CHAPITRE XV
OPKR.\TIONS DE LA GRANDE AR3IÉE DU 27 FÂVRIBR JC.SQU*A LA REPRISE DE TR0YE8, LE 4 MARS (bAR-SUR-AUBE, TROYEs).
27 février 1814. — Schwarsenberg modifie ses ordres du 26 au soir. — Napoléon n'avait pas encore quitté Troyes que la grande armée alliée, reprenant l'offensive, se portait sur deux colonnes contre Macdonald et Oudinot. La première, composée des corps de Wrède et de Wittgenstein, soutenus par les grenadiers russes et avec laquelle marchaient les Souverains et Schwarzenberg, était chargée d'opérer sur Bar-sur-Aube, contre Oudinot, Gérard et la cavalerie du comte de Valmy et de Saint-Germain. La 2% sous les ordres du prince royal de Wurtemberg, comprenant les III® et IV corps, manœuvrait du côté de La Fcrté-sur-Aube contre Macdonald et la cavalerie de Milhaud.
La ruse de Blûcher avait réussi au delîi de toute espérance. Malgré le mystère dont l'Empereur avait pris soin d'entourer son départ, bien qu'on doive en cas d'attaque faire crier : « Vive l'Empereur ! » et laisser croire aux troupes et aux habitants que Napoléon se trouve encore h l'armée des maréchaux, les Alliés savaient parfaitement à quoi s'en tenir, et l'attaque de nuit tentée le 26 au soir contre Bar-sur-Aubo n'avait été que le prélude des opérations offensives du lendemain.
Aux termes de la première disposition arrêtée par Schwarzenberg, le V« corps devait attaquer de front la position d'Oudinot ii Bar sur-Aube. Une partie du VI« corps lui aurait servi de réserve, pendant que le reste des troupes de Wittgenstein aurait exécuté un mouvement débordant contre la gauche française. Mais h la suite des observations présentées par Wrède , on renonça à ce projet, elles Austro-Bavarois reçurent l'ordre d'attendre, pour attaquer la ville de Bar, le moment où le VI« corps tout entier aurait tourné la gauche française qu'on espérait couper du pont de Dolancourt. Jusque-là, Wrède devait se borner à amuser les Français par de fausses attaques sur leur front et détourner leur attention du mouvement tournant par Arrenlières et Arsonval que Wittgenstein avait ordre de commencer avec le jour.
Weil. — m. 6
Ij' \* o>rj>fr ionuii sur deux lignes, les Aulricbieii;» de Friuioiit à di'ojtif, les Kavaroiîs au centre et à la gauche, face à Bar-sur- Aulic, >ii d^'f/loie dès le malin sur les hauteurs entre Bar et IJf^nol; un peu en arrière du point de jonction des routes de Colonihey les-I>eux-Èglise» et deLa FerK'f, sa gauche à l'Aube. Il est nmsi'vi en avant parles chass^'urs à pied russes de Pahlen. Quel- <pn's cornpagni^'S franches bavaroises occupent le faubourg. a pièces d'artillerie russe et â batteries bavaroises ont pris position en avant des deux lignes d'infanti^Tie; le reste de Tartillerie <Je Wrcde,qui se r.oniposc; en tout de 9G bouches à feu, est en réserve, lies (>)haquc*s battent le pays, {i droite vers Arrenlières, à gauche le long de l'Aube. Un bataillon de chasseurs autrichiens et i escadrons de hussards Archiduc-Joseph observent les Français sur la rive gauche et m* tiennent du coté de Sainte-Germaine. 2 bataillfuis de S/.ekl(tr (infanlerie des confins militaires) avec ^ canons, gardent le pont de l'Aube près de Fontaine (pont Boudelin).
Dès la pointe du jour, Wrède im personne j)rocéda à la reconnaihsaucti des positions occupées par Oudinot dont le quartier général éluil h Ailleville. Le 2" corps (Gérard) formait la droite des ligui^s françaises; une de ses divisions occupe Bar-sur-Aube et II» re^te du corps lient les hauteurs jusque vers les Filles-Dieu (Val des Vignes) où il se relie au T»-' cor|)s formé sur deux lignes M\v 1rs collines en avant (rAilleville et d(^ Monlier-en-l'lsle. La cavalerie de Saint-Germain avait bivoua<|ué derrière Tiniiinterie du "• corps, dans la vallée, entre Monlier et Ailleville. La cavalerie iW Vahuy el la division de gardes nationales du général Paclhod étaient restées sur la rive gauche, la premièix* à Spoy, la seconde il Dolancourl. Goiit'ormément à ce ipii avait été décidé dans le conciliabule tenu la veille au soir, le VI*» corps aurait dû arriver en ligue de taçou à permeltn» au V** corps d'attaquer Bar-sur- Aube dè> h*s premières heures de la matinée. Ce fut cependant îï 1 heures du matin seulement que Willgenstein quitta ses posilious de ilolombev -les- Deux- F.glises et de Pratz. LVpais brouillanl ipù *ouNrail la \allée aurait de toute façon obligé Wrède à ditlerer le eommeucemeul de rengagement. Alarmé cependant par le relai\l de> Itu.sses et désirant» daulre part, assurer Tunité de dnirUon *. il lit prier Si'hwarzenberg de vouloir bien se rendre
« . Le ciuule Wat^eosteiu. diu$i s\'\piiiue te icéuénil lieUdorf (Jun.s :»?«
en |)ersonne sur le terrain qui allait ser\'ir de champ de bataille. Le généralissime avait vraisemblablement prévu cette deniand(* : il était déjà parti do Colombey et, à 9 heures, il arrivait sur h»s positions du V« corps. Witlgenstein et le roi de Prusse, accompagné de ses deux tils, le prince royal et son frère (celui (|ui devait être plus tard l'empereur Guillaume), l'y rejoignirent quelques instants après.
Positions d*Oudinot. — Combat de Bar-snr-Aube. — A
10 heures, le brouillard se dissipa. Des positions occupées par ses troupes, Oudinol devait forcément découvrir la direction suivie par les colonnes de Wittgenstein, tandis que les Alliés étaient, eux aussi, à môme de remarquer que le maréchal avait eu l'imprudence de s'établir h cheval sur l'Aube et de laisser un bon tiers de ses troupes sur la rive gauche. Les avis n'avaient cependant pas manqué au duc de Reggio. Depuis la veille, les habitants n'avaient cessé de lui signaler la concentration des forces des Alliés autour de Colombey et de lui fournir les renseignements les plus inquiétants et les plus positifs h la fois, sur la composition et la force des corps placés devant lui, sur les mouv(mients et sur les projets des Alliés. Le maréchal avait donc eu en temps utile tous les éléments d'informations dont il avait besoin pour prendre une résolution. Sa situation était d'autant plus grave que sa responsabilité était plus sérieusement engagée depuis l'instant où il avait, sans ordre de l'Empereur, tenté une» entreprise sur la rive droite de l'Aube. Ilenseigné connue il l'était, il aurait donc dil : ou ramener le gros de ses forces sur la rive gauche sans attendre l'attaque des Alliés; ou reprendre dès le il au matin sa marche sur Colombey dans la direction suivie parles Alliés en retraite; ou tout au moins, s'il renonçait à la continuation de l'offensive, se hilter d'occuper, le 26 au soir et au plus tard le 27 avant le jour, Arrentières et les hauteurs qui bor-
Notet tur la Vie du prince Eugène de Wurtemberg, ne se souciait psa de combattre sur le même terrain que Wrède parce qu'il se serait trouvé sous ses ordres. » Il est bon de se rappeler, ajoute le prince, que Wittgenstein avait, « non sans raison, une certaine peine à accepter des ordres du général qu'il avait battu û Polotzk. » (Général Helldork, Vie du prince Eugène de Wurtemberg y d'après ses Mémoires et les papiers de ses aido^ de camp, t. 111, p. 19.)
d*iil !♦• ravin diiijs lequel coule le ruissf»au de la Bresse. Malgré la ef^ncordance absolue, l'abondance et la netteté de tous ces n-nsei^emenls, le duc de Reggio dut évidemment penser que les Alli^'<. loin de vouloir tenter k nouveau les chances d'un combat, ue s<:»ngeaient qu'à pêjiandre de faux bruits destinés à assurer la tranquillité de leur retraite sur Chaumont. 11 y a cependant tout lim de croire, que sans le brouillard qui lui cacha les mouvements dr s«:'n adversaire (rendant les {iremières heures de la matinée, le marrx'hal aurait refusé d'accepter la bataille sur des positions dont, d«îs la veille au soir, il avait lui-même reconnu les inconvéuienlf et ItîS dangers. Vavait-il pas. dès le 26 au soir, fait savoir zu major-général que l'impossibilité de se procurer des fourrages l'avaii contraint à arrêter la cavalerie de kellermann à Spoy et à faire rétrograder celle de Saint-Germain entre Bar et Arsonval. bans le même rapport, il avait également exposé les raisons pour lesquelles U avait cru devoir laisser la plus fîrande partie de son artillerie en arrière du pont de Dolancourt. Tout st*mble donc indjqtjer qu'Oudinot n'a\"ait pas Hntention de combattre à proximité du long défilé formé par la route de Dolancourt à Bar-sur- Anti?. sur un terrain couvert et accidenté, au débouché de Dc-nii-r^ax ravins dont il lui était impossible de garder les têtes ei lihT lesquels les Alliés fiouvaient facilement arriver sur ses der-
Le rt*[»ur oflensif de Wrède sur Bar-sur-Aube, l'énergie et racLarDem^nt déployés i»ar les Bavarois dans leur attaque de nuit étaient autant d'indices plus que suffisants pour décider le maréchal à renoncer à une position d'autant plus dangereuse qu'il se savait complètement en l'air et qu'il avait connaissance et du départ de rEm|»ereur et de la marche de Macdonald sur Chàtillon. II n'en tit rien cependant, et ni les avertissements des gens du pays, ni les mouvements préparatoires des Alliés nVbranlèrent la confiance, ne dissipèrent les illusions du mart'vhal.
" Lorsque, lisons-nous dans le Journal de la division LevaP, le iT, l'armée alliée st^ montra en bataille, opérant sur sa droite un grand mouvement que les brouillards ne permirent pas d'apprécier, les avis restèrent encon^ partagés. Entre 7 et 8 heures,
t Journal de U division l^val. <lu S4 février au 8 avril, rt^igo par le pêuêral Maulmont. {Àrckivf$d€ ta guerre,)
un détachement de cavalerie légère qui s'était porté au delà du bois de Levigny pour fourrager, ayant été jeté en désordre sur les avant-postes du 105*, annonça une masse formidable de cavalerie qui se montra bientôt manœuvrant dans notre direction, tandis qu'une forte colonne d'infanterie, s'avançant sur le prolongement de notre flanc gauche, vint appuyer sa droite au bois de Levigny. Dès ce moment seulement la bataille fut jugée inévitable et l^on songea à s'y préparer. »
Mais le soleil, en dissipant le brouillard, avait permis aux Alliés d*embrasser d un coup d*œil la position décousue d'Oudinot. Ils peuvent voir que sa droite est séparée de son centre par le cours de TAube, que 4,000 chevaux sont postés seuls sur les hauteurs de Spoy où le terrain est d'autant plus défavorable à leur action, qu'un ravin par lequel passe la vieille route de Bar s*étend en avant de leur front. Les généraux alliés profitent de cette faute et « à 10 heures du matin, le W* corps tout entier prend îi droite de la route de Colombey îi Bar sur Arrentières pour rejeter des hauteurs dans la vallée la gauche des Français que Wréde cher-* chera ensuite à chasser de Bar-sur-Aube *. »
Oudinot s'empresse aussitôt de rectifier sa position et essaie vainement de réparer ses fautes et son imprudence. Profitant des quelques moments de répit qu'il doit au départ tardif du VI« corps, il cherche à prévenir le résultat d'un mouvement qui, s'il eût été commencé à temps par Wittgenstein et exécuté à couvert, aurait infailliblement surpris et débordé sa gauche. La division Duhesme, avec 8 canons, prend position à Bar-sur-Aube qu'on a solidement barricadé et forme Textrôme droite de la ligne de bataille. La brigade Jarry, de la division La Hamelinaye, se déploie dans les vignes depuis la ville jusqu'à la crête de la colline des Filles-Dieu. La brigade Belair, de la même division, se porte vers le sommet du plateau. La division Levai opère un changement de front par brigade, Taile droite en avant, et marche par balaillons en masse pour s'emparer de la colline de Vernonfays.
La brigade Chassé (de la division Boyer de Rebeval) se forme h sa gauche, soutenue en deuxième ligne par la division Rothembourg. La cavalerie de Saint-Germain est en bataille dans la
i Starkr. Eint^eilang und Tagcsiiegebenheiten der Haopt-Armee im &lonatc Febniar. (K. K. Kriegt Arehiv., II, 1.)
val]/;*' à Uou\i*^r'<;U'ïhUi ; les ganJes nationales de Paclliod sonl M/US l'rti arme^ au jKint de Dolancourt. Enfin, la cavalorie d<* Va!ffiyp^;/iil Tord K' de venir au plus vite et par le chemin le plus court de Spoy hur la rive droile de l'Aube.
iVndant tut temps, les batteries du V« corps ouvrent le feu e/>ntre Bar-^urAube et les trois colonnes du VI« accélèrent et ac'^i'ntuent leurs njouvements vers les hauteurs d'Engente et d'Arrentiêre^i. Olle de droite, sous les ordres de Pahlen <hushurih de (irr^lno, de àSouiny, d'Olviopol, les nhlans de Tchougouieff, les cosaqu<*s dllowaïski XII, de Rebrikoff et de Wlassoft et une batterie à rheval), soutenue parla 3« division d'infanterie, et formant l'extrême droile des Alliés, a traversé le ruisseau de la BresMî en amont d'ArrenlitTes, a pris vers Levigny et doit de là, en laissant Arsonval ù sa gauche, se rabattre sur le pont de Dolancourt. La deuxi<*me, conduite par le prince Eugène de Wurli'mberg, passe par Arrenlières et se dirige vers le plateau de Vernonfays. Le corps du prince Gorlschakoft (2 divisions d'infanteri<*, les cuirassiers de Pskofl et les hussards de Loubny) constitue la troisième colonne, sert de résen'e aux deux autres et traverse le ruisseau en aval d'Arrenlières. Enfin, le général Wlassofl, avec les 23« et 24*^ régiments de chasseurs, occupe le plateau et les vignes eu avant d'Arrenlières et sert de pivot au mouvement tournant du VI« corps*. Wiltgenslein marche avec la colouiie (h» Gortschakoft.
A p(Mne les tirailleurs du général Helair ont-ils aperçu les chasseurs russes du général WlassotV, (ju'ils se portent à leur reni'oulre. Traversant au pas de charge le ravin, ils escaladent la colline et se jeltenl sur eux à la baïonnette. Surpris par la violeuci? d'une altacjue h laquelle ils ne s'attendaient pas, privés de t(uit soutiiîu, les chasseurs russes plientet serelirent en désordre pendant (juti les troupes de Belair, qui se sont déployées sur le plateau, font pleuvoir sur eux une grôle de balles. Schwarzenberg. le roi H les princes de Prusse, accourus de ce côté, essayent vainement de reporter en avant les régiments de Wlassoft. Wiltgenstein, ramassant quelques escadrons de cuirassiers de Pskotl. charge h leur tête les fantassins de Belair; mais celte
( Journal (l\)|MM'atiuii< du prinoo Ku);èno de Wurti'inhorK. (Archive» topogm-
rhapgo, oxécuU^e dans les vignes et sur un terrain accidenté, est ropoussée, et les cuirassiers se retirent vivement au moment m^me où Wittgenstein est l)less<» h la jambe.
L*arrivée opportune de quelques bouches k feu russes mises on batterie par un officier de l'état-major autrichien, ralentit seule les progrès de Tinfanterie de Belair et permet aux chasseurs de Wlassoff de se reformer. Quelques instants après, l'entrée en ligne de troupes fraîches (les régiments de Kalougu et de MohilefT, tirés de la colonne de Gortschakoft), rétablit les affaires des alliés et oblige les Français à s'arrêter.
A droite Pahlen, accélérant sa marche, avait chassé quelques fourrageurs français du bois de Levigny et continué son mouvement sur Arsonval, après avoir laissé dans le bois de Levigny deux régiments de chasseurs à pied.
A gauche de Pahlen, le prince Eugène de Wurtemberg avait déployé son infanterie et mis son artillerie en batterie sur la hauteur en arrière de la ferme de Vernonfays, appuyant ainsi le mouvement débordant de la cavalerie et retenant devant lui les troupes de la brigade Chassé.
Pendant que Pahlen et le prince Eugène de Wurtemberg manœuvraient sans rencontrer de grandes difficultés, que le combat se rétablissait du côté du général Wlassoff, la colonne de Gortchakoff était, au contraire, sérieusement engagée avec l'infanterie du général Levai et la cavalerie de Kellermann. Malgré le feu meurtrier des batteries russes de Gortschakoff, les iOi* et 105® régiments de ligne se lancent, sans perdre un instant, contre les Russes, auxquels ils ne donnent pas le temps d'achever leur déploiement, les chargent î\ la baïonnette, s'emparent de tout le plateau de Vernonfays, du petit bois qui est h sa base et qui rejoint le bois de Levigny, les poussent dans le ravin et leur font des prisonniers jusqu'il l'angle du bois de Levigny. Leurs progrès sont si rapides et si menaçants que les Russes, craignant pour leur artillerie, sont obligés de l'éloigner en toute hAie.
La cavalerie de Kellermann (division de cavalerie légère du général Jacquinot, forte de 500 chevaux, et division de dragons du général Trelliard), qui a quitté Spoy, traversé le bois de Jancourt et passé l'Aube au gué de Saint-Esprit, a rejoint l'infanterie de Levai sur le plateau de Vernonfays.
La cavalerie légère du général Jacquinot, arrivée la première,
entre en ligne à droite de l'infanlerie, charge aussitôt en colonne par escadron et bouscule les cuirassiers de Pskoff et les hussards de Loubny. Une batterie à cheval vient prendre position sur le plateau avec les dragons de Trelliard, et Kellermann, à la tète de la brigade Ismert, s'élance contre l'artillerie russe. La situation de Gortschakoif et de Wittgenstein devenait déplus en plus critique. Si cette charge réussit, la cavalerie française aura crevé le centre de la ligne de bataille et coupé complètement le VI® corps du V«. Heureusement pour les Russes, les généraux Lôwenstern et Kostenetzky avaient eu le temps de mettre en batterie d'abord 30 et bientôt 48 bouches ii feu. Maintenant, par leur exemple, les artilleurs près de leurs pièces chargées à mitraille, ils laissent arriver les escadrons de Kellermann jusqu'à 100 pas, ouvrent alors seulement le feu et arrêtent l'élan de la cavalerie française ?i laquelle cette salve coûte en quelques instants 400 hommes. Les cuirassiers et les hussards russes, qui se sont ralliés, essayent de profiter de l'occasion pour achever de rompre les dragons; mais, loin de parvenir à les entamer, ils sont obligés de revenir une deuxième fois se rallier derrière l'artillerie *.
Bien que le danger immédiat soit momentanément conjuré, les généraux alliés s'empressent de faire arriver des renforts qui doivent empêcher la cavalerie française de renouveler ses tentatives contre les colonnes du VI« corps encore séparées et hors d'état de se soutenir entre elles, ef Schwantenberg donne à Wrède l'ordre de lui envoyer immédiatement la division autrichienne du général Spleny. La brigade Volkmann (5 bataillons autrichiens et 24 escadrons) soutenue par quatre bataillons bavarois se dirige aussitôt vers les hauteurs au nord de Bar et vient se former à la gauche de Gortschakofl*.
Au même moment Wittgenstein, qui n'avait pas été mis au courant des mesures prises par le généralissime, rappelle à lui le prince Eugène de Wurtemberg et la colonne de Pahlen. 11 renonce ainsi à l'exécution du mouvement tournant, à l'instant où l'entrée en ligne de la division Spleny rétablissait l'équilibre
* Wiltgenstein à Schwarzenberg, Bar-sur-Aube, 27 février. (A'. A'. Kriegt Arehiv., II. 745.)
« Frinionl, Relation du combat de Bar-sur-Aube, (A'. K. Krieffg Arehiv., II, 79Î, f). el Relation des combats de Bar-sur-Aube, les 26 et 27 ftivrier {Ihiil., ]\, 780).
et permettait à la gauche de reprendre l'offensive, à l'instant où Tapparition de la cavalerie russe sur les derri^res des Français aurait pu avoir des conséquences fatales pour eux en menaçant leur unique ligne de retraite assurée par le pont de Dolancourt.
Ce changement de direction ordonné h Pahlen était d'autant moins nécessaire que le prince Eugène de Wurtemberg avait réussi sans peine à arrêter les troupes du général Chasst». Le retour de Pahlen permit toutefois à Wittgenstein de contraindre les généraux Chassé et Rolhembourg (aile gauche des Français) à se replier et à venir s'établir en arri^re des troupes du général Levai.
A 4 heures, les renforts étaient arrivés; la division Spleny avait déployé son infanterie sur deux lignes par bataillons en masse «\ la gauche de Gortschakoff. Les dragons deKnesevich, les hussards de Szeckler et la cavalerie bavaroise du général Vieregg l'avaient déjii précédée. Aussi les Français avaient-ils dû renoncer à continuer leur mouvement en avant depuis que, sur la droite de la division Levai, la brigade Belair avait commencé à perdre du terrain, surtout depuis que les troupes du général Chassé et de la division Rothembourg avaient abandonné le bois de Levigny.
Le général Levai avait déjà engagé sa 2« brigade, et c'était grâce h des prodiges de valeur que ses fantassins et les cavaliers de Kellermann réussissaient à se maintenir sous un feu terrible sur le plateau de Vernonfays. Mais les efforts mêmes de Levai et de Kellermann avaient donné, à Schwarzenberg, la mesure exacte des forces des Français. Il ordonna alors à Wrède d'enlever Bar-sur-Aube, à Pahlen de reprendre la direction d'Arsonval et h tout le reste de la ligne de se porter en avant.
Un bataillon d'infanterie de Kalouga n'a pas attendu les ordres du généralissime. Enlevé par ses chefs, entraînant, par son exemple, d'abord les chasseurs de Wlassoff, puis les régiments de Perm et de Mohilew, ce bataillon et les troupes qui le suivent rejettent la brigade du général Belair et l'obligent à quitter les hauteurs et à redescendre dans la vallée, vers Ailleville. Le prince Eugène de Wurtemberg débouche en môme temps sur le flanc gauche des Français et les pousse également sur Ailleville pendant que Gorischakoff les presse sur leur front*. Oudinot,
i Stârkb, Eintheilung und TAgesbegebcnheiten der Haupt-Armee im Monate
reconnaissant enfin Timpossibilité de continuer h combattre .contre un ennemi aussi supérieur en nombre, se décide h donner l*ordre de la retraite. La cavalerie de KoUermann se retire par un ravin qui mène h Levigny, regagne le pont de Dolancourt et y passe TAube. La cavalerie de Saint-Germain, qui est restées inactive toute la journée, va a Dolancourt par la vallée et la grande route que suit également le corps de Gérard. La division Levai et la jeune garde se replient en longeant la crôte des hauteurs qui dominent cette roule.
Pendant que les troupes du VI« corps occupent les hauteurs qui commandent Ailleville, le général Volkmann pressait Farritregarde française du côté de ce village et Wrède s'emparait de Barsur-Aube où la faible division deDuhesme avait combattu avec un acharnement égal à celui déployé l\ Vernonfays par les troupes de Levai. Canonné et fusillé de tous côtés, courant le risque d'être cerné et coupé de la rive gauche si les troupes alliées postées à Fontaine et à Sainte-Germaine accentuent leur mouvement, Duhesme se décide i\ la retraite à la tombée de la nuit et replie une de ses brigades par la vieille route de Vendeuvre sur Spoy. Une charge de uhlans de Lithuanie l'empêche toutefois de couper derrit>re lui le pont de Bar-sur- Aube*. Les Bavarois le traversent et, débouchant de Bar-sur-Aube sur les pas de la 2« brigade de Duhesme, s'engagent h sa suite sur la route d' Ailleville, obligent F arrière-garde de Gérard et de Levai h leur <'éder ce village et continuent la poursuite dans la direction de .Monlier et d'Arsonval".
Toute Fartillerie, une grande partie des 2^ et 7^ corps ont, pendant ce temps, passé sur la rive gauche de FAube et les dernières troupes françaises ne sont guère à plus de deux kilomètres du pont de Dolancourt. La cavalerie bavaroise, renonçant à entamer cette arrière-garde, ne suit plus que faiblement, lorsque la cavalerie de Pahlen débouche à la nuit tombante d'Arsonval.
Fehraar (K. K, Krirgs Arehiv., Il, 1), Rclalion des combats de Bar-sur-Aubc {Ibid.f U, 780 et H, 780 a), et Wittgenstein à Srhwarzenberg, Bar-sur-Aube, 27 février (/6id., II, 745).
« Taxis, Tagebucb. {K. K, Krié>gg Arehiv., XIIÏ, 32.)
' Relation des combats de Bar-sur-Aube (Ibûi., II, 780), et prince de Sch^^arzenborg à l'empereur d'Autriche, Colomboy, 27 février (Ibid,, II, 864).
« I/onnnmi (Hait en pleine retraite, dit Pahlen dans son rapport (en français)*, h Willgenstein, une partie de ses trou|)os eherrhait îi gagner le Pont-Neuf, l'autre traversait l*Aube îi gué; mou infanterie n'avait pas encore pu arriver. Je m^avançai aver Tarlillerie îi cheval et ma cavalerie sur la hauteur d'Arsonval, en canonnant rennenû sur ses derrières et dans le défilé. Lorsque mon infanterie arriva, je fis occuper Arsonval que Tennemi évacua ii mon approche. »
Un retour offensif de quelques troupes ramassées par le général Montfort, et qui prirent ensuite position près d'un petit coteau boisé en fae(î du pont, sauva l'arrière-garde française et assura sou passage en repoussant un hourrah, qui fut la dernière tentative de la cavalerie russe V
« L'ennemi, dit encore Pahlen ', occupe le Pont-Neuf et a placé de Tartillerie de l'autre côté pour le défendre. »
F^orsque la nuit fut venue, le VI« corps et les renforts tirés du Vfi s*arrôtèrent et campèrent entre Arsonval et Ailleville : h» V« corps à Bar-sur-Aube et Ailleville. Wrède et Wittgenstein s'établirent de leur personne ù Bar-sur-Aube.
Du côté des Français, le général Gérard avait pris position sur les hauteurs deDolancourt, dont il défendait le pont; la cavalerie (le Kellermann occupait les hauteurs de Spoy et observait la vieille roule de Bar-sur-Aube. Le gros des 2« et 7« corps avait continué sa retraite et arrivait îi 11 heures du soir h Magny- Fouchard, au point de jonction des deux routes, sur une position où Oudinot voulait, dans le principe, essayer de prendre pied.
La journée de Bar-sur-Aube avait coûté 1900 hommes aux Alliés, dont 847 prisonniers. Wittgenstein et Schwarzenberg avaient été, le premier blessé, le deuxième contusionné. Le général russe, comme nous le verrons plus loin, ne tarda pas h quitter l'armée et remit quelque temps après son commandement au général Raïeffsky ; mais son départ fut bien moins motivé par sa blessure et son état de santé que par ses différents avec Schwarzenberg et sa mésintelligence avec Wrède.
i Pahlen à Wittgenstein, Levigny, 28 février, 0 heures du malin. (K, K, Kriegt Archiv,, U, ad 791.)
' Journal de la division Levai. {Archivât de la guerre,)
' Pahlen à Wittgenstein. Levigny, S8 février, 6 heures du matin. (K. K, KriegtArehiv., H, ad 79i.)
Les perles des Français étaient plus considérables et s'élevaient, s*il faut s'en rapporter au journal de la division Levai, à 3,500 hommes. Le général Pinoteau, Tun des brigadiers du général Levai, avait été grièvement blessé.
Il est impossible de justifier les dispositions d'Oudinol et de découvrir les motifs pour lesquels, après s'être décidé h ramener par précaution son artillerie sur la rive gauche, h y conserver une bonne partie de ses forces déjà si inférieures en nombre à celles des Alliés, après avoir négligé de se garder et de s'éclairer sur sa gauche, il accepta néanmoins une lutte rendue encore plus inégale par l'incompréhensible inaction de la cavalerie de Saint-Germain et l'attitude passive imposée à la division Rothembourg. Aussi dut-il s'estimer heureux d'avoir, grâce h la valeur de ses troupes qui suppléa au manque d'artillerie, évité la catastrophe à laquelle il s'exposait si inconsidérément. Bien que le maréchal ait reconnu lui-même après la bataille « que l'Aube n'eàt pas une ligne de défense et que Dolancourt n'est pas tenable, parce que la rivière est guéable partout, » le mal n'en était pas moins fait. Comme l'écrivait Wrède le 28 février au roi de Bavière, « la parfaite réussite de l'attaque d'hier contre l'ennemi valait beaucoup pour le moral de l'armée alliée ; en diminuant un peu l'enthousiasme de l'armée française, elle influera beaucoup sur les affaires politiques et nous amènera probablement un armistice prochain, »
Le général bavarois avait raison d'affirmer que l'affaire de Bar-sur-Aube aurait des conséquences politiques et exercerait une heureuse influence sur le moral des troupes alliées ; mais il se trompait en croyant à la possibilité d'une suspension d'armes et en vantant la réussite parfaite de l'attaque. Les dispositions des Alliés n'avaient été rien moins qu'heureuses*. Sans parler de
* Le 27 février, à il heures 1/4 du soir, le général von llake. écrivant de Colombey à Hardenberg (lettre citée par Pertz^Delbrùck, Leben des Feldniarsehalls Grafen Neidthardt von Gneisenau, IV, 194, 195), lui rendait, en ces termes, compte de la bataille de Bar-sur-Aube et de la situation générale :
V Que pourrai-je dire à Votre Excellence à propos de l'affaire d'aujourd'hui ? La nuit dorniéro, Tennemi a enlevé Bar-sur-Aulie sous les yeux du corps entier de Wrède. Ce matin quand on s'est décidé à le faire attaquer par Wrède et par Wittgenstein, la plus grande partie de ses troupes étaient déjà sur la rive droite de l'Aube. Mais ces forces étaient si peu considérables qu'il eût suffi d'un peu de décision pour qu'un seul de ces corps le bouscul:U. Or
-gala précipitation avec laquelle, en (Wacuant Har-sur-Aube , on avait renoncé à un point d'appui qui aurait été extrêmement utile aux Alliés, on ne peut approuver des dispositions grAce auxquelles la division Levai, les brigades Belair et Chassé et la cavalerie de Kellermann, bien que manquant d'artillerie, réussirent h arrêter, pendant toute une journée, le corps entier de Wittgenslein, renforcé par une partie du V« et soutenu par près de 100 bouches h feu.
Au lieu d'immobiliser le V« corps devant Bar et de l'y tenir tout entier Tarme au pied pendant la plus grande partie de la journée, il eût sissurément mieux valu donner, dès le matin, h une partie des Austro «Bavarois, Tordre de se prolonger vers leur droite. Il y avait pour les Alliés d'autant plus d'intérêt îi procéder de la sorte que le VI® corps avait commencé tardivement son mouvement, et qu'au lieu de se porter de Pratz et de Colombey-les-Deux-Églises sur Arrentiéres et Levigny, il avait marché par la grande route jusqu'en vue de Bar-sur-Aube. Si les Alliés avaient manœuvré avec moins de lenteur et surtout avec moins d'indécision, si, au lieu de multiplier les ordres et les contre-ordres, on eût laissé les colonnes de Pahlen et du prince Eugène de Wurtemberg continuer résolument, la première par Levigny, sur le pont de Dolancourt; la deuxième par Arrenlières et Vernonfays, sur les hauteurs d'Arsonval, les troupes françaises engagées en avant d'Ailleville se seraient trouvées dans une position des plus critiques : elles n'auraient pu parvenir îi efïec-
on n'attaqua qu'après-midi. Dans l'intcrvallo. l'ennemi s'éiiit renfoncé sur la rive droite et nous avions vu arriver ses renforts. Le prince donna ses ordres : mais les mouvements s'exécutèrent avec une lenteur désespérante, et l'ennemi, qui n'avait pas été sans remarquer notre timidité, fit hardiment occuper les hauteurs par quelques bataillons. Ce fut dans Taprès-midi seulement que par une attaque combinée, exécutée sur Tordre de Schwarzenberg, on parvint à déloger l'ennemi. Au lieu de nous emparer de son artillerie et de lui prendre quelques milliers d'hommes, nous n'avons pas môme enlevé une pièce et nous n'avons pas fait iOO prisonniers. Le soir, l'ennemi n'avait aban lonnc ni le champ de bataille, ni la rive droite de l'Aube.
« Dès ce matin, j'avais dit au roi que tous les généraux, à l'exception peutêtre du prince de Wurtemberg, désiraient la paix. Il s'étonna de me voir comprendre Barclay dans cette énumération. La journée d'aujourd'hui a convaincu le roi. Il m'a dit qu'à moins d'avoir deux fois plus de monde que Napoléon, il serait, en raison de la conduite de nos troupes et des dispositions d'esprit de nos généraux, imprudent d'accepter une bataille. »
liiiT leur riilraite, h se frayer le passage qu'en sacritiaiit beaucou|> «l(î iiioiide et les quelques bouehes à feu qu'elles avaient sur la riv<î droite. Les contre-ordres envoyés aux colonnes do Pahlen et du prince Eugène de Wurtemberg paraissent d'autant plus inexplicables ({ue le généralissime savait, non pas par des bruits ou d(*K renseignements |)lus ou moins positifs, mais par une dépêche du prince royal de Wurtemberg, dépêche qu'il avait luiménn; communiquée h Wréde, qu'il n'y avait presque personne hur la rive droite de l'Aube \
Les tâtonnements et les hésitations des généraux alliés n'avaient pas ou seulement pour effet d'immobiliser inutilement un corps d'urméo tout entier devant Bar-sur-Aube ; ils avaient empêché Schwar/.enberg de jeter une masse imposante de troupes entre Vernonfays et Levigny, et de relier entre elles les colonnes du Vl» corps, forcément séparées pendant Texécution du mouvement tournant. Knlin, les ordres et les contre-ordres avaient été si nombreux, la confusion qui en résulta avait pris de telles proportions ipie les grenadiers de Raïelfsky, destinés à servir de soutien à Wivde et à Wittgenslein, au lieu de se rapprocher du champ de bataille, avaient, au contraire, continué à marcher sur Uiaumont.
MouTêmenU de Macdonald et du III* corps. — Au moiueut où rUmpen^ur |»artait de Troyes, Macdonald auquel, en n;i qualité de plus aucie'i des maréchaux, il avait contié le couimandeuiont >ujKTieur des corps du duc de Keggio et de ^•cranl et de la cavalerie de Valmy et de Milhaud. s'était dirigé des euNÎrvuiN de Cbûtillon. >ur La Ferté sur-Aube qu'il avait ortln* dViilever en n*jelanl les Alliés sur la rive droite de l'Aubi». Il sup|K>s;iit que. aMifonuément au\ instructions de IKnipereur. Oudiuot et (ièranl as aient conservé le gi'os de leurs forces sur l;i rixe gauche de la rivièn*. *H-cupaient seulement Bar-sur-Aube \Kir une forte avant-garde et avaient pris leurs dispositions [)Our ou fairv sauter le |K>nl en ca*^ de néivssilê. Il ptMisail\»galement
* Fmkv Uie Sch«;tftcifcb«fr^ au -mute Wmie. Colou»U'>. i6 février lÂ". K.
u La |N:iucv r»>;it <K' WurttfiiLUfr^ jlhimikv ^u il tiy jl i^u'uu oitys eoat'tui xwr U r\MiU» du Ûkt-9iir-Aube. In ;i:i(r«^ oxps luaxvhc (vir Har-sur^ine. Le ^riihv n>>oil Je X\ urt»niibtT« fef;â alUi|u«?r «.v <.*or|w par les llh et IV* i>>rp^ «
que le duc de Keggio, auquel TEnipcreur avait eu soin de fain; tenir directement ses instructions, aurait détaché sur Dienviiio quelque cavalerie dont la présence aurait vraisemblablement sufB pour décider les Alliés à en détruire le pont. Dès le 37 au matin, de Mussy-rÊvèque, où il avait passé la nuit, il avait dirigé, de Pontette Milhaud, avec les divisions de cavalerie de Pire et de Briche, et d'Essoyes les divisions de Braver et d*Amey sur La Ferlé-sur-Aube que ces troupes avaient ordre d*occuper le il au soir. Le maréchal, avec la division Albert et les dragons de Lhéritier, s'était mis en marche sur Verpillières, Essoyes, Fontette et Saint-Usage, dans l'espoir de gagner ce même jour La Ferté-sur-Aube, si son mouvement n'était pas trop ralenti par les difiicultés du terrain et Tétat des chemins de traverse.
En face de lui, les III* et IV* corps s'étaient également mis en mouvement. Mais l'ordre, par lequel le généralissime* prescrivait îi Gyulay de prendre Toffensivo, de se porter le 27, h la première heure, d'Arc-en-Barrois sur Veuxhaulles, de se concentrer sur la rive droile de l'Aube, d'envoyer des partis par Courban sur Brion-sur-Ource et Vanvey et de se relier à la division légère du prince Maurice Liechtenstein, dirigée sur ChAtillon, n'étant arrivé à Arc que le 27, h 8 heures du matin, le III* corps n'avait pu prendre qu'ail heures la direction indiquée par le généralissime. Si Ton avait songé à établir des postes de correspondance, assurant la transmission rapide des ordres, il eût été facile de jjrévenir des lenteurs qui auraient pu être fatales.
Le 27 au soir, les troupes de Gyulay avaient atteint la rive droite de l'Aube ; la division Fresnel était à Veuxhaulles et Boudreville, celle de Weiss entre Montigny-sur-Aube et Gevrolles. tandis que Crenneville, passé sur la rive gauche, allait jusqu'à Riel-les-Eaux et surveillait les positions des Français à Aulricourt et il Mussy.
Ce mouvement devait, dans l'idée du généralissime, inquiéter les troupes françaises postées à Bar-sur-Seine et servir de première préparation aux opérations qu'on se proposait de diriger contre ce point.
* Schwarzcnberg à Gyiilay, Colombcv, iô février. {K, K, Kriegg Archiv.^ I!, 735.)
Moavements de Platoff et du IV® corps. — Combat de Fontette. — L'ataman PlatofT, précédant le gros du IIP corps, s'était porté de Boudreville à Courban; il venait de recevoir Tordre de se diriger au plus vile vers la droite de la grande armée, pour chercher à se relier a Bli'icher par Méry ou Arcissur-Aube *. L'ataman, en se mettant en mouvement, devait toutefois laisser h faile gauche de l'armée le corps volant de Seslavin, opérant à ce moment du côté de Fontette.
Le IV» corps, à l'exception des divisions de cuirassiers de Nostitz et de Duka restées dans leurs cantonnements, était concentré le 27 à midi autour du prince royal à La Ferté-snr- Aube*. Une brigade d'infanterie occupait la ville. Une autre brigade échelonnait le IV® corps vers Bar-sur-Aube et gardait Clairvaux et Longchamp. Le régiment de hussards aulrichiens Archiduc-Ferdinand, envoyé sur la rive gauche, avait ordre de pousser au delà d'Areonville et d'observer les mouvements des Français du cùté de Bar-surAube*.
Sur l'ordre du prince royal, Seslavin, posté jusque-là avec une partie des cosaques de Platofl* à La Ferté-sur-Aube, avait passé sur la rive gauche de la rivière et s'était engagé dans la forôt de Clairvaux pour aller au-devant des Français, qui n'avaient, croyait-on, que cinq escadrons à Essoyes '. Arrivé vers 10 heures du matin, au débouché de la forêt de Clairvaux, Seslavin donna dans la cavalerie de Pire (avant-garde de Milhaud). Ce général, sachant que le maréchal suivait le 5® corps de cavalerie, attaqua immédiatement les cosaques, les enfonça et les culbuta. Traversant à leur suite la forêt de Clairvaux, il les ramena si vivement qu'ils parvinrent à peine à regagner en pleine déroute La Fertésur-Aube, où ils furent recueillis par la cavalerie légère wurtembergeoise*. Le prince royal s'empressa aussitôt de faire prendre
' Starke, Eiotheilong und Tagcs1>cgcbcnheitcn dcr Haupt-Armce im Moiiate Febroar. {K, K, Kriegt Arckiv., l\, i.)
• Stabke, Eintheilaog und Tagesbegcbenheitcn der Haupl-Annee im Monale Februar. {K. K. Kriegt Archic, II. 1.)
' (lénéral comlc Baillkt de L\ Tour, Journal d'opérations du ÏV** corps. (K. K. Kriegt Archiv., XïlI. 50.)
* Prince royal de Wurt«»mberg an prince de Srliwarzenberg, La Ferté-sur- Aube, 27 février, 7 heures du soir. (A'. K, Kriegt Archiv,, II, 776 ; biUet au crayon.)
position sur la rive gauche aux grenadiers aulrichieiis de Klenau et à la brigade Stockmayer.
A 4 heures de l'après-midi, la cavalerie de Milhaud, avec une batterie à cheval, se déployait sur les hauteurs h Touest de La Ferté, canonnait pendant environ une heure les troupes wurlembergeoises et autrichiennes établies sur la rive gauche, et se portait en avant aussitôt après Tarrivée de quatre bataillons de la division Brayer. Ne voulant pas combattre avec un défilé à dos, le prince royal ramena ses régiments sur la rive droite de TAube et fit brûler le pont derrière lui. Une des brigades de cavalerie du prince fila seule par la rive gauche de TAube sur Ville-sous-La-Ferlé, pour le relier par Clair\'aux, où il avait déjà la brigade d'infanterie du prince de Hohenlohe, avec le V« corps. Les avant-postes de cavalerie wurlembergeoise bordèrent la rive droite de l'Aube et le prince, s'allendant à voir les Fran<;ais entrer à La Ferté, fil prendre position â son corps sur les hauteurs de Pont-la-Ville, d'où ses batteries pouvaient canonner La Ferlé'.
En présence du niouvenienl de Macdonald, il devenait désormais impossible de stî conformer à l'ordre que Schwar/enberg venait de faire partir de Bar-sur-Aube à 4 h. i/i du soir, et par lequel il enjoignait au prince royal et à Gyulay de chasser h.» lendemain les Fram-ais de Bar-sur-Seine *.
Soutenue par le reste du 5® corps et les divisions Brayer vX Amey, la cavalerie légère de Pire occupa Villars-en-Azois. Macdonald, avec le gros du 11« corps, avait dû s'arrêter à quelque, distance de là, sur le plateau à Fontette. Mais la présence des Wurtembergeois à La Ferté-sur-Aube et la canoimade que I(î maréchal avait entendue du côté de Bar-sur-Aube lui avaient. |)rouvé qu'Oudinot, dont il était sans nouvelles, n'occupait pas cette dernière ville. Il lui importait d'autant plus de connaître l'issue de l'engagement qui avait eu lieu de ce côté,que le départ
* Journal d'opérations da IV* corps (A'. K. Kriegi Archiv,, Xlll, 56), St'àrke, ËiDttieiiung und Tagesbegebenlieilen der Haupt-Armee im Monate Februar {Ibid., H, 1), et prince royal de Wurtemberg an prince de SchwarzcnbtTg, La Ferté, 27 février, 7 heures du soir (Ibid.y II, 776).
' Prince de Schwarzenberg au prince royal de Wurtemberg et au feldzeugmeisttT Gvulay. Bar-sur-Aube, 27 février, 4 heures i/J du soir. {Ibid., II, 755 ot 1I,'757.)
wcii.— lu. 7
de la division Aniey et de 500 chevaux qu il devait, par ordre de l'Empereur, envoyer h Troyes, où ils garderont les parcs de Tarniée, allait encore affaiblir ses eftectifs. Il prit, 4)ar suite, le parti de se porter le lendemain avec la division Albert et ce qui lui restait des dragons de Lhéritier, dans la direction de Bar-sur-Aube, afin de se mettre en communication avec Oudinot pendant que Milhaud et Brayer, restés devant La Ferté, feront supposer au prince royal qu'il va être sérieusement attaqué et tiendront la tête de pont du coté de La Ferté, en s'échelonnant sur le plateau à travers la forêt de Clairvaux jusqu'aux Fosses *.
De son côté, aussitôt après son arrivée à Pont-la-Ville, dans la soirée du 27, le prince royal de Wurtemberg avait envoyé h Gyulay Tordre de quitter ses positions, de façon à être rendu à la pointe du jour, avec le gros duIII® corps, entre Pont-la-Ville et La Ferté. L'avant-garde de Gyulay et celle de Platoff avaient ordre de pousser vers Autricourtetde menacer l'aile droite des Français.
En somme, le 27 au soir, Macdonald, après avoir rejeté les Alliés sur la rive droite de F Aube, occupait en face d'eux une position excellente, inabordable de front, et un plateau du haut duquel il commandait la vallée en amont et en aval de La Ferlé. Ignorant l'issue de l'engagement de Bar-sur-Aube, espérant pouvoir continuer le lendemain, de concert avec Oudinot, ses opérations offensives dans la direction de Chaumont, il avait cru devoir conserver le pont de pierre de Silvarouvre et ne pas compléter la destruction de celui de La Ferté, que le IV^ corps n'avait pas eu le temps de rendre absolument imiiraticable.
Barclay de Tolly, avec les réserves et les gardes russes et prussiennes, était resté immobile à Langres. Il s'était contenté d'envoyer à gauche, à Courban, les uhlans de la garde, chargés de pousser vers Chàtillon \
28 février 1814. — Ordres de Schwarzenberg. — Dans la nuit du 27 au 28. le généralissime arrêta les dispositions pour la
1 Macdonald au inajor-géncral, à Brayer et à Milhaad, Essoycs, 27 février, 5 heures du soir. (Correspondance de Macdonald; Archivet de la Guerre.)
* Prime royal de Wurtemberg à Ciyulay, Pont-la-Ville ; 27 ftfvrior. (K. h\ Kriegs Archiv., II. ad 787.)
» Stakke, Kintheilung und TageslMigcbenlicileu der llaupt-Annce im Mouate Miirz. (K, K. Krietjs Archiv,, 111, i.)
journée du i8 : « Les \^ et >'!• corps leronl halte et prendront un peu de repos sur les positions qu^iis occupaient apn>s la bataille de Bar-sur-Aube.
« Le IV* corps passera l'Aube à La Ferté, traversera la forêt d(î Clair\'aux, ira s'établir à Vitry-le-Croisé et enverra des partis à droite vers Vendeuvre, h gauche vers Bar-sur-Seine. Le I1I« corps, placé sous les ordn»s du prince royal de Wurtemberg, franchira également FAube et st* dirigera sur Essoyes.
« Les gardes et rés«>rves russes et prussiennes se porteront de Langnis sur Colombey-les-Deux-Églises. »
C'était demander bien inutilement à ces gardes une marche de prés de 60 kilomètres; aussi envoya-t-on dans le courant de la journée à Barclay de Tolly Tordre de s'arrêter à l'endroit ménje où le porteur de la dépèche le rencontrerait. Les gardes et réserves se cantonnèrent par suite aux environs de Chaumont.
Platoif, se préparant à marcher sur Arcis, étîiit encore le i8 au matin à Courban et à Boudreville, d*où il envovait îi Schwarzenberg un courrier anglais allant de Chdtillonau grand quartier général et porteur d'une lettre particulière adressée par lord Burghersh au généralissime *. 11 semble d'ailleurs que, malgrt^ l'ordre dirigeant de suite Platof!* vers la droite de la grande armée et le chargeant d'établir et d'assurer les communications avec Blucher, le généralissime ait eu quelques doutes sur l'aptitude de l'ataman à remplir une mission à laquelle il attachait, non sans raison, une véritable importance. La lettre qu'il adressa à ce sujet à Barclay de Tolly, prouve que Ton partageait désormais au grand quartier général la manière de voir de ToU et l'opinion que Kaissaroft ne s'était pas gêné d'émettre sur le compte de l'ataman, et qui décida l'Empereur Alexandre h relever quelques jours plus tard Platoff de son commandement.
« Je partage votre? manière de voir relative à la proposition qui m'a été faite d'envoyer Platoff ou Seslavin sur notre gauche; mais comme mes avant-postes me font assez bien connaître les mouvements de l'ennemi de ce coté, et comme je suis sans nouvelles du feld-maréchal Blucher, je vous prie d'envoyer de ce côté un général hardi fit entreprenant, avec au moins 1000 che-
1 L'ataman PlatofT au prince de Scliwarzcnbcrg, Boudrevillc, 28 février. (k. K. Kietjt Arekiv., H, 799.)
— lOii — vaux, t'.ii lui flonnafit i'ordn; de s<? relier au feid-uiaréchal par
" \jt j^énéral Seslaviu ayant trop peu de monde avec lui, j<* laisM* il Voire Kxeellence le soin de le renforcer ou d'envover de ce rôle IMalotV. Toutefois, je ferai remarquer à Votre Excellence i|ii*il serait bon, en ce cas, d'adjoindre à Platoff h» prince Liihoniirskv.
« On pourrait alors employer utilement Platoft sur notre droite *. »
On croit un moment à la marche de TEmpereur sur Dijon.
— Avant d*al)order le récit des événements qui marquèrent la journée du 28, il est indispensable de signaler un incident qui troubla assez sérieusement le quartier général, y jeta momcntanénumt la confusion dans les esprits, exerça une influence sérieuse, quoi(|ue de courte durée, sur les opérations et fut, entre antres, la cause déterminante de Tordre qui arrêta à Chaumonl les gardes et les réserves de Barclay.
De singulières coincidiuices avaient, d'ailleurs, contribué à donner une apparenc(î de probabilité à l'invraisemblable nou- V4îlle que Seslavin avait transmise un peu trop à la légère, et qui devait être, si ce n'(»st contirméc, du moins admise et répétée. par l(î prince royal de Wurtemberg. Seslavin, induit en erreur par les réponstîs des prisonniers, avait signalé dans des termes ahsolinnent positifs la marche de l'Empereur sur Dijon. Le 20 février, h 10 lieures du soir, il avait écrit à Toll une première lettn; qui débutait par ces mots : « D'après le dire des prisonniers, l'année ennemie tout entière, y conq)ris la garde, marche sur Dijon. On a laissé près de Bar-sur-Seine la division de cavalerie du jçénéral de IMré, qui, forte de 3,000 chevaux (f)^ doit masquer le mouvement sur Dijon et rendre possible un retour vei-s la Seine, s'il devenait nécessaire. Napoléon était, hier encore, U Troyes. Son armée est tivs disséminée ; il serait d'autant meilleur de protiter de cette occasion pour l'attaquer pendant sa marche, que l'Empereur nous croit en pleine retraite. » Le 27, à 1> h. 1/2 tlu malin. Seslavin complétait encore ces
i S^liwarzoïiÏHig à Bimla> do TdIIv. G>loiulHV-lci-noux-Ég!is,.s, 28 février 0 hourt'Mlu soir. {K, A'. Kri-js .IrcAir.. U. 810.)
- lOi -
premiers renseigaenicnls et ajoutait : « L*arméeenneaiie se porto sur Dijon et Besançon, où l'on attend l'arrivée du vice-roi d'Italie el où doit s'opérer une concentration générale. »
Au moment où ces deux rapports parvenaient simultanément à Toll le 28 au matin, à Champignol, le prince Maurice Liechtenstein adressait à la fois à Schwarzenberg et au prince royal de Wurtemberg une dépêche dans laquelle, tout en reconnaissant lui-même que le renseignement avait besoin d'être contrôlé, il annonçait que le prince héritier de Hesse-Hombourg avait dft évacuer bijon. où le maréchal Masséna * était entn; derrière lui.
Toll avilit, lui aussi, transmis, mais sous toutes n»serves. ces (litïérentes nouvelles *, qui lui paraissaient aussi invraisemblables qu'inadmissibles. Enfin, une dépêche adressée par le prince royal de Wurtemberg au prince de Schwarzenberg et exjiédiée de Pont-la-Ville le 28 février a une heure du matin % allait mettre le comble à l'émotion causée par ces rumeurs au\- (|uelles on s'était jusque-là refusé à ajouter la moindre foi :
« J'ai fait part îi Gyulay, écrivait le prince, de l'ordre de Votre Altesse, relatif à l'attaque de La Ferté.
« Ma cavalerie et mon artillerie ont pu se replier sur Clairvaux, et l'ennemi ne les a poursuivies que faiblement au delà du pont de La Ferté. Je sais maintenant que c'est la division de cavalerie de Milhaud, soutenue par une brigade d'infanterie du corps de Macdonald, qui a chassé le général Seslavin de Fontette.
« Les prisonniers me confirment la marche de r Empereur sur Dijon. »
De semblables renseignements, transmis simultanément par diflérents généraux, devaient d'autant plus sûrement exercer une action directe et immédiate sur les opérations et ralentir la poursuite que. sans parler même des considérations politiques, on
1 11 s'agit évidemment d'Augerena puisqae Masséna n'avait jamais bougé de Toulon.
8 Wolkonsky, moins pradent que Toll, avait adresse' sans commentaires le deuxième rapport de Seslavin à Schwarzenberg, avec le bulletin de transmission dans lequel il se bornait à dire au généralissime qu'il lui faisait parvenir la traduction du rapport envoyé par Seslavin qui venait de rentrer d'expédition et qu«» fc général avait adressé à Barclay deTolly. (A'. A'. Kriegs Archiv., II, 767.)
' Prince royal de Wurtemberg au prince de Schwarzenberg, Pont-la-Ville. 28 février, 1 heure du matin. (A'. A'. Kriegg Arehiv,, H, 787.)
avait repris roffensive sans onlhousiasmc avec la forme résolution de ne s'engager h fond, de n'accentuer le mouvement en avant que lorsque Tarmée de Silésie aurait remporté des avantages significatifs. Le mémoire présenté huit jours plus tard par Schwarzenberg à Tempereur Alexandre et îi Frédéric-Guillaume III en fournit la preuve manifeste. On s'empressa donc de profiterderarrivée du renseignement, plus qu'invraisemblable, do Seslavin pour adopter une attitude expectante, et, afin de couper court aux remarques et aux questions, Schwarzenberg chargea immédiatement Hadetzky d'exposer h Wolkonsky les motifs pour lesquels il croyait sage et nécessaire de ralentir la poursuite :
« Le feld'VmréchaNietitenant Radetzky au prince Wolkonsky^.
Colombo V, ce 28 février (814.
« Les dépositions de quelques prisonniers faits dans la journée d'hier, et surtout le rapport du général Seslavin, d'après lequel l'empereur Napoléon doit avoir dirigé ses forces principales sur Dijon, ont empêché le maréchal commandant en chef de poursuivre les avantages de la journée d'hier avec autant de vigueur que si Ton avait eu la certitude que l'ennemi s'est porté sur Tarmée de Silésie. Les troupes étant en outre fatiguées, il eût été très risquant de les faire avancer dans un pays totalement dénué de ressources, avant d'avoir de la certitude sur les mouvements de l'ennemi, puisqu'il faudrait encore leur faire faire une marche forcée rétrogra<le si la nouvelle de la marche de l'Empereur se vérifiait. Le maréchal n'a donc fait poursuivre l'ennenii que par de la cavalerie soutenue par quelques partis d'infanterie et du canon : on en attend encore des rapports.
« Le prince royal de Wurtemberg exécutera aujourd'hui son attaque sur Bar-sur-Seine ; cette opération nous éclaircira sans doute sur les mouvements de l'ennemi. On en attend également encore des réser\es.
« Les gardes et réserves pourront toujours rester dans leur position entre Chaumont et Langres. Elles seront toujours ;\ même de soutenir l'armée s'il s'agissait de poursuivre l'ennemi.
* Lt» f»'l l-raarèchal-tioul»'ninil «'uiiili* HaJi'tzky an |)riinv Wulkonskv. Colomb<^y-les-Dt»ax-Ejîlist»$. 28 février, »mi français dans lorigiual. {Journal de» pièces rrfuei, ii" 382.)
ol elles seront également fi même de seeonder notre mouvement s'il fallait se porter sur Dijon. »
Honvements de Hacdonald, des III* et IV* corps. ~
Tandis que le prince royal de Wurtemberg se disposait h n^sister de son mieux h l'attaque des Français. Macdonald cherchant h communiquer avec Oudinot dont il ignorait la retraite et la défaite, avait laissé devant La Ferté la cavalerie de Milhaud et l'infanterie de Braver avec Tordre de conser\'er ce point et surtout d'empêcher les Alliés d'en déboucher. Le maréchal en personne avait, dès le matin, commencé son mouvement vers Vitrvle-Ooisé, se faisant précéder au loin par les dragons de Lhéritier. Il avait eu soin de recommander aux généraux Milhaud et Braver de faire des démonstrations du côté de La Ferté, dans le cas où les Alliés se seraient réellement retirés, mais d'éviter tout engagement au delîi de TAube. Les troupes françaises laissées devant La Ferté, se conformant aux ordres de Macdonald et se bornant fï faire garder le pont de La Ferté et h organiser défensivement leur position de la rive gauche, le prince royal de Wurtemberg, certain de ne pas être attaqué, se prépara de son côté h prendre l'offensive.
La position occupée par les Français lui semblait trop forte pour être attaqiu'»e de front. Il eût été difficile d'enlever, au sortir d'un détîlé, un pont que leur canon en batterie sur les hauteurs delà rive gauche enfilait complètement. D'autre part, tant que les Français tenaient les positions de la rive gauche vis-îi-vis de La Ferté et de Silvarouvre, le III« corps, ne pouvant se ser\'ir de la roule directe de la vallée et obligé de se diriger de Veuxhaulles sur La Ferté par Criancey et Chîlteau-Villain, devait forcément n'entrer en ligne que fort tard. Le prince, en présence des ordres formels de Schwar/enberg, n'en avait pas moins prescrit îi Gyulay de chercher h arriver vers midi ù hauteur de La Ferté. Dès que le III* corps se serait rapproché de La Ferté, le IV* corps devait se porter sur Clairvaux, y passer l'Aube, se diriger sur Champignol et déborder la gauche de Macdonald, pendant que le III* corps, l'attaquant de front, le chasserait de La Ferté.
Le général Seslavin était chargé de suivre avec ses cosaques l'arrière-garde française et de se relier ensuite avec le IV* corps du C(Mé de Champignol. Les deux corps, après avoir
luer liiur retraite, à se frayer le passage qu'en sacriliant beaucouf» (le monde et les quelques bouches à feu qu'elles avaient sur la rive droite. Les contre-ordres envoyés aux colonnes de Pahlen el du prince Eugène de Wurtemberg paraissent d'autant plus inexplicables que le généralissime savait, non pas par dos bruits ou des renseignements plus ou moins positifs, mais par une dépèche du prince royal de Wurtemberg, dépêche qu'il avait luimême communiquée h Wréde, qu'il n'y avait presque personne sur la rive droite de l'Aube *.
Les tâtonnements et les hésitations des généraux alliés n'avaient pas eu seulement pour effet d'immobiliser inutilement un corps d'armée tout entier devant Bar-sur-Aube ; ils avaient empêché Schwarzenberg de jeter une masse imposante de troupes entre Vernonfays et Levigny, et de relier entre elles les colonnes du VI® corps, forcément séparées pendant Texécution du mouvement tournant. Enfin, les ordres et les contre-ordres avaient été si nombreux, la confusion qui en résulta avait pris de telles proportions que les grenadiers de Raïeffsky, destinés à servir de soutien à Wrède et à Wittgenstein, au lieu d(^ se rapprocher du champ de bataille, avaient, au contraire, continué à marcher sur Chaumont.
Mouvements de Hacdonald et du III* corps. — Au moment où l'Empereur parlait de Troyes, Macdonald auquel, <'u sa qualité de plus ancien des maréchaux, il avait confié le commandement supérieur des corps du duc de lleggio et de Gérard et de la cavalerie de Valmy et de Milhaud, s'était dirigé des environs de ChAtilloii. sur La Ferlé sur-Aub(; qu'il avail ordre d'enlever en rejetant les Alliés sur la rive droite de l'Aube. Il supposait que, conformément aux instructions de l'Knijiereur. Oudinot et Gérard avaient conservé le gros de leurs forces sur la rive gauche de la rivière, occupaient stîulement Bar-sur-Aube par une forte avant-garde et avaient pris leurs dispositions pour en faire sauter le pont en cas de nécessité. Il pensait "également
* Prince de Schwarzenberg au «lointe Wrède. Colonibcy, 20 février (A'. A'. Kriegt Archiv», II, 735 d,)
« Le prince royal de Wurtemberg annonce qu'il n'y a qu'un corps ennemi sur la roule de Bar-Mur-Aube. Un autre corps marche |Kir Rar-sur-Seine. Lo prince royal de Wurtemberg fera attaquer ce corps par les III* et IV° corps n
que le duc de Reggio, auquel FEmpereur avait eu soin de fainï tenir directement ses instructions, aurait détaché sur Dienville quelque cavalerie dont la présence aurait vraisemblablement suffi pour décider les Alliés à en détruire le pont. D^s le 27 au matin, de Mussy-rÉvêque, oii il avait passé la nuit , il avait dirigé, de Fontette Milhaud, avec les divisions de cavalerie de Pire et de Briche, et d'Essoyes les divisions de Brayer et d*Amoy sur La Ferlé-sur-Aube que ces troupes avaient ordre d'occuper le 27 au soir. Le maréchal, avec la division Albert et les dragons de Lhéritier, s'était mis en marche sur Verpillières, Essoyes, Fontette et Saint-Usage, dans l'espoir de gagner ce même jour La Ferté-sur-Aube, si son mouvement n'était pas trop ralenti par les difficultés du terrain et l'état des chemins de traverse.
En face de lui, les 1II« et 1V« corps s'étaient également mis en mouvement. Mais l'ordre, par lequel le généralissime* prescrivait îi Gyulay de prendre Toftensive, de so porter le 27, h la premi^re heure, d'Arc-en-Barrois sur Veuxhaulles, de se concentrer sur la rive droite de TAubc, d'envoyer des partis par Courban sur Brion-sur-Ource et Vanvcy et de se relier à la division légère du prince Maurice Liechtenstein, dirigée sur Chi\tiIlon, n'étant arrivé à Arc que le 27, îi 8 heures du matin, le III« corps n'avait pu prendre qu'à 41 heures la direction indiquée par le généralissime. Si l'on avait songé à étiiblir des postes de correspondance, assurant la transmission rapide des ordres, il eût été facile de prévenir des lenteurs qui auraient pu être fatales.
Le 27 au soir, les troupes de Gyulay avaient atteint la rive droite de l'Aube ; la division Fresnel était à Veuxhaulles et Bondreville, celle de Weiss entre Monligny-sur-Aubii et Gevrolles, tandis que Crenneville, passé sur la rive gauche, allait jusqu'à Riel-les-Eaux et surveillait les positions des Français à Autricourt et à Mussy.
Ce mouvement devait, dans l'idée du généralissime, inquiéter les troupes françaises postées à Bar-sur-Seine et servir de première préparation aux opérations qu'on se proposiiit de diriger contre ce point.
* Schiwarxcnbcrg à Gyulay, Colombcv, 26 février. (A*. K, Kriegt Archir.^ II. 735.)
mont pendant quo l'artillerie autrichienne démolit les barricades du pont et contrebat les 12 pûVcs que Bravera mises en batterie sur la hauteur. Après une canonnade assez vive, qui se prolonge pendant une heure sans qu'on ait réussi h faire taire l'artillerie française, la brigade Czollich enlève le pont de Silvarouvre it la baïonnette et en chasse le bataillon français qui a vainement essayé de lenir bon contre des forces aussi supérieures en nombre. Gvulav lance aussitôt sur la rive gauche sa cavalerie et ses deux autres brigades, s'empare des hauteurs et du village de Villarsen-Azois. oblige l'artillerie française h quitter le champ de bataille et r^^jette dans les bois les troupes qui occupaient les hauteurs.
Ce mouvement produisit le résultat espéré par le feldzeugmeister. Les Français plièrent sur toute la ligne, et Fresnel, remarquant ce flottement, ordonna h son artillerie d'écraser de son feu l(»s pièces françaises en batterie vis îi-vis de La Ferté. Après les avoir réduites au silence, il entra i\ La Ferté, en traversa vivemenl le pont et rejeta de ce coté aussi les Français dans la forêt de Clairvaux *.
Le général Milhaud, voyant le passage de l'Aube forcé sui deux points et craignant de compromettre le sort de ses troupes er s'obstinanl davantage dans une lutte aussi inégale, donna l'ordn de la retraite et, se retirant en bon ordre sur Fontelte, il 3 rejoignit le soir même le maréchal.
Seslavin, avec ses cosaques, suivit seul Brayer et Milhaud mais l'obscurité l'obligea h s'arrêter îi l'entrée du bois*.
Arrivé à Silvarouvre après la prise du pont avec la troisième des divisions de Gyulay, le général de Crenneville avait immédia tcment passé le fleuve, s'était jeté à gauche et avait poussa jusqu'il Autricourt, pendant que ses coureurs battaient le payi jusque dans les environs de Mussy-sur-Seine *.
Le gros du III* corps campa sur les hauteurs de Villars et ei
i Rapport journalior à reinpereur d'Autrulio, 6 mars (K. K. Kru*gs Archiv.
m, 1 II), et Gyulay à SchwarzenhiTg, Bar-sur-Soine, 4 mars ; Relation de
romljats d« La Forté-sur-Auho, 28 févrior ot Bar-sur-Seinc, 4 mars {Ibid II
t Journal d'opérations du IV« rorps. (K. K. Kriegi Archiv., XllI, 56.) » Stâhkb. Einlheilung und TaKesbogebenheitcn (1er Haupt-Armee im Monat
Fcbruar. [K. K, Kriegi Archiv,, II, 1.)
avant de La Ferlé, et Seslavin dans la forêt de Clain^aiix, îï peu <le distance de la lisière du côté des Fosses. Le IV» corps s*établit h Champignol : un de ses régiments de cavalerie occupa Vitry-le- Croisé, et un parti, poussé h droite vers Beurey, pour se relier avec le V« corps, y enleva un convoi du corps d'Oudinot.
Hacdonald se retire snr Bar-sur-Seine. — Rien que Macdonald ait pu craindre un instant de perdre les divisions de Milhaud et de Brayer, sa situation nVn était pas moins critique. N'ayant pas de réserve h sa disposition, ii courait le danger de se voir d'un moment h Tautre débordé sur sa gauche et mis dans l'impossibilité de rejoindre Oudinot dont il ignorait encore le sort. A minuit seulement, les officiers envoyés à Vendeuvre lui annoncèrent que ce maréchal se repliait sur Troyes. Tous les villages autour de Fontette étaient déjh occupés par les troupes alliées, et le maréchal, craignant d'être entièrement coupé, s'empressa de décamper et gagna Bar-sur-Seine par une marche forcée de nuit*.
Comme il l'écrivait le lendemain de Bar- sur-Seine h Oudinot, Macdonald avait tout lieu de s'estimer heureux d*étre sorti de cette position sans les étrivières. Si l'on peut admettre que pour se ménager la possibilité de déboucher sur la rive droite, il ail cru devoir conserver les ponts de La Ferté et de Silvarouvre, on doit cependant s'étonner de le voir perdre complètement de vue Clairvaux et commettre l'imprudence de laisser dégarnir le point même par lequel les Alliés allaient arriver sans encombre sur sa gauche. Dans son ignorance complète des mouvements et de la position d'Oudinot, il semble encore qu'au lieu de se porter sur Vitry-le-Croisé, il eût mieux fait de rester sur son excellente posi-
* Macdonald, avant d'avoir reçu l'avis de la retraite d'Oudinot sur Troyes, avait reconnu Timpossibilité de se hasarder sur Vendeuvre, et dès 10 heures du soir, plus de deuï heures avant le retour de ses officiers et la mise en route de ses colonnes, il avait écrit à Oudinot pour Tinformer de la marche de nuit qu'il allait faire afin de gagner Bar-sur-Seine et il ajoutait : «< Nous ne sommes pas à temps pour vous joindre ; il est probable que les Alliés feront effort demain sur vous pour nous séparer. Si je puis vous joindre demain ; je le ferai. Sinon, je couvrirai sur Troyes. » (Correspondance de Macdonald; Archivet de la guerre.)
Cette dépèche ne put parvenir à Oudinot. L'officier qui la portait ayant trouvé l'ennemi partout entre Fontette et Vendeuvre.
tion de Fontetle, do Sainl-Usage ot des Fosses, d'où il aiu'îiit pu soutenir les troupes qu'il aurait dû poster h Clairvaux et celles qu'il avait établies en face de La Ferlé cl de Silvarouvre. La faule que le maréchal avait commise en négligeant d'occuper Clainaux, Tempêcha toutefois d'en commettre une plus grave encore en cherchant îi rejoindre Ondinot, et sauva Milhaud et Brayer qui auraient été gravement compromis et presque entièrement cernés si, en lui barrant la route, la cavalerie du prince royal n'avait pas rendu impossible le mouvement projeté de Mac- (lonald sur Vitrv-le-Croisé.
Sans parler encore de l'action qu'aurait pu exercer le reste do la grande armée, si Ton se borne h apprécier les dispositions du prince royal de Wurtemberg, on doit constater qu'il donna îi Macdonald la possibilité'^ de décamper sans être aperçu et do quitter sans se compromettre une position que le maréchal eût certainement abandonnée dés le 28 au matin, après avoir coupé les ponts do l'Aube, s'il avait eu connaissance de l'issue de l'affaire de Bar-sur-Aube. On ne s'explique guère pourquoi le |)rinco royal do Wurtemberg perdit d'abord un temps précieux h attendre sur la rive gauche l'arrivée des troupes du III® corps h La Forte. Sachant qu'avec des forces triples de celles du il® corps tout entier, il pouvait écraser Macdonald, dont les divisions formaient doux groupes distincts séparés par un bois d'une grande étendue le prince avait tout intérêt a bousculer immédiatement les troupes établies h Saint-Usage et k Fonlelte. Leur défaite aurait compromis irrémissiblement la cavalerie de Milhaud et l'infanlorie do Brayer. De toute façon, en délogeant le maréchal de Fontetle et en l'attaquant par sa gauche, le prince royal lui coupait la retraite sur Bar-sur-Seine, l'obligeait à se replier sur Mussy ou sur ChîUillon, à y rappeler les troupes de Milhaud et do Brayer et rendait impossible une jonction cpie les maréchaux devaient chercher h opérer soit à Vendeuvre, soit à Troyes.
Retraite d'Oudinot sur Hagny-Fouchard et Vendeuvre. ^
Partis h minuit du plateau qui domine le pont de Dolancourl, les corps d*Oudinot et de Gérard étaient formés, le 28 au point du jour, sur deux lignes, h hauteur de Magny-Fouchard. Le maréchal, n'y laissant qu'une arrière-garde, ramena h Vendeuvre le gros de ses forces qui ne s'élevaient plus qu'î^ 18.000 hommes.
— lOî) -
en y compreiianl les gard(\s nationales de Phclhod sur lesquelles il n'y avait pas à compter et qui, sans avoir tiré un coup de fusil, étaient réduites de 5,000 îi 3,300 hommes. De fortes patrouilles de cavalerie française ol)ser>aient la vieille route de Bar-sur-Aube aux environs de Spoy. Un peu plus tard dans la journée, Gérard reçut Tordre de faire surveiller la route de Brienne et de charger, le lendemain matin, le général Sainl-Ciermain de pousser une reconnaissance à fond sur Dienville'.
Immobilité des autres corps de la grande armée alliée.
— Du côté des Alliés on était, comme nous Tavons vu par Tordre de Schwaraenberg, resté absolument immobile aux environs de Bar-sur-Aube.
Les cosaques de Pahicn avaient signalé la retraite des Français; pendant la nuit quelques-uns de leurs partis, passés h leur suite sur la rive gauche de TAube, s'étaient avancés jusque vers Magny-Fouchard. Le gros de la cavalerie de Pahlen et les cuirassiers de KretotV, descendant le cours de TAube jusqu'à Dienville, avaient poussé des patrouilles à droite vers Piney, à gauche vers Vendeuvre et enlevé, entre Lesmont et Brienne, le colonel Moncey sur lequel on trouva des dépêches de TEmpereur confirmant d'une manière positive la nouvelle de son dé|)art et contenant des détails intéressants sur la direction de sa marche'.
Le prince Eugène de Wurtemberg était à Arsonval et Dolancourl; Il sa droite, Gortschakoff s'était établi h Trannes*. Le VI« corps avait été rejoint par deux régiments (celui d(î T<miguinsk et le 2()« chasseurs) avec quatre bouches à feu, employés jusque-là au blocus de Phalsbourg.
* L'ordre da générai Grossot aa gcuérul Gérard se trouvait parmi les papiers enlevés au général Gérard le 3 mars et figure an K, K. Kriegt Archiv,, sous le numéro II, 8i2.
' Rapport journalier à l'empereur d'Autriche, Colombt^, i8 février (K. K, Kriegs Archiv., 11, 813) et Taxis, Tagebuch (Ibid., Xili, 32).
s Fahlen à Wittgenstein, pont de Doiancourt et en marcJie sur DienvUle, 28 février (Ibid., Il, ad 79i), et Wittgenstein «à Sehwarzenbt»rg. Bar-sur- Aube, 28 février (Ibid., Il, 791). Dans cette dépêche où il annonçait au généralissime que, d'apnVs le dire des prisonniers, l'armée française était divisée en trois groupes distincts, Wittgenstein ajoutait : u 11 serait plus que jamais utile d'avoir entre la grande armét^ et celle du feld-maréchal Bliicher un gros corps volant de 3,00O chevaux qui générait considérablement PEmpiTeur en oci'upant sur ses derrières les déiilés entre Paris et son armée. »
Le V* cor|i» i-esta dans ses cantonnenier.ts. Sur Tordre du gi'néralis>imL' *, Wn-de avait seulemeut envoyé la cavalerie du général Vieregg vers Magny-Fouchard el fait occuper les hauteurs et le défilé de Spoy par la division légère du comte Antoine Hardegg.
Le roi de Pruss** ri le prince de Schwarzeuberg étaient h Colouibey-l«*s-Deu\-£gIise>, tandis que les deux empereurs avaient encore leur quarlier général à Chaumont.
Par suite môme de l'ininiobilité à laquelle il avait condamne ses troupes à la nouvi*lle de la marche de rtmpereur sur Dijon, Schwarzeuberg, mampiant de renseignements précis et positifs sur la position des corps français battus à Bar sur-Aube, avait, dans la soiré»^ du 28. ciivové à Friuiont l'ordre d'exécuter le lendemain un»* reconnaissance otfensive sur Vendeuvre avec la cavalerie des V^ et VI'^ corps et prescrit aux I1I< et IV*^ corps de continuer leur marche sur Bar-sur-Seine*.
Bien que nous avons essa\é de faire connaître les causes de <:e temps d'arn-t >urvenant ïv lendemain même d'une victoire, il uuua parait impossible de ne pas revenir une l'ois encore sur le décousu de> opérations de la grande armée dans les journées des
* Sihwarz»*nlH'rt' à NVrcl»*, Coloinbi*}, i8 février. (A'. A'. Krieyg Ardûv,, II, 735, e ri f.)
Il iiuus parait iii<lispoiisablt' lU» n^proiiitin* îri deux passu^^es iotérpssaoUt de lettres adressées par \Vn*de au roi île Ha\ièn.\ !•' 58 février et le 5 mars, et <|iii jettent on jour a<sez curieux >ur les relation^ exUtaiit au grand quartier P'ii'Ta! entre li*s «souverains allii-s et li»s comnian lanl-i de oorps d'arméi*.
