‹ La campagne de 1814 (volume 3)Chapitre 4 sur 13 · ARCIS-SUR-AUBE · texte numérisé non relu

ARCIS-SUR-AUBE

5 mars 1814. — Motifs qui déterminent Schwarzenberg à s'arrêter à Troyes. — Le 5 mars au matin, la grande armée alliée tout entière était concentrée autour de cette ville de Troyes qu'on venait d'enlever cette fois sans difficulté, et dont la prise avait coûté, un mois auparavant, tant d'efforts et tant de temps. L(\s conférences de Lusigny éUiient rompues, les commissaires des puissances alliées retournaient h Chaumont, près des souverains. L'armistice demandé fi Wréde sous le prétexte d'épargner îi Troyes l(»s horreurs d'un assaut, la retraite précipitée des troupes françaises, le grand nombre de traînards, d'isolés et de déserteurs ramassés par la cavalerie des V« et VI^ corps — symptômes manifest(»s d'une démoralisation et d'une dissolution que les interrogatoires des prisonniers avaient déjà révélés — le faible efle(*tif des corps chargés par l'Empereur de s'opposer à la marche de la grande armée, enfin, la nécessité d'opérer une diversion en faveur de l'armée de Silésie, tout militait en faveur d'une continuation vigoureuse de l'offensive.

L'encombrement des routes suivies par Tarmée française en retraite, l'entasscMuent à (ilnUres d(»s pan^s, des équipages, des bagages, entassement que la cavalerie avait remarqué, suffisaient pour démontrer qu'une poursuite quelque peu énergique et surtout immédiate, changerait la retraite des maréchaux en déroute. Mais le généralissime en avait décidé autrement. 11 lui

semblait imprudent de s'engager h la suite des maréchaux dans des régions absolument épuisées, presque désertes, complètement dévastées, dont les villages n'étaient plus pour la plupart qu'un monceau de ruines, qu'un amas de décombres, avant d'avoir réussi îi se ravitailler par l'arrière et à assurer les subsistances de son armée. C'était Ih, d'ailleurs, la seule difficulté réelle et sérieuse que Schwarzenberg eût à surmonter à ce moment. Les autres raisons qu'il fit valoir pour justifier la suspension des opérations, pour motiver cette halte imprévue, sont loin d'avoir la même valeur. La levée en niasse et Tinsurrection des canïpagnes avaient évidemment fait des progrès et commençaient h lui inspirer de justes préoccupations, surtout îi un moment où il avait plus que jamais besoin de se servir de ses lignes de communication inquiétées et parfois interceptées par l'apparition de bandes de paysans armés.

Mais ce n'était pas là un motif suffisant pour s'éterniser à Troyes. Ce n'était pas en restant immobile au lieu de pousser au moins jusqu'à Provins, qu'on pouvait arriver à rétablir Tordre et à ramener la sécurité sur les lignes d'étapc^s. Une» marche rapide, des succès réels et sérieux auraient, mieux que des colonnes mobiles, mieux que des mesures de répr(»ssion, mis un terme aux coups de main des blouses bleues. De plus, ce n'était pas en se cantonnant dans une région épuisée qu'on pouvait arriver à remédier à la rareté des subsistances. Il eût donc, de toute façon, mieux valu allonger la ligne d'étapes, achever la défaite des maréchaux et surtout changer le plus souvent possible de place afin de chercher à suppléer, par les ressources trouvées sur les lieux mômes, à l'insuflisance des ravilaillenienls venant de l'arrière.

Les deux autres arguments mis en avant par le généralissime sont également plus spécieux que réels. Les effectifs de la grande armée étaient, on ne saurait le nier, sensiblement réduits par les combats qu'elle avait eus à livrer, par les maladies, par les fatigues et les privations. La chaussure et l'habillement des hommes étaient en mauvais état, la ferrure laissait beaucouj) à désirer * ; mais les derniers succès avaient n^iionté le moral du

^ Lors de lu prise de Troyes, plusieurs i^ommaiidauts de corps avaient en elTel demandé au gcDéraUssimo d'accorder quelque repos à leurs troupes.

soldat et l'on n'avait pas à redouter une dissolution comme celle dont les premiers symptômes s'étaient manifestés lors de la retraite sur Chaumont et sur Langres.

Il y avait d'autant moins de nécessité d'attendre les renforts annoncés que le généralissime disposait, lors de son entrée à Troyes, de près de 90,000 combattants *, c'est-à-dire, de forces pour le moins trois fois supérieures h celles des maréchaux.

Enfin, on a prétendu, et c'est peut-être Ih qu'il faut aller chercher la véritable raison de l'arrêt des opérations de la grande armée, que le généralissime ne voulait pas s'engager plus h fond tant qu'il serait sans nouvelles de l'armée de Silésie. Depuis deux jours, en effet, on n'avait pas reçu le moindre renseignement relatif à ce qui se passait entre la Marne et l'Aisne.

Mais c'était la distance même qui séparait les deux armées et plus particulièrement les directions divergentes qu'elles suivaient, qui devaient, surtout si Tune d'entre elles restait à peu près en place, s'opposer à la transmission sûre et rapide des nouvelles que Schwarzenberg avait besoin de se procurer. Il fallait, enfin, considérer que Plaloff n'était arrivé que le 4 îi Sézanne, que de ce point il lui était impossible de savoir ce qui se passait sur la rive droite de la Marne, qu'il ne pouvait recevoir des nouvelles qu'indirectement en correspondant, soit avec Tettenborn alors h Dormans, soit avec Sainl-Priesl, du côté de ChAlons. Il n'y avait qu'un moyen de se procurer des nouvelles, de se melire en communication : il fallait marcher de l'avant et diminuer avant tout la distance entre les lignes d'opération des deux armées *.

Mais c'était là demander à un homme du caractère de Schwarzenberg des résolutions que, malgré la rupture des conférences de Lusigny, il lui était impossible de prendre. Essentiellenjent méthodique et prudent, il aurait cru tout compromettre en marchant avec le gros de son armée, soit sur Paris, soit vers la Marne, sur La Ferté-sous-Jouarre et ChAleau-Thierry, pendant

i La grande armée aUiéc et l'année aulrichicnne du Sud comptaient, dans les premiers jours de mars, 400 officiers et 50,000 soldats malades dans les liôpitaux.

« Taxis, dans son Journal {K. K. Kriegg Arckiv., Xlll, 32), écrit à la date du 5 mars : i< L'armée alliée prend position entre la Seine et l'Yonne pour attendre des nouvelles de Bliicher qui a passe la Marne. »

qu'il aurait fait observer et suivre les maréchaux par 'iyulay <'t le priure royal de Wurtemberg, soit eiitin sur Ch.llons et Épcîrnay pour so rapprocher de Blûcher et de Saint-Priest. C'est pour v(d'd qu'avant de retourner à son quartier général de Vendeuvre, fermement décklé h donner avant tout du repos à ses troupes, il se contenta de pousser des avant-gardes dans des directions essentiellement divergentes, et assigna au gros de ses corps des cantonnements élendus, dans Tespoir de parvenir de la sorte h se procurer les vivres et les fourrages nécessaires h ses soldats et à ses chevaux.

Positions et mouvements de la droite de la grande armée de Bohême : V* et VI^^ corps. ~ A la droite de la grande armée, sans parler de Tettenborn dont nous nous sommes occupé au chapitre précédent, Platoff était t\ Sézanne. 200 cosaques d'élite, conduits par des otïiciers de choix, s'étaient sur son ordre dirigés vers la Marne pour chercher îi établir une communication avec l'armée de Silésie.

La cavalerie légère du VI® corps, chargée de suivre» la retraite des Français par la grande route de Troyes à Nogent, avait établi le soir ses avant-postes à Saint-Hilaire, Gélannes et Saint- Martin-de-Bossenay. Quelques vedettes françaises se tenaient seules devant les cavaliers russes à Crancev. La retraite des Français avait été si précipitée que Tavant-garde de Pahlen, qui les avait vus filer le matin des Grez, n'avait pu parvenir ù les rejoindre, ni sur la grande roule, ni sur la vieille route où leurs grand'gardes étaient signalées du côté de Quincey. Pahlen avec le gros de l'avant-garde s'arrêta h Uomilly ; Uiidiger, h Pars-les- Romilly. Le quartier général de Wittgenstein était h ChAtres, et les corps du prince Eugène de Wurtemberg et de Gortchakoff cantonnèrent le long de la route dans les villages, d(»puis Maizières jusqu'à Savières. Leurs troupes ocx^upaient également Méry, et quelques partis recherchaient par Arcis-sur-Aube la communication avec Tataman '.

A gauchi» du YI« corps, Frimont avec l'avant -garde du V« corps s'était avancé sur la route de Traînel jusqu'à Avon-la-

i Stàrkb, Eintbeilung und Tagcsbogeljoiiheitcn dcr Haupt Armée im Moualo Màrz i8i4. (A'. K, Krieys Archiv., iil, i.)

Wcil. — III. 20

Przc avec los Autrichiens d'Antoine Hardcjçg et de Spleny, qui se reliaient aux avant-postes de Pahlen par Rigny-la-Nonneusc. La cavalerie bavaroise s*était établie à Marigny-le-Châtel et avait poussé quelques partis h gauche vers Traînel et Bray. L'infanterie était cantonnée à Prunay et dans les villages environnants. Le quartier-général de VVrède était au Pavillon, qu'occupait une division du V^ corps.

Position des corps de Macdonald à Nogent. — Gérard, avec le 6*^ corps de cavalerie qui avait fait Tarrière-garde, avait pris position de Crancey h Pont-le-Roi. Le 11* corps avec le 5<* de cavalerie, était à Saint-Aubin avec des avant-postes à Quincey. Oudinot était venu en avant de Nogent où Macdonald avait son quartier général. Le grand parc avait filé sur Provins escorté par une brigade de la division Pacthod ; les bagages et convois repassaient la S(*ine. SaintG(Tniain avec sa cavalerie éclairait le pays au nord de Nogent et flanquait Provins ù nii-cheniin de Villenau\e. L'une des brigades de Pacthod partait pour Bray où elle avait ordre de relever la brigade qui gardait déjà ce pont et que Ton envoyait couvrir le passage de la Seine à Montereau. Le 11<^ corps se mettait, d'ailleurs, en route dans la nuit du 5 au 6 et allait prendre position le lendemain à Bray, tandis que le maréchal qui voulait essayer de conserver le plus longtemps la tête de pont de Nogent, concentrait le reste de sa petite armée autour de cette ville *.

(iràce aux renseignements fournis par l'aide de canq) du général Flahault « dont le retour, disait le maréchal dans sa lettre au roi Joseph *, a produit un bien triste; etlct, » le duc de Tarente connaissait h peu près exactement la position de ses advei'saires, ([ui ne lui avaient montré dans la journée que de la cavalerie. S'attendant à être attacjué le lendemain matin, il avait i)ris ses précautions et prescrit h Gérard, s'il venait ù être menacé àPontle Roi, de se replier en arrière de La Chapelle-Godefroy, d'y mettnî son artillerie en batterie, i)rêt(; à foudroyer les cavaliers

1 M.irdoiiald à Gérard, au roi Joseph, au major-géuéral et à Oudinot. (Archives de la Guerre,)

' Le niarôj'hal ajoutait : « Il y a beaucoup d'indiscipline cl surtout de désertion. N (Macdonald à Joseph, Nogent, 5 mars, 6 heures du soir.)

alliés s'ils cherchaient à déboucher. Valmy avait l'ordre de surveiller avec ses escadrons les routes de Tralnel et de Brav, tout en restant en mesure de s'opposer, de concert avec le général Milhaud, aux efforts que les Alliés pourraient tenter pour forcer l'étroit défilé de la grande route de Troyes.

Pour compléter l'ensemble de ces dispositions défensives, le duc de Tarente avait ordonné ii Oudinot de faire prendre les armes au 7» corps avant le jour et de placer deux bataillons de sa réserve avec du canon h la tôte du faubourg de Nogent, à l'endroit même d'où partaient les routes de Trainel et de Bray. Tenant à tout prix à garder solidement un point par lequel la cavalerie alliée pouvait arriver, il avait, en outre, chargé la division Levai d'occuper solidement avec son artillerie le même faubourg du côté de la route de Troves.

Mouvements et positions de Taile gauche de la grande armée de Bohême (III* et IV* corps). ~ Pendant que l'avantgarde des deux corps formant la droite de la grande armée, prenait pour objectifs les ponts de Nogent, Bray et Montereau, l'aile gauche (III* et l\^ corps) devait se diriger sur Sens et se cantonner de Villemaur sur-Vanne à Villeneuve-l'Archevèque. Plus h gauche, la division légère du prince Maurice Liechtenstein, spécialement chargée de relier la grande armée avec l'armée du Sud, avait reçu du généralissime Tordre de revenir d'Is-sur-Tille à Montbard. Le général avait fait occuper Semur et envové à Autun un escadron dont il était encore sans nouvelles. L*arrivée k Tonnerre du général Seslavin, qui couvrait avec Liechtenstein Textrême gauche de la grande armée, avait obligé les généraux AUix et Vaux qui, avec î2,000 hommes, 3 escadrons et 8 canons, s'étaient dirigés le 4 d'Etivey sur Chablis, h se replier sur Auxerre où ils arrivèrent le 5 mars à 4 heures. Le mouvement rétrograde d'AUix avait été motivé par la nouvelle de l'évacuation de Troyes. Un escadron de chevau-légers O'ileilly avait suivi et atteint son arrière-garde à Aigrement *.

Au III® corps, qu'on avait renforcé de quelques bataillons tirés

Liechtenstein à Schwarzeuberg, Montbard, 5 mars (K. K. Kriegs Are/Uv,, 111, iiS), et Schwarzenberg à lempereur d'Autriche, Troyes, 7 mars (Ibid., m. 127).

(Ich réserves aulrichieDiies, la division Crenneville, dont le gros venait à Sainl-Liebaul cl à Thuisy, avait envoyé des partis h gauche, vers la forêt d'Othe et Saint-Florentin et en avant de son front dans la direction de Sens. Fresnel s'était cantonné en avant de Crenneville à Villemaiir, où Gyulay avait son quartier général, et la division Weiss s'était établie à sa gauche à Aix-en-Othe.

L'avant-garde du 1V« corps, arrivée à Pont-sur-Vanne, avait poussé vers Sens 500 h 600 chevaux qui avaient réussi à entrer sans coup férir dans la ville vers 5 heures de l'après-midi. Le gros du corps du prince royal de Wurtemberg s'arrêta ce jour-là aux environs de Villeneuve-r Archevêque *.

Les réserves russes continuaient h rester immobiles h Chaumont.

Progrès constants du soulèvement national contre les Alliés. — Il est hors de doute que si Macdonald avait pu tenir quelques jours de plus îi Troyes, si Allix avait pu continuer à opérer du côté de Montbard, les décrets du 5 mars auraient produit d'autant plus d'effet que la présence de troupes françaises aurait puissamment encouragé et probablement généralisé la prise d'armes des populations. Bien qu'il se fût produit h ce moment quelques défaillances isolées, bien que quelques maires eussent cru plus sage de sauvegarder leur situation personnelle et les intérêts de leurs communes en pactisant avec les Alliés, le soulèvement national avait pris, en Alsace et en Lorraine, en Champagne et en Bourgogne, dans les Vosges comme dans les Ardennes, dans l'Argonne comme dans le Morvan, du côté de Soissons comme dans les environs de Saint-Étienne et de Roanne, dans tout le pays autour de Ch<1tillon-sur-Seine, de Semur et d'Avallon conmie à Fayl-Billot et sur le plateau de Langres, des proportions inquiétantes pour la coalition. La terreur inspirée par les troupes alliées, les violences qu'on redoutait de leur pari, les réquisitions que leurs chefs étaient obligés de lever, avaient décidé même les timides et les timorés à courir aux armes. La

» SxÀRKE.Eiiitheilung und Tagesbegebenlieiten der Haupt-Ârmee im Monate Mari (K. K. Kritg* Archiv., III, i) ; Schwarzeiibcrij à l'empereur d'Autriche, Troyes, 6 mars (/6iV/., III. ili), et Scliwarz«Miberg à iVmpereur d'Autriche. Troyes, 7 mars (/6w/., m, 127).

crRJnte des représailles avait siippl6é en plus d une occiislnn au patriotisme. On faisait le vide devant les AUlÉs. Les villages (étaient déserts ; les autorités s'enfuyaient ii l'approche de leurs troupes. Les bandes se multipliaient, se renforçaient chaque jour. Les bois élaient remplis de paysans armi^s. Chaque chemin creux, chaque ravin était gardé. Les courriers, les estafettes ne pouvaient circuler que sous la protection de fortes escortes et fi la condition d'éviter les villages, les bois, et de faire d'énormes détours. On se battait tous les jours sur les lignes d'étapes ; plus on prenait de mesures de répression, plus on procédait avec rigueur et sévérité, plus on exaspérait des populations réduites au désespoir, complètement ruinées et qui n'avaient plus désormais qu'une idée : se venger avant de mourir de faim et de misère.

6 mars 1814. — Macdonald prend positiOD >ar la riva droite de la Seine. — Le C au matin, l'ataman Platoff, informé de la retriiite des maréchaux sur Nogenl, se porta de Sézanne sur La Pertt'-Gaucher, s'avançant ainsi dans l'espace que la marche de Napoléon contre Blûcher avait laissé inoccupé.

Il pouvait battre d'autant plus impunément le pays entre la Seine et ta Marne, y enlever des courriers et de petits détachements, qu'un gros parti de cosaques, débouchant de Villenausc par La Saulsotte, faisait mine de menacer les derrières des corps français postés sur la Seine.

Macdonald qui, contrairement à son attente, n'avait pas été attaqué le 6 au matin il Nogenl, avait cru au premier moment que ce mouvement des cosaques pouvait bien être le prélude dune série de manœuvres offensives des Alliés dirigées contre sa gauche par la rive droite delà Seine et ayant Provins pour objectif. Mais bien qu'il n'eût pas lardé à être rassuré sur la nature des intentions des Cosaques et bien que les Alliés se fussent contentés de déployer leurs avant-garde<i sans oser rien entreprendre, le maréchal, en raison même de la triste situation dans laquelle se trouvait son armée, pensa qu^ tage ît se couvrir de la Seine et employa la J^ parer et k exéculLT, h Nogentetà" droite.

L'état moral dt; .ses soldats, j stratégiques, obligeait le mai

Le nombre des traînards s'était tellement accru, les excès auxquels se livraient les maraudeurs avaient pris de telles proportions que le duc de Tarente demandait au Ministre de créer des camps de ralliement, dont la police serait confiée à des colonnes mobiles de gendarmerie h pied et à cheval. En attendant la réponse du Ministre, il mettait h Tordre du jour de ses corps d'armée une décision punissant de mort tout militaire se livrant h des excès ou pillages, ou maltraitant les habitants *.

Dans ces conditions, h» maréchal devait se résigner, comme il le fit, h aller prendre sur la rive droite une position défensive. L'apparition des cosaques à La Saulsotte et h Chalautre du côté des bois de Sourdun, lui avait inspiré dos craintes, presque aussitôt dissipées, il est vrai, pour le grand parc et le quartier général administratif de l'armée qu'il fit rétrograder sur Nangis pendant qu'Oudinot et Valmy venaient couvrir Provins et prendre position, le premier à Sourdun, le second à L'Échelle.

Le 2^ corps (Gérard) avec la cavalerie de Milhaud, s'établissait sur la rive droite vis-à-vis de Nogent dont on avait préalablement ruiné les défenses et coupé les ponts, et s'échelonnait jusqu'au Plessis-Mériot. Les quelques troupes dont se composait le faible il® corps, gardaient le pont de Bray qu'on devait brûler, et s'échelonnaient depuis Everly et Les Ormes jusqu'à Saint-Sauveur et Mouy *.

Ces positions, comme l'écrivait Macdonald au major-général, permettaient au duc de Tarente de réunir en peu d'heures sa petite armée, le mettaient à même de recevoir ou de prévenir une attaque. Quelques avant-postes restèrent seuls sur la rive gauche de la Seine à Nogent, h Saint-Aubin, à La Chapelle-Godefroy et h Pont-le-Roy.

Mais si la défense de la Seine était assurée dans la limite des faibles moyens dont disposait Macdonald qui n'avait plus guère autour de lui que 10,000 hommes et 4,000 à 5,000 chevaux, il était loin d'en être de même pour l'Yonne où l'on n'avait à opposer à un mouvement dirigé de Sens sur Moret ou sur Melun,

1 Macdonald uu Ministre, Mériot, 6 mars, et ordre du jour de Macdonald, Nogent, 6 mars. {Archives de la guerre,)

* Macdonald au major-général, au général Albert, à Milhaud, à Oudinot et au Ministre, 6 mars. (Archives de la guerre.)

que les quelques troupes sous les ordres du général Dclorl, auquel on envoyait Tordre de garder Pont-sur-Yonne, d'y détruire le pont et d'envoyer h Moret un détachement qui y attendrait Tarrivée de la l""» brigade de la division de réserve de Paris commandée par le général Souham *.

Mouvements et positions de la grande armée de Bohême.

— Les quelques nouvelles qu'on avait reçues au grand quartier général, bien que signalant un mouvement des Français dans la direction de Reims, n'avaient en rien modifié les idées du généralissime qui, plus décidé que jamais h accorder quelques jours de repos à son armée et désirant avant tout faire vivre ses troupes, résolut d'étendre plus encore leurs cantonnements entre la Seine et TYonne et de ne rien entreprendre de décisif avant d'être définitivement fixé sur la tournure prise par les opérations de Blficher. Il résolut, en conséquence, de faire occuper par Wittgenslein et Wrède les défilés de Pont-sur-Seine, de Nogent et de Bray et de charger le prince royal de Wurtemberg de détruire les moyens de passage existant à Montereau *.

L'avant-garde du VI* corps, avait remarqué et suivi le mouvemen^ rétrograde opéré le 6 au matin par les avant-postes français. Le gros de cette avant-garde s'était aussitôt dirigé sur Saint-Hilaire. Riidiger, avec les hussards de Grodno et les Cosaques, s'était mis en marche de Pars sur Quincey et Saint-Aubin. 11 devait être soutenu, vers le soir seulement, par la brigade de cuirassiers russes du général Léontieff, deux bataillons et deux pièces d'artillerie h cheval. L'arrière-garde française postée derrière l'Ardusson à Saint-Aubin et à La Chapelle-Godefroy, accueillit h coups de leu la cavalerie russe, l'arrêta et tirailla avec elle toute la journée. Le gros de l'avant-garde ne dépassa pas Marnay.

1 Le major-général écrivant ce jour-là à Macdonald, de Berry-au-Bac, Ini disait : « Sa Majesté espère que vous tiendrez à Troycs qui est une bonne position et EUe me charge de vous faire connaître que dans aucun cas, vous ne devez quitter la Seine où vous devez tenir jusqu'au i% au moins. » Grâce à l'arrêt presque complet des opérations de la grande armée, le duc de Tarante réussit, en effet, à rester sur les positions qu'il avait occupées dans la journée du 6 mars.

^ Starke, Eintheilung und Tagesbcgebenhciteu dcr Ilaupt Armée im Monate Màrz. A'. K. Kriegs Archiv,, III, i.)

Lo prince Eugèno de Wurtemberg occupa Pont-le-Roi. Willgensteiu restait encore avec Gorlchakoff î\ Romilly.

Les troupes légères du V« cor|)S allèrent jusqu'ù Traînel ; mais elles s'avancèrent si lentement dans la direction de Bray qu'elles y arrivèrent trop tard, non seulement pour prévenir et empocher Foccupalion du défilé par les troupes françaises, mais aussi pour constater d'une manière positive la nature et la force de cette occupation. Un peloton de hussards envoyé par le comte Hardegg h Ri'ay, pour savoir si ce point était encore occupé, rencontra le soir sur la route de Nogent à Bray, le quartier général d'Oudinot. Mais l'officier qui commandait ce petit parti, ne s'en aperçut qu'au moment où il était déjà au milieu des Français. Se jetant avec ses hommes sur les cavaliers les plus voisins, il réussit un moment h s'emparer de deux officiers du génie, qui ne tardèrent pas à lui échapper. Poursuivi pendant plus d'une heure par les chasseurs h cheval, l'officier autrichien ne parvint à rentrera Traînel que vers le matin *.

