d'ailleurs, un peu plus loin. L'investissement de Juliers est bien du 15, mais on ne trouve nulle part trace de cette affaire à rett^ époque. C<*tte erreur de date s'explique par le fait que Benk»^ndorf a écrit son livre sur les cosaques deux ans après la campagne de 1814.
jivaioni qnilh' dopiiis Ip 12. Trliorniloliotî. qui sriait roiidu do sa porsoniio à Noiiss, pressant aussitôt lo mouvement do sa caval(»rio vers Aix-la-(^hapelle, ftiisait investir Juliers et poussait, lo 10, jusqu'il Aix-la-Chapelle.
MaedonakI était toujours h Maastricht. Il n'avait eneore sur son flanc, du c<Mé d'Aix-la-Chapelle, que Tavant-garde russe, puisque le gros du corjis Winzingerode commençait seulement son mouvement en avant de Neuss. Il n'en prescrivit pas moins à Sébastian!, avec le 8« corps, et au duc de Padoue, avec le 8« corps d(^ cavalerie, de prendre position, le 17, à Hervé, et, le 18, d(»vant Liège, sur la rive droite de la Meuse. Le 8« corps de cavaleri(» devait s'échelonner h partir d'Hervé, éclairer à droite de la Meuse dans un rayon de quatre îi cinq lieues (»t, plus spécialement, dans la direction de Maêstricht. Exelmans avait pour mission de couvrir la position depuis la rive gauche de la Meuse jusqu'à Diest. L'infanterie du général Braver se rendait d'Huy à Namur; celle de Molitor se tenait à Liège.
18 janvier. — Hacdonald à Liège. — Le duc; de Tarente, n'ayant pu arracher îi l'Empereur Tautorisation d'abandonner des places fortes destinées fatalement h tomber entre les mains de l'ennemi, résolut de manœuvrer sur la Meuse, de Maêstricht à iNamur, et choisit Namur comme point de rendez-vous général. Mais il envisageait la situation sans se faire d'illusions, et, (mi annonçant h Maison qu'il allait établir, le 17. son quartier général à Liège, il lui écrivait : « Je souhaite que l'on dise vrai sur vos forces. Nous sommes dans une position h ne plus compter ceUes de l'ennemi. Vaincre ou périr doit être maintenant notre cri de ralliement. »
Le maréchal avait, à ce moment, l'intention d'opérer pendant quelque temps, de concert avec Maison, du côté de Diest, où 11 envoyait, le 18, la cavalerie du général Dommanget. Exelmans devait réunir le reste de sa cavalerie îi Saint-Trond et à Tirlemont avant de se porter de lîi, en deux marches, sur Namur, où Molitor allait le précéder, pendant que la cavalerie du général Brayer ([uitterait Namur pour éclairer la route de Luxend)ourg. Mais, le 19 janvier, Macdonald, arrivé lui-même à Namur, y recevait une dépéch(» datée de Paris, le 17, par laquelle le major général le prévenait de son départ pourChAlons, où l'Empereur se proposait
de porler son quarlier général. Berthier lui proscrivail de manœuvrer pour se rapprocher d(^ lui. de l'infornicr de la marche qu'il se proposait de faire jour par jour, el de chercher à se tenir au courant des mouvements de Marmont. Le maréchal, se conformant aux ordres qu'il venait de recevoir, commença aussitôt son mouvement vers Chàlons, après avoir avisé Maison de la nonvelle direction que ses troupes allaient suivre.
Le retrait de la cavalerie de Macdonald de la Gampine, son mouvement sur Namur n'étaient guère faits pour faciliter la tilche déjà si difficile de Maison. Il s'en plaignit à Macdonald qui, lié par des ordres formels, se contenta de transmettre les réclamations du commandant du l«f corps au major général, anifuel il annonçait, le 18, qu'il allait transférer le lendemain son quartier général de Liège à Namur. Dans cette dépèche, où il expose le mouvement par échelons que vont exécuter sur Nannir le ii« corps, puis le 2« de cavalerie, le 5« corps d'infanterie et le 3* de cavalerie, le duc de Tarente ajoutait, en effet : « Je rappelle ma cavalerie de la Campine sur Namur, bien que le général Maison me mande que, si je suis le plan général d'opérations, il ne pourra tenir à Louvain et se portera sur Anvers. Mais cette cavalerie m'est trop utile pour l'exécution de ce plan, autrement les Ardennes seraient ouvertes. »
19 janvier. — Macdonald quitte la Belgique et se dirige sur Châlons. — Le duc de Tarente, dont les effectifs étaient, d'ailleurs, singulièrement diminués par les garnisons qu'il avait dû laisser dans les places et par les progrès effrîiyants de la désertion, ne disposait guère, à la date du 20 janvier, que d'un peu plus de 5,500 hommes. Le 5« cori)s était réduit ii 800 honnnes présents ; le 1 !• en avait de 1400 à 1500 ; le 2® corjis de cavalerie ne comptait que 1800 à 1900 chevaux, et le 3« ne pouvait en mettre en ligne que; 1200. Se conformant aux ordres de l'Empereur, Macdonald commença le 20 .son mouvement par échelons de Namur vers la haute Meuse. Son arrière-garde, sous les ordres du général Sébastiani et du duc de Padoue*, quitta Liège le 21 au
* Une (les reconnaissances du doc de Fadoac avait ou, le 19 au innlin, une petite escarmouche ave<' la rava4<»rie russe du côte dilerve.