Extrait d'une lettre de NVrède au roi de Bavière :
« liar-^ur-Auhe. i8 lévrier 1814. — « J'ai eu avant-iiier dans la nuit à (>jlumU>\ une longue conféren-'e avec le roi tie Pru-^v et hier j'en ai encon» eu une autre avi'C ee nnnnnjuc sur le ciiainp de liataille ■ Har-vur-Anhe). et dans une conférence qui a eu lieu chez le prince île S<'liwarzenl>erg. je n'ai cessé do Voler |xjur rarnii^tici- et d'autant plu^ ifue celui, iiue l'empereur Napul«h)n a fait prO[M)«<'r, m'a paru ai-ccptahle pour la ligne «le démarcation .• l'exception d»' qui'lqui»»» points que l'on ne peut pa»; lui accorder. >»
«' L'empi'P'ur Alexandre, ajoute le ;:éniTal lleilniann, l'nvoya un do srs aide> dt' camp a Wrëde aiin de connaître l«>s mulif:f pour le>qu-ls le général liavarois rei-onimandait si chaudement l'aeci'ptation d'un armistice. « J'ui M ri'iHindu, écrit NVrède. an roi le 5 mars que >i l'on \oulait fiue les troupes " ^e hattis<«'nt tous les jours et qu»* ce fut («iV) toujours h's mêmes corps qui •• du>vnt être san< ce^M; aux mains avec l'^'iinemi. il fallait au moins avoir du •■ pain et de la viande a donner aux soldats et de l'avoine aux chevaux. »
- Stàkk^:, Kintliciluni: undTageshe<:elienheitcu der Haupt-Anuec iui Monate Fclruar. (A'. A'. Kriryt Arckiv., Il, 1.)
— iH —
:27 cl 28. Le 27, on fait donner deux des corps de celle armée qu'on immobilise le lendemain, au moment où Ton engage h leur gauche les deux autres corps. 11 semble 4 ependanl qu'un mouvement d'une partie du V« corps vers sa gauche dans la direction de Champignol et l'envoi de quelques régiments de cavalerie austrobavaroise du côté de Vitry-le-Crois6, auraient suffi pour faciliter considérablement l'action de l'aile gauche de la grande armée et pour aggraver la situation déjà difficile de Macdonald.
Quatrième séance du Congrès de Chfttillon. — Pendant que l'aile droite de la grande armée laissait Oudinot se replier à son aise sur Vendeuvre, que Macdonald soutenait, d'après l'expression môme de Clausevvitz, le combat indécis de La Ferté-sur- Aube, les plénipotentiaires réunis à Châtillon y tenaient, comme nous l'avons dit au chapitre XIV, la quatrième séance du Congr(\s. Réclamant à Caulaincourt une réponse i|ue celui-ci ne pouvait leur donner puisqu'il n'avait pas encore reçu le contre-projet de l'Empereur, ils lui signifiaient enfin qu'ils lui accordaient comme dernier terme pour la remise des propositions définitives du gouvernement français, un délai courant jusqu'au 10 mars et à l'expiration duquel les Alliés seraient obligés, quoique ii regret, de remettre la décision au sort des armes ' .
Lettre de l'empereur d'Autriche à Napoléon. — Au même moment, l'empereur François répondait à la lettre, que Napoléon lui avait écrite de Nogenl, en des ternies qui devaient enlever à l'Empereur tout espoir de parvenir désormais à détacher l'Autriche de la Coalition. L'empereur d'Autriche déclarait que la paix ne pouvait être que générale; que la France devait se résigner à rentrer dans ses anciennes limites et accepter les conditions posées par les plénipotentiaires à ChAlillon. L'Angleterre, diaprés l'empereur François, toute disposée à rendre à la France ses colonies, songeait tellement peu à se réserver renq)ire absolu des mers qu'elle voulait donner à la Hollande, avec le prince d'Orange pour roi, une puissance et une force que celte nation n'avait jamais eues. Elle tenait par-dessus tout à ce que, dans le cas où le futur roi de Hollande épouserait la princesse de Galles,
* Confêreuces de CliâtiUoii ; protocole de lu séance du S8 février.
les deux couronnes d'Angleterre et de Hollande ne fussent jamais réunies sur la même tête. L'empereur François ajoutait, afin de désillusionner plus complètement Napoléon : u L'expérience des siècles a prouvé combien chez les puissances les rapports de famille sont subordonnés aux grands intérêts des États. Votre iMajeslé devrait trop connaître ma marche politique pour ne pas être convaincu(î que jamais elle ne sera subordonnée à aucune impulsion étrangère aux intérêts de mes peuples, » Il terminait enlin en parlant de la mise en demeure péremptoire que d'un commun accord les plénipotentiaires des puissances coalisées allaient adresser le jour même h Caulaincourt h ChAtillon. La journée du lendemain et les engagements nouveaux, auxquels les souverains allaient souscrire, devaient dissiper plus complètement encore les dernières espérances que l'Empereur avait pu baser sur les dispositions pacifiques de son beau-père.
l«r m^rg 1314 ^ Traité de Chaumont. — Le i^^ mars, Metternich, Nesselrode, lord Casllereagh et Hardenberg signaient en etlet, au quartier général des souverains îi Chaumont, uu traité qui liait plus étroitement encore les puissances coalisées. (iKuviv. du parti de la guerre, ce traité, dans l'esprit de ses promoteurs, devait substituer une direction unique aux tendances divergentes et aux ditlérences d'opinion auxquelles on attribuait les insuccès, les lenteurs des opérations et surtout les difficultés intérieures ([ui avaient contrarié les progrès de la coalition. Par ce traité dont la «lurée était fixée à 20 ans, mais qui pouvait être prolongé si les puissances en n^connaissaient la nécessité trois ans avant son expiration, l'Angleterre, la Russie, la Prusse et l'Au- Iriche s'engageaient, dans le cas où la France refuserait d'accéder aux propositions des Alliés, à concentrer leurs efforts et leurs n's>oun.'es et à continuer la guerre, jusqu'à la signature d'une paix générale qui garantirait l'inviolabilité des droits des nations et rindépendance des Étals. Chacune des quatre puissances se déclarait pi'éle îi mettre sur pied, à tout instant, sans compriMulre dans ce chifire les troupes des garnisons, une armée de 150,000 hommes destinée à 0|)érer contre l'ennemi commun. Les puissances s'interdisaient formellement toute négociation particulière. La paix, uut» suspension d'armes même, ne pouvaient ctn^ consenties que d'un commun accord. L'Angleterre prenait
sur elle le payement d'un subside annuel de 5 millions de livres sterlings que les trois puissances continentales se partageraient par parties égales. Dans le cas d'une attaque dirigée contre une quelconque des pariies contractantes, chacune des autres puissances devait, dans le délai de deux mois fournir une armée de 60,000 hommes, composée de 50,000 fantassins et de 10,000 chevaux.
L'Angleterre prenait l'engagement de compléter le contingent qu'elle avait à fournir à l'aide de troupes étrangères et de payer h cet effet 20 livres par tantassin et 30 par cavalier. Les articles secrets qui complétaient ce traité avaient trait au rétablissemen de la Confédération germanique, à la reconnaissance de l'indépendance de la Suisse et h des dispositions spéciales concernant l'Italie, l'Espagne et la Hollande. Knfin, les puissances rt\servalent au Portugal, h l'Espagne, à la Sui>de et au prince d'Orange la faculté d'adhérer à l'alliance établie par le traité de Chaumont*.
Ce traité, l'un des actes politiques les plus importants de la première partie de ce siècle, ce traité qui devait dans l'esprit de ses rédacteurs, protéger les vieilles monarchies, non seulement contre Napoléon, mais surtout contre les principes proclamés par la Révolution française, ce traité qui jetait les premières bases de la restauration des Bourbons et du rétablissement en France de l'ancien ordre de choses, n'exerra cependant aucune influence sur les opérations militaires de la grande armée.
Reconnaissance et combat de cavalerie de Vendeuvre.
— Si l'on en excepte la reconnaissance que Frimont allait entreprendre avec la cavalerie des V« et VI® corps et leurs batteries à cheval, les corps de Wrède et de Willgenstein ne bougèrent pas
> D'après Bernhardi, le traité de Chaumont aurait été discut# par lord Cslstlcrragh, Nesseli-ode et Metteruich pendant une partie de whist et signé à la Un de cette partie.
(l'est à tort, croyons-nous, qu'on a cherché à étahlir une conncxiié entre le traité d«' Ctiauinont et le décret du 5 mars de Fisuies, appelant les populations aux armes. L'fclmpercur ne connut que plus tard l'existence du traité, et par le décret de Fismes il voulait uniquement se faire une arme du désespoir et de la rage de populations exaspérées par les violences et les brutalités des soldats de la Coalition.
W«il.— 111. 8
— iU -
plus le de*' mars que le 28 février. Wrode et RadelAky avaient tous deux proposé au généralissime de pousser l'aile droite do la grande armée sur Troyes ; mais aucun d'eux n'était parvenu à le décider h ce mouvement aussi rationnel que peu dangereux. Pendant que Frimont à la tête de la cavalerie du V® corps, soutenue par deux batteries h cheval, allait déboucher de front par la vieille route de Troyes, de Spoy sur Magny-Fouchard et Vendeuvre, Pahlen venant de Dienville par Amance, Vauchonvilliers et Le Val-Suzenay, devait déborder la gauche de la position des Français, avec les hussards de Grodno, de Soumy, d'Olviopol et de Lubny, la division de cuirassiers de Kretoff, les régiments cosaques Ilowaïsky XII, Rebrikoff et WlassofF et une batterie h cheval.
A 5 heures du matin, le général Frimont massait sa cavalerie sur les hauteurs de la rive gauche de TAube, près de Spoy. Il laissait j^ux environs de ce village le général von Geramb, avec deux bataillons de Szekler, un bataillon de chasseurs et un escadron de uhlans pour surveiller le détilé de Spoy, maintenir les communications avec Bar-sur-Aube et se relier h gauche avec le prince royal de Wurtemberg. A 10 h. 1/4, Frimont arrivait avec toute sa cavalerie sur les collines à Test de Magny-Fouchard, sans avoir été découvert par Jes avant-postes français établis à l'embranchement des deux roules menant à l'Aube. Il communiquait déjà k sa droite avec la brigade du colonel Teslofl' (régiments de Mourom et de Tchernigoff, deux escadrons de hussards de Loubny et trois bouches h feu), venue de Dolancourt pour soutenir Pahlen, quand Wiltgenstein l'informa que ce général dont les cosaques avaient poussé vers Le Val-Suzenay, attendait entre La Ville-aux-Bois, Vendeuvre et Vauchonvilliers, ses ordres pour attaquer*.
Tout en cherchant à tenir le plus longtemps possible à Vendeuvre dont les hauteurs lui paraissaient susceptibles d'être défendues, Oudinot avait, dès le malin, fait liler sur Troyes son parc escorté par deux des brigades de Pacthod, auxquelles il
i Wrcdc à SchN\arEenberg, Bar-sur-Aube, 1" mars (K. K. Kriegs Archiv. m, 24), et Frimont a Wrède, Spoy, <«' mars, iO h. 1/4 du malin (/6id., Ili* 94 a).
avait donné l'ordre de prendre position aux environs de La Villeneuve-au-Chéne, derrière la Barse. I^es troupes des jçénéraux. (Chassé et Hottembourg étaient sous les armes li la pointe du jour, et comme le. maréchal entrevoyait la possibilité d'une continuation immédiate de la retraite sur La Villeneuve, il avait prescrit au général Levai de poster de grand matin une de ses brigades et la moitié de son artillerie en arrière de Vendeuvre et de l'y établir de manière à |)rotéger le passage du défilé. Un peu plus tard, dès qu'il eut connaissance des premières manœuvres de la cavalerie russe sur sa gauche, il avait fait revenir sur La Villeneuve-au-Chène, derrière la Bîirse, la brigade Chassé qu'il chargea d'arrêter les Russes dans le cas où ils chercheraient à déboucher par le chemin venant de Piney.
Sur ces entrefaites, Frimonl poussant en avant les hussards de Szekler, suivis de près par le gros de sa cavalerie, chassait de Magny-Fouchard les 300 chevaux que les Français y avaient laissés et les menait jusqu'à deux kilomètres environ de Vendeuvre. Le général Gérard, avec la cavalerie de Saint-Germain, le â»* cor|)s et la division Levai, venait précisément de reprendre les positions quittées par Rottembourg et Chassé, dont les troupes, sur Tordre d'Oudinol, s'échelonnaient de Vendeuvre à La Villeneuve-au-Chône. Recueillant sa cavalerie rejetée par les hussards autrichiens, il accueille les régiments de Frimont par une salve de ses dix-huit bouches à feu et fait occuper par son infanterie les bois voisins de Vendeuvre. Frimont ne voulant pas s'engager avant l'entrée en ligne de Pahlen, ramène sa cavalerie en arrière des crêtes, hors de portée du canon de Gérard, fait avancer ses pièces et engage pendant une heure une canonnade assez vive.
A midi, Pahlen, qui a laissé son infanterie h Vauchonvilliers, parait sur les derrières et sur la gauche de la position française* Passant par Le Val-Su/enay, il contourne de loin Vendeuvre, se dirigeant sur La Villeneuve-au-Chène et Mesnil-Saint-Père. Gérard, menacé dès lors sur sa giuiche et ses derrières par Pahlen, sur sa droite par une troupe de cavalerie qui s'est montrée en avant de Beurey, sur son front par Frimont, craignant, en outre, d'être prévenu par la cavalerie alliée h La Villeneuve, se replie en bon ordre par la route de Lusigny.
Oudinot continue sa retraite surïroyes; Gérard s'arrête sur la rive gauche de la Barse, et son arrière-garde passe la nuit aux abords du pont du Ménillot *.
Le !2« corps devait venir s'établir le lendemain au pont de La Guillotière, où llottembourg et la cavalerie de Saint-Germain avaient fait halte sur Tordre du duc de Reggio, pendant que le reste du 7« corps marchait jusqu'à Troyes. La division Levai avait ordre d'aller à Pont-Hubert; la brigade Chassé, de rester en réserve au faubourg Saint-Jacques; enfin, deux des brigades de Pacthod continuaient à être chargées d'escorter les parcs en arrière de Troyes sur la route de Paris, pendant que la troisième brigade de cette division se porterait le plus rapidement possible sur Méry et y garderait le pont. Les dragons de Trelliard surveillaient les routes de Brienne et d'Arcis.
La cavalerie de Pahlen s'était pendant ce temps établie k Mesnil-Saint-Pêre où son avant-garde passa la nuit. Les avantpostes du général Spleny (hussards de Szekler) avaient dépassé La Villeneuve-au-Chône et se reliaient h leur droite, avec ceux de Pahlen. Les dragons de Knesevich et sept bataillons russes occupaient Vendeuvre. Les brigades de cavalerie bavaroise Viercgg et Diez et les hussards autrichiens Archiduc-Joseph campaient en arrière de Vendeuvre. Les uhlans de Schwarzenberg et trois baiaillons autrichiens restaient en réserve à Spoy ^
Position de Hacdonald autour de Bar-sur-Seine. —
Parti k minuit de ses positions de Fontette et de Saint-Usage, et passant par Loches, Landreville et Celles, Macdonald avait ramené, le l*^*" mars au matin, son corps à Bar-sur-Seine. La présence de troupes alliées dans tous les villages situés entre Fontette et Vendeuvre et l'impossibilité de connnuniquer avec Oudinot, dont le mouvement sur Bar-sur-Aube et sur la rive droite de cette rivière l'avait d'abord décidé à s'exposer en pointe à La Ferlé, puis a marcher le 28 dans la direction de Clairvaux et de Vitry-
1 SrÀHiie, Ëintliciluiig uud Tagcsbogebonhcitcn der Haupt Armée im Mouate Miirz 1814. {K. K. Krieys Archiv,, [\i, 1.)
' Friinoiit a Wrède, Veudeuvre, i^' uiars, 9 heures du soir {K, K. Krieys ArdUv,, m, 24 e), et Taxh, Tagelmch {Ibid., XUI, 32).
le-Croisé, Tavaienl d('^tormin('î ;i rononror ;\ la marrho de flanc dani^ereuso à laqnollo il avait songé un moment dans l'espoir de parvenir encore h opérer une jonction plus que problématique îi Vendeuvre.
Ignorant la position exacte d'Oudinot, ne sachant pas s'il tenait encore h Vendeuvre, on s'il s'était déj?i replié sur le pont de La GuillotitTC. ne voulant pas s'exposer il être poussé par les Alliés entre la Seine et la Rarse et n'ayant pas assez de monde pour p;arnir les hauteurs qui dominent Bar-sur Seine, cherchant de plus h interdire aux Alliés la chaussée de ChAlillon h Troyes, (|ui aurait permis au prince royal d'arriver sans ol)sta<'les à Troyes par la rive gauche de la Seine, le duc de Tarente avait rappelé la division Amey et les 500 chevaux <lu Vy corps de cavalerie aux Maisons-Blanches.
Le l**"" mars, à 11 heures du matin, son corps était échelonné sur la rive gauche de la Seine, sa gauche à Saint-Parres-les- Vaudes, sa droite h Villeneuve, en face de Merrev et ii 1500 métrès en amont de Bar-surSeine, gardant les gués de la Seine et le pont de la Papeterie.
Le maréchal se trouvait désormais il hauteur d'Oudinot fi Vendeuvre ; il pouvait, de plus, après avoir retardé la marche des Alliés et contrarié leurs entreprises sur Bar-sur-Seine, apW*s avoir défendu cette ville, se retirer sur Les Maisons-Blanches et v tenir bon si le duc de Reggio était de son côté contraint ;\ se» replier sur le pont de La (luillotière.
Marche du III* corps. — Le III« corps, quittant le i^"" mars au malin les positions de Silvarouvre, de La Ferlé-sur-Aube el d'Autricourt où il avait passé la nuit, était arrivé h 10 heures du matin h Fontette, évîicuc pendant la nuit par l'arrière-garde française.
Le contact avec le 1i« corps était perdu et Gyulay, n'ayant pu parvenir à découvrir la direction prise par Macdonald, prescrivit à Crenneville de se porter d'Autricourt sur Mussy-sur- Seine, pour le cas où le duc de Tarente aurait détaché du monde du côté de ChiUillon, pendant que lui-même continuerait sa marche vers Ville- sur- Arce avec ses deux autres divisions. Quelques heures plus tard, dans le courant de l'après-midi, le prince royal de Wurtemberg sachant, gr«1ce aux pièces inter-
coptéos par les cosaques de Seslavin*, que Macdonald s'était retiré sur Bar-sur-Seine, mandait h Gyulay de prendre k gauche par Loches et Celles, pour s'établir au nord de Polisy, îi la croisée des routes d'Essoyes à Bar et de Chiltillon à Bar, pendant que Crenneville viendrait h Gyé-sur-Seine.
Retardé par ces changements de direction et plus encore par les chemins ])resque impraticables qu*il avait dû suivre, le III« corps ne parvint pas à dépasser Essoyes. Loches et Landreville ; son avant-garde seule atteignit Celles et Morres où elle se hâta de rétablir les ponts de l'Ource détruits par les Français. La brigade Pfliiger occupa à droite Ville-sur-Arce. Seslavin et
* Ordres du maréchal Macdonald. (K. K. Krirgs Archiv., III, ad 26.)
« Fontette, le 28 février 1814, 6 heures du soir.
M Mon jfénéral, S. E. Monsieur le duc de Tareutc me charge d'avoir l'honneur de vous écrire que vous devez partir de voire position au reçu de cette lettre et vous entendre pour la marche avec M. le comte Milliaud pour tous rendre à Kssoyes. Son Excellence pense que vous ne devez pas hésiter à prendre la route d'en has, si elle est aussi honno pour l'artillerie que celle que vous avez suivie pour vous rendre à La Ferté, afin d'éviter une marche de liane devant l'ennemi et le défilé du village des Fosses.
M Si la division de cavalerie était partie avec l'infanterie pour se rendre, c:)mme le maréch.il l'a ordonné, à Fontette» il serait inutile de rappeler ces troupes pour leur faire suivre votre mouvement. Si elles arrivent ici, le maréchal leur donnera des ordres.
M Aussitôt que vous aurez lu celte lettre. Son Excellence désire que vous lui écriviez par le retour de l'officier qui vous la porte, pour lui faire connaître :
« 1® A quelle heure vous commencerez votre mouvement ;
'< 2° La route que vous aurez décidé de suivre ;
M 3<^ FInfin, à quelle heure vous présumez être arrivé demain à Essoyes.
« Comme il est essentiel que l'ennemi ne s'aperçoive pas de votre retraite, vous la ferez sans bruit, ayant bien soin de faire garnir les feux de bivouac avant votre départ et surtout qu'on ne brûle pas les abris ou les baraques, et si, comme le maréchal le présume, vous étos toujours maître du pont, vou.s le ferez barricader et y laisserez une arrir*re-garde que fournira le général Milhaud. Son Excellence vous prie de ne point tarder à faire le rapport qu'RUe tous demande et à lui donner les rens(*ignenients dont Elle a besoin pour ordonner les mouvements ultérieurs de l'ariiiée.
M Agréez, mon général, l'honneur de mon respect.
« Le général, chef de rétat-major général, baron Grunolef.. »
Cette dépêche, intorceplée par les cosaques de Seslavin et adressée au jj^énéral Brayer, fut reniiso à Toll à Champignol, le !«' mars à fi heures du matin et envoyée par lui séance lenante à Wolkon^ky (Kapporl du Toll, Jmtrual (les pièce» rrçiieff n« IVJ'i), Toll se trouvait inumentanéinent aupréx du prince royal de Wurtemberg.
Crennevillo arriv^Vent jusqu'h Gyé. Un parti de rosaques envoy(!^ aux Ricevs n\ avait trouvé aucune trace de l'ennemi *.
Mouvements du IV* corps. — Dt'^s qu'il avait connu la direction prise par Macdonald, le prince royal de Wurtemberg, venu de Clianï|)ignol h Saint-Usafije de bon matin, avait envoyé toute son infanl<»rie ave(î deux régiments de cavalerie sur Ruxières par Vitry-le-Ooisé. Avec le reste de sa cavalerie, le prince s'était porté sur Fontetle pour y opér(»r sa jonction avec le III* corps. Il avait h ce moment Tinlention de déloger hî jour même Macdonald de Bar-sur-Seine. Mais le retard éprouvé par le III<» corps, l'obligea îi renoncer h ce projet et h arrêter ;i Ville-sur-Arce son infanterie, qui détacha quelques troupes légères h Merrey. La cavalerie resta h Buxiéres, cherchant il se relier h droile avec celle de FrimontV
A l'extrême gauche, la marche de Maurice Liechtenstein surlssur-Tille et Dijon avait permis îi Allix de réoccuper Auxerre et de se diriger le !«'' mars au matin par Noyers sur Montbard*.
Tout en reconnaissant que Pahlen et Frimont ont rempli avec intelligence et avec habileté la mission, d'ailleurs aisée, qui leur était confiée, on ne peut se défendre d'un étonnement bien naturel en constatant une fois de plus la prédilection de l'étatmajor allié pour ce genre d'opérations. On s'était évidemment, celle fois, proposé un double but : empêcher Oudinot, qui y songeait ïiussi peu qu'il était en l'état de le faire, d'envoyer des renforts à Macdonald, et faciliter le mouvement du prince royal sur Bar-sur-Seine. Mtiis au lieu de «lonner deux jours consécutifs de repos aux V® et VI« corps, il eût été bien plus simple et bien plus utile de porter tout le monde en avant sur Troyes. On aurait hî\té la solution et peut-être môme débusqué les Français de Troyes avant l'arrivée de Macdonald.
D'autre part, la cavalerie du prince royal paraît s'être acquittée
i Starke. Eintheilnnjyr und Tagesl>egebenheiten der Haupt-Armee im Monate Mârz (K. K. Krieg$ Archiv., 111, 1), et Gyulay a Schwarzeiiberg, Bar-sur-Seine, 4 mars(/6iV2., 1(1, 111).
' Prince royal de Wurtemberg à Schwarzenberg, 4 mars. {K. K, Kriegs Archir., 111, 26.)
' Allix au Ministre de la guerre, Auxerre, 1" mars, 5 heures du matin. (Arehivei de la gtierre.)
de son sctoco le plus essentiel, «ivec une telle mollesse, avec une telle nrglig(înce que Macdonald, presque entourf'» de toutes parts par le IV® corps et justement préoccupe^ du sort de Brayer et de Milhaud. parvint néanmoins, apn'^s avoir attendu la rentrée de ces généraux, îI quitter les positions que pendant la journée celte cavalerie avait inquiétées et même débordées sur son flanc gauche. Macdonald réussit h décamper sans qu'on se fftt aperçu do son départ, sans qu'on eût pu relever la direction suivie par son corps, le rejoindre et le harceler. Une fois de plus, c'étaient le hasard seul et les cosaques qui allaient faire retrouver ses traces. L'inaclion de la grande armée depuis Bar-sur-Aube était d'autant plus inexplicable qu'on savait ?i quoi s'en tenir sur les forces réelles des maréchaux et que la signature du traité de Chaumont, intervenue vingl-qualre heures après la (jualrième séance du congres de ChîUillon, aurait dû provoquer une reprise immédiate et vigoureuse des opérations offensives.
2 mars 1814. — Ordres de Schwarzenberg pour le 2 mars.
— Les renseignements reçus dans le courant de; la journée du !•»■ mars à Coloml)eyles-Deux-ftglises et envoyés de Chrtlons et de Yitry par Tettenborn, Benkendorff et Sainl-Priest, avaient pleinement corroboré le dire des prisonniers faits fi Bar-sur- Aube et confirmé la nouvelle de la marcht? du gros de l'armée française et de l'Empereur vers la Marne par Arcis et Sézanne. On savait également que Tarmée de Silésie, informée de ce mouvement par ses partisans, se dirigeait de la Marne vers l'Aisne. En raison des progrès faits par la grande armée du cOté de Vendeuvre et de Bar-sur-Seine, Schwar/rnberg s'était décidé à continuer le mouvement off'ensif contre Troyes et vers la Seine, commencé trois jours auparavant. Après avoir fait part des derniers événements îi Bianchi et au prince héritier de Hesse-Hombourg, qui devaient prendre Toftensive sur la Saône \ après avoir recommandé à Aloïs Liechtenstein et h Wimpffen de maintenir le blocus de Besançon et d'Auxonne, il renouvela aux III'' et IV* corps l'ordre de s'emparer de Bar-sur-Seine *, de se
1 Schwarzenberg à Bianchi et aux commandants des corps dètarhc's, Coloml)py, i*'^ mare. (A'. A'. Kriegit Arehir., ill, i.)
* Prime de >cliwarzenberg au prince royal de Wurtemberg, Colombey 1" man. (Ibid,, IH, 5.)
relier vers La Villeneuve avec le V« corps et de pousser de \h sur Troyes, en pnHeuant le prince royal de Wurlemberg que le prince Maurice Liechtenstein, en marche sur Dijon, élail chargea de faire communiquer la gauche de la grande armée avec le sud de la France. Wrède massera son corps autour de Vendeuvre, poussera au delà de Montiéramey son avant-garde, en combinera la marche avec celle de Pahlen, qui prenant h droite parGéraudot, cherchera à gagner les hauteurs de Bouranlon et de Lauhressel et à s'approcher de Troyes, de façon h tourner la position de La Guillotière. Wittgenslein a ordre de venir de Dienville îi Pincy avec le VI^ corps, d'atteindre les hauteurs d(» Sacey et de Rouilly et d'envoyer vers Lesmont et Arcis des partis qui resteront dans ces parages jusqu'à l'arrivée de Platoft \ désigné définitivement pour couvrir la droite de l'armée.
Le généralissime, comme il l'écrit au prince Wolkonsky *, pense qu'il serait mauvais de modifier les ordres donnés à Platoft et que la gauche de l'armée, la moins menacée d'ailleurs, est suflisamment couverte par les partisans du général Seslavin. Il a, d'ailleurs, soin de pourvoir l'ataman d'instructions précises et détaillées qui déterminent bien nettement le rôle que lui et ses cosaques seront appelés à jouer '. « Il est, lui écrit-il, plus indispensable que jamais de rester en communication avec le feldmaréchal Blûcher. Vous irez donc à Bar-sur-Aube et vous vous avancerez, pour peu que la chose soit seulement possible, jusqu'à Sézanne. En envoyant continuellement des partis entre la Seine et la Marne, vous chercherez de Sézanne à découvrir et à suivre les mouvements de l'ennemi et ceux du feld-maréchal Blûcher. Vous me ferez part le plus fréquemment possible des renseignements que vous aurez réussi à vous procurer. Le général comte de Saint-Priest est à Vilry-sur-Marne, le général lagofl" à Joinville.
a Os deux généraux ont été chargés par Blûcher de couvrir sa gauche, ce qui me porte à penser que le feld-maréchal a dû se diriger sur Meaux. »
1 Prince do Schwarzonlierg à Wrède et à Wittgonstein, Colomboy, l**" mars. (K. K. Krieg* Archir,, III, ad 5.)
« Prince de Schwarzenberg aa prince Wolkonskv, Coloinb'»v, l"" mars (Jbid., III. 13.)
* Prince de Schwarzenberg à l'ataman comte Plaloff, Colombev, l*' mars. (/6id.. III, 9).
Quand il croit avoir de la sorte relie les armées alliées depuis .'Aisne jusqu'à la Saône, le généralissime, décidé h donner une impulsion vigoureuse h Toffensive de la grande armée, mais seulement apr^s l'entrée en ligne des renforts attendus par le prince héritier de Hesse-Hombourg, a|)rès la retraite d'Augereau, apn\s la prise ou l'occupation de Lyon *, adresse h Blûcher une lettre* dans laquelle il expose à la fois sa situation, ses projets et ses idées. La teneur de cette dépêche ne laisse plus aucun doute sur la lenteur méthodique avec laquelle il continuera îl opérer et sur l'époque relativement éloignée à partir de laquelle il compte dessiner réellement son mouvement en avant.
Si le généralissime y émettait la crainte de voir l'Empereur rejoindre et peut-être même prévenir Bliicher, s'il subordonnait l'oftensive de son armée îi la tournure des affaires dans le Midi, il se gardait bien de parler au fcld-maréchal de ses opérations projetées contre Troyes, et surtout de ce qu'il comptait faire pendant les jours qui suivront son entrée dans cette ville. Comme le dit le Journal des opératiom de la grande année, l'offensive ne paraissait possible qu'après que l'armée de réserve aurait chassé Augereau de la vallée de la Saône.
Reprise de Bar-sur-Seine par les Alliés. — A l'aile gauche de la grande armée, le prince royal de Wurtemberg, chargé d'enlever Bar-sur-Seine, avait décidé que l'attaque de celte petite» ville aurait lieu îl midi sc^ulement. Bien qu'il sût depuis la veille au soir que les Français avaient laissé fort peu de monde à Bar et que le faible corps du maréchal Macdonald s'était écheloîmé *^n face des positions des III« et IV' corps sur la rive gauche de la Seine, bien qu'un retour ofîensif des Français et qu'une défense pied à pied des passages de la Seine fussent des plus improbables, le prince avait hésité à déboucher sur la rive gauche avant de savoir si Vendeuvre était occupé par l'aile droite de la grande armée. Les positions occupées par ses troupes, les mouvements qu'il allait faire exécuter à une partie du IIP corps
' Stahke, Kintheilung und Tagesbegebcnhoiten der Haiipt-Armoc im Monate Miirz. (A'. A'. Krieijt Arehiv., III, 1.)
' Prinre d<' Schwarzenherg au fcld- maréchal BliJclxT. Colombey, f mars (Ibid., UI, 10.)
ne lui laissaiont, d'ailleurs, pas la possibilité^ de commencer une attaque {^(^nérale dans les premii'^res heures de la matinée. Quant au IV« corps, il ne devait agir contre la gauche des Français et contre Bar qu'au moment où Gyulay, avec la plus grande partie (lu III® corps, dél)oucherail contre leur droite et où une de ses divisions chercherait ;*i la déborder.
Mais pendant que les III* et IV* corps exécutaient ces mouvements à grande envergure, les nouvelles d'Oudinot, qui pressait Macdonald de revenir au plus vite h Troyes pour y prendre les mesures exigées par la gnivité des circonstances, avaient décidé le duc de Tarente ù prescrire au général Sorbier de faire fder sous escorte le parc de l'armée sur Nogent, et h Sébastian! d'y diriger le quartier général administratif. Bien qu'il fût malade et à peine transportable, le maréchal quittait lui-même Saint- Parres-les-Vaudes h il heures du matin, pour se rendre à Troyes. Il avait préalablement donné à ses troupes l'ordre de se replier successivement sur Les Maisons-Blanches.
Dès les premières heures de la matinée, le feldzeugmeisler Gvulav avait commencé son mouvement sur deux colonnes. L'une, la plus forte, <»omposée des divisions Crenneville et Fresnel, passant à Celles le pont de l'Ource, réparé pendant la nuit, s'avança contre le pont de la Papeterie de Villeneuve, que Braver avait fait barricader et garder par quelques troupes, pendant (jue la deuxième colonne, celle de gauche, flanquée par les cosaques de Seslavin du côté de CliAtilIon-sur-Seine devait, en passant sur la rive gauche à Gyé-sur-Seine, prendre î\ revers et faire tomber les défenses de Bar, en débouchant par Polisy et Polisot, et faciliter le passage de la colonne principale.
Un peu après 10 heures du matin, la première de ces deux colonnes, après avoir canonné pendant quelque temps des hauteurs de Merrey le pont de la Papeterie et démoli les barricades avec son canon, passa sans peine sur la rive gauche et obligea les avant-posfes de Brayer ;\ se replier sous la protection de Fartillerie de cette division, d'abord sur les hauteurs qui dominent de ce côté Bar-sur-Seine, puis fi l'intérieur de la ville, dont Brayer barricada les portes. Mais en présence de la supériorité numérique des troupes du III« corps et des ordres que le maréchal venait de lui envoyer, Brayer n'attendit pas l'attaque des Autrichiens. Se repliant lentement et en bon ordre par la grande
route do Troyes, il fil prendre position pros de Virey-sous-Bar à son arrière-garde (quatre bataillons, avec quelque cavalerie).
A il heures, au moment où les deux divisions de Gyulay passaient le pont de Villeneuve, le prince royal de Wurtemberg avait de son côté amené Ffirtillerie du IV® corps sur les hauUîurs en avant de Ville-sur-Arce, et poussé son infanlerie sur Bar-sur- Seine, où elle entra sans tirer un coup de fusil, en nic^me temps que les Autrichiens.
La deuxième colonne du III^^ corps (division Weiss), obligée de passer la Seine h Gyé et de faire de longs détours par do mauvais chemins de traverse, n'arriva à Bar que longtemps a|>r<>s l'occupation de cette ville par les autres troupes \
Dès que quelques bataillons du IIP corps et la cavalerie légère du IV® eurent débouché de Bar-sur-Seine, le prince royal, poussant avec une partie de son corps par la rive droite jusqu'il Conrtenot, lit poursuivre l'arrière-garde française. Après une courte escarmouche avec les hussards autrichiens aux environs de Virey, celle-ci continua sa retraite par échelons et s'établit sur la rive gauche de la Sarce. Le combat se borna dès lors à un échange insignifiant de coups de canon. La cavalerie de IVlilbaud resta au repos î\ Rumilly-Ies-Vaudes, Fouchères et Vaux, prêle ;\ se porter au secours de l'arrière-garde dans le cas où les troupes du prince royal auraient cherché à rinfpiiéler et à forcer le passage de la Sarce*.
« J'aurais voulu, dit le prince royal arrivé à 3 heures ;\ Courtenol. pousser encore aujourd'hui mon avant-garde jusque vers Les Maisons-Blanches, mais je ne l'ai pas fait, parce que j'étais absolument sans nouvelles des V® et Vi® corps. »
Il se borna par suite h diriger sur Vendeuvre par Magnant et Beurey. le général lelt, avec deux régiujents de cavalerie (|ui se relièrent vers le soir avec la gauche de Wrède, tandis que la cavalerie légère de Crenneville, partie de Bar au moment où
1 STÂRKR.Eintlieilnng und Tagesbegchenheiton der Haupt-Armeo im Monate Marz {K. K. Krùgi Archic, lil, 1) ; (jyulay à Scliwarzeiiberij, Bar sur-Soine, 4 mars iïbid., 111. 108) ; S<;hwarz«'nberg, Rapport journalier h l'empereur d'Autriche en date du 0 mars (Ihid., 111. iH), et prince royal de Wurtemberg à S4*h\\arzenberg, Courtenot, 2 mars, .3 heures après-midi {Ihid., Ill, liti),
' Taxis, Tagebuch (A'. A', A'riVtM Anrhh., XI 11, 32), et prince royal de Wurtemberg à Sohwarzenberg {Ihid., 111, 35).
ravanl-garde du Ill« corps s'était portée sur Virt7, éclairait sa gaucho dans la direction de Chaourcc.
Seslavin qui avait pris, pendant la journée du i, le chemin de Tonnerre avec Tordre de couper de ce côté les communications des Français avec le midi de la France, avait fait savoir au prince avant de quitter les environs de ChAtillon, qu'il n*avait trouvé dans ces parages aucune trace du passage ou de la présence des troupes françaises.
Enlin, dans le courant de l'aprés-midi, le prince royal avait reçu du quartier général Tordre de se diriger, avec ses deux corps, sur Chaource. Mais, tant en raison de Thcure avancée de la journée que des positions qu'il occupait, il se trouvait dans l'impossibilité de commencer ce mouvement immédiatement, et, de plus, il croyait imprudent d'abandonner Bar-sur-Seine avant qu'un autre corps de troupes alliées eiU pris pied sur la rive gauche de la Seine. Il cantonna donc les troupes du IV« corps aux environs de Bar sur la rive droite, celles du IH* sur la rive gauche, entre Bar et Gyé, et maintint les avant-gardes seules à Courtenot et à Virey *.
Un passage de rivière est en tout état de cause une opération délicate et de nature h inspirer de sérieuses préoccupations à un général. On comprend donc que, tout en ayant affaire à un adversaire que son infériorité numérique mettait hors d'état de résister sérieusement à ses deux corps, le prince royal, pour éviter des pertes inutiles, ail cherché à tourner un obstacle qu'il croyait imprudent d'aborder de front. La présence des troupes de Macdonald, échelonnées de Bar à Saint-Parres-les-Vaudes, excluait la possibilité d'un passage en aval de Bar, et le prince, n'ayant pas avec lui d'équipages de pont, était obligé d'exécuter son passage de rivière à Gyé. Mais alors et bien qu'il s'attendit îi voir Gyulay rencontrer une résistance plus sérieuse au pont de la Papeterie, il eût été logique, ou de faire partir de meilleure heure la coloime chargée du mouvement tournant, ou mieux encore de l'établir dès la veille plus h proximité du point choisi pour le passage du fleuve. En raison de la marche qu'elle allait avoir à exécuter dans la matinée du 2, de Tétat des chemins qu'on lui avait attribués, cette
i Prince royal de Wurtemberg à Schwarzeiiberg, Courtenot, 3 oiars, 7 heures soir. {K, K, kriegt Arehiv., Ul, 35.)
colonne était fatalement condamnée par les ordres du prince royal h arriver trop tard et devait forcément se trouver dans l'impossibilité de prendre une part sérieuse et utile aux opérations de la journée. 11 était égalenient illogique de charger une seule division de l'exécution d'un mouvement de la réussite duquel aurait dépendu, dans des circonstances normales, le succès de toute l'aftaire. Il y avait d'autant plus de motifs d'aôccter le I1I« corps tout entier h l'exécution du mouvtmient par Gyé, que les troupes du IV® corps suffisaient amplement, le prince royal n'en pouvait douter, pour s'opposer ii toute tentative offensive, fort improbable, d'ailleurs, des Français. En agissant de la sorte, on n'aurait fait que se conformer aux principes les plus élémentaires qu'on violait inutilement en détachant une seule division. Le rôle essentiel et principal appartenant ici aux troupes qui lournaienl l'obstacle, il importait de les mettre, par leur nombre même, en mesure de tenir tète à un adversaire qui, dans la plupart des cas, ne laissera pas échapper l'occasion de les écraser au moment où (;lles chercheront à prendre pied. Enfin, tout en hésitant h s'engager trop avant sur la rive gauche de la Seine, le prince royal pouvait, sans rien compromettre, prévoir l'éventualité d'une retraite de son adversaire et prendre les mesures nécessaires pour assurer efficacement la poursuite, en tenant la cavalerie du 1V« corps prête à suivre pas à pas l'arrière-garde française dès sa sortie de Bar et à l'empêcher, par suite, de s'établir à Virev et de s'arrêter derrière la Sarce. En somme, les dispositions défectueuses du prince royal, après avoir permis au maréchal de ramener tout son monde de La Ferté îi Bar, lui avaient donné le temps et la {)Ossibilité de se replier sans perte, sans encombre, tranquillement et en bon ordre de Bar sur Sainl- Parres-les-Vaudes et Les Maisons-Blanches. Pour la deuxième fois en moins de trois jours, le prince royal de Wurtemberg avait p(;rdu le contact d'un adversaire de moitié moins nombreux que lui et qui, chaque fois, ne s'était résigné h la continuation de son mouvement rétrograde qu'a{)rès avoir fait tête et s'être engagé assez sérieusement avec les troupes des III" et 1V« corps. On peut toutefois rejirocher au maréchal Macdonald de s'être, comme Oudinot à Dolancourt et à Bar-sur- Aube, contenté de barricader les ponts de la Papeterie et de Bar-sur-Seine, au lieu d'avoir songé à retarder davantage le passage des Alliés sur la rive
guuche (le la Seine en faisant sauter quelques piles de ces ponts et en établissant sur les travées détruites un passage provisoire que les troupes chargées de la défense et de la garde de ces ponts auraient eu le temps de brûler avant de se mettre en retraite.
Houvement des V« et VI^^ corps sur Troyes. ^ Si la position couverte par le cours de la Barse et par des terrains marécageux qu'Oudinot avait fait prendre à ses troupes dans la soirée du !«'' mars, était d'un abord diflicile sur son front et sur sa droite, elle était, au contraire, tW's accessible sur sa gauche, par Laubressel et Mesnil-Sellières, les pentes du plateau du côté de Bourantin et de Villechétif devenant absolument praticables, en été par la sécheresse, en hiver par la geléiî. Un corps débouchant de ce côté pouvait donc prendre à revers le pont de La Guillotien» dont Oudinot, avant même d'avoir reçu les instructions du majorgénéral, avait confié la défense à Gérard, renforcé par la cavalerie de Saint-Germain et par la division Rottembourg, en position à La Folie.
Pendant que la cavalerie de Trelliard débouchait de Ponl- Hubert et allait observer les routes de Briennc et d'Arcis, Spleny avec Tavant-garde du V« corps avait repris son mouvement le 2 au matin et dépassé Lusigny, où les commissaires essayaient vainement de se mettre d'accord sur les bases d'un armistice dont on n'avait jamais sérieusement voulu et dont les Alliés n'avaient désormais plus besoin. Ses avant-postes s'établirent jusque vers la Barse. La division Antoine Hardegg s'installa à Monticramey, et le gros du V« corps se concentra à Vendeuvre, tandis que le VI« corps, plus à droite, passait TAube il Dienville et venait îi Piney. Palilen, posté ii Mesnil-Saint-Père avec l'avantgarde de Wittgenslein, n'avait reçu qu'à 4 heures de l'aprèsmidi les ordres pour la journée du 2 ; il s'étiiit dirigé sur Géraudot et était arrivé h la nuit tombante à Dosches. Un de ses partis, envoyé de Géraudot à Laubressel, y ayant trouvé l'ennemi en force, Pahlen se contenta d'établir la ligne de ses avant-postes à hauteur de Mesnil-Selliéres et d'Assencières*.
* Starke, Eintheilung und TagesbegebenheiteD der iiaupt-Armee im Monate Marz. (K, K. Kriegt Archiv., 111, i.)
Tandis que Schwarzcnberg, confiant à ses lieutenants le soin d'enlever Troyes, se rendait de Bar-sur-Aube h Chauniont pour y soumettre aux. souverains un nouveau plan d'opérations, Macdonald, malade, se faisait transporter h Troyes où le duc de K(îggio avait pris les dernières mesures pour assurer la défense de la ville. Sur son ordre, la division Rotlembourg se cantonnait à Laubressel, se gardant et s'éclairant fortement sur Bouranton, Nuisement et Dosches et se reliant à sa droite par Thennelières avec le 2« corps (Gérard). La cavalerie de Saint-Germain, à l'exception de :200 chevaux envoyés ù Laubressel et de 100 postés au pont de La Guillolière, s'établissait à Thennelières et lUivigny. La brigade Chassé devait être sous les armes à Troyes avant le jour. Une des brigades de la division Duhesme (2® corps) devait remplacer, le 3 avant le lever du soleil au pont de La Guillotière, la brigade Jarry qui irait à Thennelières avec la brigade Belair dès qu'elle aurait été relevée. Au premier coup de canon, le !2« corps et la cavalerie de Saint Germain avaient ordre de quitter les villages qu'ils occupaient et de se diriger sur le pont de La Guillolière. La division Levai restait ii Pont-Hubert *.
Après avoir laissé prendre sans raison à ses avant-gardes une avance par trop considérable, après avoir fait une halte de quarante-huit heures à Bar-sur-Aube et à Dienville, alors qu'un seul jour aurait amplement suffi, la droite de la grande armée alliée allait être obligée à nouveau de forcer ses marches pour arriver le 3 mars devant Troyes. Harassées de fatigue, les troupes des V« et Vl« corps, qu'il eût éié si facile d'amener progressivement
• Parmi les dépiH'hes interceptées par la cavalerie des Alliés, on trouve au K, K. Kriegs ArcUiv.y m, 48. lu pièce suivante qui a dû faire partie des papiers enlevés le lendemain 3 mars, par les cosaques au général Gérard qu'un iiasard providentiel empocha seul de tomber lui-ménie entre leurs mains.
c< Mon général, M. le maréchal, duc de Keggio, a reçu avec la leltru que vous lui avez fait l'honneur de lui écrire, l'ordre qui y était joint. Son Excellence ne peut qu'applaudir aux dispositions que vous avez faites ; mais elle craint cependant qu'ayant ainsi cantonné vos troupes, elles ne se rendent pas assez promptement au poste qui leur est as^igné en cas d'alarme.
u M. le maréchal a eu soin de faire occuper par la division Levai, cnii est étahlie au Pont-Hubert, les dillérents points que vous lui avez indiqués vn avant de cette position. Toute la cavalerie, commandée par le général Trelliard, a été jetée sur la route de Brienne a Arcis, afin d'observer les mouvements de l'ennemi d'aussi près que po5Sible.
u Agréez, mon Kénéral, l'hommage de mon respect,
u Le général, chef de létat-major général du 7° corps, baron Guessot. »
jusqu'à proximilô de Troyes, seront par suite hors d'état d'entrer dans cette ville le lendemain et de tirer parti des avantages remportés en obligeant les maréchaux h une retraite immédiate.
Schwarzenberg, doutant de plus en plus de l'activité de l'alaman, avait encore renouvelé pendant la journée du 2 mars, l'ordre qui dirigeait Platof! sur Arcis-sur-Aube et Sézanne *.
3 mars 1814. — Combat sur la Barse. — Affaires de Laubressel et du pont de La Guillotière. — Le 3 mars au matin, les trois divisions, avec lcs(|uelles Gérard devait défendre Troyes, occupaient en avant de cette vill(î les positions suivantes : la division Duhesme (aile droite) s'appuieàlaBarse.à Ruvigny ; elle garde les fermes de La Folie et de La GrKe et les abords du pont de La riuillotière. La 2* division du 2" corps, commandée intérimairement par le général Jarry, s'étend au centre depuis Courteranges jusqu'à Laubressel, et la division Rottembourg (aile gauche), depuis ce point jusqu'à Villechétif. C'est avec ces troupes et avec la cavalerie de Saint-Germain que Gérard doit tenir tête aux V« et VI® corps. La division Levai et la cavalerie de Valmy, établies dans les faubourgs de Troyes du côté de Pont-Hubert, ne prendront aucune part à la lulle et Oudinot inutilisa ainsi des forces qui auraient permis cependant il (iérard, dont l'effeclif total suffisait à peine pour garnir une ligne de bataille aussi étendue, d'occuper le point important de Bouranton.
D'après les ordres laissés par Schwarzenberg, la grande armée alliée tout entière devait, à 1 heure de l'après-midi, attaquer simultanément Troyes par les routes de Dienville, de Vendeuvrc et de Bar-sur-Seine. Pahlen, avec l'avant-garde du VI® corps, était chargé do déborder la gauche française, de prendre pied sur le plateau de Laubressel, de pousser de là vers Troyes et de couvrir le déploiement, en avant de Mesnil-Sellières, du VI' corps qui se relierait ensuite, par Laubressel, avec la droite des Austro- Bavarois. L'avant-garde de ce corps devait, en prenant à droite de la route de Vendeuvre, se diriger sur Larivour, se relier aux
1 Schwarzenberg à Platoff, Bar-sur-Aobe, 2 mars. (K, K, Kriegt ArcMv., 111, 44.)
WeU.— 111. î>
Russes et se rabattre à gauche sur le pont de La Guilloliei Wrède eonlia l'exécution de ce inouvenuînt à toute sa cavaler à trois l)alaillons autrichiens de la division Antoine llardegg d la division bavaroise du comte Rechborg ; ces troupes, débc chant de Montiéraniey à 10 heures, avaient ordre d'altaciiier 1 i nenii s'il paraissait décidé à résister. Le gros du Y" cor|)S dev rester à Yendeuvre*.
Mais, dès 7 heures du matin, deux bataillons et (piatre esc drons français avaient débouché du pont de La Guillolièrc obligé par leur feu les postes de cavalerie autrichienne à replier au delà de Lusigny, où ils furent recueillis par les troui d'Antoine Hardegg, au moment même où le canon des Russes, faisant entendre sur la gauche des Français, les contraijjçnail quitter Lusigny et à se replier, suivis par les escadrons au! chiens, sur le pont de La Guillotière.
Pahlcîii, parti en effet de Dosches avant le jour, avait eiiv( sur Laubrcbsel son infanterie, les hussards d'Dlviopol et uhlans de Tchougouiefl. Un régiment de cuirassiers servait s cialenient de soutien à quelques pièces d'artillerie à cheval < dirigèrent leur tir contre la droite de la division Kottembou De sa personne, avec le reste de sa cavalerie, dont il dissimul la marche en la tenant derrière les hauteurs, il s'était porté Laubressel sur Bouranton (lue les Français avaient négligé d* cnper. Arrivé à Bouranton*, il avait aussitôt fait filer vers Th nelières, le général Ri'idiger avec les hussards de Grodno, s^ tenus par un régiment de cuirassiers et précédés parles cosaq de Rebrikoil. La pointe de ces cosaques pénétra, sans avoir aperçue, dans Thennelières et arriva jusqu'au |)resbytère, Gérard avait établi son quartier général, (aï général, malade couché sur la paille, éclKqipa par miracle aux cosaiiues, prirent son aide de camp, ses papiers et sa calèche % pendant t le gros des cavaliers de RebrikolV et de Rùdiger, traversaii village, se ))récipitait sur le parc d'arlilh'rie, Patleignait sui
• Stahkk, KintliL'ilung und Tagesbetreheiihcileu der Uauiit-Annee im Mo Mui'Z. (A'. A'. Krkgs Archiv., ill, 1.)
« Wittgeiislein à Schwarzi-iiborg, i»inry, 3 mars. (K, K. Krictjs Arci ill. 56.)
» Taxi>. Tagoburh {Ihid., XIU, IJi), et St'âuke, Eintlit'iluug und Tagt gebeiiticiten dor llaupt-Armcc im Muuale Murz (/6id., 111, !j.
roule de Troyos, culbiilait sa faible escorte cl j(;lail le désordre parmi les conducleurs qui s'enfuirent en abandonnant les pièces et l<;s voilures. L'arrivée de la cavalerie du général Saint-Germain et deux charges faites par ses escadrons obligèrent les cosa(iue8 h se replier sur Bouranton*. Mais ceux-ci avaient enlevé 70 hommes, 40 chevaux, en avaient lue iOO à coups de lance et avaient réussi h mellre la main sur une partie du parc.
Willgenstein venant de Piney avait formé s<;s trois colonnes d'altaque sur les hauteurs de Mesnil-Sellières». A 1 heure, sa colonne de gauche (prince Gortscliakoft) marche de Doschcs sur Laubressel ; le prince Eugène de Wurtemberg (droite et centre du VI' corps) se dirige en même temps de Bouranton sur Thennelières. Il a pour mission de culbuter la gauche des lignes françaises et de leur couper la retraite sur Troyes; mais, comme il en a reçu l'ordre, il attend le canon de Wrède pour lancer ses troupes II l'attaque, tandis que Wrède, qui est arrivé ii Lusigny depuis midi et dont lavant-garde a vainement essayé de passer la Barse à Larivour et à Courteranges, attend de son côté l'entrée en ligne des Russes pour tenter l'attaque de front du pont de La Guillotière.
A 3 heures, l'artillerie bavaroise commence à canonner vivement les positions françaises, et les colonnes russes, précédées par d'épaisses chaînes de tirailleurs, s'ébranlent aussitôt en échelons et par bataillons en masse à distance de déploiement. L'artillerie du VI« corps suit et appuie le mouvement, tandis que la cavalerie reste en soutien, h l'exception de celle de Pahlen, qui se prolonge vers Troyes. La division Rottembourg résiste énergiquement à Laubressel aux eftorts des Russes deGortschakotï, qui parviennent h grand'peine à gravir le coteau couvert de vignes, puis h s'emparer de Laubressel. Ils n'osent toutefois pas en déboucher et descendre dans la plaine, où ils craignent d'être chargés par la cavalerie de Saint-Germain.
Les colonnes du prince Eugène de Wurtemberg s'engagent ii ce moment, et leur arrivée oblige Gérard h envoyer aux divisions
1 Taxis, Tagebuch (K. K. Krie<js Archiv., Xlil, '6i) el Starkg, Eiiitheiiuug und Tagesbegebenheiten der Haupt-Arinee im Monalc Mdrz (IbUl.» 111, 1).
« Wiltgenstein a Scbwarzenberg, Piney, 3 mars {ïbid., ill, 55), et St'àrkb, EiiitheiluDg und Tugesbegebeoheiten der Haapt-Armee im Monate Mârz {Ibid,, 111, 1).
Rotlcmbourg ol Jarry Tordre de se replier sur Saint-Parres-aux- Tertres. La cavalerie du prince Eugène de Wurtemberg, se jetant sur le flanc des troupes françaises, enfonce quelques carrés ; njais la présence de la cavalerie française et le retard que les mauvais chemins par lesquels il a dû passer ont fiiit subir à la marche de Palilen, permettent à Rottembourg et à Jarry d'eftectu(îr leur retraite sans trop de peine, et le prince Eugène de Wurtemberg, ne pouvant leur barrer le chemin de Troyes, se contente d'enlever le village de Thennelières et laisse les deux divisions françaises s'établir à Saint-Parres-aux-Tertres, sous la protection de leur cavalerie et de leur artillerie.
Pendant que le VI» corps remportait ces avantages, Wrède avait enlin réussi à jeter quelques bataillons sur la rive droite de La Barse, à Courteranges, à les faire filer par les bois et k donner la main à la gauche des Russes. Vers 4 heures, dès qu'il eut connaissance des progrès faits par les Russes et de la retraite des divisions Rottembourg et Jarry, il se décida à cesser la canonnade et ;\ essayer d'enlever à Duhesme le pont de La Guîllotière. Après avoir fait canonner le pont et déblayer le passage, Wrède lance ses chasseurs à pied, soutenus par trois régiments de cavalerie, contre Duhesme, qui, |)endant qu'il repousse cette attacpn^ à la baïonnette;, reçoit le duplicata de l'ordre de Gérard, lui prescrivant de quitter sa position. 11 fait aussitôt filer son artillerie et se prépure à se replier au moment où Wrède renouvelle son attaque. Les dragons de Knesevich et les hussards de Szeckler, traversant le pont au grand trot, se jettent sur lui et l'obligent à abandonner la chaussée et à regiigner Saint-Parresaux-Tertres, en suivant hi basse Barse et en perdant, malgré sa bonne cont(inance. 400 hommes et "2 canons dans cette retraite *.
Pahlen, retardé en route par l'état des chemins, n'arriva sur le champ de bataille qu'à la nuit, lorsque les troupes de Gérard étaient déjà réunies à Saint-Parres-aux-Terlres.
Le V« corps prit position h ch(îval sur La Barse, sa tète sur la riv(; droite en avant du pont de La Guillotière, son gros sur la rive gauche», entre La Bertoche i.'t Lusigny. L(î Vl*^ corps, qui
1 Taxis, Tagoburh (A'. A'. Kriegx Archiv., XIII, 'M), H Staiikë, Kintheilung und Tagesbt'gebenlieiten dcr Ilaupl-Arnicc iiii Mouato Miirz {Ibid., \il, i).
s'était onipar(^ do 9 canons, campa à ThennelirTOs, Bouranton pt Oonpy V Lo quartier général de Willgenstein resta h Piney.
Inaction des III* et IV* corps. — LesIIf^ellV* corps avaient pu d'autant moins coopérer au mouvement sur Troyes que le (ItTuier ordre reçu du quartitT général prescrivait au prince royal de Wurt(»mberg de s(» diriger sur Chaource. Toutefois, le 3 au matin, lorsque ses avant-postes lui eurent signalé la retraite des Français, sans pouvoir lui indiqu<»r exactement la direction qu'ils avaient prise, le princ(? royal, su|)posant que le !!• corps d(îvait avoir occupé solidement Les Maisons-Blanches, n'osa prendre sur lui ni de suivre la route directe de Troyes, ni de s(» jeter |)lus il gauche pour tourner par Chaource la position probable des Français. Il crut plus sage, en attendant un ordre cpfil espérait recevoir d'un moment h l'autre, d'épargner à ses troupes des marches inutiles, et prescrivit au llh corps de s'échelonner en colonne, de façon ?i pouvoir se mettre en mouven)ent au premier signal; les divisions Weiss et Fresnel restèrent en arri«>e de Bar-sur-Seine, «"i Polisot ; la division Crenneville s'établit à Yillemorien.
De son cùté, Macdonald. pensant que le prince ne se déciderait pas facilement à aborder de front la position des Maisons- Blanches et îi essayer d'en forcer le pont, y avait placé la plus faible des divisions du 11* corps, celle du général Amey, qui se liait par sa droite avec les divisions Albert et Brayer, établies sur deux lignes h Moussey et h Roche, et chargées de couvrir et de défendre la roule de Chaourc(î. \a\ cavalerie de Milhaud éclairait tous les chemins aboutissant à Troyes et flanquait la droite de Braver.
A 3 heures de raprès-midi, le prince royal n ayant reçu aucun ordre, laissait la division Crenneville à Villemorien, faisait rentn^r le reste des troupes dans leurs cantonnements de la veille et poussait avec <>a (*avalerie une reconnaissance vers Les Maisons- Blanches *. A 4 heures seulement, il est en possession de
* Journal d'opérations du prinro Eugèno de Wurtemberg {Archives tnpogra phiqiiex, n° 47344) ; Rapport journalier à l'empereur d'Autriche, Bar-sur Auhe, 4 mars (A'. A'. Kriegx Archir., III, 8i)
» Taxîs, Tagebuch (A. A*. Kriegs Arehit.,\lll, 32), et StVrke, Eintheiliing und Tagesbegebenheiien dcr llaupt-Armee im Monate iMarx (IbûL, III. i).
Tordre * par lequel on l'informe de l'atoque que les V« et VI* corps exécutent contre le pont de La Guillotière et Laubressel, on 1 invile à soutenir leurs op(^rations en coopérant de son côté h la prise de cette ville, et on le prévient que, dans le cas où les Français se retireraient sur Sens, le général Seslavin couvrirait son aile gauche, tandis qu'avec ses deux corps il serait plus spécialement chargé de poursuivre les Français.
Le jour commençait à baisser : il était trop tard pour faire venir le Ille corps de Villemorien, Polisot et Gyé. Force était de remettre le mouvement au lendemain. On dut donc se borner à établir le IV« corps h Saint-Parres-les-Vaudes, Chappes et Fouch^res, et h pousser les avant-postes vers Isle-Aumont et Moussev.
Mouvement de Seslavin sur Auxerre. — Sur les derrières du prince, Seslavin informé h Rugny, par le maire et les habitants de Tonnerre, du mouvement d'Allix et de la présence de ce général fi Auxerre, avait résolu de se diriger sur cette ville.
« D'après le dire des prisonniers et des grands propriétaires (jui ont logé des troupes, écrivait-il ;i Toll, de Hugny, le 3 dans l'après-midi ', le corps du vice-roi d'Italie, réuni aux troupes venues de Perpignan, est à Lyon et marche sous hîs ordres d'Augereau avec les garnisons de Lyon et de Besançon, pour se joindre h la Grande Armée. Comme Tmiiemi n'a pas envoyé de troupes sur Dijon, ne serait-il pas utile de diriger de ce côté des partisans chargés de se procurer des renseignements exacts? »
L'apparition de Seslavin à Tonnerre, dans la soirée du 2, avait eu pour consé([uence de rappeler Allix de Monlbard, d*abord à Étivey, puis ji Noyers et Chablis, où il n'allait jms tarder ii recevoir l'ordre de revenir derrière le Loing, à Nemours.
Immobilité des gardes et réserves. — Au centre et bien (jue Schwarzenberg eût transféré le soir son quartier général k Vendeuvre, Barclay de Tolly allait rester encore pendant quelques jours avec les gardes et rés<îrves russes et prussiennes, à (^haumont, pour y garder les souverains.
* Schwarz«iiberj; au prince royal de Wurtemberg, Bar-sur-Aubc, 3 mars. (K. K. Kriegn Archiv., III, 66.)
• Seslavin à Toll, Bugiiy, 3 mars, 3 heures i/2 après-midi.
Escarmouche des cosaques de Platotf à Arcis-sur-Aube.
— A Texlrème droite, Platoft se rendant on Champagne avec ses cosaques, est arriva aux environs d'Arois oi'i il compte traverser l'Aube. Le commandant, que les Français y ont lais8<^ avec une centaine d'hommes, essaie vainement avec les habitants de lui disputer le passage. Apn'^s une escarmouche insignifiante, Platoft 1(» fait prisonnier, désarme les habitants (»t envoie les mieux montés de ses cosaques, les uns vers Montmirail dans la direction suivie par Tarniée française, les autres vers Vilry pour communiquer avec Saint-Priest et lagoff*. Tettenborn avait, comme nous Tavons dit au chapitre précédent, n»passé en barques à Dormans sur la rive droite de la Marne V
Il eût sufB de quelques marches assez courtes qui n'auraient pas empêché les troupes de la grande armée» de se refaire et de se reposer pendant les journées des 1«»* et 2 mars, et d'une répartition plus logique des forces dans la journée du 8 mars pour compromettre sérieusement la situation des maréchaux et, en tous cas, les chasser de Troyes le même jour.
On savait, de manière positive, que les corps d'Oudinot et de Gérard, en retraite sur Troyes, avaient pris position en avant de (*ette ville et chercheraient h défendre les passages de la Rarse au pont de La Guillotière. Il eftt donc été simple, sage et rationnel, au lieu de les maintenir îi une distance exagérée des avant-gardes, d'amener sans effort et sans fatigue les V« et VI« corps à proximité de positions qu'on comptait moins enlever que tourner. On savait également que la position de La Guillotière, difficile h forcer de front et dont la valeur défensive était bien connue des Alliés, ne possédait aucune des qualités requises jmur permettre aux troupes françaises d'en déboucher et de tenter par \h un retour offensif contre les Alliés. 11 était donc inutile, et par conséquent nuisible, d'immobiliser devant elle le V« corps tout entier. Rien n'empêchait par suite de diriger, de Mesnil-Saint-Pére sur Géraudot et Laubressel, le gros de ce corps et de le poster de façon à lui permettre de prendre part h l'attaque dirigée contre
^ Starkr. Eintheilung und Tagesbcgebonheiten der Hanpt-Armee im Monate M.irz. (A'. A'. Kriegs Archiv., III, 1.)
s Tettenborn à S<!hwarxcnberg, Port-à-Binson, 13 mars, (/6û2., III, S4.)
ce df'mier villafl^o par le cor|)s russe de Gorlschakofi. La profondeur dt^rijesurée des différents échelons des V* et VI* corps, la distance considérable qui les s^^parait et de leur avant-garde et du champ de bataille, obligèrent Schwarzenberg à lixer le moment de l'attaque à une heure déjà avancée de rapri»s-micli. Quelque* faibU'S que fussent les divisions franraises, ce n'était pas en trois heures qu'on pouvait s'attendre *:i les déloger de û*nr> fK>Mtions et à enlever Troyes. Dans ces conditions, il eût mi^'ux valu profiter de la journée du 3 pour ache\er les préparatif> de l'attaque et pour faire prendre position au VI* corps tout entier d^* .Mesnil-Sellières à Dosches, pendant que la cavalerie du V* corps et la division de Rechberg auraient masqué la marche de flanc du gros de ce corps sur les bois situés h l'ouest de Géraudot et au sud de Oosches. On aurait eu également la fKiSsibilité de réparer Terreur commise en dirigeant les troupes du piince royal de Wurtemberg sur Chaource. erreur que le prinnr auniit pu et dû réparer de sa propre initiative, s'il n'eût pas perdu, pour la deuxième fois en deux jours, le contact des troupes du 11* corps. La faute commise par le prince royal, son immobilité pendant toute la journée du 3 sont d'autant plus blî\mables «piil savait de faron positive que Macdonald cherchait h gagner Troyes et à y opérer sa jonction avec Oudinot. L'hésitation ne lui était donc pas permise et s'il voulait, pour se conformer aux ordres du quartier général et par excès de prudence, eiivover une colonne vers Chaource, il devait, dés le 3 au matin, fKMJsser sur Les Maisons-Blanches et déborder la position par Moii>s<*y. En agissant de la sorte le prince royal aurait rejeté le ll'^rorps sur Troyes, et l'apparition des Itl^ et IV« corps en arrii're de cette ville sur la rive gauche de la Seine, eût sufti pour épargner h l'aile droite de la grande armée le combat qu'elle livni le 4.
Le duc de Reggio, lui aussi, aurait aisément pu tirer un meilleur parti des troupes dont il disposait.
Au liiMi de se laisser amuser par les ([ur'lques (lémonslralions des Alliés au nord de Troves, il eût dû utiliser la cavalerie de Valniy,qui ne lit absolument rien. Au lieu de tenir la division Levai immobile (»t l'arme au \>m\ dans les faubourgs de Troyes, il eût plus «•flicacement couverl la vilh», il eût réussi à la conserver plus longtemps en postant cette division h Rouranlon, en
formant ainsi la trouée par laquelle le prince Eug«'»ne de Wurtemberg et les cosaques d«»bordt'^rent la gauche de Gérard.
Bien qu'ils eussent réussi h faire tomber les défenses avancées de Troves h Laubressel et à La Ouillotière, îi enlever quelques canons et îi mettre un millier d'hommes hors de combat, les Alliés avaient complètement perdu leur journée puisqu'il leur fallait procéder le lendemain à l'attaque de Troves, sans avoir désormais la moindre chance de cou|)er la retraite aux maréchaux.
4 mars 1814. — Mesures prises par Hacdonald pour évacuer Troyes et défendre la position de Saint-Parresaux-Tertres. — Le maréchal Macdonald. sentant parfaitement que les Alliés ne manqueraient pas de concentrer, dés le 4 au matin, leurs efforts pour se rendre maîtres de Troyes, avait mis à profit le temps qui lui restait pour en assurer l'évacuation sans compromettre ses troupes. H était trop prudent et trop sensé pour s'acharner plus que de raison sur la position de Saint-Parresaux-Tertres, et s'exposer à être renversé par une attaque de vive force. Aussi voulait-il se borner à disputer aux Alliés le terrain (le chicane, qui s'étend entre Saint-Parres H la Seine, îi défendre les faubourgs par une arrière-garde pendant le temps nécessaire îi l'écoulement de son corps et de son artillerie ; puis, après avoir tenu le plus longteu)ps possible, il était décidé h se replier sur Nogenl. Contraint îi refaire le mouvement rétrograde qu'il avait déjà exécuté trois semaines auparavant, le maréchal, instruit par l'expérience, allait éviter les fautes commises à cette époque.
Deux routes se présentaient h lui au sortir de Troyes : Tune, connue sous le nom de vieille route de Paris, passait par le Pavillon ; l'autre, longeait la Seine. Ce fut cette dernière que le maréchal choisit pour deux raisons, d'abord parce qu'elle était meilleure, mais surtout parce qu'elle avait l'avantage de lui assurer des communications plus faciles avec l'Empereur. Pour éviter l'encombrement, il résolut toutefois de faire suivre la vieille route au 11« corps et au 5« corps de cavalerie, et d'affecter la grande route de Nogent aux autres corps. Knfm, pour éviter toute cause d'erreur et de malentendu, il écrivait dans la nuit du 8 au 4 h Oudiiiot : « II me souvient que vous avez désiré conserver Troyes pendant toute la journée; mon avis est que ce ne
doit ^tre que par une défense d'arrière-garde sans compromettre ni les troupes ni la ville *. »
Pendant la nuit, la cavalerie russe avait essayé à deux ou trois reprises d'alarmer les troupes postées à Saint-Parres. A 7 heures du ninlin, le maréchal, de son quartier général du faubourg Saint-Martin, envoyait aux chefs de corps sous ses ordres ses instructions définitives' :
<' Le duc de Regi^io * fera guetter les mouvements de Tenneuii pour être en mesure d'exécuter les siens sans compromettre le mouvement rétrograde des troupes échelonnées depuis Saint- Parres-aux-Tertres.
« Il faut considérer cette défense comme celle d'une arrièregarde et chicaner le terrain le plus possible. On préparera des barricades au pont de pierre et aux portes de la ville lorsque les dernières troupes auront passé.
« Si le général Milhaud, qui est échelonné des Maisons-Rlanches aux faubourgs, entend l'action s'(»ngager assez vivement, il repliera promptement sa cavalerie sur ce point et s'assurera de ce qui passe pour régler sa marche et arriver en arrière de la ville en même temps qu'Oudinot l'abandonnera.
« Le général Amey, qui occupe; le faubourg, se retirera dès qu'il verra que le général Gérard repasse la rivière, et prendra position en arrière sur la chaussée du Pavillon ; il ne s'y arrêtera (ju'autant que les marais et la ville continueront à être défendus. Après avoir fait halte au Pavillon, il se réunira aux deux autres divisions.
« La cavalerie de Milhaud étant rendue en arrière de la ville, se liera avec celle d'Oudinot et fera son mouv(»ment rétrograde en mémetiîmps cprelle, à sa hauteur, en suivant par échelons la route du Pavillon.
* Macioiiald à Oudinot, Troyes, nuit du 3 au 4 mars. {Arch. de la guerre.) « (Jnlrcs de Macdonald pour la retrait*». Troyos, 4 mars, 7 heures du matin {Ibul.)
3 A 4 heures du matin, Oudinot avait envoyé l'ordre à Valmy de réunir à 6 heures toute sa cavalerie et reU(^ de Saint-iîermain, sur les hauteurs en arri»**n; du faubourg Saint-Martin, à droite et à gaurhe de la grande route de Paris. Une heure après, le duc de Uejrgio, i;:norant où se trouvait la cavalerie de Sainl-Jîermain et la rroyanl on arriéra de la ville, ordonnait au comte de Valmy de faire surveiller par un poste d.î cavalerie le gué de Villaoerf (à 12 kilomètres <»n aval du faubourg Saint-Marlin). {Archivfx df la ytierre.)
(( Lorsque r<^vaciiîition do Saint-Parros, de la Seine et de la ville sera résolue, le général Sébasliani placera un bataillon h l'embranchement des rues du faubourg de Bar et de la ville, pour rouvrir la retraite de la garnison qui aura protégé celle des troupes venant de Saint-Parres
« Le duc de Reggio placera h son tour une bonne arriéregarde de toutes armes en arriére de la ville pour protéger le passage de Sébastiani. Cette arriére-garde, h laquelle sera jointe la cavalerie, sera définitive et fermera le mouvement d'Oudinol, de Gérard et de Sébastiani.
a L'infanterie ne restera h l'arriére-garde qu'autant que le terrain la favorisera.
« Tous les corps d'armée ayant ainsi repassé la ville, recevront de nouveaux ordres pour leur destination ultérieure.
« Le duc de Reggio enverra l'ordre au général Pacthod de partir le 8 avec une brigade, pour se rendre îi Bray, couvrir cette ville et garder le pont. »
Ordres de Schwarzenberg. — Dans la nuit du 3 au 4, le prince de Schwarzenberg avait envoyé de Vendeuvre aux V« et VI« corps l'ordre d'attaquer Troyes le 4 mars ji 7 heures du matin. Le prince royal de Wurtemberg devait coopérer h leur action en enlevant Les Maisons-Blanches.
Après la prise de la ville, le IV® corps devait suivre la route de Sens, le VI« celle de Nogent, tandis que le V« resterait h Troyes *.
Pendant la nuit, le prince royal de Wurtemberg avait également arrêté ses dispositions en vue de l'attaque du lendemain. Le III'' corps avait ordre de se porter contre la droite du 11« corps, de passer le Hozain au moulin de la Vanne et de mettre son artillerie en batterie sur les hauteurs des Bordes. Des Bordes, le I1I« corps pourrait, ou pousser sur Roche en marchant par le plateau, ou passer par Virloup et le ravin de l'Ousse pour tourner la position de Moussey. Le IV« corps, se bornant d'abord à canonner le front du 11" corps, devait ensuite déboucher par la route de Troyes dés que le mouvement du III« corps aurait forcé les Français à évacuer Les Maisons-Blanches.
i St'ârke, Kiotheilung uad Tagesbegetjenheiten der Haupt-Armee im Monate Marz. (A'. K. Kriegs Arekiv,, IIJ, 1.)
Parti de ses cantonnements do grand malin, Gyulay, arriva ù Vaudes, allait obliquer à gauche vers l'Ho/ain, lorsqu'une dépêche du prince royal, l'informant de l'évacuation des Maisons- Blanches et de Moussey, lui apporta l'ordre de continuer droit devant lui sur Les Maisons-Blanches avec les divisions Fresncl et Weiss et de diriger la seule division de Crenneville par la route d(; Chaource sur Villebertin. Lorsque les divisions du III* corps atteignirent ces points, elles y trouvèrent un nouvel ordre annonçant à Gyulay la retraite des Français et envoyant la division Crenneville se cantonner h Bouillv, la division Weiss h Saint- Pouange, et celle de Fresnel ;i Saint-Germain et à Linçon. Le quartier général de Gyulay vint au ch.lteau de Courcelles *.
Parvenu vers midi ;i hauteur de la Vacherie et prévenu par son avant-garde de l'évacuation des Maisons-Blanches, le prince royal de Wurtemberg avait continué sans difficulté sa marche sur Troyes où il n'arriva qu'après l'entrée des V«» et VI® corps. Son (îorps, défilant par la ville, s'établissait le soir sur les hauteurs de Montgueux, entre les routes de Traînel et de Sens*. Les avant-postes de cavalerie gardaient la ligne Saint-Liebault — Estissac — - Dierrey-Saint-Julien. Derrière eux deux, régiments de cavalerie s établirent à Bucev-en-Othe. Fontvannes et Macev furent occupés par les hussards et les dragons du 1V« cor|)S.