Dès le moment où l'on était décidé îi ne rien entreprendre et, puisqu'on îivait renoncé, comme il eût été si facile de le faire le 6 dans l'après-midi, h rejeter de vive force Macdonald sur la rive droite de la Seine, on a de la peine à découvrir les raisons qui ont pu motiver la marche de Rudiger sur Saint-Aubin. En l'envoyant seul en pointe avec sa cavalerie, on l'exposait h quelque mésaventure, et il est évident que s'il eût été appuyé par quelque réserve et surtout par quelque infanterie, il n'eût pas été obligé de s'arrêter devant l'Ardusson et n'eût pas été tenu en échec pendant toute la journée par quelques tirailleurs.

Les corps de l'aile gauche étendirent immédiatement leurs cantonnements. Le I1I« corps surtout se répandit presque sur toute la ligne de Troyes h Sens. Gyulay mit son quartier général à Saint- Liébaut. La division Grenneville alla à Cerisiers et poussa jusqu'à Villeneuve-sur-Yonne deux escadrons qui envoyèrent des partis vers Auxerre et vers Montargis. Ces escadrons recherchèrent la

i Stàrke, Ëintheilung and Tagcsbegebcnliciten der Haupt-Ârmee im Monate Mafx (If. K. Kriegi Arekiv., 111, I.)

brliwarzenberg dit à ce propos : « Il est extrêmement regrettable que les deux officiers du génie aient réussi à s^échapper. Par eux, on aurait su plus vite ol plus sûrement que par des rap|K)rts que j'attends encore, ce qui se passe du côté de l'ennemi. »

communication h gaucho, tant avec Seslavin qui occupait Tonnerre, qu'avec Maurice Liechtenstein en marche sur Auxerre et devant lequel le général Allix, pressé de gagner Monlargis et Nemours et de couvrir la ligne du Loing, se repliait par Aillanlsur-Tholon et ChAleau-Renard *.

Une brigade du 1V« corps occupait Sens; le gros du corps s'était établi plus en arrière; mais, comme le IIl« corps, les troupes du prince royal de Wurtemberg restèrent, jusqu'au 13, immobiles sur les points qu'elles venaient d'occuper.

Réorganisation du IV* corps. — Le prince royal de Wurtemberg profita de ce temps d'arrêt pour dissoudre les régiments de landwehr n*»» 3, 4, et 5, dont les hommes furent versés dans les régiments qui îivaient le plus souffert h Montereau et pour modifier Torganisatiou de son corps d'armée. Le IV® corps se composa h partir de ce moment de deux divisions d'infanterie, la l""®, celle du général-lieutenant von Koch, comprenant les trois brigades des généraux-majors prince de Hohenlohe, von Misany et von Lalance; la 2®, général-lieutenant von Dôring, comprenant la brigade Stockmayer forte de trois régiments.

Le quartier général de Schwarzenberg vint h Troyes, et les gardes et réserves continuèrent t\ rester h Chaumont *.

La grande armée occupait de nouveau, h l'exception des gardes et réserves, tenues cette fois plus en arrière, les mêmes (|uarliers et s'étendait sur une ligne aussi longue que trois semaines auparavant.

7 mars 1814. — Pahlen occupe Nogent. — Afin d'arriver à connaître les intentions des maréchaux et la force des troupes françaises, le généralissime, revenant de nouveau au genre d'opérations qu'il aftectionnait particulièrement, avait prescrit aux avant-gardes des V® et VI® corps de pousser le 6 au matin des

1 AUix, obligé de se replier devant Liechtenstein et Seslavin, an moment où il était sur le point d'achever l'organisation de la levée en masse dans les départements de la 18*^ division militaire, fît sonner le tocsin dans toat le département de l'Yonne dans la nuit du 6 an 7, appelant aux armes des hommes que les A niés eurent peu de peine à disperser et qui rentrèrent dans leurs foyers, dés qu'ils se virent dans Tiropossibilité de rejoindre le général.

' Stahke. Eintbeilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im lifonate Miirz. {K. K. KHegs Arehiv., III, i.)

reconnaissances offensives sur Nogent. S'altendanl î\ rencontrer une certaine résistance, tant derrière TArdusson qu'à La Chapello- Godefroy, il avait chargé Winzingerode d'attaquer de front la position dont Wrède, débouchant par Maçon, devait déborder la droite. Mais les Français avaient évacué pendant la nuit la ligne de l'Ardusson et la ville même de Nogent, et laissé un simple rideau de vedettes et de postes du côté de La Chapelle-Godefroy. Macdonald, afin de couvrir Provins, avait en revanche poussé dans la direction de Villenauxe, de Pont-le-Roi, de Sézanne et de La Ferté- Gaucher, la plus grande partie de sa cavalerie qui ne rencontra dans ces parages que de petits partis. Pahlen s'était pendant ce temps, porté en avant vers l'Ardusson sur deux colonnes. L'une tirailla de front avec les postes français qui, voyant leur ligne de retraite menacée par la deuxième colonne .débouchant du côté de Tournebride, se replièrent sur Nogent, repassèrent ensuite la Seine, brûlèrent derrière eux la passerelle provisoire établie sur les ruines du pont de pierre, et garnirent de tirailleurs la rive droite du fleuve. L'infanterie de Tavant-garde du VI® corps occupa Nogent; celle de Gortchakoff*, se rapprochant de Tavant-garde et du corps du prince Eugène de Wurtemberg, vint s'établir h Saint-Hilaire, et les cosaques filèrent dans la direction de Bray pour soutenir la reconnaissance dirigée sur ce point par le V« corps *.

Oudinot, qui avait réuni pendant la journée h Sourdun son corps couvert en avant par les troupes de Gérard, se tenait prêt h se porter au premier ordre sur Provins. Comme on avait des craintes sérieuses pour la ligne de TYonne et comme le général Delort ne paraissait pas avoir l'énergie nécessaire pour organiser sérieusement la défense h Montereau et y tenir ferme jusqu'à l'arrivée des troupes de Souham à Moret, on le renforça par une brigade que le général Pacthod fut chargé de conduire de Nangis à Montereau.

Comme, d'autre part, des partis cosaques, cherchant à intercepter la route de Provins h Nangis, s'étaient montrés à la ferme de Vimbré entre Jouy-le-Chàtel et Chenoise, et avaient même

* Witlgenstcin au prince de Schwarzenberg, RomiUy, 7 mars (K, K. Kriegt Arehiv., III, 138), et Sch\sarzeDberg à rempercur d'Aatriche, Troyes, 7 mars {ïbid., III. 127).

paru h Maison-Roiigo, Valmy, tout on ronlinuant ?i Aire charge'' de la surveillance des routes de Sfeanne el de La Ferl(^-Gaucher, avait reçu Tordre de mettre un poste h Maison-Rouge, de tenir des patrouilles sur la route de Provins à Nangis, d'envoyer des reconnaissances sur Jouy-le-Chdtel, Courchamp et Courtiicon.

Mouvement du général Hardegg snr Bray. — Tandis que Pahlen obligeait le 7 au matin les avant-postes français h lui céder la ligne de TArdusson, Frimont avait dirigé sur Fonlonaydc-Bossery le comte Antoine Hardegg avec la brigade de cavalerie autrichienne de Géramb (hussards Archiduc-Joseph et hussards de Szekler), la brigade bavaroise de Diez (2 régiments de chevau-légers) et une batterie. Ce général poussa de là vers sa droite, dans la direction de Maçon, des patrouilles qui le relièrent avec Tavant-garde du VI* corps et le tinrent au courant des mouvements des Français, pendant que quatre escadrons de dragons de Knesevvich venaient lui servir de soutien entre Fontenay et Traînel, et que deux escadrons de uhlans de Schwarzenberg, poussés vers Bray et trouvant cette ville fortement occupée, s'établissaient àVilliers-sur-Seine. Frimont, avec le gros de ses troupes, n'avait pas quitté Avon-la-Pèze.

Dans l'après-midi, il fit prendre position à la brigade de chevaulégers de Diez à l'endroit même où le chemin de Traînel rejoint la route de Nogent h Bray, et chargea cette cavalerie de se relier, d'une part avec Pahlen à Nogent, de l'autre avec la division Spleny établie plus en arrière, enfin, vers sa gauche, avec la droite du IV® corps. Hardegg s'avançait, pendant ce temps, avec la cavalerie autrichienne de Geramb du côté de Bray. Lorsqu'il arriva en vue de cette petite ville, la nuit était déjà proche. L'infanterie française qui occupait les abords de Bray, qu'elle avait eu le soin de barricader, faisait bonne garde et accueillit ses éclaireurs à coups de fusil. L'artillerie était en batterie sur la rive opposée et placée de façon à enfiler le débouché. Il était impossible d'enlever la position sans infanterie ; Hardegg se replia et alla passer la nuit à Grisy.

A l'extrême gauche, les III® et lY® corps étaient restés immobiles. Allix, qui avait évacué Auxerre, avait quitté Senan le 7 au matin et marché jusqu'à Château-Renard où il allait passer la nuit. Il comptait être le 8 à Nemours et le 9 à Moret.

Raid des cosaques du colonel Kostitz snr Lagny. — A la

droite de la grande armée alliée, un parti de cosaques détaché du corps de ralaman, sous les ordres du lieutenant-colonel Koslitz, avait poussé jusque Lagny. Arrêté sur ce point par la pn'»sence d'une coloinie composée d'environ 1000 hommes et de 400 chevaux qui lui barraient la route et menaçaient sa retraite, Kostitz avait dû renoncer h se rapprocher davantage de Paris. Suivi d'abord ])endant sa retraite, puis dépassé par les Français, il fut, à plusieurs reprises, contraint de se frayer un passage, d'abord sur Coulommiers, puis sur Rebais. Ce fut par l'intermédiaire de cet officier que l'on reçut, au quartier général de Schwar/enberg, des nouvelles de Blùcher allant jusqu'au 3 mars, qu'on eut connaissance du passage de la Marne par l'armée de Silésie, de sa marche sur Soissons et du mouvement que Napoléon exécutait h sa suile dans la direction de l'Aisne et de Soissons *.

I)'autr(»s partis de cosaques battaient l'estrade du côlé de Meaux, de Nangis et de Provins.

Mémoire de Schwarzenberg sur la situation. — Les renseignements transmis par les cosaques de Kostitz avaient été, d'ailleurs, confirmés le jour même par une lettre adressée le 3 mars du quartier général de Blùcher h Oulchy-le-Château au roi de Prusse par son aide de camp, le comte Schwerin. Mais, avant même d'apprendre ainsi, d'une façon positive, que Blùcher et l'Empereur allaient sous peu se rencontrer sur l'Aisne, le généralissime avait cru nécessaire de communiquer ses projets îi ses commandants de corps et d'exposer aux souverains l'idée qu'il se faisait de la situation dans un mémoire que lord Burghersh a reproduit dans ses Memoirs ofthe Opérations of the allied Arniies nnder prince Schwarzenberg and marshull Blùcher during the latter end of 1813 and the year 1814.

Revenant d'abord sur les motifs qui l'avaient décidé à refu.ser la bataille que Napoléon, vainqueur à Mormant, Nangis et Montereau, voulait lui ofirir h Troyes, puis remontant aux causes qui l'avaient

* Schwarzenberg à l'emporeur d'Autriche, Troyes, 7 mars (K. K. Kriegi Archiv,, III, Ii7), et Starkb, Eintheilung and Tagesbegehenheiten der Haapt- Armee im Monate Miirz (/6t(/., III, i).

(l«»l«Tiuiiit'* à inaiiiliMiir s^^ rrM'nos à (Ihainnonl, iiiMNlaiil t'iitiii à iiouvrau sur l'oblif^alion <lc lionner qiu'lqurs jours tlt^ repos aux Ironprs (le la f,n'aiid(> arnirc, Scliwar/eiibcr^ examinait rnsiiilr les coiiS4*qu(MHTs probables de la siluatiou. Si Bliicher cléfail Tarmée de rEnipereur, la faraude armée alliée» suivie par les ^aiib*s ei ivserves pourra, sans peine, déboucher par la rive gauche de la Seine, pendant que l'armée du Sud, qui sera débarnisséc d'Augereau, marchera sur Orléans et rejoindra la jurande armée sous Paris. Si Napoléon est vainqueur de Hlueher, la grande armée sera en élal de rempècher de lirer parli de sa victoire et de donner à Hlueher le (enq)s de rallier ses corps et de reprendre rottensive, pendant que iNapoléon se dirigera soit sur Troyes, soit par la Haute-Marne contre l'aile droite de la grande armée. Dans ce cas, tout dépendra encore^ de ré,tal dans le(iu(»l se trouvera Tannée de Silési(». Si cette armée est dans Fimpossibilité de se renu'ttre des coups qui lui auront été portés, la grande armée ne pourra accepter la bataille que du côté de Chaumont et de Langros, c'est-à-dire sur uik? position qui lui assurerait et sa retraite et ses communications avec l'armée du Sud. Si, au contrains l'armée de Silésie n'a b(»soin que d(^ quelques joui-s pour se ivmettre, ce serait alors h la grande armé(^ alliée que reviendrait la ti\ch(* d'occuper rennemi en prenant Totlensive sur la Seine, en impiiétant les communications de l'Empereur et en menaçant Paris. Kntîn, si au lieu d'attendre les événements, on veut prendre immédiatement position entre l'Aube et la Marne, il sera bon de considérer qu'un pareil mouvement demandera quatre jours et qu'à ciMte époque on sera délinilivement lixé sur le sort de Blùcher. Lcî généralissime concluait d(? ce qui précède « qu'il n'y avait aucun motif pour éloigner, sans raison plausible, sans aucun avantage, la grande armée de l'armée du Sud. »

En un mot. Schwar/enberg était plus que jamais irrévocable»ment décidé à ne rien tenter avant de connaître» Ir résultat des opérations de» TEmpe^reur sur l'Aisne». Les véritable»s intentions de SchwaraenbeTg semble»ut n'avoir été un se'e'ret pour personne et Ton trouve, par e'\e»mple, dans l'historique du i20« régime»nt d'infanterie Kaiser VVilhe»lm {i^ VVurtemberge»ois), par le major Pfister, hi U»ttre» suivante, écrite le^ 7 mars par le général comte (le Franejuemont: « Sans vouloir parler ici des e'rreurs politique's,

ou esl forcé do reconnaitrc que les malheurs de la grande armée alliée sont dus à bien des fautes militaires et principalement au manque d'unité, à la faiblesse du commandement supérieur. Bliiclier esl absolument indépendant de Schwarzenberg. Les Russes ne font que ce qui leur convient.

« Veut-on, par hasard, tenter quelque grande opération ? On est forcé de faire entreprendre une tournée à Radelzky et d'obtenir le consentement des Russes. On perd, de la sorte, un temps précieux. Les Rttsses et les Autrichiens s'exècrent mutuellement et ces derniers ne pensent qu'à la paix.

« En adoptant la malenconlreus(? idée qui consistait à réduire à la défensive une armée victorieuse, on a, une fois plus, isolé les différents corps, on les a fait biittre séparément et on a fourni à l'empereur Napoléon le moyen de reprendre pied. On a encore commis depuis le début des opérations une autre faute capitale. L'armée alliée n'a jamais poursuivi l'ennemi battu, n'a jamais tiré parti de ses avantages. Satisfait d'avoir remporté la victoin», on a toujours laissé l'ennemi s'en aller tranquillement. On a perdu le contact. Il en résulte qu'on connaît rarement, au grand quartier général, le point sur lequel se trouve Napoléon.

« Comme on n'a pas de magasins, le service des subsistances n'existe pas. On a encore un peu de viande et de vin, mais le pain et la fiirine font défaut. L'armée fond à vue d œil. Les renforts russes et autrichiens qu'on attend de jour en jour n'arrivent pas. On ne se sert ni des cuirassiers autrichiens, ni de la garde russe, ni de la grosse cavalerie. Ce sont autant de bouches inutiles. Tout l'espoir de l'armée repose pour le moment sur le feldmaréchal Bliicher. Son avant-garde est, dit-on, à Meaux. »

8 mars 1814. — Deuxième tentative de Hardegg contre

Bray. — Le 8 mars, à 7 heures du matin, le comte Antoine Hardegg, avec sa cavalerie, se reportait de Grisy vers Bray.

Accueilli par le feu de dix pièces en position sur la rive droite auxquelles sa batterie à cheval était hors d'état d'imposer silence, n'ayant pas d'infanterie à sa disposition, ne pouvant songer ni à incendier la ville, ni h en débusquer rien qu'avec ses cavaliers le général Aniey qui, gnlce à l'existence du pont, pouvait être soutenu à tout instant, il s(î contenta de sommer, à plusieurs reprises, Amey de lui livrer la place et, sur son refus, il prit le

parti d'inveslir Bniy. A cet eflet, il envoya les doux régiments de (•hevau-légers bavarois du général Diez i\ Montigny-lc-Guesdier. Trois escadrons de cette brigade fournirent les postes d'investissement de Taile gauche; le quatrième éclaira la route de Montereau pendant que les hussards autrichiens de la brigade Geramb observaient h droite les abords de Bray, depuis Montigny iuscju'ii Grisy.

Frimont, lui, avait continué à rester immobile à Avon-la-Pèzc avec les uhlans de Schwar/enberg, les dragons de Knesevich et la brigade bavaroise de chevau-légers du général Vieregg, se contentant de se relier par Sergines avec les avant-postes des III® et 1V« corps, cantonnés du côté de Sens.

Au VI® corps, Wittgenstein, désirant faire passer quelque cavalerie sur la rive droite de la Seine, avait infructueusement essayé de faire réparer \v pont de Nogent ; mais ses tirailleurs avaient dû se replier devant le feu des tirailleurs français et le général russe avait désormais résolu d'attendre l'arrivée des pontons pour effectuer le passage*.

Enfin. Schvvarzenberg avait donné à Platoft* Tordre de descendre la Seine et d'obliger l'arrière-garde française à se replier; mais l'ataman ayant appris dans l'après-midi que d'assez fortes colonnes de cavalerie française manœuvraient pour le déborder et le tourner, se relira sur Sézanne, ne laissant à Rebais que le lieutenant-colonel Kostitz avec ses cosaques *.

Ordres et positions de Macdonald. — Le duc de Tarente, qui n'avait pu s'attendre à une pareille inaction de la [)art des généraux alliés, avait, par un premier ordre, prescrit à 2 heures de l'après-midi : à Oudinot, de ramener le 7^ corps à Provins et d'envoyer Valmy en avant de Uouiily et de Cucharmoy, afin de couvrir, du côté du Nord, Provins et Nangis; à Milhaud, de laisser à Hernie une division chargét? d'observer la Seine jusqu'à Bray, de prendre position avec les deux autres à Léchelle et d'éclairer la roule de Sézanne; enfin, à Saint-Germain, de faire occuper Chalautre-la-Grande. Deux heures plus tard, complètement rassuré par le caracîtère insignifiant des mouvements de

* Happort journalier à rcmpercur d'Autriche, 9 mars. (A'* h\ Krieys Arehiv., m, i7i.)

Hardegg ronln» Bray, il reprenait cet ordre et maiîdait à Oudiiiol de placer ses deux divisions h Chalautre-la-P(»lile, Poi^ny et Sourdun, de suspendre le mouvement de la cavalerie de Valmy, dont le rôle se borna îi éloigner les partis alliés de la route d(» Provins à Nangis. Milhaud, qu'il envoyait à Hernie, Gouaix et Chalmaison, devait, avec Vaimy, soutenir en cas de besoin les troupes du 11® corps postées : Amey, à Bray; Braver, à Éverly et aux Ormes; Albert, à Saint-Sauveur.

Ces dispositions fort rationnelles et ce contre-ordre, rendu indispensable par les événements de la journée et envoyé d'ailleurs h un moment où les troupes avaient à peine pu commenc(T les mouvements prescrits par la première disposition, avaient cependant indisposé Oudinot. Le duc de Reggio avait élé froissé de voir Macdonald lui indiquer, d'une manière précise, les cantonnements qu'il devait faire occuper h ses troupes *. Ce n'étaient pas là, d'ailleurs, les seules difficultés que le duc de Tarentc eût k surmonter. Dans l'impossibilité de rien obtenir de la cavalerie de Saint-Germain, il se voyait contraint à signaler au major-général le peu d'entrain de ce général et surtout l'insuffisance du général Maurin *. Dans la même dépêche, il exposait également h Berthier les motifs pour lesquels il avait dû diriger sur Montereau le général Pacthod : « C'est une pitié, écrivait-il au major-général, qu'un certain général Delort, de cette division. La peur l'a saisi. Malgré des ordres formels, il a brûlé ou détruit tous les ponts de Montereau et repassé sur la rive droite de la S(4ne, sans même se croire en sûreté, quoiqu'il n'ait encore vu qu'une patrouille. Au premier mot que j'ai su de lui, je me suis liAté de le remplacer par le général Pacthod. »

Heureusement pour le maréchal, il n'allait pas tarder à pouvoir se rassurer sur le sort de son extrême droite. AUix était arrivé îi Nemours, après avoir laissé h Montargis un bataillon chargé de surveiller le cours du Loing.

A Nemours et à Souppes, il avait trouvé deux bataillons du général Langevin (1'« brigade de la 2« division de réserve de

1 Général do Gressot, chef d'état-major du 7^ corps, au général Gruudler, chef d'état-major do Macdonald, 8 mars. (Archives de la guerre.)

* Macdonald au major-général, 8 mars. (Archives de la guerre.)

Paris du général Souham), qui occupait Moret, avec le reste de sa brigade.

9 mars 1814. — Cessation du feu à Nogent. — Le 9 mars, la situation ne se modifia en aucune façon et la journée se passa encore plus tranquillement que les précédentes. Dans Timpossibilité de tenter un passage de rivièn^ h Nogent et de parvenir à réparer le pont sous le feu des tirailleurs français, Pahlen accepta la proposition de Gérard, et, d'un commun accord, les deux généraux convinrent de mettre fin à un(î tiraillerie iimtile, sous la condition de pouvoir recommencer le feu une demi-heure après avoir dénoncé la suspension d'armes.

Schwarzenberg *, en effet, venait de faire savoir à Wiltgenstein que l'équipage de ponts, arrivé seulement h Bar-sur-Seine, ne pourrait élre rendu que le 10, îi Troyes, d'où l'on expédierait inîmédiatement aux Grez 18 pontons destinés au VI« corps. Insistant, dans la môme lettre, sur la nécessité d'établir des communications aussi directes et aussi sûres que possible avec l'alaman, le généralissime s'exprimait en ces termes :

« Comme dans notre situation acttielle, nous devons agir défcnsivement, je laisse Votre Excellence libre de voir si Ton n'arriverait pas au résultat désiré en éUiblissant cette communication, non pas par Plancy, mais par Méry ; il me semble que l'on atteindrait, par cette route, Vatry et Fère-Champenoise, aussi bien et aussi vite queparArcis, où il n'y a probablement pas de pont. »

Pour la première fois aussi, Schwarzenberg parle h Wittgenstein d'un changement de cantonnements et lui conseille, dans ce cas, de se placer, avec le gros de son corps à cheval sur la Seine, k Méry et il Châtres, de manière à pouvoir se concentrer rapidement, d'occuper Nogent et Plancy et de tenir à Villcnauxe un poste d'observation, fourni surtout par la cavalerie, « qui, surveillant l'ennemi entre Nogent et Provins, serait à môme de transmettre des renseignements précis sur les mouvements que Tennemi voudrait faire plus h droite. »

Il résulte, enfin, de celte lettre, qu'on savait, au grand quartier général, îi la date du 9, que Soissons avait capitulé, que

i Schwarzenberg à Wittgenstein, Troyes, 9 mars. {K, K Kriegt Archiv., 111, 161.)

Weil. — III. 2t

Reiiiîs élîiil occupé par les Français, que les généraux Sainl- Priesl, Tellenborn et lagow se réunissaient pour reprendre celle ville el tenaient Chî\lons ; mais qu'on était, en somme, sans nouvelles plus récentes de Tarmée de Silésie, parce qu'on n'avait pu parvenir à communiquer, d'une façon rapide et suivie, avec ces généraux.