soir. C(.»lt(' cavalerie élail à Hiiy le ii, à Naniiir le 23, à Dinant le 24, à Givet le 25. h Ilocroy le 26, et le 27 h Me^zières, où le premier échelon de la roloiine (la division Braver) était arrivé deux jours plus tôt *.
Position des cosaques de Tchernitcheff . — Du côté des Russes, Tchernitcheff, sans s'occuper de la dislance considérable qui séparait sa cavalerie du gros du corps de Winzingerode, continuait à pousser ses cosaques en avant. La garnison de Jiiliers avait tenté, le 19, de rompre le blocus et de percer hors d(» la place. La cavalerie française avait môme, au début de l'affaire, réussi h bousculer la cavalerie russe ; mais celle-ci, renforcée à temp.s, la rejeta sur Tinfanterie qui la suivait, l'entoura et lui enleva une centaine d'hommes. La garnison se replia sur Juliers, dont l'investissement fut confié au général Ilovvaïsky.
23 janvier. — Winzingerode à Aix-la-Chapelle. — Par
suite du mouvement vers la haute Meuse, que l'Empereur fit opérer, à partir du 20 janvier, aux troupes du duc de Tarente, Winzingerode ne trouva, en réalité, plus rien devant lui au moment où, après une marche d'une lenteur inexplicable, il établit, le 23. .son quartier général à Aix-La-Chapelle *. En outre, son corps ayant mis plusieurs jours h défiler par cette ville, il se borna h pousser jusqu'à Hervé l'avant-garde sous les ordres de Tchernitcheff et à envoyer des partis sur Liège.
16 janvier. — Maison à Louvain.— Dès que Maison eut reçu la nouvelle du passage du Rhin par les Alliés et du mouvement
* Macdonald, en écrivant à Maison une dernière fois le 21 janvier de Namur, ne peut s* empêcher de donner libre cours aux tristes pensées qui obsèdent son esprit : u Quelle affreuse situation, lui écrit-il, et quelle est la providence qui nous sauverat On dit que Fesprit de la capitale est aJBTreux, ainsi que celui de la plupart des grandes villes. Qu'est donc devenue cette énergie des Français ? Chacun courbe la tôte, bien qu'il y ait tant de moyens encore. C'est qu*on ne sait pas les mettre en pratique. J*ai le cœur navré et Tâme déchirée. » (Archives tle la guerre.)
> Winzingerode y reçut Tordre par lequel Schwarzenberg lui enjoignait de Langres, le 10 janvier, de se porter de Dûsseldorf sur Reims. (K. K, Kriegs Arehiv,, I, 55i.)
nHrogrado de Manlonald sur los Ardonnos, il avait rhargr les gén(''raux Aiiibort ot Rognet de couvrir los abords d'Anvers, désormais (»n étal de soutenir un siège et de répondre ii un bombardement. Il avait fait occuper Matines (ît Bruxelles et était venu s'établir, le 16, îi Louvain, avec la division Barroiset la cavalerie de Gastex. Ainsi posté h la croisée des routes aboutissant îi Bruxelles, de celles d'Anvers par Malines, d'Herenthals i\ Tnrnhonl et Aerschot, d'Hassclt, de Diesl et de Maëstricht à Bruxelles, de Tirlemonl îi Sainl-Trond, Tongres et Liège, de Tirlemont à Huy et Namur, et de Namur par Hamme îi Wavre et Gembloux, il pouvait h son choix et malgré le peu de troupes dont il disposait, couvrir Bruxelles, se porter au secours des divisions chargées de la défense extérieure d'Anvers. Manœuvrant le long du Demer, il pouvait donner la main h Macdonald, qui était encore en marche de Maëstricht sur Liège, surveiller cette ville après le départ du duc de Tarente, menacer le point de réunion des armées alliées, enfin se retirer, s'il y était contraint, soit sur Condé par Nivelles et Mons, soit sur Lille par Ath et Tournay.
La position était, on ne saurait le contester, on ne peut plus heureusement choisie.