Prise de Troyes par les V« et VI« corps. — Dès le matin, les V« et Vï" corps s'étaient mis en marche vers Troyes, après avoir tiré les deux coups de canon qui devaiimt servir de signaL Oudinol, craignant de les voir prolonger leur mouvement vers leur droite, s'était empressé d'envoyer à Méry un bataillon et deux pièces : le détachement chargé d'empêcher le rétablissement du pont de Méry allait y remplacer la brigade Delort, de la division Pacthod, qui avait reçu l'ordre de quitl(;r cette position, de se diriger par ChAtres sur Nogent et d'assurer, h partir du 5, la défense du pont de la Seine, a Bray.
Vers 8 heures, les troupes du princiî Eugène de Wurtemberg, suivies i-ar quatre bataillons bavarois, se déployaient devant
* Stârke. KintlicilunpiindTagosbepclx»nlipit(»n der Haupt-Armec im Monalc Mîirz. (AT. K, Kri^gs Arcliiv,, III, !.) « M. in Ihid.
Sîiinl-Parres-aux-Tcplres, encore occupé par Gérard qui avait échelonné entre ce point et Troyes ses troupes prètcîs h battre en retraite. A 10 heures, les pièces de position de Tartillerie russe ouvrent le feu et protègent l'attaque de Sainl-Parres, (|ue Gérard défend jusqu'au heures avant de se décider à se replier, d*abord sur le petit pont de Foissy, puis sur le faubourg Saint-Jacques par la levée.
A ce moment, Oudinot avec le 7« corps- et la cavalerie de Valmy est déjî\ sorti de Troyes et s'est engagé sur la roule de Nogent; sa cavalerie a pris position en avant de La Malmaison. Le !!• corps, venant des Maisons-Blanches, a dépassé le faubourg Saint-Martin et le 5* corps de cavalerie qui a contourné la ville, s'est déployé sur Tancienne route entre Pouilly et le Pavillon.
Le prince Eugène de Wurtemberg suivant vivement Tarrièregarde de Gérard, a occupé derrière elle le faubourg Saint-Jacques. Ses troupes s'approchent des murs de Troyes, se préparent à enfoncer les portes que Gérard a fait barricader; ses obusiers ont déjà changé de position et lancé quelques projectiles dans la ville, lorsque Gérard, autorisé par le duc de Tarente, envoie un parlementaire demander un délai d'abord de 8 heures, puis de 4 heures pour évacuer la ville. Le prince Eugène de Wurtemberg*, et non pas Wrède, comme l'ont prétendu les auteurs allemands et comme Macdonald lui-même le dit dans son rapport, consentit à accorder un délai d'une demi-heure que Gérard se vit contraint h accepter. A midi, les Bavarois, bien que tenus jusque-là en réserve et n'ayant pas donné, pénétrèrent dans la ville, précédant, par ordre de Wrède, les Russes: du prince Eugène*. L'en-
1 t< J'avais signé une convention avec le gùnéral Gérard, dit le prince Eugcnc de Wurtemberg dans son Journal d'opérations (Archiveg topoyraphiques, n^ 47344), lorsque Wrède arriva. 11 se conduisit personnellement fort bien, mais SCS bavarois, en pénétrant tout à coup devant moi dans la ville, me barrèrent le chemin et ce fut le soir seulement que je parvins ave<: Pahlen à rejoindre l'ennemi. »
Le général Heilmann, dans ^a Biorri'aphie de Wrède et le général von Helldorff dans ses Souvenirs du prince Eugène, sont tous deux d'accord pour constater la scène à laquelle donna lieu Tentrée dos Bavarois à Troyes. Le colonel von Hofmann, clief d'état-major du 2^ corpn russe, ayant prolesté contre la faveur imméritée dont les Bavarois étaient l'objet, en privant les Russes de l'honneur de pénétrer les premiers dans la ville dont eux seuls avaient amené la reddition et la prise, Wrède lui répondit sèchement qu'il commandait en
tréc simultanée k Troyes des Russes et peu après des Wurlembergeois du IV® corps y produisit une confusion qui augmenta encore l'avance prise par les Français, dont les dernières troupes réunies en arrière du faubourg Saint-Martin, filaient par la route de Nogent, couvertes par la cavalerie de Valniy, pendant que le o<» corps de cavalerie fermait la marche sur l'ancienne route.
Hourrah des cosaques et panique des corps français en retraite. — En raison même du désordre résultant et de Tencombrement de la ville et des directions différentes que les corps avaient ordre de prendre au sortir de Troyes, puisque le VI*» corps devait suivre la route de Nogent, le IV* celle de Sens et le V« s'arrêter il Troyes, il se passa un certain temps avant que le prince Kugône de Wurtemberg pût déboucher à son tour du faubourg Saint-Martin avec sa cavalerie et son artillerie. Schwar/enbergen personne le suivit plus tard avec la cavalerie des 1V«, V« et VI* corps qui s'engagea sur les routes de Ghûtres, de Nogent, de Trainel et de Sens. Le retard éprouvé [lar le prince Eugène de Wurtemberg et causé uniquement par la préséance accordée aux Bavarois, aurait dû avoir des conséquences nuisibles pour les Alliés. Heureusement pour eux, Oudinot avait négligé de prendre les mesures de précaution prescrites par Macdonald. Se croyant couverts par une arrière-garde qu'Oudinot aurait dû laisser en arrière de La (^hapelle-Saint-Luc, les 7« et 2® corps se reliraient
chef et qu'il voulait que le bataUloo bavarois, à la tête duquel marchait le prince Charles de Bavière, entrât le premier dans la ville. Pendant que le prince Eugène de Wurtemberg emmenait son rhef d'état-niajor et le calmait en lui promettant. — ce qui devait, helas ! se réaliser, — que le 2« corps russe entrerait le premier à Paris, plusieurs bataillons bavarois aviiienl suivi celui du prince Charles. Le roi de Bavière et Wrède éprouvèrent plus tard lo besoin défaire oublier au prince celte scène qui, s'ajoutanl à toutes colles auxquelles nous avons déjà fait allusion, montre sous leur vrai jour les rapports des généraux alliés entre eux et Tanimositè existant entre leurs* troupes. Le 11 avril 1814, Wréde adressait au prince Eugène de Wurtemberg la lettre suivante, dont la minute (en français) existe aux Archives d'Ellingen :
« Depuis longtemps Votr») Altesse avait fixe et recueilli le tribut de mon admiration ; mais ses exploits à A rois et la reprise de Troyes qui Tunt couverte de gloire, lui ont donné plus de force que jamais. Sa Majesté le Hoi mon maître, a qui j*en ai rendu compte dans mes rapports, vient de m'adresscr, pour Votre Altesse, la croix de commandeur de Tordre militaire de Maximilicn-Josi>ph que Sa Majesté lui a conférée par »on ordre du jour du 7 du mois dernier. »
en toute sécurité par la grande roule de Notent, lorsque, vers la chute du jour, ils furent alteinls par le prince Eugène de Wurtemberg (|ui, depuis sa sortie de Troyes, avait marché sans s'arrêter. Les projectiles de son artillerie et la surprise causée par un hourrah de cosaques et de uhlans de Tchougouïetï, occasionnèrent une telle panique au 2« corps qu'il entraîna le G® corps de cavalerie malgré les et!orts du comte de Valmy, et lui lit perdre un millier de chevaux*. Valmy ne pai'vint à rallier ses escadrons et à arrèler les fantassins qu'un peu avant d'arriver aux (irès.
Le contre-coup de cette panique s'était fait également sentir sur la vieille route de Paris où la brigade de cavalerie bavaroise de Dietz bouscula l'arrière-garde de Milhaud. La tète de la cavalerie du ye corps ne s'arrêta de ce côté, aux environs du Pavillon, que lorsque la nuit était déjà tout à fait tombée*. Celle du VI« -corps s'établit entre La Malmaison et Payns. Le gros du V« corps occupa Troyes avec une partie du VI", tandis que le reste de l'infanterie du II*' corps russe sous les ordres du prince Eugène de Wurteuiberg s'échelonna pour la nuit depuis Les Noës jusqu'à Saint-Lyé.
Positions des Français le 4 au soir. — Ordres de Uacdonald. — D'après les ordres donnés par Macdonald à La Malmaison, à o heures du soir, le 7" corps aurait dû venir le soir môme jusqu'à Ilomilly; Gérard avec le 2^ à Mesgrigny et à Châtres; Valmy à Courlanges, Vallant-Sainl-Georges, Grand et Petit- Saint-Georges et Milhaud à Marigny-le-Chûtel, Saiut-Flavy, Ossey et même, s'il le jugeait opportun, plus près encore de Saint- Martin-de-Bossenay, tout en continuant à couvrir le 1 1»^ corps.
Le lendemain 5, toujours d'après ces ordres, le il» corps de.
1 Macdonald au major- général et à Valmy, Châtres. 4 mars, 11 heures du soir (Archives de la guerre), et Stakkb, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armco im Monale Marz (K. K. Kriegs Archiv., IJJ, 1).
* Taxis, Tagebuch (Ibid., Xlll, 3i.) w Un escadron de uhlans Schwarzenberg et un escadron de dragons de Knesevich poussèrent, dans la nuit du 4 au 5, jusque vers Echemines, enlevèrent deux petits postes de cavalerie française, ramassèrent jusque dans les lignes françaises près de 300 traînards et isolés, se tinrent toute la nuit à trois lieues en avant des lignes formées par les vedettes du V« corps et surprirent, le 5 au matin, les 200 hommes qui occupaient achemines.
« Ces escadrons faisaient partie, les uhlans de la division Antoine Hardegg, les dragons de la division Spleny. »
vait irti iiji'tlrc' f'fj rouK- â o heures pour Sainl-Aubin : le 2« coq» 'ie\ail *]mW*r Châtres el -Mesgrigny à 4 heures du matin, suhl ]*ar la «^ival^-rie. qui avait ordre de partir au jour. Mais les ordres du duc de TarenU? w pureut s*ex«''cuter à la lettre.
ljf>! troupes du 7* eor(>s arrivèrent si tard à Châtres, et dans un r^'tat d'épiiisï'ujent t^'l (jue le duc de Reggio, n'osant leur im- |y>M'r de fjuil une nouvelle marche de 12 kilomètres, se décid«i à les lai?>s<?r repoMjr pendant (pielques heures, après en avoir donné n\\< à Macdonald. Il comptait se rem<.'ltre en roule à 3 heures du matin, de la«;on à être le 5 mars à 7 heures à Romilly, et, s'il le fallait, à 10 heures, à Xogenl. F^a précipitation avec laquelle on a\ait évacué Troy<*s, la confusion causée par le hourrah delà ravalerie riiSM* et la panique du â« corps et du 6« corps de cavah-rie, auraient de toute façon rendu impossible la continuation de la r<*traite au-delà de (ihAlres. où tous les parcs, les bagages, h'S ambulances i»t l<*s chevaux de main étaient venus s'entasser dans le plus grand désoidn;. Il s'agissait avant tout de déblayer Chaînas ^'l la route d(* llomilly, de presser le départ et TécoulenwMit des convois. Pendant (jue le 11« corps continuait parla vii'illr niuti; sur Saint-Aubin, Oudinot, couvert par Gérard el Valmy, n'cnvait Tordre dcî venir le 5 sur Nogent el d'établir son arnr'n» garde à Saint-Hilaire. Afin d'éviter le retour des paniques i'i des surprises d(* nuit, le duc de Tarente reconmiandait ii nou- M'iïU, r{ ccltr fois d'une façon absolue, de faire couvrir, dès la chulr du jour, hi cavalerie par des postes d'infanterie.
Kn déployant un peu d'énergie el un peu d'activité dans la poursuite, ta cavalerie alliée, si on l'eiH laissé marcher au lieu de l'arrêter i?t d(» la retenir, eut pu <*onvertir cette retraite en désastre et amener sans pcMue la dissolution et la dispersion de la petite armée iW<^ maréchaux, déjà démoralisée par les retraites et les échecs, épuisée |»ar les privations ch» toutes sortes, éprouvée par h*s maladies el alVaiblie par la désertion qui prenait, de jour en jour et malgré les elVorts des ofliciers. des proportions de plus en plus considérables el de plus en plus inquiétantes*.
« SolM^tiaiii. j;ou\oriiour il»' Truves, tvrivaiil au niajor-gênêral lo 3 mars a t» hi'uros tlu ^oit, lui ili>ail a «t» |iro|K»s : u Jo romplis un devoir pénible en iu^tiuiviiit Yolio AltfNM* que lifauioup il»' soldais quittent les ranges. Je sais )i,ii>t'HU a ru aru^lor SOO ; mais le plus grand nombn' court dans toutes les
Remarques sur les opérations de la grande armée alliée.
— Au moment où, en les faisant suivre et harceler sans répit par la ravalerie, Ton aurait dû uniquement songer au grand quartier général des Alliés, à empêcher les maréchaux de se rallier (»l de se n»former, on i)rétVTa s\v occuper d'incidents insignifiants. On se borna à ordonner la destruction de quelques villages qu avaient fait mintî d(î résister h PlatotV dans sa marche d'Arcis sur Sézanne, à faire occuper ctîlle dernière ville par Pavantgarde de Tataman, sous les ordres de Kaissaroft*, îi faire? tenir des instructions de détail h l'ataman et h Seslavin*, à régler le mouvem(M)t des patrouilles qut? Maurice Liechtenstein enverra d'issur-Tille vers Montbard, afin de se relier par ChAtillon-sur-Seine h la gauche de la grande armée *.
Ui façon même dont on avait conduit les opérations depuis l'Aube jusqu'à Troyes suffisait, d'ailleurs, pour faire prévoir ce qui allait se produire après la reprise de cette ville. Sans revenir ici sur les causes qui empêchèrent le VI» corps de couper aux Français la retraite sur Troyes, sans insister sur les dispositions défectueuses ([ui paralysèrent d'abord, et rendirent ensuite impossible le mouvement débordant que les corps du prince royal de Wurtemberg auraient dû exécuter h l'ouest de Troyes par la rive gauche de la Seine, on doit constater que, malgré sa supé-
i A ce moment, eu elTet, Srhwarzonbcrg parait, comme le montre la lettre l'i-dessous à ToU, se préoccuper surtout de ce qui se passe sur ses ailes :
n Troyes, le 5 mars 1814. — La situation actuelle rend indispensable une action combinée de toutes les armées et nous oblige à les relier entre ell(*s par des corps volants ou des troupes légères.
«( J'ai dirigé sur Sézanne, où d'après ses rapports il est arrivé hier, l'ataman comte Platoflf qui a dû envoyer, en outre, un parti de 500 chevaux vers Montmirail. L'armée est donc d'autant plus complètement couverte de ce côté que le général comte de Saint-Priest doit, avec le général lagoff, se trouver du côté de Vitry et de Châlons-sur-Marne.
« Mais il est également nécessaire de couvrir notre gauche et, dans ce but, j'ai fait donner par le prince royal de Wurtemberg au général Seslavio l'ordre d'avoir à se diriger sur Nemours.
c. En informant Votre Excellence de ces mesures, je la prie de donner des ordres en conséquence au général Seslavin et de l'inviter à m'adresser des rapports aussi fréquents et aussi détaillés que possible... Le général Seslavin ne sera pas fâché de savoir que le prince Maurice Licchtenstiûn se porte sur Montbard et doit occuper la ligne de Scmur à Autun. » (K. K, Kriegs Archiv., 111, 88.)
s Stahke, Kintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Màrz. (/6td., 111, 1.)
Weu. — m. iO
riorité numérique, ia grande armée alliée mit cinq jours pour franchir un peu plus de 50 kilomètres, tandis qu'on aurait pu, sans trop exiger des troupes, les amener sans peine devant Troyes au moins quarante-huii heures plus tôt. On a cherché à motiver les hésitations et les lenteurs du commandement par la proximité a laquelle on supposait Tarmée impériale. Mais si l'Empereur était déjà à Jouarre le l*^"" mars, ce fut seulement après rentrée à Troyes qu'on eut connaissance du passage de la Marne et de son mouvement vers T Aisne. En admettant donc que Ton eût été réellement retenu par la crainte de provotiuer le retour immédiat de l'Empereur en écrasant ou en malmenant trop vivement Oudinol, il eût fallu attendre sur la rive droite de l'Aube la nouvelle de la marche de TEmpereur sur Fismes et sur Laon. 11 est, au contraire, plus rationnel de penser que, tout en consentant à reprendre l'offensive, on était décidé à s'en tenir strictement aux idées contenues dans la lettre de Schwarzenberg à Bliicher, à ji accentuer le inouvement en arant que lorsque l'armée du Sud aurait fait des progrès sensibles dans la vallée de la Saône.
C'est également pour celle raison que la marche sur Troyes s'est exécutée sans qu'on ail donné h l'opération un but bien net, un caractère bien déterminé, sans qu'on ait cherché h imposer une direction à la retraite de l'adversaire. Il est évident, en effet, que si l'on se fût proposé de fermer aux maréchaux la vallée de la Seine et de les rejeter plus à Touesl vers Sens, on n'eût pas man(jué d'amener la plus grande partie des forces ii l'aile droite et de déborder Troyes du côté du nord par Villacerf et la rive droite de la Seine, afin d'interdire au duc de Heggio les routes de Troyes à Nogent. Pour renforcer l'aile droite, on pouvait avoir recours soit aux gardes et réserves venant de Chaumont, soit à l'un des deux corps confiés au prince royal de Wurtemberg, qui aurait été en mesure d'amuser Macdonald avec un seul corps, jusqu'au moment où les progrès de l'aile droite de la grande armée du côté de Troyes l'auraient oblige à se replier au plus vite, alin d'opérer sa jonction avec Oudinot. Si l'on avait voulu, au contraire, pousser les maréchaux vers la rive droite de la Seine, c'était alors à l'aile gauche qu'on devait confier l'effort principal, en prenant les mesures nécessaires pour contraindre le duc de Tarente h abandonner au plus vile sa position de Barsur-Seine.
Dans chacune de ces deux hypothèses il t'alhiil, et c'est là ce qu'on ne vouhut pas, agir résolument et suivre jusqu'au bout le dtHeloppemenl d'une idée stratégique qu'on n'avait pas, et surtout (ju'on ne voulait pas avoir. Dans l'inipossibilité de rester absolument en place en attendant les événements, on se résigna à marcher le plus lentement possible et à manœuvrer sans avoir de but déterminé. Une fois arrivé îi Troves, on s'arrêta de nouveau pendant près de dix jours; on s*empressa de nMomber dans les vieux errements, de disséminer des troupes ([u'il était impossible de faire vivre dans des régions peu fertiles et absolument épuisées par la présence continuelle des armées. On s'étendit de nouveau de Sens et de Pont sur-Yonne jus([u'ii Méry, Troyes et Cliaumont ; on s'exposa de gaieté de cœur aux mêmes dangers auxquels on venait d'échapper, et au lieu de faciliter les opérations de l'armée de Silésie, de précipiter la marche des événements, de hâter le moment de la crise finale en poussant sur Paris, on fit halte et l'on donna à Macdonald le temps de renvoyer le grand |)arc à Provins, de prendre ses dispositions pour défendre la Seine et d'organiser des tètes de pont h Nogent, Bray et Montereau.
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CIIAIMTKK XVI.
Ml'I.hMIUNi HK l.'\ltMKK DK SII.KSIK JlIS(iU*A LA MAKCHK DE L*EMPE- MKI II s\\\\ AltClS S( H-AlliK (l)U î> AU 17 MARS). i:U\l)NNK. — LAON. — IIKIMS.
N iiintn IM14. Surprise de Reims par les Français. —
1 .1 loiimio n'inait pu so (hVuler ^ rester longtemps fidèle h N.ipoleoii Vpi*^.s lui axoir souri peiulant ([u«»lques jours, elle xeuail \\\'\:\ \le lui tain» paver elu'^reiuenl ses bonnes grâces niouieiit«uie\'\ la iviUlitioii lie Soissoiis allait ètiv le point de dépari \\'\\\w C^w^ iiouxelle Je niallieurs et de ilêeeplions, dVrhecs et de «leM.istivx. xoun le pouN ^lesquels le génie de rEmpennir devait h Mil par Nue\'vMnlH'r. lu Neul jour, un seul fuit avaient suffi pour ittiiMii'i- un \'li.ui^e(ueul auvNJ gra\e qu'inattendu dans la situahoM lU .\ deux années I e malheur eauv* fKir la eriniinelle défail- 'r»i%' vio \lvMA\«u ,t\aa anéanti les légitimes espérances de TEuiis i^-.ij x.t'»x iMîAv'Mîr .'^ alMttrx* v.»!» i»idv>nip table énergie, ;i voiler .. U'*vxvi.î\ t >.i îr^ivoilleuM* Uu'ulîte. Vllern' an i-remiermonient \» . ;>•• «o'x'^îîv-.'îi x,:b:'. s*;' xi'x iv:v.birMi>*.^*:>. :■ Jivuit bieatôt '%.':ix\v».; V* •..<*;»viv*. r\*{:v«\e M :'r\*s<'î.vv d"i'>:»r:* r-abitiiell»* et
\ »\ » I. .. .\\i. hk' .t\.t ■ ox;vr»\ .i\-.:.';r Bi . «. ^.-.T i l'Aisne.
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advorsaire ol h (hMourner son allenlion du point par lequel il couiplail ie déborder (»l le prévenir.
Tenant avant tout à protéger sa droite contre les entrepris<»s d(î Saint-Priest qu'il sait en marche de (;ih:llons vers Heinis, h couper les communications de Blucher avec ce général et avec la grande armée alliée»*, à se mettre en relation avec les places d«»s Ardtmnes dont il veut appeler h lui les garnisons qui, se réunissant à Mézières, doivent avec le général Janssens, le» rejoindre à Laon, il a fait partir pour Reims, avec ordre d'enlever cette ville aux Busses, le général Corbineau avec la cavalerie du général F.a Ferriere- Lévesque. Marchant par des chemins de travers*» afin d'être plus C(îrtain de dissimuler sa marche, secondé par les habitants (|u'on a prévenus de l'entreprise et sur le concours desquels on peut compter, Corbineau, arrivé vers 4 heures du matin à Saint-Brice, tourne Reims par la roule de Laon et pénètre dans la ville dont les habitants, après avoir couru aux armes, ont réussi Ji occuper les portes. Il parvient de la sorte à envelopper, surprendre et faire prisonniers, presque sans coup férir, les quatre faibles escadrons et les cosaques que le prince Gagarine a postés, les uns sur le plateîiu de la rive gau(*he de la Vesle à l'ouest du faubourg d'Epernay, les autres dans la ville même.
Surprise des cosaques à Braisne. — Au centre, Roussel avait mis à profit l'obscurité de la nuit pour réparer sa faute de la veille et, partant de Paars et de Bazoches. il tombait ?i Braisne, à 2 heures du matin, sur un millier de cosaques, en enlevait une centaine, délivrait les prisonniers faits la veille et s'établissait dans cette petite ville *.
* Blucher à Schwarzenher^', Laon 10 mars, Rapport sur les événements du :\ au 10 mars, reçu par Schwarzenberg le 14 mars. (K, K, Kriegs Archiv., III, 182.)
^ On trouva à Braisne une rurieuse proclamation de Bemadotte, affichée par ordre des Alliés.
« Le prince royal de Suède aux Français,
« Français ! J'ai pris les armes par ordre de mon roi, pour la défense des droits du peuple suédois. Apn's avoir vengé les affronts qu*il avait revus et concouru à la délivrance de l'Allemagne, j'ai passé le Rhin. Revoyant les bonis de re flt^uve où j'ai si souvent et si heureusement combattu pour vous, j'éprouve le besoin de vous faire connaître ma pensée.
« Vi>tre gouvernement a continuellement essayé de tout avilir pour avoir le droit de t4iut mépriser; il est temps qne ce système change !
Or/lniN Ah moiiVDRiDnt de TEmperenr. — Pendant que la I .t'tit\rni' fnifM'îlih*' f'/'iis.î^issiit c^îh dr;iix op/^rations de nuil. la umrn'Wi' i\t' lit n'ddi(i/in de Soissons parvenait :i TEmpereur à l'i«MM'hi qiH'lipM'h jn^klaritH avant relie de la prise de Reims. M (li'liiil iihnnK'inrnl, r(Mnnie il IV*erivait le soir mr»nie de Rerryitii Miir Mil due dn l«'ellre ', un petit remède au grand mal fait par lii Inililhoii du rninniHiidunl de Soissons. »
hêliM'éiiu moirih monienhnu'Mnent des |)r(''oreupationsque pou- \iHI lui ninner Tupprorlie de Saint-Priesl. Napoiï'on profita du riMiiliIlnheiiieiil de neh f*ominunieations avee les places des Ardiuiih*h piuir revenir un plan qu'il avail pr(''e(^dennnent formel et pn«»»Hor l'eM^nilinn du mouvement par le([uel il voulait déborder l«i fiiuh'lie de hlHelu'r. I>ès Irs pren)ièr(»s heures de la matinée, tous 1rs oniren de rKmpfreur élaient déjîi rédijçt^s et expédiés.
Ne dihpovnd que du seul pont de pierre de Berrv-au-Rac, il a ivvdu de l'inre établir deu\ ponts de ehevalets ù Maizy et à Pont- \r\\ les dragons de la j^ainle. qui sont ilt»puis la veille à Roucy. \\»ui elle mnnediatement soutenus par Nansouty qui. avec les lS»l\»u»os de ViW et la cavalerie tlhAelmans. so saisira du pont \\\' \W\'V\ au Mae |.\'s IVlonai^ ne se dirijîertMil toutefois sur |\eM\ au \U\' qu'api^N 1 elaldissoment et raohevomenl du pont \l\v \\.\\'\ \y'\ wiAW'inwx \le smtt* sur Mai\v, pendatil que Yiolor \h'h\li \ \\\' Ketv en laixletïois ;^ Kisnies. Ktitîn, pour détourner i'n\oi»' plii^ vvMne!Meu»enl rvUlenlion do UaiehiT de< mouvements
t' l-i • .«■.; » w. X -ut» a. iisk. « \' x-ijx iij.».*s. i«- M'il''' ^ ir LT. i*.» ■•■■tr >i.'|i'» nt- . ►»:> «^u'^K- }i* V *» Il it N. \U' '.Mil»*." .M. itsi;--» i \j;i ;AU(.>it' ur^ >ur !i's
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que la droite de Tcirméc impériale va exéruler par les mauvais chemins qui conduisent î\ Berrv-au-Bac. Mortier et Marmont ont ordre de titer Soissons, de voir si renn<»mi a évacue'» cette place et. dans le cas contraire, de se porter sur Braisne d^s que le pont de Pont-Arcy sera terminé.
Quelques heures plus tard, entre 9 et 11 heures du matin. le mouvement sur Berrv-au-Bac s'accentue encore. Dans Tidée de TEmpereur, Mortier viendra des environs de Soissons à Braisne et Pont-Arcy; la vieille garde. Ney. Victor et le duc de Padoue marcheront sur Berrv-au-Bac. Les Polonais de Pac ont ordre de passer sur la rive droite de TAisne pour couper la route de Laon et enlever un convoi d'artillerie parti de cette ville. Le reste de la cavalerie doit les suivre de près et faire, le 5, Tavant-garde sur Laon.
Ordres de Blûcher. — Pendant ce temps, Blûcher inquiété par les démonstrations faites sur Braisne dans l'après-midi du 4, mais n'envisageant pas encore l'éventualité d'un mouvement de l'Empereur sur Berry-au-Bac, se préoccupe uniquement d'une attaque de front contre le plateau qui s'étend entre TAisne et la Lelte. La journée du 5 doit lui servir h achever la formation et le déploiement de son armée sur deux lignes face à l'Aisne. Il a cependant, un moment, l'intention de se mesurer avec l'Empereur et d'accepter la bataille, et l'ordre que dans la nuit du 4 au 5 il adresse à ses commandants de corps, commence par ces mots : « L'ennemi fait mine de vouloir déborder ma gauche et cherche à passer l'Aisne de Vailly h Berry-au-Bac. Dans le cas où Napoléon donnerait suite h ce projet, je l'attaquerai entre l'Aisne et la Lette. »
S'il était trop tard pour faire garder le pont de Berry-au-Bac, il était encore facile de faire occuper Craonne et Corbeny; cependant, dans son ordre, Blûcher se borna h prescrire à W'inzingerode. dont le corps, placé h son extrême gauche et composé de troupes fraîches, semblait tout désigné pour exécuter le mouvement vers Corbeny, de rester sur ses positions de Braye et de Cernv-en-Laonnois, et d'observer en avant de lui le terrain vers l'Aisne. Sacken viendra se poster h sa droite et, tout en laissant quelques troupes ?i Vailly, il se formera avec son gros d'Ostel k Braye-en-Laonnois. Le troisième des corps russes, celui de Lan-
jceron, k l>\c»f|»lion des Iroupt^s du géii»»ral Riid>«^witch. qui rofj>tilu^nl l;i 2arnî>on dt* Soissons. vii-iidni de Cnîuv ;i Aizv e l Mir\'»;illHra le rours de l'Aisne, de Celles jusqu'à Scissions. L*^> corps pni>.siens formeront la deuxiènn- ligne et ont ordre de se }fO>ler : leIi*eori>s < Klei>l entn* La Royère et Filain : le l^^ corps » York», entre Jouy et Pargny : le lih ^Bfilow •. à la croisée des roules près de LaAaux.
Les lroup»*> d»* l'arraée de Silésie devaient conunencer leur inouvemenl à 7 heures du matin : les pontons avaient ordre d'allendrf; des ordres ultérieurs à la ferme de 1* Ange-Gardien. Les txi;içage?> continuaient à tiler sur Laon et allaient èln* parqués jus/|n'à nouvel ordre sur la route de Crvpy. Quant i^i Bluclier, il re>lait de sa jKfrsonne à Chavignon.
Harmont essaye infructueusement de reprendre Soissons. — Les différents corps de l'armée de Silésit» avaitMit à peine commencé leur mouvement que les maK*chaux Marmonl et Mortier, espérant que l'armée de Silésie, en se retirant sur le plateau de Craonne, renoncerait à défendre sérieusement Soissons. ^'. dirigeaient îi 6 heures du matin de Noyant par Courmelles et B^.'lleu sur cette ville. A 8 heures du matin, au moment où les têtes de colonnes françaises débouchaient en vue des faubourgs, elles eurent à défiler sous le feu des batteries d'un détachement russe qui avait passé la rivière à Missy. Il leur fallut plusieurs heures pour par\enir à se déployer dans la plaine, et ce fut en vain qu'elles attaquèrent, sous la protection de leur artillerie, le faubourg de Paris défendu par quatre régiments de chasseurs russes et un bataillon du régiment de Slaroskol. Vingt-huit bourbes h feu mises en batterie par le général Hudsewilch répondirent vigoureusement aux trente pièces des numVhaux. Malgré tous les efforts des Français, ce fut à peine si les tirailleurs de la division 4lhrisliani parvinrent à arrach<*r une partie du faubourg de Saint-(-hrislophe aux Russes du colonel Dournow. Le maréciial tenta alors vers 3 heures, avec la division Ricard, une attaque dirigée plus à droite contre le faubourg de Reims, défendu par le régiment de Rièlosersk (»l le 48" de chasseurs. Les Français, qui s'étaient renforcés, parvim'eiit pendant quelques heures à occuper les faubourgs, mai^ ne réusssirent pas à pénétrer dans la ville, bien que leurs obus y «Missent allumé plusieui*s
incondios, que lours boulots eussent apr«in(li les bnVhes des murailles et qu'une de leurs batleri<'s, établie à Tancien couvent des (lélestins, eût(»nfilé la route de F.aon. A G heures du soir, le feu e(»ssa entièrement. O^lte alta<|ue. que Marmonl dans ses 3//*moire.H appelle « une tcMitative légère et cpii «levait être infructueuse », avait dft lui eortter pas mal de monde, puisque les p(^rtes des Russes, tpii combattaient h couvert, s'élevèrent h 1056 hommes*. Klle eut pour Soissons des consé(|u<»nc(»s désastreuses ; occupés h faire face auK maré<*haux, les officiers russes ne |)urenl maintenir l'ordre dans la ville et tMnpécher les irréj^ulicrs et les maraudeurs d(» profiter du combat pour se livrer impunément au |>illage. Enfin, le maréchal, en s'obstinant sans motif à attaquer sérieusement une place qu'il croyait enlever sans eflbrt, avait perdu de vue les ordres fonnels de l'Empereur et se trouvait encore le G au matin, à Villeneuve-Saint-Gennain, alors qu'on le croyait, et qu'en effet il aurait dû être rendu, h Braisne avec tout son corps.
Affaire de cavalerie de Berry-au-Bac. — Gr<1ce à la rapidité de ses mouvcuienls, au caractère tout particulier de vivacité et de décision que sa présence ne manquait jamais de donner aux opérations, gnice à la négligence de Blûcher qui avait jugé superflu de faire garder le pont de Berry-au-Bac autrement (|ue par quelques cosaques soutenus par un faible détachement d'infanterie et deux canons, grAce au grand nombre et à l'exactitude des renseignements que sa cavalerie et les gens du pays lui avaient fournis dans le courant de la matinée. Napoléon, sachant d'une façon positive que Blucher l'attendait sur le plateau entre l'Aisne et la Letle, avait pu. dès 11 heures, contreniander la construction des ponts à Mai/y et î^i Pontavert, pour diriger innnédiatement toute l'armer sur Berrv-au-Hac et lancer sans plus tarder sur ce point Nansouty avec les Polonais de Pac et la division de cavalerie d'Exelmans.
Chassant devant lui les cosaques envoyés en reconnaissance vers
* Major .Man\sclial à Scliwarzouherjf, ïroyes, 12 mars (A*. K. Krieyg Arch., m, 228) ; HliioluM- à SrliwarzeiilxM'g, Happort, dti i^aoïi, 10 mars {Ibid., lil, 189), et Journal des opôralions du «onile de i.aiigeron (Archires topoyra^ phique», n» 29103).
Roucv, Nansoiitv les raniùne si vivement sur la ferme de Moscou qu'il traverse le pont pèle-méle avec eux, culbute rinfanterie légrre russe et la cavalerie de Tchernitcheff postée dans le village, enlève le prince Gagarine qui venait de rejoindre avec les débris de son détachement surpris le malin à Reims, s'empare en un clin d'œil de Berry-au-Bac et poursuit jusqu'au deiri de La Ville-aux-Bois les Russes auxquels il prend deux canons et 300 hommes.
L'infanterie profite immédiatement de son succès : les divisions Meunier et Boyer traversent le pont h sa suite et viennent s'établir sur la rive droite de l'Aisne en avant de Berrv-au-Bac où l'Empereur passera la nuit du 5 au 6, pendant que Nansouty continue sur Corbeny et que ses coureurs se montrent aux environs de Laon *.
A 6 heures du soir, l'Empereur envoyait l'ordre : à Victor et au duc de Padoue, arrivés le premier à Fismes, le deuxième à Fère-en-Tardenois, de le rejoindre au plus vite; h Corbineau, de lui renvover la division La Perrière ; h Grouchv, de rallier le 6 au plus tard avex la cavalerie de Roussel, sur la route de Laon; ;\ Mortier et à Marmont, qu'il croit déjà à Braisne, de se mettre en roule le 6 au malin pour Berry-au-Bac; enfin, à Marmont, d'être rendu le 7 h Berry, de façon à prendre part îI la bataille qu'il s'attend à devoir livrer h Laon.
La possession du pont de Berry-au-Bac avait d'autant plus d'importance pour l'Empereur que les cosaques qui sur\eillaienl l'Aisne, depuis Soissons jusqu'il Berry, avaient sérieusement contrarié les tentatives d'établissement de ponts faites ;i Vailly, à Maizy et à Pontavert. et que l'équipage de pont du général Léry, parti le matin de (]h«1leau-Thierry et attendu dans la nuit à Fismes, n'aurait pu être rendu à Berry-au-Bac avant le 6 au matin.
EscarmoQches de la cavalerie de Tettenborn devant Reims. — Mouvements des partisans. — Pendant ce temps. Tettenborn. se dirigeant sur Reims et parti de Ville-en-Tardeuois
* Blucher à Schwarzenberg, Laon, 10 mars (K. K. Krieg% Archiv., JII, 189), major Mareschal à Schwarzenberg (/6td., III, S28), et général Renny au prince Wolkonsky, du bivouac près de Laon, 8 mars i^ihid., 111. 157).
le o au matin avec ses cosaques, avait reçu presque simultanc^ment la nouvelle de la prise de cette ville parCorbineau et Tavis de l'approche d'un régiment de dragons marchant sur Heims par la route de Fismes dans la sécurité la plus complMe et sans se garder. Tettenborn se jette sur ces dragons avec deux de ses régiments de cosaques, les surprend, leur enlève une cinquantaine d'hommes et les poursuit jusqu\'iux portes de Reims Accueilli à coups de fusil et n'étant pas assez fort pour essayer de reprendre la ville, coupé complètement du corps de Winzingerode. il ne lui restait d'autre parti î\ prendre que de se retirer sur Épernay, où il fut rejoint par un régiment de cosaques du général Narischkine et d'où il se mit immédiatement en communication avec le général comte de Saint-Priest, qui venait d'arriver î\ ChAlons *.
Les partisans de Lùtzow et de Falkenhausen avaient quitté depuis la veille Berry-au-Bac et pris par la Selve et Dizy-le- Gros, le chemin de Montcornet. afin de surveiller ce qui se passait du côté des Ardennes et inquiéter les communications de r Empereur avec Sedan et Mézières.
Malgré Tinsuccès de l'attaque de Marmont contre Soissons, Napoléon avait néanmoins lieu d'être satisfait de sa journée. Son mouvement avait réussi : il était maître du pont de Berry-au- Bac; il avait pris solidement pied sur la rive droite de T Aisne, sans avoir de combat sérieux ù livrer, et, bien que Blucher ait affirmé quelques jours plus tard, dans son rapport à Schwar/.enberg, que « son armée était postée de telle sorte qu'elle pouvait, ou s'opposer à l'ennemi sur les hauteurs entre l'Ange-Gardien et Craonne, ou prendre l'offensive en débouchant par Oaonne*, il n'en était pas moins évident que les démonstrations sur Soissons et Braisne avaient donné le change au feld-maréchal, détourné son attention de son aile gauche, point à la fois le plus vulnérable et le plus essentiel de sa position, lui avaient dérobé le mouvement débordant de Napoléon et l'empêchaient, enfin, de déboucher par Craonne sur Corbeny et de rejoindre sur ce point
1 Tettenborn à Schwarzenberg, Port-à-Binson, 13 mars 1814. (A'. K, Kriegi Archiv., m. 241.)
' Blucher à Schwarzenberg, Rapport sur les opérations du 4 aa 10 mars, Laon, 10 mars. {K. K. Kriegs Arekiv., 111, 180.)
la grande route de Reims à Laon. L'Empereur avait donc déjoué le premier des projets de Blficher. celui en vue duquel le génénd prussien avait fait prendre position h son armée sur le plateau depuis Cerny jusqu'à Laffaux, celui qui consistait à lui disputer le passage de TAisne.
La présence de l'Empereur, les décrets qu'il venait de lancer avaient donné une impulsion nouvelle à la levée en masse et avaient ranimé le courage des populations des campagnes. Depuis F^a Ferté-sous-Jouarre jusqu'à Soissons, depuis Chàleauïhierry jusqu'à Ville-en-Tardenois, depuis Épernay jusipie vers Laon, tous les paysans de la rive droite de la Marne avaient couru aux armes, massacrant les isolés et les traînards, attaquant les petits détachements et les convois faiblement escortés, enlevant les courriers et les ordonnances. Une de ces bandes avait déjà, quelques jours auparavant, pris aux portes mêmes de ChAlons le colonel de Saint-Priest, frère du général *.
Malgré la facilité avec laquelle il venait d'exécuter la première partie de son mouvement et de faire prendre pied sur la rive droite de l'Aisne à la tète de ses colonnes, la situation de l'Empereur était cependant encore assez précaire, il ne disposait que d'un seul pont sur l'Aisne et n'avait pas encore pu gagner suftisamment de terrain pour ne pas avoir à redouter de combattre ave<: un défilé à dos.
La première partie de sa marche de flanc s'était exécutée sans encombre; mais Marmonl et Mortier étaient encore vers Soissons. Victor à Fismes et Padoue à Fère-en-Tardenois. Heureusement pour lui, Bliiclier, en maintenant sa gauche entre (lerny et Braye. en attendant son attaque sur le front de sa position, en négligeant de faire garder Berry-au-Bac, s'était de son plein gré interdit la possibilité de le bousculer avant <[u'il eût achevé son déploiement et a|)pelé à lui les corps qui le suivaient. De
' Lettre du général rointe de Saint-Priest à l'empereur Alexandre, en date du 28 f»'vrier/12 mars. {Journal lie» piècex reçue», n° 424.)
I/Kinpereur so plaisait à constater rintensild du mouvement national. Fcrivaiit l« G mars a Clarke, de Herry-an-H.ic, il lui dirait: « Vou.> rroyez, vous aulri's .1 Paris, que la France est perduf; mais quand on voit les dispositions des pa\sans (>t du peuple on est loin de partn^^er rette idée. On ne saurait i^lre plus «atisfait que je le suis des paysnns qui ne demandent que venireanee et a «•ourir aux amies. »> (Correspomiance, n" 214f>0.)
— loi —
plus, 1(» 5 au soir, le fdd-niîiréchîil in» possédait que des renseignements vagues et incîomplets sur les événements de ta journée et sur les mouvements de J'Eni|)(Teur.
A la nouvelleque les courriersalliés expédiés le 4 et destinés à la grande armée, avaient été obligés de rebrousser ehemin et avaient dans Taprès-midi du 5 donné ronlre renn<Mni du <*ùté de Reims, le feld-maréchal s'était <'ontenté d'éerin^ vers le soir à Win/.ingerode, en lui recommandant de faire sur\eiller B<Try-au-Bae, de lui signaler de suite le passage de Tennemi, afin de lui permettre de masser son armée sur le platcNiu. Il h» chargeait, en outre, de tenir la position de Oaonne. Il avait, d'ailleurs, été informé par le major von Colomb, posté av«;c ses partisans entm Pont-Arcy et Beaurieux, des tentatives faites pour jeter un pont à Pont-Arcy et avait appris par cet officier <|u<» Benkendorft, rejeté de Braisne sur la rive droit<î de l'Aisne, signalait la marche de grosses colonnes se dirig(nint sur Berry-au-Bac.
Malgré ces renseignements, il se refusa néanmoins à croire à la probabilité et ii l'imminence du mouvement ([ue l'Empereur avait si vivement exécuté dans la journée du îi. On laissa donc Winzingerode à Braye au lieu de le pousser de suite jusqu'à Craonne et de f.iire appuyer à gauche les autres corps; on crut inutile, nuisible même, d'<*nvoyer une bonne partie de la nombreuse cavalerie de l'armée de Silésie, dont on ne savait que faire sur le plateau, dans la plaine de Corbeny où il n'y avait que les cosaques d'Ilowaïsky et ([ueluues escadrons de Tchernitchett.
6 mars 1814. -— Blûcher informé dans la nuit du S au 6 du passage de l'Empereur à Berry-au-Bac. — Ce fut dans la nuit du o au 6 et seulement vers le matin, que le feld-man'îchal reçut le premier avis du passage de l'Aisne à Berry-au-Bac. Le 6 à minuit, VVinzingerode lui avait expédié de son quartier général de Bniye-en-Laonnois, hîs rapports (jue venaient de lui adresser les généraux Woronzotl et Tchernitchetl. « Avant que mon infanterie ait eu le temps de passer Craonne, ainsi s'exprimait WoronzofT dans sa dépêche à VVinzingerode *, datée du
i Woronzoff à Winzingerode. (Original en françaii.)
bixouiu* |ïK's de Craoïuie, le il février [o mars) îi 8 heures du soir, reiineiui poussiiit si vivement le général Uowaïsky qu'il fui chasM^ de (-ori>eny. et rennemi oceupa cet endroit. Uowaïsky s'est n^tirt* >ur le chemin de Laon, avec trois régiments de i\>s;iques et quatre escadrons de cavalerie. Il parait, en outre, que l'ennemi a poussé de Remis quelque chose sur Neufchàlel, car il y a eu quelques éclaireurs qui ont tourné nos bagages sur iKv> derrière>. A prissent, j'ai dû placer mon infanterie enti*e i>aonne et Hurtebise ; il y a un chemin droit qui tombe dans celui de Laon et >ur lequel tout notre corps pourrait aller, si rinlention de Voln» Excellence était de couvrir Laon. J'envoie des partis, tant (H>ur me mettre en communication avec Uowaïsky, que |H)ur agir sur les derrièn*s de l'ennemi, entre Corbeny et BtTrv-au-Bîic. H m'est bien fâcheux que nous n'ayons pas pu défendît* ce }H>nl. et Votre Excellence |k»uI voir, en calculant le temps, que la chose était im|K>ssible. l'infanterie n'étant partie de SiM>siMis qu'hier vers le soir pour aller dan> les quartiers. Ou attend a\eo impaliena» vos ordn*> et je vous enverrai, dès le moment, toutes les nouvelles que je rivevrai. Il faut encore que, dans an mv^ment l^^uune celui-là. j'aie eu la jambe pn^sque cassée hier âu >iMr j»ar un cheval, ce qui me fait souffrir rim}K>ssibl<-. •* WinîiUf ervxie, en transmettant ce rapport qui lui avait révèle Timuiine:uv d'une attaque, mandait au léld-manVhal qu il avait ,tus>::^: niass<^ m*s trvni|K*> et surtout sa cavalerie. pn*M*rit à son AVAial f ,inie de nnnettn^ à îsicken la detensedu j>out de Vailly, tie r.e *,v.>>er qu une chaîne de \edettes sur TAisnt», de Vailly à rô::;a\:rt ri de \onir immédiatement le rt^joindrt*. et il ajoutait*: * Je lirai de mon mieux. J'attaquerai l'ennemi ou me défendra: ivnïn^ Ka.d aprî^s le>e\enement>, 1 1 m je suis contraint à me rt\»l:er ,-i\ant d'avoir ele renlonv.j extvuterai ce moa\ émeut par la i\Vite\oui venant de r.raonne.rt^joini pn»s de i'Anfe-Gardien U chAii>MV dt* Nv;n>ou> ;\ Lion, l^i nuit. dÎNait encore Winzin- ^iT«Nie. nî'emivihe de me n^uin^ couipte de> lorces rwlies de i i^-v^i-îv.:. Mn maîttrme {vir de> rapporl> f^^v.tils et bien que je T?i ;»«:'.>>e \ cr^Mn\ que /Vii»r»*i >r tUri^r ,ir fJrrry-^iw-AJiir sur
Ordres et mouyements de l'Empereur. — Au monuint où Blûcher recevait ces nouvelles, l'Empereur, malgré le doute émis à ce sujet par Winzingerode, avait réellemcînt l'intention de |)0usser droit sur Laon. Marmont, après avoir tenté une dernière t'ois, le 6, à 6 heures du matin, d'enlever Soissons de vice force, n'avait laissé devant la place qu'un rideau de cavalerie et avait commencé son mouvement sur Hraisne, où ses troupes firent halte dans l'après-midi. La cavalerie et l'infanterie de Mortier, qui l'avaient précédé, avaient, dans la nuit du 5 au 6, relevé la cavalerie de Roussel. Celle-ci, tilant dès le jour sur Berry-au- Hac, y avait rejoint l'Empereur avant son départ pour Corbeny. L'intanlerie de Mortier et celle de Victor étaient en marche de Braisne et de Fismes sur Berry-au-Bac.
L'Empereur était, d'ailleurs, décidé à prendre lui-même la tète du mouvement sur Laon. Avant de quitter Berry-au-Bac pour se rendre à Corbeny, il avait eu le soin de faire part au roi Joseph et au duc de Feltre, du plan dont il comptait poursuivre la réalisation et (jue le major-général résumait en ces termes dans sa dépêche à Macdonald :
De Berry-au-Bac, le 6 mars à midi. — « Sa Majesté va aujourd'hui sur Laon et ordonne de faire sortir des places des Ardennes et de la Moselle, deux fortes divisions. Sa Majesté compte se jeter sur le flanc droit de la grande armée ennemie, par Saint- Dizier et Joinville, dans le temps qu'Augereau se jettera sur son flanc gauche par Bourg, Lons-le-Saunier qu'il occupe déjà et Besançon dont il a fait lever le siège*.» Pendant toute la matinée, les troupes françaises continuèrent à passer h Berry-au- Bac et un peu avant midi, l'Empereur en personne en partait avec la cavalerie de Grouchy, la division de La Ferrière-Lévesque revenue de Reims, une brigade du général Pierre Boyer, et se dirigeait sur Corbeny, après avoir prescrit au reste de l'infanterie de suivre son mouvement. Il est évident qu'à ce moment encore, l'Empereur espérait trouver libre la route de Reims et s'attendait à ne rencontrer, entre Corbeny et Laon, que des postes de cavalerie soutenus par des forces inférieures en nombre à celles
* Dans cette m^ine dép<îche, Berthier prescrivait à Macdonald de tenir à Troues « qui est une bonne position » et lui recommandait en tout cas de se maintenir sur la Seine jusqu'au 13 mars au moins. (Archives de la guerre.)
qui le suivaient (*t doiil il pensait venir aisément à bout. Poussant ïievant lui la cavalerie légère russe de Tchernitcheff que Winzinfçerodiî a fait descendre dans la plaine et qui se replie en tiraillant et en bon ordre, il occupe sans peine Corbeny. Il s y arrête i'n attendant son infanterie, pendant que sa cavalerie chasse d'Aizelles les cosaques d'Ilowaïsky qui s'y sont établis depuis leur échec de la veille, et de Sainte-Croix, le corps volant de Colomb qui se retire h l'approche des cavaliers français jusque sur le plateau de la Maison-Uouge au sud de Fcstieux*.
Premier ordre de Blûcher. — Pendant que les troupes françaises se dirigeaient les unes sur Corbeny, les autres sur Berrvau-Bac, Bliicher était déjà informé depuis quelques heures du passage de l'Aisne, de la concentration des Français entre Berrv-au-Bac et Corbenv et de hîur intention manifeste de eontinuer sur Laon. Dès que le jour fut venu, il se transporta de sa personne à la femn.» de Froidmond et chargea le général von Mi'iftling de n^connaître le terrain et les positions des Français. Mais h; départ des maréchaux (jui quittent les environs de Soissons pour se diriger vers sa gauche, acheva de lui prouver ([ue l'Fjnpereur, loin de songer à l'atlaqui^r, se proposait, au contraire, de le prévenir à Laon. Renonçant à son premier projet, Bliicher, sans attendre le retour de Muftling, se décide alors à déboucher par Oaonne dans la plaine de Corbeny, dans l'espoir de tomber sur l'armée impériale p(;ndant qu'elle exécutera sa marche de tlanc sur Laon.
A i heures de l'après-midi, de Froidmont, il envoie à ses «•omniandants de corps, Tordre de se porter immédiatement sur Craonne, l'infanterie marchant massée au centre sur la route et llaiiquéc; à droite et à gauche par la cavalerie. « S'il y a bataille, ajoutait le feld-maréchal, la cavalerie restera massée. »
L'idée de Blucher était assurément logique. Le parti qu'il venait de prendre semblait devoir lui promettre un succès d'autant plus facih; et plus certain que, Marmont et Mortier ne pouvant arriver entre Corbenv et Berrv-au-Bac avant le 7 au soir, le feld-maréchal avait tout le tenq)s d'écraser, avant leur arrivée,
' Aus deiu Tagebucho des Hittmcisters von Colomb, i8i3-i8i4.
l'Empereur qu'il comptait saisir dans sa marrhe de tlanc de TAisne à la Lette.
L'exécution de ce plan était toutefois subordonnée î\ deux conditions essentielles (jue le feld-maréchal avait eu le tort de perdre de vue jusque-lî\ : roc<*upatioii de Oaonne, dont la possession lui était indispensable pour pouvoir déboucher sur le flanc des colonnes françaises, et la possibilité d'amener en temps utile ses différents corps sur la nouv(»lle position qu'il comptait prendre, sa droite vers l'Aisne de Cerny et Paissy à Craonne, sa gauche de Bruy^^es à Festieux, son centre à La Bove et dans la vallée de la Lette.
Mais Blûcher avait si tardivement admis la possibilité d'une alta(|ue dirigée contre son extrême gauche, il avait tellement peu t(Miu compte des difficultés de la marche et de la nature du t(»rrain, il avait si fermement cru h une attaque de front du cùté de Vailly, qu'il fit procéder à la reconnaissance du plateau de Craonne au moment seulement où l'Empereur, prévenu de la présence de troupes russes sur les hauteurs de Craonne, attaquait et enlevait cette position.
Le long plateau qui s'étend parallèlement îl l'Aisne et h la Lette, prend naissance au nord-ouest de Soissons et vient mourir près de l'Aisne à hauteur de Corbeny. Depuis TAnge-Gardien et Laffaux, où se trouvait, le 6 au matin, la droite de Blùcher, ce plateau découvert dans toute son étendue a une longueur totale de près de 25 kilomètres. Borné au nord par la vallée étroite et marécageuse au fond de laquelle coule la Lette, limité au sud par l'Aisne, qui décrit de ce côté de nombreux replis, le plateau se compose en réalité de deux plateaux de dimensions inégales, de largeur essentiellement variable, reliés entre eux par un étranglement dont la largeur à Hurtebise est de moins de iSO mètres. C'est de cet étranglement légèrement dominé par les deux plateaux, que se détache, sur le versant sud de la montagne, un étroit ravin aux pentes escarpées et à pic, conduisant à la vallée Foulon et qui, connu sous le nom de Trou (tEnfei\ donne seul accès de ce cùté au col d'Hurtebise. Un autre ravin, «le Trou de la Demoiselley presque aussi difficile que le Trou d'Enfer, mais se partageant en plusieurs branches, donnait passage à un mauvais sentier qui, partant de la vallée de la Lette et du village d'Aillés, escalade le plateau et rejoint à Hurtebise le chemin des
wta. — m. i i
Dames. En ce point même, ce dernier clK^min, aprrs s'élrc déroulé sur toute l'étendue du plateau depuis la route de Paris h Laon par Soissons, se dirige d'Hurtebise même sur le chùteau de La BOve, après sW être rejoint avec le chemin qui, venant de la chaussée de Reims par Corbeny et Craonne, traverse dans toute sa longueur le promontoire escarpé formé par le petit plateau. L'existence de ce défilé par lequel doit passer toute troupe cherchant ou h déboucher entre FAisne et la Lette vers Corbeny, ou à s'établir sur la partie occidentale du plateau, semble avoir échappé à l'attention de Tétat-major de l'armée de Silésie. Mises en route après deux heures, et en admettant même que trois seulement des six corps eussent suivi le chemin des Dames, les trou[)es russes et prussiennes auraient infailliblement perdu d'autant plus de temps pour déboucher en avant de Craonne que la gelée qui survint pendant la nuit, en augmentant les difficultés naturelles et les dangers du passage, aurait rendu une marche de nuit impossible, tout au moins pour l'artillerie.
Première affaire de Craonne. — Pendant ({ue son armée s'engageait sur celle crête longue et étroite, tlanquée au nord et au sud par les ravins qui s'inclinent vers la Lette et vers TAisne, le feld-maréchal, après avoir expédié ses ordres de marche, s'était dirigé .sur Craonne, impatient de rejoindre Mûftling, de combiner avec lui ses opérations ultérieures, et désirant, en outre, se rendre par lui-même un compte plus exact de la configuration du terrain.
(Couvert en avant par les 13* et 14« régiments de chasseurs qui, sous les ordres du général Krasowsky, couronnaient l'exlrémilé orientale du plateau, Woroir/off avait pris position avec le gros de son infanterie h hauteur du moulin de Craonne. Le général Ponset, avec les régiments de Toula et de Navaguinsk, était en réserve h Hurtebise.
L'apparition des Russes à Oaonne et à Chevreux avait suffi pour révéler le danger h TUmpereur. Confiant à son officier d'ordonnance, le capitaine de Caraman, deux bataillons de la garde, il le chargea de chasser les tirailleurs russes de Chevreux et de Craoïme, de pousser une reconnaissance sur le plateau et de s'y établir.
Caraman, après avoir enlevé Chevreux (îI s'être solidement in»-
tallé ù Craonne, déboucha par le ravin du moulin Poiitoy sur le piat(;au ; mais repoussé par les deux régimeuls d(^ chasseurs à pied russes, il fut contraint à se replier sur Craonne ((u'il conserva malgré tous les efforts des Russes *.
En même temps, sur un ordre de rKmpercuir |K)rté par le général Dejean, Ney, afin de faciliter et d'appuyer la reconnaissance de Caraman, s'était dirigé par le bois de (k)rbeny et la rive droite de la Lette, sur La Bove d'où il avait poussé la division Meunier en avant sur Hurtebise. Prise et reprise plusieurs fois, la ferme d'Hurtebise resta en tin de compte aux Russes, lorsqu'à 7 heures du soir, l'Kmpereur donna l'ordre de rompre le combat. La division Meunier campa sur les flancs du plateau, entre la ferme d'Hurtebise et l'abbaye de Vauclerc, se reliant par sa droite h la brigade du général Pierre Boyer, (jui occupait hi droite de la roule de La Bôve et le moulin de Bouconville. La cavalerie de la garde (deux divisions), la division de vieille garde de Friant, les divisions des généraux Boyer de Rebeval et Curial bivouaquèrent entre Corbeny et Berry-au-Bac ; les dragons de Roussel s installèrent à Berry-au-Bac avec une partie du corps de Victor. Padoue s'établit aux environs de Roucy, Mortier à Cormicy et Marmont à Braisne.
Bien que cette attaire n'eût pas eu tout le résultat qu'on en espérait et que seule la prise d'Hurtebise aurait pu assurer, en rendant superflue la sanglante bataille du lendemain, ou tout au
i Le comte Nostitz, témoin oculaire de l'atTaire, .s'exprime en ces termes dans son Tagebuch : a Le 6, on devait prendre positiop sur le plateau de Craonne. Je trouvai, au moulin situé à l'extrémité du plateau, le général TchcrnitchefT avec quelques bataillons et un peu de cavalerie. 11 observait de là la route de Reims à Laon, décidé à empêcher l'ennemi d'arriver de ce côté sur le plateau. Les pentes escarpées des hauteurs, au pied desquelles se trouve un bois qu*on n'avait pas cru nécessaire d'occuper, semblaient devoir rendre sa tâche assez facile. Nous aperçûmes tout à coup des tirailleurs français qui se gUssaieut dans le bois. On n'y fit guère attention. Feu après les balles arrivèrent sur le plateau. On essaya alors vainement de débusquer les tirailleurs : le hataUlon envoyé contre eux fut repou:>sé, et nous fûmes forcés de quitter le moaUn.
a Cette manœuvre fait le plus grand honneur à l'infanterie légère française. Elle avait, sous nos yeux mômes, réussi d'aboi*d à occuper ce bois en se dissimulant a merveille, puis à s'y maintenir contre nos attaques. » (Tagebuch des Gênerais der Kavallerie Graf^n von Nostitz : die Feldziige 1813 und 1814; KrieqigeichickUiche Einzeltchrifteii herausgegebcn vom grossen Generabtabe, 1884, V, 119.)
iiiuiiis (Ml en modifiant complMemenl le cariict<>ro, elle s'était (•r|K'ii(lanl terminée à Tavanlage des Français. Elle leur avait valu la possession du petit plateau de Oaonne qu*il leur eftt été si difficile d'arracher le lendemain il un ennemi supérieur en nombre.
Elle avait surtout servi à montrer à Bliicher qu'il était désormais impossible de déboucher du plateau pour tomber sur le liane des colonnes françaises, et qu'il y avait urgence h prendre des mesures sérieuses et adaptées aux circonstances pour s'opposer au mouvement otlensif de l'Empereur.
Bien qu'il fiU évident que Napoléon ne se déciderait pas à filer avec le gros de ses forces sur Laou tant que l'armée de Silésie occuperait sur sa gauche une |)osition aussi forte et aussi dangereuse. Blucher. sans attendre la tin du combat qui se livra sous ses yeux*, annula à o hr;ures l'ordre qu'il avait donné quatre heures [ilus tôt et qui devait amener son armé;î, l'aile droite à l'Aisne, la gauche à la Lelle, à mi-chemin de Craonnc et de Soissons, dans une position presque inexpugnable, devant laquelle l'Empereur, malgré tout son désir et toute sa hdle d'arrivjT îi Laon, n'aurait pas osé défiler et contre laquelle les etVorls de sa pelitfî armée seraient infailliblement venus se briser.
Au lieu de chercher ;\ provoquer celte bataille que rEuipereur aurait été contraint îi lui livrer avec un défilé à dos, dans des conditions d'infériorité numérique telles qu'elles ne pouvaient laisser subsister aucun doute sur son issue, Blucher, craignant de se voir devancé h Laon par des troupes françaises filant par Corbeny et la grande route de Reims, donna à 6 heures des ordres qui modifiaient com|)lètement ses dispositions de l'aprèsmidi : « L'année d(î Silésie marche sur Laon en exécutant un changement de front auquel l'infanterie de Winzingerode, sous les ordres de Woronzotf, soutenue par le corps de Sacken, servira de [)ivot. »
Dans son rapport au prince de Schwar/enberg \. le feld-maréchal a, d'ailleurs, eu le soin d'exposcT les causes, déterminantes à ses yc'ux, d'un mouvement décidé avec tant de précij)italion
» Voir XosTiTZ, Ï!ig«*bucli. {KrhgsgexcliichUicfie hlinzehchriften.)
î HliirlnT a Schwarz^'iibor^» Rapport sur les opcralions du 4 aa 10 mars • Laon, 10 mars. {K, K. Kriegi Areliiv., 111, 189.)
que Ton n'avait pas eu le temps d'en peser les inconv(^nients et les dangers, avec tant de hâte que Ton n'avait pu régler lesdélailsde son ex(H*ution.
Bien qu'il eut dîl logiquement amener l'Empereur h renoncer le lendemain aux opérations sur T^ion, ce mouvement de l'armée de Silésie allait, au contraire, lieureusem(»nt pour Bliicher, exaspérer Napoléon et le pousser fi compromettre en un instant les résultats heureux dus î\ son calme et h son sang-froid et à venir follement se briser contre le roc de Laon.
Nouveaux ordres de Blucher pour le 7 mars. — '< Le
6 mars vers midi, dit le feld-maréchal *, les colonnes ennemies défilèrent par Berry; je fis aussitôt avancer mon armée» vers les hauteurs de Craonne, pour déboucher de Ih dans la plaine ; mais Napoléon m'avait, avec sa garde, devancé îi Craonnc, il avaitoccupé hîs bois et tous les débouchés de façon à me rendre le passagie extrêmement difficile. Le plateau de Craonne est trop étroit pour qu'il soit possible d'y déployer une armée de 80,000 hommes, et la nouvelle de la marche d'une colonne ennemie par (^rbeny sur Laon, me décida îi prescrire, leO mars h sept heures du soir, au général de cavalerie Winzingerode. de se porter immédiatement plus à gauche en passant, avec 10,000 chevaux', par Chevregny. Je voulais arriver avant l'ennemi sur la route de Laon et pouvoir prendre l'offensive contre lui. J'envoyai en môme temps le général Bi'ilow occuper le plateau de Laon, afin de conserver mes communications avec les Pays-Bas. »
Le major Mareschal * se charge encore de compléter les quelques indications que vient de nous fournir le feld-maréchal. (c Le 6, dit-il dans son rapport h Schwar/enberg, Winzingerode (aile gauche de l'armée de Silésie) se prolonge h gauche» sur Craonne :
* BliidHT à S<'|iwarzenlM»rff. Rapport sur l«s opérations du 4 uu 10 mars, Laon, 10 mars. (K. K. Krieys Arckiv., 111. 189.)
* Cette marche de toutt» une armée en rolonne sur une seule route s'exéeuta iiaturellenient avec un«' grande lenteur : « C'était la un mouvement pénible, surtout pour la cavalerie, écrit le comte Henckel. Nous étions ohli^^es de nous arrêter à tout instant, de faire de jonj^ues lialtes pour avancer ensuite de «fuelques pas s«'ulement. >»
' La colonne de Winziujyjerode se i-omposait, en outre des 10,000 chevaux, d'environ 00 pié<-es d'artiHcrie à cheval.
* Major Man»scnal au princp de Schwarzenberg, Rapport sur les opérations da 2 au 11 mars, Troyes, li mars. (A'. A'. Kriegs ArcUv., 111, ii8.)
il est charj-c^ de reconnaître l'ennemi et de le rejeter de raulre côté de l'Aisne. L'ennemi débouche de Berry-au-Bac, attaque l'avant-garde de Tchernitcheff, occupe les bois de Corbeny et envoie sa cavalerie sur la route de Laon jusqu'à Festieux. L'armée de Bliicher est resserrée sur le plateau, trop étroit pour elle, qui s'étend entre la Lette et l'Aisne, et l'ennemi tient la route la plus directe sur Laon, point vers lequel le feld-maréchal Hlucher dirige sa retraite. Le feld-maréchal poste Woronzoff sur les hauteurs entre Ailles et Vassogne. Sacken lui sert de soutien à Brave. Biilow, chargé d'occuper le plateau de Laon. se met immédiatement en marche et doit passer la Lette au pont de Chavignon (PontOger). Winzingerode, avec 10,000 chevaux et 60 pi(*ces d'artillerie ù cheval qui se rassembleront ii Filain, doit gagner la rive droite de la Lette à Chevrcgny, prendre par Presles et Festieux, déboucher ù la pointe du jour dans la plaine îi droite de Bouconville, barrer ù l'ennemi la route de Corbeny à Laon, chercher à le surprendre, menacer ses communications, l'occuper et l'arrêter de façon fi l'empêcher de devancer Bùlow îi Laon. Win/ingerode devait encore, si l'Empereur s'engageait sur le plateau de Craonne, tomber sur sa droite et sur ses derrières. Kleist et Langeron, passant la Lette derrière la cavalerie et prenant ensuite h Festieux le chemin de Laon, étaient chargés de soutenir éventuellement Winzingerode. Enfin, York restait dans le j)rincipe à Froidmont, prêt l\ se porter au premier avis sur les points où sa présence paraîtrait nécessaire. »
Les deux corps de Woronzotf et de Sacken paraissaient, en raison même de la configuration du terrain et du peu de largeur du plateau, suffisants pour résister aux attaques de l'Empereur, jusqu'au moment où la cavalerie de Winzingerode et, s'il le fallait, les corps de Kleist et de Langeron déboucheraient sur sa droite.
Blùcher s'établit pour la nuit à Braye; il se proposait de diriger en personne la défense du j)lateau et se réservait de donner le signal de l'attaque dès que la cavalerie aurait paru. Au lieu de venir à Froidmont, le corps d'York reçut dans la soirée l'ordre de s'arrêter à hauteur de Jouy et de La Royère, où il passa la nuit. Kleist bivouaqua à la même hauteur. Les Russes de Sacken campèrent au sud de Froidmont, et Langeron en arrière du II" corps pru.ssien.
Entretien de TEmpereur avec H. de Bussy. ~ Ordres donnés par TEmpereur. — Pendant que Blûchcr modifiait ainsi son ordre de bataille et se préparait h exécuter son changement de front. l'Empereur, étudiant sur ses cartes le théîltre des opérations du lendemain, faisait recherc^her dans le pays les personnes qui. gn\ce à leur connaissance des localités, leur situation personnelle et leur instruction, pouvaient lui donner les renseignements dont il avait besoin avant de prendre ses dernières dispositions. Le maître de poste de B(Try-au-Bac lui signala le maire de BeaurieuK, un ancien officier d'artillerie, M. de Bussy, que TEmpereur fit aussitôt appeler h Corbeny oh il arriva au milieu de la nuit. Mettant en ([uelques mots son ancien camarade de régiment* au courant de la situation, TEmpereur lui explique qu'il compte établir son artillerie h Craonnelle, l'opposer aux batteries russes et les amuser sur leur front pendant que Ney déboucherait sur la gauche des Alliés, au point où la route des Dames arrive sur le plateau, et qu'on menacerait leur droite du coté de Vassogne. M. de Bussy fit remarquer fï TEmpereur qu'il avait été incomplètement renseigné sur la configuration du terrain aux environs d'Hurtebise. que le chemin qu'il voulait faire suivre à Ney était impraticable pour l'artillerie et qu'en débouchant sur le plateau près d'Hurtebise, la colonne de Ney serait foudroyée h la fois par les batteries russes et par les canons français. Il conseillait, par suite, de renoncer h la route des Dames, de pousser plus avant dans la vallée de la Lette et d'aborder le plateau, non pas à Hurtebise, mais du côté d'Aillés, pendant que la cavalerie de Nansouty gravirait sur la droite des Russes les pentes du ravin d'Oulches et de la vallée Foulon. L'Empereur se rangea à cet avis, modifia ses ordres en conséquence et garda auprès de lui, en qualité d'aide de camp, M. de Bussy qu'il nomma colonel et qu'il chargea de servir de guide aux colonnes d'attaque*. Le maréchal Ney, soutenu sur sa gauche par Victor et par la cavalerie de Grouchy, devait exécuter le mouvement sur Ailles '.
1 M. de Bussy avait suivi les cours de l'écolo de Brienne en même temps que l'Empereur oi avait servi dans le mi^me régiment que lui.
> Fain, Manuscrit de 1814, et Fleurt, L*Inv<uion dans les départements du Nord-Est.
> Position des Français pendant la nnit du 6 au 7 mars. Diaprés la note du
La nuit se passa sans incident : il tombait un peu de neige et la ferlée survenue subitement allait encore augmenter les diffi- 4*ullés de la marche.
Après avoir arrêté ses dispositions à la suite de son entretien avec Bussy, TKmpereur, sur la foi de rapports erronés qui lui étaient parvenus pendant la nuit et qui lui représentaient l'arniée de Silésie « découragée, déconcertée, en pleine retraite sur l'Ange-Gardieu et de là sur Laon ou sur Soissons », espérait n'avoir îi livrer qu'un combat d'arrière-garde. Il comptait arriver â Laon de bonne heure avec le gros de ses forces qui se trouvait encore entre Berryau-Bac et Corbeny et « entamer la retraite h tout ce qui ne serait pas encore passé*. »
Dès 4 heures du matin, il avait fait prescrire au duc de Padoue d(î hîUer son mouvement de lloucy sur Berry-au-Bac ; h Colbcri et à Boussel d(» vi'iiir à la pointe du jour s'établir en arrière de Tiorbeny; à Ney de faire suivre les Russes atin de savoir « si de rAnge-(iardi(;n ils vont sur Laon ou sur Soissons »: h la cavalerie du général Drfrancf» de prendre position «i mi-chemin de Berryau-Bac h Reims ; î\ Marmont de couvrir Braisne et Fismes et d'essayer d(; jeter à Maizy un pont (jui lui permettrait de rejoindre d«'U\ ou trois heures plus tôt.
7 mars 1814. — L'Empereur reconnaît en personne la position. — Formation de combat de Woronzoff. — Tant alin de contrôleur par lui-même l'exactitude des renseignements (ju'il venait de recevoir, qu'alîn de se rendre, dans le cas où ils nv seraient pas continués, un compte exact de la configuration du terrain et drs positions des Russes. l'Huipereur s'était, dès 7 liruH's du matin, transporté «mi p(»rsonni' sur le petit plateau.
</*•'«*•>«/ HfUiiirtl, l«'s troiiiK's île Ney (a), pasM-reiit la nuit en avant «Kitulclies «laiis le ravin de la valUV Foulon; «viles de Virtor sur le petit plateau de «Iraonne ^Mrdunt niilitairemt'nt le Iwis de Corheny. la cavalerie de la (farde à CiMoiine et Oaoïiiiidle, la *»^* division d'infanterie de la vieille K^rde a Corb«Miv où l'iait le quartii'r ini|M*rial, la i* a Corniiov. en arrière de Herry-au-Hac, nii le dur «le Tn-vise eut <'.ui quarli»'r jrenêral ; le «-«irps du duc de Pa«lt»ue a Fismes ; relui de Marmont une division devant Soissons, l'autre à Braisne, les ^•anles d'honni'ur a Cliàl«)ns-sur-Vesle. (Archirt'x ite h gtierre.)
(a Le iiénéral Itellianl veut inanifestement parler ici «le la raralene de Nansouty.
1 Corrr^fHHnlanre. n» iii5.'i ; Ke^istn^s d«* Hertliit>r : Onires à Padoue, C<d- »MTt *'t Rouss«'l, a Ney et a Marmont. {Arckirea df la yufrre.)
Du point où il était, il pouvait découvrir toute la position de Woronzoff qui s'était formé face à Hurtebise par bataillons en masse, sur trois lignes de force inégale. Sa premii^re ligne h cheval sur la roule des Dames, à 1 100 mMres environ à l'ouest d'Hurlebise, la droite couronnant la tète du ravin de la vallée Foulon; la gauche, un peu en avant d'Aillés, se comjiosait de quatoryx» bataillons (13« régiment de chasseurs, division Wouilch et brigade Ponset) sous les ordres du général Wouitch. Les s(;pt bataillons de la âi« division étaient disposés paralhMement à la première ligne, à 400 mMres plus en arrière. Lt^ généra! Laplirtt', commandant de cette division, était chargé de diriger les deux premières lignes. A 500 mètres plus loin, le général Strogonoff avait pris position avec neuf bataillons appartenant h la brigade de Jeltoukhine et à la 12* division du prince Chowansky. B(»nkendorf, avec les hussards de Pavlograd et quatre régiments de cosaques, formait la droite de la première ligne, couverte en avant de son front par le général Krasowsky qui, avec le. 14" régiment de chasseurs, occupait la ferme d'Hurtebise et s'éclairait sur sa droite par deux escadrons de hussards. Trente-six bouches à feu, dont douze de gros calibre, en batterie devant le centre de la première ligne, enfilaient le délllé d'Hurtebise que tenait également sous ses teux une batterie de douze pièces d'artillerie [i cheval établie î\ la droite de la première ligne au-dessus du Trou-d'Enfer. Douze autres pièces, en position ;i la gauche de la première ligne, fouillaient le Trou-de la-Demoiselle. Six autres en batterie il la gauche de la deuxième ligne, commandaient le ravin d'Aillés. La réserve d'artillerie disposait de trente bouches à feu, dont dix-huit vinrent, pendant le combat, remplacer les jiièces démontées, tandis (|ue h*s douze autres servirent fi couvrir la retraite. Si l'on ajoute à ces troupes les trente-deux escadrons (h» la cavalerie régulière de Wassiltcliikotf (2.700 hommes) et les 1500 cosaques de Karpoll qui vinrent, dans lecours de la bataille, se déployer entre (^erny et Troyon. on arrive; pour h» corps de Woron/ort à un total d'environ 22,000 hommes (dont 10,300 fantassins) et de Î)G bouches à feu*.
^ Rapport (lu jjcMn'^ruI-Iioulpnaiit comte Woronzoiï au général de ravalcne Winzingerode, sur la bataille de Craoniie, en date du 26 mars. (Archives topographiquft, n^ 47358.)
Woronzoff avait admirablement tiré parti du terrain, et sa position, Iros forte sur son front, presque inabordable sur ses flancs, était d'autant plus redoutable qu'en cas de retraite il disposait, on arrière de ses lignes et sur le plaleau ra^me, de trois autres positions successives : la première, entre Cerny et Troyon ; la deuxième, h hauteur de Warmont et de Braye ; la troisième, ontin, on arrière de Filain vers Jouy, positions sur lesquelles il lui était facile de prendre pied et d'arrêter la poursuite de Tennomi dès qu'elle deviendrait trop vive.