Platoff est remplacé par Kaïssaroff. — Mouvements des Cosaques. — Malgré toute la longanimité dont il n'avait cessé de faire preuve à l'égard de Platoff, que seul le souvenir de ses services passés et de sa brillante carrièrcî avait maintenu jusquelà à la tête de ses cosaques, l'empereur Alexandre avait finalement dû se rendre aux réclamations générales provoquées par la mollesse, l'insuffisance et la vantardise de latanian. Mais, toujours généreux, le tzar avait tenu h montrer que, tout en cédant h l'intérêt général, tout en accomplissant un acte dcî justice, il lui était impossible d'être ingrat. Désirant atténuer dans la limite du possible la mesure à laquelle il avait été contraint do souscrire, il tint à sauvegarder la situation personnelle d'un bon serviteur, d'un officier qui s'était fait remarquer, tout récemment encore, par sa belle conduite, en 1812, et, en môme temps qu'il plaçait Kaïssaroff il la tète de ses cosaques, il crut devoir adoucir la disgrâce de Tataman en l'appelant auprès de lui et en l'attachant à sa personne.

Dés le 9, Kaïssaroff avait pris le commandement des troupes légères, confiées, jusqu'à cette date, à l'ataman, et, le 9 au soir, il adressait, de Sézanne, au prince d(* Schwarzenberg, son premier rapport (en français)*. Renforçant ses partis du côté de Villenauxe et de Courtacon, il avait obligé les cavaliers de Saint- Germain à se rapprocher de Nogent et de Provins. 500 cosaques batUiient l'estrade sur la roule de Provins à Nangis et se disposaient à se porter contre un pelit corps français qui, venu de La Ferté-sous-Jouarre, occupait Sainl-Germain-sur-Doue et semblait vouloir s(; porter sur Hebais. Kaïssaroff ajoutait que, les Français tenant tous les passages de la rive droite de la Marne,

* Rapport da général Kaïssaroff au prince de Schwarzcnberg, Sézanne, 9 mars (en français dans l'original). (K, K, Kriegt ArcfUv,, 111, 177.)

il lui était impossible d'établir une communication directe ave<*. Bliicher autrement que par Épernay et par Reims ; qu'il avait fait partir dans cette direction trois partis conduits par des officiers de choix et que de gros détachements de troupes françaises ne cessaient de filer par Meaux sur Chî\teau-Thierry. Envoyant en môme temps au généralissime une lettre d(»rintendant général Marchant au duc de Tarente, interceptée par ses cosaques * et qui lui semblait exclure la possibilité d'une action ulile sur la route de Paris, Kaïssarofî informait SchwarzenbtTg des résolutions que lui avait suggérées la lecture de cette lettre. Il avait aussitôt dirigé sur Épernay, d'où il devait observer Reims et les routes de ChAlons, un petit détachement de cosaques d*élite, qu'il avait confié au capitaine des gardes russes Berkmann. Il allait, avec le gros de son corps, se replier de Sézanne sur Fère-Champenoise, en faisant surveiller par des partis les routes de Chûteau-

1 L'intendant général Marchant au maréchal dac de Tarente :

« Nangis, le 8 mars. — Monsicar le maréclial, On m'assure que Votre Excellence prolonge son séjour à Provins.

« Si elle croit que ma présence y soit nécessaire, je m*empresserai de m'y rendre. Veuillez, Monsieur le maréchal, me faire connaître s'il est nécessaire que j*envoio des subsistances à Provins. 11 y a ici un convoi de 24,000 rations que je ferai filer immédiatement. Votre Excellence est sans doute informée que la route de Provins à Nangis est souvent interceptée par un parti de cavalerie ennemie qui se trouve à Jouy-le-Ghdtcl et qui a des postes à Château^ bleau, à trois quarts de lieue de la Maison-Rouge.

« On m'annonce que Votre Excellence a envoyé une brigade dans ce dernier endroit.

« Elle jugera si un mouvement combiné, qu'on pourra faire demain soir de Provins, Maison-Rouge et Nangis, ne donnerait pas pour résultat Icnlôvement de la plus grande partie de cette cavalerie, qui est, dit-on, de 500 à 600 hommes, et 1 eloignement du surplus.

<c Le bois qui est entre Chàteaubleau et Jouy-le-Chàtel parait être rempli de leurs postes. M. Sarleboux a éprouvé un nouveau malheur ; sa voiture a été prise. M. Mercier qui l'a conduit à Nangis est parvenu à s'échapper ; il a été au milieu du bois dont il s'agit.

(c Je n'ai pas de nouvelles de Sa Majesté. Je sais cependant par une lettre que je viens de recevoir que son quartier général était le 6 à Corbeny. J'avais espéré que Sa Majesté se porterait rapidement sur Châlons et Arcis-sur-Aube, ce qui, me semble, aurait péniblement embarrassé l'ennemi qui se trouve devant Votre Excellence.

« Au surplus, je suis trop éloigné pour bien juger les choses et j'espère apprendre bientôt que Sa Majesté aura un grand avantage sur le roi de Suéde qu'on assure être venu jusqn^à Laon.

(c Le maître des requêtes, intendant général, baron Marchant.

{K. K. Kriegs Archiv., III, ad 491.)

Thierry et de Rebais, où se trouvaient les extrêmes avant-postes français, Il annonçait enfin à Schwarzenberg que les cosaques envoyés sur la route de Paris avaient dû se retirer devant la supériorité numérique des Français; que Napoléon était, le o, à Berry-au-Bac, Blûcher, à Soissons, Marmont i\ Braîne, et que, d*après les dernières nouvelles, il n'y aurait eu aucun engagement le 6 *.

Mcavements des IV* et V* corps et de la division légère Liechtenstein. — Du côté de Bray, le comte Antoine de Hardegg n'avait pas même fait la moindre démonstration.

Au IV^ corps, on s'était contenté de pousser quelques patrouilles jusque vers Montereau. Un parti s'était montré à Saint- Valérien, et les troupes établies à Pont-sur- Yonne avaient établi un poste à Saint-Serotin, pendant que le général Langevin, posté à Moret avec une brigade de la division Souhani et dont deux bataillons gardaient Souppes, envoyait des reconnaissances sur Villecerf et Fossard, et correspondait avec le général AUix îi Nemours.

L'avant-garde du prince Maurice de Liechtenstein était entrée à Auxerre, et le prince royal de Wurtemberg annonçait, d'après le dire d'ouvriers italiens et suisses venus de Paris, qu'il n'y avait pas de troupes entre Montereau et la capitale*.

L'empereur de Russie proteste contre l'inaction de la grande armée. — L'inaction prolongée de la grande armée commençait cependant h peser à l'empereur de Russie. Dès le 7, Wolkonsky, écrivant à Toll au nom du tzar, trouvait qu'il n'y avait aucun motif pour maintenir les gardes et réserves russes à Chaumont. Le lendemain 8, Wolkonsky, s'adressant cette fois directement au généralissime, lui disait : « Sa Majesté pense que le mouvement de la grande armée sur Sens nous éloignerait entièrement de l'armée ennemie, et que, par conséquent, il serait

* KaïssarofT au prince de Schwarzenberg, Sézanne, 9 mars. (K. K. Kriegs Arckiv., 111, ad 177.)

' Prince royal do Wurtemberg à Schwarzenberg, ViUeneuve-rArchevèque, 10 mars (K. K. Kriegt Archiv., 111, 193) ; général AUix au Ministre, Nemours, 9 mars, et général Langevin au même, Moret, 9 mars. (Archives de la guerre).

urgent de porter toutes nos masses vers la droite, dans la direction d*Arcis, entre cette ville et Vitry, et de les faire appuyer pour tous les cas par les réserves en les faisant avancer \ »

Enfin, le lendemain 9 mars, Alexandre, revenant sur le même sujet, insistait plus vivement encore sur la nécessité de se rapprocher de l'armée do Silésie. « La communication avec le feldmaréchal Blûcher étant déjà interrompue depuis quelque temps, écrivait Wolkonsky*, Tempereur craint que, s il éprouve quelque échec sans que nous en ayons connaissance, Napoléon, profitant alors de la position étendue où se trouvent actuellement nos différents corps d'armée, se porte avec rapidité sur nos réserves sans donner le temps aux corps avancés de se réunir, et voilà pourquoi il suppose que la marche sur Sens les éloigne absolument de nos réserves et désire beaucoup que Votre Altesse fasse de suite un mouvement avec tous les corps avancés à droite pour

avoir nos masses réunies entre Arcis et Vitrv. »

10 mars 1814. — Propositions de Schwarzenberg approuvées par les souverains. — Ces indications ne devaient cependant pas décider le généralissime à se rendre, pour le moment du moins, au désir du tzar.

Elles motiv^rent toutefois le départ de Schwarzenberg qui crut nécessaire de se rendre, le 10, à Chaumont, pour conférer avec le» souverains et leur exposer de vive voix les idées qu'il avait émises dans son ménioire en date du 7.

S'il ignorait encore lors de son arrivée à Chaumont les gros événements qui venaient de se passer sur les bords de l'Aisne, s'il savait seulement que Blûcher avait réussi à opérer sa jonction avec Bûlow et Winzingerode et occupait une forte position à Laon ', Schwarzenberg comprenait néanmoins qu'il allait incessamment falloir remettre en mouvement des corps d'armée, qui auraient eu assurément le temps de se refaire, si Ton avait pu assurer convenablement le service des subsistances. Aussi, bien que sa situation personnelle fût loin d'être enviable, par cela

* Journal des pièces expédiées, n^ 157.

* Wolkonsky à Schwarzenberg, 9 mars. Journal des pièces expédiées, n^ 1C4. (En français dans roriginal.)

» Taxis, Tagebucli. (K. K, KriegsArehiv., XIII, 32.)

même que ses résolutions, de quelque nature qu'elles fussent, ne manquaient jamais d'être l'objet des critiques amères de l'entourage des souverains, il avait, non sans raison, cru indispensable de soumettre au préalable k leur approbation un plan élaboré le 9 mars par son état-major et reposant sur les deux hypothèses suivantes :

« i^^ hypoMse, — Une partie de l'armée française s'est imprudemment avancée et a été battue. L'armée môme n'a cependant pas livré une bataille décisive, et TEmpereur se retire volontairement avec elle sur Paris, décidé ii masser toutes ses forces en avant de la capitale et à tomber sur celle des armées alliées qui, dans sa marche contre lui, prêtera le flanc à ses entreprises.

2® hypothèse. — L'armée même de Napoléon a été battue et l'Empereur forcé de se replier sur Paris.

Dans le premier cas, l'ennemi, marchant en trois colonnes, peut, en venant de Soissons, passer la Marne à Château-Thierry, La Ferté-sous-Jouarre et Meaux pour opérer, le 16 mars au plus tôt, sa jonction avec l'armée de Macdonald et d'Oudinot, postée h Nangis ou à Provins.

La grande armée alliée aurait alors à rejeter d'abord les corps français établis à Provins, afin d'être en mesure de connaître, en temps utile, les mouvements ultérieurs de l'Empereur. La grande armée ne devrait toutefois se porter en avant que lorsque le généralissime aurait en main des renseignements positifs sur la direction et la nature des opérations otiensives de l'armée de Silésie.

Dans ce cas, le VI® corps, qui aura jeté un pont i\ Pont-le-Roi, fera passer sur la rive droite de la Seine des troupes en quantité suffisante pour déblayer le défilé de Nogent et s'assurer la possession de Villenauxe occupé au préalable par les cosaques.

Le gros du VI^^ corps ira prendre position à Chalautre-la- Grande. Toutefois, si le dégel avait rendu le terrain impraticable sur la rive droite, le gros du VI« corps resterait îi hauteur de La Chapelle-Godefroy jusqu'à ce que le défilé de Nogent soit complètement libre et qu'on ait jeté à Nogent des ponts lui permettant d'aller s'établir à Mériot.

Le IVe corps, destiné à servir de soutien au VI®, se rassem-

blerait le 14 mars, vers midi, à Màcon et à Fontcnay-dc-Bossery, occuperait Nogent, passerait la Seine, dès que le VI* corps aurait gagné assez de terrain en avant, s'établirait avec son gros en arrière de Mériot et enverrait par la rive droite, sur Bray, une colonne chargée d*en chasser Tennemi.

Le 1II« corps se dirigerait h marches forcées sur Sens.

Le V« resterait à Arcis, enverrait sur la rive droite de TAubo une partie de sa cavalerie îi Faux et à Fresnay. On établirait un passage provisoire à Plancy, et la division Antoine Hardegg, passant sur la rive droite de la Seine h Bray, après le départ do Tennemi, y attendrait Tordre de rallier le V« corps.

Les gardes et les réserves établies à Brienne-le-Chûteau occu* peraient Lesmont.

Les nouvelles relatives aux mouvements de Tennemi permettraient de déterminer d'une façon précise les opérations offensives qu'exécuteraient le 15 mars les IV« et VI« corps, ayant pour soutien le V«. Les gardes et réserves passeraient le défilé de Méry et viendraient s'établir à Mesgrigny.

Dès que l'ennemi aurait été contraint de quitter Nangis, la grande armée prendrait sa direction ou sur Melun ou sur tout autre point indiqué par les circonstances, pendant qu'on poursuivrait l'ennemi sur la route par laquelle il chercherait à se retirer.

Pendant ce temps, le IIP corps, marchant par Pont-sur- Yonne et Moret sur Fontainebleau, aura été rejoint par le prince Maurice Liechtenstein venant de Nemours, et Seslavin, qui continuera à former l'extrême gauche, aura, dans l'intervalle, occupé Pithiviers.

Quand les corps de tête seront arrivés à Melun, on verra si la grande armée doit ou non accepter la bataille. Dans le premier cas, elle préviendra les intentions de l'ennemi. Dans le deuxième, en repassant la Seine, elle forcera l'ennemi à manœuvrer et donnera h l'armée de Silésie le temps ou de tomber sur les derrières de l'ennemi, ou de continuer ses opérations droit sur Paris.

Si l'on se trouve en présence de la 2« hypothèse, si Napoléon lui-môme a été battu et rejeté sur Paris, on n'aura plus qu'à se conformer à la disposition élaborée pour les 14 et 15 mars. Mais, dans ce cas, il s'agirait absolument d'atteindre le 16 Melun, de

passer la Seine et de continuer la marche sur Paris, de concert avec l'armée de Silésie. »

Ces belles combinaisons, grAce auxquelles Tétal-major de la grande armée alliée avait cru prévoir toutes les éventualités, sauf celle qui devait se réaliser, furent acceptées par les souverains, qu'elles n'avaient toutefois pas eu le don de satisfaire, s'il faut s'en rapporter îi cette phrase de lord Casllereagh, qui résume la situation par ces mots : « If Blilcher gains a battle, we sfiall then do wonders ! » (Si Blûcher gagne une bataille, nous ferons alors des merveilles de notre côté.)

En attendant, Schwarzenberg avait lancé à Troyes une proclamation qui, loin de produire Tefïet espéré parle généralissime, loin d'épouvanter les populations et d'étouffer par la terreur et la sévérité dos répressions l'explosion du soulèvement national imprima, au contraire, un nouvel élan au désespoir et au patriotisme des populations.

Séance du congrès de Chfttillon. — Pendant que Schwarzenberg exposait ses combinaisons aux souverains, le délai fixé par les plénipotentiaires alliés avait expiré, et Caulaincourt, auquel M. de Rumigny n'avait pas rapporté le contre-projet désiré, avait dû se borner, dans l'espoir de gagner du temps et d'amener l'Empereur h accepter ses idées, ù donner lecture d'une note basée, en somme, sur celle que l'Empereur lui avait adressée le 2 mars et qu'il appuyait sur une note de Saint-Aignan en date du 9 novembre 1813, sur une lettre de Metternich au ministre des relations extérieures de France, en date de Francfort le 25 novembre 1813, sur une dépêche qu'il avait adressée ;i ce prince le 2 décembre 1813, sur la déclaration de Francfort et, enfin, sur un extrait d'un discours du prince régent au parlement d'Angleterre.

Ce n'était pas là le contre-projet qu'attendaient les plénipotentiaires qui se disposaient déjfi à lever la séance et ii prononcer la clôture du congrès, lorsque Caulaincourt, pour parer à ce coup, déclara verbalement que l'Empereur était prêt à reconnaître Tindépendance de l'Espagne sous Ferdinand VII, celle de l'Italie et de la Suisse sous la garantie des grandes puissances, celle de l'Allemagne et enfin celle de la Hollande sous la souveraineté du prince d'Orange, et à faire môme des cessions au delà.des mers.

moyennant un équivalent raisonnable destine'^ h écarter les causes (le mésintelligence entre la France et TAngloterre.

Les plénipotentiaires alliés, tout en protestant contre cette déclaration qui ne résolvait pas la question, ne pouvaient faire autrement que d'accepter la déclaration ad référendum. C'était \h tout ce que pouvait désirer Caulaincourt.

Opérations militaires du 10 mars. * Changement de position du VI* corps. — Au point de vue des opérations militaires, la journée du 10 mars n'est guère mieux remplie que les précédentes et fut presque exclusivement consacrée h des préparatifs.

A Textrôme droite, Kaïssaroff signale l'apparition de patrouilles françaises envoyées de Villenauxe jusqu'il Conflans et Marcillysur-Soine et la présence de la cavalerie de Saint-Germain à Villenauxe. pendant que Wittgenstein, qui considère le mouvement rétrograde du chef des cosaques sur Fère-Champenoise comme prématuré, Tinvite î\ revenir à Sézanne*.

Wittgenstein avait employé les derniers jours à faire réparer le pont deMéi7, de façon à le rendre praticable pour la cavalerie et l'artillerie. Il devait, en effet, sur l'ordre du généralissime pousser au plus vite vers Vitry un corps volant chargé uniquement de se procurer des nouvelles de l'armée de Silésie, tandis qu'un poste de deux compagnies garderait le pont de l'Aube h Arcis.

Dans Taprès-midi du 10, le môme général recevait à Romilly une disposition, en date du 9, modifiant de la façon suivante les positions des troupes du VI® corps. Le prince Eugène de Wurtemberg, qui se tenait î\ Pont- sur -Seine depuis le 6, allait remonter la Seine jusqu'à Méry et y prendre position h cheval sur le fleuve. Pahlen avait ordre de laisser à Nogent un régiment de uhlans et deux de chasseurs, d'envoyer un régiment de cosaques à gauche à Froidparoy, de faire passer d'abord la

1 Wittgenstein à Schwarzenberg, Romilly, 10 mars. {K. K, Kriegt Arehiv,, III. 191.)

Kaïssaroff avait, en outre, intercepté le 10 une lettre de Napoléon, en date du même jour, dans laquelle l'Empereur manifestait déjà l'intention, s'il réussissait à battre Blùcher, de se porter par Chàlons sur Arcis et de se jeter sur la droite de la grande armée.

Seine à Méry, puis TAube, h Anglure et h Plancy, à un régiment de hussards et à un régiment de cosaques chargés de se relier avec Kaissaroff qui devait se reporter en avant de Fère- Champenoise sur Sézanne. Pahlen lui-même, avec un régiment de cosaques, deux escadrons de hussards, une brigade de cuirassiers et une batterie à cheval allait à Pont-le-Roi. Une brigade de cuirassiers lui servait de soutien et s'arrêtait à Marnay. Le corps du prince GortchakofF restait à Romilly et fournissait dos postes le long de la Seine jusqu'à hauteur de Conflans-sur- Seine et de Périgny-la-Rose.

Du côte des Français, au nord de Provins, la cavalerie de Milhaud devait se réunir le 11 h la pointe du jour avec celle de Valmy, dont les avant-postes se tenaient à Courchamp, Champcenest et Courtacon, pour se porter sur La Ferté-Gaucher, soutenue de loin par deux bataillons d'infanterie, pendant que Saint- Germain déboucherait de son côté de Villenauxe dans la direction de Sézanne.

A Bray, bien que le comte Hardogg eût été rejoint à Grisy par rinfanterie dont il attendait Tarrivée, on n'avait rien entrepris, et le général Amey n*y avait aperçu, comme les jours précédents, que des patrouilles de hussards de Szekler.

Le grand parc français avait filé de Nangis sur Guignes, et son escorte, composée de deux bataillons de tirailleurs de la jeune garde, devait, dès qu'elle aurait été relevée par une des brigades de Pacthod, venir rallier à Provins la division Rothembourg.

Affaire du curé de Fers. — L'arrivée de Pacthod îi Montereau *, la présence d'AUix et de Souham à Moret, à Nemours

^ filacdonald était encore teUement indigné de la conduite du général Delort à Monterean qu'il écrivait le 10 à Oudinot : « Voilà une espèce de généraux sur lesquels reposent l'existence des troupes et le sort de postes si importants t »

Le même jour, le maréchal avait mis à l'ordre du jour la décision suivante qui permet de se faire une idée exacte de l'état de son armée :

« L'Empereur, étant informé qu'il y a beaucoup de maraudeurs, fuyards et déserteurs sur les derrières de l'armée, que des soldats jettent leurs armes, baïonnettes, gibernes on cassent les chiens de leurs fusils. Sa Majesté ordonne qu'ils soient réunis, décimés conformément aux ordres du jour. En conséquence, chaque commandant de division d'infanterie ou cavalerie nommera une commission pour constater les causes et identités. EUcs feront de suite exécuter les jugements dont double expédition sera adressée au major-général et au ministre de la guerre. » (Archivet de la guerre,)

et h Souppes, assuraient jusqu*à un certain point la sécurité de Textréme droite des maréchaux. Quelques partis cosaques s'étaient montrés sur la route de Nemours h Montargis ; mais ils avaient été atteints dans leur retraite f)ar les habitants de Pers qui, ayant leur curé h cheval à leur tète et secondés par les habitants de Ferrières, leur avait repris h Chéroy la malle de Paris et la diligence de Montargis dont ce parti s était emparé le matin près de Fontenay. Comme l'écrivait le commandant de Montargis, le major Legros, au général Hulin *, le 11 mars, « la conduite du curé de Pers mérite dos éloges et mérite surtout d*ôtre signalée. » C'était le brave curé qui avait donné l'exemple h ses paroissiens, lui qui les avait décidés à courir aux armes, lui qui avait fait feu le premier. Le curé de Pers a, d'ailleurs, laissé une relation si simple, si naturelle, de la part qu'il prit à la défense du territoire national, que nous ne pouvons résister au désir de rendre justice à son patriotisme, d'essayer de faire sortir de l'oubli le nom de ce brave desservant, l'abbé Pothier, et de mettre sous les yeux du lecteur le récit qu'il fait des événements du 10 mars ' :

« Averti le 10 mars, dit l'abbé Pothier, qu'un parti de cosaques détaché du camp de Saint-Valérien , s'était rendu par Ferrières dans les environs de Fontenav sur la route de Paris à Lyon pour intercepter les communications et s'était emparé de la malle et de la diligence au moment où elles s'étaient croisées, je pris la résolution de réunir 8 à 10 habitants de la commune et de me mettre à leur tête. Je montai à cheval. Ils étaient tous ainsi que moi bien armés de fusils doubles, et nous fûmes audevant de l'ennemi que nous rencontrâmes à 10 heures du matin sur le chemin de Ferrières au Bignon, entre le hameau des Roudiers et celui d'Urson. Nous n'avions à combattre que 5 hommes, 2 en avant, 3 en arrière, conduisant au camp la prise qu'ils avaient faite.

(f Je mis le sabre h la main et, soutenu par les hommes qui m'accompagnaient, je fondis sur ces brigands. Au premier coup

t Major Legros aa général Ilulin. {Achiveg de la gmen^e.)

s Rapport de l'abbé Pothier, desservant de Pers, au major Legros sar les événements arrivés dans sa commune les jeudi 10 et mercredi 16 mars 1814. Pers, 19 mars. (Ibid,)

de fusil, run des deux cosaques de Favant-garde prit précipitamment la fuite et le second fut grièvement blesse d'un coup de feu h l'épaule. Les trois autres, épouvantés de la vigueur de Tattaque, s'enfuirent également et nous abandonnèrent les deux voitures, les chevaux, les postillons, les voyageurs et les dépèches encore intactes. Dans la crainte où j'étais d'être surpris ou atteint par un plus grand nombre, je fis conduire la prise par quatre de mes concitoyens dans le bois de Forville, voisin du point où nous étions placés.