Maison, en effet, tout en ne désespérant pas encore de la situation, ne se dissimulait pas la gravité exceptionnelle des circonstances, et c'est ainsi qu'il écrivait le15,de Lierre, au duc de Plaisance îi Anvers : « Jiatôte de l'ennemi est sur Diest aujourd'hui. Je ne partage pas l'avis de ceux qui croient qu'on ne peut pas l'arrêter. Il convient au moins de le tenter et je n'ai, moi, aucune arrière-pensée personnelle. Je ne veux que ce qui est le mieux pour le service de Sa Majesté.
a Vous voudrez bien faire partir aussi vite que possible pour coucher h Malines, ii (juelque heure que ce fût, un régiment de la garde... indépendamment du régiment qui devrait déjà être ici. Il est clair que l'ennemi va marcher îi la conquête de la Belgique, que Bfdow va opérer de manière h se joindre h l'avantgarde de Bliu^her, qui est arrivé à Malmédy et a déjfi poussé des partis vers Spa. Le duc de Tarente et moi devons nous y opposer. J(t vous recommande encore de tenir la campagne en avant de Wyneghem vers Saint-Antoine et Schilde, de même (juc sur Braschaët, et de faire occuper Lierre par quelque cavalerie et infanterie, à moins que l'ennemi ne soit en force h Santhoven. En-
«*oiv, tant {[iw vous litMidnv. à Schildo, rtMinenii n'osera |)as venir avor des forées à Lierre *. »
L(» 10 janvier, il arrivait h Lonvain avec la division Barrois el 400 ehevaux ch^ la parde, alors (|ue la têtt^ de sa eavalerie élail déjà depuis la veille h Aersehot. Il ignorait ee qu'avait fait Maedonald d<»|)uis quelques jours. Il attendait de ses nouvelles, puisqu'il comptait envoyer le lendemain sa eavalerie sur la grande N^the. h Westmeerbeek et Westerloo et. croyant encore que l'armée de Bli'icher marchait sur Liège par Malmédy et Spa. il écrivait au duc de Plaisance pour lui dire ce qu'il pensait du mouvement rétrograde de Biilow. Si Maison se trompait en attribuant la cause d(» ce mouvemiMit h l'apiiroche de BIucIut. il ïivait raison d'affirmer que Biilow n'opérait qu'un changement de position, puisque le général prussien chiîrchait (»n n'»alité à donner la main îi Winzingerode. Le commandant du \*^^ corps ajontait en effet : « Je ne saurais me persuader qu'il a eu assez peur de noi?s pour le faire seulement par cette considération. »
Mais h peine avait-il pris ces mesures qu'il reçut, par l'intermédiaire de Clarke et de Berthier, communication des reproches de l'Empereur. Comme ii ce moment Macdonald, après avoir évacué Hasself et Liège, avait déjfi dépassé Xannir, il lui était difficile de se conformer à l'ordre de l'Empereur lui prescrivant de se concentrer en avant d'Anvers. Se portant avec la division Barrois par Malines sur Anvers el Merxhem, où cette division devait être rendue le 22, il donna aux 12 bataillons du général Rogiiet l'ordre de se réunir h Wyneghem et Schilde.
23 janvier. — Envoi de la cavalerie de Castex snr Liège.
— En même temps il envoyait le général Castex avec 3 escadrons de chasseurs, 3 de lanciers, 2 bataillons du 12^ voltigeurs et 4 pièces, h Tirlemont. Il avait eu soin de lui prescrire de poster une avant-garde à Saint-Trond, d'éclairer les mouvements de l'ennemi sur Liège et sur Hasselt, et de ne se retirer sur Louvain que s'il y était forcé |)ar des forces supérieures. Deux bataillons du 72» forts de 900 hommes, allaient, à partir du 21, prendre position à Louvain et servir de soutien à (iastex. Le général Meuziau.
* Maison aa duc île Plaisance. Lierre, 15 janTÎer. (Arehivex de la guerre.)
dirigr sur llussell avec 1 bataillon, 400 chevaux el 2 canons, avait pour mission de flanquer le mouvement de Castex, de protéger ses derrières et de couvrir sa retraite sur Saint-Trond.
Pour se conformer aux ordres antérieurs du major général. Maison prenait, bien qnh regrel, les mesures que nous venons d'indiquer et prescrivait, pour le 22, un mouvement d'Anvers sur Westmalle, Brecht el Wuest-Wesel. Le connnandant du 1*' corps adressa toutefois, de Louvain, au major général des observations qui prouvent qu'il s'était rendu un com|)le exact de la situation, qu'il avait prévu tout ce qui allait se produire pendant les mois de février et de mars, et préparé en ronséquen(!e tout son plan de cam|)agne :
i( Conformément h Tinstruclion dv Votre Altesse, le duc de Tarente se porte sur Namur et Huy; il laisse encore quelque <'hose pour couvrir Liège, mais je prévois que bientôt il (|uittera cette position et découvrira la grande communication de celte ville à Bruxelles, qui est mon point de retraite.