Retard de Winzingerode. — Nouveaux ordres de Blûcher. — Bataille de Craonne. — Bien que FEmpereur appréciât à leur juste valeur les obstacles que ses troupps auraient h surmonter, il n'hésita pas h maintenir ses ordres d'attaque, parce qu'après avoir débouché du défilé d'Hurtebise, il espérait encore parvenir fi écraser Woronzoff avant qu'il n'eût reçu des renforts. Ne pouvant, avec les jeunes troupes dont il disposait, essaver d'enlever de vive force et à la baïonnette 1^ défilé d'Hurtebise, obligé d'occuper Woronzoff sur son front, afin del'empAcher de renforcer sa gauche sur laquelle il voulait faire effort, il résolut d'engager l'action par un combat d'artillerie*. Mais la gelée et le verglas avaient retardé la marche des batteries, et le feu ne put commencer qu'entre 9 et 10 heures. Ce retard, qui eût pu être fatal h l'armée française si Winzingerode avait paru dès les premières heures de la matinée au nord de Corbeny, avait au moins permis à la division (Charpentier et au corps du duc de Trévise de se rapprocher de Oaonne.
Quelques bataillonsd'infanterie, servant de soutien à l'artillerie qui venait prendre position sur le petit plateau, avaient été aperçus parles avant-postes de Woronzoff*, qui prévint immédiatement le frld-maréchal du mouvement offensif remarqué sur son front.
i «( Si l'Empereur avait ea en grand nombre de la bonne infanterie, c'eût été lo ras de lui faire passer en colonne serreo et au pas de charge le ravin du milieu et do couper, par cette manœuvre hardie, la ligne de son adversaire qu'il aurait oivupé en même temps par des démonstrations sur ses ailes. Mais a l'exception de la f division d'infanterie de la garde, il n*avait que des sold.its de nouvelle levée, exténués de fatigue. Il combina donc les effets de Tartillerie et mit préalablement en action une cinquantaine de bouches à feu de ce cùté du ravin au centre. » (Général Helliard, Bataille de Craonne; Arrhires de Iti guerre,)
Peiidaiil (\iw l'artillerie russe répondail h celte canonnade, l'armée française s'approchait de la position*. Si Ton s'en rap- |)orte à la note du général Belliard sur la bataille de Oaonne, le corps du duc de Bellune* était massé le lon^ du mur du fossé de l'abbaye de Vauclerc. A 600 mètres environ sur la gauche était la V« division d'infanterie de la vieille garde, sur la hauteur du moulin, en face de la ferme d'Hurtebise, sur le chemin de FAnge- Gardien. Au fond du ravin d'Oulches. le prince de La Moskowa* avait massé son corps et deux divisions de cavalerie de la garde, sous les ordres de Nansouty. La 2« division d'infanterie de la vieille garde, ainsi que la division de cavalerie du général Roussel, étaient en marche pour se réunir îi l'armée, lai»'*, sur le plateau du moulin Pontoy ; la 2**, a Craonne.
Blucher, attendant à Brave la nouvelle de l'arrivée de la cavalerie de Winzingerode, qui devait, d'après ses calculs, être sur le point de déboucher ii hauteur de l'aile droite française, se préparait déjà à monter à cheval pour prendre en personne la direction du combat que Woronzofi allait avoir à soutenir, lorsqu'il apprit que la cavalerie était encore dans la vallée de laLette, aux environs de Chevregny, et que les corps de Kleist et de Langeron, trouvant la route barrée devant eux, avaient été forcés de rester en place. Ce contretemps, en déjouant tous les projets du feld-maréchal, en Tempéchant d'obtenir les grands résultats qu'il s'était promis, remettait tout en question et présentait surtout l'inconvénient de laisser la route de Laon ouverte aux Français qui pouvaient, ou y prévenir Bulow, ou l'empêcher de s'y maintenir. Confiant à Sacken le soin de régler les opérations des troupes engagées îi Craonne, il modifie une fois encore ses ordres avant de courir h Chevregny. Il veut, en effet, diriger en personne le mouvement des escadrons de Winzingerode, prendre le commandement de celle masse de cavalerie et essaver encore de réparer par sa présence et par l'impulsion nouvelle qu'il donnera h la marche le temps que lui ont fait perdre l'obscurité, les
* Général Belliard, Bataille do Craonne. (Archives de la guerre.)
* Le général Belliard commet à nouveau l'erreur que nous avons signalée plus haut. Le corps do Ney otait au nord du plateau entre la Bôve et l'abbaye de Vauclorr. Il n'y avait du côté d'Oulches ot du ravin de la vallée Foulon que la cavalerie do Nansouty, et quant à Victor, .venant de Berry-aa-bac et de Corbeny, il n'arriva à Craonne qae lorsque la bataille était déjà engagée.
obstacles naturels, l'état des routes, la ^elée, le verglas, les fautes ou les indécisions du général russe. Kleist, qui devait dans le j)rincipe régler son mouvement sur celui de Winzingerode, reçoit Tordre de passer immédiatement la Lettc h Chevregny et de prendre aussitôt à droite vers Festieux. York, passant par Chavignon, ira sur Bruyères, pendant que Langeron s'établira h Froidmont. Avant de partir, Bliicher a encore j)rescrit h Sacken d'accepter le combat, de se retirer pied à pied et de position en position. Le général russe devra disputer le terrain avec acharnement dans le cas où Napoléon, par des attaques de flanc, réussirait h le déloger; en un mot, il cherchera h donner à la cavalerie le temps d'exécuter cette diversion h laquelle le feldmaréchal ne veut pas encore renoncer et d'achever ce mouvement tournant, dont les résultats seront d'autant plus considérables que Napoléon, s'éloignant de Craonne, se sera engage plus avant sur le plateau.
C'était seulement dans le cas oii il deviendrait impossible de réparer le temps perdu que le feld-maréchal se proposait d'envoyer plus tard il Sacken l'ordre de ramener à Laon, par Chavignon, les troupes engagées sur le plateau et de rappeler la garnison de Soissons qui, évacuant la place aprèsen avoir détruit les défenses, regagnerait Laon par la route de Coucy, La Fére et ('répy.
Ney, qui avait entendu le canon de l'Empereur, avait mis ses troupes en mouvement h 10 heures et se porta contre la gauche des Russes.
La brigade du général Pierre Hoyer marche sur Ailles par le chemin de Chermizy; la division Meunier, passant fi travers les bois, vient se masser au fond du ravin du Trou-de-la- Demoiselle et connnence, sous le feu des batteries russes de l'aile gauche et des tirailleurs qui garnissent la crête du ravin, à gravir le chemin rapidrs étroit et escarpé qui aboutit au sommet du plateau. Woron/ot!, au'iuel ci's mouveniimts n'ont pas échappé, a domié au général Krasowsky Tordre d'évacu(»r Hurtebise. Il établit le. l-i*" chasseurs sur sa prcMuirre lignt^ et charge; les deux escadrons de hussards, mis jusque-là à la disposition de ce général, de senir de souticMi à la ))atterie de l'aile gauche. Un régiment de chasseurs (le il*' régim<'nt). tiré de la deuxième» ligne, va occuper le villajjcî d'Aillés.
L'Kmpiîreur. qui n'a pas encore été rejoint par la division
CharpiMilier, par Morlicr ol par la ravalrrie <lr La Frrriôro. n'a pas assez de moiido sous la main pour se risqu(T à engager la division de Boyer d(» Hebeval et la vieille garde de Frianl. Malgré des prodiges de valeur, les jeunes soldais de Ney ne parviennent, ni à débusquer les ehass(»urs russes d'Aillés, ni à prendre pied sur le plateau. Woronzoft en profile pour renforccT de douze pièces l'arlillerit^ de sa première ligne.
Bien (jue Ney eût attaqué trop lût, il élail eependanl indispensable de le faire soutenir. L'Kmpereur donne en ronséipienee h Victor, qui vient d'arriver au moulin d(? Craonne avec la division Boyerde Hebeval, l'ordre de s(^ porter en avant sans attendre Charpentier. d(» border le ravin de Vauelere jusqu'à la route des Dames H de cht-reher, en dél)OU(;hant derrière Hurtebisi», à donner la main à Ney et à faciliter ses progrès. (Couverte par les nuag(*s de fumets qui s'élèvent des b;\limenls en f<Mi de la ferme d'Hurlebise. conduite {)ar le njaréchal en personne et suivie par son artillerie, qui réussit à se mettre en batterie îi sa gauche, la division Bover de Uebeval franchit en colonne serrée le détilé, se porte en avant, atin de gagner le terrain nécessaire au déploiement des troupes qui la suivront et de soutenir reflfort de l'ennemi en attendant l'entrée en ligne de ces corps qui ne peuvent que monter lentement sur le plateau. Elle s'arrête derrière le tertre de la :!/?////' ^w Veiit\ qui la protège, incomplètement il est vrai, contre le tir des batteries russes. L'artillerie de la division est parvenue à suivre l'infanterie; mais la maladresse des soldats du train et le peu d'habileté des canonniers a tellement ralenti le mouvement de ces batteries, que plusieurs pièces sont démontées avant d'avoir fait feu.
A ce moment, les attaques incessantes, quoique infructueuses, de Ney, le mouvement de Boyer de Hebeval et le tir de quatre batteries de la garde qui, arrivant par Hurtebise, ont pris position près de la ferme de La Roche, ont obligé Woronzoff à occuper une ligne plus oblique en refusant légèrement sa
i On dt'signc sous ce nom un mouvement de terrain perpendiculaire au plateau occidental de Craonne, et situe à un kilomètre environ de l'étranglemeut d'ilurtebise et à 400 mètres de la ferme de La Creute. Cette ondulation, «fui s étend depuis le bord du plateau, à l'endroit où débouche la Vallée Foulon, jusqu'au versant nord du côté du Trou-de-la- Demoiselle, domine de quelques môtrcb le délilé d' Hurtebise.
ifittii'hi*. ijHi'.\t\iti'n hoîuutm de la gauche Je Noy ont pris pied itiii' Ur pl;tte;iii, pendant que, sur la droite des Russes, la cavalerie d l',x<'lrnanH fi dr» \'iu% mus les ordres de Nansoutv, a traversé If ravin d'Oulelieh, ^nivi les pentes de Vassogne et ne va pas l.ird^r il d/'liourJuT sur le plateau. Victor profite du léger flotleini'nl qui s'est produit dans les lignes russes pour se porter l'i iMOO melri'H l'ii avant, avec la division Boyer de Kebevai. Sa \it'fiuïfrf brigade, marchant par bataillons en niasse, avec ses fliirifpn'urH i*l fusiliers s<mi1s déployés en tirailleurs, s'établit diins \f bois Marion^ Sa d(»uxiéme brigage reste (;n réserve en iirneni du bois, lilessô fi la cuisse p(;ndant ce mouvement, le nuirérhal remet le comnuuulement au général Boyer de Rebeval iiu mouMMit où li^s tirailleurs de la division Meunier s^établissnicut dans les bois tpii garnissent les peintes du ravin au drhMius du IxHs Marion.
Wuron/otl, croyant n'avoir rien îl craindre pour sa droite, niutinuait ^i cimcentrer toute son attention sur sa gauche qu*ii Nouait de renforcer et empêchait une fois de plus les troupes de Ney tie déboucher d'Aillés. Arrêtée par le tir à mitraille des llusHCN, la division Boyer de Bebeval ne pouvait s'aventurer en aviuit du bois Marion. Malgrt' le feu meurtrier auquel ses troupes eiaiiMil exposées, ce général avait été obligé de conserver sa divi- Mou eu niasse h partv que, dit-il dans son Bulletin, les ofticiers et les serivtiles parvenaient ainsi à contenir leurs hommes qui, tleploNCs. b*ur auraient échappé et que leur détaul d'instruction empêchait de fairt* le moindre mouvement *. » On resta donc en masse et le mas.s;ure continua.
Vers 1 1 licui'cs, lu ileuvit'^me brigaile ilc cette division s'avance sur roi\lrt* do B\>\er de Uebexal. et dt^bouche du iKUiquet de bois ; mais « ciMume les hommes n'auraient pas su faire une iHMiliv uiaivhe. elle eviSHite ce mouxement par le troisième lan^V y ^llle no lanlo pas ;\ étrr* arr\'ltv. puis nimeiuv vivement d.ius lo Uun par le ^onorul Wouitcu qui >e jette sur elle à la bxiK»iwiotlo ;i\iv lo^ i^' ol l^^ r\^iuu'nls do cha^>t'ar> et la tait vharKer par dou\ OM\idrv»riN do hLi»sini< do l\i\lo>^nid. Le fou
des balterics françaises dirigé par Drouot « qui montrait aux canonniers comment on chargeait et pointait les pièces «, dégage la brigade et oblige les Russes à revenir sur leur position.
L'Empereur, irrité et inquiet tout à la fois de l'insuccès de ces attaques, fait alors traverser le défilé d'Hurtebise à Grouchy qui, débouchant au trot avec les dragons du général Sparre (Ire brigade de la division Roussel), se jette sur la batterie en position î\ l'aile gauche russe, sabre les canonniers russes et enlève la batterie dont le commandant, le colonel Parkinson, se fait tuer sur ses pièces. Quelques instants auparavant, la cavalerie de Nansouty, sortant du bois de Quatre-Heures*, avait chargé la droite des Russes, enfoncé leurs carrés et ramené leurs troupes en désordre jusque dans le fond de Mourson, h peu de distance de Paissy; mais les accidents du terrain et le feu des batteries de réserve russes Tempôchent de pousser plus en avant.
WoronzoflF, dont la gauche a déjà cédé du terrain, dont la droite vient d'être culbutée, n*a cependant pas perdu Tespoir de se maintenir sur la position qu'il a ordre de défendre jusqu'à la dernière extrémité. A sa droite, son infanterie et les hussards de Pavlograd se sont ralliés rapidement sous la protection de la batterie; ils se reportent en avant, regagnent vivement le terrain que la charge imprévue de Nansouty leur a arraché, et rejettent ses escadrons jusque vers les bords du plateau. En môme temps, la brigade Gleboff (6® et 41« régiments de chasseurs) quitte au pas de course la troisième ligne et vient renforcer l'aile gauche. Le général Swarikine*, avec le \9^ chasseurs à pied et le régiment de Schirvan, s'élance à la baïonnette contre les dragons du général Sparre en train de se reformer pour prendre de flanc les hussards de Pavlograd. Mais Grouchy et Sparre sont blessés presque en même temps. Privés de leurs chefs, les dragons hésitent un moment et se retirent
i Le bois de Quatre-lieures est situé à rextrémîté sud du mouvement de terrain connu dans le pays sous le nom de la Mutte-au-Vcnt.
s a Le général Swarikine, ainsi s'exprime Woronzoff dans son rapport, voyant que la batterie à cheval de position du colonel Parkinson avait été sabrée et enlevée par la cavalerie française, passa un ravin avec le régiment de Schirvan, se jeta à la baïonnette contre cette cavalerie, reprit et ramena toutes les douze pièces qui avaient été un moment prises. » Happort original en français. {Archives topographiqaeê, u° 47353.)
niisuile à l'approche de, rinfanterie russe. Leur mouvement rétrograde jette le désordre et la panique dans Iiîs régiments de la division Boyer de Rebeval et dans les rangs des jeunes troupes de Ney qui redescendent en courant les pentes du Trou-de-la- Denioiselle. Ni les exhortations de leurs chefs, ni les menaces, ni les coups de plat d'épée du maréchal ne parviennent à les arrêter; ils vont s'entasser dans le fond du ravin où les projectiles de l'artillerie russe font des ravages atTreux dans cette masse d'hommes serrés les uns contre les autres. Boverde Reb(îval se maintient néanmoins, quoique avec peine, dans les bois, el Nansouty vient d'être rejoint et recueilli par la division Colbert, dont les é<*laireurs, établis dans le bois de Quatre-Heures, tiraillent avec les Russes*. La position de la droite des ligues françaises n'en éUiit pas moins critique. Les Russes avaient une fois en(!ore réussi ii reprendre possession du plateau. Ney n'avait plus guère que 3.000 hommes autour de lui. Les pièces de Boyer de Rebeval étaient presque toutes démontées. Le feu de son artillerie s'affaiblissait, celui de son infanterie devenait presque nul par suite du grand nombre de blessés. Ney envoie demander du secours et Boyer de Rebeval fait prévenir TEmpereur que sa division, si elle n'est pas soutenue immédiatement, va être culbutée. Les Uusses redoublent leurs efforts, et leur supériorité en artillerie et en infanterie est telle, surtout depuis que leur cavalerie s'est avancée, qu'une plus longue défense de la position devient impossible*.
L'Kmpereur, dont tous les calculs ont été déconcertés par l'attaciue prématurée de Ney, est obligé d'engager les renforts au fur et à mesure de leur arrivée. Il ne dispose encore que de la division de cavalerie de La Ferrière à laquelle il donne l'ordre de
* u La baluill<' était enRa^éu vivement sur la droite, lorsque le général Nansouty qui rommandait toute la cavalerie de la |:ard(* me donna l'ordre de me jKirtcr avec une division en avant à tranche à un quart de lieue à peu pr(>s. J'exécutai cet ordre en passant homme par homme par un village au fond d'un ravin el je me form:ii a mi-ciMe. L'ennemi étant on iorcc sur la hauteur où je devais m'étahlir, je commençai à tirailler pour chasser l'ennemi ot découvrir son nom!»re nue l'horizon mas^juait. » (Général Colbert, Notes sur la bataiUe d<» Lraonn»» ; Archire» de la guerre.) La division Colbert (H* division de cavalerie de la ganle) se composait du 2* ri^giment de lanciers, du régiment d'éclaireurs des dragons et du régiment d'ik;laireurs des lanciers polonais.
' Journal de Boyer de Hébcval. (Archives de la guerre,)
charger les batteries russes qu*il importe par-dessus tout de faire faire ou d'obliger au moins h reculer, si on ne parvient pas h les enlever. Les escadrons de La Perrière franchissent le défilé d'Hurlebise à temps, au moment même où la 2« brigade de Boyer de Rebeval venait d*ètre culbutée par les troupes du général Swarikine et rejeléc en désordre dans le bois. Mais si les charges de la cavalerie de La Perrière réussissent ii arrêter Tinfanteric russe, elles ne parviennent pas i\ Tentamer. Décimés par le feu des carrés et des batteries russes, les escadrons de La Perrière (grièvement blessé dans Tune de ces charges) reviennent se rallier derrière Tinfanterie. Leur dévouement n'a cependant pas été inutile. Leurs charges ont permis à Charpentier, auquel TEmpereur a confié le commandement du corps de Victor, d'entrer en ligne avec sa division, de se former à la gauche de Boyer de Rebeval et de reprendre position sur le plateau en avant d'Hurtebise; à Ney de rallier les débris de la division Meunier et de lui faire remonter les pentes du Trou-de-la-Demoiselle. Sur la droite des Russes, Nansouty a reformé sa cavalerie. Ta ramenée sur le plaleau et n'attend plus que l'occasion pour recommencer îi charger. L'artillerie de la garde (70 pièces), conduite par TEmpereur en personne et renforcée par celle de la division Charpentier *, franchit le ravin et canonne les batteries russes.
Pendant ce temps, Blucher a rejoint Winzingerode*. Renonçant à une diversion désormais trop tardive pour pouvoir être efficace et plus que jamais décidé à concentrer au plus vite toute son armée h Laon, il envoie vers deux heures fi Langeron et à Sacken Tordre de se replier sur cette ville. Sacken communiqua
1 Rapport du général Charpentier sur les opérations de la 7*^ division de la jeune garde le 7 mars 1814. (Archives de la guerre.)
s t( Le feld-maréchal, dit Mûffling à propos de la bataille de Craonnc et de la désignation de Winzingerode, aurait dû prendre lui-môme le commandement des 10,000 chevaux de Winzingerode, passer la Lette, se porter sur Ck>rbeny, pendant qu*York et Klcist auraient occupé» sur la rive droite de la Lette, une position leur permettant de tomber sur Taile droite de Napoléon et peutêtre môme sur ses derrières. Qu'aurait fait TEnipcTeur si, engagé avec Sacken à Braye, débordé par York et Kleist passant par Ailles ou Vauclerc, tourné par les 10,000 chevaux, il avait élé obligé de faire front de trois côtés à la fois ; il n'aurait eu d'autre ligne de retraite que les chemins impraticables qui mènent du plateau de Craonnc à TAisno. Enserré entre l'Aisne où il n'avait pas de pont et Boissons encore occupé par les Russes, il aurait eu grand peine à échapper à un désastre.
weii. — m. 12
immédiatement cet ordre à Woronzoff qui répondit « qu'ayant tenu déjà pendant cinq heures, il croyait que la continuation de la lutte coûterait moins de monde qu'une retraite s'eiïectuant en plein jour sous les yeux de la cavalerie française, et sous la protection d'un seul régiment de hussards. » Sacken renouvela son ordre et, avant de commencer lui-même son mouvement rétrograde sur Laon, il laissa sur la position de Cerny et de Troyon toute la cavalerie de Wassiltchikofl (3,900 chevaux formant les divisions Lanskoï, Pantchoulitchefl et Karpôft) avec l'ordre de soutenir et de couvrir la retraite de Woronzoff.
Malgré la fière réponse qu'il venait de faire à Sacken, Woronzoff ne se dissimulait pas la gravité de sa situation. Les Français étaient désormais maîtres des crèt(is, leur artillerie écrasait les batteries russes, leurs réserves arrivaient h tout instant et les troupes de Morlier avaient pris position ii hauteur d'Hurtebise. Au moment où, après avoir fait enlever les blessés capables de supporter le transport et vingt-deux de ses pièces démontées par l'artillerie française, Woronzoff allait commencer sa retraite par échelon et former ses troupes en carré, l'Empereur, qui avait remarqué le flottement des lignes russes, donnait Tordre d'exécuter une attaque générale. Colbert débouche sur le plateau en avant de Vassogne, s'y déploie malgré les feux des batteries russes et des régiments de Nawaguinsk et de Toula, pendant que d'un autre côté du chamj) de bataille, (Charpentier soutenu en deuxième ligne par la division Priant, reprend vigoureusement l'otfensive. « A peine étais-je sur cette hauteur que j'aperçus, dit le général ('olbert dans ses iVo(e« mr la bataille de Craontie\ toute la droite de Tarmée marchant au pas de charge. Dans le môme instant, la nuée de cavalerie russe que j'avais combattue se mit en retraite et, comme le succès de la journée me parut exiger une bonne poursuite, je fis charger cette cavalerie par mes deux régiments d'éclaireurs. Deux immenses ravins ne Tarrétèrenl pas et je passai à sa suite ces deux ravins. »
C'était le général-major Ponset, qui conmiandait la brigade formée par les régiments de Toula et de Nawaguinsk, que Colbert esi)érait entamer d'abord par ses charges et obliger ensuite à
1 Xûtos (lu géucral Culbort sur la bataiUe de Craounc. (Archives de la yurrrc.)
mettre bas les armes. Souffrant encore des blessures reçues h Leipzig et forcé de marcher avec des béquilles, Ponsel avait déjà, à deux reprises, reçu Tordre de se replier : «Je nie ferai tuer ici, mais je ne reculerai pas d'un pas. » La position devenait cependant intenable, et le général Wouitch, qui commandait la première ligne, ne par\'int h triompher de l'héroïque entêtement du général Ponset qu'en lui déclarant qu'il pouvait se faire tuer si bon lui semblait, mais que, quant à lui, il donnait à sa brigadr l'ordre de se replier*. « Je n'avais h ma disposition que des lanciers, dit à ce propos le général Colbert, et après une vingtaine d'attaques sans grands résultats, les Russes se retirèrent h l'approche de notre infanterie qui arrivait*. »
L'infanterie de Charpentier, ployée en colonne serrée, avait, en efl'et, repris son mouvement en avant contre l'aile gauche des Russes, et rejeté les 19» et 44^ régiujonts de chasseurs. Woronzot! les fait soutenir par la brigade Sanders (régiments de Narva et de la Nouvelle-lngrie) qui ralentit un moment les progrès de Charpentier, mais cède à son tour lors de Feutrée en ligne de la division Priant et d'une batterie de la garde. Le régiment de Schirvan seul tenait encore bon en avant des positions occupées par le reste de l'infanterie russe et restait immobile et inébranlable sous le tir h mitraille des batteries françaises, bien que sur sa gauche et sur ses derrières le général Pierre Boyer, soutenu par les divisions Meusnier et Curial, eût réussi à enlever Ailles, à rejeter les 2« et 6« régiments de chasseurs russes, à déboucher sur le plateau et à se prolonger dans la vallée de la Lelte. La situation du régiment de Schirvan était d'autant plus critique que le corps entier de Mortier se portait en avant et que la cavalerie française pressait vivement la droite des Russes. A ce moment deux officiers russes, les frères Selenich, qui servaient l'un comme capitaine, l'autre comme Stabs-capitaine, dans le régiment de Schirvan et commandaient la compagnie de grenadiers placée en première ligne, demandèrent au général-lieutenant Laptieft l'autorisation de se jeter sur celle des batteries de
i Joarnal du colonel Maïewsky, qai commandait à Craoune le 13* régiment de chasseurs russes.
' Notes du général Colbert sur la bataiUe de Craonne. (Arehivet de la guerre.)
Ih'/fiiol f|rji U'.ur (iiW,i\i U* pliis mal. » Avec l'aide de Dieu », leur iV'|miimI U'. p5/*ri/Tal rpii, enlevaril lui-même le régiment, prend la IM(« i\i' riilhn|iM', totiilie lile«»sé rpielques pas plus loin et cède le i'tiuiiiuiUiU*\uf'Ui au y^Mirdï Kwarikine. Le régiment, continue h h'iiviMiriT, wMiant Hiir na route le général Swarikine, blessé quel- (|iM'h niNlaiilH apr/'M Laptiefl, et la plupart de ses officiers. Mais ce rrlniir olliMinir, exécuté au monuMit où tout le reste des lignes niHM'H M« repliait, a romplM(fm(>nt isolé le régiment. Chargé par lu nivulorin IVaiiraiHe, uuuKpiantde cartouches, entouré de toutes paru, lorri' lui enl de revtuûr en arrière et de se frayer un chemin h la liaHonneUe. Kmportant avec lui ses généraux et ses officiers lileHnéK. niuieuant les corps des deux Selenich, cet héroïque ré^ihuMit parvitMit après des efforts prodigieux à rejoindre le ^roM du eorpH de Woron/on» qui a continué à se retirer pas à pas el eu Immi onlre.
A ( lieuiMvs, qu(uqu(t serré do plus en plus près par la cavaleiMO iVuuraise. dont Ut^lliarti a pris le commandement, et que lot CMadnuis tit» Henkendorf, chargés de couvrir et de dégager laile dit»ile ruN>e, m>uI impuissants à contenir, Woronzoff s'établit Nur le plateau eu avant de Cerny, rt*formo ses régiments el s'appuie sur une Uillerie de i\ pièces en position îl Tarbre de ileruN . au heu dit le <;iuv-7Wo/(^. et dont le tir arrête à la fois la p\mrx«Ue do Ia o<i\alorii* sur le plateau et la marche des troupes d\* Non \Lius l^i nîUUv de la Lotte, Wonui/otl ossave d'attendre sur wtlo p\wtiv*u loutr^v ou li^uo do la oavalorio do Was&iltcbikoff, vlout l lutorNoutiv^u lui o.st d iiutaut plus îudisfH*us;iblo qu'au delà do iVrtï> . lo plstto^AU î^VUrgit ivusidorablouiont du côté du sud el vjuo IVUurvL Apr>N iiNvnr Ihhim*uIô les quelques i^scadronsde husviî\Kci ION vwviquos do tn^utoudv^rt', mauvvu\r\* jK>ury déborder vi dîviio l .t v\iX4torto do \V4>MUohikoff arrîxii juste à tempes pour twMoû.ïr Hi.'«i.o{Klort ^^ jvrtuottrv* i ^Vorvnl^^ff. dont rartillerie îî t*îiv\iî>».' xoîuti; ».k* ùit\' Uirv» Ion battortos. do r^*pi\':idr^ si uianrhe
I • t « o i .►»\\'' V «,' i j * ?o "♦, w î " j vi >.>si • • o,* N.' :r x* . i : r\' ,: .; t:^ m : *: . La "• •lut"'*» I»* j H* '.x ". '.Vu vv.N ri •.'•;.! >;*x Vé"^,»c •;^' v> -..ir l'.'jr jr*/. l-erîo N w.itvv'i». M^i i.v.'itt'i, .••M 'ijMv^'x vr»,»i\*:.'«,io> :i .irrs- , ;ri?*' !•*
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les hussards d'Alexandria et de Mariopol, soutenus en deuxième ligne par Benkendorf avec les hussards de Pavlograd et d*Élisabethgorod. Les hussards réussissent h arrêter un moment les escadrons français. Mais ces charges lui ont coûté deux de ses généraux : Lanskoï et Ouschakoft. A peine Wassiltchikofl a-t-il réussi à dégager quelque peu Taile droite qu'il lui faut courir au secours de la gauche de Woronzoff, sérieusement menacée par les troupes de Ney qui, débouchant à Touest d'Aillés, cherchent à déborder la position de Cemy. Une charge du général-major Wassiltchikoff, à la tête des hussards d'Akhtyr et de la Russie- Blanche, rétablit un moment Téquilibre.
L'infanterie de Woronzoff continue désormais sa retraite sous la protection de la cavalerie de Wassiltchikoff qui, après avoir chargé, vient se reformer en arrière de Cemy, les hussards à droite de la route des Dames, les dragons ù quelque distance derrière eux en réserve, et qui se replie lentement par échelons jusqu'à hauteur de Warmont.
Belliard avec les divisions des généraux Colberl et Roussel cherche, en se prolongeant vers sa gauche, à déborder la droite des Russes. Mais il ne peut parvenir à changer la retraite en déroute, et s'il oblige les escadrons de Wassiltchikoff à lui céder du terrain après chacune de leurs charges, il ne parvient ni à les culbuter, ni à arriver jusque sur les bataillons d'arrière-garde. La cavalerie française se rapproche cependant de plus en plus; l'espace qui sépare la cavalerie de WassiltchikofT de l'infanterie russe diminue sensiblement, et Woronzoff, dans la crainte de ne pouvoir faire défiler tout son corps par l' Ange-Gardien sur Chavignon, se décide, i\ hauteur de la ferme de Warmont, à jeter une partie des troupes de son aile gauche, trop vivement pressée par Charpentier et par Ney, dans un chemin creux qui, descendant dans la vallée de la Lelte, aboutit à Chevregny. Charpentier amène aussitôt sur le bord du plateau, quelques bouches à feu qui enfilent le chemin et battent d'écharpe ces bs^taillons, qu'une division de Ney, marchant par la vallée môme, se dispose à prendre à revers. Heureusement pour les Russes, Langeron» posté h Trucy, a eu le temps d'établir son artillerie sur la rive droite de la Lette. Ses batteries obligent les troupes de Ney h s'arrêter et les débris de la petite colonne russe parviennent h traverser la Lette et à gagner Chevregny.
gauche. Quelques hommes de la gauche de Ney ont pris pied sur le plateau, pendant que, sur la droite des Russes, la cavalerie d'Exelnians et de Pac, sous les ordres de Nansouty, a traversé le ravin d'Oulches, gravi les pentes de Vassogne et ne va pas tarder h dc^boucher sur le plateau. Victor profite du léger flottement qui s'est produit dans les lignes russes pour se porter à lOOO mètres en avant, avec la division Boyer de Rebeval. Sa première brigade, marchant par bataillons en masse, avec ses flanqueurs et fusiliers seuls déployés en tirailleurs, s'établit dans le bois Marion*. Sa deuxième brigage reste en réserve on arrière du bois. Blessé à la cuisse pendant ce mouvement, le maréchal remet le commandement au général Boyer de Rebeval au moment où les tirailleurs de la division Meunier s'établissaient dans les bois qui garnissent les pentes du ravin au dessous du bois Marion.
Woronzofl, croyant n'avoir rien à craindre |)Our sa droite, continuait à concentrer toute son altenlion sur sa gauche qu'il venait de renforcer et empêchait une fois de plus les troupes de Ney de déboucher d'Aillés. Arrêtée par le tir à mitraille des Russes, la division Boyer de Rebeval ne pouvait s'aventurer en avant du bois Marion. Malgré le feu meurtrier auquel ses troupes étaient exposées, ce général avait été obligé de conserver sa division en masse « parce que, dit-il dans son Bulletin, les officiers et les serre-files i)arvenaient ainsi à contenir leurs hommes qui, déployés, leur auraient échappé et que leur défaut d'instruction empêchait de faire le moindre mouvement*. » On resta donc en masse et le massacre continua.
\ers 11 heures, la deuxième brigade de cette division s'avance sur Tordre de Boyer de Rebeval, et débouche du bouquet de bois ; mais « comme les hommes n'auraient pas su faire une contre-marche, elle exécute ce mouvement par le troisième rang*. » Elle ne tarde pas îi être arrêtée, puis ramenée vivement dans le bois par le général Wouitch qui se jette sur elle à la baïonnette avec les 2° et 19» régiments de chasseurs et la fait charger par deux escadrons de hussards de Pavlograd. Le feu
i Le bois Marion est nn petit bouquet de bois bordant le versant nord du grand plateau dans toute la partie qui domine les fonds d'Aillés.
' Journal du général Hoyer d«' Hébeval. (Archives de la guerre.)
des balterics françaises dirigé par Drouol « qui montrait aux canonniers comment on chargeait et pointait les pièces », dégage la brigade et oblige les Russes à revenir sur l(»ur position.
L'Empereur, irrité et inquiet tout à la fois de l'insuccès de ces attaques, fait alors traverser le défilé d'Hurtebise à Groucny qui, débouchant au trot avec les dragons du général Sparre (i»"* brigade de la division Rouss(îl),sejetlesur la batterie en position h Taile gauche russe, sabn» les canonniers russes et enlèvr la batterie dont le commandant, le colonel Parkinson, s<^ fait tuer sur ses pièces. Quelques instants auparavant, la cavalerie* de Nansouty, sortant du bois de Quatre-Heures*, avait chargé la droite des Russes, enfoncé leurs carrés et ramené leurs Iroupes en désordre jusque dans le fond de Mourson, h peu de distance de Paissy; mais les accidents du terrain et le feu des batteries de réserve russes Tempéchent de pousser plus (;n avant.
Woronzoff, dont la gauche a déjà cédé du terrain, dont la droite vient d'être culbutée, n a cependant pas perdu Tespoir de se maintenir sur la i)Osition qu'il a ordre de défendre jusqu'à la dernière extrémité. A sa droite, son infanterie et les hussards de Pavlograd se sont ralliés rapidement sous la protection de la batterie; ils se reportent en avant, regagnent vivement le terrain que la charge injprévue de Nansouty leur a arraché, et rejettent ses escadrons jusque vers les bords du plateau. En même temps, la brigade Gleboft (6« et 4i« régiments de chasseurs) quitte au pas de course la troisième ligne et vient renforcer l'aile gauche. Le général Swarikine*, avec le 19<ï chasseurs à pied et le régiment de Schin'an, s'élance h la baïonnette contre les dragons du général Sparre en train de se reformer pour prendre de flanc les hussards de Pavlograd. Mais Grouchy et Sparre sont blessés presque en même temps. Privés de leurs chefs, les dragons hésitent un moment et se retirent
i Le bois de Quatre-lieares est situé à l'extrémité sud du mouvement de terraiu connu dans le pays sous le nom de la Mutte-au-Veut.
s a Le général Swarikiuc, ainsi s'exprime Woronzoff dans son rapport, voyant que la batterie à cheval de position du colonel Parkinson avait été sabrée et enlevée par la cavalerie française, passa un ravin avec le régiment de Schirvan, se jeta à la baïonnette contre cette cavalerie, reprit et ramena toutes les douze pièces qui avaient été un moment prises. » Rapport original en français. {Archives iopographiques, n° 47353.)
S'il est impossible de partager la manière de voir de WoronzofT et de considérer la bataille de Craonne comme un éclatant succès pour les armes russes, il y a lieu de reconnaître que le général Rcnny avait le droit de dire dans son rapport au prince Wolkonsky * : « Ce fut pour nos troupes une des plus vives et des plus brillantes batailles qui ait eu lieu pendant cette guerre. Le comte Woronzoft et les troupes sous ses ordres se sont couverts de gloire. »
La bataille de Craonne aurait pu, en raison de Tavorlement du raid de Winzingerode, être fatale à Bliicher, si la résistance héroïque et acharnée de Woronzoft n'avait pas obligé l'Empereur à engager successivement toutes ses forces et h modifier son ordre de marche, en le contraignant h une conversion sur sa gauche, qui Téloignait de son objectif, Laon.
La bataille de Craonne, comme certains panégyristes de Blûcher se sont vainement évertués à le démontrer, ne pouvait pas être, dans l'esprit du feld-maréchal, un simple combat d'arrièregarde. Woronzoff avait un rôle autrement important h jouer : il devait, par sa résistance, permettre au feld-maréchal d'exécuter un changement de front protégé par le mouvement tournant et par le raid de Winzingerode.
Sans l'héroïsme, sans l'opiniâtreté des troupes russes, sans l'habileté qui présida au choix des positions, tout le plan de Blûcher se serait eftondré dès le moment où la cavalerie de Winzingerode n'arrivait pas à temps sur la route de Reims à Laon, ne débouchait pas sur les derrières des Français d'assez bonne heure pour contrarier et ralentir leur mouvement sur cette ville.
sont, Dien merci, des exceptions qui contrastent par trop avec le caractère gûnérenx du peuple français, pour qu*on essaie do jeter sur elles le voile de Toubli, pour qu'on cherche à faire lo silence sur des faits que le paroxysme du désespoir ne saurait excuser, sur d'indignos et lâches représailles qu*il importe de flétrir au nom de la civilisation, du droit des gens et surtout de Thonneur national.
1 Général Renny au prince Wolkonsky, bivouac près do Laon, 8 mars. Rapport en français. (K, K. Kriegs ArefUc, III, l.'S?.) Nous avons, sans parler des emprunts faits aux rapports de Bclliard, de Colbert et de Boyer do Rébcval, utilisé surtout pour le récit de la bataille de Craonne, le rapport de Woronzoiïà Winzingerode (Rapport n° 98, Arehiret topographiquet, n^ 47353), lo Journal (lu général Krasowsky et rolni du colonel Maïo>\sky.
Le pian de Blûcher péchait donc par sa base, et si Bûlow put atteindre Laon avant les Français, si la diversion manquée de Winzingerode n>ut pas de conséquences désastreuses pour Blûcher, il le dut uniquement h la bravoure des Busses, ù la ténacité de leur général, aux qualités de la position de Craonne, îi l'intelligence avec laquelle Woronzoff, quoique abandonné à lui-même, sut en tirer parti.
Marche de Winzingerode. — Quels que soient les reproches sous lesquels on n'a pas manqué d'accabler Winzingerode et bien qu'avec un peu plus d'activité il lui eût été probablement possible de déboucher moins tardivement, il faut cependant reconnaître que, malgré Timporlance capitale attachée, h juste litre, h la réussite de son mouvement, jamais peut-être entreprise de ce genre n'a été plus inconsidérément décidée, plus sommairement étudiée et surtout plus gravement compromise par les ordres mêmes du commandant en chef.
11 convient de se rappeler, avant tout, que ce fut seulement le 6 mars, h 6 heures du soir, que Blùcher avait fait rédiger Tordre confiant îi Winzingerode une masse de 10,000 chevaux « qu'il devait prendre dans les différents corps, pour se porter ensuite, par Chevregny, sur la route de Laon h Beims *.» L'ordre de Blûcher était conçu en ces termes :
« 5,500 chevaux et les batteries à cheval du corps Winzingerode, toute la cavalerie avec les batteries à cheval du corps Langeron, toute la réserve de cavalerie du I*"" corps et son artillerie à cheval*, le tout sous les ordres du général de cavalerie de Winzingerode, se rendront immédiatement à Filain où leurs chefs se présenteront au général de Winzingerode. » Des instructions spéciales prescrivaient h Winzingerode de passer, au sortir de Filain, la Lette i\ Chevregny, et de déboucher, par Festieux, sur la grande roule de Beims à Laon. « J'avais pensé, dira plus
* Général Rennv au prince Wolkonsky, bivouac près de Laon, 8 mars. (K. K. Krieg» Archiv., 111, 157.)
« Il ne s'agit ici que d'une partie de la cavalerie du I*' corps (8 escadrons de dragons et 5 de cavalerie de landwchr) sous les ordres du comte Hcnckcl. Le reste de cette cavalerie (uhlans et hussards) sous les ordres de Katzler, formait Tavant-gardc du I®' corps et ne prit aucune part au raid. Lo général von Jiirgass marcha avec les régiments de Ilenckel.
lard BlûcherS que la cavalerie mise sous les ordres du général de Winzingerode arriverait à Festieux avant le jour et que Tinfanlerie y viendrait dans Taprès-midi et lui servirait de soutien. Mais tout ce mouvement échoua malheureusement. »
Les ordres donnés par Blûcher et par Gneisenau étaient pour beaucoup dans l'insuccès dont parle le feld-maréchal. Si Ton peut reprocher î\ Winzingerode de ne pas avoir fait preuve à Filain et à Chevregny de toute Faclivité et de toute l'initiative désirables, il faut reconnaître que la fixation même du point de rassemblement à Filain et le choix de cet endroit fait par Gneisenau et ses officiers ont, en réalité, causé tout le mal. Il était, assurément, parfaitement rationnel de diriger sur Filain la cavalerie d'York et de Langeron et de lui faire passer la Lette à Chevregny, mais il était, au contraire, absolument illogique de faire revenir sur ce point la cavalerie du corps même de Winzingerode qui, postée fort avant sur le plateau, de Craonne, avait une dizaine de kilouiMres à ftiire pour rétrograder sur Filain.
Winzingerode ', se conformant strictement aux termes mêmes de l'ordre, n'osa rien prendre sur lui. Il pouvait épargner h sa cavalerie une route inutile, quitter avec elle le plateau h hauteur de Cerny, par exemple, descendre dans la vallée de la Lette, atteindre encore de jour la rive droite :\ hauteur de Chamouille et de Neuville et s'y arrêter jusqu'à l'arrivée des cavaliers d'York et de Langeron auxquels il aurait envoyé l'ordre de le rejoindre sur ce point. Ce qu'on peut lui reprocher, bien plus sévèrement et bien plus justement que son manque d'initiative, c'est la faute autrement grave qu'il commit en négligeant de faire immédiatement reconnaître les routes et les chemins dans lesquels ses 10,000 chevaux et ses 60 h 70 canons allaient s'engager.
(( La cavalerie du général von Jiirgass, lisons-nous dans le Journal (Van officier (Vétai-major du I*''' corps qui prit part au
* Bliichcr à Srliwarzonbor|j:, Rotation des op^Talions du 4 au 10 mars. LMion, 10 mars. (K, K, Kriegt Arch., 111, 189.)
' Winzingerode, dit Miidling, dans son livre Aus mùnem Lehm^ p. 146. nVtait pas linmmc à conduire cette masse do cavalerie. Mais Blùcher avait un grand faible pour lui et le tenait en considération toute particulit'Te « parce qu'il (*(ait ou plutôt avait été un brillant donneur de coups de sabre. »
raids partit aussitôt. Quand ollo arriva h Filain, le village et ses alentours, les fermes, les champs étaient encombrés par Fartilferie et la cavalerie russes. Les généraux et les officiers s'étaient mis h Tabri dans les maisons; mais le général Winzingerode n'était pas encore arrivé et il était impossible d'obtenir le moindre ordre. Le bruit courait cependant qu'on marcherait encore le soir même pour frapper un grand coup. Mais le général n'arrivait pas. Les Russes allumèrent de grands feux, donnèrent h manger h leurs chevaux et s'installèrent h leur manière. Le général von Jûrgass, ne recevant aucun ordre, se décida h faire faire la soupe et ii faire manger ses chevaux, nendant qu'un de ses officiers retournait chercher des instructions. ^
Il avait fallu naturellement plus de temps h Winzingerooe qu'îi Langeron et à York, d'abord pour rallier sa cavalerie employée ce jour-lîi en première ligne et la former en colonne, ensuite pour la ramener sur Filain. Il faisait déjà nuit noire lorsqu'il arrivai Filain; mais soit qu'il ail, non sans raison, craint de s'engager de nuit dans des chemins de traverse non reconnus et courant au milieu de marécages, soit qu'il n'osîU pas pénétrer dans une région inconnue et difficile sans être éclairt^ par Tchernitcheff, il résolut de ne commencer son mouvement que lorsqu'il aurait été rejoint par ce général qui, engagé toute la journée h Corbeny et ù Craonne, dut faire manger ses chevaux avant de se mettre en route et ne put arriver î\ Filain qu'après minuit.
Qu'on accepte la version de Mareschal * qui prétend que Winzingerode n'ayant pu réunir sa cavalerie qu'à 3 heures du matin, déboucha de Filain, le 7, h 6 heures du matin, ou qu'on s'en tienne aux termes mômes du rapport de Blucher * qui attribue aux difficultés rencontrées par la cavalerie au passage de la Lette, le retard et la lenteur de tout le mouvement, il est certain, en tout cas, qu'à 9 heures, au moment où on le croyait h Festieux, Winzingerode était à Chevregny, et qu'à il heures, au moment ofi Blucher quitta Froidmont pour le rejoindre, une
' Journal d'un officier de l'état-major du l^^ cor^ s.
' Major Mareschal à Schwarzenberg, Opérations du 2 au 8 mars. {K, K. Kriegs Archiv., III. 228.) » Blticlicr à Schwarzenberg, Laon, 10 mars. (Ih'd , IH, 189.)
bonne partie de la cavalerie était encore embourbée sur les bords de la Lette. Quand Blùcher, qui avait eu lui-même de la peine à se frayer un chemin au milieu de Tencombrement indicible d'artillerie et de cavalerie amoncelées et piétinant sur place dans des chemins étroits et glissants, rejoignit enfin Winzingerode à Bruyères, tout espoir de déboucher h temps sur la route de Reims pour tenter encore une diversion utile était irrémissiblement perdu. Winzingerode aurait pu, à la rigueur, essayer d*abréger la distance qu*il avait à parcourir jusqu'à Festieux en suivant sur la rive droite de la Lette, le chemin de Trucy, Colligis et Chamouille pour se rabattre à gauche par Macogny sur Festieux. Il s'exposait, il est vrai, h être aperçu par les Français engagés sur le plateau de Craonne; mais se conformant jusqu'au bout aux ordres qu'il avait en main, il avait préféré prendre, bien qu'il ne fût pas plus praticable que l'autre, le chemin le plus long qui passe par Presles et Bruyères \
« De toute ma vie, dit Henckel, je n'ai fait une marche plus horrible », et les détails que nous fournit le journal de l'officier de Tétat-major d'York prouvent que le colonel ne saurait être taxé d'exagération. « Le 7 au matin*, on reçut enfin l'ordre de suivre la division de dragons du général Korif. Le gros de notre cavalerie forma une espèce de longue colonne et se mit en mouvement, si toutefois on peut appeler mouvement une marche en colonne de roule (par trois), dans laquelle la tête de colonne était arrêtée à chaque pas par les innombrables obstacles qu'on rencontrait dans ces mauvais chemins de traverse. La colonne s'y allongeait incessamment, force était de serrer au trot pour s'arrôler de nouveau, parfois pendant des heures entières. Tel a été le tableau présenté par la marche du matin au soir du 7 mars.
« Je ne saurai indiquer exactement les villages (Filain, Chevregny, Lierval, Laval, Presles, Vorges, Bruyères, Parfondru) que nous traversAmes dans cette marche désordonnée. L'étal de rage continuelle, dans lequel je me trouvai, m'a empêché d'en garder la mémoire. Ce que je sais, c'est que pour êlre sûr de ne
1 Major Marcsrhal au prince do Schwarzenberg, Troyes, 42 mars. (A', A'. Krieg^Arehiv., III, 2Î8.) ' Journal trun officier de l'étal-major du !•' corps.
jamais arriver à destination, il n'y avait qu'à suivre celte roule et à marcher dans cet ordre. Le terrain entre i* Aisne ol la Letle est très accidenté, très coupé : les chemins de traverse y sont détestables, et la gelée, survenant après de grandes pluies, les avait rendus absolument impraticables. Force fut de hisser en haut des côtes les canons et les caissons de rarlillerie russe, de les retenir à bras d'hommes sur les descentes couvertes d'une épaisse couche de glace. De plus, il faisait un froid des plus vifs; enfin, l'absence absolue d'ordres, le silence du commandement, la fréquence et la longueur des haltes, imposées par la nécessité de remorquer l'artillerie et faites en plein champ, loin de tout village, contribuaient encore à exercer une action démoralisatrice sur les hommes. A peine commençait-on i\ donner Tavoine aux chevaux que tout à coup la tète de colonne repartait et se mettait inopinément en mouvemenl. Quiconque a pris part h celle marche en gardera un souvenir ineffaçable, comme celui d'une des plus tristes journées de sa vie militaire.
« Mais tous les maux ont une fin sur cette terre et celte fin nous la trouvâmes à Parfondru, à environ 45 kilomètres de Filain. Winzingerode était avec la tète de colonne h Maison-Rouge, en avant de Festieux où nous arrivâmes dans la nuit du 7 au 8. On y bivouaqua et c'est là que chacun reçut, le 8 au matin, l'ordre de rallier son corps d'armée.
« Le général von Jûrgass rejoignit le !«»" corps à Laon.
« Ainsi se sont passées les choses, ajoute en terminant l'officier prussien. Malgré les difficultés du terrain, on aurait pu passer et c'est d'ailleurs ce qu'à prouvé le II« corps qui, marchant à côté de Winzingerode, a parcouru la même distance en une seule marche. Devant l'impossibilité de justifier celte marche de la cavalerie, on ne saurait en tirer qu'une seule conclusion : c'est ainsi qu'il faut conduire la cavalerie si l'on se charge de prouver son absolue inutilité *. »
» c( Je n*;ii pas eu le bonheur, écrivait Winzingerode à IVmpereur Alexandre, d'arriver à temps avec ma cavalerie et d'assurer des avantages décisifs par une attaque dirigée sur les derrières de l'Empereur. Obligé de passer par des chemins creux avec ma nombreuse cavalerie et mon artillerie à cheval, j'ai débouché à la nuit seulement et avec ma tétc de colonne à Corbeny. Mes troupes ont fait quelques prisonniers, faible consolation pour celui qui a le regret de n'avoir pu prendre part à la bataille. » (Lettre do Wiuzingcrode, 8 mars. Journal des pièces reçues, d? 468.)
On peut aisément se figurer, avec le caracliTe de Blûcher, la scène qui se passa entre lui et W'inzingerode, ii Bruyères, d'où Ton entendait le canon de Craonne. On peut se représenler la fureur du feld-niaréchal, dé'jh maiade et qui commençait à ressentir les premières attaques de l'ophtalmie, qui paralysa son activité pendant plus de trois semaines, deviner les reproches qu'il fit pleuvoir sur le général russe, reproches d'autant plus vifs que Kleist, parti le 7 au malin seulement et arrêté à Chcvregny par la cavalerie, avait réussi, en passant par Pancy et Macogny, h arriver h Feslieux à 4 heures, avec tout son corps et ses batteries de 12 livres *. Mais tout en rejetant la responsabilité de l'insuccès du mouvement sur Winzingerode, le feld-maréchal devait cependant s'avouer à lui-même que, plus encore (jue la lenteur et l'indolence de Winzingerode, les ordres mal donnés par son état-major, le choix déplorable de l'itinéraire imposé à la cavalerie et la préparation plus qu'insuffisante d'un mouvement d'une nature aussi complexe et d'une exécution aussi délicate, étaient les véritables causes du retard éprouvé et de Teffondrement de son plan.
On peut aussi se demander si Bliicher ne s'était pas laissé séduire trop facilement par un vain mirage et si, même exécutée vivement, la diversion de Winzingerode aurait amené les résultats qu'il désirait. En débouchant même dans les premières heures de la matinée entre Festieux et Corbeny, Winzingerode avait bien des chances d'échouer dans son entreprise. Le principal élément de succès de semblables mouvements lui aurait fait défaut. 11 aurait d'autant moins réussi à surprendre rEnq)ereur par une apparition qui, pour être couronnée de succès, devait être subite et imprévue, que la cavalerie française éclairait depuis la veille la route de Laon, qu'une |)arlie de la division de Roussel occupait Corbeny et que les divisions Charpentier et de Padoue, les corps de Mortier et de Marmont en marche de Berryau-Bac, seraient arrivés en ligne à temps pour soutenir la cavalerie et pour rejeter Winzingerode bien avant Tenlrée en ligne de Bùlow et de Kleist.
Quant à la bataille do Craonne, elle n'a été ni la victoire déci-
* Mares<.lial ;i Schwarzeubcrg, Troycs, 12 luars. (A'. A'. Kriegt Archiv., ill. â28), et Rapport de BlUctier au roi de Pru9s<'.
sive dont parloni los Bulletins et la Correspondance, ni une affaire d'arrirre-garde coninie on a voulu le prétendre depuis, ni un succès au point de vue slratégii|ue, comme Claus<î\vitz * essaye de le démontrer. « 11 n'y a pas dans l'histoire, écrit-il dans sa Critique stritti^f/ique. parmi tou^ les combats se terminant par un échec, un seul engagement qui ait à un tel point le caractère d*une victoire stratégitiue, non seulement parce cju'on obtint le résultat qu'on s'était proposé en occupant l'ennemi jusqu'il ce que Bli'icher ait atteint son objectif principal. Laon, mais encore parce (|u'on ne perdit ni un canon ni un prisonnier. » On comprend à la rigueur (jue s'adressani, dans son ordre du jour à ses trou|)es qui avaient si vaillamment combattu h Craonne, Woronzoff ait pu leur dire : « L'ennemi n'est |)arvenu ni h nous battre, ni h nous chasser de nos positions. Nous ne nous sommes repliés que sur un ordre formel du feld-maréchal et en raison des changements «lu'il apporta îi ses dispositions *. » Blùcher lui-même n'ose pas aller aussi loin cpie Clausewilz, et dans son rapport à Schwar7,enberg, en rendant compte de la retraite de Woronzoff, il se contente de dire : « L'artillerie et la cavalerie russes peuvent compter cette journée parmi Tune des |)lus glorieuses de leurs annales '. »
Il est, par ex(^m|)le, impossible de laisser passer sans essayer de la réfutiîr, l'assertion de Clausewitz qui déclare dans sa C/ififtie que la bataille de Craonne n'a pas été une faute, mais un moyen sanglant et forcé, auciuel le feld-maréchal dut avoir recours*.
Si, par respect pour le grand écrivain prussien, on va même jusqu'il admettre avec lui ipie la bataille de Craonne n'a pas été une faute, si on lui concède même (pie l'exécution de l'idée de
* Clausewitz, Critique stratégique de la campagne de 1814.
* Ordre du jour do Wozonruff, Laun, 12 mars 1814. (Ordre n^ 26.)
* Bliichcr à Sch^arzenberg, Laon, 10 mars. (K, K. Kriegs Archiv,, \\\^ 189.)
*' Le comte Nostitz, dans son Tagebuch, avoue lui-mi>me que l'on n'aurait assarémeiit pas son;;» à Uvror la bataiUe de Craonne, si Ton ne s'était pas laissé aller à des illusions chimériques, fondées uniquement sur le résultat que deirait amener le mouvement débordant de la cavalerie de Winzingcrode. Et il ajoute : <c La bataille de Craonne s'est ainsi transformée en combat partiel, dioDt l'issue nous a Clé absolument contraire. > (KriegsgeschichUiclie EinzeUckriflen, 1884. Y, 120.)
Bliicher a seuhî laissé à désirer, il est impossible de ne pas re- |)rocher à Blucher les erreurs irréparables commises dans la journée du G, erreurs qui Tont obligé à renoncer, de l'avis même de (^lausewilz, à sa première idée, meilleure et plus digne de lui. Ne i)eut-on pas aussi se demander, avec le général de Brûnneck, quelles considérations empêchèrent, avant la bataille de Craonne, Bliïcher de jeter à gauche des hauteurs et du plateau entre l'Aisne et la Lette, trois de ses corps d'armée qu'il aurait établis entre Berry-au-Bac et Corbeny, et de faire occuper les hauteurs |)ar un seul de ses corps ? Si Ton pénètre encore plus avant dans la question, on cherchera vainement les motifs pour lesquels le feld-maréchal a renoncé, avant de livrer cette bataille, au mouvement offensif et à l'attaque de flanc qu'il se proposait d'exécuter le 6. On se demandera encore s'il était nécessaire de faire rétrograder toute l'armée de Silésie sur la position de Laon, et si, en raison même des circonstances, en raison môme du doute qui paralysa le mouvement de cette armée et de l'incerlilude (pii régnait au sujet des mouvements de l'Empereur, il n'eût pas mieux valu rester avec toutes les forces aux environs de Soissons pour pousser ensuite, en s'appuyant sur cette place, sur les communications de Tarmée impériale? Enfin, Blucher a commis une erreur non moins grave, en retirant, au moment de la bataille de Craonne, la garnison qu'il avait mise à Soissons. Son armée était tellement su|)érieure en nombre qu'elle n'avait pas besoin du faible appoint de ces G,000 hommes. Soissons, abandonné par l'armée de Silésie devenait, au contraire, pour l'Empereur une base précieuse*, un appui inespéré pour ses opé-
* Di^s le 8 au mnlin, rEinpcrcur informe do révacuation de Soissons, faisait (Vrire par Borthier, de l'Ange Gardien, au Ministre de la guerre : « La ligne d opt'rations de l'année et du quartier général impérial doit être de Paris par Soissons. cxoeplé pour ce qui concerne le H® corps, le 5° de cavalerie, les 2* et ?• corps, les i« et 6* de cavalerie et la division Pacthod qui vont sur Nogent. »> {Arehivft de la guerre.)
l)ans son rapport {*'n français) relatif à révacuation de Soissons et daté de Laon, le 9 mars, Langeron écrivait ce qui suit : <» Le général Hudsewitcli a cncloué toutes le^ pièces trouvtt^s à St)issons et brûlé tous les affûls. Le manque total «le chariots l'a fon*é d*y laisser ses blessés qui furent pris et soigm.'S par les ennemis. 11 marcha par tloucy et Saint-lîobain et vint me rejoindre prés d*' Laon le U mars à 10 heures tlu matin. »
AussitiM après l'évacuation de Soissons. le conseil municipal de Soissons avait adri*ssé à Clarkc lu lettre suivante, datée du 8 mars : u Monseignear,
rations sur la rive droite de FAisiie, et l'on devait prévoir, te qui est arrivé d^ailleurs, qu'après la bataille qu'on voulait donner, cette place, retombée aux mains des Français, générait considérablement les mouvements de Tarmée victorieuse de Blûcher.
Ne devait-on pas craindre également que la bataille de Craonncf suffirait pour montrer à Napoléon la situation sous son véritable jour et qu'après une victoire qu'il avait si chèrement achetée, il s'empresserait de profiter de l'évacuation de Soissons pour y prendre une position expectante lui permettant de refaire son armée, de se lier avec Macdonald et d'attendre une occasion favorable pour donner une rude leçon h celui de ses adversaires, qui, reprenant Toflensive, viendrait l'y attaquer.
La bataille de Craonne était donc, quoi qu'en dise Clausewitz, une faute insuffisamment compensée par l'occupation de Laon où rien n'ooligeait l'Empereur à aller chercher Blùcher, une faute d'autant plus grave que cette bataille avait provoqué un mécontentement général dans son armée, réveillé l'animosité un moment assoupie entre Prussiens et Russes et mis en relief l'indécision et les défaillances du commandement.
L'indisposition de Blûcher avait paralysé l'énergie ordinaire de ses conseillers. Les échecs éprouvés en février, le contraste existant, tant dans leur aspect extérieur que dans leur attitude, et leur moral, entre les soldats en haillons de Kleist et d'York et les troupes fraîches et bien habillées de Bûlow, avaient exercé une singulière et désastreuse influence, môme sur l'esprit de Gneisenau. Sa décision habituelle avait fait place h une prudence exagérée. Triste, préoccupé et hésitant, il cherchait h temporiser, h éviter tout engagement sérieux. Depuis la capitulation de Soissons, il avait en vain cherché k se ressaisir. Depuis que la jonction avec Bûlow et Winzingerode avait relevé le moral des soldats, depuis qu'il était chargé de préparer les opérations d'une armée de 100,000 hommes, il s'était produit en lui une transformation
Nous avons Thonnear de vous informer que les armées coalisées ont évacué notre ville hier de 5 heures à 10 heures du soir en toute hâte et ont pris la route de Coucy et de Laon.
« Nous ne vous parlerons pas des malheurs de la ville et de la campagne. Les détails font frémir. Nous sommes dans Tétat le plus déplorable.
« Nous sommes avec respect, etc. » (Archives de la guerre.)
w«ii. — in. 13
soudaine. S'cxagérant les difficultés, il se laissa arrêter par des obstacles insignifiants, par des considérations absolument secondaires, et lui qui, presque seul avec le feld-raaréchal, n'avait jamais désespéré, même aux jours de Montmirail et de Champaubert, il commença ii douter et h craindre pour la première fois depuis le début de la campagne. « On ne saurait se faire une idée », écrit un officier bien placé pour suivre et voir de près ce qui se passait à Tétat-major de l'armée de Silésie, « de l'indécision, du trouble et de la confusion qui régnent au quartier général. »
Sans avoir à craindre de ternir la gloire de Blùcher, de porter atteinte à la réputation méritée de Gneisenau, Clausewitz aurait assurément coupé court à des controverses, que son admiration par trop partiale devait provoquer, en laissant de côté une argumentation spécieuse et indigne de lui, en reconnaissant franchement les fautes commises, en leur attribuant leurs véritables causes, l'état de santé du feld-maréchal, la situation difficile et l'embarras assez naturel de son chef d'élat-major général. Ne se sentant plus couvert et soutenu, encouragé et poussé par son général, Gneisenau recule, on ne saurait s'en étonner dans des circonstances aussi graves, devant une responsabilité aussi écrasante. N'osant compromettre son général malade par une action énergique s'exerçant forcément en dehors de la direction personnelle du feld-maréchal, il hésite devant des résolutions dont il reconnaît cependant l'importance et la nécessité, mais dont la bonne exécution et la réussite sont, il est vrai, en grande partie subordonnées à l'influence personnelle que Blûcher exerce sur les troupes comme sur leurs chefs ainsi qu'à la confiance que seule sa présence, son intervention et son action peuvent inspirer au soldat.
Positions de Tarmée de Silésie le 7 mars au soir. — Mouvements de Saint^Priest et de Tettenborn sur Reims.
— Pendant que Russes et Français se couvraient de gloire sur le plateau de Craonne, les autres corps de l'armée de Silésie avaient exécuté les mouvements prescrits par Blucher avant son dépari de Froidmont.
Arrivé à Festieux le 7 mars, îi 4 heures du soir, Kleist avait immédiatement envoyé des partis de cavalerie dans la direction
de Corbeny et chargé deux escadrons de uhlaiis d'observer le chemin de Craonne h Laon par Bruyères.
Bûlow était en position h Laon.
York, parti de Chavignon, dépassa Étouvelles et vint camper le soir à Leuilly. Sacken et Langeron étaient encore en route et allaient marcher une partie de la nuit pour arriver aux environs de Laon, le 8 au malin K
Pendant les journées des 6 et 7 mars, Saint-Priest avait continué son mouvement sur Reims. Dès le 5, il avait essayé d'y devancer Corbineau, et aussitôt que le prince Gagarine lui eut donné avis de Tapparilion des Français à Fismes, il avait immédiatement dirigé sur celte ville le général Emanuel avec le régiment d'infanterie de Pololsk, les dragons de Kiew et quatre bouches à feu, et envoyé h Jagoflf Tordre de venir au plus vite h Chdlons*. Malgré toute la rapidité qu'il avait imprimée ii sa marche, Emanuel était arrivé trop lard et s'était arrêté h Sillery à la nouvelle de la prise de Reims. Il avait aussitôt fait prévenir Saint-Priest qui, rejoint par une partie des Iroupes de Jagoft, s'établit le 6 à Beaumônt-sur-Vesle. Saint-Priest s'était aussitôt mis en communication avec Tettenborn posté à Épernay et avait décidé de tenter le 7, de concert avec lui, un coup de main sur Reims.
Le 7 au malin, Tettenborn se montrait de nouveau devant Reims pour concourir à l'opération; mais, la matinée tout entière s'étant passée sans que ni les troupes de Saint-Priest, ni celles d'Emanuel eussent paru, Tettenborn dut se borner à envoyer vers Fismes des partis chargés d'observer les mouvements de l'ennemi*.
A 3 heures de l'après-midi seulement, Saint-Priest arrivait par la rive droite de la Vesle, à demi-portée de canon de la ville avec 6,000 hommes (3 régiments du 8« corps russe, 6 bataillons de landwehr prussienne et 3 escadrons de dragons de Kiew). Un numéro du Courrier français et une dépêche inlcrceptée du duc
i Bliicher à Schwarzenberg, Laou, 10 mars. (K, K. Kriegs ArefUv., lU, 189.)
' Saint-Priest aa comte Wolkonsky, Cbâlons, 5 mars. (Journal des pièeei reçues, n» 442.)
* Tettenborn à Schwarzenberg, Port-à-Binsou, 13 mars. {K, K, Kriegs Archiv., m, 241.)
de Viceiice lui iivaicnt fait connaître la présence de rEuipereur h Berry-au-Bac.
« J'ai d'abord cru que c'était une fausse nouvelle qu'on m'envoyait de Reiras, mais cela ne m'a pas empêché de faire la reconnaissance projetée. Nous avons attaqué la ville assez vivement et j'ai fait enlever le faubourg de Rethel. Pendant ce temps, nous entendions une canonnade tr^s vive du côté de Berry-au-Bac, et aussitôt nous avons vu arriver une forte colonne de cavalerie qui venait au secours de la ville *. Ignorant si cette cavalerie ne serait pas suivie d'un corps plus considérable, j'ai fait cesser le feu et j'ai concentré mes troupes h une lieue de la la ville *. »
Tettenborn, après cette tentative infructueuse, retourna à Épernay. Le soir, le reste du corps de JagofT rejoignit Saint- Priest qui, cantonnant sur la rive gauche de la Vesle, les trou|)es russes à Sillery et h Taissy, les Prussiens de Jagoft à Puisieulx et h Champfleury et son avant-garde sous les ordres du général Emanuel à Bézannes, résolut d'attendre sur ces positions l'arrivée des 5,000 hommes de troupes russes que lui amenait le général PantchoulitcheflT pour tenter ensuite une attaque sérieuse contre Reims.
Napoléon reçoit des nouvelles de Ch&tillon.~ Il semble, quand on examine de prés les événements de cette campagne, que la fortune se soit complu à mettre un raffinement tout particulier dans l'acharnement avec lequel elle multiplia les coups qu'elle portait presque journellement îi l'Empereur. A Fismes, Napoléon avait appris à la fois la capitulation de Soissons et la signature du traité de Chaumont. En rentrant à son quartier général de Braye, après une journée dont il avait lieu de n'être qu'à moitié satisfait, après une victoire qui ne lui valait que la possession du champ de bataille, il reçut la nouvelle que la commission de Lusigny était dissoute. Il y trouva M. de Rumigny qui venait, de la part de Caulaincourt, lui apporter les dépèches rendant compte de la séance du 28 février. En lui annonçant que
* Il s'agit là do quelques escadrons de gardes d'honneur du gêuéral Dofrancc.
« Saint-Priesl à Wolkonsky. Sillery, 9 et 10 mars. (Original en français. A'. A'. Kriegs Archiv., lU, 205 a et 205 6.)
le délai suprême accordé par les plcnipolenliaircs alliés expirait le 10 mars, Caulaincourl suppliait l'Kuipereur « de céder et de prendre la seule résolution qui pouvait sauver son Irone et la France. »> Rumilly n'aurait pu arriver ti un plus mauvais moment. S'il ne s'illusionnait pas sur la portée immédiate de la victoire de Craonne, Napoléon n'avait pas perdu l'espérance de rétablir ses affaires par une victoire décisive et de triompher de la coalition; il ne considérait pas encore la partie comme perdue, et le lendemain Rumilly retournait h Ch;\lillon, non pas avec le contre-projet réclamé par Caulaincourt, mais avec cette étrange réponse : « S'il me faut recevoir les étrivières.cc» n'est pas à moi à m'y prêter et c'est bien le moins qu'on me fasse violence*. »
8 mars 1814. — Blûcher concentre son armée à Laon. —
Après la perte de la bataille de Craonne, ou pour mieux dire, dés le moment où, arrivé h Bruvéres, il avait dil se convaincre de l'avorlement du raid de Winzingerode et du mouvement tournant projeté sur Corbeny, Blucher avait pris le parti de concentrer au plus vite toute son armée fi Laon et d'employer la journée du 8 h se préparer à la bataille décisive qu'il espérait y livrer ;i l'Empereur. A cet effet, il avait prescrit aux corps russes de Langeron, Sacken et Winzingerode (aile droite) de s'établir en avant de la route de Laon, à Crépy et La Fère, en arrière de Laniscourt, leur gauche appuyée au pied des hauteurs de Laon, leur cavalerie à la ferme de Loisy. entre la ville même et Besny. Bûlow occupait au centre de ces lignes Laon et les villages voisins situés au sud de la ville. L'aile gauche (corps prussiens d'York et de Kleist) devait prendre position au nord-est de Laon, du côté du faubourg de Vaux, la cavalerie en deuxième ligne il l'extrême gauche, derrière la route de Chambry *. Le corps de cavalerie, mis i\ la disposition de Winzingerode depuis le 6 au soir, était dissous.
A Taile droite, la ligne des avant-postes allait s'étendre de
* Faim, Manuscrit de 1814.
* Blucher à Schwarzenberg, Laon. 10 mars (K, K, Kriegs Arehiv,, Ilf, 189) ; Maresehal à Schwarzenberg, Troyos, 12 mars (Ibid., Ill, 228), et général Renny au prince Wolkonsky, du bivouac on avant de Laon, 8 mars (ihid., 111. 157).
Clacy îi Chivy et Élouvelles. Des partis de cavalerie avaient ordre de se tenir plus en avant, de conserver le contact avec les Français et de fournir des postes d'observation du côté de Crépy. La cavalerie légère de Winzingerode sous les ordres de Tchernitcheff, restait sur les hauteurs entre la Lette et Laon. Le centre était couvert par le colonel de Blucher posté entre Festieux, Veslud et Eppes, avec deux bataillons, quatre escadrons ol une demi-batterie. Le général von Katzier remplissait le même rôle à Taile gauche avec deux régiments de hussards, dont le gros se tenait sur la lisière ouest de la forétdeSamoussvet s*éclairail sur la route de Reims.
Marche de TEmpereur sur Laon. — L'Empereur, avant de prendre la funeste résolution de se porter sur Laon et surtout de marcher sur deux colonnes, semble avoir hésité pendant quelques heures. A 3 heures du matin, informé de la présence de partis cosaques sur ses derrières, il s'est borné h prescrire à Marmont el à Padoue de dégager ses communications et de balayer la route du côté de Corbeny.
A la pointe du jour, Belliard, avec les divisions de cavalerie de Roussel et de La Ferrière, avait repris la poursuite de Benkendorf. Échangeant avec lui quelques coups de canon, il l'avait suivi jusqu'à Urcel, où ce général rejoignit, vers les 4 heures, la cavalerie légère de Tchernitcheff et la brigade d'infanterie du général Krasowsky. Rien ne révélait jusque-là la direction du mouvement ultérieur de l'armée et, contrairement h ses habitudes, ce fut vers 40 heures du matin seulement que l'Empereur fit partir l'ordre fatal de marcher sur Laon. A-t-il réellement cru que Blficher n'avait laissé sur cette position qu'une arrièregarde chargée de masquer ou sa retraite vers le nord, ou un mouvement dirigé sur Paris par la vallée de l'Oise ? L'évacuation inattendue et inexplicable de Soissons, excluait cependant la possibilité d'une marche sur Paris, par cela même que, maître de Soissons, Napoléon était désormais en mesure de lui barrer la route. L'Empereur connaissait, d'ailleurs, trop bien le caractère et la ténacité de Blucher pour avoir pu penser qu'une défaite sans conséquence, qu'un échec sans lendemain, comme la bataille de Craonne, avait suffi pour décider le feld-maréchal à se replier vers Avesnes et les Pays-Bas, à céder d'un seul coup tout
le nord-est de la France et ji aller sollieiler Tappui du prinee royal de Siu'^de. Aucune de ces hypothèses ne nous parait admissible.
Il nous semble, d'ailleurs, qu*on lient souvent trop peu de compte de l'état moral des commandants d'armée au moment où ils doivent prendre de graves résolutions, qu'on attache trop peu d'importance h l'influence que des considérations de toutes sortes exercent sur l'esprit du chef, surtout lorsque, comme Napoléon, le général en chef est en même temps le souverain et que, pressé par un concours de circonstances, il se croit obligé de hftter la crise qui doit ou perdre ou sauver son armée, son pays et sa dynastie.
Sans l'arrivée de M. de Rumigny, sans les dépêches de Caulaincourt qui, s'acquittant courageusement en bon Français et en fidèle serviteur de son ingrate et difficile mission, suppliait l'Empereur de céder, sans l'imminence de ce délai suprême qui expiniit 48 heures plus tard, il est probable que l'Empereur n'aurait jamais donné l'ordre de marcher sur Laon. Reprenant position i\ Soissons, il y aurait attendu le moment opportun pour entamer la nouvelle série de ces brillantes manœuvres sur les lignes intérieures dont il savait si mer\'eilleusement tirer parti et ((ui lui avaient valu tant de victoires. Mais la bataille de Craonne n'avait rien décidé; l'échéance fatale approchait; il lui fallait une victoire éclatanle pour contraindre de nouveau les Alliés à compter avec lui et leur arracher une paix basée sur les propositions de Francfort. Ce sont là, crovons-nous, les seuls, les véritables motifs qui ont décidé l'Empereur à attaquer sur des positions inexpugnables un ennemi deux fois plus nombreux que lui, à se départir de sa |)rudence et de sa logique ordinaires et h violer de la façon la plus formelle les principes mêmes qu'il avait toujours victorieusement apjiliqués.
A 10 heures du malin, la marche sur Laon est donc chose résolue : les ordres partent et, quelques instants après, l'armée française reprenait sa marche interrompue depuis la veille au soir. Deux routes, toutes deux aux mains des Français, celle de Soissons et celle de Reims, mènent à Laon. Le gros de l'armée impériale, après avoir délogé les Russes du plateau de Craonne, était déjà, depuis le 7 au soir, à proximité de la première de ces routes; le corps de Marmont était encore sur la deuxième, et l'Empereur (la journée de Craonne le lui aurait
prouvé, si la carte et les renseignements des gens du pays ne lui avaient pas suffi) ne pouvait ignorer que les communications transversales étaient, si ce n'est absolument impossibles, du moins extrêmement difficiles dès qu'on avait dépassé la route des Dames. Il semble donc que Napoléon ne pouvait avoir d*hésitation que par rapport au choix entre l'une de ces deux routes. En marchant par la route de Soissons, il arrivait plus rapidement à Laon, et Marmont, rappelé de ce côté, pouvait aisément le rejoindre et entrer en ligne avant le 9 au matin. Mais il dégarnissait la route de Reims et permettait h Blûcher non pas de filer vers la Belgique, mais de culbuter le faible détachement de Corbineau et d'opérer ensuite sa jonction avec la grande armée alliée. S'il se décidait, comme il n'aurait pas hésité à le faire en d'autres temps, à porter toute son armée sur la route de Reims, il ne courait aucun risque. II est pou probable, en effet, que Blûcher, qui venait de donner l'ordre d'évacuer Soissons, eût tenté d'enlever une fois de plus cette place, de reprendre par là sa marche sur Paris, de recommencer un mouvement auquel il avait déjà renoncé et qu'il n'aurait certainement pas osé entamer à nouveau sous les yeux de l'armée impériale prête à tomber sur son flanc. Bien qu'il fût, en outre, plus facile d'aborder la position de Laon en débouchant par Athies, bien que la présence de l'armée française au nord et à l'est do cette villft dût, après une bataille gagnée, faciliter singulièrement et sa jonction avec les troupes venant des places de la Moselle et son mouvement contre la droite de la grande armée, l'Empereur, oubliant les principes mômes auxquels jusqu'alors il était toujours resté fidèle, se décida à marcher contre Laon en deux colonnes absolument sépaî'ées lune de l'autre.