« Au même instant, je fus averti et j'aperçus une portion du même détachement restée en arrière et amenant dans la même direction une voiture chargée de marchandises également arrêtée sur la route de Fontenay.

« Secondé par quatre de mes habitants, nous tirilmes sur l'escorte ; elle prit la fuite et nous lui enlevâmes les chevaux, la voiture et les marchandises. Le tout fut de suite conduit au village où les chevaux harassés de fatigue et de mauvais traitements furent obligés de séjourner pour prendre du repos.

« Un quart d'heure après notre arrivée, tous ces brigands s'étant ralliés, arrivent et demandent qu'on leur rende les voitures, menaçant les habitants du pillage et de l'incendie. La porte du domicile du particulier devant lequel était la voiture du marchand fut enfoncée : ils lui prirent la couverture de son lit, plusieurs autres objets et mirent le feu sous cette voiture, ce qui

fait éprouver au propriétaire une perte d'environ 6,000 francs.

« Néanmoins l'ennemi, convaincu que les habitants, qui m'avaient si courageusement secondé, ne seraient pas moins braves en défendant leurs foyers qu'en rase campagne, a promptement évacué la commune n'emmenant avec lui que mou cheval, parce que, lors de la première rencontre ayant mis pied à terre pour, en tirant, être plus sûr de mes coups, il s'est effrayé, a pris la fuite et a été se joindre à ceux des cosaques. Le résultat de cette journée est: i^ 14 chevaux arrachés à l'ennemi; 2» la reprise des valeurs et dépêches.

« Dès que j'ai été débarrassé de la présence des Cosaques, j*ai expédié un exprès à Montargis d'où l'on a envoyé chercher la malle, la diligence et les voyageurs dont le retour a été protégé par une escorte de 100 hommes de la garnison de cette ville. »

10- il mars 1814. — Affaire du major Wûsthoff contre les paysans armés à Avallon. — Pendant ce temps, Seslavin avait rejoint à Auxerre Maurice Liechtenstein, qui continuait k rendre compte à Schwarzenberg de la situation des partis qu'il avait envoyés à Avallon et à Autun. Ces rapports, que nous croyons utile de reproduire in extenso, permettront de se rendre un compte exact des progrès faits par le soulèvement national, d'apprécier les résultats que la levée aurait pu produire, si Ton avait songé à l'organiser à temps, à la soutenir par la présence de quelques troupes, ii fournir aux bourgeois et aux paysans les fusils, la poudre et les balles qui leur manquaient.

« J'ai reçu d'Autun, écrit le prince Maurice Liechtenstein au généralissime *, des nouvelles du capitaine von Œhnhausen, qui y a été rejoint parle capitaine Bôhm, des chevau-légers O'Reilly. Ces deux officiers et leurs troupes se trouvent complètement en Tair par suite du départ de l'infanterie de Bianchi. Les populations prennent partout les armes, et ces deux officiers sont forcés de bivouaquer en arrière d'Autun pour ne pas courir le risque d'être surpris.

« Leur retraite sur Auxerre sera d'ailleurs facilitée par une affaire heureuse (?) que le major von Wûsthoff a eue hier avec des insurgés dans sa marche de Saulieu à Avallon, entre Rouvray et Avallon. La chose est curieuse et je joins îi ma dépêche le rapport de cet officier. Votre Altesse verra par là que les paysans et les populations se conforment aux instructions du général AUix.

« J'ai donné des ordres précis au major von Wûsthoff et, s'il arrivait quelque chose à Avallon, je m'y porterai de suite avec ce que j'ai de troupes disponibles et deux batteries pour châtier sévèrement les coupables.

« On n'a pas pu jusqu'à présent joindre les paysans armés, ni de ce côté, ni à Saint-Fargeau, où il y en aurait, dit-on, i200, parce qu'ils se dispersent à l'approche de nos troupes.

« Comme il n'y a pas de forces régulières de l'ennemi dans ces parages, je désirerais, si Votre Altesse m'y autorise, recevoir l'ordre d'aller occuper Joigny, d'où je pourrai couvrir et la gauche de l'armée et la route de Dijon.

1 Prince Maurice Liechtenstein au prince de Scliwarzenberg, Auxerre, 10 mars, (if. K, Kriegt Arckiv,,, III, 204.)

« Je reçois h Tinstant du major von Wûslhoffla nouvelle que la patrouille qu'il envoyait au capitaine von CEhnhausen et qui lui portail des ordres, a été attaquée par des paysans armés dans les bois de Saulieu. Le capitaine von (Khnhausen n'a donc pu recevoir Tordre de rentrer et il m'est impossible de communiquer avec lui.

« Je recommande au major von WiisthofF do faire bonne contenance et, le cas échéant, de se replier sur moi, s'il y est contraint. Je n'ai d'ailleurs, pour le soutenir, absolument rien de disponible avant l'arrivée du 7® bataillon de chasseurs.

« Le capitaine von Œhnhausen, avec lequel mes communications sont interrompues et coupées, ira, je Tespère, h Dijon.

« Seul ici, avec des troupes d'un effectif par trop faible, je ne peux rien faire, d'autant plus que les maires, épouvantés par les menaces du général Allix et ne voulant ou n* osant plus rien nous fournir, s'enfuient, dès que notre approche est signalée. »

Les rapports du major von Wùsthoff, en date des 10 et il mars, entrent plus avant encore dans le détail des événements qui se passèrent h Avallon. Ils prouvent que le généralissime; n'avait pas tout î\ fait tort, lorsqu'il appelait l'attention des souverains sur les dangers auxquels étaient exposées ses lignes d'étape et ses communications avec l'armée du Sud, sur les proportions inquiétantes que pouvait prendre, à la suite d'un revers éprouvé par la grande armée, un mouvement national qui se manifestait de tous côtés, mais auquel l'ensemble, l'appui de troupes de ligne, le lien moral et surtout les ressources matérielles faisaient (encore défaut :

« A peu prés c\ une demi-lieue d'ici, au point de croisée des routes de Sauvigny-le-Bois et d' Avallon, c'est ainsi que s'exprime le major von Wùsthoff dans le premier des rapports qu'il adresse à Maurice Liechlenstein *, j'ai, en passant h 500 pas de la lisière d'un bois, été attaqué à l'improviste par des paysans insurgés.

« Avant d'arriver à ce bois, j'avais déjfi remarqué sur le» pierres de nombreuses inscriptions de : « Vive Napoléon î » Cela me rendit attentif, et je m'imaginai que les auteurs de ces

* Major von Wttsthoff au prince Maurice Liechtenstein, Avallon, iO mars. K. K, Krieg Arehiv., ni, 204 a.)

inscriptions devaient s'ôlre cachés dans le bois pour regarder de \h la figure que nous ferions en lisant ces inscriptions.

« Dans un champ situé tout près de la croisée des routes, il y avait des paysans sans armes qui causèrent avec nous. A peine se furent-ils éloignés que plusieurs hommes parurent h la lisière du bois et, au nombre de 20 environ, se mirent î\ tirer sur nous. J'envoyai contre eux une demi-compagnie avec ordre de fusiller tout ce qu'on prendrait. Cet ordre fut ponctuellement exécuté, malgré le feu violent qui partait du bois. La demi-compagnie se porta rapidement en avant et réussit h saisir et h fusiller 15 insurgés, parmi lesquels se trouvait le chef de la bande.

« On m'amena un des prisonniers que j'interrogeai et je sus que tous ces gens venaient de Rouvray et de Bussières, qu'ils s'étaient mis en route après notre départ en passant par les bois, suivant en cela les conseils de Didier Picarda et de Germain Telau ; qu'il y avait avec eux, Jacques Grossetête, Jean Lazardeux, César Picarda, Biaise Forestier, tous de Rouvray et 20 habitants de Bussières, dont il ne savait pas les noms. Quant à lui, c'était un nommé Pierre Bierri, de Rouvray. Je le fis fusiller sur place devant les paysans accourus, parce que je n'osais pas l'emmener h Avallon où j'avais d'abord eu l'intention de procéder à l'exécution en présence de la population de la ville. Les nouvelles que je venais de recevoir d'Avallon, et que m'avait rapportées le lieutenant baron Godart que j'y avais envoyé avec un peloton, m'avaient amené h modifier ainsi mes projets.

« Cet officier me rendit compte de l'agitation hostile qui régnait dans celte ville, du départ du maire et de l'adjoint, qui s'étaient enfuis, quand on avait eu connaissance de notre marche et de l'existence d'un gros rassemblement de 1000 habitants qui paraissaient disposés à s'armer contre nous.

« Pour toutes ces raisons je crus prudent de ne pas entrer dans la ville, et je campai en vue d'Avallon. Prière de m'envoyer des renforts si je dois rester ici ; le pays est très difficile. »

Une deuxième dépèche de Wûsthoff, datée d'Avallon le lendemain 11 mars à 9 heures du matin, n'était guère plus rassurante. Ce n'était pas à Avallon seulement qu'on était décidé à résister; c'était sur toute la contrée que s'étendait le soulèvement, malgré la pusillanimité, la défaillance et la lâcheté du maire de Rouvray qui, probablement dans la crainte d'être emmené comme otage.

ou d'être rendu responsable de ratlitudc hostile de ses concitoyens, essayait de se mettre à Tabri des représailles en renvoyant au major les dragons autrichiens pris par les gens de Saulieu et avait le triste courage de prier le major de distinguer sa commune « à cause du zèle qu'elle a montré pour le bon service des troupes alliées*. » Le major von Wusthoif, dans Tun de ses rapports du 11 mars {K, K. Kriefjs archiv, III, 204 rf), nous a conservé le nom de ce lâche. Il s'appelait Gaillard.

Voici d'ailleurs, d'après le rapport môme du major, les faits qui avaient précédé cette lettre de Gaillard et motivé la mise en liberté des dragons :

« Le caporal de chevau-légers', que j'ai envoyé hier au capitaine von Œnhausen et qui était porteur de vos ordres, n'a pu passer. II a été attaqué, au delà de Saulieu, par des paysans armés et a reçu un coup de feu dans la poitrine. Ses hommes Font mené à Saulieu et l'y ont mis à l'hôpital. Ils avaient eu le soin de lui enlever la dépêche dont il était porteur et voulaient continuer leur roule ; mais le maire et le maître de poste, gens honnêtes, leur dirent qu'ils ne passeraient pas et qu'ils ne trouveraient personne disposé îi risquer sa vie pour les conduire et leur servir de guide. Ces quatre cavaliers se replièrent donc, lorsque, entre Rouvray et Saulieu, ils furent de nouveau attaqués et pris par des paysans. Us eurent toutefois le temps et la présence d'esprit d'anéantir la dépêche. Le maire de Rouvray les remit en liberté et me les renvova sous escorte de six hommes avec une lettre de lui.

« Ici tout est encore tranquille?, mais, comme le maire a quitté la ville et comme il n'y a aucun magistrat auquel je puisse m'adresser pour me procurer des vivres, je ne pourrai rester ici bien longtemps. On a, à grand'peine, consenti à me donner ce qu'il me faut pour cette nuit et, môme en ayant recours aux menaces, il m'a été impossible de rien obtenir de plus. Pendant le combat que j'ai eu hier avec les paysans, j'avais envoyé un escadron sur la route de Cussy-les-Forges. Cet escadron a trouvé

* Lottre da maire de Rouvray, GaiUard, au major von Wusthoff. (K, K. KrUgi Archiv. ,\\\,%(ik d,)

* Rapport du major von WtisthofTau prince Maurice Liechtenstein, Avallon, H mars, 9 heures du matin. (K, K, Kriegt Archiv. , III, S04 6.)

devant ce village 300 paysans en armes avec un tambour et deux chefs à cheval. Les paysans ne se sont pas portés contre l'escadron qui les avait fait prévenir par un autre paysan fcelui-lîi inofiensif et sans armes), qu'ils seraient tous sabrés s'ils faisaient un pas en avant. »

Wûsthoff ne s^illusionnait pas sur la situation. Ce n'était pas avec quelques cavaliers qu'il lui était possible de réprimer un mouvement qui se propageait à tout instant. Mais, pour assurer sa retraite, pour parvenir à rejoindre la division, il lui fallait faire bonne contenance. Il résolut donc, avant de se replier, de frapper Avallon d'une espèce de réquisition en se faisant donner les vivres et les fourrages nécessaires à son détachement.

La chose était loin d'être facile, comme le montiv le rapport ci-dessous '. Le ton des habiUints prouvait bien que rintimidation n'avait plus aucune prise sur eux. Ils avaient conscience de leur force et de la faiblesse du détachement autrichien, et ils étaient fermement décidés à n'îsister énergiquement contre toute att<ique.

« Le lieutenant baron von Godart, que j'ai envoyé en ville, rentre h l'instant et me dit que la population est de plus en plus excitée contre nous. On prétend que le général Allix va revcniir et est déjà tout près d'A vallon.

« Un habitant a eu l'impudence et l'audace de dire au lieutenant : « Si vous voulez nous promettre de vous retirer à dix heures du soir, on vous donnera de quoi manger. »

« On lui a, à la fin, promis un peu d'eau-de-vie, du pain et du fromage. Prière de m'envoyer des ordres. »

Post'Scriplum, « Le lieutenant baron von (iodart a demandé des vivres pour 400 hommes. Le peuple s'est mis à rire en lui disant que nous n'étions môme pas 300. 100 hommes sont en face de nous et observent tous nos mouvements. »

Wiisthoff, ne pouvant plus sans danger prolonger son séjour dans ces parages, ne larda pas à se replier.

L'exemple tiré des événements, dont les environs d'Avallon venaient d'être le théâtre, suffit, il nous semble, et c'est pour cette raison que nous avons cru devoir insister sur les rapports du

< Wiisthoff au prince Maurice Liechtenstein, Avallon, H mars. (K. K. Kriegs ArcfUv., m, S04 c.)

Weil. — III. . 22 ■

major von Wiïsthoff, pour montrer le parti qu'on aurait pu tirer de la levée en masse si Ton avait songé à Torganiserdès le début de l'invasion.

11 mars 1814. — Nouvelles de l'armée de Silésie. — Lettre du tzar à Schwarzenberg. — Le 11 au matin, Sch\var/.eiibcrg viMiait à peine de quitter Chaumont, loi*sque l'empereur Alexandre; y reçut d<* Saint-Priest la nouvelle de l'affaire de Craonne et l'avis qu'on avait entendu, le 9, le canon du côté de Laon. Saint- Priest ignorait encore le résultat de la bataille livrées par Bluchi^r*. Le tzar s'était aussitôt empressé de faire écrinî par Wolkonsky à Schwarzenberg un billet l'invitant à donner immédiatement à l'aile droite de la grande armée l'ordre de conmiencer son mouvement dans la direction de Vitry et d'Arcis-sur-Aube. Puis, sans attendre la réponse du généralissime et pour mieux lui marquer rimportance qu'il attachait à l'exécution immédiate de c<»tte opération, il avait, dans le courant de la journée, chargé les généraux Dicbitsch et ToU de» se rendre auprès du prince, de lui exposer ses idées et de le décider à se conformer, sans plus tard(»r, à ses volontés.

Ordres à Wittgenstein et à Eaîssaroff pour le 12 mars. —

Dans l'intervalle le généralissime s'était contenté de donner aux généraux Wittgenstein et Kaïssaroff l'ordre d'exécuter le hiiidemain 12, par Soulages ou Plancy, sur la rive droite de l'Aube, une reconnaissance offensive dans la direction de Villenauxe. « Je passerais volontiers la Seine, disait le généralissime, si je savais exactement ce que fait l'ennemi*. » Mais toujours méthodique, ne voulant rien livrer au hasard, tenant par-dessus tout à ménager ses troupes, le généralissime ajoutait : « Je ne le ferai que lorsque je serai renseigné suttisamment et sûr d'éviter à mon infanterie, déjà très fatiguée, des marches inutiles. »

En attendant, afin de permettre à Wittgenstein de profiter de l'éloignement ou de la faiblesse de l'ennemi, de le mettre à môme

» Saint-Priest à Wolkonsky, Sillery, iO mars {K, K, Kriegs Archiv., 205 6). Voir le chapitre précédent.

« Schwarzenberg à Wittgenstein, Troye<, 11 mars. (A'. K. Kriegs Arekir,, m, 199.)

d'aller par Mériot déblayer le débouché de Nogent, il lui avait (îuvoyé 15 pontons.

Pondant ce temps, le VI* corps achevait de s'établir sur les nouvelles positions qu'il avait commencé à occuper la veille et, dès l'arrivée des pontons, on procéda, le 11 au soir, à rétablissement du pont de bateaux de Nogent, tandis que» le général Doctoroff, qui avait passé la Seine à Méry et l'Aube h Plancy avec les hussards d'Olviopol et les cosaques de Rebrikoft', recherchait entre Villenauxe oi Sézanne la comniunication avcîc Kaïssaroff.

Macdonald continuait h tenir des postes d'observation sur la Seine et à faire surveiller l'Yonne du côté de Sens et de Pont-sur- Yonne. Il se proposait, en outre, de faire venir les troupes du général Souham à Montereau et d'ordonner aux deux brigades de Pacthod de rejoindre le» 7^ corps.

12 mars 1814. — Apparition de la cavalerie du VI* corps sur la ri?e droite de la Seine. — Dans la nuit du 1 1 au i% Wittgenstein avait fait jeter à Pont-le-Roi un pont de bateaux qui servit dans le courant de la matinée au passage sur la rive droiU^ de deux escadrons de hussards et de 200 Cosaques de Wlassoff. Bien que le général russe ait eu, comme il l'écrit h Schwarzenberg *, rintention de ne faire de ce côté qu'une simple démonstration, il semble qu'il aurait eu tout avantage h choisir un autre point que Pont-le-Roi. Il était difflcile de croire que les Français se laisseraient prendre à un piège de ce genre, et de toute façon, l(î général russe, au lieu de s'exposer à être contraint à relever le soir 1(» pont qu'il venait de jeter, eût assurément agi plus rationnellement en se bornant h de simples manifestations à Ponl-le- Roi et en se servant de ces pontons, qui avaient déjà mis tant do tiMUjis h le rejoindre pour établir tout à son aise H en pleine sécurité, plus en amont, du côté de Marcilly, par exemple, un passage qui eut permis ii sa cavalerie de déboucher par la forêt de la Traconne sur le plateau de Provins, à son infanterie de se déployer sans encombre sur la rive droite.

La cavalerie, qui s'était servie du pont de bateaux de Pont-le- Roi, resta sur la rive droite après avoir battu le pays à droite et

* Wittgenstein au prince de Schwarzenberg, Romilly. 12 mars. (K, K» KriegsArehiv.,\\\, 225.)

il gauche de ce point; mais la nuil étant arrivée, elle s'arrêta à La Villeneuve-au-Ghïitelot, sans parvenir h connaître la direction prise par les troupes françaises qui se retiraient de Villeneuve devant les Cosaques de Kaïssaroff.

La colonne de cavalerie du général Doctoroff n'avait pu arriver il temps pour soutenir les Cosaques et ne dépassa pas le soir Villiers-aux-Corneilles et EsclavoUes.

Le 12 au soir, Wiltgenstein qui avait profité du prétexte que lui fournissait une blessure reçue à Bar-sur-Aube pour demander il l'empereur Alexandre l'autorisation de quitter momentanément l'armée, se disposait à remettre au général Raïeffsky un commandement que cet officier général n'allait guère exercer que nominidement. Les vrais chefs du VI* corps seront plus que jamais, à partir de ce moment, Pahlen et surtout le prince Eugène de Wurtemberg.

C'est d'ailleurs, moins î\ une blessure presque <»ntièrenicnl guérie qu'à la tension de ses rapports îivec Wrède, qu'il convient d'attribuer le départ de Wiltgenstein. L'élévation de Wrèd(» îi la dignité de feld-maréchal aurait, d'ailleurs, motivé de toute façon la retraite du général russe qui. ayant connnandé en chef en 1812 et 1813, n'aurait jamais consenti à recevoir des ordres du fiîldniaréchal bavarois. Les deux généraux avaient, du reste, vécu en mauvaise intelligence depuis le commencement de la campagne, et les incidents qui avaient précédé et suivi l'entrée i^i Bar, le 27 février, avaient mis le comble fi la mesure.

Affaire de Villenauxe. — Le 12 au matin, Kaïssaroff, sachant que Wittgenstein avait couvert les ponts de Méry et d'Arcis-sur- Aube, et informé de la présence ii Villenauxe d'un détachement français qui, composé de 500 à 600 chevaux sous les ordres de Montbrun et de 500 hommes d'infanterie du général Maurin, avait profité de son mouvement rétrograde sur Fère-Champenoise pour s'établir sur ce point, paraissait à l'improviste devant cette petite ville avec deux régiments cosaques.

Montbrun, croyant n'avoir rien à craindre, avait négligé de se garder. A la pointe du jour, les cosaques, sans avoir été arrêtés ou même aperçus, se jetèrent sur les six escadrons postés en avant de Villenauxe, culbutèrent ce qui se trouva devant eux, mirent 200 hommes hors de combat et enlevèrent une centaine de prison-

iiiers. Des renforts de cavalerie envoyés par Saint-Germain arrivèrent trop tard pour rétablir les affaires.

Les escadrons de Montbrun s'étaient rejelés en désordre audelà de Villenauxe poursuivis par les cosaques, et les cavaliers de Saint-Germain se bornèrent h se déployer sans oser rien entreprendre contre Kaissaroff. Le général russe essaya alors d'incendier Villenauxe que Tinfanterie de Maurin évacua. Pressée par les cosaques qui mirent en déroute la cavalerie française, elle se rejeta on désordre dans la direction de Provins. Les cosaques s'arrêtèrent le soir à Montpothier et poussèrent leurs avant-postes entre Nogent et Provins. Kaïssaroft était désormais en mesure de faire savoir au généralissime que Macdonald, Gérard et Oudinot étaient avec 20,000 hommes au plus aux environs de Provins et ne tenaient le long de la Seine que de faibles avant-postes».

A la suite de ces événements, Saint-Germain s'était replié d'abord sur La Saulsotte, puis sur Le Port où Macdonald lui fit leiiir Tordre de garder Chalautre-la-Grande et lui annonça en même temps que le général Gérard Tappuyerail, le 12 au soir, par de forts détachements d'infanterie et que le 13, à 3 heures (lu matin. Milhaud aurait 1200 chevaux à Léchelle et à Saint- Martin-Chennetron.

Nouveau plan d'opérations de Schwarzenberg. — En revanche, tout était resté tranquille du côté de Bray.

Pendant que Diebitsch elToll s'acquittaient auprès de Schwarzenberg de la mission que l'empereur Alexandre leur avait confiée et conféraient avec le généralissime pendant la plus grande partie de la journée, on avait, comme le raconte Taxis', reçu des nouvelles, encore vagues, parce qu'elles arrivaient par des voies

* Stakkb, Kintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Miirz {Ibid., 111, 1); Wittgensteiii à Schwarzenberg. Romilly, iS mars (IbùL, ni 225). et Kaïssaroiï à Schwarzenberg {Ibid., III, 227 et Hl. ad 227, original en français).

Kaissaroff terminait en ces termes l'un de ses rapports : « J'ai l'honneur de transmettre à Votre Altesse les dépèches que j'ai reçues du comte de Saint- Priestja lettre du général Tettenborn au capitaine Berkmann, qui est avec un do mes détachements à, Rpemay. et dos exemplaires d'un journal snrnommô (sic) le Bivouac. »

« Taxis, Tagehiieh. (K. K. Krieqx Arehiv,, Xllî. 32.)

détournées, de la bataille de Laon et de la retraite de Napoléon sur Soissons. Schwarzenberg , tout en reconnaissant que Ift moment d*agir était arrivé, ne pouvait cependant se décider à prendre un parti définitif avant d'avoir la confirmation officielle de nouvelles dont Tauthenticité était loin d'être établie. Les termes mêmes dans lesquels était conçue la lettre* que Wolkonsky adressait h ce propos sur Tordre du tzar au généralissime, sont là pour prouver que les souverains eux-mêmes ne possédaient encore, lo 12 au soir, que des renseignements insuffisants et incomplets sur les événements dont la plaine de Laon venait d'être le théâtre. Dans ces conditions, il était tout naturel que le généralissime se préoccupât à Tavance de l'examen et de la solution des différentes situations dans lesquelles les événements pouvaient le placer.