« Comme je ne saurais, avec le peu de troupes que j'ai, empêcher l'ennemi de déboucher sur Saint-Trond et Tirlemont el de tourner la ligne du Demer el des deux Nèthes, je serai obligé d'abandonner Anvers îi ses propres forces et de me retirer sur les
anciennes places de Flandre Il ne me restera que la division
Barrois (2,600 hommes), 1 régiment de tirailleurs (900 honmies)
et 8 escadrons de cavalerie Je pourrai arriver à Lille avec un
peu plus de 3,000 hommes, mais je n'ai rien pour Coudé, Valenciennes H les autres places. Si je pouvais calculer qu'elles peuvent se suflire à elles-mêmes, il conviendrait peut-être <|ue je me jette sur Gand et Courtrai; je me tiendrais ainsi plus longtemps en communication avec Anvers par la rive gauche de ^^]scaul cl, par une marche de flanc, je pourrais arriver sur Lille. Si l'ennemi n'a pas un grand corps opérant par Liège sur Valenciennes. VI} mouvement peut retarder beaucoup sa marche sur les anciennes places en lui faisant craindre que je ne me porte sur ses derrières pour couper ses communications ; mais s'il n'y a aucun moyen de n»sistance h Lille, il faudra que je me retire par Ath et Tournay \ »
i Maison au major f((>néra1, de Loavain, 21 janvier. (Arehive$ de la gunrr.)
Maison, on le voit, avait compris (lc*s In il janvier tons l(»s dangers qn*il courait en s*enfermanl dans une place», tonte l'iiuitilité des manœuvres qu'il pourrait entreprendre autour d'Anvers, et en terminant, il ajoutait une fois encore :
« Je ne pourrai, je le répète, que couvrir Lille et jel(T 600 honmies à Condé et Valenciennes. En agissant de concert avec le duc de Tarente entre la Meuse et l'Escaut, nous pourrons peut-(Mre encore parvenir h empocher l'ennemi de p(^n(^trer en Belgique ; mais si l'on foil opc^rer le marc^chal sur la droite d(î BIncher, on n'arrêtera pas l'ennemi et je serai force! (tèvmtier la Belgique. )i
Les événements ne devaient que trop justifier les craintes ri la manière de voir de Maison; mais d'autre part, il faut reconnaître qu'étant donnée la situation générale, il était impossible de laisser plus longtemps Macdonald en Belgique. Le mouvement, que le duc de Tarente allait faire h partir du 22 vers la haute Meuse, découvrait la route de Tirlemont. et ce fui pour remplacer Tarrière-garde de Macdonald, que Maison envoya, le 23, dans la direction de Liège, le général Castex, avec 1800 hommes d'infanterie, 800 chevaux et 2 bouches à feu. Il cherchait ainsi h couvrir sa droite et à conserver, le plus longtemps possible, les ponts d(» la Meuse. Il avait eu, d'ailleurs, le soin de recommander h Castex de se contenter d'une simple reconnaissance et d'éviter tout engagement sérieux.
24 janvier. — Combat de cavalerie de Saint-Trond. — De
son cùté, Tchernitch(îff était entré le 24 à Liège avec le gros de Tavant-garde de Winzingerode, et sa pointe, sous Benkendorf, avait aussitôt poussé en avant dans la direction de Saint-Trond. Elle vint donner à quelques kilomètres en avant de Liège contre la colonne du général Castex qui, n'ayant jusque-lh rien trouvé devant lui, avaii espéré pouvoir arriver à Liège avant les Russes. Benk(îndorf, obligé de reculer devant les Français, s'arrêta en avant des faubourgs de la ville et prévint Tchernitcheff de l'approche de Tennemi. Comprenant toute l'importance qu'il y avait à rester maître des ponts de la Meuse, il n'hésita pas, en attendant l'arrivée des renforts, îi soutenir avec ses cosaques* un
» A TalTain' de Li«^gn, le ii janvier 481i, anc colonne ennemie dVnviron
combat des |»lus inégaux el des plus nieurlriiTS, pendant lequel M's régiments tinrent bon sous un feu violent de mousqueterie el sous le tir à mitraille el à boulets de l'artillerie de Castex. Benk(îndorf ne réussit, d'ailleurs, à faire bonne contenance, jusqu'à l'entrée en ligne des renforts, que gr<\ce aux mesures intelligentes qu'il sut prendre. Ne laissant sur son front qu'une chaîne strictement suflisante pf)ur observer les mouvements de l'ennemi, il posta la plus grande partie de ses cosaques sur ses deux ailes à l'abri du feu el hors des vues des Français. Afin de retarder les progrès des cavaliers de Casti'x. il lit charger les cosaques toutes les fois que son adversaire dessina un mouvement offensif.