Marmont avec le 6« corps, la division du duc de Padouo et lo 1«' corps de cavalerie, se porte sur Laon par la route de Reims avec l'ordre de maintenir ses communications avec celte ville et avec Soissons qui a été réoccupé dès le 8 au malin, do nettoyer les derrières de l'armée et de laisser à Bcrrv-au-Bac un délachoment chargé à la fois d'y garder le pont et de servir de poslo do correspondance avec Reims*.
^ Major-général à Marmont, 8 mars, Braye, 10 heures da matin, et Malvnl. il heures da matin. {Archives de la guerre.)
I/Empereur prend la route de Soissons avec Ney, Mortier, la garde (infanterie et cavalerie) et les dragons de Roussel. En commençant aussi tardivement son mouvement, TEmperour avait donné aux troupes de Sacken et de Woronzofl la possibilité de prendre de Tavance et d'achever sans encombre une retraite qu'il aurait pu sérieusement contrarier en les poursuivant dès le matin. Benkendorf, mollement suivi, avait eu le temps de s'établir h Urcel derrière un ruisseau marécageux, de faire prendre position à sa batterie h cheval dont le tir arrêta la cavalerie française pendant une grande heure et l'obligea à faire un assez grand détour pour tourner Urcel, pendant que la cavalerie russe, ayant atteint son but, se repliait sur Ètouvelles.Tchernitcheff, qui avait pris le commandement de Tarrière-garde de Winzingerode, avait fait occuper le village par Tun des régiments de Krasowsky et placé l'artillerie à cheval en batterie sur une position d*où elle enfilait dans toute sa longueur la levée sur laquelle la route traverse les marais. Le 2* régiment de la brigade de Krasowsky s'était établi sur son ordre à Chivy et la cavalerie de Benkendorf avait été envovée h Laon.
* Les cosaqaes da Bug, faisant partie du détachement de Benkendorf, avaient enlevé dans la nuit du 7 au 8 et immédiatement envoyé à Bliicher, un secrétaire interprète de Berthier, un Hanovrien nommé Palm. York, venu de Leuilly à Laon pour chercher des ordres, assista avec Bùlow, Sacken et d'autres généraux à l'interrogatoire de Palm. « Il est, écrivait, en parlant de Palm, Bliicher à Schwanenberg, de Laon le 12 mars (If. K, Kriegt Archiv., IIL SS9). complètement au courant de la situation ; il a accompagné l'Empereur depuis le mois de janvier et raconte une foule de choses sur les derniers événements. Ainsi on a su par lui que les Français ont tellement négligé le service des espions que l'Empereur ignore toujours notre force et notre situation. On cherche à se servir maintenant de gendarmes déguisés ; mais les gendarmes refusent de se prêter à ce service qui ne leur plaît pas. L'armée française, d'après Palm, compterait en tout 90,000 hommes, dont 70,000 sur l'Aisne et 20,U00 devant Votre Altesse. Tous les ronforU expédiés de Paris allaient rejoindre Oudinot. D'après Palm, il y aurait dans l'armée française 12,000 hommes de vieille garde, 15,000 hommes (dont 3,500 de cavalerie, à savoir 7 régiments de dragons) venus d'Espagne et 16,000 hommes de jeune garde. Tout le reste ne se composerait que de conscrits. Toujours d'après Palm, l'Empereur voyant qu'il ne pouvait contraindre la grande armée à accepter une bataille décisive et craignant que Blùchcr ne se jetât sur Paris, se serait porté sur Château- Thierry et y aurait opéré sa jonction avec les corps de Marmont et de Mortier dans l'espoir de battre les corps de l'armée de Silésie isolément et successivement comme on février. Bien qu'on lui eût dit que Bliicher était plus fort qu'à cette époque, il n'en persistait pas moins dans son idée de l'attaquer là où il l'atteindrait. Quand ses généraux se permettaient do lui parler de la
L'infanterie de Noy avait, pendant ce temps, rejoint la cavalerie et essayé en vain de forcer le passage. Après une tentative infructueuse, elle s'arrêta à Urcel. La cavalerie occupa, h gauche de la chaussée, Les Grands-Champs, à droite Mailly et Nouvion, s'éclairant sur sa droite dans la direction de Bruyères. La division Priant passa la nuit à Chavignon ; celles de Charpentier et de Boyer de Rebeval h La Malmaison ; Christiani, PoretdeMor>an et la cavalerie de Nansouty en arrière de ce point. L'Empereur avait transféré son quartier général h Chavignon.
Marmont s'était arrêté aux environs de Corbeny et bien qu'il se fût couvert h droite par des détachements envoyés à Aizelles et à gauche dans la direction de Bruyères, son convoi n'en avait pas moins été surpris, pillé et mis en déroule entre Corbeny et Berry-au-Bac par un des innombrables partis cosaques qui battaient l'estrade de tous côtés.
Si l'état-major de l'armée de Silésie avait eu bien des négligences et bien des fautes à se reprocher dans ces derniers jours, il n'avait cessé, du moins, de s'occuper avec un soin tout particulier du service de sécurité et d'exploration. C'est ainsi qu'au moment même où l'on se préparait h recevoir la bataille îi Laon, Gneiscnau écrivait au major von Lfitzow, envoyé depuis le 6 f^ Montcornet, pour lui prescrire de percer au plus vite de l'Aisno vers Reims et de s'y mettre en communication avec Saint-Priesl que l'on supposait h Vitry ou h ChAlons. « Vous lui ferez connaître, à lui et au général lagofl, ajoutait Gneiscnau, que nous sommes prêts à accepter la bataille ici et que, si nous la gagnons, ces généraux auront à pousser sur la rive gauche dr l'Aisne pour faire le plus de mal possible à Tennemi *. »
sapvriorité numérique de l'armée do Silésie, il leur reprochait do colporter des mensonges et de faux bruits. Si Blûcher avait attaqué, hier 7, les Français à Corbeny, il leur aurait infligé une défaite sanglante parce qu'on ne s'attendait pas à rencontrer l'ennemi de ce côté. Dès que les communications seront libres, ajoutait encore Bliicher en rt'sumant à Schwarzenberg cet interrogatoire, j'enverrai Palm à Votre Altesse. Il affirme d'une manière positive que le maréchal Suchet nVst pas et n'a jamais été à Dijon. D'après lui, il serait encore à Barcelone. )»
(Voir encore pour l'interrogatoire de Palm, le rapport du général KrasofTsky snr la bataille de Craonne.)
Pour récompenser Palm de ces révélations, on l'attacha sous les ordres de Ribbentrop au service dos subsistances de l'armée de Silésie.
< Gneisenau au major von Liitzow, Laon, 8 mars. {K, K. Kiiegs Arehir,, IH, 205 e.)
Nuit du 8 au 9 mars. — Combat de nuit d'ÉtouYelles» de Chivy et de Semilly. — Les rapports qui pan^enaient à TEmpercur et qui lui rendaient compte de Tétat moral et des situations d'effectif de ses armées auraient suffi en d'autres temps pour le détourner de ses projets contre Laon. Le nombre des présents diminuait non seulement par le feu et par les maladies, mais surtout par la désertion. Les efteclifs fondaient h vue d'oeil. En quelques jours, le général Vincent avait arrêté h ChAteau- Thierry 800 isolés, dont le nombre augmentait de 200 dans Tespace de 24 heures, du 7 au 8, et dont il formait deux bataillons prédestinés à disparaître au bout de quelques marches. Se réunissant en bandes pour marauder, les traînards et les isolés erraient dans les campagnes, y commettaient d*horribles excès et cherchaient ii rentrer dans Paris où ils espéraient arriver plus facilement à se cacher. Leur nombre grossissait tous les jours, et la contagion de la désertion était telle que le major-général écrivait au Ministre, h Moncey et au général Hulin pour faire ramasser par la gendarmerie, décimer et fusiller les traînards et les isolés, les maraudeurs et les déserteurs.
Malgré ces symptômes si tristes de décomposition, de lassitude et de découragement, l'Empereur persistait plus que jamais dans la croyance qu'une victoire décisive relèverait le moral des soldats. Cherchant à s'étourdir lui-même, irrité de la résistance que Tavant-garde de Ney avait rencontrée h Étouvelles, craignant d'être retardé dans son attaque sur Laon, il résolut de brusquer les choses et d'essayer d'enlever la position de Blûcher, de nuit, h l'aide d'un coup de main. Les paysans qu'il avait interrogés lui ayant fait connaître la possibilité de tourner le défilé d'Étouvclles, il conçut le projet de s'emparer de Laon par surprise. A cet effet, il confie i\ son officier d'ordonnance, le chef d'escadrons Gourgaud, deux bataillons de vieille garde, 300 chevaux polonais, chasseurs et dragons de la garde, deux pièces de canons et une compagnie de sapeurs avec lesquels il partira à 11 heures du soir pour se rendre h Chaillevois, tourner la position des Russes et continuer de \h sur Laon qu'il a ordre d'attaquer entre 1 et 2 heures du matin. A minuit et demi, Ney devait se porter de front sur Étouvelles et Chivy, enlever ces deux villages pendant que Belliard, avec la cavalerie de Roussel, Colbert et La Perrière, serait h cheval dès 1 heure du matin, prêt à déboucher
aussitôt que Tallaque sur Taile droite de Blûcher aurait réussi. Cette cavalerie avait ordre de se porter, au grand trot, sur Laon, de tourner la position, de couper les différents chemins, de faire un hourrah sur la ville et de prendre tout ce qu'elle y trouverait. L'Empereur recommandait, en outre, h Belliard de laisser îI tout événement, dans la plaine en avant de Laon, de\\\ batteries k cheval et plusieurs escadrons chargés de le recueillir en ras de besoin. Belliard devait, s'il était contraint à la retraite, soit par des circonstances imprévues, soit par les forces de Tennemi, se replier non pas sur Chivy, mais par Clacy sur Chaillevois où rinfanterie serait prête h le protéger. Un officier de Tétat-major de Ney, envoyé aux avant-postes pour suivre les progr^s du mouvement et en donner avis h Belliard, puis au maréchal Mortier, avait pour mission spéciale de diriger et de presser la marche des divisions Meunier et Boyer et de faire réparer par les sapeurs les ponts que les Russes auraient détruits sur la route d'Urcel îi Étouvelles et h ChivvV
Retardé dans sa marche par l'obscurité, les mauvais chemins et surtout par une tourmente de neige, Gourgaud ne put, bien qu'il n*eût rencontré en route aucune patrouille russe, parvenir h s'acquitter de la mission dont il était chargé.
Ney, toujours infatigable, avait été plus heureux malgré toutes les précautions prises par Tchernitcheft. Ce général, remarquant le 8 au soir qu'il avait devant lui une forte avantgarde, avait gardé avec lui en réserve, derrière Étouvelles, les Î3« et 14« régiments de chasseurs dont les régiments de Saratoff et de Pensa avaient repris h la tombée de la nuit les postes «^ Étouvelles et à Chivy et qui auraient dû, dès 9 heures du soir, se replier sur Laon. Le prince de La Moskowa, h la tète du 2« léger, n'en surprend pas moins les grand'gardes russes harassées de fatigue et endormies auprès de leurs feux de bivouac à demi-éteints. Sans leur laisser le temps de courir aux armes, il les chasse en désordre d'Étouvelies, les poursuit la baïonnette dans les reins et pénètre aux cris de : Vive l'Empereur! sans tirer un coup de fusil dans Chivy, où Gourgaud le rejoint vers 2 heures
* Correspondance, n^ 21457 ; roajor-général à Dronot, Ney, Belliard et Gonrgand, Chavignon, 8 mars, 0 heures dn soir, et Ney an g(>riéral Ik)yor. {Arehivetde la guerre,)
du mutin. Mais les 13® et 14® régiments de chasseurs russes ont fait bonne contenance et, au lieu de se laisser entraîner par les fuyards, ils se replient lentement et en bon ordre sur les troupes avancées de Bûlow postées h Semilly *.
Malheureusement la cavalerie de Belliard n'avait pu arriver à temps. Comme celle de Winzingerode à Filain deux jours auparavant, soit qu'elle se fût rassemblée trop tard, soit qu'elle eût perdu beaucoup de temps pour s'engager et s'écouler sur la roule, ce fut seulement une demi-heure avant la pointe du jour, vers 5 heures et demie, que sa tôte de colonne, la division Roussel, précédée par les 300 chevaux de Gourgaud, parvint h déboucher de Chivy, h donner la chasse aux troupes russes débusquées de ce village *, à les suivre d'abord jusqu'à Semilly, puis jusqu'au pied de la montagne de Laon que les dragons espéraient déjà gravir sans obstacle, pêle-mêle avec les fuyards. Mais Bùlow, prévenu de ce qui s'était passé h Étouvelles et à Chivy, était sur ses gardes et au moment où les cavaliers français arrivaient au pied même de la montagne, il démasqua un batterie de 12 pièces dont la mitraille faucha la tête de colonne. Arrêtés par cette salve, sachant désormais qu'une surprise est impossible, se rendant compte des aangers qu'offrirait une continuation plus longue d'une poursuite désormais sans but, Belliard et Roussel ramenèrent leurs escadrons hors de portée du canon de Bûlow, dans l'espoir que leur adversaire commettra la faute de sortir de sa position, de s'engager avec eux et leur fournira, par son imprudence, l'occasion de réussir le coup de main que sa vigilance vient de faire échouer*.
Mais Bûlow resta immobile et, lorsque le jour parut, l'armée de Silésie tout entière était sur ses positions de combat, prête h recevoir l'attaque de l'Empereur.
9 mars 1814. -- Positions et formation de combat de l'armée de Silésie. — Bâtie sur un mamelon isolé, de forme irrégulière, aux pentes escarpées, dominant d'environ 100 mètres
*• Journal du général KrasoflTsky, Bliictier à $chwarzeu))erg, Laou, 10 mars (K, K. Kriegs Archiv., III, 189), et Mareschal à Schwarzenberg, Troycs, lî mars (Ibid., III, âi8).
s Journal de la division Roussel. {Àrchivet de la guerre,)
une vaste plaine coupée de bois et de fossés marécageux, légèrement ondulée dans sa partie méridionale et complètement découverte au nord, la ville de Laon, centre de la position de Bliicher, était entourée d*un mur percé de 11 portes. Les pentes de la montagne, couvertes de vignes du côté du sud et d'un accès naturellement difficile, étaient encore protégées par les faubourgs qui, situés à ses pieds et commandant chacun une route, forment autant d*ouvrages détachés qu'il est indispensable d'enlever avant de commencer Tescalade du piton même. Tant du côté de la route de Soissons que de celui de la chaussée de Reims, les petits cours d'eau qui sillonnent la plaine augmentent encore la force naturelle de la position de Laon. L'un de ces ruisseaux, l'Ardon, prend naissance au sud de Bruyères, court droit vers le nord, presque parallèlement à la chaussée de Reims, jusqu'au faubourg d'Ardon, s'infléchit de nouveau vers le sudouest et va se jeter dans la Lette h 3 kilomètres au sud-ouest d'Etouvelles, après avoir reçu sur sa rive droite, à Chivy même, les eaux d'un petit affluent qui, sortant de la forêt de Saint- Gobain, passe par Molinchart, le Pont-de-Thierret et Clacy. Ces deux cours d'eau, dont les eaux en s'écoulant lentement s'infiltrent dans la plaine, la rendent non seulement presque impraticable pour la cavalerie, mais défoncent le terrain au point de contrarier sérieusement les manœuvres de l'infanterie et couvrent complètement, au sud et à l'ouest, les approches de Laon que l'on ne peut guère aborder que par les routes de Soissons et de Reims, qui se réunissent à angle droit à Laon. A Test de cette dernière chaussée, un autre ruisseau marécageux sortant d'un ravin près de Festieux, contourne Eppes et Athies, joint la route de Marie k hauteur de Chambry et se jette plus au nord, sous le nom de rù des Barantons, dans l'un des affluents de la Serre, la Souche. Coulant dans une sorte de bas-fonds marécageux, entrecoupé de fossés et de buissons, il servira à séparer du côté d'Athies la droite de Marmont de la fauche des lignes prussiennes.
Bûlow, arrivé depuis le 8 dans la matinée h Laon, avait eu tout le temps d'organiser la défense de celte ville. Disposant à cet eflel de 20 bataillons, 19 escadrons et 8 batteries représentant, sans y comprendre 2 batteries de position fournies par Tartillerie russe, un ellectif total de 16,900 hommes, il avait établi
G piùces (Je position russes à l'ouest de la roule de Soissoii&, îi mi-côte et commandant les abords de Semillv; sur un mamelon un peu plus h Touest et croisant ses feux sur Semilly et sur h» de'îbouché de la roule de Soissons, une batlerie prussienne de 6 pièces; plus à l'ouest encore, sur deux petites éminences formant saillant en avant de la montagne, deux demi-batteries prussiennes flanquaient la chaussée et fermaient Tespace qui séparait Semilly et le pied de la montagne de la gauche des corps russes postés à Taile droite. A gauche de la roule de Soissons, en sortant de la ville, on trouvait à hauteur de la batterie de |>osition russe et, comme elle, prenant sous ses feux la roule de Soissons et les abords de Semilly, une batlerie prussienne de 10 pièces. 4 canons et 2 obusiers établis sur le versant de la montagne, au pied du mamelon sur lequel est bâtie Tabbaye de Saint-Vincent, barraient le chemin d'Ardon. 6 canons de position russes au nord-est du faubourg d'Ardon, sur un mamelon qui s'élève audessus de la ferme du Sauvoir, concouraient à la défense de ce point, pouvaient diriger leur tir, soit sur la chaussée de Reims, soit sur le chemin de Bruyères et reliaient la gauche de la position de Soissons avec la droite des corps prussiens de Taile gauche. Une batlerie russe et une demi-batterie prussienne restaient en réserve au nord de Laon, au faubourg Saint-Marcel; une autre batterie prussienne était établie sur la route de Reims. La garde de la ville mémo avait été confiée par Bûlow à deux bataillons, l'un de la 3«, l'autre de la 6« brigade.
Les trois bataillons du 3« régiment de la Prusse orientale étaient, l'un a l'abbaye de Saint-Vincent, l'autre aux moulins de Morlot, le troisième en réserve. Deux bataillons gardaient l'extrémité est du piton de Laon. Le lieutenant-colonel de Clause- Nvilz défendait, avec un peu plus de deux bataillons, Semilly qu'il avait fait couvrir, sur la roule de Soissons, par un poste avancé d'une centaine d'hommes. Il disposait, comme réserves immédiates, d'un bataillon établi dans le chemin creux en avant de la porte Saint-Martin, de deux bataillons s'échelonnant sur les pentes en arrière du faubourg et d'un bataillon posté sur les flancs et au pied du saillant sud de la montagne.
Les trois bataillons du régiment de Colberg avaient pris position, l'un dans le ravin au pied de la citadelle, l'autre au nord de la route de Reims, le troisième avec deux de ses compagnies
au sud de la route eu soutien de l'arlillerie postée près du Sauvoir. avec deux compagnies dans les chemins creux qui sillonnent les vignes et aboutissent à la promenade. Deux bataillons d'infanterie étaient postés en face du faubourg d'Ardon et un troisième bataillon ii l'ouest de ce faubourg. Un quatrième bataillon gardait, au nord-est du faubourg, l'espace qui s*élend (între Ardon et Vaux et se reliait à Tun des bataillons du régiment de Colberg.
En outre, une chaîne de tirailleurs, fournis par les chasseurs de la Prusse orientale, garnissait tout le versant sud de la monlagne.
Des trois régiments de cavalerie de landvvehr, l'un avait pris position au faubourg de la Neuville, près delà route deLaFèrc; l'autre h la promenade près de la porte de Soissons; le troisième, au débouché du faubourg d'Ardon, prêt à charger les troupes ennemies qui chercheraient à en déboucher. La réserve de cavalerie du IIP corps, sous les ordres du général von Oppen, se forma avec deux batteries à cheval en colonne par escadron, en avant du faubourg de Vaux, la droite h la route de Reims.
A l'aile droite, le corps de Winzingerode (28 bataillons, 86 escadrons, 15 régiments cosaques et 13 batteries) en colonne de bataillon, s'étendait du Pont-de-Thierret jusqu'à Laon, face h Clacy sur deux lignes parallèles, la première formée par les 12", 21% 14® et 24® divisions, la deuxième par les 13® et 15' en réserve h l'aile gauche. L'artillerie était en batterie sur le front.
La cavalerie du général Orurk était en bataille en troisième ligne, sa gauche en avant de la ferme d'Avin, sa droite vers Molinchart. Tchernitcheif, avec son avant-garde et son artillerie, était venu se placer à l'extrême droite de la ligne, au Pontde-Thierret. L'effectif total du corps de Winzingerode s'élevait à environ 25,000 hommes.
Les deux autres corps russes, en réserve au nord de Laon, attendaient en colonne des ordres ultérieurs: celui de Sacken, à cheval sur la route de La Fère, à peu de distance du faubourg de La Neuville; celui de Langeron, des deux côtés du faubourg Saint-Marcel. Ces deux corps réunis avaient en ligne 69 bataillons, 52 escadrons, 15 régiments cosaques et 19 batteries, soit environ 36,000 hommes.
Les I®"" et !!• corps prussiens (aile gauche de l'armée de Silésie,
30 bataillons et demi, 68 escadrons et 19 batteries, en tout près de 24,000 hommes), quittant leurs bivouacs de Vaux et deChambry, étaient venus se former face au chemin d*Alhies et à la roule de Reims. A rexlrème gauche des lignes formées par rinfanlerie,la division du prince Guillaume de Prusse, en colonne de bataillon, avait six bataillons en première ligne, deux en réserve à sa gauche appuyée h la ferme de Manoisc qu^occupaient deux bataillons. Deux autres bataillons de cette division gardaient Athies. Le général de Katzler, avec le 2« régiment de hussards du corps, les hussards de Brandebourg et une batterie h cheval, s*ét«iit formé dans la direction de Samoussy, à gauche du prince Guillaume, et avait envoyé les hussards de Mecklembourg au delà du ruisseau des Barentons. L'artillerie, répartie sur ce front, avait pour mission de concentrer son tir sur les abords d'Athies. La division du général von Horn, placée en deuxième ligne, avait à sa gauche la réserve de cavalerie du général von Jûrgass.
Kleist, dont Tinfanterie était à cheval sur la route même de Reims, avait posté trois de ses batteries à la ferme deChaufïour, une batterie d'obusiers des deux côtés de la route de Reims et deux autres à gauche de cette chaussée. La brigade du général von Pirch I était massée en arrière des trois batteries de Chauffour, celle du général von Klùx prit position en réserve à droite de la route de Reims, entre le pied de la montagne et la ferme du Sauvoir, se reliant par sa droite à Bùlow. Le lieutenantcolonel von lietlow, avec trois bataillons et une compagnie de tirailleurs, occupait le bois en avant de celte ferme. Les escadrons de cavalerie de landwehr et du 2« de hussards de Silésie, dont les effectifs étaient très réduits, servaient de soutiens aux batteries. Les dragons de la Nouvelle-Marche et le l«'" hussards de Silésie se déployèrent derrière la brigade Pirch. La cavalerie et Tartillerie de réserve restèrent en colonne en arrière du II» corps, à peu de distance et au nord de la route de Reims.
Deux escadrons de dragons et un régiment de hussards de Silésie, sous les ordres du colonel de Bliicher, postés à Festieux et couverts en avant à La Maison-Rouge, par les deux autres escadrons de dragons de la Nouvelle-Marche, avaient pour mission de signaler la marche de Tennemi et étaient échelonnés par le général von Katzler avec deux régiments de cavalerie établis, comme nous Tavons dit, à Ëppes.
weii. — ni. 14
Ordre de Blûcher. — Décidé à attendre sur ces positions Tattaque de l'Empereur, Blûcher, aussitôt après la tentative de Bolliard sur Seniillv, s'était borné ù adresser à ses commandants de corps Tordre suivant :
« Si rennenii s'avance contre mes positions, je prendrai rottensive.
« Chacun des commandants de corps devra se constituer une réserve.
« Au moment où l'on prendra l'offensive, on poussera les ballerios en avant, et ce sera l'artillerie qui engagera la bataille.
u En raison du brouillard, je recommande de tenir les troupes mas$iH,'s et de faire surveiller le front par l'infanterie*. »
Blûcher, malade, hors d'état de monter à cheval et par\'enanl seulement. gn\ce à un supnHue eflort d'énei^ie, ik se tenir debout, s était établi dès le malin sur la hauteur de Laon, près de Tabkive de Saint-Vini^nt. d'où il dominait tout le pays et pouvait, dans les courts monu*nts de répit que lui laissait la douleur physique, diriger les iqtérations et suivre le cours de celte balail ;» que TEmpennir, abusé par ses espérances, sattendait de plus en plus à voir m* nHluin* aux proportions d'un combat d'arrière- ^arvlo.
Déployement des corps de Hey et Mortier. — Affaires de Semilly et d*Ardo&. — L*Empeieur croyait si fermement à lu retraite de luruuv de Sitésie que. contrairement à ses habitudes, il resta non seulement à Chuvignon pendant toute la matinée, mais qu'à sept heures du oiatin. anuoDi^^ant à Manuout la réussite de Taffairx^ de nuit d'Elouvelles et sur de recevoir d*uu moment à l autrt* la nouvelle de IVuUve de son avant-gurde à Laon. il lui taisait dire de s arrêter là où le trouverait la dépécht et de se temr prêt à se diriger sur Reims, dè:> que Toccupation de Laon lui Nerail cvmlinuee*.
fi)rt.vs il* r.iriB«.'*r Je Sitê^e 5W L& poMCîiMi «le Likmi «tiit vottu^ par le tût •|«'\Mt ^ re^suc j crvtnr -i Ui «jrvbe «ft» t'wfr'e flntacaÀïe •'s «Il>«i. nrlmian «|Mrv«f> Ittue Je l\ftiUie «fC i(«*ott s>';âtlifu«iuit a «ot vvkt uw tHMabème «ièbomrbtfr
Lorsque le jour parut, la neige tombée eu aboudance pendant la nuit couvrait toute la plaine et un épais brouillard empêchait de distinguer les objets même les plus rapprochés.
Pendant que Belliard, dont la tentative avait été découverte et saluée par les batteries de Biilow, envoyait une parlie de sa cavalerie il Leuilly et vers Ardon pour s'éclairer sur sa droite el que le reste de ses escadrons s'étendait à gauche vers Clacy, occupé par les Russes, le princt^ de La Moskowa profitait du brouillard pour marcher de Chivy sur Laon par la grande route et diriger le général Boyer sur Semilly. A sa droite, le maréchal Mortier chargeait le général Poret de Morvan d'enlever Ardon. Les troupes d'attaque du général Boyer (deux petites colonnes de 700 hommes en tout) arriv^rent jusqu'à une cinquantaine de mètres de Semilly sans être aperçues*. Découverte à ce moment et accueillie par les feux de salve des Prussiens du lieulenantcolonel von Clausewilz, l'une des deux colonnes s'arrête et plie, tandis que l'aulre, celle de droite, pénètre dans le faubourg el en chasse Clausewitz, (ju'elle rejette un moment jusque sur les premières pentes de la montagne. Grâce à l'arrivée des renforts qu'il a demandés (deux compagnies envoyées de Laon par le général von Thiimen), le lieutenant-colonel von Clausewitz parvient il débusquer les Français de Semilly et les oblige à s'abriter dans les fossés, îi une centaine de mètres de la lisière sud du faubourg, d'où ils continuent ii tirailler avec les Prussiens.
Poret de Morvan, soutenu par la cîivalerie de Belliard. avait été plus heureux h Ardon, d*où il avait chiissé les Prussiens après un engagement de courte durée. Débouchant du faubourg, ses tirailleurs avaient déji^i gravi la cùte par le sentier de Bousson et étaient sur le point d'atteindre le sommet i'i proximité de l'entrée des jardins de l'abbaye de Saint- Vincent, lorsqu'une décharge générale de trois bataillons prussiens les rejeta dans la plaine et les contraignit ii se replier au plus vite sur Ardon.
Pendant ce temps, les divisions Meunier et Curial du corps de
giue, a dû être mtercoptëe en roate. Le niaréchul D*en parle pas dans ses Mémoires, et il n'eût pas manqué sans cela de les joindre toutes deux aux pièces justificatives.
i Blùcber à Schwarzenberg, Laon, 10 mars. (K. K, Kriegt Àreh., \\l, 189.) « Le 9 au matin, pendant qu'un épais brouillard couvrait tout le pays, Tinfanterie française repoussa nos avant-postes et enleva ScrmiUy et Ardoo. »
iNey» lîi division Chrisliani du corps de Mortier, avec Tarlillerie de ces deux corps en batterie sur leur front, s'étaient déployées, les deux premières face à Semilly, la troisième formant la droite à Lcuilly. Charpentier avec ses deux divisions ne devait entrer en ligne que plus tard à Textréme gauche et se porter de Chivy sur Clacy*.
Priant, avec sa division de vieille garde, et Nansouty avec sa cavalerie restaient en réserve. Le gros de Tarmée, sous les ordres directs de TEmpereur, ne dépassait pas 30,000 hommes, formant huit divisions d'infanterie et cinq de cavalerie.
A 11 heures du matin, le brouillard s'était dissipé; le déploiement de l'aile gauche de l'Empereur était achevé et les lignes françaises s'étendaient maintenant jusque vers Clacy. On continuait à tirailler. Au lieu d'une attaque violente, poussée à fond, comme Blùcher s'y attendait de la part d'une armée forte de 70,000 hommes, au dire de Palm, il n'y avait eu depuis le matin que des engagements assez vifs, il est vrai, mais isolés à Semilly et à Ardon, et de petites affaires de détail vers Clacy. Blficher pouvait maintenant, du haut de son poste d'observation, évaluer l'effectif des troupes mises en ligne par les maréchaux. Le caractère de leurs attaques et les nouvelles contenues dans une dépêche de son fils signalant la marche d'une grosse colonne sur Festieux, l'amenèrent à penser que l'Empereur, dont les troupes manœuvraient maintenant devant lui de façon à ne pas donner trop de prise au tir de son artillerie, n'avait voulu faire contre l'aile droite de l'armée de Silésie qu'une démonstration destinée à faciliter l'attaque principale dirigée contre son aile gauche. La dépêche du colonel de Blûcher était, on ne saurait le nier, de nature Il corroborer cette manière de voir, et tout semblait indiquer que les attaques, jusque-là indécises et intermittentes, des Français changeraient de caractère dès l'entrée en ligne de la colonne s'avançant par la route de Reims.
Winzingerode et Bulow prennent l'offensive à 11 heures.
' L'ordre de mouvemcDt sur Laon n'a été envoyé de Cbavignon par le major-gônéral à Charprntier qu'à midi (Rogistres de Berthier). On avait eu même tciiips, écrit à Marmont pour loi prescrire de reprendre immédiatement sa iiiarctic sur Laon. Cette dépêche fut interceptée comme celle expédiée à à une heure du matin.
— «Ail heures du malin, lorsque le brouillard se fui dissipé, écrit Blûcher h Schwarzenberg*, je prescrivis à Winzingerode et il Bûlow de reprendre l'offensive, et la droite du général Winzingerode repoussa l'ennemi.» La 12* division russe soutenue par une brigade de cavalerie, reçut à ce moment l'ordre de se porter sur Clacy, d'inquiéter la gauche de l'Empereur, d'appeler son attention sur cette partie de la ligne de bataille et de l'empêcher, par ses progrès, de se relier avec l'attaque principale qu'on s'attendait ù voir se produire par la route de Reims. On avait en même temps résolu de faire plier les Français devant Semilly et de leur reprendre Ardon.
L'infanterie russe du prince Chovansky, précédée par les cosaques et une brigade de hussards, pénétra dans Clacy. La cavalerie, traversant rapidement le village et passant l\ gué le ruisseau de Molinchart, sous la protection de l'artillerie légère, obligea l'aile gauche française h reculer assez vivement et, menaçant la retraite des troupes de Boyer engagées depuis le matin devant Semilly, les contraignit h quitter leur position. L'infanterie russe commençait déjfi à déboucher de Clacy et se disposait îi se rabattre vers la chaussée menant h Semilly, lorsque Ney, ramassant quelques escadrons de la garde, la chargea et l'obligea îi rentrer dans Clacy. Au même moment, sur l'ordre de Belliard, le général Grouvel, avec sa brigade de cavalerie légère, bousculait les cosaques qui ne parvinrent à se rallier que sur leui ancienne position du Pont-de-Thierret. Soutenue par les feux de ses batteries qui, depuis que le brouillard s'était dissipé, écrasaient de projectiles les Français établis î\ Ardon et celles de leurs colonnes qui se montraient du côté de Semilly, la brigade du général von Kratîl avait réussi h arracher Ardon au général Poret de Morvan et à l'obliger h se replier sur Leuilly. Ramenée en avant par son général et par le maréchal Mortier, renforcée par les dragons de Roussel conduits par Belliard qui s'étendent ji droite vers la ferme du Sauvoir, rinfanlerie française reprend de nouveau Ardon aux Prussiens, au moment où Bliicher redoutant de plus en plus une attaque sérieuse dirigée contre sa gauche, annulait l'ordre à peine donné à la réserve de cavalerie du général von Oppen qu'il voulait diriger par le chi\teau de Corneil sur
* Bliicher à SrhwarzenlK»rg, Laon, iOmars. {K. K. KrieggArehir., l\\, 480.)
li»H ilom(*»n's (les Français*. Lo brouillard qui sYlail épaissi de n(»uvrnu nMulail h» Md-manVhal plus circonspect que jamais, oi li»H Français protil(Vonl du silence forcé dos balteries prussienne5 pour pousser vers Seniilly et s'avancer d'Ardon jusqu'au pied d( la nioutague. Mais, Ab^ que le brouillard se fut dissipé, les feus des batl(»ries prussiennes et en particulier le tir de la batterie élal»lie sur une éuiinenee fi Test de la route de Soissons. obligt'^renl et riufanteriedu eiMé de Seniilly et les dragons parvenus au pied tie la uiontaf^ne h se replier dans la direction de Leuilly.
Il n'y avait jusqut^lît rien de changé. Les Prussiens avaient wnsiTvé Seniilly» les Franchis avaient rt»pris Ardon. Napoléon el Bh1cl)er attendaient tous les deux, avec une égale impatience, des nouvelles de ce qui se passait sur la route de Reims : le pronùor partv t|u*il tenait ît combiner son action avec celle de Marmont. le deuxii'^me panv que. malgn* Tinvraisemblance d'une nttaque dirigiv conln* son fn>nt. il ne voulait se décider ;i dégarnir ^i dnùto, 5^ diriger ses nserNCs * les corps de Sacken el de l.anger\MO vers s,i gauche, qu'apn'^s avoir vu son advers;iin^ Ji^Muer noltement s«*s pn>jets el ci^mmencer son attaque conlrt^ York ol kloisl,
Blûcher rtaferte sa gmdie. — Htpoléon fiit attaquer et prtadrt Clacy. •- Reprise d'Ardon par les Prussiens. —
tîiîtdix que rKwfvn^ur t*ssaynit en vnin de corrt^poniir^* ave\" l** xliXs' de K,uu^. que U*s olKoîers envoyés ^vtr lui tombaient t^ntrv^ l*^ uMït:x dos iVS4quç*<. sVcimienl en n^ule ou revenaient siin^i .ixwr r;î ivAr\ev.îr 3i iviv^r. le tWd-nwr^vhaL ^vmuTe :! rè^*r.v.i!î i N'^^NArîe^îNrncV rv\r\Ji:t 1 i i'^r-^. :::ie KO-iVe*/.-' .>;Vi:re J.» ^»v, •■'<. '/rtfonrAv! .•-• li îiidrv'he de fortes ivîov.rtrs ..i-'N;- x'hi^i *ar <i i^iUv'he et ixurr: -i' V:<:f.:\ :\ir U r^x:::' ;> Re:3r>. * iVwtrv*. iyv:>î-:' .::r Pr*-ù :\u< '-.vtr. * ru -»cx:: :!rvo:v>.*ri^ .ju
des gi^néraux Sacken et Langeron h gauche (entre Laon et Chambry) et en réserve des corps d'York et de Kleist. J^ordonnai en même temps à York de marcher droit à Tennemi dès l'entrée en ligne des corps que j'envoyais le soutenir*. »
L'inquiétude et Timpalience de l'Empereur croissaient h mesure que la journée s'avançait. Ignorant toujours ce que Marmont étal! devenu, il n'osait s'engager h fond contre le centre et la droite de l'armée de Silésie; mais, d'un autre côté, Tinaclion pouvait avoir des conséquences dangereuses en permettant ù Bliicher, rassuré sur ce qui se passait d'Ardon à Clacy, de renforcer sa gauche. Aussi, vers 4 heures, h l'arrivée des troupes de Charpentier à hauteur de Chivy, Napoléon donna h ce général l'ordre de se porter avec sa division et celle de Boyer de Rebeval par Yaucelles et Mons-en-Laonnois sur Clacy, que Curial devait attaquer simultanément par l'est. La colonne de gauche, sous les ordres du général Lagrange, ne put, comme elle en avait Tordre, déboucher par Laniscourt sur le Pont-de-Thierret et prendre h revers les défenseurs de Clacy; mais le général Montmarie, abordant la position de front, avait été plus heureux. Aidé par les tirailleurs de Curial, il réussit à enlever le village et h en chasser la brigade que Strogonoff y avait laissée quelques heures auparavant au moment où il tentait de percer par Yaucelles et qui dut se replier sous le canon des batteries établies en avant de la ferme d'A\in.
Les Français avaient été moins heureux plus à droite. Une nouvelle tentative faite contre Semilly avait complètement échoué, et, pendant que les corps de Sacken et de Langeron avec 6,000 chevaux cachés par la montagne aux vues des Français qui ne soupçonnaient pas leur présence dans ces parages, se portaient de La Neuville et de Saint-Marcel au nord du faubourg de Yaux, Bùlow lançait de nouveau l'infanterie du général von KrafTt et la cavalerie du général von Oppen sur Ardon. Après une lutte héroïque qui coûta la vie au général Porel de Morvan, les Prussiens, soutenus par leur artillerie qui suivait leur marche en avant, réussirent à déloger les Français d'Ardon. Bien que
* Une partie de la cavalerie de Winzingerode, sons les ordres du général de Benkendorf, passa également de l'aile droite à Taile gancbe de Tarmée de Silésie.
la ravalfirio du gén(^ral von Oppen n*ail pu parvenir, comme le voulait le fel(J-niar(''chal, à pousser jusqu'à Leuilly, on n'en avait pas moins réussi, par la prise d'Ardon, à séparer complMemenl TKmpereur de Marmonl, qui venait de s*é!ablir h Alhi(îs. Napoléon, privé de communications avec le duc de Raguse, n'avait pu ni apercevoir les mouvements, ni entendre le canon du maréchal.
L'Empereur couche sur le champ de bataille. — 11 était «1 ce moment plus de 5 heures. La nuit était trop proche pour se ris(|U(îr h tenter d(î nouvelles attaques. Obligé d'attendre des nouvelles de sa colonne de droite, l'Empereur se borna h entretenir pendant quelque temps un combat d'artillerie. Comme, d'un autre cùté, Biilow au centre et Winzingerode h l'aile droite de l'armée de Silésie ne cherchaient pas îi attaquer les positions françaises et se contentaient de tirailler, l'Empereur, pensant avoir tout avantage h remettre le combat au lendemain, fit bivouaciuer la plus grande partie de sa petite armée sur les positions de la journée. Seule, la division Friant repassa l'Ardon avec la cavalerie et alla se cantonner avec elle h Élouvelles, Laval et Chavignon, où l'Empereur avait son quartier général. Les Polonais de Pac fournirent les grand'gardes sur les deux flancs el la cavalerie légt'^re du général Grouvel fut renvoyée à Soissons.
Marche de Marmonl. — Premiers engagements à l'aile gauche de Blûcher. — Sur son aile gauche, du cùté où Blùcher allcndail IVtïort principal, loul avait été relativement tranquille pendant une bonne partie de la journée du 9. Parli de grand matin de Corbenv, Marmont, dont la colonne s'éclairait par trois K^gimenls de cavalerie, n'avait pas osé s'engîiger dans la plaine et iléboucher de Feslieux avant la disparition complète du brouillanl.
Craignant de s'aventurer dans ces vastes plaines, au milieu d'une obscurité complète, de tomber, sans s'en douter, au milieu de forces supérieun»s. le duc de Ragus«» dont le parc venait d'èlri» mis en déM>nlre entn* Berr\'-au-B;ic et CorbiMiy par li»s eoî^iques qui rCKlaient sur ses derrières, avait tïiit halte entre 8el 9 heures du matin au\ environs de L<i Maison-Rouge, dès que
ses éclaireurs lui curent fail connaître la présence de quelques Iroupes de cavalerie prussienne sur ce point. Le major von Dossow, posté de ce côté avec deux escadrons de dragons de la Nouvelle-Marche, parvint pour cette raison à conserver pendant quelques heures sa position et îi rester en contact avec la pointe de la colonne française qui profita de cette longue halte pour diminuer sesintervalles de marche et serrer sur sa lêle. Ail heures du matin, les dragons prussiens se replit^^rent de La Maison-Rouge sur Festieux, et le colonel de BlOcher, qui avait pu reconnaître pendant une éclaircie la force des Français, ne tarda pas, après avoir rendu compte des événements, ;i évacuer Feslieux pour se rapprocher lentement et en bon ordre des hussards de Brandebourg et du i^ de hussards de corps (hussards noirs), que le général von Katzler avait déployés au sud d*Eppes, face îi Veslud.
A peu prés au même moment, les 9« et 10" brigades (II« corps), placées sous les ordres du prince Auguste de Prusse, recevaient l'ordre de quitter leur bivouac de Laon, de laisser Athies h leur gauche et un peu en avant de leur front, d'appuyer leur droite h la chaussée de Reims et de se former sur deux lignes, la 9« brigade devant la 10«*.
Vers 1 heure, Thorizon s*élant découvert, Tavant-garde française reprit son mouvement et se déploya. La cavalerie de BordesouUe se préparait à quitter la chaussée pour se diriger vers la gauche de la cavalerie prussienne, tandis que Katzler et Blûcherse retiraient dans la direction d*Athies jusqu'à hauteur de La Butte-des-Vignes et qu'une batterie prussienne amenée sur ce point ouvrait le feu contre les colonnes françaises. York, ne voulant pas livrer dans Athies même un combat acharné, avait placé à 500 mètres îi peine en avant de ce village le major von Stockhausen, auquel il avait prescrit de se replier devant une attaque supérieure en nombre, après avoir mis le feu au village, et de borner sa résistance h la défense des dernières maisons s'élevant sur le chemin do Chambry. Il avait profilé de l'arrêt des colonnes françaises pour faire venir sa cavalerie de réserve (général von Jûrgass) de la position qu'elle occupait depuis le matin à la gauche de l'infanlerie du général von Horn et celle du II« corps (général major von Rôder) sur le plateau au nord d' Athies. Cette
1 Rapport dn prioce Auguste de Pnisse.
cavalfTie plarcM» sous les ordres du général von Zielen el chargée d(î rouvrir la gaurlie de l'armée de Silésie contre un mouveinenl débordant des Français, devait s'y déployer sur deux lignes, sa gauche h la lisière de la forêt de Samoussy, et dissimuler sa présence derri^re un pli du terrain, la cavalerie du !«'' corps h Taile -gauche, celle du II'^ h l'aile droite; les uhlans de Brandebourg étaient spécialement chargés de la flanquer* et les hussards de Mecklembonrg. appartenant h la division du prince Guillaume, envoyés en avant du chî\teau de Malaise, avaient pour mission de relier la cavalerie avec la gauche du I®"" corps.
A deux heures, Zieten avait achevé sa formation et fait prendre position à trois batteries à cheval. La cavalerie française s'était jetée h droite au débouché de Veslud et avait cherché à déborder la gauche des corps prussiens; mais elle ne tarda pas h s'arrêter ;i peu de dislance du ruisseau qui, sortant de la forêt de Samoussy, traverse la plaine et court dans la direction de (ihambrv.
Vers 3 heures et demie, l'infanterie française, continuant sa marche vers Alhies, quittait la route pour prendre à droite vers la ferme de La Mouillée; son artillerie, soutenue par deux régiments de cavalerie, tilanl en partie par la chaussée de Reims, en partie par Tancienne voie romaine, venait contrebaltre d'un côté la batterie de La Butte-des-Vignes, de l'autre celle du Chauffeur, cl pn^parer l'attaque d'Athies confiée î\ la brigade Lucotte, de la division du duc de Padone. Se conformant aux ordres qu'il avait reçus, le major von Slockhausen commença par refuser sa droite en abandonnant La Mouillée après un engagement de courte dunV; il nMira ensuite l'artillerie en position à La Butledos-Vignes et rtHnila sur Athies que Tartillerie française canonna aussitôt du haut de La Butte-des-Vignes, pendant que la brigade Lucolle suivait les fusiliers prussiens et les rejetait dans Athies. Il était alors près de 5 heures. L'artillerie française ripostait vigouriMisement aux batteries prussiennes. Les cavaleries s'obs<^r\'aient et linfanterie de Padoue sébranlail déjù pour enlever Alhies. Le major von Slockhausen crut que le moment était venu d'extVuter les ordn^s d'York. Complétant l'œuvre commencée |var Marmont. il mit le feu au village; puis, après avoir enlevé
* HrccccL, Erimmermmgtnt et Rapport du fénérml toq lArfi».
les blessés et les éclop('»s, il se relira avec ses deu\ bataillons sur la ferme du Pont qu'il se proposait de défendre pour arrêter les progr^s des Français; mais les troupes du duc de Padoue no tardèrent pas h la lui enlever. Pendant que la brigade française s'emparait des ruines d'Athies et arrachait mémo aux Prussiens la ferme du Pont, les corps de Langeron et de Sackeu étaient venus prendre position h l'ouest delà route de Marie, entre Vaux et Chambry, l'infanterie déployée sur deux lignes, la cavalerie également sur deux lignes, derrière l'aile gauche de Langeron du côté de Chambrv. Trois batteries de réser\e russes avaient passé sur la rive droite du ruisseau et s'étaient établies derri^re le bois et le chftleau de Chambry, prêtes h soutenir la droite des escadrons de Zielen. Benkendorf, avec deux régiments d<» cavalerie, escortait l'artillerie h cheval russe envoyée également h l'aile gauche.
Quoique Marmont eût entendu, pendant toute TapnXs-midi, le canon de l'Empereur, quoiqu'il eût reçu les ordres les plus foruiels îi cet égard, ce fut seulement vers 6 heures, au moment où le feu avait cessé ù Clacy et h Ardon, aussi bien qu'à Athies, que le maréchal songea h se mettre, par Le Breuil et Bruyères, en communication avec l'Empereur et chargea son aide de camp, le colonel Fabvier, d'aller avec 400 chevaux rendre compte de la situation, soumettre des propositions et chercher des ordres. Le colonel, ne pouvant passer, revint, heureusement pour Marmont, immédiatement sur ses pas.
Le maréchal avait remarqué, dans le cours de l'après-midi, que le canon de l'Empereur ne bougeait pas ; il en avait conclu, il le dit lui-môme, « que c'était du bruit sans résultat et un simple échange de boulets ». Il avait eu, d'ailleurs, avant la tombée de la nuit, le temps d'apercevoir d'Athies les lignes des Prussiens et des Russes, et, comme TEmpereur, il avait jugé que la journée était trop avancée, ses propres forces trop insignifiantes pour essayer de pousser plus avant dans la plaine et de continuer son mouvement offensif. L'obscurité était venue. Le feu avait cessé depuis quelque temps déjà sur toute la ligne. A Athies même, les tirailleurs avaient renoncé à un tir que l'obscurité rendait inutile, et les batteries de Zieten s'étaient tues dès qu'elles eurent atteint leur but, en obligeant la cavalerie de Bordesoulle à faire un changement de front pour chercher un couvert
j/'/ur o^' |/:i>, '<ir<r ft/%'4iih, HUi^'htir avait a f^^in^ eu besoin d>n- ^ayif^'i' U' i^i'n é\it ufu moufU", |>^/ur ';/>riMfner tout/**» ses positions. t/d j/nw 4t' i'ÀHt's Hait uu iurnU^ui hnuh [>ort^e. amplement comp«'M^/^ tin l'i'hU*, \pémr Ut Wd-mar/^chal, par la consenation de ^utihiii U'h nni' Hi*itMy et MjKout Ardori qui lui permettaient. unit M*uU*mt*ui tii* li'fijr Uth Vrnwydh h distance res|>ectueuse de léiîiHi, Miiii») aiihhi d(f pr^*v«riir toute jonction entre leurs deux coloiifM'H, Kiir hii p;aiicli(s York n'avait jamais eu l'intention de df^fitiidn^ h/'ricu>rMfent AthicH; il ne voulait pas risquer inutile- MMMitiiMcoinhal iU* vm*M, danK lequel le soldat français lui paraistoiiil hu\t^r\mv aux hIimik, pour n'assurer un village absolument iiM l'iiir, l^tiU* au milieu d'une vaste plaine, accessible de flanc ni 11 revei'h il Kit cavalerie poslt^'c de façon h pouvoir, au premier toi^iHil, le déborder el U^ tourner. Côinii h peine s*il s'(^tait at- Iniidu, en niinnii de l'heure avancc^e de la journée, h voir Mar- MMMiJ, dont il aval! pu couHtater la faiblesse, s*avancer aussi avant dinih lu plaine t^l l'aire choix d'une position aussi dangereuse pour V iHin» pUHher la nuit h ses troupes. Dans Vidée de York, qui HViill vu b« petit corps de Marmont s'établir parallèlement h la l'iMile. le uuu'iVhal avait uniquement voulu, par ses opérations de lu Jnurut^e, prépaivr le ternun de l'action du lendemain et h'uhiiurer lu po^hession d'un point qui lui permettrait de déboucher mi toi'co hur la innilo de Marh\ atîn de menacer les communica- IU»unde rurméedo SilôsieavtT la Belgique. « Les manuHivn^s de l'uuuomi, ilil il dans s^ui rapport, m ont prouvé que ses forces ne hoiU i^as MHH^ritHm^s à ivUes des deux corps prussiens *. »
P^tîoa do Harmaiit !• 9 tu soir. ^ York ^n^nsait. pour cette mi!^\vn. vjuo MartuoiU nnut^uemil le gros de st»s trou^^^s en arrière w^i^s Voslud et Kestieux et se conteutemit d'éi'helonner et de ft»^»Kiiu^ la\aut-farde qu'il laisserait 3i Athies. Le marêi-hal alla s\^Mir de xt [.>ersvmue au château d'Kp^vs, Keu que dans uae \k* N^'s pnwdeuUw vWfKVhes. il se fût plaint anicreinent de
l'inexpérience des jeunes soldats de Padoue et des canonniers de la marine, il crut néanmoins possible de laisser sur les posi> lions mêmes qu'ils occupaient h la fin de la journée, des conscrits qui avaient été au feu pour la première fois et des artilleurs qui n'avaient aucune notion du service en campagne. Ce que le maréchal appelle, dans son rapport au major-général, se disposer à prendre une position de nuit, avait consisté à poster la brigade Lucotte h Athies et le reste de la division du duc de Padoue sur la hauteur au sud du village, i\ arrêter le gros de son corps h cheval sur la chaussée en arrière de La Maison-Bleue; h laisser la cavalerie renforcée de deux pièces à la ferme de La Mouillée et ri établir l'artillerie sur la voie romaine. L'insouciance et la négligence étaient telles que ni le maréchal, ni les officiers de son état-major, ni les généraux, ni les chefs de corps ne songèrent à s'assurer par eux-mêmes de la façon dont se gardaient des troupes qu'ils savaient inexpérimentées, et que les canonniers, au lieu de mettre leurs pièces sur les avant-trains, purent sans qu'on s'en aperçût les laisser à la prolonge lorsqu'ils les rassemblèrent au parc.
Affaire de nuit d* Athies. — Surprise et déroute de Harmont. — Quoique rendue plus dangereuse encore par ces fautes inconcevables, la position de Marmont n'avait pas été sans inspirer aux généraux prussiens certaines craintes au sujet de leurs communications, en raison même de la grande proximité d'Athies et de la route de Marie. Aussi, lorsqu'on vit le maréchal décidé à bivouaquer sur place, un des jeunes officiers de l'étatmajor de York, le capitaine Ferdinand von Schack*, eut Tidée de proposer à son général de surprendre et de culbuter les Français par une attaque de nuit*. York se rangea sans hésiter à cette idée et envoya aussitôt le comte de Brandenburg demander
* MùfOing, après avoir fait, dans raprès-mtdi. une reconnaissance qui lu avail permis de s'assurer de la faiblesse du corps de Marmont, avait à la vérité conseillé d'agir énergiquement contre le maréchal ; mais rUonneur d'avoir conçu l'idée du hurrah d'Athies, appartient en réalité à Schack et ù York, et non pas à Mtiffling dont le conseil n'avait pas été suivi.
* « Chacun de nous accepta avec joie ce hardi projet et quant à moi, j'enrageai seulement de n'avoir pas eu moi-mémo cette» idée. » (Journal d'un ollirior de l'état-major d'York, cité par Droyscn : Dot Leben des FeldmarschalU Grafen York von Warienburg.)
a '/ÀitUtu h il croyait, |Hiur sa part, k la possibilité d'une pareille <jntn;|iriMf. " J<; trouverai le moyen de charger avec ma cavaleri<% // répondit Zielen. Sur désormais du concours de Zielen et de relui de Kleist, auquel il avait fait |iart de Tentreprise projetée S il chargea le major comte de Hrandenburg de se rendre au plu» vite à Laon et de lui rapporter l'autorisation du feldmaiéclial A mi-chemin, la major rencontra Tun des aides de camp de Hlùcher, le général comte von der Goltz, qui apportait à York l'ordre d'attaquer rennemi. Réunissant ses chefs de corps dés (|ue Goltz se fui éloigné*, il leur donna de vive voix les inî»lruclions qu'il envoyait en même temps à Kleist'. « Dès
^ ItapIKirt d'Vork.
* D'uprôi DroyHeii, GoUz aurait été invité par York à mettre, avant de retourner uu^n^H du feld-uiaréchal, Sacken au courant de la résolution qui venait d'être prixo et a le prier de servir de réserve au i"' corps, en occupant len position* que ce corps quitterait au moment où il se porterait sur Âttiies. Toujours d'après Droysen, York aurait, auciques instants plus tard, fait dire a Sacken par le lieutenant von ii(kler, que comptant sur la participation de son frère d'armes de la Katzbacli, il ne laissait ni reserve ni soutien derrière lui. sacken» se retranchant derrière les ordres qu'il avait reçus antérieurement et qui ne prévoyaient pas ce mouvement, refuaa son concours. Le biographe d'Vork prétend qu au reçu de cette réponse, le général prussien se contenta de dire : « Kh I bien, nous en viendrons à bout sans lui. » Le journal d'opérations de Sacken est complètement muet sur ces incidents.
* l.i'ordre À Kleiit fut porte par le lieutenant von lielow. Le prince Auguste de i*iUHHe rend, en ces termes, compte de la part pribc par les 9® et iO^ bri- Ijades à l'allaire d'Athies :
M A la tombée de la nuit, le général-lieutenant von York donna aux i^' et il* cor|M l'ordie d'attaquer. Ma division destinée a servir de soutien à ceUe du prince liuillauine, devait former un échelon sur sa droite. Le colonel von Ulticher avec rinfanterio du lieutenant-colonel von Lettow était chargé de soutenir cette attaque en déliouchaut du bois et le général von Zieten devait se jeter avec la cavalem* des deux corps contre la droite ennemie.
u l^es U* ut lu* brigades s'avancèrent en colonnes d'attaque, tambours battant et troni|>etteH sonnant, sans tirer un seul coup de fusil. J'avais ordonné à mes hataUloUH de s(« tenir très pri's les uns des autres, afin d'éviter les causes de i*unfu!iiun et de les protéger contre des charges de cavalerie.
« Je dois tout |»articulièrement des éloges a l'ordre et au calme avec lesquels cette attaque a été exécutée. Dés que j'eus constaté la réussite de l'attaque. J'accélérai la mari*he de ma brigade que je dirigeai quelque peu à droite vers la chaussée de Ueims, alin de l'interdire si possible a l'ennemi, et je poussai en a\aut la cavalerie des deux brigades avec ordre de lui couper la retraite. La 10* brigade s'empara, eu se |H>rtaut en avant, d'une quantité de pièces abandonnées par l'ennemi et lit mettre bas les armes a des troupes ennemies. Arriv«vs À Fe>tieu\, les brigades reçurent du générai von Kleist l'ordre de s'arrêter, puis de te\tuir cam|>er auprès du moulin a vent d'Athies. » (Bapport du prince Auguste de t'ru>»e ; KritifS^tckichtiicKe EinzeltchrifUtH,)
que l'obscurité sera complote, le prince Guillaume de Prusse se portera droit sur Alhies et le général de Horn prendra h droite du village. Ces troupes ployées en colonnes serrées par bataillon et marchant dans le plus grand silence, tomberont sur Tennemi h la baïonnette sans tirer un coup de feu. La cavalerie de Zieten culbutera la cavalerie française, se jettera sur la droite et sur les derrières des Français et achèvera leur défaite. Le corps de Kleist, formant la seconde ligne, marchera à cheval sur la chaussée et cherchera à déborder le flanc gauche des Français. Mot d'ordre : Dieu/ Mot de ralliement : Frédéric I * »
Il fallut un certain temps et pour rassembler les troupes sur la ligne : ferme du Sauvoir, ferme de Manoise et rû des Barentons, et pour organiser les colonnes d'attaque. On n'avait, d'ailleurs, aucun intérêt à se presser et tout avantage îi attendre de l'obscurité de la nuit et de la fatigue des Français épuisés par une longue marche suivie d'un combat et endormis pour la plupart près de leurs feux de bivouac. Les dernières lueurs de l'incendie d'Athies éclaireront et guideront seules la marche silencieuse des Prussiens. A Athies même, tout est tranquille; la brigade Lucotte s'y repose en toute sécurité. Vers six heures, tous les préparatifs sont terminés dans les lignes prussiennes, depuis la ferme du Sauvoir jusqu'à l'étang de Samoussy, et, à 6 heures i/2, toutes les colonnes reçoivent l'ordre de commencer leur mouvement. En tète de la division du prince Guillaume de Prusse viennent les quatre bataillons de la 8« brigade, sous les ordres du colonel von Borke, suivis de près par les quatre bataillons du colonel von Warburg (!2« brigade). La cavalerie de Katzler s'avance à leur gauche et se relie à celle de Zieten. L'artillerie et York marchent avec la division de Horn. Plus à droite et presque à hauteur de la division du prince Guillaume, Pirch débouche du Chauftour, suivi par le général vonKlûx. A l'extrême droite, le lieutenant-colonel von Lettow avec les trois bataillons d'avantgarde du II« corps, sort du bois du Sauvoir, soutenu par le colonel von Bliicher à la tète des dragons de la Nouvelle-Marche ei du l«f de hussards de Silésie, en colonne par escadrons des deux côtés de la route de Remis.
* Journal d opérations du 1"' corps prussien tenu par le colonel von Scback. {h\ K. Kriegi Arehiv., IV, E. SI5.)
Les bataillons du colonel von Borke pénètrent la baïonnette (Toisée dans Athies, surprennent les jeunes soldats de Lucottc», endormis pour la plupart, engourdis par le froid, harassés de fatigue. Leur apparition a été si subite, leur marche si silencieuse, qu'ils ont réussi à se glisser jusqu'au cœur du village avant qu'on ait remarqué leur présence, avant qu'on ail pu donner l'alarme et courir aux armes. Tout ce qui est dans le village est pris ou niassacré et les quelques hommes qui réussissent à s'échapper sont suivis de si près par les Prussiens qui débouchent du village sur leurs talons, qu'ils n'ont pas le temps de prévenir les troupes bivouaquées à La Butte-des-Vignes et plus en arrière, du danger cjui les menace. C'est en vain aussi que quelques hommes ont essayé de résister en se jetant derrière les haies, derrière les murs, derrière les clôtures des jardins. Au silence de mort qui a régné jusque-là, succède tout à coup un bruit effroyable suivi d'une première décharge que les postes français de La Butte-des-Vignes exécutent contre les bataillons du prince Guillaume. Aux hourrahs poussés par les soldats de Borke et de Warburg, répondent de tous cotés les tambours et les clairons de Horn et de Kleist, les trompettes des cavaliers de Kalzler et de Zieten. On bat et on sonne la charge en tête, à droite et à gauche des Fran(;ais. De toute part, les Prussiens remplissent l'air de leurs cris qu'ils interrompent de temps en temps pour exécuter de pied ferme quelques salves, après lesquelles ils reprennent leur mouvement en avant. Horn a débordé Athies par le sud et a enlevé la colline du moulin. Il est arrivé h hauteur des batteries : « Voici les canons, dit-il à York. « « Je les vois, w — « M'autorisez-vous Ix les prendre? » demande-t-il à son général en chef. « Allez-y, à la grAce de Dieu ! » répond York. Et l'on se précipite sur les pièces, on assomme les canonniersavantqu'ils aient pu faire feu. Les Français essaient en vain de sauver quelques pièces en les tirant à la prolonge; quelques mètres plus loin, elles culbutent, encombrent la route ou tombent dans les fossés. Les troupes de Kleist, électrisées par les hourrahs poussés par leurs camarades du I**" corps, ont accéléré leur marche et débouchent à leur tour sur la gauche des Français. Kalzier, avec les hussards de Brandebourg et le 2^^ régiment de hussards du corps, a contourné vivement Athies par le nord, bousculé les vedettes françaises, culbuté et dispersé un régimen
— aï) —
de chasseurs à cheval qu'il a surpris pied à terre, fait subir le même sort k des cuirassiers, qui, quoique remontés îi cheval, n'ont eu le temps ni de se former ni de se reconnaître avant d'être sabrés*.
Zieten a, de son cùlé, franchi le ruisseau des Barentons. Il n'a laissé en réser\e pour protéger son artillerie que les cuirassi(»rs de Brandebourg, s'est formé sur deu\ lignes et pousse maintenant sur la droite de Marraont vers la roule de Reims. Le général von Jûrgass conduit sa premit'^re ligne (dragons de Lilhuanie et uhlans de Brandebourg). Henckel est en deuxième ligne avec les dragons de la Prusse occidentale et le régiment de cavalerie de landwehr de Silésie. Les cavaliers français de Bordesoulle fuient en désordre devant les dragons de Lithuanie*; sabrés par les escadrons de Jûrgass, ils se jettent pêle-mêle avec eux sur rinfanterie française, qui roule en masse confuse sur la chaussée, et s'engouffrent toujours pressés par 1rs cavaliers de Jûrgass, dans ce troupeau d'hommes qui essaie vainement de se reformer et de s'écouler par la route. « De la précipitation de cette retraite vint le désordre, et du désordre la confusion. De là une retraite sans ordres donnés et une espèce de fuite pour l'artillerie. » Tels sont les termes mêmes que Marmont emploiera quelques heures plus tard dans son rapport h l'Empereur, daté de Corbeny, le iO mars, à 2 heures du matin.
* Rapport sur la part prise au combat d'Athies par le t^ rcgtiiieiit de hussards du corps. (K^iegt Àrehiv, de Berlin, IV, E, 8.)
' « Le combat était engagé à notre droite. L'incendie d'Athies éclairait le théâtre de la lutte et nous permettait d*aperceyoir les Français s'enfuyant en désordre devant les colonnes serrées de nos fantassins s'avançant au pas gymnastique. Nous marchions sans savoir où Ton nous menait, dans le silence et au miUeu des ténèbres. On n'entendait de temps à autra que le bruit produit par le choc des étriers ou des fourreaux de sabres. Fuis tout à coup quelques iialles sifflent à nos oreilles. L'artillerie française, d'après les bruits que nous percevons, est en train de filer à peu de distance de nous. A ce moment le général von Jiirgass nous commande de charger. On prend le galop en poussant des hourrahs. Le régiment tombe sur des cuiras>iers, les sabre et les disperse : puis, il pousse à gauche vers la chaussée de Reims. L'artillerie française essaie de s'échapper ; mais nous galopons plus vite qu'elle, nous culbutons son escorte, nous coupons les traits de ses chevaux, nous massacrons les attelages. En moins d'une demi-heure, nous avons dépassé la tète de la colonne à laquelle nous fermons la route. Tout ce qui arrive alors sur nous est ou pris ou sabré... Le reste de la cavalerie nous rejoint avec une brigade d'infanterie et tous ensemble,nou8 poursuivons l'ennemi jusqu'à Festieux. » (Journal de marche du ]^' régiment de dragons [dragons de Lithnanie], 9 mars.)
Weil. — III. i5
L'infanterie prussienne s'avance sans s'arrêlcT. Les uhlans de Silésie viennent renforcer les deux régiments de Jurgass. Lîi cavalerie du deuxième corps, amenée par le général von Roder, rejoint celle du I*"" corps; celle du colonel von Bliicher continue à agir contre la gauche des Français. Les quelques tentatives faites par leur infanterie et leur cavalerie pour ralentir la poursuite ont échoué. Prises de flanc et à revers par la cavalerie prussienne, pressées de front par Tinfanterie, les troupes de Marmont n'essaient même pas de résister; elles se dispersent et s'enfuient à la débandade dans la direction de Festieux. La déroute ne se serait pas arrêtée là si, par bonheur, le colonel Fabvier, revenant avec son détachement de la mission dont l'avait chargé le maréchal et dont il n'avait pu s'acquitter, n'avait hAté sa marche au bruit de la déroute, n'avait occupé Veslud avec ses 400 chevaux et 4 bouches h feu et ne s'était résolument jeté sur les troupes de Kleist au moment où elles cherchaient h interdire le passage aux débris du corps de Marmont.
GrAce h cette diversion qui dégage un moment la route de Reims, le maréchal parvient h atteindre Festieux, à remettre un semblant d'ordre dans ses troupes et à faire filer sur la chaussée son infanterie flanquée par ce qui lui restait de cavalerie. Malgré l'intervention si opportune et presque inespérée du colonel Fabvier, Marmont n'eût peut-être pas réussi à se frayer un passage, si une centaine de soldats de la vieille garde, se rendant à l'armée et cantonnés ce soir-là à Festieux, n'avaient pris précipitamment les armes. Se portant à l'entrée du défilé de Festieux, ces vieux soldats avaient tenu bon, repoussé les attaques de la cavalerie prussienne, qui cherchait h prévenir Marmont sur ce point, et permis au maréchal de traverser le défilé et de gagner Corbeny.
Le gros de l'infanterie du corps de Kleist, parti des environs de la ferme du Sauvoir, après avoir traversé le bois de Lavergny, s'était arrêté à environ deux kilomètres de Festieux; les trois bataillons du lieutenant-colonel von Lettow poussèrent seuls jusqu'à Festieux avec la cavalerie de Zieten et de Blûcher. Après un combat assez vif, ils finirent j)ar en débusquer la poignée d'homme» auxquels Marmont dut son salut, mais ne dépassèrent pas ce point. La cavalerie seule continua la poursuite jusqu'à une heure du malin dans la direction de Corbeny; mais elle n'alla pas au
clolà de La Maisoii-Kouge. Quelques Cosaques poussèrent, il est vrai, jusque vers Corbeny, pendant que Benkendorf allait se poster avec sa cavalerie légère î\ CraonneV La cavalerie légère de Sacken était venue sVtablir au Chauffour et celle de Langeron avait poussé sur Bruyères.
L'affaire d'Athies, facilitée, il est vrai, par Tinexpérience des jeunes soldats de Marmont et par l'absence de toute mesure de précaution, constitue néanmoins un fait d'armes glorieux pour les corps qui, en exécutant ce coup de main, ont fait preuve d'une discipline remarquable, d'un calme et d'un ordre qui ne diminuèrent en rien l'impétuosité de leur attaque. L'aile droite française n'existait plus. « Nous n'avons encore pu ce soir mettre de Tordre dans les corps qui sont confondus et hors d'état de faire aucun mouvement et de rendre aucun service, et, comme il y a bon nombre d'individus qui se sont portés h Berry-au-Bac, je me vois forcé de m'y rendre pour remettre tout dans un état convenable, » écrivait Marmont à l'Empereur, en terminant la lettre qu'il faisait partir de Corbeny, h 2 heures du matin*.
Ce brillant coup de main qui avait fait perdre à Marmont plus de 3,000 hommes et presque toute son artillerie, n'avait pas coûté cher aux Prussiens. Le l^^ corps avait perdu dans toute la journée : 7 officiers, 159 hommes et 31 chevaux; le II«, 2G offi-
* Rapport du géDéral von Jiirgass ; u A Festieui, le général von Zieten me donna Tordre, de rallier nos régiments. Au milieu de la confusion de en combat de unit, il m'avait été d'autant plus impossible de faire enlever les pièces prises, que les escadrons ennemis, bien que chargea et rompus par la cavalerie du U^ corps, tentaient par des retours offensifs, partiels, mais incessants, à s*êctiapper et à se frayer un passage sur la route de Reims. Ce fut seulement lors de V arrivée de la cavalerie du général von Rôder et de l'infanterie du prince Auguste de Prusse, qu'on put faire filer en arrière les canons enlevés à i'ennemi. Mes deux régiments ont dû enlever une quinzaine de pièces. »
Rliicher à Scbwarzenberg, Laon, iO mars {K. K, Kriegi Archiv., 111, 189), s'exprime ainsi : a L'imprévu do cette attaque et les charges brillantes de la cavalerie décidèrent du sort de la journée et mirent l'ennemi en déroute. Le général York poursuivit l'ennemi jusqu'à une heure du matin. 11 m'est encore impossible d'apprécier à ce moment les conséquences de cette journée. A onxe heures du soir, nous avions pris à l'ennemi une trentaine de canons, une masse de caissons et un grand nombre d'hommes. »
Cf, Rapport d'York à Bliicher sur la part pri<$e par le 1^' corps prussien à la >)ataille du 9 mars.
< Marmont à TEmpcreur, Corbeny, iO mars, i heures du matin. {Àrehiveb de la guerre,)
ciers et 526 bonmies*. Les dragons de la Nouvelle-Marche s'étaient emparés de 12 canons, le l®"" hussards de Silésie en avait pris 6. Le 2® hussards du Roi, avec les hussards de Brandebourg, avait enlevé une batterie qui n'avait môme pas eu le temps de faire feu; les dragons de Lilhuanie et les uhlans de Silésie avec les cavaliers de Rôder avaient de leur côté ramené une vingtaine de canons et d'obusiers*. La brigade de Henckel, restée en réserve près d'Alhies, n'avait pas donné.
Sans vouloir en aucune façon diminuer l'importance du hurrah d'Athies et tout en rendant pleinement justice h l'énergie, à l'habileté, à rintelligencedes généraux chargés de son exécution, on peut cependant faire remarquer que ce brillant coup de main ne produisit pas tout l'effet qu'on élait en droit d'en attendre. Cette aftaire de nuit eût, en effet, pu devenir fatale i\ Marmont et enlrainer la perte complète de son corps si, aussitôt aj)rès l'enlèvement d'Athies par la divkion du prince Guillaume, York eût fait filer sur Festieux la brigade de cavalerie de HenckeP, qui
^ Les i)ertes du JI° corps ne s'élevèrent pas à ce chiffre qui esl en réalité la récapitulation des pertes subies par les troupes de Kl<>ist du 29 février au U mars.
- La cavalerie des l" et 11® corps versa à rartillcrio 36 bouches à feu et 131 caissons et voitures de munitions. D'après le premier lieutenant von Hagen, les dragons de la Nouvelle-Marche auraient a eux seuls pris 16 canons, 800 iiommes et les équipages du duc de Padoue. L'affaire de nuit d'Athies n'aurait coûté à ce régiment que 6 hommes blessés ou tues et 44 chevaux. Il convient de remarquer, d'ailleurs, que les effectifs de la cavalerie prussienne avaient singulièrement fondu, puisque le 11 mars ce régiment ne comptait plus que 16 officiers et 272 hommes.
s On trouve dans le rapport ci-dessous du général von Zieten une explication à l'inaction de la cavalerie de Henckel : « Décidé à tourner rennenii, je plaçai la cavalerie de réserve du 1** corps (général von Jiirgass) à ma gauche, celle du 11^ (général von Roder) à ma droite et les formai sur deux lignes. Les cuirassiers de Brandebourg restèrent en réserve auprès de l'infanterie. Avec le reste de la cavalerie, je me portai sur Festieux.
u Parvenu à proximité de l'ennemi et désormais à même de mieux reconnaître le terrain, je poussai en avant la première ligne du général von Jiirgass. Sa deuxième ligne eut ordre de couvrir le flanc de la première. La deuxième ligne du général von Roder restait massée et en réserve. L'infanterie tiraillait à Athies lorsque, arrivé presque sur la cavalerie française, je perçus le bruit produit par la retraite précipitée de l'artiUerie. Je donnai aussitôt l'ordre d'attaquer. Le général von Jiirgass se jeta sur la cavalerie française dont une partie n'était pas encore remontée à cheval et enleva plusieurs canons. On apprit alori que la cavalerie française men4içait les derrières et le flanc de la cavalerie de réserve et la gauche du prince Guillaume, J^ordonnai alors à la
resta inutilement en réserve et qui, à la condition d'être soutenue par les troupes de Horn ou par une brigade d'infanterie du 11* corps, eût pu aisément prendre position à l'entrée du défilé et en interdire le passage aux Français, dont la situation eût été alors d'autant plus critique et plus désespérée que Benkendorf poussa, comme nous l'avons dit, jusqu'à Corbeny et que Korft, avec la cavalerie russe de Langeron, arriva dans la soirée à hauteur de Bruyères.
\ork avait eu le soin de tenir le feld-maréchal au courant des progrès de ses troupes. Vers 9 heures du soir, aussitôt après la prise d'Athies et de La Bulte-des-Vignes, le major comte von Brandenburg s'était rendu au quartier général. Le feld-maréchal soupait h ce moment avec Gneisenau, Mûffling et quelques officiers de son état-major; ces premières nouvelles l'avaient déjà rempli de joie et, en renvoyant Brandenburg, il l'avait chargé de dire à York de tout disposer pour marcher dès l'aube sur Festienx. Environ une heure plus tard, le capitaine von Roder arrivait à son tour annoncer que tout allait bien. Blûcher venait de se coucher; une petite lampe éclairait faiblement sa chambre. Tout malade qu'il était, le vieux feld-maréchal ne put contenir sa joie : « Par Dieu! s'écria-t-il, vous autres du corps York, vous êtes de braves et solides gaillards. Le ciel s'effondrera le jour où l'on ne pourra plus compter sur vous. » Enfin, à 11 heures, le capitaine von Liitzow avait apporté la nouvelle de la réussite complète et définitive du coup de main. Il rapportait un peu plus tard de Laon, avec les ordres pour la journée du 10, la lettre suivante adressée par le feld-maréchal au commandant du I»»" corps : « Votre Excellence a de nouveau donné la preuve de ce que peut faire la prudence unie à la décision. Je vous félicite de votre brillant succès et ne peux, dans la disposition ci-jointe, qu'achever ce que Votre Excellence a si bien commencé*. »
deuxième ligne du général von Jûrgats^ iout let ordre* du colonel comte Henckel, de $e porter vert Athiet et, chargeant l'un des régiments du général von Roder, les uhians de Silésie, de flanquer le général von Jiirgass, je continuai Tattaque. Poussant Tennemi sans lui laisser le temps de so remettre, j'enlevai toutes les pièces qui revenaient d'Athies. L'infanterie française se débanda. La déroute était générale. L'obscurité seule m'empêcha de faire plus de prisonniers. Ma cavalerie poussa jusque vers Festieux. »
* Bliicher à York, Laon, 10 mars, minuit. (Lettre reproduite par Droysen et Bogdanovitch.)