Comme le montre la lettre de Wolkonsky, on avait examiné, dans la journée du 12, trois hypothèses et préparé en conséquence trois plans d'opérations qui complétaient les dispositions déjà [Hudiées et que le généralissime avait présentées aux souverains quarante-huit heures auparavant.

Première hypothèse : Napoléon, battu par Bliicher, se met en retraite sur Paris.

Dans ce cas et conformément aux dispositions contenues dans le projet du 10 mars, la grande armée se concentre autour de Provins et se porte sur Melun. Le généralissime entrant toutefois dans le détail des mouvements, se proposait alors de masser, le 13 mars, le VI^ corps entre Pont^le-Roi et Méry, afin de le diriger, soit sur Arcis, soit sur Villenauxe, de poster le V« corps

* Lettre da prince Wolkonsky an prince de Schwarzenberg, Chaamont, 12 mars. (K, K, Kriegt Archiv., 111, 207, texte original en français) :

<c Monseigneur, je m'empresse de communiquer à Votre Altesse les nouvelles que je viens de recevoir du comte de Saint-Priest.

« Sa Majesté me charge de vous dire qu'ElIe croit qu'un mouvement offensif dans ce moment est plus que jamais indispensable.

(( Au moment où j'allais finir cette lettre, arrive le général Diebitsch avec les plans de Votre Altesse basés sur trois suppositions différentes.

« Vu Tétat des choses chez le maréchal Bliicher où Napoléon parait avoir éprouvé qtielque échec. Sa Majesté croit qu'actuellement il serait plus convenable de se tenir à la première supposition à laquelle les souverains ne sauront refuser leur approbation.

<c Veuillez me faire savoir le plus tôt possible votre décision sur cet objet pour la mettre sous les yeux de Sa Majestt^ et agréez, etc. >>

à Arcis, de fairo marcher le IIl« corps, non plus sur Sens, mais sur Prunay, de réunir le IV» corps entre Prunay et Avon-la-Pèze, et les gardes et réserves entre Brienne et Montier-en-Der.

La grande armée, h cheval à ce moment sur la Seine, aurait passé tout entière sur la rive droite le lendemain. Les III* et IV« corps devaient traverser le fleuve à Nogent et à Pont-le-Roi, tandis que les V« et VI» corps marcheraient, Tun sur Sézanne, Tautre sur Villenauxe, et que les gardes et réserves viendraient h Arcis-sur-Aube.

Le 15, Tarmée de Schwarzenberg tout entière se rassemblerait entre Provins et Nangis; Blûcher chercherait à arriver à Meaux et opérerait à nouveau sa jonction. Le 16, marche générale des corps de la grande armée sur Melun.

C'était \h, toujours d'après la lettre de Wolkonsky, l'hypothèse dont la réalisation semblait la plus probable aux souverains, l'hypothèse h laquelle on s'arrêta et en vue de laquelle on manœuvra.

La deuxième hypothèse supposait que Napoléon, vainqueur de Blucher, se portait par Châlons, contre la droite de Schwarzenberg, et arrivait h Chftlons le 15 mars.

On se proposait alors de concentrer toute l'armée entre Arcissur-Aube et Méry, à l'exception du III* corps, laissé à Troyes et sur la Seine, des cosaques de Seslavin à Saint-Valérien, et du prince Maurice Liechtenstein à Joigny. Les gardes et réserves venaient alors à Saint-Dizier.

Le 14 mars, le gros de l'armée, moins le III« corps, aurait été tout entier formé sur la rive droite de TAube, de Sompuis h Bamenipt, et les gardes auraient continué leur marche de Saint- Dizier h Vitry, où toute l'armée aurait été réunie le 15.

Enfin, dans une troisième hypothèse, on admettait que Napoléon, sans avoir voulu se mesurer avec Blûcher, se dirigerait sur Chftlons. Dans ce cas, après avoir porté, le 14, les V« et VI® corps sur Arcis, les III« et IV® sur Troyes, les gardes et réserves de Saint-Dizier sur Joinville ou d'Arcis sur Brienne, on aurait ramené, le 15, les deux premiers corps sur Brienne, les deux autres sur Vendeuvre et les gardes sur Chaumont. Le 16, les quatre corps auraient dû venir à Bar-sur-Aube, et le 17, l'armée tout entière aurait pris position h Chaumont.

Il convient de remarquer, îi ce propos, dit le feld-maréchal lieutenant Gallina, dans le beau travail qui a pour titre : Aimee- Leitung und Truppenfilhrung in ihren Wechselbeziehungen, que les ordres émanant de Schwarzenberg prouvent qu'il avait assurément l'intention de ne remettre la grande armée en mouvement qu après réception de nouvelles positives sur la direction prise par Napoléon, et sur Tétat et la situation de Tarmée de Silésie. Or, comme pour exécuter chacun des mouvements qu'il prévoyait dans ces ordres et qui faisaient Tobjel de suppositions différentes, Tarmée avait besoin de quatre jours, le commandement aurait donc dft savoir au moins quatre jours à Tavance la direction de marche choisie par l'ennemi.

On peut, il est vrai, quand il s'agit, comme c'était la le cas, d'un ennemi posté sur Tun des flancs, arriver, grAce à l'activité do la cavalerie, à savoir approximativement quelles sont les positions occupées journellement par l'ennemi; mais il est difficile, pour ne pas dire impossible, de découvrir à l'avance la direction qu'il imprimera les jours suivants à sa marche. Ainsi, par exemple, il était difficile de savoir si, après avoir repris Reims, Napoléon se porterait, de Ih, sur Provins, plutôt que sur Chaumont ou sur un point intermédiaire situé entre ces deux villes et sur le cours de l'Aube.

On avait également pris pour base de ces suppositions et admis comme fait positif et indiscutable, l'impossibilité pour Napoléon d'atteindre la Marne avant le 16 mars.

Si les événements ont donné raison h cette supputation, il n'en est pas moins certain qu'ils auraient parfaitement et tout aussi bien pu en démontrer la fausseté et l'inanité.

Car ce ne fut que le 13 mars que Schwerzenberg apprit, par des émissaires et des voyageurs, — par conséquent, d'une manière absolument accidentelle et de sources peu dignes de foi, — qu'il y avait eu des engagements sérieux il Craonne et fi Laon. De plus, il est urgent de remarquer que, le 12 mars, le jour où il lança ses ordres éventuels, le généralissime ignorait complètement les mouvements de Napoléon et le sort de Blûcher. On savait seulement au quartier général de Schwaivenberg, que Napoléon avait passé la Marne le 3 mars.

Or, de La Ferté-sous-Jouarre à Laon, il y a au plus quatre jours de marche; de Laon à ChAlons. il n'y en a pas davantage;

soit huit jours de marche en tout; do sorte que Napoléon ne pouvait pas être revenu sur la Marne avant le 11 mars.

Mais pour déclarer qu'il ne pouvait y ramener son armée avant le 16, il fallait être certain — et on ne pouvait pas l'être — que Blûcher parviendrait à retarder de cinq jours la marche des Français sur Laon. Du reste, rien ne prouvait non plus que Napoléon pousserait sur Laon et que, se contentant d'avoir obligé l'armée de Silésio à rétrograder, il ne ferait pas volte-face en route pour revenir rapidement sur la Marne.

C'est peut-être aussi pour cela que Schwarzenberg a hésité, jusqu'à la réception de nouvelles positives, à pousser vers l'ouest son armée qui, à vrai dire, ne bougea plus depuis le 5 mars. Il semble, en effet, que, dès ce moment, il ait par-dessus tout tenu h pouvoir opérer la concentration dans l'une des trois directions qu'il prévoyait dans ses ordres du 12, et négligé, d'autre part, de s'occuper de la date à laquelle Napoléon pouvait revenir sur lui. Enfin, il est de toute évidence qu'il aurait dû, avant tout, rechercher et appliquer les moyens qui lui auraient permis de découvrir la direction prise par Napoléon. Une telle opération était assurément difficile, mais elle était loin d'être inexécutable.

Si, après avoir repris Reims le 13, Napoléon avait pu continuer h marcher sur Brienne, s'il n'avait pas été contrainte rester à Reims du 14 au 17, il aurait certainement débouché, avec son armée, du côté de Brienne le 17 au plus tard. Or, ce ne fut que le 16 dans la nuit, que Schwarzenberg fut informé de la prise de Reims, et il lui eût été, par suite, absolument impossible d'amener en deux jours son armée sur la position de Trannes, qu'il avait choisie comme point de ralliement général dans ses ordres du 12 et qu'on ne saurait atteindre de Nogent en moins de quatre jours.

C'est donc un hasard heureux, une coïncidence fortuite qui, en décidant Napoléon à ne passer la Marne que le 18 et h se porter vers le cours central de cette rivière au lieu de se jeter par la haute Marne sur les derrières et sur la queue de Schwarzenberg, a tiré la grande armée alliée de la situation plus que critique dans laquelle elle se serait trouvée placée, par suite des lenteurs et des hésitations de son chef.

D'ailleurs, en présentant ces différents projets aux souverains, Schwarzenberg cherchait moins h se préparer en vue des éven-

tualités les plus diverses qu'à éviter de prendre un parti définitif avant de savoir exactement à quoi s'en tenir sur Tissue des opérations de Napoléon contre Blùcher, sur les intentions ultérieures du maréchal Vornàrts. Les lettres que le généralissime écrit à sa femme nous en fournissent la preuve et nous montrent qu'il était loin d*ètre décidé en principe à livrer la bataille décisive qui pouvait, dans de certaines conjonctures, devenir absolument nécessaire. Le jour môme de sa conférence avec Diebitsch et avec ToU, il disait à la princesse : « Cette fois BlUcher a été sage, il a refusé

la bataille tant qu'il n'a pas eu toutes ses forces sous la main

Mais je suis sans nouvelles de lui depuis le 9 et faroue qu^ je tremble. Si Bliicher, qui a des troupes aussi bonnes et aussi nombreuses que Napoléon, est battu, je me demande s il est sage d'accepter la bataille; car si jesuvf vaincu, quel triomphe pour Napoléon et quelle humiliation pour les souverains forcés de repasser le Rhin à la tête d'une armée battue !

Lord Burghersh avait donc bien jugé la situation, lorsqu'il écrivait h lord Castlereagh : « Nos opérations sont bien bizarres. Le fait est qu'on a peur de se battre. Je suvi convaincu qu'on ne risquera pas uns action générale sans laquelle il est impossible d'en finir avec Bonaparte. Ce que Schwarzenberg aimerait le mieux, ce serait de pouvoir revenir sur le Rhin. Dans sa situation actuelle, il est aux prises avec une infinité de difficultés qu'une victoire seule lui permettrait de surmonter; mais il trouve le remède trop dangereux. N'osant se replier, tant qu'il n'y sm^a pas forcé, il reste là où il est, sans avoir, je le crains. Vintention de faire grand'chose, A moins toutefois que les victoires des autres armées alliées ne simplifient sa besogne '. »

Et un peu plus loin, Tofficier anglais trace un tableau désolant de Tétat moral de la grande armée alliée pendant les journées de repos que son chef lui a accordées dans Tespoir de la voir se refaire : « Les officiers n'aspirent qu'à une chose, n'ont qu'un désir : la paix. Il m'est pénible de vous le dire, mais je crois de mon devoir de vous faire connaître la vérité : la grande armée est en pleine dissolution ; on n'y fait plus que piller et voler ; les habitants de Troyes n'ont plus de pain et mangent les chevaux morts qui gisent dans les rues. »

* Castlereagh. Corretpondanee, Ul, 336.

13 mars 1814. — Ordres ponr la journée du 13 mars. —

Aussi, pendant que Diebitsch emportait à Chaumont les plans (l'opération que nous venons de résumer, le généralissime, n'ayant reçu aucune nouvelle plus récente et plus positive de l'armée de Silésie, envoyait le 12 au soir à ses commandants de corps des ordres faisant exécuter à son armée les mouvements qu'elle aurait eu i\ faire si, comme le prévoyait la première hypothèse, Napoléon, battu à Laon, avait pris le parti de se replier sur Paris.

Ces mouvements, d'ailleurs, n'étaient en aucun cas de nature î\ compromettre l'armée. Ils ne tendaient, en somme, qu'à resserrer quelque peu des cantonnements démesurément étendus en rapprochant les différents corps de l'Aube, qu'à couvrir le prolongement de l'aile droite en faisant venir les gardes et réserves ?i Brienne.

A partir de ce moment, la grande armée renonce à cette inaction, à cette immobilité qui n'a pas duré moins de neuf jours, bien qu'en réalité ce ne soit guère que le 18 au soir et même le 19 qu'elle recommencera à manœuvrer et à opérer sérieusement. Pendant les journées qui vont s'écouler du 13 au 19, le généralissime va se borner, en eff*et, à lui faire exécuter des mouvements sans conséquence, à livrer des combats insignifiants et partiels aux environs de Provins. On eût pu assurément mieux faire. Rien n'empêchait encore de réparer le temps perdu et d'écraser par une offensive énergique la poignée d'hommes qui suffisait h peine pour surveiller le cours de la Seine et de l'Yonne et couvrir Provins. i

Mais de semblables opérations ne cadraient pas avec les idées de prudence, avec la circonspection méthodique du généralissime.

Escarmouches de Villenauxe et de Courtavant. — Le YI*

corps et les cosaques de Kaïssaroff occupaient déjà les positions que leur assignaient les nouveaux ordres de Schwarzenberg et les avant-postes de Pahlen étaient déjà établis sur la Seine à Froidparoy, Nogent et Marnay ; sur l'Aube à Plancy et à Anglure, tandis que Kaïssaroff couvrait sa position centrale de Sézanne par des détachements qui occupaient Villenauxe et Mœurs. Du côté des maréchaux français, le maréchal Macdonald con-

centrait, le 13 au matin, le corps d'Oudinot entre les routes de Nogent et de Bray ; Trelliard, qui remplaçait Valmy, recevait Tordre de pousser vers Sézanne jusqu'à hauteur de Gourgivaux, avec 2,400 chevaux des 5® et 6' corps de cavalerie, soutenus par la brigade Montfort de la division Levai, et Milhaud laissait une seule de ses divisions à Herme. Enfin, Saint-Germain était venu attaquer Villenauxe, en avait chassé les cosaques qu'il avait poussés en arrière du canal de Courlavant. L'infanterie qui le soutenait occupa Courtavanl, qu'elle quitta ensuite dans le courant de' l'après-midi. Attaquée et cernée à ce moment par les cosaques dllowaïsky XII, elle ne parvint h se frayer une roulo qu'au prix de pertes assez sérieuses*.

Mouvements des V*, IV* et IIP corps et des gardes et réserves. — Le gros du V« corps exécutant son mouvement sur Arcis, avait passé la Seine h Méry et à Saint-Lyé et laissé h Traînel le général Antoine Hardegg dont la cavalerie, sous les ordres de Geramb, continuait à observer Bray du côté de Montigny-le- Guesdier*.

Au IV® corps, le prince royal de Wurtemberg avait fait serrer ses troupes sur Saint-Martin-de-Bossenay, où il avait établi son quartier général, Avon-la-Pèze et Marcilly-le-Haver.

Outre les troupes wurtembergeoises, le prince avait maintenant sous ses ordres un régiment de hussards autrichiens, la 2® division de cuirassiers russes du général Krétoff, une partie des réserves autrichiennes commandées par le comte Nostitz et comprenant huit bataillons de grenadiers et les quatre régiments (le cuirassiers du feld-maréchal lieutenant Krovherr.

Le prince royal, en opérant ce mouvement de concentration vers TAube, avait fait replier sur Trancault-le-Repos la brigade de cavalerie légère du général Walsleben, chargée précédemment de surveiller le cours de TYonne, et la brigade d'infanterie du général Stockmayer, postée pendant les huit derniers jours h Sens.

Pour couvrir sa marche et celle du III» corps et ne pas perdre

* Rapport journalier à l'empereur d'Autriche, 14 mars. (A'. K. Kriegs ArelUv.. ni, 254.)

« Stàrkb, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Hanpt-Armee im Monate Marz. (K. K. Kriegs Arehiv., III, i.)

de vue les niouveuienls que les Français auraient pu faire du côté de Monlereau, le prince avait laissé à Pont-sur- Yonne et à Michery un régiment de chasseurs à cheval chargé de maintenir les communications avec Seslavin qui, venant d'Auxerre, était arrivé h Saint-Valérien. La brigade autrichienne du général Schàffer passa au même moment du IV* au V« corps et dut fournir la garnison de Troyes.

Le IIP corps vint s'établir à Marigny-le-ChAtel, Prunay, Villeloup et au Pavillon ave<: 1(î quartier général de Gyulay à Dierrey- Saint-Pierre. La division Cnmneville avait fait mouvement de» Cerisiers sur Villeneuve-l' Archevêque d'où elle allait observer la route de Sens, et !a division légère de Maurice Liechtenstein restait à Auxeri*e.

Les gardes et réserves russes et prussiennes avaient entin quitté les environs de Chaumont pour venir à Brieniu» et Montier-cn-Der. Harclay de ToUy et Tempereur de Russie transférèrent leurs quartiers généraux à Bar-sur-Aube. L empereur d'Autriche et le roi de Prusse restaient encore à Chaumont.

Tous ces mouvements n'avaient aucun caractère ottensif; on voulait uniquement grouper et concentrer des corps par trop épars et combler, en postant le V*^ corps à Arcis et l(»s gardes à Brienne, le vide par trop considérable qui avait existé jusque-là entre les réserves établies à Chaumont et le reste de la grande armée.

Nouvelles de Tarmée de Silésie. — Dans le courant de lu journée, on avait reçu, au quartier général de Schwar/enberg, une quantité de renseignements, les uns d'authenticité contestable puisqu'ils reposaient sur des rapports d'espions ou des récils de voyageurs, les autres, au contraire, parfaitement positifs et absolument précis. Les derniers, parmi lesquels on peut ranger les deux rapports de Saint-Priesl, en date de Sillery le 11 mars (A'. Â'. Kriegs Arcliiv,, III, 208, a et ù)y ne contenaient guère en dehors de l'annonce officielle du mouvement sur Reims, que ce général se proposait d'exécuter le lendemain, que des appréciations personnelles sur la direction suivie par l'Empereur. Ces indications.avaient cependant paru suffisantes à l'empereur Alexandre, et le prince Wolkonsky avait, sur son ordre, écrit au généralissime en insistant à nouveau sur la nécessité de prendre immédiatement

roflensive. Bien que Schwar/enberg eiil été, en oulre, mis au courant des événements, qui s'étaient passés à Soissons et à Laoïi, du 3 au 10 mars, par l'officier môme qu'il avait détaché au quartier général de l'armée de Silésie, le major Mareschal *, bien qu'il eût reçu la nouvelle officielle de la reprise de Reims par Sainl- Priesl, il avait persisté à croire à la probabilité de la retraite do. l'Empereur sur Paris. Toutefois, au lieu de pousser directement et vivement sur Paris, il avait cru plus prudent de s'en tenir encore h des mesures préparatoires, de rapprocher quelques-uns d<» ses corps des positions occupées par Macdonald, dans Tidée que Napoléon, à la nouvelle de ce mouvement, renoncerait à se jeter sur la droite de la grande armée et s'empresserait de venir couvrir sa capitale. Il semble, d'ailleurs, qu'avant de s'engager plus à fond, le généralissime ait voulu se ménager un entretien qu'il demandait h l'empereur de Russie de lui accorder le lendemain, lors de l'arrivée de ce monarque à Troyes, et dans lequel il comptait se justifier des reproches que ce prince venait de lui adresser.

« J'espère, lui avait écrit le tzar, qu'à l'avenir vous ne serez plus lié et que vous pourrez agir en tenant uniquement compte de la situation stratégique. »

14 mars 1814. — Mouvements préparatoires des corps de la grande armée. — Le 14 au malin, les corps de la grande armée procédèrent h l'exécution des quelques mouvements prescrits par la disposition donnée le 13 à 5 heures du soir.

Deux des divisions du lll* corps en marche sur Sens, se canlonnèrent aux environs de Villeneuve-l'Archevèque. La 3® division, celle de Crenneville, venant de Cerisiers par Villeneuvel'Archevèque, occupa Sens dans raprôs-midi. Elle envoya sur la la rive gauche de l'Yonne une partie de sa cavalerie, d'une part, afin de se relier avec le prince Maurice Liechtenstein à Auxerre, et Seslavin posté à Saint-Valérien qui, lui, avait ordre de se replier sur Sens et auquel Gyulay était chargé désormais de donner des instructions, et de l'autre, afin de surveiller du côté de

1 Rapport du major Mareschal au prince de Schwarzenberg sur les opérations de Blûcher du 2 au 9 mars, Troyes, 12 mars {K. K. Kriegs Arehiv., III» 228), et Stârke, EinUieilung und Tagesbegebenlieitcn dcr Haupt-Armee im Blonate Mârz (Ibid,, III, I).

Courlenay les niouveiucnls des Français sur le Loing *. A droite du m® corps, la cavalerie légère wurlenibergeoise occupait Pontsur-Yonue.

Le prince royal de Wurtemberg n'avait reçu qu'à 10 heures du matin la disposition confiée le 13 ù 6 heures du soir à un offi- <ier qui, ne connaissant pas les chemins, avait pris par Nogent pour se rendre de Troyes à Saint-Martinde-Bossenay.

Le IV* corps ne put par suite commencer qu'à midi son mouvement sur Fontenay-de-Bosscry , Mâcon et Saint-Aubin. A 4 heures, la brigade wurtembergeoise du général Misany relevait à Nogent les russes du général Lissanovitch, qui rejoignaient aussitôt le VI* corps du côté de Pont-le-Roi. La cavalerie de Walsleben et Tinfanterie de Stockmayer venant de TrancauU-le- Repos, arrivèrent le 14 au soir à Fontenay et les chasseurs à cheval wurtembergeois, postés à Pont-sur- Yonne et servant momentanément d'avant-garde à la division Crenneville, poussèrent leurs patrouilles et leurs postes avancés jusque dans les environs de Montereau.

A Nogenl, les Français tenaient toujours sur la rive droite le faubourg des Ponts. Le prince royal, en attendant Tarrivée de ses pontons, avait, à la suite d'une reconnaissance, résolu de jeter un premier pont en amont de la ville. Il voulait ensuite, lorsqu'il aurait réussi à faire évacuer les faubourgs, établir à laide des bateaux qu'on parviendrait à trouver, un deuxième pont dans la ville même.

Une fois ces deux ponts achevés, il avait l'intention, conformément aux ordres du généralissime, de pousser avec sou gros sur la roule de Provins, tandis qu'une autre colonne, marchant par la rive droite, obligerait les Français à évacuer Bray.

11 suffit de jeter un coup d'œil sur les mouvements exécutés parles III® et IV« corps pourvoir que les opérations du 14 mars, loin d'avoir un caractère offensif, tendaient uniquement à amuser l'ennemi.

Si Ton avait eu réellement l'intention de prendre, quoique bien tardivement, l'offensive contre Macdonald, le 14, à un mo-

* Gyulay à Schwarzenberg, Y illeneuve-'r Archevêque, 14 mars. {K. K. Kriegi ArcfUv., m, 262.)

menl où Napoléon, maître de Reims, pouvait à la première attaque sérieuse dirigée contre Provins, se jeter sur les derrières de la grande armée alliée engagée sur les traces de Macdonald et la prendre entre deux feux, on n'aurait évidemment pas envoyé Gyulay sur Sens et chargé le VI® corps seul et les cosaques d'entreprendre quelque chose contre les Français.

L'idée du prince royal de Wurtemberg d'établir un pont à Nogent et en amont de cette ville, était d'autant moins rationnelle que les Français occupaient encore la rive droite et qu'il y avait tout intérêt à choisir un point de passage plus avantageux et assurant aux Alliés un débouché facile sur la rive opposée.