Avant même d'avoir reçu l'avis envoyé par Benkendorf, Tchernitchei! avait, dès les premiers coups de canon, prescrrit à son gros de se diriger vers le lieu du combat, sur le(|uel il se rendit inmiédiatement avec 2 escadrons de hussards et i bouches à feu. Au moment où il rejoignil Benkendorf qui. contraint de céder au nond)re, se re[»liait lentement et en bon ordre, les Français étaient sur le point d*atteindre les premières maisons des faubourgs de Liège. En attendant le retour du colonel Lapoukhine, qu'il avait fait partir pourNamur un peu avant le commencement de l'affaire el auquel il avait envoyé Tordre de se rabattre sur Liège, Tchiîrnitcheff avait chargé son artillerie d'arrét(»r les progrès de l'ennemi. Il avait, en outre, ai)pelé à lui Liit/ow' qui.
i.iHH) Iioiiiiiie« d'iiifaiilenfî, 400 cht*vaux rt 5 pinTS de runoii. sous les ordr**s ilu gf'niM'al d<r division (jUstrN et faisant |iarti(> du corps du gt-noial Maison, s'f'tait avancée de Saint-Trond jusqu'à une lieue de la Meuse. Les ri'giments cosaqoes do (jirofT et de SisoïefT soutinrent pendant trois heures le feu non interrompu de la mousqucteiie et de la mitraille des Français. Tout le régiment de Favlograd. qui arriva ensuite comme âoutien en [«-t^ence du général TcherlûiAjJIffff et le prince Lapoukhine avec ars cosaques de Diatchk in peuvent témoigne^ de ce fait. L'ennemi ayant été biittu, grâce à l'intrépidiU' du capitiine d'artillerie Gorskoi, fut rejeté sur Saint-Trond dans le plus gr.ind désordre et nous flme.", prés de Liège, 120 prisonniers. (HENKRNnoRF. Desi'omifues, p. 3Î.)
1 <)n trou\e dans un rapport manuscrit et inédit de Liitzow sur 1K14 et et reproduit en partie dans la brochure : LfUzoH't Freikorpn in dtn Jahren 18l3-li, p. 7i, quelques détails curieux sur cette affaire de cavalerie:
« TchernitchelT me fit appeler el me dit : « J'apprends que l'ennemi s'civance «' I)Our reprendre Liège, je vous demande votre concours pour le repousser. >» Tchernilcheff ajouta toutefois que, le combat fini, il n'y aurait pas de fourrages pour moi à Liège. Je répondis en me mettant à la disposition du génénil et en me iiortant immédiatement au secours des cos:ique< à ce moment en pleine retraite. Tchernitcheff me suivit. L'artillerie s'avança par la cliauss4'"e,
après avoir traversé, e Rhin à Bonn 1(î 17, avait passé par Diiren, Esrhwoiler, Coriieliiiiunster et Eupcn, vi veiuiil d'arriver le î24 à Liège avec 2 escadrons de iihlaiis. Teheriiiteheft' lui ordonnai de se déployer à droite de la eliaussée de Saint-Trond. Le général russi» <Mi fit autant sur la gauche, où il ne tarda pas à être i*ejoint par les cosaques du colonel Lapoukhine et par <.tux de Bamekoll. Attaquée de front par Benkendorf, sur sa gauche |)ar Liit/ow, sur sa droite par la cavalerie régulière et les cosaques d(^ Tchernitch<»tV, menacée sur ses derrières, la cavalerie française se re|»lia derrière son infanterie qui, faisant bonne contenance, couvrit la retraite dans la dire(!lion de Saint-Trond.
L<î verglas d'une part et les obstacles naturels ([ue présentait le terrain empêchèrent, d'ailleurs, la cavalerie russe de tirer complètement parti de l'avantage qu'elh» venait de remporter et nv lui jiermirent pas de poursuivre au delà d'Oivy(». Le général (^îislex \
les hussards rouges se déplo}èrent à gauche, et moi à droite de la route. Le général Maison (Liitzow parait ignorer que c'était lo général Castex qui commandait les troupes françaises) se retira quand il vit que des troupes régulières venaient soutenir les (}os;ique8. La cavalerie s'abribi derrière Tinfanterie qui manœuvra d'autant plus facilement en bon ordre, que le tir de l'artillerie russe ne lui fit aucun mal. La cavalerie russe n'essaya pas d'enfoncer les carrés : je crus prudent de ne pas tenter l'entreprise parce qu'à cause du verglas et du terrain extrêmement accidenté, on ne pouvait même pas se porter en avant au trot. »>
Liitzow ajoute : » Le mouvement des Français me prouva qu'il m'était impossible de rien tenter pour le moment sur Bruxelles. Ne pouvant rester à Liège, je pris par suite à gauche par lluy et Rocliefort, et j'arrivai à Carignan, le 3 février. »
Les deux escadrons du corps franc de Liitzow sc])orlèreut du 25 au 31 janvier, par Huy, Marche et Rochefort, sur Recogne, Le c«)rps volant de Colomb opérait à la même époque dans ces parages.