10 mars 1814. — Positions de larmée de Silésie à minuit et premiers ordres de Blûcher. — Lorsque Blùcher expédia ri minuit les ordres que nous relaterons ci-dessous, Tarmée de Silésie occupait les positions suivantes :
A Taile gauche, en toute première ligue, la cavalerie du général Zieten et du colonel Blucher en avant du défilé de Festieux. Benkendorf avec la cavalerie légère russe, à leur droite au delh de Corbeny vers Craonne et allant sur La Ville-aux-Bois. Plus en en arrière, les cavaliers de Korff h Bruyères. Le gros des corps d'York et Kleist, avec la brigade de cavalerie de HenckeL i\ Alhies. L'avant-garde d'infanterie de ces deux corps entre Feslieux et Eppes. En réserve, à Chambry, les corps de Sacken et do Langeron. Au centre, Bûlow n'avait rien changé h sa position i\ Laon, et Winzingerode, formant toujours la droite, occupait Semilly et Ardon.
La disposition confiée par Blûcher h Lûtzow et envoyée h minuit aux autres chefs de corps, était conyue en ces term(»s : « Le général von York m'annonce à l'instant qu'il a réussi, à la tombée (le la nuit, à culbuter Tennemi, h le mettre en pleine déroute ol à lui enlever ses canons et ses équipages, et que son avant-garde l'st déjà à La Maison-Rouge. Le 10 mars, les corps d'York et de Kleist poursuivront l'ennemi et se porteront sur Berry-au-Bar ou, si le passage était détruit sur ce point, sur Neufchàlel. Us sont chargés d'ouvrir par Reims la communication avec le comte d(î Saint-Priest et la grande armée et de leur faire connaître les derniers événements. Us se jetteront sur l'aile droite franeaisc», (|ui cherchera vraisemblablement h se retirer sur Fismes.
« Le corps Sacken, partant [de (Ihambry, suivra la grande route jusqu'à Corbeny. Le général Sacken, se guidani sur h»s c!irconslances, se dirigera de là, soit sur Berry-au-Bac, soit enlre Berry-au-Bac et Vallly pour y passer l'Aisne.
« Le corps de Langeron, après s'être fait rallier par les ponlons parqués à Chéry sur la route de Laon à Guise, se portera en passant par Bruyères, vers le plateau de Craonne et Heurh'bise et enverra de là l'équipage de pont avec une bonne escorte à Maizy, avec ordre d'y jeter un pont sur l'Aisne. Langeron attendra à Heurtebise des ordres ultérieurs le dirigeant, soit sur L'Ange-Gardien, afin d'y couper l'aile gauche ennemie, soit sur Maizy, pour y traverser la rivière et marcher sur Braisne. Sa cavar
lerie poussera vers Soissons et cherchera à s'emparer du défilé de Noyant. Les corps de Bûlow et de Winzingerode suivront lo mouvement rétrograde de Taile gauche ennemie, le corps de Winzingerode sur la vieille route par Pinon, celui de Bûlow sur la route de Chavignon.
« Toute Tarmée commencera son mouvement h 7 heures du malin. »
Au moment où Blficher envoyait cet ordre, il partait de l'idée que l'Empereur replierait le gros de ses forces sur Boissons dès qu'il aurait connaissance de l'échec de Marmont. Il pensait de plus que cette nouvelle ne pourrait lui parvenir guère avant 8 ou 9 heures du malin. Le feld-maréchal aurait donc dû essayer de profiter des premières heures de la matinée pour le chasser de Clacy et de Chivy et l'écraser sous le poids des 60,000 h 70,000 hommes de Winzingerode, Bùlow, Langeron et Sacken. C'eût été la conséquence simple et naturelle des événements de la journée et de la soirée du 9. Mais le succès remporté par son aile gauche amena le feld-maréchal à une autre conception et, au lieu de s'en tenir h ce projet simple et logique, il voulut tenter d'obtenir des résultats plus considérables encore à l'aide d'un mouvement tournant et essayer de prévenir l'Empereur àL*Ange-Gardien. C'était cette opération qu'il avait en vue dans les ordres apportés le 9 au soir par Lûtzow, ordres qui devaient être annulés par la disposition de Gneisenau, le 10, h 8 heures du malin. De toute façon, Langeron venant des environs de Chambry, après avoir marché parallèlement à l'Empereur, n'aurait guère pu atteindre L'Ange-Gardien avant l'arrivée des troupes françaises qui, postées aux environs de Clacy, de Chivy et d'Etouvelles, disposaient d'une bonne route et avaient moitié moins de chemin h parcourir que les Russes, obligés en outre de passer la Lette et de gravir les pentes donnant accès au plateau de Craonne.
Ordres de l'Empereur pour le 10. — Si Marmont avait entendu, dans le courant de la journée du 9, le canon de l'Empereur, le vent d'ouest avait empêché Napoléon de percevoir le moindre bruit venant de sa colonne de droite. L'après-midi et la soirée se passèrent sans qu'on reçût des nouvelles du maréchal, et on se doutait si peu du désastre d'Athies que, comptant d'une façon absolue sur la coopération de son aile droite, l'Empereur
arrêtait, quelques heures apr(>s la dispersion complète du 6« corps, des dispositions dans lesquelles il attribuait une part importante aux troupes du duc de Raguse dans fallaque générale qui devait avoir lieu le 10 au matin :
« Les divisions Charpentier et Boyer de Rebeval formant tête de colonne et soutenues par le corps du prince de LaMoskowa, la division Priant, les trois divisions de cavalerie et les réserves d'artillerie déboucheront de Clacy à 6 heures du matin et pousseront la droite des Alliés dans la direction de La Neuville.
« Le maréchal duc de Raguse, avec le 6® corps, la 2« division de la réserve de Paris et la cavalerie du général BordesouUe, continuera à manœuvrer du point où il se trouve, pour couper la communication de Laon à Vervins.
« Le maréchal duc de Trévise, au centre avec les divisions d'infanterie Poret de Morvan et Christiani, les dragons du général Roussel et les lanciers polonais du comte Pac, se formera à gauche de la route de Soissons, en arrière d'Ardon, afin de pouvoir, en cas de besoin, soutenir la grande attaque.
« Par ces dispositions, le plateau de Laon sera tourné par la droile et par la gauche, observé et contenu sur la route de Soissons, c'est-à-dire sur son front*. »
Quelque singulier que puisse paraître au premier abord pareil ordre donné en un semblable moment, il suffira d'envisager la situation de l'Empereur pour découvrir en même temps, et les motifs qui lui ont vraisemblablement dicté celte dangereuse résolution, et les considérations politiques et mililîiires qui l'ont inspirée. Les dernières nouvelles venues de Troyes et de Chîltillon étaient, en effet, de nature à justifier jusqu'à un certain point une entreprise hasardeuse, un acte de désespoir qui, s'il pouvait tout perdre en cas d'échec, pouvait en cas de succès tout sauver d'un seul coup. Ignorant à ce moment ce qui s'était passé h Alhies, ne connaissant ni les projets ni les forces de Bliicher, qui n'avait engagé contre lui que le tiers de son monde et avait caché soigneusement derrière la montagne de Laon le reste de son armée, n'était-il pas permis k l'Empereur de s'illusionner encore et de croire que la résistance qu'il avait rencontrée et les feux de lirail-
* KocH, Mémoiret jHmr attira Vhittoirede la eampofjne de 1814, Cli. XIV, p. 418 et 419.
leurs qu'on n avait cessé d'échanger jusque dans la soirée, étaient destinés à masquer la retraite de Tarmée de Silésie, h faciliter Técoulement de son matériel et à lui assurer l'avance nécessaire pour exéculersans encombre un mouvement rétrograde que l'Empereur espérait, qu'il croyait même certain et dont la probabilité ne lui semblait nullement diminuée par les engagements du 9 mars, par une situation qui restait h ses yeux exactement semblable à ce qu'elle était la veille.
Par une coïncidence bizarre h signaler, les deux généraux opposés l'un h l'autre vont simultanément commettre des fautes qui, pour la deuxi^me fois dans le cours de cette campagne, permettront à l'Empereur de se tirer presque à bon compte d'une situation plus critique encore que celle dans laquelle il se trouvait après La Rothière et empocheront Blûcher de recueillir les fruits certains, les avantages considérables d'une victoire remportée dans des conditions exceptionnellement favorables h tous égards.
L'Empereur devait être, non seulement battu, mais écrasé à Laon, parce qu'il avait violé deux de ses maximes favorites, parce qu'il avait tenté de tourner et de déborder une aile en séparant son armée et que la jonction de ses corps d'armée allait s'opérer cette fois, non pas loin et en arrière de l'ennemi, mais sous ses yeux et sur la position même que cet ennemi occupait avec des forces supérieures. S'il échappa à un anéantissement complet, si, grâce au parti qu'il sut tirer du choix judicieux de ses lignes d'opération, de leur changement opportun, il se retrouva, quelques jours après la perte de la bataille de Laon, en état de reprendre l'offensive contre Saint-Priest et de tenir à nouveau la campagne, il le dut uniquement à ce fait que, contre toute attente, Blùcher malade et terrassé par la douleur physique, n'eut pas l'énergie nécessaire pour rester, lui aussi, fidèle «\ l'unique maxime qu'il ait appliquée dans sa longue carrière. Le vieux feld-maréchal s'en laissa imposer par l'audace incompréhensible d'un ennemi qu'il pouvait croire détruit, et après avoir gagné une bataille décisive, comme s'il eût été étonné du succès qu'il venait de remporter, il resta immobile sur ses positions, sans oser porter à son adversaire épuisé et chancelant le coup qui l'aurait abattu et terrassé.
Les ordres d'attaque pour le 10 venaient à peine de partir du quartier impérial, que les fuyards d'Athies commencèrent à ar-
river. Dans le principe. TEmpereur se refusa à croire, d'abord h la nouvelle, puis h Télendue du désastre; mais bientôt, le doute ne fut plus permis. L'officier de dragons qui commandait le poste de cavalerie de Nouvion-le-Vineux envoyait à 2 heures et demie du matin à Belliard, qui le transmit immédiatement àrKmpereur, un billet confirmant la déroute complète du duc de Raguse :
« Un officier du 30» de dragons, arrivé h Finstanldu corps du duc de Raguse, assure que ce corps a été mis dans la plus grande déroute hier, vers 7 heures du soir. Il arrive h tout moment des fuyards. Je vais me retirer sur Etouvelles, où j'attendrai vos ordres.* »
La retraite inmiédiate sur Soissoiis semblait devoir être la conséquence naturelle et immédiate de la débandade du corps de Marmont. Cependant, malgré ce nouveau coup, l'Empereur ne peut se décider encore îi un mouvement rétrograde que la raison, que la prudence conseillaient. Bien (jue son aile droite n'existe plus, Napoléon essaie encore de se faire illusion à lui-même. [1 veut croire que Blùcher a dégarni son centre et sa droite pour renforcer les troupes qui ont accablé Marmont; que le feld-maré^ rhal, malgré son succès d'Athies, va lui abandonn(»r la position de Laon et que sa présence, en obligeant son adversaire à immobiliser le gros de son armécî, aura du moins pour conséquence de dégager le duc de Raguse, de sauver les débris de son corps, de ralentir et d'arrêter la poursuite. L'attaque qu'il a projetée est devenue impossible, mais il n'en restera pas moins sur ses positions de la veille en attendant les événements. Dans d'autres temps, Bliicher eût fiiit chèrement payer ii l'Empereur l'imprudence qu'il commettait en prenant une pareille résolution ; mais, conmie Clausewitz* le reconnaît, « Bliicher n'est plus lui-même. » Kt c'est i)récisément cette audace incompréhensible, cette audace qui eût dû perdre l'Empereur, qui le sauvera.
Ordres d'York à son avant-garde. — Les ordres de mouvement apportés j)ar le major von Lûtzow avaient causé une vive satisfaction aux états-majors des !«*■ et II* corj)s. Grî\ce ù
1 Un officier do dragons au général Belliard, Nouvion-le-Vineux, 10 mars, S h. I/Î du matin. (Archive» de la guerre.)
« Ci.AUSEwiTi, Critique de la campagne de 1814.
celtp disposition, York se croyait certain d'achever la défaite de Napoléon, surtout s'il continuait à s'cnt(Her devant Laon. H comptait, en outre, en poussant dans la journée du 10» jusqu'à une marche de Reiras, pouvoir donner la main k Baint-Priest et attirer à lui les renforts destinés au corps de Kleist. 11 s'était immédiatement entendu avec son collègue et avait prescrit de constituer, sous les ordres de Katzler, une avant-garde composée d(» troupes appartenant aux I" et II« corps et qui, forte de 5 bataillons et de 4 régiments de hussards, soutenue à peu de distance par la réserve de cavalerie du général von Zieten, devait dès la pointe du jour, pousser sur Corbeny avec rarlillerie à cheval. L(» I«' corps avait ordre de jïrendre la route de Reims, à 8 heures du matin et de suivre le corps de Kleist, parti à 7 heures. Langeron et Sacken ne devaient commencer leur mouvement cju'un peu plus tard. La cavalerie de Benkendord ne s'était pas arrêtée^ e( ses coureurs bordaient déjà l'Aisne.
A 9 heures, les deux corps prussiens avaient atteint et en partie dépassé le défilé de Festieux. Katzler élail parvenu au delà de (]orbeny. Langeron était entre Prestes et Chevregny, sa cavalerie avec Korff à Bruyères. Quant à Sacken, il n'avait pas encon» (|uitté Chambry lorsqu'on entendit le canon du côté de Laon.
A l'aile droite et au centre, Bûlow et Winzingerode avaient, avant le jour, fait prendre les armes à leurs troupes et tout préparé pour suivre le mouvement rétrograde de l'Empereur.
Gneisenau annule les ordres de Blûcher et arrête la poursuite. — Mais quand le jour se fut levé et que la brume se fut dissipée, Gneisenau, auquel Blùcher malade, alité, épuisé par les efforts qu'il avait dû fiûre pour rester sur pied la veille, venait de déléguer ses pouvoirs, Gneisenau, déjà informé par les rapports des avant-postes de la présence de l'armée française, s'était rendu à son observatoire de la veille et avait pu constater (|ue, loin de songer à la retraite, les Français se disposaient, an (contraire, à renouveler leurs attaques. Malgré tout son savoir et toulcî son énergie, Gneisenau, effrayé de la responsabilité qui pesait sur lui, avait dès la veille au soir essayé de faire revenir le feld-maréchal sur les dispositions envoyées aux chefs de corps. Mûffling nous raconte que Gneisenau, « trouvant ce projet trop hardi », avait déclaré qu'une pareille opération pouvait tout perdre
et lui aurait de plus affirmé que le feld-maréchal étant très malade, il ne voulait pas, lui, son remplaçant, son délégué, assumer sur lui une pareille responsabilité.
Investi des pleins pouvoirs de Bliicher, Gneisenau \ malgré les observations fermes et respectueuses de tout Tétat-major général, annula dès 8 heures du matin les ordres de la nuit, auxquels il substitua la disposition suivante :
« L'ennemi est encore en position devant notre aile droite. D'après le dire des prisonniers, l'Empereur a l'intention de tenter aujourd'hui 10 mars, une attaque générale.
« Les corps de Sacken et de Langeron différeront en conséquence leur mouvement, jusqu'à ce que l'ennemi ait dessiné ses projets. Ils resteront en colonne h l'endroit où ils se trouvent et nie feront connaître leur position.
« Les corps d'York et de Kleist, laissant à leur cavalerie légère le soin de poursuivre l'ennemi, s'arrêteront auprès de Corbeny. à hauteur du chemin conduisant à Craonne, et y attendront mes ordres. »
Ces nouveaux ordres furent remis à Sacken àChambrv, à Langeron h Presles, à York et à Kleist aux environs de Festieux.
Au lieu d'attendre et de suivre les mouvements des Français,
* Le général comte Nostitz donne dans son Tagebuck (Kriegsgeschichtliehe EinzeUchri/ten licrausgegeben von». Grossen Generalstabe, V, 1884, 121-123), des détails assoz curieux sur les causes de la prudence exagérée de Gneisenau. 11 attribue avant tout cette timidité en contradiction complète avec le caractère et l'attitude du chef d'état-major de l'armée de Silésie à l'influence qu'exerçait sur lui le général de boyen, chef d'état-major de liiilow et qui croyait que l'intérêt même de la Prusse lui imposait la nécessité de ménager le plus possible Tarmée de Silésio.
Nostitz raconte, en outre, que Gneisenau, lorsqu'on le réveillait pendant la nuit pour lui rendre compte des événements en lui demandant dos ordres, parvenait si peu à secouer sa torpeur et son engourdissement, que le lendenuiin matin il ignorait absolument ce qu'il avait dit, fait et signé p<?ndant la nuit. Pareil incident se serait, d'après Nostitz, passé dans la nuit du 9 au 10 mars. Dés que le major von Lutzow eut rendu compte à Laon de l'aiïaire d'Athies, Mùffling avait préparé la disposition qu'il fit porter à Gneisenau par le lieutenant von Gerlach. Lorsque Gneisenau eut approuvé ces ordres, on les fit signer par Bliicher et on les expédia ensuite aux corps. Or, le lendemain, lorsque (■neisenau vit que les Français restaient en position et se disposaient à renouveler leurs attaîques contre Diiluw, il avait totalement oublié les ordres donnés pendont la nuit. Décidé à les reprendre, refusant de se rendre aux observations de son état-major, il parvint à arracher à Bliicher l'autorisation de faire rétrograder les corps d'York et de Kleist.
VVinzingerode cl Biilow devaient, d'après les instructions de Gneisenau, prévenir une attaque dont on apercevait les préparatifs du sommet de la montagne de Laon ^ •'• A 9 heures du matin, au moment où les troupes de Ney, de Charpentier et de Mortier prenaient leur formation de combat, Bûlow avait commencé î\ se porter en avant et à descendre de la montagne de Laon; mais dès que ses têtes de colonnes parurent au pied de la montagne, elles furent accueillies par un feu tellement vif que, sur Tordre du général, elles se replièrent immédiatement sur leurs anciennes positions où elles restèrent de nouveau immobiles*.
* ToH, et Reiche dans ses Mémoires, expliquent d'une manière quelque peu diflTérente Tordre donné par Gneisenau. D*apri>s eux, Hiilow, voyant le 10 au matin que l'Empereur fêtait décidé à tenir bon, ne se souciait guère de quitter ses positions pour descendre dans la plaine, attaquer, déloger et poursuivre les Français. On se préoccupait dans son entourage des conséquences fâcheuses que pouvait avoir, en cas d'une attaque rendue presque inévitable par la situation désespérée de Napoléon, un combat livré en plaine avec une montagne à dos. On craignait de perdre, en cas d'échec, la clef même de toute la position. On allait jusqu'à affirmer, c'est ainsi que sVxprimo un des officiers de Biilow dans ses Notes manuscrites, que l'Empereur avait reçu pendant la nuit des renforts considérables. Malgré cela, Bùlow avait commencé sou mouvement, lorsqu'un déserteur, un trompette du corps de Ney, lui annonça d'une manière absolument positive que l'Empereur allait attaquer. Cette nouvelle suffit pour décider Hùlow à rester en place et à retourner sur les fiositions qu'il venait de quitter. Hliiclier était malade, et Ton n'eut pas de peine à convaincre Gneisenau de la nécessité de modifier les instructions données par le fcld-marcchal, d'envoyer à York et à Kleist l'ordre, d'abord de s'arrêter, puis un peu plus tard, lorsque le combat se fut engagé, de revenir sur leurs pas. (bERNHARoi, Uenkwurdiijkeiten, V, 194.)
s Extrait d'un rapport de Helliard à Berthier (à Chavignon), de Leuilly, 10 mars, 10 h. 3/4 du matin.
« L'ennemi est toujours en position à l^on avec son artillerie. Ce matin il a attaqué Clacy, il a été repoussé... On se b&t toujours devant Clacy... L'ennemi vient de faire descendre une forte colonne et de Tartillcrie sur la route de Paris. Le duc de Trévise a mis en batterie 12 pièces On a arrêté le mouvement. Cette troupe a repris sa position à mi-côte... Le canon tire très fort à la gauche et sur le front du prince de La Moskowa au bois de SemiUy. J'ignore si nous avons toujours le village. Je vais m'y porter. 11 paraît que le général Charpentier exécute le mouvement qui lui a été ordonné. Je croyais qn'oii l'avait suspendu. Le général Roussel me dit qu'il est passé n, Ardon 1500 chevaux se portant sur Bruyères. Je viens d'envoyer sur ce point. Un autre rapport dit qu'une forte colonne de cavalerie manœuvre sur Chavignon. C'est un rapport de paysan.
(r Le prince de La Moskowa a pris la position qu'on lui a ordonnée. Le duc de Trévise a pris la sienne conformément à l'ordre général. Vous m'avez dit qu'il devait être suspendu. Que doit-on faire pour la cavalerie? En attendant
Attaque de Glacy, de Semilly et d'Ardon. — A l'extrême droite de l'armée de Silésie, le général Woronzoff lançait la division (^liovansky sur Clacy et la cavalerie du général Balk. sur Mons-en-Laonnois par le pont de Thierret. Le général Charpentier avait profité de la nuit pour barricader les avenues et organiser la défense du village et du château. De fortes batteries, couvertes par des épaulements, enfilaient toutes les routes. L'infanterie de Charpenlier occupait le château et le village. Ce (|ui restait de la division Boyer de Rebeval était en réserve en arrière. Plus à droite, les troupes de Pierre Boyer étaient en position h la tuilerie de Semilly. La droite de l'Empereur s'étendait depuis la route de Soissons jusqu'à Leuilly.
La 12® division russe (Chovansky) que Charpentier avait laissé s'avancer en colonne serrée jusqu'à 200 ou 300 mètres de Clacy, dut s'arrêter sous le feu des batteries et de Tinfanterie française et se replier sur les petits bois au nord-est du village. Renforcés par la brigade Gleboft' de la 21 • division (Laptieff), puis par les troupes du général Wouitch, les Russes renouvelèrent à plusieurs reprises leurs tentatives et réussirent môme à pénétrer dans Clacy. Ils ne parvinrent pas toutefois à s'y maintenir, bien que Worony.ofi eilt successivement engagé trois divisions, bien qu'une batterie russe fût venue se placer à lest de Semilly sur le prolongement des défenses de Clacy et qu'une des batteries de Ney, en position sur une hauteur près de Mons-en-Laonnois, eût fait souffrir à la fois les Russes et les soldats de Charpentier. Il était alors 2 heures. Les troupes de Woronzoff, épuisées par leurs tentatives infructueuses, faiblissaient. Gneisenau, inquiet de la tournure prise par les affaires à Clacy, se décida à les faire soutenir |)ar
elle est placée ainsi qa'il suit : la division Roussel à Leuilly appuyant et observant toute la droito. La division Letort en avant de Chivy en mesure d'appu>nr le ducdeTrévise, h sa gauche le prince de LaMoskowa et les troupi^sde 61acy. La division Colbert a ordre d'appuyer le mouvement du général Charpentier. Le général Kxelmans vient en réserve à Vailly et Etouvelles avec la vieille garde.
f( P. S. A l'instant on m'annonce que la colonne de 1500 chevaux ennemis revient de Bruyt^res sur Ardon. Ce village est occupé par Fennemi. Le général Colbert fait dire qu'il y a à ^a gauche une route qui conduit à Mous-cn-Laoniiois, par laquelle l'ennemi peut venir et qu'il serait important d'occuper ce village avec de l'infanlorio. » (Archives de la guerre,)
dfs HMilorls liréb d(»s Iroupcs de Biilow, restres jusque-là inunobiles à Ldou*
Dernières tentatives offensives des Français. — Ces uiouvonients n'avaient pas (^rhappé h TEniporeurqui, aprc'^s Otre resté (|uolqu(» temps h Clacy, avait suivi les périp(^ties du combat du haut d*un mamelon h Test de ce village *. Pensant cjuc Bliichcr se d(^cidait enfin h battre en retraite et h évacuer Laon *, il crut le moment venu pour tenter une attaque générale et envoya Tordre il Charpentier de déboucher de Clacy, h la division Curial d'enlever Semilly, à la division Meunier de s'emparer d'Ardon. Ces deux dernières divisions devaient se porter de Semilly et d*Ardon sur la ville pendant que Charpentier pousserait les Russes sur le faubourg de La Neuville.
Mais l'artillerie russe obligea Charpentier ii rentrer dans Clacy. Sous la protection de ses batteries, dont les boulets criblaient Seuiilly, Curial s'avança en colonne serrée par bataillon, parvint jusqu'au pied de la montagne en avant de Semilly et poussa sur les pentes mêmes deux bataillons déployés en tirailleurs et soutenus par un troisième. Décimés par la mitraille d'une batterie que les Prussiens démasquèrent lorsqu'ils furent arrivés à bonne portée, ébranlés par le retour offensif des bataillons du lieutenantcolonel von Clausewitz qui les chargèrent à la baïonnette et culbutèrent même leurs soutiens établis sur la route, les soldats de Curial, ramenés vivement, furent obligés de quitter une fois encore Semilly. L'attaque sur Ardon n'avait pas mieux réussi *.
L'Empereur se décide à la retraite à 4 heures. <— Malgré insuccès de cette tentative, l'Empereur ne voulait pas encore se rendre h la réalité et se résoudre h renoncer îi Laon. Avant de prendre le seul parti qui lui restait, le parti que la prudence et la raison auraient dû lui faire adopter dès le matin, il chargea d'abord Drouot, dont les observations n'avaient pas réussi à le convaincre, puis Belliard. de pousser avec un parti de cavalerie
1 D'après Fleury, TEmporeor se serait tenu, au contraire, dans le clocher de Clacy.
s Ney avait cru lui aussi le matin à la retraite de Bliichor sur Vcrvina et en avait informe lo major-général. (Archives de la guerre,)
* niiicltor à Schwarzenberg» Laon, 11 murs, 9 heures du matin. (AT. K. Kriegs Archiv.t 111, 189*)
en avant de Clacv, d'évaluer les forces des Russ(« et de voir sil ne serait pas possible de déborder la droite de Bliicher en passant par la route de La Fère. Mais les troupes de Strogonotf barraient le chemin entre La Neuville et Cerny, celles de Woronzoff et de Balk étaient fortement établies depuis Cerny jusqu'à Molinchart. Cédant alors aux représentations et aux prières des deux généraux, TEmpereur se décida enfin, vers 4 heures de Taprcsmidi, à la retraite surSoissons.
Pendant qu'on expédiait les ordres et que la vieille garde retournait à Chavignon, on continuait néanmoins la canonnade. Le mouvement ne devait, en effet, commencer réellement qu'à la tombée de la nuit, et Tarrière-garde devait quitter le lendemain seulement les environs d'Étouvelles.
Mécontentement causé par les ordres de Gneisenan. — A
l'aile gauche de Tarmée de Silésie. on n'avait obéi qu'à contrecœur à Tordre de Gneisenau. On s élait arrêté, mais ni York ni Kleist ne pouvaient se faire à l'idée de perdre, sans motif sérieux, tous les «avantages de leur brillant coup de main. L*élonnement et la stupéfaction des généraux n'avaient d'égale que la rage du soldat, qui ne comprenait rien à cet arrêt subit. Sans avoir besoin de se concerter entre eux, York et Kleist expédièrenf immédiatement au quartier général à Laon, des officiers de confiance chargés d'exposer, avec leurs plaintQs et leurs réclamations, des projets dont l'exécution, loin de compromettre le salut de l'armée de Silésie, aurait parachevé l'anéantissement de Marmont et placé l'Empereur dans une situation presque désespérée.
Le comte de Brandenburg arriva le premier à Laon; il venait, au nom d'York, supplier Gneisenau d'autoriser les deux corps prussiens à déboucher sur les derrières de Napoléon. En opérant de la sorte on empêcherait l'Empereur de repasser la Lette: on avait quelque chance de le prendre; en tout cas on était sûr de lui infliger des pertes sérieuses lorsqu'il lui faudrait s'ouvrir h» chemin de Soissons. Gneisenau resta inébranlable. « L'Empereur tient devant Laon, répondait-il à tous les arguments, et il s'agit de redoubler de prudence. »
Renvoyé une deuxième fois par York, Brandenburg ne fut pas plus heureux. Découragé et désespéré par les réponses de Gneisenan, il rencontra aux portes de Laon le colonel de Grollmann,
chef d'étal-major du II« corps, qui venait, au nom de Kleist, protester contre l'interruption de la poursuite. On pouvait espérer encore que l'influence personnelle de Grollmann, jointe à ses vieilles relations d'amitié avec Gneisenau, parviendrait à vaincre la résistance et les craintes du chef d'état-major général. Il n'en fut rien; loin d'obtenir l'annulation de la disposition donnée le matin, force fut ;i Grollmann d'apporter à son général et ii York un ordre prescrivant h ces deux généraux de se rapprocher de Laou et de revenir, York h Athies, Kleist à Eppes.
Non content de s'arrêter après une bataille gagnée, Gneisenau obligeait ainsi des troupes victorieuses à rétrograder. Si l'Empereur pouvait dire qu'il représentait à lui seul une armée de 100,000 hommes, on peut conclure de ce qui se passa à Laon le 10 mars, que sans Blûcher il n'y avait plus d'armée de Silésie. Tout s'arrête, tout languit à partir du moment où la maladie l'a terrassé et l'a empêché de faire passer le souffle puissant de son énergie et de sa haine dans l'esprit de ses conseillers, de ses collaborateurs. Gneisenau, malgré tout son mérite, malgré toute son intelligence, malgré toute a part qui lui revient dans les succès de son chef, n'était plus rien sans lui. N'ayant aucune influence, aucun ascendant sur le soldat, Gneisenau n'inspirait de plus aucune confiance aux commandants de corps qui. Prussiens aussi bien que Russes, le considéraient comme un pédant et comme un homme dépourvu de tout esprit pratique.
Dans une lettre écrite par Muffling, le 12 mars, on trouve ces mots : « L'attaque faite par Napoléon, le 9 mars, était une imprudence. Celle du 10 mars est le comble de l'imprudence. »> Mais alors que dire du commandement qui tolère et subit à deux reprises de pareilles imprudences! Napoléon atteignit, grâce à son audace du 10, le but qu'il se proposait ce jour-là : il voulait en iujposer et il y réussit, puisqu'il put sans encombre effectuer sa retraite dans l'après-midi et atteindre Soissons. On disait à ce moment dans l'armée que Blùcher souffrait d'un dérangement des facultés mentales; on donnait comme preuve le fait qu'York aurait reçu des ordres avec une signature à l'envers. La vérité est que le feld-maréchal souffrait d'une ophtalmie qui l'empêchait de suivre personnellement et directement la marche du combat, de peser et d'examiner les résolutions qu'il avait à prendre comme général en chef.
Weïl. — III. 16
Muftling, reparlant plus lard de ces événenieiils, dans une lettre adressée à Droysen, le 13 décembre 1847, et oubliant la part de responsabilité qui lui incombe dans les résolutions prises par Gneisenau, dit :« Sacken était hors de lui. Woronzoff, pendant ce combat ridiqule et enfantin, à Taide duquel Napoléon chercha à nous tromper le 10 au matin, était accouru me demander pourquoi on avait repris et annulé les ordres donnés; il considérait les nouvelles dispositions comme une calamité, comme une catastrophe. Langeron, qui, comme le plus ancien des généraux de 1 armée de Silésie, craignait d'être obligé de prendre le commandement et sentait fort bien qu'il ne parviendrait pas à se faire obéir par les généraux prussiens, s'écriait en sortant de la chambre du feld-maréchal : « Au nom « de Dieu, transportons ce cadavre avec nous ».
Jusqu'il ce moment, la personnalilé de Bliïcher avait empoché les jalousies, les défiances et les rivalités de se manifester. Dès (|uc Gneisenau prit en main la direction des opérations, les dissentiments si longtemps étouffés éclatèrenl. non seulement entriî Prussiens et Russes, mais entre Prussiens et Prussiens. Qu'aurait pu faire dans dépareilles circonstances un général russe, chargé intérimairemenl du commandement en ciief. Jusqu'à Craonni; c'étaient les Russes qui avaient toujours marché en première ligne et l'on arrêtait les opérations au moment même où, en raison des pertes considérables éprouvées par eux dans les dernières affaires, le feld-maréchal avait décidé que les Prussiens prendraient la tête de l'armée.
York, plus qu'aucun autre des généraux, avait été profondément mortifié par l'ordre de Gneisenau, qu'il attribuait à l'animosité personnelle du chef d'état-major, av(;c lequel il était eu mésintelligence depuis longtemps déjà. Trop maître de lui pour laisser rien paraître, trop fier pour récriminer, York s'inclina devant les ordres et cacha sous une gaieté factice, sous un calme apparent, les sentiments qui l'aninjaient et la rage qui couvait en lui.
Le 10 au soir, il avait ramené son corps à Athies. La détresse était tellement grande autour de Laon (jue les habitants des villages voisins vinrent supplier le général prussien de leur donner du i)ain. Le froid était tellement vif que malgré les ordres formels d'York, les Prussiens, pour se réchauffer, allumèrent et entre-
tinrent leurs feux de bivouac, d'abord avec les chaises, puis avec la charpente de la toiture de Féglise. Ces actes d'indiscipline et de vandalisme n'étaient guère de nature h calnier le ressenliuienl et le mécontentement d'York.
Le corps de Kleist passa la nuit h Veslud et à Festieux ; Langeron et Sacken, à Chambry ; Bûlow, h Laon. Les troupes de Winzingerode bivouaquèrent à Semilly et Molinchart. La cavalerie de Katzler, à Corbeny ; colle de Benkendorf, vers Berry-au- Bac.
Bien que, grâce ii la timidité de Gneisenau, l'Empereur eiH échappé au danger que pouvait lui faire courir un mouvement des corps d'York, de Kleist et de Langeron manœuvrant par Bruyères et le château de Corneil contre sa droite, par Festieux, Corbeny et le plateau de Craonne contre ses derrières, il n'en était pas moins grandement temps pour lui de songer ii la retraite et de profiter des hésitations et des lenteurs inespérées de Tarmée d(î Silésie.
Affaire des cosaques de Benkendorf à Crouy. — Pendant qu'on se battait encore à Laon, Benkendorf avait reçu l'ordre d'inquiéter les derrières de l'armée française. Ne pouvant déboucher à Latfaux, gardé par la cavalerie du général Grouvel qui assurait les communications entre Soissons, Chavignon et Étouvelles, obligé de faire un grand détour par Anizy-le-Château, Coucy-le-ChAteau, Bagneux et Vauxrezis, il avait atteint les hauteurs au sud de Terny, réussià jeter quelques partis entre Laffaux et Soissons du côté de Crouy, malmené les postes de cavalerie française et s'était replié à la nuit devant le bataillon de la Vislule, sorti de Soissons. En se retirant, il avait enlevé le baron Malouet, préfet de l'Aisne, se rendant en voiture de Soissons à Laon sur Tordre de l'Empereur, et failli prendre Nansouty qui, vivement poursuivi, avait sabré les Cosaques et gagné les bord» de l'Aisne. Le général, dont le cheval avait été tué au moment ou il allait le lancer dans la rivière, avait dû, pour s'échapper, se jeter dans l'eau et traverser l'Aisne h la nage *.
< Commandant Gérard, commandant de Soissons, au Ministre, SoissonS/ H mars ; général Grouvel au major-général, L'Ange-Gardien, 10 mars ; générai Neigre au major-général, Soissons, 10 mars, 10 heures soir (Archives de
Marmont se prépare à la retraite sur Roucy et Fiâmes.
— MarrnoiJl «'^lait à Berry-au-Bac dont le commandant, prévenu par UiH fuyards du dt'isastrc d'Athies, avait fait barricader les abords <;l le pont. Le maréchal' y avait rallié son monde tant bien que mal; mais son infanterie n*avait plus de cartouches et son artilleries réduite «^ dix pièces, manquait de munitions.
La cavalerie léfçère russe s'était montrée à La Bôve et sur le plateau d(* Craonrus Craignant, d'une part, un mouvement de l'avant-garde de l'armée de Silésie sur Vailly el de là sur la rive guucrhe de l'Aisne, voulant de Tautre se rapprocher de TEmpercmr oi de Soissons, le maréchal, après avoir communiqué ses intentions au général (^orbineau à Reims, après lui avoir conseillé de rappehîr le détachement envoyé du côté de Rethel, prit le parli de se porter, le 11 au malin, sur Roucy et Fismes.
Marmont pouvait d'autant moins songer à rester dans une position isolée el (^n pointe comme celle de Berry-au-Bac qu'il risquait l^ la fois de se voir coupé de l'Empereur dès que les alliés auraient passé TAisne h Vailly, attaqué de front par les troupes (|ui l'avaient chassé d'Athies, et enfin menacé sur ses (lerrières et sur sa di*oile par les Russes de Saint-Priest, les Prussiens de iagot\ et la cavalerie de Tettenborn.
MouYements de Tettenborn. — Afin de surseiller de plus près les mouveuieuts des troupes françaises, Tettenborn, apK*s la teulalive faite le 7 sur Reims, était retourné le 8 à Épernay el s'était de L\ rtMulu. le 9 au matin, îi Dormans. Il y avait fait prépartir tous les moyens de |Hiss;ige afin d'être en mesure de se» jeter iuuuédialeuieut sur les communications des Français dès que leur retraite s'accentuerait. U avait sans plus tarder et pendant la jouruiv du 9» envoyé des partis, d'un côté sur Château-
ta </4tt;»Tt') . BKXiLKNDonrK. lk$ Cosut{*tke* r< lie If^r utdUé à la (jHfrrr. p. 36, 3^, cl BJucher à Sch^ftaneuberg. Laou. it uuirs» 10 heure;^ da matin (IT. JT.
u Le géitcral Bi^okeutiiN'ff qui It» iO. peiiôaiit Ui baUiUt* de Lium, était arec M's «-x^^uiuo:» :»ur le* derrières de IVimeiui. en a profité poar tirailler arec la }(aruiM>u de SMiâcMii;» et pour jeter le de^ordlre et la terreur sur la roate. U a iul beaucoup de prbwuiiiers. L'année ouiiemie est très déutoralisëe. Elle manque de vivre:^ ot si cavalerie n'a pas de ftHtrra;;;*'». ■>
I ^âartttMit au luajor- puerai. Berrysiu-Kai\ 10 niar%. if heures da soir. (.lrvA«M« df lu (/utffnr.)
Thierry ol Montmirail, de Tautre vers Soissons par Fère-en-Tardenois et vers Villers-CoUerets par Oulchy-le-ChAteau. Il faisait, on outre, observer la route de Fismes par le capitaine von Bismarck qui, après avoir ramassé dans ces parages un assez grand nombre de traînards et d*isolés, lui avait communiqué les premières nouvelles un peu positives sur les combats du 9*. Afin d*élre plus à proximité de Saint-Priest qui se rapprochait, lui aussi, de la route de Soissons, Tettenborn résolut alors do ramener le gros de sa cavalerie sur une position plus centrale ot vint s'établir à Port-à-Binson.
Il laissa toutefois deux régiments de cosaques h Dormans ol un régiment ii Épernay.
Mouvements de Saint-Priest. — Saint-Priest, toujours h Sillery, y attendait l'arrivée du général Pantchoulitchetf pour attaquer Reims. Informé par Tettenborn du mouvement rétrograde de Marmont, il avait poussé vers Fismes des partis qui avaient dû rétrograder devant des paysans armés. Il se proposait, en outre, de diriger sur Laon, par la route de Monlcoriiet, le major Modvédietf qui venait de le rejoindre avec 600 cosaques du corps volant de Kaïssaroff et par Tentremise duquel il voulait donner au feld-maréchal des nouvelles de Tarmée de Schwarzenberg*.
Retraite de l'Empereur sur Soissons. — Heureusement pour TEmpereur, à qui les deux jours de bataille avaient coûté plus de 6,000 hommes, l'inaction de Gneisenau allait favoriser sa retraite et lui permettre de retirer successivement et sans trop de difficultés les troupes qu'il avait tenues jusqu'au soir devant Laon.
La vieille garde, une partie de son artillerie et les 2« et 3« divisions de cavalerie de la garde purent ainsi quitter le champ do bataille vers 6 heures du soir et venir coucher h Chavignon. Mortier se mit en route lorsque la nuit fut tombée, sans que ni
* Tettenborn à Schwarzenberg, Port-à-Binson, 13 mars. (K. K, Kriegs i4rehiv,. III. 24i.)
' Saint-Priest à Wolkonsky, Sillery, iO et 11 mars. (K. K. Kriegs Archtv., III. 205 a et 205 b.)
Ifis Prussiens de Billow, ni les Russes de Winzingerode aient remarqué son mouvement sur Urcel. Charpentier et la cavalerie filèrent par la route d'Anizy-le-Château sur Laffaux. 2 bataillons, 300 chevaux et 2 canons formant Tarrière-garde, ne quittèrent Clacy qu'une heure avant le jour.
Sur la grande route, c'était Ney qui allait encore faire Tarrière-garde et tenir bon à Étouvelles avec une poignée d'hommes ot les dragons de Roussel *.
11 mars. — Affaires de Chaillevois, de Mailly et de Crony. — La nuit avait été tranquille; mais, dès le matin, la cavalerie russe de l'extrême droite s'élançait sur les traces de (Charpentier et de Colbert, rejoignait leur dernier échelon entre Chaillevois et Pinon. Sur la grande route de Soissons, Tchernitcheff avec ses Cosaques, 1,500 hommes d'infanterie et quel- (jues canons, avait attaqué à 9 heures et demie l'adjudant-commandant Sémery qui, marchant h l'extrême arrière-garde de Ney et de Rousseau, avait reconnu le matin encore la position de Laon et n'avait évacué Étouvelles qu'après s'être assuré que la colonne de Charpentier et de Colbert était sur le point d'atteindre Chavignon. Voyant qu'il lui serait impossible de tenir plus longtemps à Chivy et à Étouvelles sans compromettre le sort de sa troupe, il se mit en retraite sur Mailly. Harcelé par les Cosaques qui cherchaient h le déborder et h le tourner, Sémery résolut de leur tendre une embuscade et de leur donner une leçon qui les obligerait à se tenir ii distance. Cachant une partie de son monde dans les bois qui bordent la route, il continua h se replier avec le reste de sa troupe, suivi par les Cosaques. Accueillis h ce moment par des feux partant des deux côtés de la route, chargés à la baïonnette par l'infanterie de Sémery qui a fait volte-face, poursuivis par les dragons de Roussel, les Cosaques tournèrent l)ride. Ils n'en continuèrent pas moins à observer l'adjudantcommandant, mais ils renoncèrent désormais à l'inquiéter et se tinrent pendant hî reste de la journée à 2 ou 3 kilomètres de son dernier échelon.
^ Jusqu'au dernier moment, TEmporcar crut à la possibilité de réyacaation de LAon. En donnant à Ney sos ordres pour la retraite, il lui recommande de s'assurer avant de partir que « Bliicher n*a pas évacué Laon. » (Ordre da bivouac devant Laon, 10 mars. 6 heures du soir. Registres de Borthier*)
Arrivé à Chavignon h 10 heures el demie, Sémery n'en repartit, après avoir fait former ses deux derniers échelons en colonne serrée, qu*à 1 heure de l'après-midi, lorsqu'il eut reçu Tordre de se porter par Crouy sur Soissons et de dépasser les troupes de Mortier. Informé qu'une colonne de cavalerie russe inquiétait le général Charpentier, Séraery accéléra son mouvement et vint prendre position au moulin de Laifaux, h la jonction de la grande route et du chemin de Pinon. Il ne reprit son mouvement qu'après avoir donné à Charpentier et h Colbert le temps de filer, et avoir reçu du général Ismert, commandant une des brigades do Roussel, l'avis qu'il était en mesure de couvrir la retraite.
Lorsque sa petite colonne eut atteint Crouy, Sémery, conformément aux ordres qu'il avait reçus, dépassa les troupes du maréchal et se rendit auprès de lui pour connaître l'emplacement destiné à sa brigade. Pendant ce temps, le général Ismert, auquel l'ordre lui enjoignant de rester sur la hauteur, parvint probablement trop tard, s'était replié de son côté, et les Cosaques, profitant du départ des dragons pour charger la division de jeune garde de nouvelle formation postée sur les hauteurs, l'avaient culbutée et rejetée en désordre dans Soissons. L'infanterie de Mortier et celle de Sémery durent se déployer pour chasser les Cosaques et les contraindre de quitter les environs de Crouy*.
A 3 heures, l'armée tout entière, moins la brigade Sémery, qui n'entra en ville qu'à 6 heures du soir, était en sûreté h Soissoins et concentrée aux environs de la place dont le commandement était confié à un officier jeune el énergique, le commandant Gérard. La vieille garde était logée dans la ville ; Ney au faubourg de Saint-Wast; Mortier à Crouy; Charpentier à Cuffies; Colbert à Saint-Médard avec des partis à Bucy-le-Long ; Letort au faubourg Saint-Crépin ; Exelmans au faubourg Sainl-
* Adjudant-commandant Sémery ao général Bëchet de Léocoart, Sk>is8ons. il mars ; général Rousseau au maréchal Ney, Soissons, 11 mars (Archives de la guerre) f et Bliicher à Schwarzenberg, Laon, 12 mars, 10. heures du matin {K. K, Kriegt Archiv., III, 229).
« Tchernitcheff a poursuivi 1 ennemi sur la route jusqu'aux portes de Soissons où il y avait encore le soir de grosses masses d'infanterie. Napoléon a ramené par cette route une colonne de 20,000 à 25,000 hommes. Deux autres colonnes ont passé par Vailly. Les villages sont pleins de blessés ennemis, et l'aile gauche française surtout a dû perdre beaucoup de monde. >»
Christophe ; Roussel à Crouy et h la ferme de La Perrière. Mortier commandait toutes les troupes restées sur la rive droite et composées de la 2® division de vieille garde, de la division de jeune ^arde postée à Crouy, des divisions Charpentier et Boyer de Rebeval, des dragons de Roussel et des Polonais de Pac *.
Mais s'il avait réussi h sauver son armée, l'Empereur n'en était pas moins obligé de reconnaître que l'inutile et sanglante victoire de Craonne, cfue les deux journées de Laon avaient singulièrement dimiinié les eilectifs déjà si peu considérables avec lesquels il avait entamé sa marche de TAube vers TAisne. « La jeune garde fond comme la neige, écrivait-il encore de Chavignon le 11 mars à Joseph*. La vieille garde se soutient. Ma garde îl cheval fond aussi beaucoup. Il est indispensable que le général Ornano prenne tous les moyens pour remonter tous les dragons et chasseurs et d'abord les vieux soldats. »> Blucher était donc bien renseigné lorsqu'il disait à Schwarzenberg dans sa dépêche du 12 mars\- « Les généraux de cavalerie ont représenté à Napoléon qu'il détruirait complètement sa cavalerie s'il continuait fi opérer de la sorte ; mais ils ont été vertement tancés par lui. »
Ils n'étaient pas, d'ailleurs, les seuls que l'Empereur tançait vertement. Si, au premier moment, il avait, dans sa lettre du 10, envisagé froidement et avec un calme rare chez lui, le désastre d'Athies, s'il s'était borné h dire : « Ce n'est qu'un accident de guerre, mais c'est fdcheux dans ce moment où j'avais besoin de bonheur, » il n'avait pu contenir sa colère h la nouvelle du mouvement de Marmont sur Fismes.
« Le duc de Raguse s'est comporté comme un sous-lieutenant, » écrit-il ù Joseph*. Déjà, quelques heures plus tôt, il a chargé le major-général d'exprimer au maréchal, dans les termes les plus sévères et les plus durs, le mécontentement que lui causait la marche du 6« corps sur Fismes. L'abandon du pont de Berry-au- Bac, d'une position qui, si elle était quelque peu en l'air, avait une importance d'autant plus grande ([u'elle couvrait Paris, était
I Correspondance, n^* S1462 et 21463, et Ordres généraux, Soissons, H mars. (Registres de Berthier; Archives de la guerre.)
* Correspondance, n* Si 461.
> Blucher à Schwarzenberg, Laon, 12 mars. {K. K. Kriegs Archiv.,Ul, 339.)
* Correspondance, n»» 21460 et 21461.
en tout cas prématuré, puisque seules quelques troupes de cavalerie s'étaient montrées en avant de Corbeny et que les coureurs de Saint-Priest n'avaient pas dépassé Jonchery. Le maréchal, obligé de se conformer à des ordres aussi précis, laissa deux bataillons à Fismes et partit vers le soir avec le gros de son corps pour Roucy, non sans avoir écrit au major-général pour lui dire a qu'il était préparé à l'avance au sort qui l'attendait*. »
État de l'armée de Silésie. — Si l'Empereur avait échappé comme par miracle à l'étreinte de son adversaire, sa situation était encore loin d'être rassurante. Heureusement pour lui, l'arrôt total des opérations de l'armée de Silésie allait ù tous égards être préjudiciable à cette armée. On avait cru nécessaire de faire reposer les troupes au moment même où le dernier soldat comprenait qu'une action immédiate, qu'une poursuite énergique pouvait mettre fin à une campagne que du haut en bas de l'échelle hiérarchique on s'accordait à trouver trop rude et trop longue. Mais on n'avait même pas songé k pourvoir aux besoins des corps, à assurer leur subsistance pendant cette halte inopportune, dans une région épuisée, dévastée et ruinée. Manquant de tout, les soldats de Blûcher, malgré tous les eftorts de leurs généraux, malgré l'interN'ention personnelle d'York», cherchèrent
i Marmont au major-général. {Archives de la guerre,)
s Nous avons cru bien faire en empruntant à la biographie d'York le récit de la scène qu'on va lire et qui permettra de se faire une idée du caractère de ce général, de Tétat d'esprit dans lequel il se trouvait, des sentiments nobles et généreux d'un homme qui, animé du patriotisme le plus ardent, a toujours cherché à adoucir le sort des vaincus et à protéger les populations contre les excès et la brutalité de ses soldats:
(c Le 1 1 mars, on célébra par ordre, des actions de grâce pour remercier Dieu de la victoire. York assista à ce service, et lorsque le prédicateur Schulz eut terminé son discours, York fit masser autour de lui la division Horn et prit à son tour la parole. Il dit aux troupes qu'il était heureux et fier d'avoir été avec son corps l'instrument de la Providence, mais qae, s'il rendait pleinement justice à la bravoure de ses soldats, il était profondément peiné et douloureusement affecté par leurs excès et leur indiscipline, u Piller et détruire, M disait le général, tel est désormais votre mot d'ordre et ce sont vos mains « sacrilèges qui ont anéanti la maison de Dieu épargnée par le feu pendant le (( combat. Les pierres muettes, continua York, vous accuseront devant le trice bunal du juge suprême. » Puis, montrant à ses soldats la croix (la croix pour le Mérite) qui ornait sa poitrine : a Ck>nnaissez-vons, leurdit-il, cette croix ; en a connaissez-vous l'exergue. Elle signifie : à chacun selon ses mérites. C'est la
îi sft procurer par le pillage les ressources que le commandomeîit n'avait pas su leur fournir. Une lettre de Langeron h Blficher, datée de ce jour, permet de se faire une idée exacte de la détresse de Tarmée de Silésie pendant les jours qui précédèrent el suivirent la victoire de Laon. « Je suis forcé d'exposer îi Votre Excellence, ainsi s'exprime le général russe, la détresse de mon corps d'armée. Voici quatre jours que mes troupes sont ici*. Une partie de mes voitures de vivres est avec le corps du comte de Saint-Priest, l'autre a été enlevée par l'ennemi, et, depuis que j'ai pris position ici, mon corps a touché 3,250 livres de pain. A l'heure qu'il est, mes troupes sont absolument sans ressources et sans vivres. Le conseiller Timme m'assure qu'il lui est impossible de se procurer quoi que ce soit et qu'il n'a pu rien obtenir du conseiller d'Etal Ribbentrop. Les villages et les faubourgs avaient été complètement pillés avant mon arrivée et je supplie instamment Votre Excellence de subvenir d'urgence à mes besoins en sel, pain et viande*. »
Comme l'a dit si justement le général Lewal, dans sa Tactiqiie de Ravitaillement, « au lieu d'avoir recours aux réquisitions régulières, les armées vivaient d'extorsions et de maraudes. Cette méthode inhumaine, immorale, aliénait les populations, faisait le vide, détruisait les sources d'alimentation, développait la cupidité et détruisait la discipline.
« Les causes de ces méfaits étaient l'absence de soins, de prê-
te devise de la Prusse. L'avez-vous respectc^e ? Vous Tavez souUlée» vous avez <( fait iDontir la devise du Roi, vous avez saU son nom et celui de la patrie, u vous avez foulé aux pieds ma gloire et la sienne. Vous n*ètes plus le corps «< d'York ; je ne suis plus votre général. Vous êtes une bande do brigands et u je suis un chef de bandits ! )> Il leur exposa ensuite quelles seraient les consirquenres do leur indiscipline, leur montra que, dès que les liens de cette disciplin(* se relilchent, la vraie valeur militaire disparaît ; il reprocha aux grenadiers de la Prusse occidentale d'avoir laissé leur colonel blessé entre les mains de l'ennemi. Enfin, il les somma d'avoir à jurer que désormais ils feraient la guerre honnêtement, en braves Prussiens et non pas en bandits ; un homme par compagnie devait sortir des rangs pour prêter le serment qu'il demandait, i^e général von Ilorn s'avauça le premier et jura au nom du régiment du corps, puis vinrent dessous-officiers et des soldats des différents régiments qui prêtèrent entre les mains d'York, le serment demandé. )> (Droysrn, pages 365-00.)
1 Langeron était depuis le 8 dans les faubourgs de Laon et à Chambry.
' Général Langeron à Bliicher, Laon, il mars.
vision et de rf^gnlarit^^ dans la satisfaction des besoins des troupes. Ce qui a tant développé les mauvais sentiments, engendré la violence, c'est la privation des choses indispensables à Talinientation. La faim est mauvaise conseillère. »
Les autres corps de Tarmée de Silésie n'étaient pas mieux partagés que ceux d'York et de Langeron, et l'on peut aisément s'imaginer qu'une détresse aussi absolue n'était guère de nature h apaiser le mécontentement des généraux, h mettre un terme aux mésintelligences et aux ressentiments.
L'intervention personnelle de Blûcher eût pu seule aplanir ces difficultés; mais le vieux feld-maréchal, toujours malade, était loin de pouvoir reprendre la direction des affaires et le commandement effectif de son armée.
Au lieu de pousser dans toutes les directions les deux colonnes de l'armée française battues à Laon, d'empêcher Marmont de se rallier, l'Empereur de donner h ses troupes quelques heures de repos et de réorganiser ses corps d'armée et ses divisions réduites h des effectifs dérisoires, Gneisenau, cédant à des considérations qu'il est impossible de déterminer d'une manière précise, prêtant vraisemblablement plus d'attention aux considérations politiques* qu'aux besoins de la situation militaire, n'osant prendre la seule résolution commandée par les circonstances, paralysé par une responsabilité dont il s'exagérait la portée et les conséquences, persistait à arrêter les opérations, à croire indispensable une concentration illogique et nuisible à tous égards, ù mécontenter tout le monde, à imposer h son armée des souffrances et des privations qui portèrent une grave atteinte à la discipline en démoralisant les hommes, et à perdre par sa timidité, par son inaction, tout le bénéfice des avantages remportés pendant les journées des 9 et 10 mars.
Renseignements fournis par Tettenborn à Schwarzenberg.
— Tettenborn et Sainl-Priest, soustraits par la position mémo
1 D'après le Tagebueh du comte Nostitz {Krieg$ge$chiehtliche Einzelschriften, 1884, Y, lil), le géDéral de Boyen, chef d'état-major de Bûlow, qne Gneisenaa consuUait à chaque instant, avait démontré au chef d'ètat-major de Tarmée de Silésie qu'il importait avant tout d'opérer de façon que le roi de Prusse possédât une grande et helle armée au moment où Ton signerait la paix, et l'aurait convaincu de la nécessité de ne plus rien risquer.
qu'ils occupaient sur les derrières de l*Enipereur et de Marraont, h l'action directe et immédiate de Gncisenau, avec lequel ils ne pouvaient correspondre que par de longs détours, s'étaient tenus soigneusement au courant des mouvements de l'Empereur. Tettenborn, revenu h Port-à-Binson, se reliait à droite avec Saint- Priesl. h gauche par Orbais et Vertus, avec KaïssarofF, qui avait succédé h Platoff et qui se tenait du côté de Fère-Champenoise. Ses partis continuaient à aller sur Reims, Fismes, Villers- Colterets, Soissons, Chdteau-Thierry, Coulommiers et La Ferté- Gaucher, malgré les difficultés qu'opposait à leur entreprise le soulèvement presque général des paysans, malgré les embuscades qu'on leur tendait et les coups de fusils qu'ils essuyaient aux abords des villages et h la traversée des bois. Prévenant les désirs et les ordres de Schwarzenberg, qui lui écrivait de Troyes* pour l'inviter à se procurer des nouvelles de l'ennemi, h se lier avec Kaïssaroff, h savoir ce qui se passait sur la route de Reims ;i ChiUonset à Vilry,à renseigner le grand quartier général sur les mouvements de Saint-Priest, il avait déjà réussi ii apprendre que l'Empereur, bien qu'il eût fait garder le pont de La Ferté-sous- Jouarre, réparer et barricader celui de Chilleau-Thierry, ne paraissait en aucun cas disposé à descendre la vallée de la Marne*.
Marche de Saint-Priest sur Reims. — Saint-Priest % auquel le généralissime avait fait tenir des instructions analogues*, venait d'être rejoint par les renforts qu'il avait attendus pour reprendre les opérations contre Reims. Le 11 au matin, Pantchoulitchetf était arrivé à Sillery avec sa colonne, composée des régiments d'Eletz, Rilsk, Ekaterinburg, l*' et 30® de chasseurs, du
* Schwarzenberg à Tettenborn, Troyes, 11 mars. (K. K. Kriegs Archic, III, ad 199.)
* Tettenborn à Schwarzenberg, Port-à Binson, 13 mars. (K, K. Kriegt Arehiv., 111, 240.)
s H est bon de rappeler ici qae Saint-Priest, arrivé dans les derniers jours de février à Saint-Dizier, avait reçu antérieurement l'ordre de se rapprocher de Tarméo de Silésie. Le 5 mars, Saint-Priest avait opéré à Châlons sa jonction avec les renforts que le général von lagow amenait à Kleist et avait attendu jusqu'au lia Beaumont l'arrivée du détachement du général Pantchoulitcheff.
* Schwarzenberg à Saint-Priest, Troyes, 11 mars. (K. K, Kriegt Archiv., III, ad 199.)
régiment de chasseurs à cheval de Tchernigoff et de deux batteries, et forte d'environ 5,000 hommes. Ces renforts portaient l'effectif total des troupes sous les ordres de Saint-Priest au chiff're respectable de 14,000 à 15,000 hommes. GrAce aux intelligences qu'il avait réussi h nouer avec quelques royalistes de Reims, il ne lui avait pas été difficile de se procurer des données précises sur la faiblesse de la garnison qui ne comptait plus qu'une centaine de chevaux, une cinquantaine de gendarmes et trois petits cadres de bataillon. Il avait également appris que le général Corbineau avait vainement demandé des renforts et que le général Defrance, posté avec les gardes d'honneur à moitié chemin de Berry-au-Bac k Reims, n'avait guère plus de 300 chevaux Il Saint-Thierry et ChAlons-sur-Vesles. Ses espions rentrés le 10 au soir, lui avaient, enfin, apporté la nouvelle de la tentative infructueuse faite par l'Empereur contre Laon pendant la journée du 9. Les partis de cavalerie envoyés par le général Emanueldu côté de Fismes, complétèrent encore ces renseignements, et. dans l'après-midi du 11, Saint-Priest, certain désormais de la retraite de l'Empereur sur Soissons, prenait la résolution d'attaquer Reims sur trois colonnes, le 12 à la pointe du jour '.
12 mars. —Prise de Reims par Saint-Priest. — La première de ces colonnes, celle de l'aile gauche, sous les ordres du général lagow, composée uniquement de troupes prussiennes, se rassembla il Cormontreuil le 12 à 3 heures du matin; à la même heure, celle du centre, forte de deux régiments russes et de doux bataillons prussiens, sous le général-major Pillar, se forma sur la hauteur en îivant de Sillery. Ces deux colonnes marchant, la première par la rive gauche, la deuxième par la rive droite de la Vesle, étaient plus spécialement chargées de détourner l'attention des Français, de les amuser par des démonstrations dans le cas où la surprise, que devait tenter la troisième colonne, aurait échoué. Cette dernière, composée de quatre régiments russes et de trois bataillons prussiens, conduite par Saint-Priest en personne et par le général Emanuel et h laquelle on avait donné
* Saint-Priest aa prince Wolkonsky, Sillery, 11 mars matin et 9 heures du soir (K. K. Kriegs Arehiv., III, 207 a et 6), et général Emanuel au comte de Saint-Priest, Bézannes, 11 mars, 4 heures après-midi {Ibid., 111, 207 c).
Ccrnay-lez-Keims pour point de rasseinblenieiit, devait enlever le faubourg et la porte deCcrès. Les généraux Gourialofl et Pantchoulitcheff avec deux régiments russes, deux bataillons prussiens et deux régiments de cavalerie restaient en réserve entre la route de Mézières et celle de Berry-au-Bac.
A 5 heures du matin, lagow arrivait devant la porte de Paris, qu'il canonnait et qu'il faisait enlever. Pillar rencontrait une certaine résistance h la porte Dieu-Lumiôre, que quelques voltigeurs de la garde, accourus en toute htiie de la porte Gérés, essayèrent de défendre; mais menacés sur leurs derrières par les Prussiens débouchant par la porte de Paris, ces voltigeurs n'eurent que le temps de se retirer au plus vite sur la porte de Mars. Saint-Priest et Emanuel, dont la colonne s'était égarée dans la nuit, arrivèrent au moment où les quelques troupes françaises, qui avaient réussi à se réunir à la porte de Mars, essayaient de se replier par la rive droite de la Vesle, sur Saint-Brice et La Neuvillette. L'infanterie, maintenue en bon ordre par ses chefs, couverte d'une part par les marais, puis protégée par les bois, fit bonne contenance et parvint, après avoir repoussé les charges des cavaliers de Pantchoulitcheff, ii rejoindre le général Defrance à Chî\lons-sur- Vesle. La cavalerie, au lieu de rester h hauteur de l'infanterie, s'était rejetéc plus à gauche au sortir de Reims et avait été rejointe, sabrée et prise par les dragons de Kiew*. Le général Defrance
^ Rapport du général l)«*frauce, Chàlons-sur-Vesles, là mars, 10 heures du matiu ; général Defrance à ?Jarmont. Ibid., 7 heures 1/2 du matin ; colonel Jacquemard, du 5" voltigeurs de la garde, au major-général (Ibid,, 11 lieures du matin) {Archives de la Guerre), et extraits du rapport du général comte de Saint-Priest à l'empereur de Russie, Reims^ 12 mars 1814 (A'. K. Krieys Arctiiv,, 111, ad 243).
M Je m'empresse de faire hommage à Votre Majesté des olefs de la ville de Reims que j'ai prise d'assaut *'.e matin à 6 heures. La cavalerie de la garnison qui a voulu se faire jour, a été totalement détniite. 2,500 prisonniers, parmi lesquels le général Lacoste, le colonel Régnier et un grand nombre d'officiers avec 10 canons, sont tombés entre nos mains.
i< Ce qui fait le plus d'honneur à nos troupes, c'est qu'il n'y a pas eu le. moindre désordre. L'attaque a été faite sur plusieurs points avec une telle vivacité que la perte n'a pas été considérable...
« J'ai reçu ici la nouvelle positive do l'échec éprouvé par Napoléon à Laon et de sa retraite sur Soissons qui en a été la suite...
« J'ai déjà envoyé à Berry-au-Hac pour reconnaître l'ennemi et tâcher d'établir ma communication directe avec le feld-maréchal Bliirher qai ne doit pus tarder à se porter en avant* »
sVîlail, d'ailleurs, porté injnirdialomeiil au secours des Iroupes surprises à Reims. Apres avoir arrêté les cavaliers du général Enianuel à hauteur de La Neuvillette, il les avait reconduits jusque vers Reims, mais n'avait pas osé cependant tenter une atla(pie contre la ville même. A la nuit, il ramena sa cavalerie à ChAlonssur-Vesle, d'où il couvrait la position de Marmont à Roucy cl Berry-au-Bac.
Les Russes prirent quartier dans la ville; les Prussiens eurent ordre de se cantonner à Jonchery, Muizon, Rosnay, Thillois. Gueux, Ormes, Bézannes, Cormontreuil et Sillery, et de s'éclairer avec leur cavalerie en avant de Jonchery et Rosnay. Malgré les observations du général lagow, malgré les avis donnés par la cavalerie qui avait trouvé Jonchery occupé par les Français, Sainl- Priest refusa de resserrer les cantonnements de ses troupes. Il consentit cependant à laisser revenir la cavalerie prussienne ;i Rosnay, où lagow avaitdû poster deux bataillons du 3« régiment de landwehr de Poméranie. Se croyant absolument à l'abri de tout danger, surtout depuis qu'il avait reçu la nouvelle de la retraite de l'Empereur sur Soissons, convaincu que la cavalerie française signalée à Jonchery faisait partie des troupes chassées de Reims le matin, Saint-Priest, au lieu de redoubler de vigilance, avait donné l'ordre de faire chanter le 18 un Te Deum, h Reims pour les Russes, à Bézannes pour les Prussiens.
Affaire des Cosaques de Tettenborn à Treloup. — Lc^s partis de Tettenborn avaient poussé sur la rive droite de la Marne dans la direction de Soissons et de Villers-Cotterels, sans remarquer jusqu'au soir aucun mouvement sérieux des Français. « Les revers de l'Empereur, écrivait-il à Schwarzenberg, me sont confirmés par les renseignement^s des gens du pays et surtout par la conduite des paysans qui s'opposaient jusqu'ici îi mes partis l(»s armes à la main, et qui depuis deux jours se tiennent traii<|uilles, malgré la présence de Tarmée française*. » Une tentative, faite contre Dormans par des troupes envoyées de ChAteau-Thierry, avait réussi à surprendre un parti cosaque de 300 chevaux h Tre-
1 Tolteuboro au prince de Schwarzenberg, Port-à-Binson, 13 mars. (K, K. hrieys Archic, III, 24i.)
loup sur la riv<» droite de la Manie, mais n'avait pu parvenir à déloger le colonel Pfuel qui occupait Dormans avec deux régiments de Cosaques *.
Gneisenau modifie les cantonnements de Tarmée de Silésie. — Nouveaux ordres. — De graves événements, quoique d'un ordre tout h fait intime, avaient marqué cette journée du 12. Blûcher, toujours malade, alité, presque aveugle, était encore dans l'impossibilité de racheter par son énergie ordinaire les timidités de Gneisenau. Celui-ci, de plus en plus décidé îi ne recommencer les opérations que lorsque le feld-maréchal serait h même de s'occuper des affaires ou tout au moins de ratifier les propositions qu'il lui soumettrait, avait résolu d'accorder quelques jours de repos à l'armée de Silésie et d'étendre, à cet elfet, ses cantonnements.
Winzingerode, dont la cavalerie sur\'eillait le cours de l'Aisne en amont de Soissons, devait avec son infanterie relèvera Laon le III« corps (Bùlow) qu'on dirigeait sur La Fére et sur la rive droite de l'Oise pour s'emparer d'abord de Pont-Sainte-Maxence et de Verberie, puis de Compiègne avec la coopération de Langeron. La cavalerie de ce dernier avait pour mission de battre le pays entre l'Aisne et l'Oise, tandis que son infanterie, d^s qu'elle serait maîtresse du pont de Vic-sur-Aisne, se rabattrait sur Compiègne. Bfilow devait, en outre, établir h La Fèreetà Chauny des magasins destinés il ravitailler l'armée de Silésie. Sacken avait ordn» de s'avancer le 12 jusqu'à Chavignon et, le 13 mars. deChavignon dans la direction de Soissons. Kleist devait venir s'établir d'abord entre Bouconville et Chermizy, puis sur le plateau de Craonneà hauteur d'Oulches. Quanta York, l'ordre de Gneisenau attribuait à son corps les plus mauvais quartiers, les cantonnements les plus épuisés, allant deCorbeny jusque vers Berry-au-Bar.
Le 12 au soir, Bûlow était aux environs de Chauny; Langeron, iiCoucy-le-Chî\teau; Sacken, à Chavignon; Winzingerode, à Laon, Kleist, î\ Bouconville et Chermizy; son avant-garde de cavalerie avec le colonel Blûcher, à La Maison-Bouge ; le corps volant du major de Colomb, à Pontaverl.
• Général Vincent au major-général, Chàlcau-Tbierry, 12 mars. (Archives de la guerre.)
(y était là ve que (inciscnau, dans la lollrc à Schwar/.enbrrg * qu'il faisait signer à Blucher, appelait « s'avancer sur l'Aisne. » 11 avait depuis deux jours attribué un rôle lellcracnt anormal h sa nombreuse cavalerie qu'il était obligé d'ajouler : « Je saurai demain si l'ennemi va à Meaux ou à Ch;\teau-Thierrv. » Enfin, il se faisait une idée si singulière de la situation de FEmpereur auquel il venait de donner le temps de se refaire, qu'il terminait sa dépêche par ces mots : « Une viarche sur Reivis dans f espoir de battre SaintPriest et d^agir par Epeniay contre le flanc de Votre Altesse, serait cliose dêsaifréable ; mais je ne crois pas Cannée française en état d'exécuter actuellemetU un pareil mouvement. »
Tork quitte Tarmée. — Moyens employés pour le décider à reprendre son commandement. — York avait jusqu'il ce moment exécuté sans murmurer, sans rien laisser paraître de son mécontentement, des ordres qu'il condamnait. Katzler était venu avec sa cavalerie aux environs de Berry-au-Bac, la cavalerie de réserve h La Ville-au-Bois et Juvincourt, Horn à Craonne, sa cavalerie à Craonnelle, le prince Guillaume à Corbeny. Rien dans toute l'attitude du général ne faisait prévoir la résolution qu'il avait prise et qu'il allait, îi la surprise générale, mettre tout d'un coup à exécution. Un incident, insignifiant en lui-même, une mesure ii laquelle, dans aes circonstances ordinaires, York n'aurait attaché aucune importance, devait le décider à donner une suite immédiate h des projets qu'un esprit aussi froid, aussi réfléchi que le sien, avait dû mûrir pendantles deux derniers jours, à une idée que lui avait suggérée d'abord et que n'avaient cessé de renforcer les déboires, les mortifications dont il se croyait abreuvé intentionnellement par Gneisenau depuis son brillant succès d'Athies.
Depuis le moment où il avait reçu l'ordre d'abandonner la poursuite, York avait été convaincu que Gneisenau profitait de son autorité momentanée pour satisfaire contre lui de vieilles rancunes. 11 avait patienté depuis lors, essayé de renfermer en lui-même et de contenir ses sentiments et donné enfin avec le plus grand calme ses instructions pour la marche et rétablissement de
* Bliicher à Schwarzenbcrg, Laon, 12 mars. (K. K, Krieg$ Archiv,, III, 229.)
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ses troupes dans (les cantonnements dans lesquels son corps d'armée ne devait trouver aucune ressource. Tout semblait oublié ; la légitime irritation d'York paraissait calmée, lorsqu'un ordre insignifiant, le détachement d'une centaine de chevaux mis à la disposition de l'intendant général Ribbenlrop et destinés, les uns à escorter un convoi dirigé sur les Pays-Pas, les autres h faire rentrer les vivres nécessaires h l'armée, vint mettre le comble h la mesure. York, après avoir montré cet ordre au major von Schack, après lui avoir exposé ses griefs contre Gneisenau, lui annonça qu'il avait pris la résolution de quitter l'armée. Ce fut en vain que cet officier chercha à le convaincre, a le faire revenir à d'autres sentiments. Schack dut obéir et écrire sous la dictée d'York deux lettres, Tune adressée au feld-maréchal dans laquelle il déclarait que sa santé l'obligeait à quitter l'armée et à se retirer ii Bruxelles; l'autre au prince Guillaume auquel il confiait le commandement par intérim du P»" corps. Pendant ce temps, on chargeait la voiture de voyage dont York ne se servait presque jamais. Prévenu par Schack. l'aide de camp du général, le comte de Brandenburg, ne fut pas plus heureux. Persistant plus que jamais dans sa ré solution, York chargea ces deux officiers de faire immédiatement parvenir h destination les deux lettres qu'il venait de signer. Le médecin en chef du quartier général du I«' corps, le docteur Hohenhorst, survint à ce moment. Il avait vu atteler la voilure et en avait conclu ii une maladie du général qui lui répondit, en effet, qu'il était très souffrant et forcé pour cette raison de s'éloigner. Mais lorsque le docteur s'ofîrit pour l'accompagner, York refusa d'accéder à sa prière eu lui faisant remarquer qu'il était attaché, non pas à sa personne, mais au quartier général du corps. Embrassant alors Schack et Brandenburg, il sortit rapidement de la chambre, traversa la salle où se trouvaient les autres officiers de son étal-major qui, ne se doutant de rien jusqu'à ce moment, ne parvinrent pas à se remettre de la surprise qu'ils éprouvèrent lorsciue leur général, serrant la main à chacun d'eux, leur fit ses adieux. Le lieutenant d'artillerie Hoeken, un des officiers d'ordonnance d'York, avait sauté à cheval et suivi pendant quelque temps l'équipage du général. York le renvoya eu lui disant: « Je n'ai plus besoin d'officiers d'ordonnance. »
Au quartier-général du I^^»" corps, on était consterné; on ne savait que faire, à quel parti s'arrêter. Le prince Guillaume avait
déjfi coniinencé son nioiivomenl. Dans l'impossibililé de réunir un conseil et comme les instants étaient précieux, Schack résolut de se rendre avec les comtes de Brandenburjç et Lehndortf, auprès du feld-maréchal et de tenter auprès de lui une démarche suprême qui aurait pour eflet de leur rendre leur général. « Nous arrivâmes h Laon, raconte Schack, lorsque tout le monde était h table. Gneisenau était malade. Mufiling, brouillé avec lui, prétextait une indisposition pour se tenir complètement h l'écart. Le feld-maréchal était réellement malade. » L'état-major de Blûcher était d'avis de faire un exemple et de traduire York en conseil de guerre; mais aucun d'eux n'aurait osé proposer îI Blucher une mesure que le vieux feld-maréchal n'aurait jamais consenti h prendre*. On remit donc aux trois officiers d'York une lettre officielle que le vieux feld-maréchal signa sans savoir ce qu'elle contenait et dans laquelle on affectait de croire à la maladie du général, en se bornant à exprimer l'espoir de son prochain retour fi l'armée. Schack et Brandenburg prirent connaissance de cette lettre. La transmettre à York, c'était le décider}^ persévérer dans sa résolution. Ils s'adressèrent alors au comte Nostitz, lui exposèrent la situation et le décidèrent à en rendre compte h Blficher. « Le feld-maréchal, écrit à ce sujet le comte Nostitz, se rendit h mes prières. Surmontant les douleurs intolérables qu'il éprouvait et bien qu'il souftrît d'une violente ophtalmie, Blûcher, qui rendait justice à la valeur et aux mérites d'York, écrivit en gros caractères ces trois lignes: « Mon vieux camarade, l'histoire ne saurait « raconter chose pareille de nous. Soyez raisonnable et revenez. » Au même moment, le prince Guillaume adressait à son général une lettre ainsi conçue : « Le départ de Votre Excellence plonge dans la plus profonde affliction tous ceux qui ont le bonheur de servir sous vos ordres. Tous ceux, pour lesquels les motifs, qui vous ont poussé k une pareille résolution, ne sont pas un mystère, connaissent votre caractère généreux et espèrent que vous
^ D'après le Tagebuch du comte Nostitz. la lettre d*York aurait été lae au feld-maréchal entouré des généraux Gneisenau, Miiffling et Goltz par les officiers chargés de rapporter au quartier général de l'armée de Silésie Les trois généraux n'auraient même pas jugé à propos de dissimuler la satisfaction qun leur causait le départ d'York, et Goltz aurait aussitôt rédigé la lettre qu'on fit signer à Bliirher sans lui laisser même le temps de réfléchir. (Nostitz, Tage* buch ; KriegsgesefUchtUche Etnzclschriften, 1884, V, 195.)
irabîuidonnerez pas dans un moment aussi criti(|ue la sainte cause de la patrie. Jamais la Prusse n'a eu plus que maintenant besoin de ses généraux. Sur lequel d'entre eux pourrait-elle plus sérieuseuKmt compter que sur celui qui, en Courlande, a commencé si brillanmient à roslaurer sa vieille gloire et qui, après avoir donné le signal du renversement (U* la domination étrangère, a viclorieusement conduit ses bataillons des rives de la Duna juscju'aux bords de la Seine. Comme votre conciloyen, comme voire lieutenant et comme petit-fils, fils et frère de vos rois, je vous sup])lie d(; ne pas abandonner le conniiandement*. »
Nantis de ces deux lettres, Schack et Brandenburg* coururent après la voiture d'York et réussirent à le ramener au milieu de ses troupes, que son départ avaient consternées et qui saluèrent son retour par d'enthousiastes acclamations.