Au V« corps, Frimont avait passé dès le matin l'Aube à Arcis avec la division Spleny et s'était dirigé par la rive droite sur Plancy où il arriva à midi et qu'il fit occuper par un régiment de cavalerie, trois bataillons et une batterie. Un régiment de cavalerie, deux bataillons et une batterie flanquaient sa droite en s'établissant à Salon, Faux et Fresnay. Deux escadrons, soutenus par deux compagnies, lui servaient d'avanl-postes à Roulages et envoyaient des patrouilles dans la direction de Sézanne. Mais Frimont n'avait pu parvenir à rétablir, comme Wrède l'aurait désiré, le pont de Plancy, et le pont de Roulages ne pouvait être utilisé que par un temps sec, parce que le chemin de terre qui y donnait accès devenait impraticable dès qu'il pleuvait. En arrière de Frimont, la cavalerie du général Diezet Tinfanterie bavaroise d'i général de La Motte étaient venues se cantonner, la pn^mière a Allibaudière, la seconde à Villiers-Herbisse et à Herbisse, à Viâpres-le-Grand, h Viûpres-le-Petit et h Champigny-sur-Aube. Le reste du V^ corps occupait Ormes et Arcis *.

Affaires de cavalerie de Mœurs et de Villenauxe.

A 7 heures du matin, Trelliard , après avoir passé par Montceaux-les-Provins, Courgivaux et Retourne-Loup., à la têle de 2,400 chevaux, soutenus par la brigade d'infanterie du général Monlfort, attaquait à Mœurs les avant-postes de Kaïssarofl', pendant qu'une autre reconnaissance de cavalerie tombait au même moment sur les cosaques qui gardaient Villenauxe.

* Stàrkk, Ëiiitlicilaiig und Tagesbegcbciilieitcii dcr Ifaupt-Ariiiec iui Mouate Marz (/T. A'. Kriegs Archiv., III, 1), et Taxis, Tagebuch {Ibid., XIII, 32).

Heureusement pour Kaïssaroft, ses cosaques tinrent bon en avant de Sézanne et se retirèrent lentement devant Trelliard, qui, se conformant aux ordres qu'il avait reçus, n'osa ni s'engager à fond, ni se retirer à propos. Pendant ce temps, Kaïssaroft avait rejeté la colonne qui avait fait une démonstration surVillenauxe et s'était mis immédiatement en route pour Sézanne. Contournant cette ville sans y entrer, il s'était jeté sur la droite des cavaliers de Trelliard et de Pire, que son artillerie canonnait de front pendant qu'une partie de ses cosaques tombait sur leur gauche. Pire, obligé de se replier sur les dragons laissés en arrière, eut quelque peine à repasser le défilé de Mœurs.

Le combat de Mœurs et la retraite inquiétée par les cosaques jusqu'à Châtillon-sur-Morin avaient coûté î\ la cavalerie française 150 hommes hors de combat et une trentaine de prisonniers *. En terminant son rapport, Kaïssaroff attribuait son succès à une ruse qui aurait trompé la cavalerie française : « Je dois avouer à Votre Altesse, écrit-il en français à Schwarzenberg, que les Français auraient réussi à occuper Sézanne s'ils n'avaient pas pris les chevaux de bât des cosaques que je réglais en escadrons pour de la cavalerie réelle. » Enfin, comme il ajoutait en finissant qu'il ignorait encore si les troupes du VI® corps occupaient militairement Villenauxe et que, au cas contraire, il s'attendait pour le lendemain à une attaque sérieuse sur Sézanne dont la conservation lui paraissait de plus en plus indispensable, on envoja à 11 heures du matin à Wrède l'ordre de le soutenir.

A 4 heures, Frimont dirigeait une colonne de cavalerie par Pleurs sur Sézanne et un gros parti par Marsangis sur Villenauxe. Lui-môme devait venir le 15 au matin avec son gros h Pleurs et à Marsangis. La division La Motte et la brigade de cavalerie de Vieregg avaient ordre de suivre le mouvement de Frimont et de lui servirde soutien.

Au VI® corps, que Raiefisky n'avait pas encore rejoint, Wittgenstein continuait à diriger les opérations en attendant l'arrivée de son successeur. Il avait employé la matinée et une partie de

* Kaïssaroff à Schwarzenberg» Sézanne, 14 mars, en français dans l'original (K. K. Kricgs Archiv., 111, 255); Rapport journalier à Tempereur d'Autriche, Pont-le-Roi, 15 mars (/6id., 111, 270), et Starkb, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt- Armée im Monate M&rz(/6ûi., 111, 1).

Weu. ~ m. 23

la journée à jeter à nouveau un pont i\ Pont-le-Uoi. Chargeant la brigade Lissanovilch, relevée h Nogont par les Wurtembergcois, du soin de garder Pont-le-Roi, Pahlen> suivi par le corps du prince Eugène de Wurtemberg, passait sur la rive droite et se dirigeait, vers 4 heures, à droite sur Villenauxe, à gauche sur Plessis-Mériot. Au même moment, Saint-Germain débouchait de Villenauxe et rejetait les escadrons de Pahlen. Soutenue presque immédiatement par l'infanterie du prince Eugène qui avait pris pied sur la rive droite, l'avant-garde de Pahlen chassa à son tour les cuirassiers français de La Villeneuve-au-Châtelot, pendant que les cosaques d'Ilowaïsky se dirigeaient à gauche vers La Saulsolte. A droite, les cosaques de Rebrikoff et les hussards d'Olviopol venant de Villiers-aux-Corneilles avaient atteint Villenauxe, s'y étaient rejoints avec les hussards deGrodno et deux escadrons de hussards deLubny et avaient contraint la cavalerie de Saint-Germain et rinfanterie du général Belair h se replier au plus vite des environs de Villenauxe et de Monlpolhier, de Courlavant et des Planches sur Le Port. L'infanterie du prince Eugène de Wurtemberg appuya et soutint la cavalerie russe qui, renforcée par les hussards d'Olviopol et la brigade de cuirassiers du général Leontieft, se disposait déjà à se porter de La Saulsotle sur Chalautrela-Grande, au moment où le général Gérard, arrivé de Plessis- Mériot, faisait prendre position à une de ses divisions sur les hauteurs de Monlpolhier. Pendant ce temps, le général Rûdiger, avec les cosaques de Wlassoff et de Rebrikoft, les hussards de Grodno et les deux escadrons de hussards de Lubny que le prince Eugène de Wurtemberg lui avait renvoyés, les hussards de Soumy et la brigade de cuirassiers du général Slaal, avait poussé de Villenauxe sur Saint-Marlin-Chennelron et, de là, jusqu'au delà de Léchelle, sans donner contre le moindre poste. Rûdiger voyant toutefois que Richebourg était solidement occupe par Tinfanterie française, ne poussa pas plus loin et, ramenant le gros de sa cavalerie à Saint-Martin-Chennetron, il ne laissa que des avantpostes à Léchelle et à Chalautre-la-Grande*.

* Starke, EinUicilang und Tagesbegebenhciten dcr Haupt-Armee im Monate Màrz {K, K. Kriegs Archiv., \ll, i), et Journal du prince Eugène de Wurtemberg (Archives topographiques, n** 47344).

Le corps du prince Gorlchakoff avait également passé la Seine et était venu s'établir en arrière du canal de Courtavaiit.

Le VI® corps tout entier avait par suite pris pied le 14 au soir sur la rive droite de la Seine.

L'occupation du faubourg de Nogent et du Port n'avait désormais plus d'objet, et le maréchal, craignant pour sa gauche, résolut aussitôt de ramasser ses troupes, pour nous servir de l'expression môme qu'il employait dans sa lettre au générai Souham.

Oudinot devait venir î\ Sourdun et y être rejoint, le 15 au malin, par la division Brayer, retirée de Bray. Rottembourg occupait, avec sa division, Provins et Les Filles-Dieu. Gérard restait encore sur ses positions de l'après-midi avec son corps et une partie de la cavalerie de Milhaud.

Le maréchal avait l'intention d'attaquer son adversaire, le 15, de tûcher de le rejeter sur la rive gauche, et, s'il n'y parvenait pas, de masser toutes ses forces pour lui livrer bataille le 16.

Les gardes et réserves russes étaient venues se cantonner sur la rive droite de l'Aube, entre Brienne, Lesmont, où Ton avait jeté un pont de bateaux, et Arcis.

15 mars 1814. -« Ordres de Schwarzenberg. ^ Renseignements positifs sur les mouvements de l'Empereur. — Plus encore que la présence de l'empereur Alexandre h Troyes, les nouvelles reçues dans le cours de la journée du 14 ne devaient pas tarder à modifier, du tout au tout, et la situation et les projets du généralissime. La relation officielle de la bataille de Laon *, confiée au major von Briineck, aide de camp de Blùcher, qui avait mis près de quatre jours pour rejoindre par des détours le quartier général, ne laissait plus l'ombre d'un doute sur la défaite de l'Empereur et venait confirmer et compléter les renseignements apportés déjà vingt-quatre heures plus tôt par le major Mareschal. On n'en persistait pas moins à croire au quartier général de Troyes à la marche de l'Empereur vers Meaux et vers la Seine. Bien que Schwarzenberg eût reçu, le 14 dans la

< Bliicher à Schwarzenberg, Laoo, 10 et 11 mars. {K. K. Kriegs Arckiv,, 111, 189.)

soirée, une dépêche de Teltenborn *, partie le 13 au soir de Portà-Binson et faisant prévoir la reprise de Reims par les Français, le généralissime crut néanmoins qu'il suffisait encore, pour le moment, de s'assurer la possession du débouché de Nogent et de charger le VI« corps de s*en emparer en prenant à revers la position des Français par un mouvement dirigé du Mériot vers Provins. Le IV« corps avait pour mission de soutenir les Russes de Raïeffsky et de leur servir de réserve en passant sur la rive droite de la Seine et en venant s'établir au Mériot, pendant que le V« corps reviendrait d'Arcis-sur-Aube sur Villenauxe et Chalautre-la-Grande. Quant au III* corps, on le laissait continuer sa marche sur Sens. C'était là tout le parti qu'on croyait pouvoir tirer pour le moment d'un renseignement aussi précieux, aussi important que celui qui venait, pour la première fois, de déterminer, d'une façon précise, la position de l'Empereur et de permettre de deviner ses projets.

Au moment où elle pouvait être exposée à une de ces attaques rapides, imprévues, que l'Empereur affectionnait, la grande armée allait, une fois encore, se répandre sur une longue ligne de près de 100 kilomètres, s'élendant de Brienne jusqu'à Sens. Et cependant, pour la première fois depuis le 10 au soir, on savait exactement où était l'Empereur. Jusque-là, la cavalerie de Blùcher s'était contentée d'observer les environs de Berry-au-Bac et de Soissons. Les cosaques de Tettenborn avaient sur\eill6 le cours de la Marne sans parvenir à pénétrer les desseins de Napoléon, à l'obliger à montrer des forces sur un point quelconque de son échiquier stratégique. Jusque-là, on n'avait pu déchirer le voile derrière lequel l'Empereur abritait sa petite armée ; on en était réduit aux hypothèses, et c'était pour cela qu'on avait admis la probabilité d'une retraite par Meaux sur Paris. Mais l'occupation de Reims par Saint-Priest avait eu pour conséquence la reprise inattendue de cette ville, et la défaite, que le général russe aurait pu s'épargner s'il eût été moins imprudent et moins présomptueux, était le premier indice sérieux et incontestable du mouvement que l'Empereur avait commencé et qu'il

' Tettenborn à Scbwanenberg, Port-à-Binsou, 13 mars. (K. K, Kriegs Arekiv.,niad 241.)

allait continuer aussitôt après avoir achevé de reformer son armée.

Si le général Corbineau avait pu se maintenir à Reims, s'il eût été possible à l'Empereur de lui envoyer les renforts que ce général avait demandés, Tarmée française serait arrivée jusqu'à Châlons ou jusqu'à Vilry sans que la grande armée eût rien su de ce mouvement, sans que Tettenbom, obligé par la marche de l'Empereur à se rejeter vers le Nord et coupé de ses communications avec Schwarzenberg, eût pu prévenir le généralissime du danger que couraient sa droite et ses derrières. Enfin, comme on ne savait pas au quartier général de Troyes que l'Empereur serait obligé de rester trois jours à Reims, il eût été sage de laisser, dès le 14, sur l'Aube, des forces en état d'arrêter son armée. On dirigea, au contraire, le 15, le V* corps sur Villenauxe et sur Provins, de sorte que si, comme on devait le prévoir et le craindre, l'Empereur avait paru sur l'Aube ou poussé par Vitry sur Brienne ou sur Joinville, il n'aurait trouvé devant lui, le 16 au soir, que les gardes russes et prussiennes en position aux environs de Brienne et de Lesmont.

Les ordres de mouvement pour le 15 ne répondaient donc, en aucune façon, à la situation nouvelle faite par la prise de Reims. On crut même superflu de reprendre ou de modifier les instructions

Cette fois cependant, un contre-ordre eût été d'autant plus opportun que les dispositions données étaient, en outre, presque inexécutables et que, par suite de circonstances diverses, la plupart des corps de la grande armée se trouvèrent dans l'impossibilité de se conformer aux instructions du généralissime.

Mouvements des corps de l'aile gauche. — A l'aile gauche, les Autrichiens n'éprouvèrent aucune difficulté à exécuter les quelques mouvements prescrits par le prince de Schwarzenberg.

La division légère du prince Maurice Liechtenstein vint d'Auxerre, où on ne laissa qu'un poste d'observation et de correspondance, s'établir à Joigny et envoya à Villeneuve-sur-Yonne un parti chargé de la relier, d'une part, avec Seslavin, de l'autre avec Gyulay.

On avait déjà rappelé d'Avallon le détachement du major von Wûsthoff, qui rejoignit la division sans être autrement inquiété.

Le gros du II1« corps entra k Sens dans la matinée et l'une de ses divisions occupa la ville et le faubourg de l'Yonne sur la rive gauche de la rivière, pendant que la division Fresnel prenait position, h Test de la ville, de Saligny à Màlay-le-Vicomte, et la division Crenneville au nord, i\ Saint -Martin- sur -Oreuse, et que les patrouilles de Tavant-garde poussaient, les unes dans la direction du Loing jusqu'à Saint-Valérien, les autres du côté de Villeneuve-la-Guyard et de Montereau vers Champigny-sur- Yonne. La ligne des avant-postes partait sur la rive gauche de Gron et de Collemiers pour aller, par Saint-Serotin, aboutir à la rivière à hauteur de Pont-sur-Yonne. Le III® corps ne parvint cependant pas à remplir complètement la mission qui lui avait été donnée. Son avant-garde aurait dû, en effet, occuper Pont-sur-Yonne môme, et pousser de là plus en avant sur la rive gauche de la rivière. Seslavin s'était conformé aux instructions que Gyulay lui avait fait tenir et avait ramené à nouveau ses cosaques de Sens à Saint-Valérien. D'après les renseignements qu'il avait fournis au feldzeugmeister, on croyait savoir que les Français avaient un millier d'hommes du côté de Montargis, 3,000 hommes à Nemours avec le général Allix, quelques dépôts de conscrits à Fontainebleau et à Melun, 1500 hommes à Moret et à peu près autant de monde sur les hauteurs de Montereau qu'on travaillait à mettre en état de défense *.

IV« corps. — Combat de Nogent. — A Nogent, le prince royal de Wurtemberg était resté immobile toute la matinée, attendant pour jeter un pont et pour essayer de déboucher sur la rive droite de la Seine que le général Raïeffsky eut commencé son mouvement contre la forêt de Sourdun. Le prince royal, ne pouvant correspondre avec le VI® corps, ignorait naturellement que le général russe n'avait pas reçu les ordres de mouvement en temps utile.

A 10 heures du matin, tout était encore tranquille sur la rive droite ; les avant-postes russes n'avaient pas bougé du côté de La Saulsotte et les Français continuaient à occuper avec quelques tirailleurs le faubourg de Nogent et à tenir solidement Le Port et les hauteurs de Saint-Nicolas.

i Starib, Eintheilong ond Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Mo!>at<; Màrz {K, K. Kriegs Arehiv. III, i). et Gyulay à Schwarzcnberg, Sens, 15 mars {Ibid., III, 280).

En présence de celle immobilité qu'il ne parvenait pas i\ s'expliquer, le prince royal résolut d'essayer de donner le change à Gérard par des démonstrations. S'attendant h voir les postes français du faubourg des Ponts et du Port, déjà compromis par la présence de Tavanl-garde de Raïeffsky du côté de l'église do Saint-Féréol, se retirer sans coup férir des qu'il ferait mine de les attaquer, il ordonna h une batterie de position de canonner le faubourg, à la brigade Misany de passer sur la rive droite, en se servant des pontons amenés en aval de la ville. Les feux de la batterie et l'apparition de la brigade sur la rive opposée devaient, dans son esprit, faciliter et accélérer l'établissement du pont. Un bataillon, transporté sur la rive droite par les bateaux, réussit momentanément à chasser les avant-postes français et à occuper une partie du faubourg ; mais les Français se maintinrent dans les maisons qu'ils avaient crénelées, derrière les murs des jardins dans lesquels ils avaient pratiqué des embrasures et derrière les barricades qu'ils avaient élevées au débouché des rues.

Soutenus par deux bataillons que Gérard envoya en toute hâte sur ce point, ils rejetèrent à leur tour le bataillon wurtembergeois et l'obligèrent à repasser sur la rive gauche, après lui avoir mis une centaine d'hommes hors de combat. La canonnade dura jusqu'au soir sans amener aucun résultat, et ce fut seulement dans la nuit du 15 au 16 que le maréchal Macdonald, craignant pour sa gauche, redoutant de voir sa ligne d'opération menacée, se décida h renoncer au faubourg de Nogent et donna au général Gérard l'ordre de rappeler les quelques postes qui s'y étaient maintenus jusque-là.

VI* corps. — Affaires de Léchelle et de Saint-Nicolas. —

Le 15 au matin, Rûdiger, qui s'était arrêté la veille à Saint-Martin- Chennelron et dont les avant-postes occupaient Léchelle et Chalautre-la-Grande, avait signalé l'approche du général Trelliard dont la cavalerie, après les affaires qu'elle avait eues la veille du côté de Sézanne, se repliait vers Provins par Villegruis, et remarqué que l'infanterie d'Oudinot s'était établie, d'une part en avant de Provins sur la hauteur par laquelle passe la route menant à Léchelle, de l'autre, entre Léchelle et Chalautre-la-Grande où la brigade Montfort qui avait pris part à l'expédition de Trelliard, devait rejoindre la 2« brigade (général Chassé) de la division Le-

val. La cavalerie de Trelliard, sans s'occuper autrement de la présence des escadrons de Rûdiger avec lesquels on se contenta de tirailler, continua sa marche vers Provins, et les avant-postes russes évacuèrent Léchelle, que la division Levai occupa aussitôt après leur départ.

Pendant ce temps, le général Raïeffsky, auquel aucun ordre n'était encore parvenu, faisait quitter pendant la matinée du 15 à l'infanterie du prince Gortchakoft la position qu'elle occupait en arrière du canal de Courtavant et la dirigeait sur Villenauxe. Raïeffsky reçut la disposition vers midi seulement et reconnut aussitôt la position des Français dont la droite était encore à ce moment à la Seine, au faubourg des Ponts et au Port, dont le centre occupait les hauteurs de Saint-Nicolas, la forêt de Sourdun, les collines de Nozeaux et de Saint-Féréol et dont la gauche s'appuyait à Léchelle. Quelques escadrons de Milhaud se montraient en avant de la forêt de Sourdun, et le gros de la cavalerie se tenait sur le plateau en arrière de Saint-Martin-(]hennetron. Bien que, d'après les prévisions de la disposition, les conditions, dans lesquelles devait s'exécuter la marche du VI« corps, fussent loin d'être remplies, malgré la présence des Français, tant dans le faubourg de Nogent que du côté du Mériot, malgré la tentative infructueuse du passage de la Seine esquissée par le IV« corps, les colonnes du VI« corps gravissaient déjà les hauteurs de Montpothier et avaient ordre d'attaquer les positions françaises de Saint-Féréol et de Nozeaux, lorsqu'un officier de l'état-major général (le lieutenant Reich) vint, de la part de Radetzky, prescrire à Raïeffsky de ne rien entreprendre du côté de Saint-Nicolas et du Mériot avant d'avoir constaté, par une reconnaissance offensive dirigée sur Provins, que le VI® corps n'avait rien à craindre pour sa droite et pour ses derrières. Raïeffsky fit faire halte à son infanterie et donna sur-le-champ l'ordre à Pahlen de profiter des quelques heures de jour qui restaient pour pousser vers Provins et reconnaître les forces de l'ennemi aux environs de cette ville et de Saint-Martin-Chennetron.

Cette reconnaissance projetée n'eut d'ailleurs pas lieu. Au moment où Pahlen se portait dans la direction indiquée, la cavalerie de Saint-Germain, dépassant Léchelle, s'avança contre les Russes ; mais elle ne larda pas h plier devant eux et à être rejelée jusqu'au delà de Léchelle où elle reprit position sous la protection

de rartillerie en batterie sur le plateau. Comme les patrouilles envoyées par Pahlen sur le flanc gauche des Français avaient signalé la présence, en arrière des hauteurs, d'une forte réserve de cavalerie et que la nuit approchait, les Russes crurent prudent de ne pas pousser plus avant.

Pahien, ayant derrière lui le corps du prince Eugène de Wurtemberg, s'arrêta h Saint-Martin-Chennetron. Vers 9 heures du soir, les Français essayèrent encore une fois de se réinstaller à Saint-Martin ; mais ils furent ramenés jusqu'à Richebourg. Le prince Schakhoffskoï, avec deux régiments d'infanterie, les hussards d'Olviopol, les cosaques d'ilowaïsky et quelque artillerie, avait pris position du côté de Saint-Nicolas. Au centre des positions du VI« corps, Gortchakoft occupa le soir Montpothier*.

A droite du VI® corps, Kaïssaroft avait suivi dans la nuit la cavalerie de Trelliard et de Pire jusqu'à Retourneloup. Jugeant, comme il le dit lui-même*, qu'en raison de la disposition générale et des mouvements des corps de la grande armée, l'envoi des quelques faibles partis qu'il aurait pu pousser sur Provins (c n'aurait pas contribué à faciliter les opérations du reste de la cavalerie de l'armée, Kaïssaroff avait préféré s'arrêter à Sézanne, afin d'obser\er Château-Thierry et La Ferté-sous-Jouarre et ce qui se passerait du côté de Reims. » Il avait, à cet effet, détaché à Mont* mirail un régiment de cosaques qui avait ordre de faire filer des partis « vers les deux premières villes pour en tirer des nouvelles et, vu les circonstances agréables qui pourraient arriver à Reims, j'avancerai alors, écrivit-il au généralissime*, jusqu'à 10 lieues même pour agir sur le grand chemin de Paris et, au cas contraire, je me porterai où les circonstances l'exigeront. »

Mouvements du V* corps. — A 6 heures du matin, Wrède qui venait d'être élevé à la dignité de feld-maréchal et dont le corps était destiné à servir de soutien au VI«, avait envoyé l'ordre àFrimont de se porter avec les divisions La Motte et Spleny et la

i Starke, Eintheilang und Tagesbegebenbeiten der Hanpt-Armee im Monate Mârz (AT. K. Kriegs Arehiv,, III, i) ; Rapport journalier à l'empereur d'Aalrirhe, Pont-le-Roi, 15 mars {Ibid., III, 272); Rapports eu français de Raïeflfsky à Schwarzenberg, Yillenauxe, 15 mars {Ibid,, III, 274 et III, ad 274).

* Kaïssaroff à Schwarzenberg (rapport en français), Sézanne, 15 mars. (K, K. Kriegs Archiv,, Ul, 276.)

brigade do cavalerie bavaroise de Vieregg dans la direction de Villiers-aux-Corneilles, de s'y former en deux colonnes qui, en attendant des ordres ultérieurs, pousseraient des partis vers Villenauxe et Chalautre-la-Grande, positions vers lesquelles Frimont avait à se porter dès que Tennerai aurait dessiné nettement sa retraite sur Provins.