1 (jéncral Custcx à général Maison. — Saint-Trond, Si janvier, 10 heures du soir.
« J'ai eu Thonncur de vous informer hier que je mart'herais aujourd'hui sur Liège. L'ennemi m'est venu au-devairt. H m'a présenté 300 chevaux ^ns un terrain difficile et 2,000 avec 2 canons quand j'ai été en plaine et à une lieue de Liège. J'ai voulu malgré cela forcer le passage ; alors il m'a débordé. Les lanciers ont exécuté deux charges de flanc qui n'ont pas réussi. L'iiilanterio a formé deux carrés à hauteur des pièces. N'ayant presque plus de cavalerie, je me suis retiré dans cet ordre à Oreye où ma troupe a pris position. Demain elle se retirera sur Saint-Trond et j'y fais venir le général Meuziau Si je suis forcé à la retraite, je me dirigerai sur Tirlemont et l^ouvain. Je ralentirai, autant que possible, la marche de l'ennemi. L'infanterie a perdu une cinquantaine d'hommes ; mais les lanciers ont au moins liO hommes tués ou pris. J'ai eu aussi mon paquet. Un coup de mitraille m'a frisé le cùté : j'ai une forte contusion tlont je souffre beaucoup. Si je peux monter a cheval, je resterai ave/ le général Meuziau. » (Archiren de la gtterre»)
blessé dans le combat, trouva sur ce point, mais trop tard pour lui, l'ordre formel de Maison de se concentrer îJ Saint-Trond et de ne pas dépasser cette ville.
Les cosaques â Namur. — Le môme jour et bien que Tchcîrnitcheff eûtdû rappeler il lui les cosaques du colonel Lapoukhine, le capitaine russe Schilling entrait avec un petit parti à Namur. que Farrière-garde de Sébastiani avait déjù évacué, et montrait ses coureurs sur la route de Bruxelles.
Maison, de son côté, avait exécuté, pendant la journée du 24, plusieurs reconnaissances en avant d'Anvers. Du côté d(î Turiihoul, il avait poussé jusqu'il Oostmalle; du côté do Bois-le-Duc et de Bréda, jusqu'au-dessus de Saint-Job-ent-Goor et prés de Brecht ; sur la route d'Anvers h Bréda, jusqu'au delà de Braschaét. Il avait encore relevé la présence à Wuesl-Wesel et Hoogstraéten des avant-postes prussiens, reliés entre eux par un poste établi k Loënhout.
A ce moment déjh, et avant même qu'on ail eu connaissance de l'échec éprouvé par les 800 chevaux de Caslex ii Liège, Maison constatait que l'évacuation de Liège et de Namur par les troupes de Macdonald avait jeté l'alarme dans toute la Belgique, et que l'on s'agitait à Bruxelles et à Mons. Aussi dès qu'il eût reçu le premier avis de l'aftaire malheureuse de Castex, il résolut de renoncer aux opérations qu'il venait de commencer en avant d'Anvers et de marcher avec la division Barrois au secours du général Castex. Il prescrivit au duc de Plaisance de faire prendre position aux troupes de la division Roguet h Wyneghcm, à Deurne et à Borgerouth. Enfin, Caslex n'avait pu tenir ni îi Saint- Trond, ni à Tirlemont. Se voyant menacé sur sa gauche par une colonne venant de Venloo sur Diest, ce général avait cru d'autant plus indispensable de se riîplier sur Louvain, que la cavalerie russe cherchait îi déborder sa droite. Par suite, Maison se mit en route le 26, avec la division Barrois, afin d'opérer sa jonclion avec sa cavalerie et d'empêcher l'évacuation de Louvain.
Il y avait, d'ailleurs, d'autant plus d'urgence à conserv<»r Louvain que l'occupation de cette ville par les Alliés aurait entraîné la perle immédiate de Bruxelles, et que, coupé de ses communications av(»(* les places de l'ancienne frontière de la France, le général Maison aurait élé obligé dès lors de s'enfermer dans Anv(»rs.