La victoire de Laon n'avait donc eu jusqu'ici pour les Alliés, si Ton en excepte la recrudescence des défiances et des jalousies entre les différents généraux, que des conséquences négatives. La maladie de Bliicher paralysait tout, les rivalités personnelles prenaient des proportions telles qu'elles empêchaient chacun de songer aux opérations les plus indispensables, aux mesures les plus nécessaires. Ni Gneisenau ni Muffling, jaloux l'un de l'autre et de|)uis longtemps en lutte et en opposition d'idées, ne voulaient rien entreprendre, rien proposer au feld-maréchal trop malade, trop affaibli, pour pouvoir prendre une décision. On attendait les événements et, en attendant, on se laissait si bien
i Prince GuiUaume de Prusse à York, Corbeny, 12 mars.
« D'après le Tagebuch de Nostilz. la lettre do Rlucher fut remise à York à Cîorbony par un des officiers d'ordonnance de Hlùdier. La réponse d'York à Bliicher est trop caractéristique pour no pas être citée ici :
(c La lettre autographe de Volre KxcoUence a été inspirée vi dictée par sa loyauté que j'apprécie depuis longtemps et que j'apprécierai toujours ; mais cette loyauté même permettra à Votre l^xccUenre de comprendre les sentiments que doit éprouver un homme profondément mortifié, qui a d'autant plus le sentiment de sa dignité qu'il se sait a l'abri de tout reproche. Je suis retourné à mon poste. Je me battrai aussi longtemps qu'il faudra me battre, mais aus* sitôt après je céderai avec joie ma place à Varrogance (sic) et aux faiseurs de système.
c( J'espère et j^; désire de tout cœur que Votre Excellence se rétablisse rapidément.
«( Corbeny, 13 mars 1814.
« Vos YOFIK. »
{KriegtgetcfuclUUcfie EinzeUchrifU^i kerausgegeben vom (irossen Génial'stabe, 1884. V, 126, 127.)
aller aux illusions que Mùffling écrivait le 12 il Knesebcck, une lettre qui contraste singulièrement avec le ton ordinaire de sa correspondance :
« La voilà donc terminée heureusement cette grande expédition qui a duré du 24 février au 10 mars. La fortune nous a souri et les derniers succès ont redonné de la cohésion h Tarmée. Elle livrera, s*il le faut, encore dix batailles et je crois pouvoir dire qu'elle les gagnera. Mais tous les officiers supérieurs désirent La paix parce que la misère est si grande qu'on est dans l'impossibilité d'y porter remède. La situation de Napoléon doit être encore pire que la nôtre, et s'il se porte contre vous, sa cavalerie sera dans un état désastreux; son infanterie affamée et éreintée sera hors d'état de résister h la vôtre. Mais attendez-vous de sa part îi quelque coup d'une extrême hardiesse. » Et cette lettre déjà si curieuse, se termine par ces mots plus curieux encore : « Nous autres, nous sommes maintenant devenus prudents. »
Napoléon réorganise son armée. — Pendant que Muftling écrivait cette lettre, l'Empereur ne perdait pas son temps et se préparait à faire regretter aux stratèges de l'armée de Silésie ce que le quartier-maitre général prussien qualifiait, par euphémisme, de prudence, mais ce qu'il auniit mieux fait de désigner par le terme plus juste de « crainte ». Qu'eussent fait les généraux alliés s'ils se fussent trouvés à la place de l'Empereur ? Chaque jour, chaque heure lui apportait de mauvaises nouvelles. Soult, Augereau et Macdonald battent en retraite. Bordeaux se soulève, proclame les Bourbons et ouvre ses portes aux Anglais. Murât, soutenu par les Anglais débarqués à La Spezzia, marche contre le prince Eugène et occupe déjà une partie de la Toscane. Les plénipotentiaires alliés sont sur le point de rompre les négociations. Le mécontentement et le découragement augmentent de jour en jour à Paris. La garde nationale refuse de quitter la capitale et de rejoindre l'armée. Le conseil de régence a émis à l'unaiiiniité l'avis d'accepter les propositions des Alliés, et Joseph, au sortir de la séance, vient d'écrire à l'Empereur : « La paix prochaine, quelle qu'elle soit, est indispensable. »
Seul, Napoléon [a retrouvé à la fois sa lucidité d'esprit, son énergie, son calme et conservé ses espérances. Le 12 au matin, il n'est cependant pas encore parvenu à voirassez clair dans la situa-
tion militaire pour prendre un parti détinilif. Il inspecte avec le commandant Gérard les travaux de dét'ense de Soissons que col énergique olficier pousse avec une incomparable activité. Le pont de TAisne est miné. On a démoli ou incendié les maisons que le général Rusca n\a pas eu le temps de détruire et que Moreau a cru superflu de raser. On abat les arbres pour en faire des palissades on répare les remparts, et Gérard est décidé à s'enfermer, s'il y est contraint, dans le faubourg de Saint- Waast et li y tenir bon jusqu'à ce qu'il ait brûlé sa dernière cartouche, mangé son dernier morceau de pain. Soissons est dès à présent en état de résister h une nouvelle attaque. Avant de retourner directement sur l'Aube et sur la Seine, ou de se décider à manœuvrer par Vitrv, Sainl-Dizier et Joinville sur les derrières de Schwarzenberg, il reste encore à l'Empereur h procéder pendant la journée du 12, à une réorganisation totale de son armée.
Les corps de jeune garde de Ney et de Victor et la division Poret de Morvan sont dissous et formeront désormais les divisions Curial et Charpentier qui, avec la division de vieille garde du général Christiani, feront partie du corps du maréchal Mortier, sous les ordres duquel passent également les dragons de Roussel, la cavalerie polonaise de Pac et, pour quelques jours seulement, la division des escadrons réunis du général de Berckheim composée de la brigade de grosse cavalerie du général Mouriez et de la brigade de cavalerie légère du général Curély. En attendant l'arrivée des troupes que le général Janssens allait amener de Relhel et de Mé/.ières à Reims (3,000 hommes, 250 chevaux et 7 canons), Ney, qui laissait au commandant Gérard les débris de la division Meunier chargés de tenir garnison h Soissons et de fournir 600 hommes a Compiègne, n'avait plus avec lui qu'une brigade de la division Pierre Boyer, le régiment de la Yistule et le 122^ de ligne. L'Empereur s'était réservé, comme par le passé, la direction immédiate de la vieille garde de Friant et des trois divisions de cavalerie de la garde d'Exelmans, Colbert et Letort, placées sous les ordres de Sébastiani. Le corps de Marmonl, dont l'Empereur ignorait la situation d'effectif, conservait pour cette raison son ancienne organisation *.
1 Correipondance, iio-» 21466 et 21475; Registres de Berthier et de Belliard. {Archivet de la guerre.)
La nouvelle de la prise do Reims par Saint-Priest n'avait fait qu'augmenter les préoccupations de Marmont qui, depuis qu'il avait dû, sur l'ordre formel de lEmpereur, se reporter de Fismes sur Roucy et Berry-au-Bac, n'avait cessé de redouter les conséquences d'un passage de rivière exécuté par l'armée de Silésie î\ Pontavert et surtout à Vailly. Par suite, en même temps qu'il prévenait le major-général de l'apparition de la cavalerie prussienne aux environs de Jonchery, il avait prescrit à ses troupes d'évacuer Berrv-au-Bac et était retourné ù Fismes en laissant une simple arrière-garde ii lloucy.
13 mars. — Reprise de Reims par Napoléon. Dans la situation de l'Empereur, l'occupation de Reims par Saint-Priest était d'autant plus dangereuse qu'elle rétablissait les communications directes, interrompues jusque-lù, entre Bliicher et Schwarzenberg. Un événement aussi grave s' ajoutant aux déconvenues incessantes des derniers jours, eût abattu et désespéré tout autre que Napoléon. La nouvelle produisit sur lui un effet diamétralement opposé. En un instant, il a pris son parti. Quelques minutes à peine se sont écoulées depuis qu'il a connaissance du nouveau coup qui le frappe, mais elles lui ont suffi pour dresser un nouveau plan d'opérations et dicter à Bcrthier les ordres destinés ii Ney, Mortier et Marmont. Pendant que Gneisenau hésite, réfléchit, tâtonne et s'endort, l'Empereur tombera sur Saint-Priest, l'écrasera, effacera, par une victoire d'autant plus retentissante qu'elle sera plus inattendue, l'effet produit parla perte de la bataille de Laon. Il intimidera à nouveau ses adversaires, remontera le moral de son peuple et de son armée, et prouvera à Muffling qu'il avait raison de prévoir quelque coup hardi et imprévu.
Obligé de couvrir sa gauche et Soissons, dont la garnison n'est guère que de 1500 hommes et dont les travaux ne sont pas entièrement achevés, de faire observer l'armée de Silésie qu'il doit s'attendre îi voir sortir h tout moment d'une inaction qui lui paraît inexplicable, il laisse Mortier ù Soissons. Le duc de Trévise devra surveiller le cours de l'Aisne en aval jusqu'Jï Compiègne, et tenir en amont i\ Sermoise un poste suffisamment fort pour empêcher les coureurs alliés de couper la route de Soissons h Reims.
Ney et Sébastiani s'engageront immédiatement sur la route de Reims et se dirigeront sur Braisne. L'Empereur les suivra de près avec la division Priant. Marmont, qui formera l'avant-garde, laissera un petit corps d'obsei-vation à Berry-au-Bac et se mettra en mouvement à six heures du matin. « N'ébruitez pas votre marche par des coureurs, lui recommande le major-général. Il vaut mieux arriver en masse *. »
Soit qu'il eût ajouté complètement foi au bulletin de Bliicher annonçant l'anéantissement complet de Tarmée française, soit qu'il eût cru h un mouvement de l'Empereur sur Meaux ou Chi\teau-Thierry, Saint-Priest n'avait prêté aucune attention aux observations que le général lagow lui avait faites la veille. Il était tellement tranquille et rassuré que, voulant donner à ses troupes quelques jours de repos en attendant les ordres de mouvement de Bliicher ou de Schwarzenberg, non content de les installer à Taise dans des cantonnements démesurément étendus, il avait même jugé superflu de prendre les mesures de précaution nécessaires, d'organiser un service de sûreté qu'il eût été, d'ailleurs, difficile de fournir sur une ligne aussi étendue.
Au jour, la cavalerie de Bordesoullequi, avec les gardes d'honneur du général Defrance, précédait la colonne de Marmont, donna en avant de Rosnav contre deux bataillons de landwehr prussienne. Abandonnés par leur cavalerie, vivement poussés et débordés par les gardes d'honneur, ils se replièrent sur Ormes et s'enfermèrent dans le cimetière. La cavalerie prussienne avait filé jusqu'il Reims et apporta à Saint-Priest la première nouvelle de la marche des Français. Pendant ce temps, Tinfanterie de Ricard rejoignait la cavalerie, cernait le cimetière d'Ormes et obligeait les Prussiens h mettre bas les armes. Les soldats de lagow, surpris au même moment à Muizon, à Gueux et à Thillois pendant qu'ils faisaient la soupe et qu'ils astiquaient leurs effets, afin de paraître en tenue convenable au Te Deum, n'eurent pas le temps de courir aux armes. lagow lui-môme ne réussit ii s'échapper du village de Gueux qu'en sautant sur un cheval non sellé*.
i Correspondance, n°* 21475 et 21476, et Rogistres do Bortiiier. (Archives de la guerre.)
* D'après Bogdano^%itc)l. la plupart des land>^ehneiis qui échappèrent de Thillois en se formant en carré, étaient \es uns nu-pieds, les autre< <»ii bras de chemise.
Saint-Priesl avait jusque-là refusé d'ajouter foi aux nouvelles apportées parla cavalerie prussienne. Il ne se rendit même pas à l'évidence quand il entendit le canon, quand, vers midi, il aperçut le l*"" corps de cavalerie française en bataille à deux ou trois kilomètres du faubourg d'Épernay et masquant le déploiement de Marmont, qui prenait position en attendant Tarrivée de TEmpereur. Croyant n'avoir affaire qu'à un corps de cavalerie exécutant une reconnaissance off'ensive, le général russe ordonna à ses troupes de se former à l'ouest de la ville et chargea le général Bistrom avec le régiment de Riazan, le 33« de chasseurs et une batterie, de recueillir les troupes du général lagow. En môme temps, il ordonnait au colonel Albrecht de prendre les deux escadrons avec lesquels il venait de revenir des environs de Berryau-Bac, de se porter au-devant de l'ennemi et de l'arrêter jusqu'à l'entrée en ligne du général Emanuel. Bistrom forma rapidement son infanterie sur une hauteur au pied de laquelle coule le ruisseau venant de Bézannes et donna ainsi aux troupes prussiennes le temps de se rallier et d'amener leur artillerie. Les deux escadrons du colonel Albrecht se mirent en marche au moment où sur l'ordre de l'Empereur, qui ne voulait pas attaquer avant d'avoir tout son monde sous la main, l'artillerie à cheval, interrompant son tir, venait avec la cavalerie de Bordesoulle, prendre position un peu plus en arrière.
Cette cessation du feu et ce léger mouvement rétrograde achevèrent d'abuser Saint-Priest. Malgré les avis des généraux sous ses ordres, malgré les affirmations de lagow, qui, mieux qu'aucun autre, avait pu se rendre un compte exact du véritable caractère de l'attaque des Français, Saint-Priest, au lieu de se contenter de faire observer les mouvements de son adversaire masqué tant par sa cavalerie que par les accidents du terrain, au lieu de laisser devant lui un simple rideau ou tout au plus une arrière-garde et de filer pendant ce temps, soit sur Berryau-Bac, soit sur ChAlons, s'enlèta à attendre l'attaque. Il se déploya à cet etfet sur deux lignes, sa droite à la Vesles à Tinqueux, sa gauche vers la BasseMuire, sa cavalerie sur ses flancs, ses réserves en avant du faubourg de Vosles. D'autre part, loin de faire couper le pont de Sillery,il détachait sur ce point un bataillon prussien, chargeait deux compagnies de chasseurs dirigées sur Beaumont-sur- Vesles d'y garder les parcs et les canons. Enfin, il donnait en même temps
Tordre de diriger au plus vile sur Reims et sur Berry-au-Bac tous les impedimenta qui ne devaient se replier sur le détachement du général-major Davidoft * arrivé la veille à Chillons, que dans le cas où Ton se verrait contraint à évacuer Reims. Les dragons de Kiew et les chasseurs h cheval de Tchernigoff, qui n'entrèrent en ligne que vers quatre heures, s'établirent en avant de Textréme gauche qu'ils devaient protéger contre un mouvement tournant. La position choisie par Sainl-Priest pouvait présenter certains avantages au point de vue de l'action de l'artillerie, mais elle avait le grave inconvénient d'être adossée, sans parler de la ville même, ù un double défilé, le pont de la Vesles et les portes de Reims. Saint-Priest croyait, d'ailleurs, tellement peu à la possibilité d'une attaque sérieuse que, quelques instants avant le combat, il répondait liérement à un de ses lieutenants qui le priait de lui faire connaître la direction à suivre en cas de retraite : « On ne reculera pas. « En admettant même que Sainl- Priest eîlt de bonnes raisons pour ne pas vouloir abandonner sans combat la ville dont il venait de s'emparer, il eût dû. pour le moins, s'étal)lir avec le gros de ses forces sur la roule de Berry-au-Bac, laisser dans la ville un millier d'hommes et garnir simplement de tirailleurs les hauteurs de Sainte-Geneviève sur lesquelles il avait eu l'imprudence de prendre position, Enlin, puisqu'il n'existait plus aucun pont entre Reims et Sillery, il eût assurément été plus sage de détruire le pont de Sillery et de ne pas s'atlaiblir inutilement en y détachant un bataillon.
Vers quatre heures. l'Empereur, arrivé avec la vieille garde, rtH'onnut que la destruction des ponts de la Vesles l'empêchait de déborder la gauche de Saint-Priest et ordonna d'attaquer de front. Son armée s'était déployée à envimn une lieue de hi ville. Son artillerie canonnait vivement les troupes de Saint-Priest, dont la cavalerie cherchait à inquiéter les ailes.
A quatre heures, la division Merlin, soutenue par les cuirassiers du l^"" corps de cavalerie, s'engageait la première à rextrème gauche de Saint-Priest avec les bataillons prussiens établis à CormontrtHiil et qui chen*haient vainement ù gagner Sillery. EUle b»s ct»rnait et les forçait ù mettre bas les armes, pendant que l'in-
< Lt« dêta«'lit*intMit du jrtMiêruI Uavidoff se composait dt'^ régiment:!: d'infanterie de Viatka et de VitiorK, d(*s drajrous de Mas(X>a et de 7 pims de position.
fanterie do Marmont s'avaiujait par la roule de Sois*ions en colonne par bataillon à dislance de déploiement. Celte infanterie était précédée par les gardes d'honneur du général DetVanee et flanquée h gauche par deux divisions de cavaleri(» de la garde sous Sébastiani, à droite par la cavalerie de Bordesoulle. La division Friant, la brigade du général Pierre Boyer et la division d(» cavalerie de Lelort restaient en réserve entre Thillois et Tinqueux à hauteur du Mont-Saint-Pierre, A ce moment la division Ilicard abordait déjà l'infanterie de Saint-Priest et la repoussait jus(ju'à l'entrée du faubourg'.
A la vivacité, à la simultanéité des attaques, et surtout a Tentrain des soldats français, Saint-Priest avait reconnu trop tard la présence de TRuipereur et l'inipossibilité de se maintenir sur une position aussi étendue. Se décidant enfin à la retraite, il se proposait de rappeler en ville sa deuxième ligne, de faire reprendre par sept bataillons prussiens, un bataillon du régiment de Ria/an et la cavalerie les positions occupées jusque-là par les troupes de celle deuxième ligne et de placer eu réserve hî régiment de Pololsk avec douze bouches à feu. Il venait à peine d'établir le 3® bataillon du régiment de Riazan et le 33® régiment de chasseurs près du faubourg de Paris, d'ordonner au reste de ses troupes de repasser la Vesles et de traverser vivement Reims pour se retirer dans la direction de Berry-au Bac, lorsqu'il fut mortellement blessé à l'épaule par un éclat d'obus.
Privées de leur chef au moment oii elles en avaient d'autant plus besoin qu'aucun autre général ne se trouvait sur place et ne pouvait prendre le commandement*, les troupes russes cédèrent
^ C'est au moment où il se décida à la retraite que Saint-Priest Ht connaître à Tettenborn les premières phases de Tattaque de Reims et que ce général adressa à Schwarzenberg la dépêche ci -dessous :
« Mon prince, j'ai l'honneur de prévenir Votre Altesse que je reçois la nouvelle que le maréchal Marmont, avec 12,000 hommes, a attaqué aujourd'hui Saint-Priest et a poussé jusque sous les murs de Reims. Le général Saint- Priest ne m'en a fait avertir que de bouche et je ne sais pas encore ce qu'il se propose de faire. Cepen lant, comme il serait très possible que Tennemi voudrait aller jusqu'à Epernay, je me tiens sur mes gardes. Tout est préparé pour faire sauter le pont en cas de besoin. » (Tettenborn à Schwarzenberg, Port-à-Binson, 13 mars, 9 heures i/2 soir (original en français). {K, K, Kriegs Archiv , III, ad. 24!.)
s Au moment où Saint-Priest fut mis hors de combat, les troupes russes furent pendant un certain temps complètement abandunnécs à elles-mêmes.
de tous rôles et se précipitèrent en désordre vers la ville. Le général de Ségur, h la tète du 3* régiment de gardes d'honneur, se jette à ce moment sur les dragons russes, placés à la jonction des routes d'Épernay et de Soissons, les culbute, leur enlève huit canons et les pousse jusqu'à la porte de la ville. Tout ce qui restait de Russes et de Prussiens sur la rive gauche de la Vesles était irrémissiblement perdu si l'on avait soutenu immédiatement Ségur et ses gardes d'honneur, qui, entraînés par l'élan de leur charge, avaient dépassé les troupes mêmes qu'ils venaient de rompre et de bousculer. Mais Defrance et Bordesoullo avaient hésité à le suivre, et le i«'' bataillon du régiment de Riazan avait, sur l'ordre du colonel Skobeleff, formé un carré, au milieu duquel on emportait le général de Saint Prlest. Se frayant le passage jusqu'au pont de la Vesles, les Russes acculent aux murs de la ville les gardes d'honneur, (|ue déciment les feux du 3« bataillon posté sur les remparts et le tir à mitraille de deux pièces mises en batterie ù la porte de Soissons. Quand les cuirassiers de Bordesoulle arrivèn»nt, il était déjà trop tard : le (*olonel Skobelef! avait réussi à rentrer en ville (»t il ne» restait plus de l'escadron du 3« régiment de gardes d'honuiMir qui avait traversé l'infanterie russe, qu'une soixantain(^ d'hommes auprès du général de Ségur blessé. Pendant que la cavalerie alliée s'échappait en passant la Vesles à gué, à Saint-Brice, le général lagow s'était vainement (efforcé d'enrayer le désarroi et d'arrêter ht débandade. Avec trois bataillons prussiens et deux batteries, il avait tenté de n*prendn» pied en avant de la porte de; Soissons. Chargé vivement par la cavalerie française, il ne tarda pas à être rej(»té à son tour dans la vilU^ et parxint seulement à ramener trois des douze bouches à feu qu'il avait mises en position. Traversant rapidem(»nt Ri'ims, il rejoignit sur la roule de Berry-au-Bac le général Emanuel, qui ralliait et reformait de ce c(jté ses deux régiments et une bonne partie de l'infanlerio.
Le général Emanuel, ignorant que PantchouIitcliefT avait eu le matin un accident a la suite duquel il resta plusieurs heures sans connaissance et qui Tempêchait de prendre le commandement, bien qu'il fût déjà à peu pn*s remis, s'était rendu à Keims pour prévenir ce général. 11 ne restait en première ligoo que le général prussien lagow qui, ne sachant |)as ce qui venait de se p.isser à sa droite, et ne recevant plus d'ordres, était extrêmement embarrassé et aurait, de toute façon, hésité à se charger de la direction du combat et du commandement d'un corps dans lequel les Russes étaient en majorité. (Bogdanovitch.)
On avait iaissr dans la ville, ave** fonin' d'y Iciiir à oulranrc, Ic's n'giments do Ria/an, de Pololsk, (rKl<»tz, les 80* et 33« ir|^iinenls do chasseurs sous le général Bislrani. Colui-ci avait confié la dcfonsc de la porte de Soissons à deux bataillons de chasseurs, placé quatre bataillons sur la partie du rempart la plus rapprochée di» cette porte (»t gardé un dernier bataillon en n'serve.
L'infanterie de Marmont s'était établie dans le faubourg ; mais ell(^ n'avait pu parvenir à démolira coups de «anon la porte de la ville couverte par un tambour cmi terre, et le maréchal, contraint de retirer ses pièces, dont les canonniers tombaient successivement sous les balles des llussi's, dut se borner à tiraillc»r avec eux pendant toute la soirée jusque vers 11 heures.
Pendant ce temps. l'Empereur avait aussitôt après la réfection du pont de Saint-Brice, fait passer sur la rive droite de la Vesles la cavalerie légère de Krasinsky, qui, malgré les efforts du général Karpenko, se jeta sur le thin<'. gauche des troupcvs d'Emaluiel et de lagow, et soutenu par Exelmans, les rompit et les disj)ersa. L'apparition de hi cavalerie française sur la route de Laon eut pour conséquence d'obliger Bistram à évacuer la ville dont il sortit à 2 heures du matin, et h prendre avec ses bataillons la route de Montcornet.
A 5 heures du matin. Ligow arrivait avec deux bataillons seulement il Berry-au-Bac. Bistram n'atteignit ce point que dans la matinée du 14, ramenant avec lui quelques troupes prussiennes, qui portèr(mt à 2,500 hommes l'effectif total des hommes à la tète desquelles Ligow rejoignit ensuite le corps de Kleist. La prise de Reims avait coûté aux Alliés près de 3,000 hommes hors de combat et 11 bouches à feu*.
A 3 heures, l'Empereur entrait h Reims au milieu des acclamations des habitants, au bruit des derniers coups de fusil échanges avec l'arrière-garde russe. Marmont, dont les troupes avaient seules donné, avait pris sa revanche d'Athies. La victoire de Reims n'était, ni au point de vue politique, ni au point de vue militaire, un événement sans importance pour l'Empereur. Établi
* Sébastian i au major-général, et Berthicr à Macdonald (Archives de la guerre) ; Mahmont, Mémoires : Rapport da général Pantchoulitcheff an prince Wolkonsky ; Journal du général Emanuel el Journal du général Karpenko.
tion militaire pour prendre un parli détînilif. Il inspecte avec le commandant Gérard les travaux de défense de Soissons que cet énergique olficier pousse avec une incomparai)le activité. Le pont de TAisne est miné. On a démoli ou incendié les maisons que le général Rusca n'a pas eu le temps de détruire et que Moreau a cru superflu de raser. On abat les arbres pour en faire des palissades on répare les remparts, et Gérard est décidé à s'enfermer, s'il y est contraint, dans le faubourg de Saint- Waast et h y tenir bon jusqu'à ce qu'il ait brûlé sa dernière cartouche, mangé son dernier morceau de pain. Soissons est dès à présent en état de résister à une nouvelle attaque. Avant de retourner directement sur l'Aube et sur la Seine, ou de se décider à manœuvrer par Vitrv, Saint-Dizier et Joinville sur les derrières de Schwarzenberg, il reste encore à l'Empereur à procéder pendant la journée du 12, à une réorganisation totale de son armée.
Les corps de jeune garde de Ney et de Victor et la division Poret de Morvan sont dissous et formeront désormais les divisions Curial et Charpentier qui, avec la division de vieille garde du général Christiani, feront partie du corps du maréchal Mortier, sous les ordres duquel passent également les dragons de Roussel, la cavalerie polonaise de Pac et, pour quelques jours seulement, la division des escadrons réunis du général de Berckheim composée de la brigade de grosse cavalerie du général Mouriez et de la brigade de cavalerie légère du général Curély. En attendant l'arrivée des troupes que le général Janssens allait amener de Rethel et de Mézières à Reims (3,000 hommes, 250 chevaux et 7 canons), Ney, qui laissait au commandant Gérard les débris de la division Meunier chargés de tenir garnison h Soissons et de fournir 600 hommes à Compiègne, n'avait plus avec lui qu'une brigade de la division Pierre Boyer, le régiment de la Vistule et le 122® de ligne. L'Empereur s'était réservé, comme par le passé, la direction immédiate de la vieille garde de Friant et des trois divisions de cavalerie de la garde d'Exelmans, Colbert et Letort, placées sous les ordres de Sébastiani. Le corps de Marmont, dont l'Empereur ignorait la situation d'effectif, conservait pour cette raison son ancienne organisation *.
1 Correipondance, n°* 21466 et 2! 475 ; Registres de Berthier et de Belliard. {Archives de la guerre,)
La nouvelle de la prise de Reims par Sainl-Priest n'avait fait qu'augmenter les préoccupations de Mannont qui, depuis qu'il avait dû, sur Tordre formel de llunpereur, se reporter deFismes sur Roucy et Berry-au-Bac, n'avait cessé de redouter les conséquences d'un passage de rivière exécuté par l'armée de Silésie à Pontavert et surtout ù Vailly. Par suite, en même temps qu'il prévenait le major-général de l'apparition de la cavalerie prussienne aux environs de Jonchery, il avait prescrit à ses troupes d'évacuer Berrv-au-Bac et était retourné h Fismes en laissant une simple arrière-garde h Roucy.
13 mars. — Reprise de Reims par Napoléon. Dans la situation de TEmpereur, l'occupation de Reims par Saint-Priest était d'autant plus dangereuse qu'elle rétablissait les communications directes, interrompues jusque-lù, entre Bliicher et Schwarzenberg. Un événement aussi grave s'ajoutant aux déconvenues incessantes des derniers jours, eftt abattu et désespéré tout autre que Napoléon. La nouvelle produisit sur lui un effet diamétralement opposé. En un instant, il a pris son parti. Quelques minutes à peine se sont écoulées depuis qu'il a connaissance» du nouveau coup qui le frappe, mais elles lui ont suffi pour dresser un nouveau plan d'opérations et dicter à Bcrthier les ordres destinés h Ney, Mortier et Marmont. Pendant que Gneisenau hésite, réfléchit, tâtonne et s'endort, l'Empereur tombera sur Saint-Priest, l'écrasera, effacera, par une victoire d'autant plus retentissante qu'elle sera plus inattendue, l'effet produit par la perte de la bataille de Laon. Il intimidera ii nouveau ses adversaires, remontera le moral de son peuple et de son armée, et prouvera à Mûffling qu'il avait raison de prévoir quelque coup hardi et imprévu.
Obligé de couvrir sa gauche et Soissons, dont la garnison n'est guère que de 1500 hommes et dont les travaux ne sont pas entièrement achevés, de faire observer l'armée de Silésie qu'il doit s'attendre ?i voir sortir h tout moment d'une inaction qui lui parait inexplicable, il laisse Mortier ù Soissons. Le duc de Trévise devra surveiller le cours de l'Aisne en aval jusqu'il Compiègne, et tenir en amont h Sermoise un poste suffisamment fort pour empêcher les coureurs alliés de couper la route de Soissons à Reims.
Ney et Sébastiani s'engageront immédiatement sur la route de Reims et se dirigeront sur Braisne. L'Empereur les suivra de prè§ avec la division Frianl. Marmonl, qui formera l'avant-garde, laissera un petit corps d'obsei*vation à Berry-au-Bac et se mettra en mouvement à six heures du malin. « N'ébruitez pas votre marche par des coureurs, lui recommande le major-général. Il vaut mieux arriver en masse *. » '
Soit qu'il eût ajouté complètement foi au bulletin de Blùcher annonçant l'anéantissement complet de l'armée française, soit qu'il eût cru h un mouvement de l'Empereur sur Meaux ou Château-Thierry, Saint-Priest n'avait prêté aucune attention aux observations que le général lagow lui avait faites la veille. Il était tellement tranquille et rassuré que, voulant donner à ses troupes quelques jours de repos en attendant les ordres de mouvement de Blûcher ou de Schwarzenberg, non content de les installer à Taise dans des cantonnements démesurément étendus, il avait même jugé superflu de prendre les mesures de précaution nécessaires, d'organiser un service de sûreté qu'il eût été, d'ailleurs, difficile de fournir sur une ligne aussi étendue.
Au jour, la cavalerie de BordesouUe qui, avec les gardes d'honneur du général Defrance, précédait la colonne de Marmont, donna en avant de Rosnay contre deux bataillons de landvvehr prussienne. Abandonnés par leur cavalerie, vivement poussés et débordés par les gardes d'honneur, ils se replièrent sur Ormes et s'enfermèrent dans le cimetière. La cavalerie prussienne avait filé jusqu'à Reims et apporta à Saint-Priest la première nouvelle de la marche des Français. Pendant ce temps, l'infanterie de Ricard rejoignait la cavalerie, cernait le cimetière d'Ormes et obligeait les Prussiens à mettre bas les armes. Les soldats de lagow, surpris au même moment h Muizon, à Gueux et h Thillois pendant qu'ils faisaient la soupe et qu'ils astiquaient leurs effets, afin de paraître en tenue convenable au Te Deum, n'eurent pas le temps de courir aux armes. lagow lui-même ne réussit îi s'échapper du village de Gueux qu'en sautant sur un cheval non sellé*.
i Corre$pondance, n°" 21475 et 21476, et Registres de Bertliier. (Archivet de la guerre.)
' D'après Bogdano^itcli, la plupart des land>^ehriens qui érliappèreut de Thillois en se formant en carré, étaient les uns nu-pieds, les autres en bras de chemise.
Saint-Priest avait jusque-là refusé d'ajouter foi aux nouvelles apportées par la cavalerie prussienne. Il ne se rendit même pas à l'évidence quand il entendit le canon, quand, vers midi, il aperçut le l^»" corps de cavalerie française en bataille à deux ou trois kilomètres du faubourg d*Épernay et masquant le déploiement de Marmont, qui prenait position en attendant Tarrivéc de TEmpereur. Croyant n'avoir affaire qu'à un corps de cavalerie exécutant une reconnaissance off'ensive, le général russe ordonna à ses troupes de se former à l'ouest de la ville et chargea le général Bistrom avec le régiment de Riazan, le 33® de chasseurs et une batterie, de recueillir les troupes du général lagow. En même temps, il ordonnait au colonel Albrecht de prendre les deux escadrons avec lesquels il venait de revenir des environs de Berryau-Bac, de se porter au-devant de l'ennemi et de l'arrêter jusqu'à l'entrée en ligne du général Emanuel. Bistrom forma rapidement son infanterie sur une hauteur au pied de laquelle coule le ruisseau venant de Bézannes et donna ainsi aux troupes prussiennes le temps de se rallier et d'amener leur artillerie. Les deux escadrons du colonel Albrecht se mirent en marche au moment où sur l'ordre de l'Empereur, qui ne voulait pas attaquer avant d'avoir tout son monde sous la main, l'arlillerie à cheval, interrompant son tir, venait avec la cavalerie de Bordesoulle, prendre position un peu plus en arrière.
Cette cessation du feu et ce léger mouvement rétrograde achevèrent d'abuser Saint-Priest. Malgré les avis des généraux sous ses ordres, malgré les affirmations de lagow, qui, mieux qu'aucun autre, avait pu se rendre un compte exact du vérilable caractère de l'attaque des Français, Saint-Priest, au lieu de se contenter de faire observer les mouvements de son adversaire masqué tant par sa cavalerie que par les accidents du terrain, au lieu de laisser devant lui un siniple rideau ou tout au plus une arrière-garde et do filer pendant ce temps, soit sur Bcrryau-Bac, soit sur Chiliens, s'entêta à attendre l'attaque. Il se déploya à cet effet sur deux lignes, sa droite à la Vesles à Tinqueux. sa gauche vers la Basse-Muire, sa cavalerie sur ses flancs, ses réserves en avant du faubourg de Vesles. D'autre part, loin de faire couper le pont de Sillery,il détachait sur ce point un bataillon prussien, chargeait deux compagnies de chasseurs dirigées sur Beaumont-sur- Vesles d'y garder les parcs et les canons. Enfin, il donnait en même temps
Tordre de diriger au plus vite sur Reims et sur Berry-au-Bac tous les impedimenta qui ne devaient se replier sur le détachement du général-major Davidofï * arrivé la veille k Chî\lons, que dans le cas où Ton se verrait contraint à évacuer Reims. Les dragons de Kiew et les chasseurs ii cheval de Tchernigoff, qui n'entrèrent en ligne que vers quatre heures, s'établirent en avant de l'extrême gauche qu'ils devaient protéger contre un mouvement tournant. La position choisie par Saint-Priesl pouvait présenter certains avantages au point de vue de l'action de Tartillerie, mais elle avait le grave inconvénient d'être adossée, sans parler de la ville même, h un double défilé, le pont de la Vesles et les portes de Reims. Saint-Priest croyait, d'ailleurs, tellement peu à la possibilité d'une attaque sérieuse que, quelques instants avant le combat, il répondait fièrement ii un de ses lieutenants qui le priait de lui faire connaître la direction ;\ suivre en cas de retraite : « On ne reculera pas. » En admettant même que Sainl- Priest eût de bonnes raisons pour ne pas vouloir abandonner sans combat la ville dont il venait de s'emparer, il eût dû. pour le moins, s'établir avec le gros de ses forces sur la route de Berry-au-Bac, laisser dans la ville un millier d'hommes et garnir simplement de tirailleurs les hauteurs de Sainte-Geneviève sur lesquelles il avait eu l'imprudence de prendre position. Enfin, puisqu'il n'existait plus aucun pont entre Reims et Sillery, il eût assurément été plus sage de détruire le pont de Sillery et de ne pas s'aftaiblir inutilement en y détachant un bataillon.
Vers quatre heures, l'Empereur, arrivé avec la vieille garde, reconnut que la destruction des ponts de la Vesles l'empêchait de déborder la gauche de Saint-Priest et ordonna d'attaquer de front. Son armée s'était déployée à environ une lieue de hi ville. Son artillerie canonnait vivement les troupes de Saint-Priest, dont la cavalerie cherchait à inquiéter les ailes.
A quatre heures, la division Merlin, soutenue par les cuirassiers du le»" corps de cavalerie, s'engageait la première h Textrème gauche de Saint-Priest avec les bataillons prussiens établis îi Cormontreuil et qui cherchaient vainement à gagner Sillery. Elle les cernait et les forçait à mettre bas les armes, pendant que l'in-
* Lo détnchemont du général Davidoff se composait des régiments d'infanterie do Yiatka et de Viborg, des dragons de Moscou et de 7 pièces de position.
fanterie do Marmont s'avançait par la route do Soissons en colonne par bataillon à dislance de déploiement. Cotte infanleric était précédée par les gardes d'honneur du général DotVance et flanquée h gauche par deux divisions de cavalerie de la garde sous Sébastiani, à droite par la cavalerie de Bordesoulle. La division Priant, la brigade du général Pierre Boyer et la division do cavalerie de Lotort restaient en réserve entre Tliillois et Tinquoux à hauteur du Mont-Saint-Piorre, A ce moment la division Ricard abordait déjà l'infanterie de Sainl-Priest et la repoussait jusqu'à rentrée du faubourg ^
A la vivacité, à la simultanéité des attaques, et surtout h l'entrain des soldats français, Saint-Priest avait reconnu trop tard la présence de l'Empereur et l'impossibilité de se maintenir sur une position aussi étendue. Se décidant enlin à la retraite, il se proposait de rappeler en ville sa deuxième ligne, de faire roj)rendre par sept bataillons prussiens, un bataillon du régiment do Hia/an et la cavalerie les positions occupées jusque-là par les troupes de cette deuxième ligne et de placer en réserve lo régiment de Polotsk avec douze bouches à feu. Il venait à peine d'établir le 3« bataillon du régiment de Ria/an et le 33« régiment de chasseurs près du faubourg de Paris, d'ordonner au reste de ses troupes de repasser la Vesles et de traverser vivement Reims pour se retirer dans la direction de Rerry-au Bac, lorsqu'il fut mortellement blessé à l'épaule par un éclat d'obus.
Privées de leur chef au moment où elles en avaient d'autant plus besoin qu'aucun autre général ne se trouvait sur place et ne pouvait prendre le commandement*, les troupes russes cédèrent
^ Cest au moment où il se décida à la retraite que Saint-Priest Ht connaître à Teltenborn les premières phases de Tattaque de Reims cl que ce général adressa à Schwarzenberg la dépêche ci-dessous :
« Mon prince, j'ai l'Iionneur de prévenir Votre Altesse que je reçois la nouvelle que le maréchal Marmont, avec 12,000 hommes, a attaque aujourd'hui Saint-Priest et a poussé jusque sous les murs de Reims. Le général Saint- Priest ne m'en a fait avertir que de bouche et je ne sais pas en«;ore ce qu'il se propose de faire. Cepen lant, comme il serait très possible que l'ennemi voudrait aller jusqu'à Epernay, je me tiens sur mes gardes. Tout est préparé pour faire sauter le pont en cas de besoin. » (Teltenborn à Schwarzenberg, Port-à-Binson, 13 mars, 9 heures i/2 soir (original en français). {K. K. Kriegs Archiv ,111. ad. 241.)
s Au moment où Sainl-Priest fut mis hors de combat, les troupes russes furent pendant un certain temps complètement abandonnées à elles-mêmes.
de tous cùlés et se précipitèrent en désordre vers la ville. Le général de Ségur, h la tête du 3* régiment de gardes d'honneur, se jette à ce moment sur les dragons russes, placés à la jonction des routes d'Épernay et de Boissons, les culbute, leur enlève huit canons et les pousse jusqu'à la porte de la ville. Tout ce qui restait de Russes et de Prussiens sur la rive gauche de la Vesles était irrémissiblement perdu si Ton avait soutenu immédiatement Ségur et ses gardes d*honneur, qui. entraînés par Télan de leur charge, avaient dépassé les troupes mêmes qu'ils venaient de rompre et de bousculer. Mais Defrance et Bordesoullo avaient hésité à le suivre, et le \^^ bataillon du rc^gimenl de Riazan avait, sur Tordre du colonel Skobeleff, formé un carré, au milieu duquel on emportait le général de Saint Priest. Se frayant le passage jusqu'au pont de la Vesles, les Russes acculent aux murs de la ville les gardes d'honneur, (jue dériment les feux du 3« bataillon posté sur les remparts et le tir î\ mitniille de deux pièces mises en batterie à la porte de Soissons. Quand les cuirassiers de Bordesoulle arrivèrent, il était déjà trop taixl : le colonc»! Skobeleft avait réussi h rentrer en ville et il ne ivstait plus de l'escadron du 3« régiment de gardes d'honneur qui avait traversé rinfanterie russe, qu'une soixantaine d'hommes auprès du général de Ségur blessé. Pendant que la cavalerie alliée s'échappait en passant la Vesles h gué, à Saint-Brice, le général lagow s'était vainement efforcé d'enrayer le désarroi et d'arrêter la débandade. Avec* trois bataillons prussiens et deux batteries, il avait tenté de reprendre pied en avant de la porte d(^ Soissons. Chargé vivement par la cavalerie française, il ne tarda pas h étn» rejt»té à son tour dans la ville et parvint seulement à ramener trois des douze bouches à feu qu'il avait mises en position. Traversant rapidement Reims, il rejoignit sur la route de Berry-au-Bac le général Emnnuel, qui ralliait et reformait de ce côté ses deux régiments et une bonne partie de l'infanterie.
Le général Emanuel, ignorant que PantchouUtcliefT avait eu le matin un accident à la suite duquel il resta plusieurs heures sans connaissance et qui Tempèchait de prendre le commandement, bien qu'il fût déjà à peu près remis, s'était rendu à Reims pour prévenir ce général. Il ne restait en première ligne que le général prussien lagow qui, ne saclipnt pas ce qui venait de se passer à sa droite» et ne recevant plus d'ordres, était extrêmement embarrassé et aurait, de tonte façon, hésité à se charger de la direction du combat et du commandement d'un corps dans lequel les Russes étaient en majorité. (Bogdanovitch.)
On avait laissé dans la ville, avrc l'ordrr d'y Icnir à outraiico, l(îs iv|>^impnts de Riazaii, de Pololsk, d'Klolz, les liO^ et 33« ré^iloenls de chasseurs sous h» jçénéral Bistraru. Celui-ci avait confié la défense» de la porte de Soissons à deux bataillons de chasseurs, placé quatre bataillons sur la partie du rempart la plus rapprochée de c(îtte porte et gardé un dernier bataillon en réserve.
Uinfanterie de Marmont s'était établie dans le faubourg; mais elle if avait pu parvenir à démolir à coups de canon la porte do la ville (rouverte par un tambour en terre, et le maréchal, contraint de retirer S(»s pièces, dont les canonnii'rs tombaient successivement sous les balles des Russes, dut se borner à tirailler avec eux pendant toute la soirée jusque vers 11 heures.
Pendant ce temps. l'Empereur avait aussitôt après la réfection du pont d(» Saint-Brice, fait passer sur la rive droite de la Vesl(»s la cavalerie légères de Krasinsky, qui, malgré les efforts du général Karpenko, S(» jeta sur le liane gaucln» des troupes d'Emanuel et de lagow, et soutenu par Exelmans, les rompit et les dispei'sa. L'apparition de la (;avalerie française» sur la route de Laon eut pour conséquence» d'obliger Bislram à évacuer la ville dont il sortit à 2 heures du matin, (»t à prendre avec s(»s bataillons la route do Montcornet.
A 5 heures du matin, lagow arrivait avec deux bataillons seulement il Berry-au-Ba(\ Bistram n'atteignit ce» point que dans la matinée du 14, ramenant aveeî lui quelque»s troupes prussiemnes, qui portèrent à 2,500 hommes re.»ffectit* total de»s homme»s à la tète desquelles lagow rejoignit ensuite le e^orps de Kleist. La prise de R(»ims avait coûté aux Alliés près de 3,000 homme^s hors de combat et 11 bouche»s à fe»u*.
A 3 heures, l'Empereur entrait à Re»ims an milieu des acclamations des habitants, au bruit des derniers coups de fusil échangés avec l'arrière-garde russe. Marmont, dont les troupes avaient seules donné, avait pris sa revanche d'Athies. La victoire de Reims n'était, ni au point de vue politique, ni au point de vue militaire, un événement sans importance pour l'Empereur. Établi
* Sébastiaiii au major-général , et Dcrthicr à Macdonald (Archivet de la guerre) ; Marmont, Mémoires : Rapport du général PantchouIitchcfT au prince Wolkonsky ; Journal du général Kmanuel cl Journal du général Karpenko.
sur les coninuinicalions de Blùcher et de Schwarzenbcrg, il poiivail se portor à son choix, soit contre l'armée de Silésie, soit sur le tlanc de la fijrande armée. La confiance était revenue, Teffet moral produit par la défaite de Laon était etlacé, et les Alliés, qui l'avaient cru terrassé, se remirent à trembler. C'était, hélas, pour nous servir (l(;s expressions mêmes de Marmont, le dernier sourire de la Forlune. Mais ce sourire n'était pas sans valeur et sans portée, et (llausewitz lui-même ne peut s'empêcher de rendre a ce propos justice aux inépuisables ressources que l'Empereur trouvait dans son génie. « On ne saurait trop admirer, dit-il dans sa Critifjne, c(îtle offensive hardie prise sur un théiltre de guerre sur lequel on vient de perdre une bataille. C'était là une dure leçon infligée par Bonaparte à son adversaire et un puissant correctif à la bataille perdue. »
Positions de Tarmée de Silésie. — Affaire de Crouy. —
Pendant que l'FLmpereur surprenait les Alliés par la reprise de Reims et venait troubler la joie de leur triomphe et la sécurité dans laquelle ils se complaisaient, l'armée de Silésie demeurait immobile et achevait les changements de cantonnements commencés la veille. Biilow se dirigeait tranquillement sur Chauny ; Winzingerode et Langeron restaient, le premier, h Coucy-le- Chî\teau, le second, avec le (juartier général de Bliicher, h Laon. Kleist était venu s'installer h gauche de Sacken sur le plateau (»nlre Guiches et Oaonnelle, îi la droite d'York, cantonné du cûté de Corbeny. L'avant-garde de ces deux corps, observant le cours de l'Aisne, occupait Pontavert et Berry-au-Bac où les hussards du corps eurent une petite affaire avec quelques dragons. Sacken s'était avancé de Chavignon vers Soissons. A 10 heures du matin, il débouchait par la route de Laon sur Crouy qu'il attaquait à midi. Apr(>s un combat qui dura jusqu'à 7 heures, les Busses, qui avaient pris et reperdu trois fois Crouy, ne parvinrent îi en conserver que les premières maisons. Us avaient également tenté pendant la journée une attaque plus h droite contre un poste français établi dans un jxîtit bois sur la hauteur, entre Clamecy et la roule de ïerny à Crouy. Les cosaques, soutenus par queliiues tirailleurs, en chassèrent le poste français presi|ue sans couj) férir, mais se retirèrent ensuite à l'approche d'un bataillon. Le général Grouvel n'avait pas pu arrivera Bucy-
lo-Long que Sackon avait fait occuper; il avait été arrêté, au coude tormé par la rivière, par le canon des Russes et par un parti de cavalerie avec lequel il avait tiraillé jusqu'au soir sans parvenir à forcer le passage. Sermoise et Venizel étaient tenus par des postes français, et le général Neigre, arrivé h Fismes, avait donné avis des tentatives faites par la cavalerie alliée pour passer l'Aisne du côté de Maizy.
Tous ces mouvements semblaient indiquer de la part de Sacken l'intention de renouveler le lendemain l'attaque que sa tète de colonne avait seulement esquissée. Mortier et Belliard prirent aussitôt des mesures de précaution que la nouvelle de la victoire de Reims devait rendre inutiles en décidant une fois encore Gneisenau à concentrer toutes les forces de Tannée de Silésie autour de Laon.
44 mars. — Ordres de Gneisenau. — La maladie persistante de Blûcher, l'impossibililé de pénétrer les projets de l'Empereur, les renseignements vagues et inconqilets fournis par la cavalerie à laquelle, depuis le 10 au soir, on if avait laissé rien entreprendre de sérieux et qui, par suite d(»s modifications apporté(»s à l'assiette des cantonnements, avait été jusqu'à un certain l)oint mise dans l'impossibilité d'élablir réellement le contact^ tout avait contribué à augmimler l'embarras et les indécisions de Gneisenau.
En attendant l(»s nouvelles plus précises que devaient lui fournir d'une part Tettenborn, qui correspondait avec Kaïssaroff, de l'autre Liitzow qu'on avait fait revenir d'au delà de Montconiet vers Reims, Colomb qu'on avait envoyé à Beaurieux, et Tchernitcheff qui, avec environ 3,000 chevaux, se tenait en amont de Berr>'-au-Bac, à l'extrême gauche d(» l'armée de Silésie, Gneisenau avait cru agir sagement en étendant les canlonnements des différents corps. Il avait pour cette raison remplacé son ancienne base de Chàlons — Vitry — Nancy, par une nouvelle ligne venant des Pays-Bas, par Avesnes et La Fère à Laon, et exposé ses idées dans une dis[)osilion qui, bien que modifiée complètement le 14 au soir à la nouvelle des événements de Reims et n'ayant par suite reçu qu'un faible commencenuMil d'exécution, mérite cependant d'être reproduite.
« L'ennemi, disait Gneisenau, peut :
« Ou bien n-slcr sur* la li^no Soissons — Fisnics jusqu'à œ qu'il ait rcru des nMit'orls lui pernirUaul dr reprendre l'offensive;
« Ou bien se porter avee le ^ros de ses forées par Chât(»au- ThifTry ou Meau\ contre la grande armée. Dans le premier eas, la <*a Valérie légère prussienne et eelle des généraux Wiir/.ingerode et Saint-Priesi suflisent pour savoir ce qui s(» ])asse h Fismes: eelle du corps Saeken pour surveiller la position de Soissons;
« Si, par suite d'un arrêt dans les opérations d(î la grande armée», l'ennemi voulait prendre l'offensive, c'est à Laon qu'il y aurait lieu d'accepter la bataille. Si rennemi qui, pour exécutcT un pareil niouv(»ment, est obligé de» franchir l'Aisne, attaque sérieusement un des corps d'armée, ce corps devra se replier sur Laon, a|>rès avoir prévenu les corps voisins qui transmettront immédiatcMuent la nouvelle et se dirigeront, eux aussi, sur Laon.
« Le cor])s d(» Biilow, en raison même de la dislance considérai)l(» qui le sépare du reste de l'armée, est excepté de cette mesure. Ce corps devrait cependant, pourvu qu'il n'ait pas devant lui des forces (!onsidérables, revenir sur La Fèn» afin de pouvoir prendre |)art à la bataille.
« Le comte Langeron fera soigneusement reconnaître les chemins menant de Coucy à Anizy-1(»-Cht1teau qu'il aurait à suivre éventuellement pour n^venir sur Laon.
« Dans le second cas, je compte sur la cavalerie légère du comte Winzingerode, postée sur la Marne avec le général Tettenborn, pour m'envoyer les premières nouvelles de la manche de l'année française et me mettre à môme de prendre de suite les dispositions né(!essaires. Ordre de fusiller immédiatement tout paysuii qui aura tiré sur nos troupes. »
A cette disposition, qui arrêtait jusqu'au semblant d'offensive esquissé la veille h Crouy, était jointe une espèce de note (explicative îidressée aux commandants de corps et commcMiçant par ces mots :
« En faisant occuper à l'armée ses positions actuelles, on a bien moins songé à la réalisation d'une idée stratégique qu'aux moyens d'assurer aux trou|)es épuisées de fatigue un rej)os dont elles ont besoin et de leur procureur des subsistances aussi abondantes que possible. »
Cett(î phrase, assurément singulière dans la bouche du chef d'une armét^ victorieuse, donne donc pleinement raison à
La nouvelle de la prise de Reims par Saint-Priest n'avait fait qu'augmenter les préoccupations de Marmont qui, depuis qu'il avait dû, sur l'ordre formel de lEmpereur, se reporter de Fismes sur Roucy et Berry-au-Bac, n'avait cessé de redouter les conséquences d'un passage de rivic^'re exécuté par l'armée de Silésie à Pontavert et surtout à Vailly. Par suite, en même temps qu'il prévenait le major-général de l'apparition de la cavalerie prussienne aux environs de Jonchery, il avait prescrit h ses troupes d'évacuer Berry-au-Bac et était retourné fi Fismes en laissant une simple arrière-garde à Roucy.
13 mars. — Reprise de Reims par Napoléon. Dans la situation de l'Empereur, l'occupation de Reims par Saint-Priest était d'autant plus dangereuse qu'elle rétablissait les communications directes, interrompues jusque-lù, entre Bliicher et Schwarzenberg. Un événement aussi grave s'ajoutant aux déconvenues incessantes des derniers jours, eût abattu et désespéré tout autre que Napoléon. La nouvelle produisit sur lui un effet diamétralement opposé. En un instant, il a pris son parti. Quelques minutes à peine se sont écoulées depuis qu'il a connaissance du nouveau coup qui le frappe, mais elles lui ont suffi pour dresser un nouveau plan d'opérations et dicter à Bcrthier les ordres destinés îi Ney, Mortier et Marmont. Pendant que Gneisenau hésite, réfléchit, tâtonne et s'endort, l'Empereur tombera sur Saint-Priest, l'écrasera, effacera, par une victoire d'autant plus retentissante qu'elle sera plus inattendue, l'effet produit par la perte de la bataille de Laon. Il intimidera à nouveau ses adversaires, remontera le moral de son peuple et de son armée, et prouvera à Mûffling qu'il avait raison de prévoir quelque coup hardi et imprévu.
Obligé de couvrir sa gauche et Soissons, dont la garnison n'est guère que de 1500 hommes et dont les travaux ne sont pas entièrement achevés, de faire observer l'armée de Silésie qu'il doit s'attendre h voir sortir îi tout moment d'une inaction qui lui parait inexplicable, il laisse Mortier ;^ Soissons. Le duc de Trévise devra surveiller le cours de l'Aisne en aval jusqu'ù Compiègne, et tenir en amont fi Sermoise un poste suffisamment fort pour empêcher les coureurs alliés de couper la route de Soissons à Reims.
Ney et Sébasliani s'engageront immédiatement sur la route de Reims et se dirigeront sur Braisne. L'Empereur les suivra de prè3 avec la division Priant. Marmont, qui formera l'avant-garde, laissera un petit corps d'obsei-vation à Berry-au-Bac et se mettra en mouvement à six heures du matin. « N'ébruitez pas votre marche par des coureurs, lui recommande le major-général. Il vaut mieux arriver en masse *. »
Soit qu'il eût ajouté complètement foi au bulletin de Blûcher annonçant Tanéantissement complet de l'armée française, soit qu'il eût cru h un mouvement de l'Empereur sur Meaux ou Château-Thierry, Saint-Priest n'avait prêté aucune attention aux observations que le général lagow lui avait faites la veille. Il était tellement tranquille et rassuré que, voulant donner à ses troupes quelques jours de repos en attendant les ordres de mouvement de Blûcher ou de Schwarzenberg, non content de les installer h Taise dans des cantonnements démesurément étendus, il avait même jugé superflu de prendre les mesures de précaution nécessaires, d'organiser un service de sûreté qu'il eût été, d'ailleurs, difficile de fournir sur une ligne aussi étendue.
Au jour, la cavalerie de BordesouUe qui, avec les gardes d'honneur du général Defrance, précédait la colonne de Marmont, donna en avant de Rosnav contre deux bataillons de landwehr prussienne. Abandonnés par leur cavalerie, vivement poussés et débordés par les gardes d'honneur, ils se replièrent sur Ormes et s'enfermèrent dans le cimetière. La cavalerie prussienne avait filé jusqu'à Reims et apporta à Saint-Priesl la première nouvelle de la marche des Français. Pendant ce temps, l'infanterie de Ricard rejoignait la cavalerie, cernait le cimetière d'Ormes et obligeait les Prussiens h mettre bas les armes. Les soldats de lagow, surpris au même moment à Muizon, ii Gueux et ;\ Thillois pendant qu'ils faisaient la soupe et qu'ils astiquaient leurs effets, afin de paraître en tenue convenable au Te Deum, n'eurent pas le temps de courir aux armes. lagow lui-même ne réussit à s échapper du village de Gueux qu'en sautant sur un cheval non sellé».
« Cor}rf$pondanef, n^* Î1475 et 2H76. cl Registres de Berthier. (Archiret de la guerre.)
* D'api^Ns lk>gdano\^itcli. la plupart des land\^ehriens qui êi'happèreut de TlnUois en se formant en oarré, étai<*nt les uns nu-pieds, les autres ^i bra« de cliemise.
Saint-Priest avait jusque-là refusé d'ajouter foi aux nouvelles apportées parla cavalerie prussienne. Il ne se rendit même pas à l'évidence quand il entendit le canon, quand, vers midi, il aperçut le l®' corps de cavalerie française en bataille à deux ou trois kilomètres du faubourg d'Épernay et masquant le déploiement de Marmont, qui prenait position en attendant l'arrivée de l'Empereur. Croyant n'avoir affaire qu'à un corps de cavalerie exécutant une reconnaissance offensive, le général russe ordonna à ses troupes de se former à l'ouest de la ville et chargea le général Bistrom avec le régiment de Riazan, le 33® de chasseurs et une batterie, de recueillir les troupes du général lagow. En même temps, il ordonnait au colonel Albrecht de prendre les deux escadrons avec lesquels il venait de revenir des environs de Berryau-Bac, de se porter au-devant de l'ennemi et de l'arrêter jusqu'à l'entrée en ligne du général Emanuel. Bistrom forma rapidement son infanterie sur une hauteur au pied de laquelle coule le ruisseau venant de Bézannes et donna ainsi aux troupes prussiennes le temps de se rallier et d'amener leur artillerie. Les deux escadrons du colonel Albrecht se mirent en marche au moment où sur l'ordre de l'Empereur, qui ne voulait pas attaquer avant d'avoir tout son monde sous la main, l'arlillerie à cheval, interrompant son tir, venait avec la cavalerie de Bordesoulle, prendre position un peu plus en arrière.
Cette cessation du feu et ce léger mouvement rétrograde achevèrent d'abuser Saint-Priest. Malgré les avis des généraux sous ses ordres, malgré les affirmations de lagow, qui, mieux qu'aucun autre, avait pu se rendre un compte exact du vérilable caractère de l'attaque des Français, Saint-Priest, au lieu de se contenter de faire observer les mouvements de son adversaire masqué tant par sa cavalerie que par les accidents du terrain, au lieu de laisser devant lui un simple rideau ou tout au plus une arrière-garde et de filer pendant ce temps, soit sur Bcrryau-Bac, soit sur Chàlons, s'entêta à attendre l'attaque. Il se déploya à cet off'et sur deux lignes, sa droite à la Vesles à Tinqueux, sa gaucho vers la Basse-Muire, sa cavalerie sur ses flancs, ses réserves en avant du faubourg de Vesles. D'autre part, loin de faire couper le pont de Sillery,il détachait sur ce point un bataillon prussien, chargeait deux compagnies de chasseurs dirigées sur Beaumonl-sur-Vesles d'y garder les parcs et les canons. Enfin, il donnait en même temps
Tordre de diriger au plus vite sur Reims et sur Berry-au-Bac tous les impedimenta qui ne devaient se replier sur le détachement du général-major Davidoft * arrivé la veille h ChAlons, que dans le cas où Ton se verrait contraint h évacuer Reims. Les dragons de Kiew et les chasseurs à cheval de Tchernigoff. qui n'entrèrent en ligne que vers quatre heures, s'établirent en avant de l'extrême gauche qu'ils devaient protéger contre un mouvement tournant. La position choisie par Saint-Priest pouvait présenter certains avantages au point de vue de l'action de Tartillerie, mais elle avait le grave inconvénient d'être adossée, sans parler de la ville même, h un double défilé, le pont de la Vesles et les portes de Reims. Saint-Priest croyait, d'ailleurs, tellement peu à la possibilité d'une attaque sérieuse que, quelques instants avant le combat, il répondait fièrement à un de ses lieutenants qui le priait de lui faire connaître la direction h suivre en cas de retraite : « On ne reculera pas. » En admettant même que Saint- Priest eût de bonnes raisons pour ne pas vouloir abandonner sans combat la ville dont il venait de s'emparer, il eût dû. pour le moins, s'établir avec le gros de ses forces sur la route de Berry-au-Bac, laisser dans la ville un millier d'hommes et garnir simplement de tirailleurs les hauteurs de Sainte-Geneviève sur lesquelles il avait eu l'imprudence de prendre position. Enfin, puisqu'il n'existait plus aucun pont entre Reims et Sillery, il eût assurément été plus sage de détruire le pont de Sillery et de ne pas s'affaiblir inutilement en y détachant un bataillon.
Vers quatre heures, l'Empereur, arrivé avec la vieille garde, reconnut que la destruction des ponts de la Vesles l'empêchait de déborder la gauche de Saint-Priest et ordonna d'attaquer de front. Son armée s'était déployée à environ une lieue de la ville. Son artillerie canonnait vivement les troupes de Saint-Priest, dont la cavalerie cherchait à inquiéter les ailes.
A quatre heures, la division Merlin, soutenue par les cuirassiers du! e»* corps de cavalerie, s'engageait la première h Textrême gauche de Saint-Priest avec les bataillons prussiens établis à Cormontreuil et qui cherchaient vainement à gagner Sillery. Elle les cernait et les forçait h mettre bas les armes, pendant que l'in-
* Lo détnrhcment du général Davidoff se composait dos régiments d'infanterio do Yiatka et de Viborg, des dragons de Moscou et de 7 pièces de position.
fanterie do Marmont s'avançait par la roule de Soissoiis en colonne par bataillon à distance de déploiemenl. Cette int'anlerie était précédée par les gardes d'honneur du général DotVance et flanquée îi gauche par deux divisions de cavalerie de la garde sous Sébastiani, h droite par la cavalerie de Bordesoulle. La division Priant, la brigade du général Pierre Boyer et la division de cavalerie de Letort restaient en réserve enire Tliillois et Tinqueux à hauteur du Mont-Saint-Pierre, A ce moment la division Ricard abordait déjà l'infanterie de Saint-Priest et la repoussait jusqu'à l'entrée du faubourg*.
A la vivacité, à la simultanéité des attaques, et surtout h l'entrain des soldats français, Saint-Priest avait reconnu trop lard la présence de l'Rmpereur et l'impossibilité de se maintenir sur une position aussi étendue. Se décidant enfin ;i la retraite, il se proposait de rappeler en ville sa deuxième ligne, de faire reprendre par sept bataillons prussiens, un bataillon du régiment de Riazan et la cavalerie les positions occupées jusque-là par les troupes de cette deuxième ligne et de placer en réserve le régiment de Polotsk avec douze bouches à feu. Il venait à peine d'établir le 38 bataillon du régiment de Riazan et le 33^ régiment de chasseurs près du faubourg de Paris, d'ordonner au reste de ses troupes de repasser la Vesles et de traverser vivement Reims pour se retirer dans la direction de Berry-au Bac, lorsqu'il fut mortellement blessé à l'épaule par un éclat d'obus.
Privées de leur chef au moment où elles en avaient d'autant plus besoin qu'aucun autre général ne se trouvait sur place et ne pouvait prendre le commandement*, les troupes russes cédèrent
i C'est au moment où il se décida à la retraite que Saint-Priest Ht connaître à Tettenborn les premières phases de Tattaque de Reims et que ce général adressa à Schwarzenberg la dépêche ci-dessous :
« Mon prince, j'ai l'honneur de prévenir Votre Altesse que je reçois la nouvelle que le maréchal Marmont, avec 12,000 hommes, a attaqué aujourd'hui Saint-Priest et a poussé jusque sous les murs de Reims. Le générul Saint- Priest ne m'en a fait avertir que de bouche et je ne sais pas encore ce qu'il se propose de faire. Cepcn lant, comme il serait très possible que l'ennemi voudrait aller jusqu'à Epernay, je me tiens sur mes gardes. Tout est préparé pour faire sauter le pont en cas de besoin. » (Tettenborn à Schwarzenberg, Port-à-Binson, 13 mars, 9 heures 1/2 soir (original en français). (K, K, Kriegs Archiv , 111. ad. 241.)
> Au moment où Saint-Priest fut mis hors de combat, les troupes russes furent pendant un certain temps complètement àbandunnécs à cltes-mômes.
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de tous côtés et se pn'»cipitèrent en désordre vers la ville. Le général de Ségur, à la tète du 3* régiment de gardes d*honnenr, se jette à ce moment sur les dragons russes, placés h la jonction des routes d*Épernay et de Soissons, les culbute, leur enlève huit canons et les pousse jusqu'à la porte de la ville. Tout ce qui restait de Russes et de Prussiens sur la rive gauche de la Vesles était irrémissiblement perdu si Ton avait soutenu immédiatement Ségur et ses gardes d'honneur, qui. entraînés par Télan de leur charge, avaient dépassé les troupes mêmes qu'ils venaient de rompre et de bousculer. Mais Defrance et Bordesoulle avaient hésité à le suivre, et le i**" bataillon du n*gimenl de Riazan avait, sur Tordre du colonel SkobelefT, formé un carré, au milieu duquel on emportait le général de Saint Prîest. Se frayant le passage jusqu'au pont de la Vesles, les Russes acculent aux murs de la ville les gardes d'honneur, cpie dé<*iment les feux du 3« bataillon posté sur les remparts ot le tir à milniillo de deux pièces mises en batterie h la porte de Soissons. Quand les cuirassiers d(» Bordesoulle arrivèrent, il était déjà trop tard : le colonel Skobeleft avait réussi à rentrer en ville (»t il ne n»stait plus d(» l'escadron du 3« régiment de gardes d'honneur qui avait traversé l'infanterie russe, qu'une soixantaine d'hommes aupn^s du général de Ségur bless<'\ Pendant que la cavalerie» alliée s'échappait en passant la Vessies à gué. à Saint-Brice, le général lagow s'était vainement eflforcé d'enniver le désarroi et d'arrêter la débandade. Avec
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trois bataillons prussiens et deux batIcTies, il avait tenté de n»prtMidre pi(»d en avant de la porte de Soissons. Clhargé vivemcMil par la cavalerie française, il ne tarda pas à èln» n^jeté h son tour dans la ville et par\int seulement à ramener trois des douze bouches à feu qu'il avait mises en position. Traversant rapidement Reims, il n»joignit sur la route de Berry-au-Bac le général Emanuel, qui ralliait et reformait de vr roté ses deux régiments et une bonne partie de l'infanterie.
Le général Emanuel, ignorant que Pantchoulitcheiï avait eu le matin un accident a la suite duquel il resta plusieurs heures sans connaissance et qui Tempèirhait de prendre le commandement, bien qu'il fût dé|ùà peu près remis, s'était rendu à Heims puur prévenir ce général. 11 ne restait en première ligne que le général prussien Ingow qui. ne saohi>nt pas oc qui venait de se passer à sa droite, et ne recevant plus d'ordres, était extrêmement embarrassé ot aurait, de tonte façon, hésité à se charger de la direction du combat et du commandement d'un corps dans lequel les Russes étaient en mnjorité. (Bogdanovitch.)
Ou îivait laiss(*î dans la ville, avec l'ordri^ d'y U'iiir à oiUranco, les n'îgimeiits de Riazan, de Polotsk, d'Elelz, les 30"* et 33« rO^ïinenls de chasseurs sous le géuéral Bistrani. Celui-ci avait coufié la défense de la porte de Soissous à deux bataillons de chasseurs, placé quatre bataillons sur la partie du rempart la plus rapprochée de cette porte et gardé un dernier bataillon en réserve.
L'infanterie de Marmont s'était établie dans le faubourg; mais elle n'avait pu parvenir à démolir à coups de canon la porte de la ville couverte par un tambour en terre, et le maréchal, contraint de retirer ses piè(;es, dont les canonni(»rs tombaient successivement sous les balles des Russes, dut se born(*r à tirailler avec eux pendant toute la soirée* jusque» vers 11 hiîures.
Pendant ce temps, l'Empereur avait aussitôt après la réfection du pont de Saint-Brice, fait passer sur la rive droite de la Vesles la cavalerie légère de Krasinsky, qui, malgré les efforts du général Karpenko. se jeta sur le tlanc gauc^he des troupes d'Emanuel et de lagow, et soutenu par Exelmans, les rompit et les dispersa. L'apparition de la cavalerie française» sur la route de Laon eut pour conséquence d'obliger Bistram h évacuer la ville dont il sortit à 2 heures du matin, et à prendre aveeî ses bataillons la route de Montcornet.
A 5 heures du matin. lagow arrivait avec deux bataillons seulement à Berry-au-Bac. Bistram n'atteignit (!e point (jue dans la matinée du 14, ramenant avec lui quelques troupes prussiennes, qui portèrent à 2,500 hommes l'effectif total des hommes à la tête desquelles Ligow rejoignit ensuite le corps de Kleist. La prise de Reims avait coûté aux Alliés près de 3,000 hommes hors de combat et 11 bouches à feu*.
A 3 heures, l'Empereur entrait à Reims au milieu des acclamations des habitants, au bruit des derniers coups de fusil échangés avec l'arrière-garde russe. Marmont, dont les troupes avaient seules donné, avait pris sa revanche d'Athies. La victoire de Reims n'était, ni au point de vue politique, ni au point de vue militaire, un événement sans importance pour l'Empereur. Établi
* SébastiaDi au major-géDëral , et Bcrthicr à Macdonald (Archityes de la guerre) ; Marmont, Mémoires ; Rapport du général PantchouHtcheff au prince Wolkonsky ; Journal du général Enianuel cl Journal du général Karpenko.
Miir Irn roffifiHifiicalioiis de Blûcher et de Schwarzenberg, il pouvait ••.«• \thrU'V li son choix, soit contre Tarmée de Silésie, soit sur ht 11(1 fie il(* la grande arnaée. La confiance était revenue, l'eflFet inoral |irodiiit par la défaite de Laon était etlacé, et les Alliés, qui l'avai^'fil cru Icrrassé, se remirent à trembler. C'était, hélas, pour noMh M*rvir des expressions mêmes de Marmont, le dernier souri ne d<î la Fortune. Mais ce sourire n'était pas sans valeur et wtfiH (lorlée, et (^lausewitz lui-même ne peut s empêcher de rendre Il rjt propos justice aux inépuisables ressources que l'Empereur trouvait dans son génie. « On ne saurait trop admirer, dit-il dans ha (jritiqiu% cette offensive hardie prise sur un théâtre de guerre hur lerpiel on vient de perdre une bataille. C'était là une dure Ufcon infligée par Bonaparte à son adversaire et un puissant corn»ctif à la bataille perdue. »
Positions de Tarmée de Silésie. — Affaire de Crouy. —
Pendant que l'Empereur surprenait les Alliés par la reprise de Heiuis (ît venait Iroubler la joie de leur triomphe et la sécurité dans laquelle ils se complaisaient, Tarmée de Silésie demeurait immobile et achevait les changements de cantonnements commencés la veille. Bulow se dirigeait tranquillement sur Chauny ; Win/ingerode et Langeron restaient, le premier, fi Coucy-Ie- (îhAlcîau, le second, avec le quartier général de Bliicher, à Laon. Kl(Mst était venu s'installer à gauche de Sacken sur le plateau entre ()ul(;hes et Craonnelle, ii la droite d'York, cantonné du côté de Corbeny. L'avant-garde de ces deux corps, observant le cours de l'Aisne, occupait Pontavert et Berry-au-Bac où les hussards du corps eurent une petite affaire avec quelques dragons. Sacken s'était avancé de Chavignon vers Soissons. A 10 heures du matin, il débouchait par la route de Laon sur Crouy qu'il attacpiail à midi. Apn>s un combat qui dura jusqu'à 7 heures, les Busses, qui avaient pris et reperdu trois fois Crouy, ne parvinrent à en conserver que les premières maisons. Us avaient également tenlé pendant la journée une attaque plus à droite ronire un posle français établi dans un petit bois sur la hauteur, entre Chunery el la roule de Terny à Crouy. Les cosaques, soutenus par quelipies tirailleurs, en chassèrent le poste français presipie sans coup férir, mais se retirèrent ensuite à l'approche d'un bataillon. Le général Grouvel n'avait pas pu arrivera Bucy-
le-Long que Sackon avait fait occuper; il avait été arrêté, au coude formé par la rivière, par le canon des Russes et par un parti de cavalerie avec lequel il avait tiraillé jusqu'au soir sans parvenir h forcer le passage. Sermoise et Venizel étaient tenus par des postes français, et le général Neigre, arrivé h Fismes, avait donné avis des tentatives faites par la cavalerie alliée pour passer l'Aisne du côté de Maizy.
Tous ces mouvements semblaient indiquer de la part de Sacken l'intention de renouveler le lendemain l'attaque que sa tête de colonne avait seulement esquissée. Mortier et Belliard prirent aussitôt des mesures de précaution que la nouvelle de la victoire de Reims devait rendre inutiles en décidant une fois encorcî Gnoisenau h concentrer toutes les forces de Tarméc de Silésie autour de Laon.
44 mars. — Ordres de Gneisenau. — La maladie persistante de Blùcher, Timpossibililé de pénétrer les projets de TEmpereur, les renseignements vagues et incomplets fournis par la cavalerie h laquelle, depuis le 10 au soir, on n'avait laissé rien entreprendre de sérieux et qui, par suite des modifications apportées à l'assiette des cantonnements, avait été jusqu'il un certain point mise dans l'impossibilité d'établir mollement le contact, tout avait contribué à augmenter l'embarras et les indécisions de Gneisenau.