Wrède avait en même temps dirigé surBarbonne la brigade de cavalerie bavaroise de Diez, qui devait continuer de là vers Sézanne. Quelques heures plus tard, il faisait marcher l'une des brigades de la division Rechberg d'Arcis à Anglure, l'autre de Voué à Plancy et Vouarces. La brigade autrichienne Schâfter, h laquelle il avait prescrit de venir de Troyes à Arcis pour couvrir la marche de ses batteries de position embourbées dans les chemins de traverse, resta encore momentanément à Troyes *.

Mais ce fut seulement entre 9 et 10 heures du matin que les troupes de Frimont, réparties dans des cantonnements assez éloignée les uns des autres, parvinrent à se rassembler et à se mettre en marche. Dans l'impossibilité de se servir de la route qui longe la rive droite de l'Aube et que les pluies et le dégel avaient rendue impraticable, Tinfanterie de Frimont prit plus au nord, par Courcemain; la cavalerie, Tartillerie et les équipages furent obligés de faire un grand détour et de passer par Faux et Pleurs.

On n'arriva donc qu'à la nuit à Villiers-aux-Corneilles, et, comme il redoutait la présence de la cavalerie française dans la forêt de la Traconne, Frimont ne se décida à cantonner ses troupes que fort avant dans la soirée : Tinfanterie à Villiers-aux-Corneilles et Potangis, les uhlans de Schwarzenberg à Conflans-sur-Seine et Esclavolles, les dragons de Knesewich à Périgny-la-Rose et La Villeneuve-au-ChAtelot, les chevau-légers bavarois de Vieregg h Montgenost, ceux de Diez à Barbonne. La brigade bavaroise Habermann et la brigade autrichienne Volkmann n'allèrent pas au delà de Saron-sur-Aube et les avants-postes de Frimont s'étendirent h gauche depuis La Villeneuve-au-Châtelot en passant par Montgenost jusqu'à la lisière sud-est de la forêt de la Traconne. Quelques partis poussèrent seuls jusqu'à Villenauxe et de Barbonne vers Sézanne.

1 Taxis, Tagebuch (K,K, Kriegs Arehiv,, XIll, 32), et Wrède à Schwarzenberg, Plancy. IS mars. (Ibid., III. 278.)

Mouvements des gardes et réserres. — En môme temps, et comme il Tavail fait savoir h Wn^'cle*, Barclay de Tolly avait pousse^ le génc'Tal Tchalikoff avec les seize escadrons de la division de cavalerie K'gbre de la garde russe h Semoinc, Gourgançon, Corroy et Œluvy, avec ordre d*y servir de soutien aux cosaques de Kaïssaroif, de se relier à gauche par Pleurs avec le V« corps, d'observer à droite la route de Vertus. La cavalerie de la garde prussienne alla s'établir h la droite de Tchalikoff à Brebant. Le reste des gardes et réserves, à Texception d'un détachement envoyé h Arcis, s'était borné à resserrer ses cantonnements entre Brienne et Lesmont.

Schwarzenberg établit son quartier général h Pont-le-Boi.

En somme, et bien qu'ils fussent en eux-mêmes plutôt insignifiants, aucun des mouvements prescrits aux IV®, V* et Vl« corps n'avait pu être exécuté parce qu'ils avaient été incomplètement préparés et insuffisamment étudiés par Tétat-major général*.

Le V« corps, destiné à servir de soutien au VI» et à venir s'établir du côté de Châlautre-la-Grande, était trop éloigné des positions en question pour pouvoir les atteindre en temps utile. De Plancy jusque vers Villenauxe, il y a par la roule la plus directe

* Barclay de ToUy à Wrède, Brienne, 15 mars. {K, K, Kriegt Archiv,, III, ad 278.)

* Toll n'avait pas pa s'empêcher d'écrire, à propos des dispositions prises pour les 15 et 16 mars, une lettre à Wolkonsky et d'y critiquer, dans des termes plus que vifs, les mesures de Schwarzenberg. « La lecture de la disposition ci-contre, écrivait-il, vous montrera que les Autrichiens ne savent guère donner des ordres simples. 11 peut fort bien arriver que Macdonald, qui a environ 25,000 hommes, concentre ses forces à Provins et nous y attende. Que verra-t-il alors ? Le seul corps de Raïeffsky, puisque le corps de Wrède doit simplement se cantonner et que le prince royal de Wurtemberg doit passer la Seine à Nogent. — Peut-on imaginer quelque chose de plus bêle ?

« Aujourd'hui Radetzky croyait que l'ennemi évacuerait la rive droite, ce qui n'a pas été le cas. Le prince royal, voulant forcer le passage, a jeté deux compagnies de chasseurs sur la rive droite et les chargea de couvrir l'établissèment du pont ; les malheureux ont été reçus par l*ennemi de telle façon qu'ils ont à peine réussi à se sauver en se rembarquant, et l'on a, sans utilité aucune, perdu ainsi une centaine d'hommes. 11 était cependant simple et aisé de procéder autrement. Après avoir occupé Nogent avec une partie de l'infanterie, on aurait poussé quelque cavalerie sur Bray. Avec le reste de ses troupes, le prince royal aurait passé à Pont-sur-Seine et se serait avancé sur la route de Provins de concert avec Wrède. On aurait disposé ainsi de trois corps pour attaquer et battre Macdonald. Avouez qu'il ne fallait ni une intelligence transcendante, ni dos connaissances extraordinaires, pour établir une pareille disposition. » {Journal des pièces reçues, n^ 505.)

une trentaine de kilomètres. Or, cette route était impraticable, et, par suite du mauvais temps qui avait défoncé les chemins, par suite des détours que Frimont dut faire en passant par Courcemain et par Pleurs, il lui était impossible de franchir cette distance en un jour. Du reste, en admettant même qu'on eût pu marcher par la route qui longe l'Aube, la tête des colonnes de Frimont serait de toute façon arrivée trop tard pour permettre aux troupes du VI« corps, qui auraient attendu leur entrée en ligne, d'exécuter une attaque dans la journée du 15.

La transmission des ordres laissait d'ailleurs de plus en plus à désirer, et cette fois c'était le VI® corps qui recevait les instructions tellement tard qu'il lui était absolument impossible, comme on l'aurait voulu, de faciliter au prince royal de Wurtemberg le passage sur la rive droite de la Seine. De toute façon, en admettant même que Raïeffsky eût été en mesure de commencer ses opérations dès les premières heures de la matinée, le IV« corps aurait eu de la peine h déboucher de Nogent de manière à pouvoir, comme on le pensait, faire exécuter à une partie des troupes wurtembergeoises un mouvement sur Bray, où, d'ailleurs, les troupes de Hardegg n'avaient pas plus bougé qu'à l'ordinaire.

Dispositions prises par Hacdonald. — Les mouvements esquissés par trois des corps de l'armée de Schwargenberg pendant la journée du 15, avaient non seulement suffi pour révéler à Macdonald les intentions du généralissime, mais lui avaient donné le temps nécessaire pour prendre ses dispositions et concentrer le peu de forces qu'il pouvait opposer à l'attaque imminente de la grande armée. Le 15, à 8 heures du soir, il expédiait ses instructions en conséquence. Saint-Germain, laissant 200 chevaux à Gérard, se mettait en marche pour se rendre sans s'arrêter sur la rive gauche du ruisseau de Rouilly. La division Brayer, traversant Provins, venait s'établir à côté du général Levai à Richebourg et de la cavalerie des 5* et 6® corps. La 2« des divisions d'Oudinot échelonnait le 7® corps et occupait les environs des Filles-Dieu. Gérard, après avoir fait évacuer le faubourg des Ponts, Le Port et Saint-Nicolas, s'arrêtait sur les hauteurs de Sourdun. Le 11« corps repliait son parc à Donnemarie, évacuait Bray, en détruisait le pont et échelonnait les faibles divisions des

généraux Albert et Amey du faubourg de Bray jusqu'à Saint- Sauveur et aux Ormes *. Le maréchal se concentrait de façon h pouvoir, selon les circonstances, ou attaquer ou recevoir les Alliés avec 12,000 hommes environ. Le général Pacthod, qu'il faisait informer de ces dispositions par Oudinot, avait ordre de rester à Montcreau et de se tenir sur ses gardes.

Tous ces mouvements qui auraient dû être terminés le 16 avant le jour, ne furent achevés qu'entre midi et 1 heure.

7* et 8* séances du Congrôs de Châtillon. — Dans Tintervalle, les plénipotentiaires alliés avaient déclaré, lors de la séance tenue le 13 à Chûlillon qu'il leur était impossible de mettre en discussion le mémoire présenté par Caulaincourt, le 10 mars. La nouvelle de la victoire de Laon avait augmenté leurs exigences et leurs prétentions et, se refusant à examiner sa déclaration verbale, ils avaient commencé par inviter le plénipotentiaire français h déclarer s'il comptait accepter ou rejeter le projet présenté par les Alliés ou bien leur remettre un contre-projet. Caulaincourt, grâce à ses patriotiques efforts, parvint cependant à arracher un dernier délai de 36 heures, en s'engageant toutefois à présenter, au plus tard le 15 au matin, un contre-projet qu'il allait établir à la hâte et qu'il ne pouvait, faute d'instructions, faire reposer que sur les bases de Francfort.

Le duc de Vicence ne se faisait pas d'illusions sur une situation qu'il avait justement appréciée, en écrivant h l'Empereur, au sortir de la seconde des séances du 13 : « Si nous ne cédons pas, il faut renoncer ;i négocier. »

Le 15 au malin, Caulaincourt avait donc donné lecture d'un projet par lequel l'Empereur renonçait aux provinces illyriennes, aux départements français au delà du Rhin et au delà des Alpes, excepté l'île d'Elbe, cédait la couronne d'Italie au prince Eugène, reconnaissait l'indépendance de la Hollande sous le prince d'Orange, de l'Allemagne, de la Suisse, de l'Italie et de l'Espagne, remettait le pape en possession de ses États, moins le duché de Bénévent, attribuait les îles Ioniennes à l'Italie, l'île de

i Macdonald à Oudinot, Sourdun, 15 mars, 9 h. 1/2 da soir ; MacdoDald, ordre général, Sourdan, 8 heures soir; Macdonald aa major-général, 9 heures soir, et Macdonald à Gérard, 10 heures soir. {Archives de la ^erre.)

Malte à l'Angleterre, réclamait pour Brème, Hambourg, Liibeck, Dantzig et Ragusc le privilège d'être considérées comme villes libres et stipulait le maintien de la princesse Elisa dans les duchés de Lucques et de Piombino, de la principauté de Neufchàtel à Berlhier, le rétablissement du roi de Saxe, l'attribution du grandduché de Berg à Murât, la conservation des propriétés et biens possédés par les sujets des différents Etats dans les pays soumis ou cédés i\ une des puissances belligérantes. Bien que Caulaincourt eût ajouté, après avoir achevé la lecture de cette pièce, qu'il était prêt à entrer en discussion dans un esprit de conciliation sur tous les articles de son projet, les plénipotentiaires alliés, qui avaient accueilli la communication avec un silence glacial, se contentèrent de déclarer qu'il leur était impossible de donner séance tenante une réponse quelconque et qu'ils lui proposeraient une conférence ultérieure.

L'issue des négociations n'était plus douteuse. Les dernières espérances de Caulaincourt étaient anéanties. La paix n'était plus possible qu'à la condition d'accepter les propositions des Alliés.

16 mars. — Première disposition de Schwarzenberg. — Le 18, k huit heures du soir, Schwarzenberg avait envoyé de Pont h ses commandants de corps une première disposition qui n'était guère que l'amplification et la paraphrase de celle à laquelle il avait été impossible de se conformer douze heures auparavant. Comme cette dernière, elle avait pour base, réelle cette fois, l'évacuation par les Français du défilé de Nogent, pour objectif l'occupation de la forêt de Sourdun et, si faire se pouvait, même celle de Provins. Le VI« corps avait ordre d'être maître de la forêt à neuf heures du matin et de pousser en même temps l'avant-garde de Pahlen de Saint-Martin-l^henne- Iron vers Provins. Le V« corps venait derrière le VI» à Villenauxc et Chalautre-la-Grande. Le IV« jetait ses ponts h Nogent, passait sur la rive droite, envoyait de là son avant- garde vers Bray et se plaçait en soutien du VI^ corps au Mériot et h Plessis-Mériot. Si, contre toute attente, l'ennemi tenait bon et restait sur sa position, le VI® corps devait avoir formé à midi trois colonnes, la plus forte, celle de droite, à Sainl-Martin-Ghennetron, celle de gauche à Sainl-Ferréol, celle du centre à Fouchèrcs. Au même moment, le V® corps aurait formé deux colonnes, Tune dont la

lète sérail a Villegruis, Tautre sur la hauteur de Villeiiauxe. La forêt de la Tracoiine et Sézanne restaient occupées pour couvrir la droite de Wrède. Le VI® corps n'avait dans ce cas que des démonstrations à faire. Kaïssaroff allait de Sézanne à Montmirail. Enfin, Tinstruction spéciale adressée au prince royal de Wurtemberg l'invitait ii diriger au plus vite sur Pont-sur- Yonne Gyulay, qui aurait à envoyer des partis sur Montereau, Morel et la route de Fontainebleau, et à s'entendre pour surveiller la ligne du Loing avec le prince Maurice de Liechtenstein posté à Joigny.

Le généralissime semble donc s'en tenir toujours à la première des hypothèses prévues par la disposition générale du 12, et manœuvre dans l'idée que Napoléon, battu par Blùcher, s'est retiré sur Paris.

Les nouvelles parvenues dans la soirée du 15 et dans la nuit du 16, tant à Pont-sur-Seine qu'au quartier générîil des souverains à Troyes, n'allaient pas tarder à le désabuser et à motiver l'envoi d'une deuxième disposition. Dès le 15 au soir, au re^u des premiers renseignements arrivés à Troyes, l'inquiétude s'empara non seulement de l'entourage des souverains, mais surtout de Tempereur de Russie dont l'agitation fiévreuse et le trouble momentané contrastaient avec le calme et le sang-froid qu'il avait su conserver jusque-là au milieu des circonstances les plus critiques et les plus difficiles. Une dépêche du général Davidoff, partie de ChAlons le 15 au matin et arrivée le soir entre six et sept heures h Troyes, annonçant la reprise de Reims, la défaite, la blessure de Saint-Priest et la marche des Français sur Châlons, et faisant prévoir l'évacuation de cette dernière ville et le mouvement rétrograde du détachement du général, des parcs, des pontons et des bagages sur Vitry, avait suffi pour jeter le désarroi dans les esprits, pour réveiller des craintes mal éteintes. On s'attendait si peu à voir Napoléon reprendre l'offensive que l'on attribua à un événement, en réalité secondaire, comme la prise de Reims, une importance tout à fait anormale, et que l'empereur Alexandre, s'exagérant les conséquences de ce mouvement imprévu, hors d'état d'en apprécier la portée et les suites, voyait déjà les gardes et réserves russes et prussiennes éci'asées par l'Empereur. Le tzar ordonna aussitôt de joindre au rapport de DavidoflT, qui pamnt à Schwarzenberg à Pont-le-Roi,

dans le courant de la nuit, quelques mots prescrivant au généralissime de lui rendre immédiatement compte, et de ce qui se passait de son côté, et de ce qu'il comptait faire pour parer à une attaque imminente dirigée contre la droite ou plus probablement encore contre les derrière des Alliés.

ToU, auquel on remit les dépèches du tzar, réveilla aussitôt Schwarzenberg et Ton réunit immédiatement à Pont-le-Roi un conseil de guerre. Aux renseignements fournis par Davidoff, vinrent s'ajouter, pendant qu'on délibérait, d*abord une dépèche de Tettenborn, d'Épernay, 15 mars, onze heures du matin, confirmant les événements de Reims et signalant la marche des Français de Reims sur Épernay, puis un billet du capitaine Bergmann, transmis par Kaïssaroff, faisant connaître à ce général Toccupation de Dormans par les Français, leur mouvement sur Épernay et la retraite de Tettenborn sur Vitry *.

Deuxième disposition de Schwarzenberg. — Il s^agissait de prendre immédiatement un parti. On avait, il est vrai, dans le plan d'opérations élaboré par Schwarzenberg et Diebilsch, envisagé la possibilité d'un mouvement de l'Empereur contre Châlons et les derrières de la grande armée après une victoire remportée sur Bliicher; mais on n'avait cru à un pareil mouvement qu'après une victoire des Français. On pouvait donc, h bon droit, se demander si Napoléon, au lieu de venir sur Châlons et sur les communications de la grande armée, ne préférerait pas se rejeter à nouveau contre la gauche de l'armée de Silésie ; si Blûcher, ne Payant pas suivi, ne pouvait plus ni l'atteindre ni le battre de nouveau le 17 ou le 18 sur la Marne. De toutes les façons, il fallait hâter la concentration sur l'Aube afin de pouvoir donner la main à l'armée de Silésie si elle était victorieuse, et s'opposer h la marche que l'Empereur, s'il était vainqueur, exécuterait par la rive droite de la Marne dans la direction de Brienne. Il résultait en somme des renseignements que l'on possédait h ce moment, que Napoléon voulait menacer la droite de la grande armée, la surprendre avant qu'elle ait pu opérer sa concentration en arrière et l'empêcher de se joindre à Blùcher.

i St'àrke, Eintheilang und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Marz. (K, K. Kriegt Archiv., Ill, 1.)

Schwarzenberg se décida donc h couvrir iraraédiatement ses communications avec l'Aube et à renforcer sa droite ; il comptait alors aller se masser sur la position de Trannes « qui forme comme une digue s*opposant h la marche de Tennemi entre TAube et la Marne *. »

A deux heures du matin on rédigea en conséquence, à Pont-lc- Roi, la disposition suivante :

« Le V« corps se concentre à Àrcis; il laisse sur les hauteurs de Faux sa cavalerie chargée de soutenir le VI« corps et d'assurer les communications avec lui. Cette cavalerie se reliera avec le général Kaïssaroff, posté à Fère-Champenoise et qui occupe Sézanne. Un détachement de cavalerie légère ira à Vitry-le- Français et maintiendra les communications avec le général Davidoff.

« Le VI« corps se concentre k Montpothier.

« Le IV® reste sur les positions qu'il occupe et fait garder Pont-le-Roi par une brigade d'infanterie, quelque cavalerie et deux batteries.

« Le III® se replie par la route de Troyes.

a Les gardes et réserves se massent entre Brienne et Bar-sur- Aube. Le quartier général va à Arcis. »

En même temps, le généralissime croyait nécessaire d'ajouter pour Barclay de Tolly quelques renseignements complémentaires. « Votre Excellence sait, lui écrivait-il *, que si le gros de Tarmée ennemie se portait contre nous, nous irions nous poster h Trannes. Je crois donc bon de concentrer mon armée à Trannes, et je prie Votre Excellence de donner dans ce sens des ordres aux gardes et réserves. »

Au général RaïeflFsky, il adressait également des instructions spéciales. « Il importe de cesser de suite, lui écrivait-il '. le mouvement sur Provins. Le général Raïeflfsky prendra une position concentrée sur les hauteurs de Montpothier, de façon h pouvoir

^ Starkb, Eintheilong and Tagesbegebenheiten der Haapt- Armée im Monate Mârz. (ir. K. Kriegt Arckiv., III, i.)

' Schwarzenberg à Barclay de Tolly, Pont-sar-Seine, 16 mars, S heures du matin. (Ibid., Ul, 285.)

* Schwarzenberg an général Raïeffsky, Pont-sar-Seine, 16 mars, S heures du matin. (/&id., III. 287.)

woii. — III. 24

repousser des attaques peu sérieuses, éviter tout engagement à fond contre un ennenii supérieur en nonibre, et se replier dans ce cas sur Pont-sur-Seine. Il faut toutefois se garder de provoquer un mouvement en avant de l'ennemi par une retraite hâtive et prématurée. Je compte sur votre corps qui sera soutenu par le V® pour retarder la marche de Tennemi. Le général Kaïssarotf continuera à occuper Sézanne et Fère-Champenoise. Le IV» corps se tiendra du côté de Pont-sur-Seine. »

Le généralissime, en revanche, s'était contenté de faire savoir à Tempereur d'Autriche que, « conformément aux principes acceptés préalablement, il concentrait son armée et transférait le jour même son quartier général à Arcis. » Enfin, Schwarzenberg avait encore donné Tordre à Téquipage de ponts de partir de suite pour Méry, d'envoyer à Plancy de 6 à 10 pontons et de se tenir prêt à établir au premier avis des ponts sur ces deux points.

Troisiôme disposition de Schwarzenberg. ^ Mais cette deuxième disposition elle-même était encore loin d'être définitive. Les renseignements n'avaient pas cessé de parvenir à Pont-le-Roi pendant le reste de la nuit et les premières heures de la matinée. D'une part, c'était une deuxième dépêche du général Davidoff donnant avis de l'entrée des Français à Châlons, et un billet de Kaïssaroff signalant la marche de la cavalerie française d'Épernay sur Vertus; de l'autre, des rapports émanant des VI« et IV« corps et faisant savoir que le défilé de Nogent était libre Le généralissime crut alors que le moment était venu de tirer parti du mouvement rétrograde du duc de Tarente, et à neuf heures du matin, une troisième disposition vint modifier les instructions envoyées précédemment aux VI« et IV® corps et aux cosaques de Kaïssaroft.

On ordonna de nouveau à Raïeftsky de pousser sur Provins l'avant-garde de Pahlen, de faire occuper par le prince Eugène de Wurtemberg la forêt de Sourdun, de tenir le reste de son corps à Montpothier et Saint-Ferréol. Le IV« corps devait se conformer aux ordres contenus dans la première disposition.

Kaïssaroft envoyait des partis vers Montmirail et Épernay, ainsi que sur la route d' Arcis h Châlons. La deuxième dispo-^ sition restait en vigueur pour les autres corps.

On ne saurait aborder Texanien des mouvements de la grande armée pendant la journée du 16 sans résumer en quelques mots ces trois dispositions.

La première avait, si on la compare aux deux autres, un caractère offensif; on veut attaquer Macdonald et le chasser de Provins. La deuxième tend à une concentration en arrière que rien ne justifie encore et qui est ou trop tardive si Napoléon ne s*est pas arrêté à Reims et a marché par Châlons sur Vitry et les derrières de Tarmée, ou prématurée et inutile s'il a été suivi par Blùcher dont on n*a pas de nouvelles. La troisième est une demi-mesure peu rationnelle à tous égards : il faut ou culbuter Macdonald, comme on en a eu Tintention dans le principe, ou prendre position, soit à Trannes, soit à Arcis. Mais on ne pouvait espérer de grands résultats d'une manœuvre qui faisait marcher un corps, le VI®, contre Provins, une colonne du IV^ surBray, pendant que le reste de Tarmée s'éparpillait des environs de Sens jusque vers l'Aube, à Arcis, Brienne, Doulevant et Bar-sur-Aube.

Au lieu de se borner h se donner un peu d*air sur sa gauche avant de se retourner contre l'Empereur, de se contenter de lui arracher quelques kilomètres de terrain, il eût été facile et utile, non seulement d*empêcher le duc de Tarente d'arriver à temps à Arcis, mais d*anéantir, grâce h une offensive énergique, les restes de la petite armée que Macdonald avait concentrée autour de Provins.

Ordres et contre^rdres donnés au III® corps. — A l'aile gauche, le prince Maurice Liechtenstein était h Joigny. Seslavin n'avait guère bougé. Gyulay, resté à Sens, jusque dans Taprèsmidi, reçut, vers trois heures seulement, du prince royal de Wurtemberg, l'ordre de se mettre de suite en mouvement dans la direction de Troyes, de dépasser le jour même, avec le gros de son corps, Villeneuve-l' Archevêque, de replier la division Crenneville jusqu'à Pont-sur-Vanne, de confier le soin de couvrir Sens à Seslavin et de rappeler les chasseurs à cheval wurtembergeois de Pont-sur- Yonne à Thorigny, où ils devaient rejoindre Crenneville. Mais les ordres de mouvement n'étaient pas encore expédiés qu'une nouvelle dépêche du prince royal de Wurtemberg enjoignait à Gyulay de rester immobile sur ses anciennes positions.