Lenteur de Winzingerode. — L'i'chec rproiivo par l<» griiéral Ciislex, en le rassurant complètement sur sa droite, aurait dû décider Winzingerode h accélérer une marche qu'il pouvait désormais exécuter sans courir aucun risque et sans être exposé au moindre danger ; mais, loin de prendre ce parti, il mil six jours pour aller, rien qu'avec ses tètes de colonne, de Liège ii Namur.
Winzingerode n(î transporta même son quartier général d<» Liège îi Nanuir que le i février, lorsqu'il eut appris, par un parti envoyé à Tirlemont, que Bfdow était arrivé à sa hauteur.
Malgré les ordres de Schwarzenberg, malgré la retraite des forces françaises, Winzingerode persistait à se croire trop faible pour prendre la direction de Reims et s'engager entre la Sambre et la Meuse avant d\Hre maître de Philippeville, de Givet et de Maubeuge, et surtout avant d'avoir été rejoint par la partie de son corps qui était encore avec le prince royal de Suède. C'est pour cette raison, d'ailleurs, qu'il se décida seulement à continuer sa marche lorsque Bûlow put entrer en France avec lui après avoir été relevé par le corps fédéral du duc de Weimar.
Nous n'aurons par suite h nous occuper que plus tard des mouvements ultérieurs du corps de Winzingerode, qui ne joua plus aucun rôle en Belgique et ne prit aucune part aux quelques opérations des derniers jours de janvier.
En résumé et bien qu'en dehors des glaçons charriés par le Rhin et des deux affaires de Neuss et de Liège, sa marche n'eût rencontré aucune difficulté. Winzingerode avait trouvé moyen de s'avancer encore plus lentement que l'armée de Bohême. Il avait mis plus de trois semaines pour se porter de Dûsseldorf etde Cologne jusqu'aux environs de Liège et de Namur. Il est d'autant plus impossible de découvrir la raison de ces len leurs évidemment calculées, que l'on ne trouve aucune trace de reproches motivés par cet excès de prudence. Arrivé à Namur, Winzingerode eut l'habileté de subordonner son mouvement en avant à la coopération qu'il sollicitait de Bûlow, certain que ce général ne pouvait la lui accorder immédiatement. De tout cela il est permis de conclure qu'en attendant un moment favorable pour passer le Rhin, qu'en marchant ensuite avec une circonspection que rien ne motivait et qui pouvait même compromettre le sort du III® corps, en exposant Bftlow il soutenir à lui seul, pendant les quinze premiers jours de janvier, l'effort d'un mouvement ofVensif de Macdonald et de
WeU. 20
Maison, b» griK^ral russe se conformait aux intentions du généralissime ou tout au moins de son général en chef, et servait les intérêts cachés, les projets ambitieux du prince royal de Suède. Il avait de toute façon réussi h couvrir sa propre responsabilité, et il attendit, pour reprendre son mouvement vers l'intérieur de la France, un ordre formel de son souverain.
19-23 janvier. — Entreprises du corps volant de Colomb du côté de Haéstricht. — Si, après les affaires d'Hoogstraëten, de Merxhem et de Wyneghem, Btilow avait cru devoir se replier sur Bréda, il s'était en revanche bien gardé de rester inactif pendant ce temps. C'est ainsi que le corps volant de Colomb s'était, sur son ordre, porté le 15 janvier sur Zeeland, el avait de là sommé en vain, il est vrai, le commandant de Grave de lui ouvrir les portes de la place*. Il s'était ensuite dirigé vers Maëstrichl, où il arriva le 19, en passant par Venray et Baexem. Gnke aux renseignements fournis par les habitants, il s'empara le lendemain, à Stockem, d'un bateau chargé d'effets d'équipements militaires qui, arrêté par les glaces, n'avait pu atteindre Maéstricht. Malgré la proximité de cette place, située h environ 18 kilomètn^s (in amont, Colomb avait réussi îi décharger le bateau et s'était replié, le 21, sur Neer-Oeteren, puis il était entré, le 23, îi Maaseyck, d'où il se porta h petites journées sur Asch et Bilsen. Il trouva cl son arrivée dans ce dernier endroit une dépêche de Bûlow du 19, contenant Tordre du général Kleist, au corps duquel il avait été attaché dans le principe, d'avoir à le rejoindn? immédiatement et h établir, en se reliant avec l'un des détachements qu'il avait envoyés sur sa droite, une conmiunicatiou entre son corps d'arméi» et les corps opérant dans les Pays- Bas*.