En attendant les nouvelles plus pmMsesque d(»vaient lui fournir d'une part Tettenborn, qui correspondait avec Kîiïssaroff, de l'autre Lûtzow qu'on avait fait revenir d'au delà de Montcornet vers Reims, Colomb qu'on avait envoyé à Beaurieux, et Tchernitcheff qui, avec environ 3,000 chevaux, se tenait en amont de Berry-au-Bac, à l'extrême gauche de l'armée de Silésie, Gneisenau avait cru agir sagement cm étendant les cantonnements des différenis (îorps. Il avait pour cette» raison remplacé son ancienne base de Chftlons — Vitry — Nancy, par une nouvelle ligne venant des Pays-Bas, par Avesnes et La Fère à Laon, et exposé ses idées dans une disposition qui, bien que modifiée complètement le 14 au soir à la nouvelle des événemcMits de Reims et n'ayant par suite reçu qu'un faible commencement d'exécution, mérite cependant d'être reproduite.
« L'ennemi, disait Gneisenau, peut :
^^^ été i m^
<t Ou bien rcskT sur la ligiK* Soissons—Fisiiies jusqu'à ce qu'il ail ri'ru des renforts lui pcrni(»ttanl d(^ repnnidre roffensivc;
« Ou l)i(Mi se porter avec le gros de ses forces par Château- Thierry ou Meîiux contre la grande armée. Dans le premier cas, ta cavaleries légère prussienne et celle des généraux Winzingerode et Saint-Priest suffisent pour savoir ce qui se passe à Fisnies; celle du corps Sacken pour surveiller la position de Soissons;
« Si, par suite d'un arrêt dans les opérations de la grande armée, l'iMinemi voulait prendre l'offensive, c'est à Laon qu'il y aurait lieu d'accepter la batîiille. Si l'ennemi qui, pour exécuter un par(»il mouvement, est obligé de franchir l'Aisne, attaque séricnisement un des corps d'armée, ce corps devra se replier sur Laon, après avoir préveim les corps voisins qui transmettront immédiatement la nouvelle et se dirigeront, eux aussi, sur Lîion.
« Le cor[)s de Bûlow, en raison même de la distance considérable qui le sépare du reste des l'armée, est excepté de cette mesure. Ce corps devrait c(»pendtint, pourvu qu'il n'ait pas devant lui des forces considérables, n^venir sur La Fère afin de pouvoir prendre part à la bataille.
« Le comte Langeron fera soigneusement reconnaître les chemins menant de» Coucy à Anizy-le-Chàteau qu'il aurait i\ suivre éventuellement pour rev(»nir sur Laon.
«Dans le second cas, je compte sur la cavalerie légère du comte Winzingero(l(s postée sur la Marne avec le général Tettenborn, pour m'envoyer les premières nouvelles de la marche de l'armée française et me mettre à même de prendre de suite les dispositions nécessain^s. Ordn^ de fusiller immédiatement tout paysan qui aura tin'> sur nos troupes. »
A cette disposition, qui arrêtait jusqu'au semblant d'off*ensive esquissé la veille à Crouy, était jointe une espèce de note explicative adressiV aux commandants de corps et commençant par ces mots :
« En faisant occuper à l'armée ses positions actuelles, on a bien moins songt* à la n^ilisiition d'une idée stratégique qu'aux moyens d'assurt»r aux troupes épuiscVs de fatigue un repos dont elles ont bt*soin et de leur procuriT des subsistances aussi abondantes que possible. »
Ci^tle phrase, assun'Mnent singulièn^ dans la bouche du chef d'une armée victorieuse, donne donc pleinement raison à
Scliack lorsqu'il ntril h vv propos dans son Journal : « En ivalilr, on n'duisait offKn(»ll(MU(»nt notre armée à un rôle* puronicnt défensif cl Ton avait recours à un prétexte, la fatigue des lroup«»s, pour justifier à nos yeux Tinexplicabh» inaelion dans laquelle on allait tenir pendant plusieurs jours une année si nombnuise et si supérieure en fore(»s à celle de renn(»mi. »
Gneis(»nau inaugurait là des procédés inconnus jusqu'ici à Tarmée d(^ Silésie, et l(\s Alliés venaient déjà d'expier cruellement à Reims Timmobilité dont le chef d'élat-major de Blûchcr ne voulait pas se décider à sortir. Na[)oléon, après avoir, grâce aux tautes de Gneisenau, échappé à une vérilable catastrophe, avait profité d(» la première occasion |)our frappcT h» coup de R(»ims dont Tannonce offici(»lI(» allait augmenter dans la journée la consternalion et Tembarras du quartier général de Tarméc» de Silésie.
De plus, (^oninn» le montre la dernièn» phrase de Tordn» de Gneinesau, les populations, d'abord indiftérentes lors de Tentrée des Alliés en France, exaspérées maintenant par les violenc(»s, les excès, les atrocités et les pillages, cruell(»m(»nt éprouvées et complètement ruiné(»s par les horreurs de la guerre, électrisées par les succès remporlés par l'EmpenMir en février, intimidé(\s un moment par la marche de Tarmée de Silésie et la défait(» de Laon, avaient repris courage lorsqu'elles virent les Prussiens et les Russ(»s réduits à l'inaction, n'osant rien (Mitreprendre contn» les troupes impériales, et couraient de nouveau aux armes même dans les départements de l'Aisne et de la Marne.
Sur les derrières, l^ situation était encore plus critique. L'insurrection générah», la Ievé<i en nia-sse ordonnée» par le décret du 4 mars, avaient pris en Alsace et en Lorraine un caractère des glus graves, une tournure des plus inquiétantes pour les Alliés. D(»s officiers de l'armée étiiient venus se mettre à la tête des bandes de paysans et de citoyens armés. Les places de la Meuse et de la Moselle servaient de points d'appui et de refuge à cette guerre nationale qui commençait trop t^ird.
Lùtzow avait déjà eu grand'peine à traverser les Ardennes avec son corps volant, et les blouses bleues paraissaient suffisamm(»nt fortes et nombreuses pour compromettre la marche ultérieure des opérations.
Enfin, la prise de Reims, en coupant les communications entre weiu — m. 18
los aniKMNS (lo S<*h\vai7>rnb(Tg et de Bluch(»r, assuiMit à rEni|M*reur des comiiiiinications directes avec les déparlemenis insurgés, avec l(»s places dans lesquelles on avait rass(»niblé une certaine quantité de conscrils qui, ayant déjà quelques notions d'inslrurlion militaire, allaient venir rejoindre et renforcer les troupes avec lesquelles il tenait la carapagui».
rt On ne pouvait se dissimuler, ditDroysen dans sa biographie d'York, que plus on tardait à provoquer la crise linale, plus rissue de la campagne devenait douteuse. Il (»st impossible, ajoute-t-il encore, de dire ce qui ce sérail passé si, s'idenlifianl complètement avec des populations qu'animait un véritable enthousiasme guerrier. Napoléon eût pu se résoudre à unir intimement sa fortune personnelle à c(»Ile de la nation, s'il eût suivi l'exemple donné l'année précédente par la Prusse et s'il eût, comme le roi Frédéric-Guillaume, remis le sort de sa couronne (»t de sa dynastie entre les mains de son peuple. Heureusement pour la Coalition, l'Empereur n*osa pas tenter cm coup d'audace. »
Ordres de TEmpereur et mouvements des corps français. — Quelques heures après son entrée à Reims, l'Empereur avait (lélinitivemenl pris son parti. Il avait à nouv(»au, et avec un calme qui lui avait malheureusement fait défaut pendant sa marche de Craonne sur Laon, examiné la situation. Rassuré par l'inaciion de l'armée deSilésie, il avait deviné juste en pensant (|U(» la prise de Reims ne ferait qu'augmenter les indécisions de rélat-majori)russien et contribuerait à intimider et à imnïobiliscr les cli(»fs de l'armée de Silésie. Dès le 14 au matin, sa résolution était arrêtée en principe; il était décidé à se» jel(»r une fois encore sur Schwarzenberg. Il ne lui restait plus qu'à fixer le point par lequel il comptait déboucher contre la grand<' armée. En attendant, il avait envoyé N(»y au pont de Sillery, ne sachant encore s il h' dirigerait sur Chàlons ou sur Épernay. Quelques heures plus tard, h' maréchal recevait l'ordre d(» se porter sur (^hàlons avec son corps, la division Defrance et celle du général Janssens qui. arrivé à Tagnon le matin, s(» pro[)osail. sauf contre-ordre, d'aller coucher le soir du côté de Vitry.
Le gros du corps de Marmont * n^stail avec la gar.le à Reims,
1 L'Empereur revit ce joar-là Marmont pour la première fois di'puis l'aiïairc
tandis qu(; la cavalerie de BordesouU*» allait poursuivre les débris du corps de Sainl-Priest sur Berry-au-Bac, dont elle cherchera h occuper le pont. De forts partis de cavalerie, s'établissant h Maizy et Pont-Arcy, se relieront îi Vailly avec les postes de Mortier.
Combat de cavalerie de Berry-aa-Bac. — Pendant que la cavalerie du général Merlin, précédant d'assez loin l'infanterie de Ricard, s'avançait vers Berry-au-Bac, York, qui faisait mettre Corbeny en état de défense, avait envoyé h Juvincourt le général Zieten, avec la réserve de cavalerie. Il avait également ordonné au général von Katzler, posté avec la cavaliMÛe d'avant-garde à Berry-au-Bac, d'établir un poste en amont à NeufchAtel, d'en brûlerie pont h l'approche de l'ennemi et de se repli(»r, s'il y était contraint par des forces supérieures, sur la position de Zielen îi Juvincourt.
Vers midi, le général Merlin donna, entre Cauroy et Cormicy, contre la grand*garde de Kalzler (60 chevaux des hussards de Brandebourg),qui fit parvenir immédiatement Tavis de la marche de la cavalerie française au gros de la cavaliTie d'avant-garde (hussards de Brandebourg et 2« hussards du corps), étiibli sur la rive droite de TAisne. Une compagnie d'infanterie occupait Berry-au-Bac ainsi que les quelques maisons situées sur la rive gauche de la rivière. Le pont que les Français avaient fait sauter avait été sommairement répan'î de façon à permettre aux cavaliei*s d'y passer à pied en tenant leurs chevaux par la bride. Outre la grand'garde postée sur la route de Reims, on avait encore détaché sur la rive gauche, pour s'éclairer du côt<; de Fismes, le major von Schenk
d*Attiies. Le maréchal se garde Datarellemcnt de parler daus ses Mémoiiesdes reproches que TEmperenr lai adressa et qae, diaprés Fain {Mantuerit de 1814), le duc de Ragase ne pardonna pas à son soayerain, bien que TKmpereur se fût calmé presque aussitôt, lui eût exposé ses projets et expliqué ce qu*il attendait de lui pendant le mouvement qu'il allait entreprendre.
Le calme relatif de TEmpereur en un pareil moment, alors qu'il avait de si légitimes griefs contre le duc de Ragnse, est d'autant plus remarquable que, depuis quelque temps déjà, il était fort mécontent de la manière de servir du maréchal. Déjà avant TafTaire d'Athies, dans une lettre écrite le 6 mars de Bézu-Saint-Germain, il disait à Clarke : « Vous m'envoyez des lettres de Marmont qui ne disent rien. 11 est toujours méconnu de tout le monde. 11 a tout fuit, tout conseillé. Il est fâcheux qu'avec quelques talents, il ne puisse pas se débarrasser de cette sottise, ou du moins se contenir, do manière que cela no lui échappe que rarement* » (Correspondance, u* S1496.)
« Ou hicii rcsicr sur lu li^iic Soissous — Fismes jusqu'à ce qu'il ail rcru des iHMiforls lui pornicllanl <1(» rcprciidn^ l'olTt^isive;
« Ou bien se porter avec le gros de ses forces par ChâlcNiu- Thierry ou Meaux contre la grande armée. Dans le premier cas, la cavalerii» légère prussienne el celhî des généraux Win/Jngerode vl Sainl-Priesl sufiisenl pour savoir ce qui se jmsse à Fismes: C(*ll(* du corps Sacken pour surveiller la position de Soissons ;
« Si, par suite d'un arrêt dans les opérations do la grande» armée, l'ennemi voulait prendre l'offensive, c'est à Laon qu'il y aurait lieu d'accepter la bataille. Si l'ennemi qui, pour exécuter un pareil mouvement, est obligé d(î franchir l'Aisne, attaqu(» sérieusement un des corps d'armée, c(î corps d(»vra se replier sur Laon, après avoir préviMiu les corps voisins qui transmettront immédiatement la nouvelh^ et se dirigeront, eux aussi, sur Laon.
« Le corps de Biilow, en raison môme de la distance considérai)l(^ qui le sépare du reste de l'armée, est excepté de cette mesure. Ce corps devrait cependtinl, pourvu qu'il n'ait pas dc^vant lui des forces considérables, revenir sur La ¥b\v afin de pouvoir prcMidre part à la bataille.
« L(* comte Langeron fera soigneusement reconnaître les chemins mcMiant de Coucy à Anizy-h^Château qu'il aurait à suivre éventuellement pour revenir sur Laon.
«Dans le S(»cond cas, je compte sur la caval(»rie légère du comte Winzingerode, postée sur la Marne» avec le général Tettenborn, pour m'(Mivoyer les premières nouvell(»s de la marche de l'armée française el me mettre à même de prendre de suite les dispositions nécessaires. Ordre de fusiller immédiatement tout paysiiii qui aura tiré sur nos troupes. »
A cette disposition, qui arrêtait jusqu'au semblant d'off'ensive esquissé la veille à Crouy, était jointe u\w, espèce de note explicative adressée» aux commandants de corps et commençant par ces mots :
« En faisant occuper à l'armée ses positions actuelles, on a bien moins songé à la réalisation d'une idée stratégique qu'aux moyens d'assurer aux troupes épuisées de fatigue un repos dont elles ont besoin et de hnir j)rocurer des subsistances aussi abondantes que possible. »
Cette phrase, assurément singulière dans la bouche du chef d'une armée victorieuse, donne donc pleinement raison à
Scliack lorsqu'il écrit à c*(» propos dans son Journal : « En n'alili», on réduisait ofticiellomont notre armée à un rôle purement défcnsif et l'on avait recours à un pnUexle, la fatigue des troupes, pour justifier à nos yeux Tinexplicable inaction dans laquelle on allait tenir pendant plusieurs jours uni» armée si nombnnise et si supérieure^ en forces à c(»ll(» de l'ennemi. »
Gneisenau inaugurait là des procédés inconnus jusqu'ici à l'armée de Silésie, et les Alliés venaient déjà d'expier cruellement h Reims l'immobilité dont le chef d'état-major de Blûcher ne voulait pas se décider à sortir. Napoléon, après avoir, grâce aux tantes de Gneisenau, échappé à une véritable <*atastrophe, avait profité de la première occasion pour frapper le» coup de Reims dont l'annonce officielle allait augmenter dans la journée la consternation et l'embarras du quartiiT général de l'armée d(ï Silési(» .
De plus, comme le montn» la d(»rnière phrase d(î l'ordre^ de Gneinesau, les populations, d'abord indifférentes lors de l'entn^e des Alliés en France, exaspérées maintiMiant par les violences, les «»xcès, les atrocités et les pillages, cru(»lh»m(Mit éprouvées (»t complètement ruiné(»s par les horn^irs d(» la gu(»rre, électrisé(»s par l(»s succès remportés par l'Empereur (mi février, intimidées un moment par la marche de l'armée de Silésie et la défaite de Laon, îivaient r(»pris courage lorsqu'elles vinMit les Prussiens et les Russes réduits h l'inaction, n'osaul rit^n entreprendre contre les troupes impériales, et couraient de nouveau aux armes même dans les départements de l'Aisne et de la Marne.
Sur les derrières, la situation était encore plus critique. L'insurrection générale, la h»vée en masse ordonnée par le décr(»t du 4 mars, avaient pris eu Alsace et en Lorraine un caractère des glus graves, une tournure des i)lus inquiétantes pour les Alliés. Des offici(TS de l'armée étiiient venus se mettre à la tête des bandes de paysans et de citoyens armés. Les places de la Meuse et de la Moselle servaient de i)oints d'appui et de refuge h cette guerre nationale qui commençait trop tard.
Lûtzow avait déjà eu grand'peine à traverser les Ardennes avec son corps volant, et les blouses blettes paraissaient suffisamment fortes et nombreuses pour compromettre la marche ultérieure des opérations.
Enfin, la prise de Reims, en coupant les communications entre weiu — m. 18
arrivor. Los rangs prussiens (Maionl fortonienl serrés. Les chefs d'escadron avec leurs adjudants-majors, leurs trompettes et leuis ordonnances étaient devant le centre. Les officiers se tenaient alip;nés devant le régiment comme sur le terrain d'exercice. Le son d(»s trompettes, le hennissement des chevaux, tout concourait à faire de cette scène un spectacle imposant. Arrivé à 30 pas de la ligne française, le major von Kraftt ordonna au lieutenant Timm de faire une conversion avec le premier peloton et de culbuter le flanc gauche de Tennemi. Comme les deux ailes des lignes opposées se trouvaient correspondre exactement sans se déborder, le peloton prussien, pour exécuter cet ordre, dut prendre le galop de charge, exécuter un demi-tour à droite et séparer beaucouj) ses files, afin d'exécuter la conversion. Les files placées à l'aile gauche de la ligne française commencèrent, d'ailleurs, ii plier au moment où le régiment prussien arriva de front. Enfonçant sans peine les lanciers, le lieutenant-colonel von Stossel les rejeta sur leur soutien que les hussards prussiens mirent également en déroute. Pendant ce temps, deux pelotons du 4« escadron s'étaient pivcipilés sur les chasseurs qui menaçaient la gauche du régiment et, soutenus par l'escadron de hussards de Brandebourg, ils avaient obligé ces escadrons à se replier lestement.
La poui*suile conmiença alors, d'abord à toute vitesse, puis au galop ordinaire, ensuite au trot et enfin au pas. On continua h sabrer tant que les chevaux des hussards purent marcher. Au bout d'un quart d'heure, après avoir poursuivi l'ennemi pendant une lieue environ, le lieutenant-colonel von Stossel fit sonner le ralliement. Des deux côtés, on se reforma et on se couvrit par des éclaireurs. Celte attaque resta longtemps gravée dans la mémoire des hussards qui l'appelèrent depuis « la longue charge* ».
Les hussards avaient à peine achevé de se rallier lorsque leurs éclaireurs signalèrent l'approche d'une colonne d'infanterie (une brigade» de la division Richard) venant de Reims avec de l'artillerie. Les hussards de Brandebourg reçurent l'ordre de se replier à pas comptés, suivis par les hussards du corps. La cavalerie prussienne repassa le pont de l'Aisne, traversa Berry-au-Bac et vint s'établir au bivouac à un quart de lieue en arrière de ce
1 Relation des officier» du dépôt de la guerre do Berlin.
villîip^o. Un poslo (lo 30 rhovaux servit de soutien îi deux ])i^ces J)raquées contre le débouché de Berry-au-Bae. Le reste de la bri- Pfade de cavalerie était couvert par un fossé s'étendanten avant de son front et bordé par la compagnie d'infanterie qui avait évacué d'abord l(»s maisons de la rive gauche, puis Berrj-au-Bac, pour se dérober au tir de l'arlillerie française. Cette affaire, dans laquelle les Prussiens n'eurent que quelques blessés, avait coûté à la cavalerie française bien pn\s de 200 hommes. Les Français n'essayèrent pas de forcer le passage de la rivière. Ils barricadèrent el uïinèrent le pont pour mettre h l'abri de toute surprise leur cavalerie établie à Sai)igneul et couvrant le 6« corps installé aux environs de Cormicv.
Tettenborn, informé par les fuyards de la reprise de Reims, n'avait pas penhi un instant pour rappeler il Port-îVBinson ses dillérents partis ; le 14 au soir, il quittait cette localité et se rendait à Épernay, où il opérait sa jonction avec les deux escadrons prussiens du major von Falkenhausen. Le général russe avait eu d'excellents motifs pour remonter la Marne. D'Épernay, il pouvait plus facilement surveiller les mouvements de l'Empereur et s'opposer aux entreprises dirigées contre lui. Ses émissaires et ses coureurs lui avaient, d'une part, signalé la marche d'nne colonne de cavalerie française (division Colbert) de Reims vers Épernay et, d'autre part, ses avant-postes avaient été attaqués et rejetés sur Dormans par 500 à 600 hommes sortis de Chi\teau-Thierry et conduits par le général Vincent.
Honvements sur Soissons. — Organisation de la défense de celte place. — Du cùlé de Soissons, l'infanterie de Sacken avait quitté dans la matinée les environs de Crouy; l'artillerie avait fdé, dans l'après-midi, de Bucy-le-Long et de Crouy. On avait tiraillé, dans l'après-midi, a Vailly, obligé le poste français de la rive gauche à se replier sur Pont-Arcy et les habitants à y construire un pont de chevalets. Aussi, ponr maintenir la communication libre entre Reims et Soissons, Belliard avait donné l'ordre au général Curély d'aller s'établir î\ Fismes avec sa brigade de cavalerie légère, deux bataillons et trois bouches à feu; au général Mouriez, d'occuper Braisne et Sermoise. Ces deux généraux étaient, en outre, chargés d'éclairer et d'observer l'Aisne en amont de Soissons jusqu'îi Berry-au-Bac.
On continuait pendant ce temps, h pousser les travaux de déense de Soissons avec une activité d'autant plus grande qu'on y avait connaissance d'un mouvement des Prussiens surCompiègne. Les habitants de Blérancourt avaient signalé la marche de cavalerie et d'infanterie prussiennes, descendant sur Vic-sur-Aisne par Audignicourt. D'autres rapports avaient révélé la présence de troupes d'infanterie h Nouvron, Morsain et Autréches. La cavalerie de Grouvel avait confirmé l'exactitude de ces nouvelles et reconnu l'existence d'une ligne continue de vedettes s'étendant depuis Pommiers jusqu'à Attichy.
Attaque de Compiègne. — Les craintes de Mortier et de Belliard au sujet de Compiègne n'étaient que trop fondées. Il ne s'agissait pas maintenant d'un coup de main, mais bien d'une première attaque, peu sérieuse encore il est vrai, que Bùlow, parti de^Noyon avant d'avoir reçu l'ordre qui lui enjoignait d'arrêter son mouvement, allait faire exécuter par son avant-garde. Dès le matin, quelques cavaliers prussiens s'étaient montrés en vue de Compiègne. Dans l'après-midi, 1500 chevaux, 2 bataillons d'infanterie avec 2 canons et 1 obusier, venant de Noyon, avaient sommé le major Olenin de leur rendre la place et répondu îi soîi refus* par quelques coups de canon. Vers le soir, les troupes prussiennes, tout en restant aux environs de la place, se retirèrent hore portée de son canon et hors des vues de ses défenseurs.
Noaveanx ordres pour le 15 mars. — Dans le courant de la journée du 14 mars, on avait reçu à Laon, h l'état-major de l'armée de Silésie. l'avis positif de la reprise de Reims par l'Empereur. A la stupéfaction causée par cette nouvelle, avait succédé une véritable inquiétude augmentée encore par l'inanité des mesures de répression prises contre les paysans armés et surtout par l'altitude singulière de Bernadotte. Arrivé h Liège d(»puis le 4 mars, Bernadotte y restait immobile, uniquement occupé à prolester contre les procédés emi)loyés h son égard, contre l'affaiblis-
* Otenin avait fait la réponse saivante à la sommation de l'avant-garde de Biilow : « Je rendrai la place quand S. M. l'Rmperpur Napolt^on m%>n aura donné Tordre. » (Otenin an Ministre de la guerre. Rapports; Archirrs de la guerre,)
sèment de son armée, dont on avait distrait les corps de Winzingerode et de Bùlow, dont on avait voulu détacher celui du prince de Saxe-Weimar, et passant une partie de son temps d'une part à essayer de négocier avec Maison, son ami et son ancien aide de camp, de Tautre h correspondre avec Joseph, dont il gardait Tun des agents auprès de lui, à Liège. On s'exagérait évidemment au quartier général de Laon la portée et la gravité de cette attitude. On allait jusqu'à prêter à Bernadotte l'intention de trahir la cause des Alliés, de désarmer à la première occasion la brigade Borstell pour passer avec armes et bagages aux Français. On ne voulait pas se rendre compte de la situation exceptionnelle que lui faisait sa qualité de prince royal. On oubliait que Bernadotte était trop habile pour compromettre, par une attitude catégorique, les titres qu'il se réservait de faire valoir après la chute de l'Empereur et qui devaient, si ses rêves ambitieux venaient à se n'aliser, lui permettre d'échanger la couronne de Suède contre le trône de France. En attendant qu'on ait remplacé, dans son armée, les corps dont on l'avait privé, il était, comme il l'écrivait lui-même quelques joui»s plus tîird, le 18, à Blucher, comme il l'avait écrit déjîi aux souverains alliés, résolu h rester immobile « jusqu'à ce qu'on l'ait mis à même de coopérer d'une manière efficace à la conquête de la paix que l'humanité réclame et que toutes les puissances alliées ont pour but. » Trop heureux d'avoir trouvé un pn'»texte qui servait si bien ses intérêts et son ambition, il ajoutait : « Je ne puis me considérer ici seulement comme général, mais comme représentant un roi et une nation alliée. Par toutes ces considérations, je ne me trouve pas en position d'aller relever personne; si cependant il arrivait que vous fussiez obligé de vous replier, je ne perdrai pas un instant pour vous porter secours. La cause commune et voire gloire personnelle m'intéressent trop pour ne pas marcher en avant et vous soutenir, et vous devez penser que si cela arrive, je dois reprendre les corps que les iraités niellent directement sous mes ordres. »
Il n'est donc pas élonnant que Gneisenau, déjà préoccupé ])ar le soulèvement nalional, partageant les craintes chimériques qu'une lettre conçue dans des termes aussi diplomatiques n'eût pu en aucun cas parvenir à dissiper, naturellement porté, en outre, à s'exagérer les conséquences de l'échec de Reims, ait admis la possibilité d'un retour oftensif de Napoléon. Aussi crul-il
prudent (raltendro le (*lio(! sur luw position presque inexpugnable, et de donner, sous l'impression des sentiments qui ranimaient, Tordre aux commandants des corps formant Taile droite de l'armée, de se rapprocher de nouveau de Laon*. Sacken devait revenir entre Chavignon et Étouvelles; Langeron entre Anizy-le- (^hîlteau et Clacy; Bûlow à La F^re; Sacken et Bûlow laissaient, le premier, quelques postes d'observation sur TAisne, le dernier, sa cavalerie du côté de Noyon. La cavalerie légère de Winzingerode devait surveiller le cours de TAisne en avant de Neufchâtel.
15 mars. ^ Mouvements des corps de Sacken, Langeron et Bnlow. — Ces mouvements s'exécutèrent dans la matinée du 15. Sacken se replia en arrière de la Letle, en évitant de s'engager avec la cavalerie de Belliard qui le suivit jusqu'au delà de L'Ange-Gardien. En amont de Soissons, du côté de Sermoiseet de Yailly, il fit même rentrer les postes de Missy, de Condé, de Celles et de Vailly, se bornant h tenir son avant-garde sur la rive droite de la Lette.
Avant de se replier, Bûlow avait fait renouveler par sa cavalerie et par le colonel von Sydow, les tentatives de la veille contre Compiègne, dont la garnison avait été renforcée pendant la nuit par un bataillon du 6« de voltigeurs de la garde venant de Sentis. Le major Otenin avait répondu par des refus catégoriques à deux nouvelles sommations, et les Prussiens, après avoir bombardé la ville d'abord le matin, puis dans l'après-midi, se retirèrent vers 3 heures par échelons dans la direction de Laon. Un de ces échelons, qui occupait la montagne de Margny, fut atteint et malmené par une troupe de 200 paysans armés qui inquiétèrent sa retraite, lui tuèrent et lui blessèrent quelques hommes.
Position des corps de Taile gauche de l'armée de Silésie.
1 Gncisenau écrivait, en effet, an géoéral von Boyon (Laon, i 5 mars 1814) : « L'cmperenr Napoléon veut déborder noire gauche, qui est. en effet, notre côté* faible. Les baateurs et les bois situés à Test de la route qui mène d'Athies à Chambry sont dangereux pour nous et devraient être occupés ; mais en le faisant, nous étendrions par trop nos lignes. Pour le moment, je suis d'accord avec vous : nous devons nous borner à tenir Laon, y accepter la bataille si on nous l'offre et ne rien faire de plus. Mais les vivres ? )>
— A Taile gauche de rarniée de Silésic, York et Kleist restèrent sur leurs positions de Corbeny et de Craonne.
La cavalerie seule exécuta quelques mouvements rendus nécessaires par le retrait des postes tenus jusque-Ui par Tavanl-garde de Sacken ; deux escadrons du 2« hussards de Silésie vinrent s'établir sur les hauteurs entre l'Aisne et la Lette. Le major von (lolomb resta li Pontavert; Benkendorf du côté de Neufch«1tel, dont le pont avait été coupé le 14 après Taffiiire de Berry-au-Bac; la réserve de cavalerie toute entière avec Zieten, à Javincourt. Tchernilcheff participa avec sa cavalerie légère au service de sûreté fourni par les cavaliers du I"" corps, et observa le cours de l'Aisne depuis Beaurieux jusque vers ChAteau-Porcien.
Dès le 15, à 10 heures 1/2 du matin, York avait fait savoir au quartier général que Tchernitcheft avait déjà remarqué la veille un mouvement assez important de voitures sur la route de Fismes à Soissons. Le commandant du l*^ corps ajoutait avec la netteté et le coup d'oeil qui le caractérisaient, que, dans sa pensée, les Français, redoutant un mouvement offensif de Tarmée de Silésie, débouchant de Berry-au-Bac, ne s'étaient emparés du passage de TAisne qu'afin de pouvoir manœuvrer à leur aise contre la grande armée par Reims et Épernay. Dans la même dépêche, il répondait avec sa franchise habituelle aux questions posées la veille et relatives aux subsistances et au repos à accorder aux troupes.
Les arguments et les faits invoqués par le commandant du I®' corps réduisaient à néant les prétextes mis en avant par l'étatmajor général pour justifier Tinaction et l'immobilité de l'armée. t< Les mouvements de l'ennemi, écrivait York, ont empêché mes troupes de prendre le moindre repos; mes cavaliers bivouaquent depuis hier malin, le bras passé dans la bride de leurs chevaux. Quant à la région qu'on m'a assignée, elle a été depuis 10 jours le théâtre des opérations des deux armées; elle offre d'autant moins de ressources qu'on y a massé aujourd'hui mon corps, celui de Kleist, la cavalerie de Tchernitcheft et, qu'ayant h redouter une attaque qui peut se produire h tout instant, il m'est impossible d'envoyer fourrager au loin. Le corps de Kleist n'est pas mieux partagé que le mien sous le rapport des subsistances. »
L'immobilité de Blùcher et de Gneisenau servait à merveille les
inlérôls et les projets de rEmpereiir en lui donnant le temps nécessaire pour reformer son armée, attirer des renforts et faire reposer quelque peu ses troupes avant de recommencer une nouvelle série d'opérations.
Rien n'était venu troubler ses préparatifs et il avait pu sans peine surveiller de près et écarter sans grand effort les corps détachés qui cherchaient h découvrir ses intentions. S'il était permis de conserver encore l'ombre d'un doute sur l'étendue et la gravité des fautes commises par Gneisenau depuis Laon, la lettre que Marmont adressait ce jour-1^ h l'Empereur en lui signalant l'immobilité des Prussiens du côté de Berry-au-Bac, suflîrait, malgré les exagérations qu'elle peut contenir, malgré l'aigreur mal dissimulée qui perce îi chaque ligne, pour accabler le chef d'état-major de l'armée de Silésie et donner raison à ceux qui, dans l'armée prussienne même, lui reprochaient son manque de sens pratique. Marmont se plaignait amèrement de n'avoir que 22 bouches à feu. La division Ricard ne comptait plus que 400 hommes, et la division Janssens, au lieu de le rejoindre, était destinée à faire partie des troupes sous les ordres de Ney.
BordesouUe n'avait plus, y compris les détachements qu'il fournissait sur l'Aisne, que 400 à 500 chevaux. Et c'était cependant la présence de cette poignée d'hommes et des 1000 chevaux de Curély, entre Fismes etRoucy, qui suffisait pour immobiliser l'armée de Silésie, sans même lui assurer le repos dont elle avait besoin.
L'Empereur avait compris sa situation d'une autre manière que Gneisenau. Ses troupes étaient aussi fatiguées que celles de son adversaire. Elles avaient eu à endurer les mêmes privations, et, malgré cela, tout en reconstituant et en réorganisant ses forces, tout en donnant le repos nécessaire au gros de son armée, il n'avait cessé de manœuvrer.
Obligé de s'arrêter pendant trois jours h Reims avant de recommencer les grandes opérations, il eut le soin de profiter des moindres occasions pour entraîner, pour aguerrir ses soldats et les préparer aux eftorts qu'il comptait leur demander.
Mouvement de Ney sur Chftlons. — Occupation de cette ville. — Pendant que la division Jîinssens arrivait de Rethel h Reims, Ney, précédé par les 400 cavaliers du général Defrance.
sV'lail porlr de Kciiiis sur Chàlons. Le général Davidott évacua ((ilc ville à son approche et se replia sur Yitry *. Le nian'^chal y trouva un magasin contenant 80,000 rations de biscuit, 14.600 rations d(^ pain, 8,000 bouteilles de vin, 400 quintaux de farine, 3,000 livres de viande, 800 bottes de foin. 26,000 de paille et 160 boissiNUix d*avoine, plus un magasin de pain au collège, un autre» à Saint- Loup, trois greniers de farine et un magasin d'avoine au Cloilre». C'était là une trouvaille» inespérée, une aubaine précieuse, un résultat d'autant plus heureux (|ue le p(»lit corps deNey, même en y comprenant la division Janssens, n'atteignait pas l'effectif lotal de 6,000 hommes.
Le nuiréchal transféra son quartier général à Chî\lons môme. Comme il s'attendait fi rester sur (*e point jusqu'au moment où l'Empereur s'ébranlerait avec le gros de sa |)etite année, il prescrivit : à lai"^ brigade» (général Rousseau; du général Janssens de quitter le 16 au matin la position de La Folie-Sainte-Croix qui domine la vallée de la Marne en arrière de Compertrix pour venir s'installer k Compertrix et Coolus, en laissant à ChAlons même un régiment; à la 2« brigade (général Jacquemard), de s'établir ce même jour h Fagnières, Saint-Gibrien (»t Villers-aux-Corneilles.
La cavalerie du général Defrance, établie» îi Mairy-sur-Marne, Nuisement-sur-Coole e»t Togny-aux-Bœufs, devait, h la fois, ée'lairer par ses patrouillt»s et ses re»e'onnaissances la rive» gauche de» la Manie jusque vers Vitry, les dire»ctions de Bar-sur-Aube», d'Arcis-sur-Aube et de Montmirail, e't envoyer des partis volants de 40 h 50 hommes, rentrant tous le»s soirs h Chûlons, après avoir poussé, sur la rive droite de la Marne, jusqu'à hauteur de La Chausse»e, et sur la roule de Verdun. Entin, elle de»vail avoir un poste à Jdlons pour faciliter la e'orre»spondance ave»c Épcrnay, dès que la route de (^.hîllons à Épe»rnay serait libre.
Combat d'Épernay. — Décidé à balayer les partisans alliés qui tenaient la vallée de la Marne, Napoléon avait donné l'ordre au général Vincent, posté à Chûteau-Thie»rry, d'en barricader le
* Major Mareschal an prince de Schwarzenberg, Vitry, 17 mars. (K, K, Krieçi Archiv., 111, 316.)
> Ney au major-général, Châlons, 15 mars, 8 heures du soir. (Archives de la guerre. )
pont, de laisser quelques centaines d'honunes dans le château de cette ville et de se porter, avec les gardes d'honneur et les isolés, contre Épernay que Colberl devait attaquer de son côté en débouchant de la forêt de Reims.
Dans la matinée du 15, une colonne française, forte de 300 hommes d'infanterie et de trois esc.idrons, se montra sur la lisière de la forêt, chassa devant elle les vedettes de T(»tt(mborii et se dirigea vers le pont. Chargée par deux régiments de Cosaques, la cavalerie française li\cha pied et s'enfuit, abandonnant rinfanterie qui, cernée et coupée de sa ligne de retraite, dut mettre bas les armes. A ce moment, par une circonstance restée inexpliquée, le pont de pierres, qu'on avait miné par précaution, sauta tout à coup. Tettenborn avait à peine eu le temps d'y établir une passerelle provisoire qui permit aux Cosaques de regagner la rive gauche avec leurs prisonniers, lorsque» le gros de la colonne de Colbert arriva sur la rive droite de la Marne. Le général russe, protégé par ses deux canons, dont les feux enfilaient le pont, se maintint jusque vers h» soir h Épernay et se replia avec le major von Falkenhausen sur Vélye (sur la Somme- Soude), après avoir envoyé sur sa droite un parti chargé de Téclairer dans la direction de Châlons. L'infanterie française entra seule à Épernay le 15 au soir, la cavalerie ne put passer le pont que le lendemain *.
La colonne du général Vincent ne dépassa pas Dormans.
L'Empereur appelle à lui les garnisons des places de la Moselle. — La marche que venait d'exécuter la division Janssens, pour venir de Rethel à Reims, avait suggéré à l'Em perceur l'idée de profiter de son séjour l\ Reims, de la présence de Ney à
* Répondant aux reproches que TEmpereur lui uvait adressés au sujet de l'affaire d'Epemay, le général Colbert écrivait au major-général : « Je suis fâché que la réussite ne suive pas toujours ce que j'entreprends. Diro à Votre Altesse que j'y donne tous mes soins est ma seule excuse. L'infanterie de la jeune garde est mauvaise, très mauvaise, du moins celle que j'ai. Elle ne sait ni tenir ni charger ses armes. Ce matin, un peloton gardant le pont s'est laissé prendre sans brûler une amorce. Les ofliciers les ont disculpés en disant qu'ils n'avaient pas de pierres. Le fait est que j'aime mieux ne pas avoir d'infanterie que d'eu avoir de cette espace. Je ne pouvais pas avoir une belle affaire puisque l'ennemi, à l'approche du moindre danger, était décidé à faire sauter le pont. J'ai retrouvé à Ëpernay, une partie des prisonniers faits ce matin. » (Arehivei de la guerre,)
Chàlons pour attirer h lui une partie dt's garnisons des pla<*es de la Moselle, pour envoyer au général Durutle l'ordre de sortir de Metz avec 12,000 hommes*. Il avait réussi h correspondre avec le commandant de Verdun, le général Cassagne, et à lui faire parvenir, par le général Duvigneau qui commandait l'insurrection en Argonne, Tordre de pousser des partis sur les derrières des Alliés. Ces généraux avaient d'ailleurs prévenu les intentions de TEmpereur.
Les paysans de TArgonne avaient couru aux armes, chassé les partis alliés qui réquisitionnaient du coté des Islettes et de Clermont, et se préparaient, sous la conduite du général Duvigneau, à déloger le détachement établi h Sainte-M(»nehould.
Affaire de Lûtzow à Chestres. — LiUzow allait, d'ailleurs, constater le jour même à ses dépens que la levée en masse avait pris des proportions inquiétantes pour les Alliés dans toute cette partie de la France.
Envoyé d'abord le G mars du côté de Montcrornel, Lûtzow avait reçu, le 8, Tordre de revenir sur ses pas et de passer par Reims pour remettre à Saint-Priest les instructions de Bliicher. Traversant TAisne à Châleau-Porcien le 9, et informé à ce mom(»nt de Toccupation de Reims par les Français, il s'était dirigé, parlslessur-Suippes et le Petil-Mourmelon, sur Chî\lons. puis, au moment où TEmpereur reprenait Reims à Saint-Priest, il avait été s'établir, le 13, h Ludes. Le 14, au matin, il avait pu, des hauteurs qu'il occupait, apercevoir les colonnes françaises en marche sur les routes d'Épernay et de Ghâlons, en avait donné avis à Chîl- Ions et s*était porté sur Saint-Étienneau-Temple, d'où après avoir regagné h Vouziers la rive droite de TAisne, il se proposait de déborder l'armée française et d'opérer en même temps sa jonction avec le reste de son corps franc qu'il croyait en marche avec l'armée du prince royal de Suède.
Le 15, au soir, LiUzow arrivait à Vouziers qu'il traversait sans encombre; mais le pont de TAisne était gardé. Sans la rapidité du mouvement exécuté par son avant-garde qui ne laissa pas aux paysans le temps de se reconnaître, il est probable que les
1 Des ordres analogaes furent envoyés au général Merle à Maëstriclit, au général Morand à Mayeuce, au général Hroussier à Strasbourg.
partisans auraient eu un combat assez vit* à livrer pour forcer le passafçe.
Us arrivèrent toutefois sans enconibrcî à Cheslres où Liitzow comi)lait donner quelques heures de repos à son monde et faire manger ses chevaux. Un chîlteau, qui paraissait inhabité, et dont les portes et les volets étaient clos, s'élevait au centre de ce village. Après avoir posté ses grand'gardes et ses vedettes, Liitzow établit un d(» ses escadrons dans la cour entourée de murs du château, l'autre escadron sur la place même du village.
On tu comparaître le maire, tant pour réquisitionner des vivres et des fourrages, que pour se procurer des renseignements sur la viabilité des chemins.
L'organisation de l'insurrection avait fait de tels progrès que la marche des partisans de Liitzow avait été signalée dès le matin, qu'on avait eu le temps de se pré|)arer et que le sous-préfet de Vouziers, comme on le sut par la suite, avaitexpédié 19 courriers à cheval appelant aux armes les paysans et les gardes nationales des communes environnantes. Le ))ropriétaire du château, le général Le Clerc-Milfort-Tastanegy, s'y était barricadé et enfermé avec un certain nombre de paysans armés et attendait un signal convenu, le commencement de l'attaque des grand'gardes, pour se jeter de son côt^ sur les hommes de Liitzow *. Pendant qu(» cet officier conférait avec le maire, les grand'gardes, attaquées par les gardes nationales, se repliaient vivement, et des coups de feu partaient tout à couj) de toutes les fenêtres et du toit du château.
Liitzow quitta immédiatement, non sans avoir perdu quelques hommes, le village à l'intérieur duquel il lui auraitété impossible de se défendre contre des fantassins et se dirigea sur Vandy*, emmenant avec lui le maire de Ch(»stres qu'il gardait connue guide et comme otage.
1 Rapport de Liitzow, di* Bcaumont, 5 avril 1814.
> Il y a lieu de rectilier, à propos de rafTaire de Chestres, les assortions de Liitzow. Il n'y avait pas de faiit&ssins dons le village. La rt^sistanco n'y était pas organisée et ce fut, comme on le verra, une circonstance fortuite qui amena l'affaire de Chestres.
Le château de Chestres était habité depuis le 10 juin 1813. par Jcan-Ântoijie Le Clerc-Milfort {dil François), Tastauegy ou grand chef de guerre de la nation Creeck, général do brigade en retraite.
Ne le i févri«»r 1752 à Thin-le-Moutier, canton de Signy-l' Abbaye, arrondissement de Mczières, Le Clerc-Milfort aurait servi de 1764 à 1775 au régi-
Le chemin, dans lequel Lùtzow s'était engagé, était enserré entre des collines tombant à pic sur sa droite et unt» grosse haie qui en bordait la gauche. Le village de Vandv, qu'il s'agissait de tra-
ment d'infanterie des Gardes lorraines (deyenu Lorrains en 17b6). Passé en 1776 en Amérique, il vécot plusieurs années dans le pays oc<:upé alors par une confédération de tribus indiennes, les Muscogees« où il acquit rapidement une grande réputation. Nommé peu de temps après Tastanegy, on grand chef de guerre de la nation Creeck, il joua un rôle important dans la guerre entre les Indiens et les colons américains et devint commissaire du gouvernement espagnol prés des peuplades sauvages de la Louisiane. Rentré en France en 1795 avec des pouvoirs de la nation Creeck pour négocier la rétrocession de la Louisiane, il expose ses vues et reçoit en récompense « de sa valeur, expérience, vigilance, bonne conduite, zèle, fidéUté et attachement à la cause du peuple », le 19 avril 1796 du Directoire exécutif, un brevet de général de bri^e.
Admis au traitement de réforme le 12 mai 1803, il obtenait une solde de retraite de 2,000 francs le 7 juillet iHll. En décembre 1813 et en janvier 1814, il avait demandé à reprendre du service, mais sa requête n'ayant pas été accueillie, il se trouvait encore à Chestres, lorsque, comme il le raconte lui-même dans un rapport qu'il adressa au général commandant la 2* division militaire à Mézières (voir Ministère de la guerre. Archives administratives) : M Le 15 mars 1814, vers 9 heures du soir, il entra dans le village de Chestres un nombre de cosaques que je peux porter à 250 et qui, se disant troupes françaises dans la crainte que les habitants ne se soulevassent, y furent reçus en cette qualité. A leur arrivée, ils firent venir les maires et adjoints auxquels ils demandèrent des vivres et une cour assez vaste pour pouvoir y bivouaquer tons ensemble. La mienne fut indiquée.
te Quoiqu'elle fût très bien fermée, ils ouvrirent sans fracture et ils y pénétrèrent. Ils avaient planté le long des murs de mon jardin des piquets pour y attacher plusieurs de leurs chevaux. Le restant des chevaux était dans ma cour avec tous les hommes sans faire de bruit. Pendant ce temps-là, je dormais profondément et ne fus éveillé que vers 10 heures, au bruit qui se faisait pour enfoncer mes portes. J'avais fait depuis six semaines des préparatifs de défense. 11 y a au rez-de-chaussée un vestibule communiquant avec cinq pièces. J'y établis, avec mon bois de chauffage, une espèce de redoute défendant l'entrée des pièces et j'y déposai mes armes et munitions. J'y ménageai une meurtrière commandant l'entrée de ma cour.
« A 10 heures, éveillé par un bruit extraordinaire, je m'habille à la hâte et je descends Tépée à la main au moment où l'on attaquait les portes de ma redoute. Trouvant partout de la résistance, les cosaques réunissent leurs efforts oontre la porte de la cuisine donnant dans ma redoute. A coups de hache, ils y font une petite ouverture et me laissent apercevoir dans la cuisine une douzaine d'hommes qui continuent à faire une brèche jusqu'à ce qu'un homme puisse y passer. Le premier qui se présente est un jeune homme qui retombe mort dans la cuisine en poussant un grand cri. Les autres rient, croyant que c'était la peur qui le faisait tomber. Un deuxième le suit et a le même sort.
« Pris de peur, ils éteignent la lumière, jettent les morts par la fenêtre et prennent la fuite. Je m*approche alors de ma meurtrière et j'aperçois une masse de plus de 200 hommes. Je prends un de mes fusils doubles très fortement chargés et je yïic un groupe d'officiers qui se chauffaient. Au premier
Well.— m. VJ
verser, était fortement occupé et solidement barricadé. Au milieu de l'obscurité, il était impossible de songer à Tenlever par une charge. Liitzow obligea le maire de Chestres à le tirer d'embarras, et à conduire la colonne qui, contournant le village par un sentier, s'engagea ensuite dans le chemin menant aux Alleux. Accueilli par un feu assez vif dirigé contre la tête, les flancs et la queue de sa troupe, Lûtzow fut obligé de faire prendre le trotîï ses cavaliers et pénétra dans le village. Deux routes, celle du Chesne-le-Populeux et celle de Voncq, bifurquent au débouché même du village des Alleux. L'escadron de tête, conduit par
coup, j'en abats uu qui tumhe la figure dans le feu. J'en blesse trois du deuxième coup. Je reprends une autre arme chargée de deux coups ; je vise et tire sur un autre groupe, eu changeant de direction à chacun de mes coups.
« A ce moment, j'aporcois cinq hommes se dirigeant sur ma cuisine pour me prendre à revers en pénétrant par la brèche. Je renverse d'un coup de feu celui qui venait en tète. Les quatre autres se retirent dans la cour dans la foule sur laquelle je tire encore trois coups. Je comptais déjà 5 ou 6 tués et un plus grand nombre de blessés. 11 régnait dans la cour un tumulte extraordinaire. J'en profite pour recharger mes armes et recommencer le feu. L'ennemi s'enfuit avec une telle précipitation qu'il y avait engorgement à la porte sur laquelle je continuai à tirer.
u Au moment où je croyais être entièrement débarrassé, j'en aperçois un armé d'un tison qui se dirige à pas précipités sur mon écurie pour y mettre le feu. J'ajuste et je l'étends mort sur son brandon. Je recharge mes armes pour la troisième fois. Au même instant, j'en vois un revenir à la charge avec une hache à la main. 11 serre la maison de si près et la tourne avec tant d'habileté qu'il parvient à mettre le feu à ma grange sans qu'il m'ait été possible de tirer.
« 11 heures venaient de sonner. Le feu de ma cour s'était éteint ; ma cour était débarrassée ; une voilure dans la rue recevait les morts cl les blessés et j'étais sur mes gardes. Je vois tout à coup une lanterne et deux hommes. L'un d'eux me lùrha un coup de fusil ])ar ma meurtrière. La balle eflleure le collet de mon habit. Je lui envoie mon coup ; il tombe mort et son camarade prend la fuite.
u Le feu faisait des progrès rapides et ma grange était toute en flammes, loriïque deux cosaques se présentent à i;heval dans ma cour, soit i)Our activer le feu, soit i>our em|>ècher de porter secours. Deux coups tirés sur eux les font tomber morts l'un sur Tautre. Cinq autres arrivent pour les emporter. Jo tire sur eux ce qui me reste de coups. C'est ainsi que se termine ce petit combat dans lequel je tirai 25 coups chargés de chevrotines et de lingots. L'ennemi laissa sur le terrain 15 à 10 morts et un plus grand nombre de blesses. »
Le général Le Clerc-Milfort mourut à Charleville en 1820. Le château de Chestres n'existe plus. On Ta démoli dans l'espoir de trouver une cachette dans laquelle devaient se trouver des trésors. L'église, autrefois la chapelle du prieuré, a seule été reb;Uie.
La défense de Chestres, le bruit du tocsin et les lueurs de l'incendie avaient donné aux gardes nationaux le temps de se rassembler et d'organiser la résis* lance.
Lûlzow, s'engagea sur la roule de Voncq, et ce fut seulement au bout d'un certain temps que le major constata Tabsence de son autre escadron qui, continuant droit devant lui, avait suivi celle du Chesne. Lùtzow, après s'être arrêté pendant quelques instants pour donner au reste de sa colonne le temps de le rejoindre, reprit sa marche en faisant passer sa troupe pour un escadron de lanciers polonais, tandis que son autre escadron courait infructueusement après lui dans la direction du Chesne. Au milieu des ténèbres et séparés l'un de l'autre par un terrain coupé et accidenté, plein de chemins creux et de ravins, les deux escadrons ne pouvaient s'apercevoir, tandis qu'au contraire, leurs moindres mouvements étaient signalés, soit par des paysans montés, soit par des feux. GrAce au stratagème employé par son chef, la colonne de Li'itzow arriva cependant, sans avoir h combattre, jusqu'à hauteur de Villers-le-Tourneur. Reconnus par une patrouille de gendarmes, les uhlans tentèrent vainement de forcer le passage; ils durent se rejeter dans les bois, suivis et harcelés par les paysans, et, après avoir marché sans s'arrêter, atteignirent, enfin, le 17, Mainbressy, où l'on lit une courte halte. Mais la garde nationale de Rethel s'approchait. Les paysans des environs s'étaient rassemblés h Kozoy. Lûtzovv s'empressa de décamper et gagna au plus vite Montcornet, où il retrouva un poste de cosiiques. Ceux-ci, ne voulant pas croire aux nouvelles apportées par le major, envoyèrent un petit parti, conduit par un officier, qui se fit prendre à RozoyV
L'autre escadron, après avoir filé jusque dans la direction de Rocroy et de Chiniay, rejoignit quelques jours plus tard (hî 21 mars) Liitzovv î\ Venins. Les deux escadrons du corps volant rallièrent ensuite le corps de Bûlow dans les environs de Soissons* et opérèrent avec lui jusqu'il la fin de la campagne.
Journées des 16 et 17 mars. — L'empereur Napoléon prépare et commence sa marche contre Schwarzenberg. —
* Rapport de Liitzow, d<* Reanmont, Ip 5 avril iSli.
* L*escadron, séparé de Liitzow, dut son salut à un jçnidp français qui s'offrit volontairement. Le conduisant à travers champs et forets, il le (it passer par Sy, Omont, Mondigny, Ronvray, Foulzy et Beanlieu. Le 17, à 5 heures du soir, cet escadron retrouva les avant-postes russes à Rocroy et alla jusqu*à Chimay.
L'Empereur, contre lequel rarméc de Silésic continuait à ne rien entreprendre, profita des journées des 16 et 17 mars pour achever tranquillement ses derniers préparatifs. Les nouvelles de Macdonald ne cessaient pas d'être inquiétantes. Mais Tarmée de Schwarzenberg occupait une fois encore un front démesurément étendu, appuyant son extrême droite aux cosaques de Tettenborn h Épernay, tandis que sa gauche était à Sens. La route de Château-Thierry à Épernay était libre, Ney tenait à Châlons, l'Empereur pouvait donc se porter sans danger sur la Marne, et peut-être môme sans difficulté jusqu'à l'Aube. S'il parvenait à dissimuler cette marche et à l'exécuter le plus vivement et le plus secrètement possible, il espérait encore surprendre l'armée de Schwarzenberg avant qu'elle ait eu le temps de se concentrer. C'était là, d'ailleurs, le projet qu'il avait conçu en rentrant à Reims, et, dès le 14 au matin, lors de son entrevue avec Marmont, il lui avait déjà fait part de son projet de marcher contre la Grande armée.
Le 16, rassuré par les nouvelles qu'il a reçues de Belliard et de Mortier sur ce qui se passe à sa gauche, du côté de Compiègne et de Soissons, il s'était borné à prescrire à Mortier de transférer le 17 son quartier général à Fismes, de laisser à Soissons la division Charpentier et une brigade de la cavalerie de Roussel, et d'exécuter ce mouvement, dont l'armée de Silésie ne doit pas s'apercevoir, si les corps, que le maréchal avait devant lui, continuent à s'éloigner de Soissons.
Le même jour, il a mis la dernière main à l'organisation de la petite armée destinée à le suivre (le corps de Ney, la garde impériale, cavalerie et infanterie , et la division des escadrons réunis), en tout 10,000 hommes et environ 6,000 chevaux. A ces forces doivent venir s'ajouter, d'après ses calculs, les 11,000 hommes des généraux Lefebvre-Desnoëttes et Decaon, qui ont ordre de quitter Paris les 16 et 18 mars. Marmont et Mortier allaient être de nouveau chargés de gagner du temps, de chicaner Blùcher, de lui disputer le terrain et de couvrir la route de Paris. Malheureusement, l'Empereur n'avait pu se résoudre à investir Tun des deux maréchaux du commandement en chef des 22,000 hommes avec lesquels ils étaient appelés à tenir tête aux 103,000 hommes de Tarmée de Silésie. Il avait cru mieux faire en faisant écrire, le 17, à Marmont : « Comme le duc de Trévisc
est le plus ancien, ayez Tair de vous concerter avec lui plutôt que d'avoir la direction supérieure. » C'était, comme le disait le major-général, une question de tact, mais dans des circonstances aussi graves et malgré les bons rapports des deux maréchaux entre eux, l'absence d'une direction unique et d'une autorité supérieure, en plaçant chacun des deux maréchaux dans une position absolument fausse, allait être quelques jours plus tard la cause déterminante de la catastrophe de Fère-Champenoise.
Le 17, l'Empereur a pris définitivement ^sa résolution. Trois partis, comme il le dit lui-même dans la note qu'il dicta à Atthalin, se présentaient h lui. Il peut, ou aller h Arcis-sur-Aube et passer l'Aube pour se porter le 20 sur Troyes, ou se rendre à Sézanne et de là h Provins, ou enlin aller droit sur Meaux.
Il écarte presque immédiatement le deuxième projet, parce qu'il serait obligé de se servir de mauvaises routes. Le troisième n'a, à ses yeux, qu'un avantage, celui de le rapprocher de Paris, et il se décide en fin de compte au mouvement sur Arcis, parce qu'il est « le plus hardi et que les résultats en sont incalculables*. »
Le 17 au soir, l'Empereur, avec sa garde, est à Épernay, où la population le reçoit avec enthousiasme, (^est de là qu'il envoie à Ney l'ordre de rappeler le général Defrance, que le maréchal a envoyé sur Vitry, de laisser un détachement à Châlons pour y garder la ville, de concert avec la garde nationale, de partir comme lui avant le jour et de former sa colonne de gauche en se portant par Valry sur Mailly, pendant qu'il marcherait luimême sur Fère-Champenoise. L'Empereurne voulant pas appeler l'attention de Schvvarzenberg sur Arcis-sur-Aube, recommandait de faire reconnaître celte ville par des paysans.
Pendant la journée du 17, Mortier s'était porté de Soissons sur Fismes et avait laissé en avant de Soissons, sur les hauteurs de Crouy, la division Charpentier. Marmont se tenait toujours entre Corbeny et Berry-au-Bac.
Immobilité de l'armée de Silésie. — A l'armée de Silésie, on ignora jusqu'au 17 au soir les mouvements de l'Empereur.
* Correspondance, n* 21506.
On avait seulement appris dans la journée du 16, par un déserteur amené h Zieten à Juvincourt, que le gros des forces françaises refluait sur Reims. Ce fut seulement le 17 au soir que Gneisenau *, informé du mouvement des Français par les avantpostes qui avaient constaté la diminution sensible et l'attitude timide et passive des postes avancés français du côté de Soissons, résolut de concentrer Tarmée de Silésie sur son aile gauche entre Laon et Reims, et de charger les corps dTork et de Kleist, soutenus par la cavalerie de Winzingerode, de forcer le passage de T Aisne à Berry-au-Bac, et de déborder la droite de Marmont par Neufchàtel.
L'inaction et la maladie de Blûcher avaient sauvé TEmpereur; mais, si Ton doit reconnaître avec Clausewitz que le feld-maréchal n'était plus lui-même, on aurait tort de vouloir rendre un vieillard terrassé par la fièvre, et presque aveugle, responsable des incompréhensibles fautes commises par son chef d'étatmajor. Malgré tous les avis qui ne cessèrent de lui parvenir.
I Gneisenau écrivait, en effet, au général von Boyen, de Laon, le 17 mars à 8 heures du matin : u Je suis toujours sans nouvelles. Il y a cependant tout lieu de penser que Napoléon continuera encore pendant un certain temps à g*occuper de nous. Nous ne pouvons compter sur la grande armée. Sans parler des trois cours qu'elle traîne avec eUe, elle serait, en raison même de sa composition, hors d'état de faire quoi que ce soit de sérieux, môme si ses chefs le voulaient.
« Quant à nous, notre situation n'en devient que plus critique. En restant concentrés, nous mourrons de faim. En nous étendant, nous nous exposerons à voir un de nos corps malmené par la cavalerie ennemie qui est remarquablement conmiandée. 11 peut donc se faire que nous soyons obligés d'opérer vers l'ouest, si l'ennemi menaçait nos communications avec Avesnes. Dites-moi si, le cas échéant, nous pourrions établir une nouvelle ligne d*étapes de ce côté et si nous trouverons dans ces parages un champ de bataille convenable.
i( P. -S. J'apprends par un déserteur que l'armée française était hier malin prés de Heims. La position de L^aon deviendrait dangereuse, si l'ennemi se concentrait réellement sur cette ville. »
II nous semble curieux de faire remarquer que Oneisenau a eu, après Laon, exactement les mêmes craintes que Sch\harzenberg environ un mois auparavant. Le généralissime, on s'en souvient, avait écrit le 21 février à la princesse : i( Entre nous, je ne puis me dissimuler que, comme je l'avais prévu, notre situation est des plus précaires ; car si je divise mon armée, je serai battu en détail et si je la tiens concentrée, je la condamne à mourir de faim. »
Les inquiétudes de Schwarzenberg étaient, en partie du moins, admissibles au lendemain des défaites de ses lieutenants à Mormant, Nangis et Monterean, tandis que l'on trouverait dillieilement une explication plausible des craintes de (Jneiseuau, moins de huit jours après la victoire de Laon.
Gneiseiiau iravîiit pas voulu corn prend ro toute l'importance que l'Empereur attachait h la possession de Reims d'où, maître de toutes les routes conduisant vers les positions occupées par la grande armée alliée, il pouvait il son choix l'attaquer en tcHe, au centre ou en queue. S*enttHant dans une immobilité qui n'assurait même pas les besoins des soldats, il n'avait même pas admis dans le principe la possibilité d'une marche de l'Empereur de Soissons sur Reims. Possédant une excellente et nombreuse cavalerie, il avait trouvé le moyen de perdre pour ainsi dire le contact d'une armée battue et dont une des ailes avait été écrasée. La reprise de Reims par l'Empereur n'avait même pas réussi à le faire sortir de sa torpeur. Enfin, le départ de Napoléon, dont le nom seul semble Tépouvanter et le clouer sur place, ne lui inspira aucune de ces résolutions énergiques, violentes, quelquefois même hasardeuses, que le feld-maréchal était habitué à prendre. Bien que l'état de santé de Bliicher eût commencé à s'améliorer à peu près au moment où l'Empereur quitta Reims, il était encore trop affaibli pour pouvoir se charger de la direction des opérations, et c'est à cet étîit de santé, plus qu'î^ toute autre cause, qu*il convient d'attribuer la lenteur et le décousu des mouvements que, sur l'ordn^ de Gneis(»nau, l'armée de Silésie exécutera jusqu'au moment où, sous la pression môme des événements, elle reprendra sa marche sur Paris'.
Opérations du corps de partisans du colonel baron de Geismar du 2 au 19 mars au soir. — Avant de terminer ce chapitre, il est indispensable de consacrer quelques lignes aux mou-
* Le comte Nostitz, l'aide de camp et Thomme de confiance de Bliicher, donne dans son Tagebueh des détails curieux et intéressants sur l'dtat de santé du vieux feld-marérhal : « Obligé de garder la chambre à cause de son ophtalmie, forcé par le régime qui lui était imposé de renoncer à tout exercice, furieux de se sentir rckluit à l'impuissance au moment où il fallait porter le coup décisif, Bliicher tétait devenu un autre homme. Son état physique et moral avait exercé une influence néfaste, non seulement sur sa santé, mais sur son humeur et son carartère. En l'observant attentivement, on le voyait penser avec crainte à la mort, gémir do ses douleurs, se mettre l'esprit à la torture pour découvrir en lui les symptômes de nouvelles maladies, ne songer alors qu'à lui-mémo, indifférent à tout et ne prêter aucune attention aux événements les plus graves et les plus importants. Puis, dés que les douleurs «€ cjilmérent, dés qu'il commença à se remettre, il retrouva sa force do caracléï'e, sa volonté, son mépris pour le danger; on était forcé de se rendre un
vcments des partisans de Geismar\ La prise de La Fère par le génc^ral de Borstell, la marche de Winzingerode et de Bûlow sur Soissons, l'arrivée des troupes prussiennes du III« corps îi Chauny avaient permis à Geismar de retourner avec son corps volant îï Noyon d'où il avait l'intention d'entreprendre de nouveaux coups de main. Il dut cependant y faire halte pendant les
compte exact de rinflaence que l'état physique exerce, même chez les hommes les plus énergiques, sur les forces morales.
« Pour le moment le feld-maréchal, moralement épuisé, complètement indifférent à tout ce qui se passait autour de lui, ne songeait qu'à se démettre du commandement et à quitter l'armée. Le moindre rapport, les communications, quelles qu'elles fussent, l'exaspéraient et n'avaient aucun intérêt pour lui.
(( C'était à peine si j'avais le droit do sortir pendant quelques instants de sa chambre où je devais souvent passer la nuit. L'existence de son médecin, qu'il aimait beaucoup et dans lequel il avait gr^inde confiance, n'était pas pins enviable que la mienne. Obligés tous deux à nous tenir dans la chambre du feld-maréchal, plongée dans une obscurité presque complète, nous devions rester des heures entières dans une immobiUté complète et sans prononcer une parole, pendant qu'il sommeillait ou maugréait contre son sort...
« Plusieurs jours se passèrent ainsi. J'avais pendant ce temps réussi h. empêcher le feld-maréchal de donner suite à son idée de retraite et fait de mon mieux pour cacher à tout le monde l'état du commandant en chef... Lui seul était de force à maintenir un peu d'union entre des éléments aussi hétérogènes.
« Des six corps placés sous les ordres du feld-maréchal, trois étaient composés de troupes prussiennes, trois de troupes russes, et c'était Langeron qui en sa qualité de plus ancien aurait dû provisoirement prendre le commandement en chef, si Bliicher avait quitté l'armée. Mais moins que tout autre, Langeron avait les qualités nécessaires et la main assez ferme pour occuper des fonctions particulièrement diiliciles.
« Les difficultés de notre situation augmentèrent surtout lorsqu'il devint impossible de demeurer plus longtemps à Laon et que les mouvements de l'armée obligèrent le quartier général à se déplacer. Ce ne fut qu'après avoir parlementé et lutté longtemps avec \o feld-maréchal que nous parvinmes à le décider à prendre place dans une voiture fermée qui nous conduisit à Berryau-Bac et le 21 mars à Fismes. Mais le feld-maréchal continuait à ne vouloir entendre parler de rien et se refusait à prêter la moindre attention aux nouvelles qu'on recevait des différents théâtres de guerre. »
( Tagehuch des General» der Kavallerie Grafen von Notiitz : die Feldzûge 4813 und 1814 [Krieg$ge$ehichtliciie Einzelsehriften herausgegeben vont Grotien General tlabe, 1889, V, 127-130]).
• Tagehuch des Streifcorps unter die Befohle des kaiserlich-russischen Obersten von Geismar wàhrend dem Feldzûge vom 1814, von 13ten Februar bis zura il April 1814 (K. K, Kriegs Archiv., IV, 178), Oetterreiehiiche MiHtàruehê ZniichHft, 1838, IV, Zeitsehrift fur Kunst und Wistenchaft des Krieget, et Bûcher : Feldzug det dritten deutschen Armée Corps in Flandem im Befreiungt Kriege des Jahret 1814 ; Crusius, Der Winierfeidzug inHoUand, Brabant und Flandem»
journées des 2, 3 et 4 mars et se borner à pousser des reconnaissances sur la route de Hoye.
Le 5 mars, Geismar fait reconnaître les ponts d'Ourscamps et du Francport et làler les postes avancés d(î Compiegne. Mais la vigilance des avant-postes français et la présence de troupes relativement nombreuses lobligent h renoncer à un coup de main qui lui aurait coûté trop de monde et n'aurait pu avoir que des conséquences fatales pour lui. Le 6 et le 7, (ieismar, qui semble paralysé par le voisinage des corps de Bûlovv et de Winzingerode, reste immobile à Noyon; une de ses patrouilles délivre quelques prisonniers sur la route de Péronne.
Dans la nuit du 7 au 8, le colonel apprend à la fois que les troupes prussiennes ont quitté Ghauny; que les Français ont repris Soissons; que Blûcher se replie sur Laon et que la garnison de Compiègne a reçu des renforts. Un s(»jour plus prolongé à Noyon ne pouvait que compromettre inutilement son corps. Aussi, malgré le temps épouvantable qu'il faisait, malgré les ouragans de neige, malgré le verglas et la gelée, il se résout, surtout en raison du soulèvement presque général des paysans, à quitter Noyon et à se replier par Chauny et Genlis sur Jussy. C'est de ce point, situé à égale distance de Ham, de La Fère et de Saint-Quentin, qu'il fait sommer celte dernière ville d'avoir h lui ouvrir ses portes.
Le 10 mars, attendant pour prendre un parti définitif des nouvelles de l'armée de Silésie, Geismar remonte le cours de l'Oise et va s'installer à Ribemont où il apprend le résultat de la première journée de la bataille de Laon et du hurrah d'Athies. Décidé h reprendre l'offensive et à frapper un grand coup que l'hostilité des populations rend de plus en plus nécessaire, il se porte le 11 avec tout son monde sur Saint-Quentin. Cette ville, située sur une hauteur, couverte au sud et à l'est parles eaux de la Somme et du canal Crozat, entourée de vieilles murailles, était défendue par 1200 bourgeois armés qui avaient barricadé les faubourgs et réussi jusque-là h interdire l'entrée de leur ville aux partis alliés. Saint-Quentin comptait à cette époque 12,000 habitants qui, la veille encore, avaient refusé d'écouter les propositions de capitulation. Le mouvement oftensif et les succès de l'Empereur avaient redonné de l'espoir et du courage aux populations. De tous côtés, on avait repris les armes. Chaque villag
essayait de se défendre et des bandes armées dont le nombre et la force s'augmentaient tous les jours, barraient toutes les routes et fouillaient tous les bois. Depuis quelques jours déjà, le corps volant de Geismar avait dû, pour éviter des engagements dans lesquels il aurait eu chance de succomber sous le poids du nombre, dissimuler plus que jamais ses mouvements et tourner les villages où cette poignée de cavaliers aurait été vraisemblablement massacrée. L'attitude des grandes villes, intimidées par la crainte des représailles que les Alliés menaçaient d'exercer contre elles, était moins énergique et moins résolue. Aussi, comptant sur l'effet produit par la nouvelle de l'échec éprouvé le 9 par Napoléon devant Laon, Geismar jugea le moment opportun pour profiter, sans perdre un instant, du découragement qui devait avoir succédé à l'enthousiasme des journées précédentes, pour reprendre plus vigoureusement que jamais l'offensive, et répandre la terreur autour de lui par une entreprise dont le i*etentissement agirait sur le moral des populations. N'ayant avec lui que des cavaliers, ne pouvant songer h enlever de vive force une ville comme Saint-Quentin, il eut recours à la ruse et à l'intimidation. Dfts qu'il arriva en vue de la ville, il déploya ses cavaliers sur une seule ligne décrivant une espèce de demi-cercle au sud de Saint-Quentin, en ayant soin de se tenir h une distance qui permît à la garnison de l'apercevoir sans pouvoir le compter. Des chariots pris dans les villages voisins et qu'on fit circuler bruyamment sur les routes après les avoir chargés de troncs d'arbres destinés à figurer des canons, furent amenés sur les points où l'artillerie aurait pris position. Enfin, quelques cosaques mirent pied à terre et firent mine de s'approcher des remparts et des portes. Dès qu'il eut achevé ses préparatifs, le colonel somma de nouveau la ville de se rendre, déclarant qu'en cas de refus il n'hésiterait pas îi la bombarder et à l'incendier. Une demi-heure après Saint-Quentin ouvrait ses portes. Trop heureux d'un pareil résultat pour risquer de le compromettre par des exigences exagérées, Geismar consentit *à autoriser 400 hommes de gardes urbaines (tous anciens soldats) à en sortir avec armes et bagages et avec les honneurs de la guerre. Il désarma les habitants; mais, au lieu de les faire prisonniers, il les autorisa à rester chez eux et h vaquer à leurs occupations. La capitulation de Saint-Quentin était d'ailleurs, dans les circon-
stances du moment et en raison mémo de la détresse de l'arniéc de Sil<^sie, un fait considérable. Sans parler des prisonniers qu'on remit en liberté, la prise de cette ville assurait aux Alliés la possession d'un hôpital dont les ressources allaient leur rendre de grands services, d'une fonderie de canons et d'une centaine de bouches à feu de gros calibre destijîées î\ l'armement de Paris. Elle leur permettait, enfin, de tirer des vivres et des subsistances d'une région qui avait comparativement peu souffert*.
Le 12, un détachement composé d'un bataillon d'infanterie russe, d'un régiment de cosaques avec quatre canons et chargé par le général Langeron de s'emparer de Saint-Quentin, arriva devant cette ville et y rejoignit les partisans de Geismar. Trouvant la besogne toute faite, les troupes détachées par Langeron repartirent le 13 pour rejoindre le gros du corps, tandis que les partisans, occupés h rechercher et à repécher les canons jetés dans le canal ou cachés î\ bord des péniches, restèrent dans la ville jusqu'au 16 au matin.
Descendant la Somme et désormais décidé à pousser vers rOise afin de se rapprocher de Paris, le colonel se dirigea sur Ham dont il occupa le chAleau-forl évacué avant son arrivée. Geismar disposait enfin d'une pièce d'artillerie à cheval prussienne de 6 livres servie par cinq canonniers, qu'il réclamait depuis le commencement de son raid et dont il comptait faire usage pour démolir les barricades établies b l'entrée des villages et pour enfoncer les portes des villes. Le colonel russe pensait, non sans raison, qu'il lui serait toujours possible de se faire suivre par une pièce légère et par son caisson, les deux seules voitures de son corps, et que quelques coups de canon envoyés h propos étaient, par leur eff'et moral, appelés à faciliter ses coups de main.
Le 18, il marche sur Roye et détruit en route un poste de télégraphie aérienne.
Le 19, il entre i\ Montdidier dont la petite garnison détale, comme celle de Roye, sans attendre les cavaliers de Geismar qui
* Un détachement français, se rendant à Saint-Quentin avec le commandant d'armes désigné pour cette place, avait trouvé Roye occupé par un parti de Geismar et arriva par des chemins de traverse devant Saint-Quentin après la capitulation. Ce détachement se replia sur Le Catclct. (Àrehiveg de la guerre,)
pousse le soir même jusqu'à Saint-Just-en-Chaussée, tandis qu'un de ses partis va alarmer les 800 hommes qui occupent Clermontsur-Oise.
Pendant la nuit, on prend un courrier porteur de dépèches importantes du général Maison.
Partout où il a passé depuis son départ de Saint-Quentin, Geismar a réquisitionné au nom du général de Bûlovv, et toutes les fois que la chose a été possible il a expédié au III« corps les vivres qu'il a réussi h faire rassembler. Mais en restant h Saint- Just, il lui eût été d'autant plus difficile de communiquer avec le général prussien, que les blouses bleues continuaient à battre le pays, à tendre des embuscades aux courriers et aux petits partis. Le colonel crut, par suite, plus sage de revenir dès le 20 au matin à Montdidier.
Un partisan h la tête de 500 à 600 chevaux, avait plus fait pour l'armée de Silésie, avait h lui seul rassemblé plus de vivres et plus de fourrages que Ribbentrop et que tous les fonctionnaires sous ses ordres. Si le corps de Bûlow, toujours privilégié depuis le commencement de la campagne, fut de toute l'armée de Silésie celui dont la détresse fut la moins grande, il le dut moins à la situation des cantonnements qu'on lui avait assignés, qu'il la prise de Saint-Quentin, h l'intelligente énergie de Geismar et aux réquisitions de ses cavaliers.
Avant de terminer ce chapitre et tout en nous gardant d'examiner h nouveau les fautes commises par Gneisenau, il nous semble cependant impossible de partager à son sujet l'opinion de Clausewitz. Le grand écrivain militaire allemand attribue l'inaction du chef d'état-major de l'armée de Silésie après Laon, puis le décousu et la lenteur de ses mouvements jusqu'à la reprise de la marche sur Paris, d'une part, à un sentiment de défiance envers la grande armée alliée qui, jusque-là avait imposé la tâche la plus ingrate à l'armée du feld-maréchal, de l'autre, au souvenir des échecs éprouvés en février et à la crainte de les voir se renouveler.
Si Gneisenau s'était contenté d'être simplement prudent, on serait mal venu de lui en faire un reproche. Mais la prudence conseillait précisément de pousser de suite l'Empereur sur Soissons, de marcher sur Fismes et sur Reims, afin de se relier à
Sainl-Pricst et d'être en mesure de tomber sur l'armée impériale, soit lorsqu'elle aurait cherché h tenter quelque opération par la route de Paris à Soissons, soit au moment où elle aurait commencé son mouvement vers TAube.
La crainte de la responsabilité, la terreur inspirée par le nom seul de TEmpereur avaient paralysé Gneisenau, et Ton ne saurait mieux caractériser sa conduite quVn lui appliquant ces paroles du cardinal de Retz, citées parle général Dragomiroff :
« Le présent touche toujours les Ames faibles plus que l'avenir même le plus proche. »