* Colomb avait, en su qualité de commandant de l'avant-garde du général von Oppon, sommé Grave de se rendre, et Clarkc écrivait à Maison, le 16, en disant : « 11 est certain que Colomb et llclwig sont trt's entreprenants et le second est homme à faire 20 lieues par jour pour surprendre un poste. » (Ar^ chivet de la Guerre,)
> Colomb arrivé à Bilsen, le 27 janvier, y trouva Tordre en question ; il se dirigea alors par Tongres et Japrellc sur Huy. y passa la Meuse, so porta de là sur Marche et Saint-Hubert où il fit sa jonction avec les deux escadrons du major von Liitxow et franchit la frontière française entre Chiny et Carignau. (Colomb, \m dem Tuyehnehe des RUliHeUlers von Colomb.)
26 janvier. — Prise de Bois-le-Duc — Hiilow avait, n\ onlrc, pn^pîir<^ ot orf;anisé iino ontrcpriso aulnMiionl iniporlanlc par s(»s conséquences qiu» les coups de main plus ou moins heureux de quelques petits partis de cavalerie, et ([ue reid<'»vem(»nt di» quelques convois. Profitant de l'effet produit jmr la nouvelh» du passage du Rhin par Win/.ingerodi^ et des iulrlli^^rners cpi'il avait su se 6réer parmi les habitants de Bois-le-I)ur, Bidow * avait résolu de se rendre maître jiar surjUMse de vviU' place, dans la nuit du 25 au 26. Le coup projeté réussit et la petite jçarnison française, qui s'était enfermé<» dans la citadelle, dut capituler, faute de vivres, dans Tapres-midi du 20 janvier*.
La perte de Bois-le-Duc^ et les reconnaissances incessantes pouss<'»es par les Prussiens du cdU* de Louvain, la retraite» de Macdonald * et la nouvelle de Tarrivét» prochaine du Hi« corps fédénd, enfin la présence du corps russe» di» Win/.inj;<'rodc l'u avant de Liège, exposaient désormais Maison, (pii s'était |»endant tout ce temps maintenu derrière la Dyle et la Nèthe sur une position défensive s'étendant de Louvain jusepi'à Lierre, par Matines, au danger d'être débordé sur ses tlaucs <»t attaipié à revi*rs. Aussi, peu de jours plus tard, il prenait un parti détinilif. Au lieu de se replier sur Anvers, où il n'aurait j>as lardé à étn^ enfermé, le général préféra encourir l(»s reproches et l(»s réprimandes de» son souverain, dont il enfreignait les ordres. A|)rès avoir assuré de
* Claascwitz, dans sa Critique flratégique, s'exprime en ces lermes quaml il en vient à faire ronuaitre son avis sur l'emploi fait de Biilow et Winzingcrodc pendant cette partie de la oampagne :
« L'envoi des généraux Biilow et Winzinjrerode sur le Bas-Weser et de là en Hollande prouve qu*un n'avait pas une idée bien nette de la situation, d'autant plus qu'on leur fit faire ce mouvement à un moment où l'on ne savait pas enconî si l'on n'entrerait pas immédiatement en France et si, par suite, on n'aurait pas, dés les premiers jours, liesoin do leurs troupes. Les événements ultérieurs ont, il est vrai, justifié le détachement do Biilow, mais en revanche on peut se demamler à quoi a servi celui de Winzingerode. Depuis Li'ipzig jusqu'aux combats livrés en février sur la Marm*, ses troupes n'ont rien fait que des marches absolument inutiles. »
* Uapport journalier de Schwarzenberg à l'empereur, 7 février 1814. (AT. A'. Krieys Archiv., Il, 176.)
' Clausewitz reproche à l'Hlmpereur d'avoir laissa; Macdonald sur le Rhin jusqu'après le passage de Winzingerode, imrce qu'il lui était, d*^ la sorte, impossible d'arriver à Chàlons avant Bliicher, et qu'en présence de la supériorité numérique des Alliés, il lui fallait, avant tout, réunir toutes les forces dont il disposait. (Clausewitz, Crilique ilralcgiqw, chap. VIII.)
son mieux lu défense d'Anvers, dont Cîirnol îilhiit se charger, nous le verrons, sans hésiter, abandonner celte place à elle-méni(v, pour continuer h lenir la campagne avec les quelqu<»s troupes qu'il emmena avec lui, et réussir îi couvrir avec une i)oignée d'hommes les frontières dégarnies et les places mal armées de l'ancienne France*.
i Nous rccapitnloiis iri, pour inciuoire, les positions des Alliés le 'ib nu soir : Schwarzcnberg est cotre Laugrcs et Chaumont. liluclier vers Joiiivillc. York commence son mouvement vers la Marne. Biilow est à Hréda: Winzingerode à Litige ; Saint-l*riest à Mouzon, en marche vers les places des Ardennes et de la Moselle, avci! sa cavalerie près de Sedan; enfin, à TextriVine gauche. Huhna, en avant de Genève, avec des troupes en Savoie et en Bresse.