Le IV® corps reste sur la rive gauche de la Seine. —

Malgré le départ des derniers avant-postes français, la tète de colonne du IV® corps ne déboucha sur la rive droite de !a Seine et n'occupa le faubourg des Ponts que vers une heure de Taprèsmidi. Au moment où le prince royal de Wurtemberg se disposait à faire passer les quelques régiments de cavalerie qu'il voulait diriger par Gouaix sur Everly, pendant que le comte Antoine Hardegg ferait par la rive gauche une démonstration sur Bray, afin d'obliger, par cette action combinée, les Français à lui abandonner ce passage, il avait reçu du prince Eugène de Wurtemberg un billet lui faisant savoir que Pahlen était à Saint- Martin-Chennetron, qu'une brigade d'infanterie et quatre escadrons se tenaient à Saint-Ferréol, qu'Ilowaïsky avec ses cosaques observait les environs du Mériot, mais qu'il y avait encore dans la forêt de Sourdun quatre bataillons français avec de la cavalerie et quelques bouches à feu. Le prince royal, se portant de sa personne au Mériot, reconnut que le chemin conduisant à Bray courait au pied de la position occupée par les Français et qu'un mouvement sur cette ville pouvait présenter des inconvénients et des dangers. Il résolut, en conséquence, non seulement de renoncer à cette diversion, mais de garder le gros du IV® corps aux environs de Nogent. Pendant ce temps, les troupes françaises avaient évacué Bray, détruit le pont et laissé sur la rive droite 300 hommes et deux canons. Hardegg ayant aussitôt occupé la ville, le prince royal envoya vers le soir, au Mériot, quelques troupes qui poussèrent sur la rive droite un détachement chargé d'obliger les Français à quitter les bords de la Seine en face de Bray *.

Positions du VI® corps. — Le 16 au matin, Pahlen, avec l'avant-garde du VI® corps, était en position en avant de Saint- Martin-Chcnnetron; le prince Eugène, en soutien de cette avantgarde derrière le village. Gorlchakoff occupait les hauteurs de Montpothier, et le prince SchakhoflFskoï celles de Châlautre-la- Grande. A six heures du matin, ce général avait remarqué et signalé l'évacuation du faubourg de Nogent et le mouvement rétrograde des Français, qui n'avaient laissé dans le bois de

i Stàrke, EintheiluDg und Tagcsbcgebenheitcn der Haapt Armée im Monate Marz i814. {K, K, Krieg$ Archiv., III, 1.)

Sourdun que les quelques troupes dont le prince Eugène de Wurtemberg allait, un peu plus tard, taire connaître la présence au prince royal. Les renseignements fournis par Schakhoffskoï étaient parvenus à Raieffsky quelque temps après la réception de la deuxième disposition et de l'instruction spéciale qui raccompagnait. Le général russe avait, en conséquence, pris toutes ses dispositions pour se replier devant une attaque supérieure en nombre, non pas sur Pont-le-Roi, parce qu'il aurait dû se servir d'une mauvaise route, mais sur Arcis-sur-Aube. Lié par les ordres qu'il venait de recevoir, Raïeftsky s'était borné à faire observer le mouvement des Français par quelques escadrons de cavalerie qui reconnurent la position des avant-postes ennemis à Léchelle et Cormeron et l'existence d'une concentration de forces évaluée à 8,000 hommes*, du côté de Luboin et de Lugrand.

Combat de Cormeron et de Lunay. — Au moment où le maréchal Macdonald se disposait à procéder à une reconnaissance générale dirigée contre Saint-Martin-Chennetron, Raïefifsky, auquel le général Trappe avait apporté la troisième disposition et les instructions de Schwarzenberg, faisait, de son côté, ses préparatifs d'attaque et, prévenant le mouvement des Français, il lançait, à cinq heures, sur Léchelle et Lunay, le prince Eugène de Wurtemberg, pendant que sur la gauche du VI® corps, le prince Schakhoffskoï avait ordre de débusquer les troupes de Gérard de la forêt de Sourdun et de se rabattre contre la droite de la position de Macdonald.

Le prince Eugène de Wurtemberg dirigea aussitôt sur le parc et le château du Houssay et sur Saint-Martin-des-Champs, le général Rebrikoffavec ses cosaques et lesuhlans de TchougouiefI, qu'il chargea de déborder la gauche française et qui eut d'autant moins de difficulté à s'acquitter de sa mission que la cavalerie de

* Général-major Trappe à Schwarzenberg, ViUenanxe, 16 mars, 8 heures soir. (K. K, Kriegi Archiv,, IIl, 292.)

Ces rensei^ements sont confirmés par le rapport da général Grundler, chef d*état-major de Macdonald. an ministre, en date de Provins, iÔ mars (Archives de la guerre) : « Le maréchal avait réuni sur les plateaux en arriére de Léchelle les divisions Levai, Brayer et Rottembourg, en tout 7,000 à 8,000 hommes, plus les 5^ et 6^ corps de cavalerie. Le général Gérard occupait la position de La Fontaine-aux-Bois à Sourdun. Le 2* corps de cavalerie avait été envoyé le matin à Rouiliy pour couvrir et éclairer notre gauche. »

Milhaud et celle de Saint-Germain n'essayèrent môme pas de contrarier sa marche et de ralentir son mouvement. Le prince, avec son infanterie suivie par la brigade de cuirassiers du général Leontieff, marchant à gauche de Rebrikoflf, se porta contre Léchelle, que les avant-postes français évacuèrent sans combat. A six heures, pendant qu il faisait préparer Tattaque de Lunay par son artillerie, le prince Eugène enlevait aux tirailleurs français Cormeron, sans pouvoir toutefois réussir à les déloger des bouquets de bois voisins, d'où leur tir empêcha les Russes de déboucher de Cormeron et de se diriger sur Richebourg. Le général Levais lançant à ce moment une de ses brigades, parvint non seulement à reprendre le village, mais à s'y maintenir jusqu'à 7 heures.

Une nouvelle attaque des Russes chassa définitivement les Français de Cormeron ; mais les feux de l'artillerie de Levai et des troupes françaises entrées en ligne pour recueillir les défenseurs de Cormeron arrêtèrent les progrès ultérieurs du prince Eugène qui, plus heureux sur sa droite, avait, dans l'intervalle, enlevé le village de Lunay.

La belle résistance des troupes du général Levai, la présence sur le plateau de troupes qui n'avaient pas encore donné, l'efficacité du tir de l'artillerie française décidèrent le prince Eugène de Wurtemberg à attendre, pour renouveler son attaque, l'entrée en ligne de Schakhoffskoï dont il était toujours sans nouvelles. Bien que renforcé par les hussards de Grodno et la brigade de cuirassiers du général Stahl, Schakhoffskoï n'avait pu parvenir à déloger les bataillons de Duhesme de la forêt de Sourdun. De toutes les façons, du reste, il eût été impossible au prince Eugène de Wurtemberg d'entreprendre quoi que ce soit. La nuit était venue, et ses troupes, comme celles de Levai, bivouaquèrent sur leurs positions, pendant que les bataillons de Duhesme profitaient des ténèbres pour se replier, sans être inquiétés, sur Provins *.

Mouvements du V* corps et positions des gardes et réserves. — Wrède avait reçu de bon matin, avant cinq heures, la première disposition et envoyé aussitôt à Frimont l'ordre de

* Journal d'opérations du prince Eugène de Wurtemberg (Archives lopographiques, n° 47344), et général-major Trappe à Schwarzenberg, Villenauxe, 46 mars. 8 heures soir (K. K, Kriegs Arehiv,,, III. 292).

se porter avec les divisions Spleny et La Motte et la brigade de cavalerie bavaroise de Vieregg jusqu'aux environs de Villenauxe, de s'y former en deux colonnes, d'y attendre des ordres ultérieurs et de se cantonner entre Villenauxe et Châlautre-la-Grande, dans le cas où Tennemi aurait évacué ces parages. Les deux brigades de la division Rechberg restaient en soutien à Anglure et à Plancy.

Dans l'après-midi, l'infanterie de Frimont était arrivée à Montgenost; le général avait donné avis de sa présence sur ce point à Raïeffsky, qu*il avait prévenu en môme temps du mouvement de KaïssarofifS de Sézanne sur Montmirail, lorsqu'il reçut vers le soir communication de la deuxième disposition et l'ordre de Wrède (parti de Plancy à midi) de se replier par Potangis sur Arcis, d'établir la division La Motte à Champfleury, la brigade Volkmann h Salon, la cavalerie à Faux et de pousser jusqu'à Arcis la division Spleny. Les troupes de Frimont ayant à passer par des chemins difficiles et marécageux durent marcher toute la nuit pour se rapprocher des positions qui leur avaient été assignées et qu'il leur fut, d'ailleurs, impossible d'atteindre.

Dans le courant de la soirée, la division Rechberg était revenue s'installer à Herbisse et le quartier général de Wrède à AUibaudières*.

Les gardes et réserves russes et prussiennes occupaient, à cheval sur l'Aube, des positions qui leur permettaient d'arriver à Vitry en une seule marche, un peu rude à la vérité. Le colonel de La Roche avec la cavalerie de la garde prussienne, était en avant d' Arcis à Mailly avec des postes à Sommesous et Sompuis qui envoyaient des patrouilles vers Châlons et Vitry; le général Tchalikoff, avec la cavalerie légère de la garde russe, n'avait pas bougé de Gourgançon; son avant-garde fournissait de Sommesous des patrouilles allant vers Vitry, Vatry, Vertus, Châlons et Pont-Saint-Prix. Les grenadiers étaient à Champigny-sur-Aube, les gardes prussiennes et badoises à Lhuître, les gardes russes à Ramerupt, la 1^» division de cuirassiers à Donnement et la 3« à Saint-Ètienne-sous-Barbuise.

1 Général Trappe à Schwarzenberg, Villenauxe, 16 mars, 8 heures soir* (K. K, Kriegi Archiv., 111, 29Î.)

> Taxis, Tagehw:h(K. K. Kriegs Arehiv., XIU, 3S), et Starkk, Eintheilung und Tagesi)egebenheiten der Haupt-Armee im Monate Mari (Ibid,, 111, 1).

Les corps volants se tenaient : celui de Tettenborn à Coole*, celui de Kaïssaroff du côté de Montmirail*. Raïeffsky, bien que sachant par Frimont que Sézanne était abandonné depuis le départ de Kaïssaroff, avait trouvé avec raison que, malgré toute son importance, ce point était trop loin des positions occupées par son corps pour pouvoir risquer d*y envoyer du monde.

Hacdonald évacue Provins dans la nuit du 16 au 17. —

Au moment où TEmpereur établissait sa nouvelle ligne d'opéralion par Meaux, La Fertésous-Jouarre, Château-Thierry, Épernay et Reims, où Ney occupait Châlons, Macdonald, bien qu'ayant réussi à conserver ses positions pendant toute la journée du 16, craignant d'être débordé le lendemain par sa gauche et rejeté sur la mauvaise position en avant de Provins adossée à des ravins, ignorant enfin si la route de Rozoy était couverte et si les Français avaient des troupes sur la Marne, avait pris le parti d'évacuer Provins le 17 avant le jour et de venir se poster entre Provins et Nangis. Oudinot, laissant ses arrière-gardes aux Filles-Dieu et à Haute-Maison et des réserves à rentrée de la ville, devait venir prendre position à Vullaines, sa gauche à Cucharmoy. Une des divisions du 11 • corps s'établissait à Maison-Rouge, l'autre à Saint-Sauveur, Donnemarie et Villeneuve-les-Bordes. Toute la cavalerie couvrait la gauche du maréchal. Le général Gérard formait cette fois encore l'arrière-garde et s'établissait en arrière de Provins, après avoir laissé une extréme-arrière-garde d'infanterie à La Chapelle-Saint-Hubert et un parti de cavalerie en arrière de Sourdun.

Pacthod restait à Montereau, qu'il ne devait quitter que s'il y était contraint par des forces supérieures.

Souham et Allix étaient informés qu'ils recevraient leurs instructions ultérieures du Ministre de la guerre.

Etat des esprits au quartier général des AlUés. — Si le

duc de Tarente avait pu se douter de ce qui s'était passé pendant la journée aux quartiers généraux de Schwarzenberg et des souverains, il n'eût assurément pas pris celle résolution que la pru-

* Tettenborn à Schwarzenberg, Cosle. (K, K. Kriegg Archiv,, III, 310.) « Général Trappe à Schwarzenberg. (/6id., lU, 292.)

dence et la raison conseillaient, mais i\ laquelle il ne se serait pas décidé s'il avait eu connaissance des causes qui amenèrent 1 arrêt inattendu du mouvement offensif de la grande armée et qui eut pour conséquence fatale de le mettre dans l'impossibilité de prendre part à la bataille d'Arcis.

L'attaque insignifiante de Schwarzenberg eut de la sorte des résultats qui, bien que n'ayant pas été prévus par le généralissime, rendirent à la cause des Alliés un service qu'on a par trop laissé dans Tombre. D'ailleurs, malgré les contre-ordres incessants et forcés de cette journée, le généralissime avait atteint son but. Le III<^ corps, avant d'avoir commencé son mouvement, avait reçu l'ordre de rester à Sens. Le V« corps seul eut à supporter les conséquences des événements et à exécuter une marche de nuit des plus pénibles. Il n'en est pas moins certain que le 16 au soir, grâce à cette multiplicité de dispositions aussitôt reprises que données, la grande armée était disséminée de Joigny, de Sens, de Bray, de Sourdun et de Léchelle jusqu'à Mailly, Pougy et Lesmont.

Du reste, au milieu de la confusion générale, de l'inquiétude qui avait gagné jusqu'à l'empereur de Russie, Schwarzenberg avait presque seul réussi à garder tout son calme, tout son sangfroid. Chaque renseignement nouveau qui parvenait au quartier général donnait naissance à des combinaisons nouvelles proposées par un des innombrables conseillers qui s'agitaient autour des souverains.

Bien que Blûcher vînt, dans sa lettre du 12 *, de donner avis de son projet de reprendre le 13 l'offensive contre Napoléon qu'il supposait en retraite sur Meaux ou sur Château-Thierry, Radetzky croyait que le feld-maréchal attaquerait l'Empereur à Reims. Barclay de Tolly et Diebitsch ne considéraient le mouvement sur Reims et Épernay que comme une opération destinée à donner le change sur les intentions de Napoléon et à lui permettre de se retourner contre Blûcher. Pour cette raison, ils demandaient à cor et à cris l'autorisation de pousser jusqu'à la Marne sur Vitry et Châlons. Duka, au contraire, rejetait les idées de Radetzky qui, persistant à croire à la certitude de la défaite de Napoléon

Blûcher à Schwarzenberg, Laon, Kt mars. [K, K, Kriegi Arehiv,, III, 2S9.)

du côté de Reims, voulait qu'on se jetât sur lui pour l'écraser entre les deux armées alliées.

Quant h l'empereur Alexandre, son impatience et sa préoccupation étaient telles qu'elles donnaient de véritables soucis à son entourage et que Wolkonsky, écrivant confidentiellement à Toll, lui disait : « En un mot, nous ne savons plus ce que nous voulons. Pour l'amour de Dieu, tranquillisez-nous, rassurez-nous. Jo perds mon temps à écrire de tous les côtés. »

17 mars. — Ordres de mouvements de Schwarzenberg. —

Au milieu de cette agitation fiévreuse, causée en grande partie par la crainte, Schwarzenberg restait parfaitement calme et maître de lui-même. S'il ne partageait pas la manière de voir de son chef d'état-major, il croyait encore moins à la retraite de Napoléon sur Paris. C'est pour cela, qu'en attendant les renseignements qui devaient l'éclairer, il prit le sage parti de continuer la concentration à Arcis et à Troyes, couvrant ainsi et la position de Trannes et sa ligne de retraite. De pareilles mesures n'étaient guère faites pour calmer les impatiences et dissiper les inquiétudes, et, si, l'on veut se faire une idée de l'irritation que causèrent la disposition du 17 et l'arrêt subit des opérations offensives contre les maréchaux, il suffira de lire la lettre que le colonel Bocke, aide de camp de l'empereur de Russie, adressait le 17 mars de Saint-Martin-Chennetron à Toll :

« Mon général *, recevez l'hommage de ma plus vive reconnaissance pour la lettre obligeante dont Votre Excellence a bien voulu m'honorer. Vous pouvez me croire sur ma parole sans me soupçonner de la moindre flatterie, que si nous espérons encore tant soit peu, ce n'est que dans la magnanimité de notre bon et excellent empereur et en les conseils du digne élève de Koutousoff et de son estimable compagnon Diebitsch. Si la bêtise autrichienne n'est pas raisonnée (ce que je crains), les leçons terribles et ridicules à la fois que nous forçom l'ennemi de nous donner feront enfin ouvrir les veux à cette malheureuse verdure ou plutôt ORDURE viennoise. Est-il possible de jouer un rôle aussi

* Lettre (en français) citée par Bernhardi : Toll, Denkivurdigknten, V,

misérable dans une époque si sublime dans les annales de Thistoire !

« Je veux bien croire que le gros héros puisse accoucher de jumeaux, mais je désespère que, sans r opération césarienne, on le fasse accoucher d'une idée saine.

« Je suis enragé de tout ce que nous faisons et surtout de ce que nous ne faisons pas. Pour Tamour de Dieu, mon général, donnez-moi 200 cosaques et envoyez-moi chez Wellington. S'il s'agit de faire des bêtises, j'en préfère une qui soit chevaleresque fi une sortie de la fabrique privilégiée impériale et royale.

« Nous avons attaqué hier avec moins de 8,000 Russes, Macdonald qui avait 20,000 hommes bien comptés, au nombre desquels la belle cavalerie de Milhaud et de Trelliard que les déserteurs font monter à 24 régiments. Pour 3 divisions (18 régiments) je réponds.

« Macdonald s'est retiré, non pas sur Provins, mais dans la direction de La Ferté-Gaucher. Notre infanterie a passé la Seine où l'on ôte tous les ponts. A Plancy, il en restera un pour nous, h ce que l'on dit.

« Kaissaroff a été pressé hier par 2,000 chevaux français vers Sézanne.

« Nous voilà frais si l'ennemi occupe ce passage, ce que personne ne l'empêche de faire. »

Le généralissime avait expédié ses ordres à 2 heures du matin. « Les gardes et réserves se concentreront sur leurs positions du 1 6. Le VI« corps occupera le défilé de Nogent et s'échelonnera jusqu'à Méry. Le IV® corps viendra à moitié chemin de Troyes. Le 1II« corps se rapprochera de celte ville. Le V« corps s'établira sur la rive gauche de TAube par Arcis. Ses avant-postes à Mailly communiqueront avec les généraux Teltenborn et Kaïssarofî. »

Le généralissime cherchait par cette disposition à réparer, dans la mesure du possible, la faute qu'il avait commise en disséminant son armée de l'Yonne à l'Aube. Il voulait, d'une part, se préparer à prendre l'offensive dans le cas où les succès de l'armée de Silésie lui auraient permis de le faire sans danger et surtout tout disposer de façon à être en mesure de masser son armée sur une position comme celle de Trannes, aussitôt que l'armée impériale, débouchant de Chàlons, dessinerait nettement son mouvement contre la droite de la grande armée.

Dans rimpossibilité de porter plus rapidement remède aux fautes commises antérieurement, de réparer le préjudice causé par une inaction trop prolongée et dénuée de motifs sérieux, Schwarzenberg, étant donné les circonstances, il est juste de le reconnaître, ne pouvait agir autrement. Enfin, il importe de se rappeler qu'au moment même où, le 17 mars, l'Empereur quittait Reims pour se rendre avec sa vieille garde à Épernay, il n'avait pas encore arrêté définitivement son plan d'opérations et faisait écrire par le major-général à Marmont : « Il est possible que Sa Majesté revienne à Reims ou se porte sur Châlons; les événements en décideront. »

L'Empereur lui-même hésitant encore sur le parti à prendre, le généralissime ne pouvait donc, comme il le fit d'ailleurs, que chercher par des mouvements préparatoires h ramener le gros de son armée sur une position centrale et y attendre les événements, tout en rapprochant pi'ogressivement ses différents corps de ceux de son aile droite.

Marches et positions des corps de la grande armée alliée. — Les gardes et réserves se massèrent par suite, le 17, entre Lesmont et Bar-sur-Aube. La cavalerie légère de la garde russe, relevant la cavalerie prussienne du colonel de La Roche à Brébant et à Sompuis, occupa à droite Margerie, envoya des patrouilles sur Vitry, Saint-Dizier et Châlons, se reliant à droite avec les vedettes prussiennes par Châtillon-sur-Broué, à gauche par Sommesous avec les cosaques. Le gros- de la cavalerie du général Tchalikoft bivouaqua à Braux-le-Grand. Le colonel de La Roche, poussé plus à droite jusqu'à Montier-en-Der, se reliait avec la cavalerie légère russe par Braucourt et Châtillon-sur- Broué et s'éclairait sur Vitry et Saint-Dizier. La 3® division de cuirassiers avec l'artillerie h cheval servant de réserve et de soutien à ces deux groupes, s'était établie en cantonnements serrés à Perthes-en-Rothière. Les grenadiers occupaient sur la Voire Lassicourt et Rosnay ; les gardes russes, prussiennes et badoises, La Rothière et Dien ville. La i*"» division de cuirassiers avec Tartillerie de réserve vint à Arsonval, et le quartier général de Barclav à Brienne-le-Château.

Les troupes de Frimont rejoignirent sur la rive gauche de l'Aube la partie du V« corps qui occupait déjà Arcis. Mais cette

longue et rude marche de près de 36 heures avait complètement épuisé et démoralisé les corps auxquels on Tavait imposée. Trois bataillons autrichiens, couverts par les dragons de Knesevich et les uhlans de Schwarzenberg à Mesnil-la-Comtesse el Saint- Étienne-sous-Barbuise, occupaient la ville môme d'Arcis.

Une brigade de chevau-légers bavarois envoyée sur la rive droite, s*était établie à Mailly, observant les routes de Vitry et de Chûlons, de Vertus et de Sézanne et assurant les communications avec les cosaques *.

Au VI« corps, il avait été impossible d'exécuter les mouvements prescrits par le généralissime. Les arrière-gardes de Macdonald étaient restées en avant de Provins, en présence des troupes de Pahlen et du prince Eugène de Wurtemberg, et comme on savait que le gros des corps français se tenait encore à peu de dislance de Provins sur la route de Nangis, on craignait, en évacuant de suite la position de Saint-Martin-Chennetron et la forêt de Sourdun que Schakhoftskoï avait occupée le matin, de donner Téveil et de provoquer un nouveau mouvement en avant du maréchal. Le prince Eugène de Wurtemberg résolut donc d'attendre le soir pour ramener son infanterie à Nogent et h Pont-le-Roi et laisser une partie de la cavalerie de Pahlen aux environs de Saint-Martin-Chennetron, et les cosaques d'Ilowaïsky en avant de la forêt de Sourdun. Le gros de Tavantgarde de Pahlen prit position à hauteur du Mériot. Le corps de Gortchakoff avait, pendant la journée, marché de Nogent et de Pont jusque vers Méry.

Le prince royal de Wurtemberg s'était vu en conséquence obligé de laisser à Nogent et à Pont deux de ses brigades qui ne se mirent en marche qu'après l'arrivée du corps du prince Eugène de Wurtemberg. Il en avait été de même pour les chasseurs à cheval wurtembergeois qui occupaient seuls Bray, depuis que le comte Antoine Hardegg avait pris avec sa division le chemin d'Arcis pour y rejoindre le V« corps. Le gros du IV® corps n'en avait pas moins commencé dès le matin sa marche sur Troyes. Il s'arrêta le soir à hauteur de Saint-Martin-de-Bossenay et d'Echemines*.

* Starke, Eintheilnng und Tagesbegebenheiten der Hanpt-Armee im Monate Mârz. {K. K, Kriegs Ârchiv., III, 1.)

Il eût été, il semble, plus rationnel de procéder autrement. Il eût sutfi, en effet, au lieu de faire revenir le VI® corps sur Méry, de laisser Pahlen et le prince Eugène de Wurtemberg sur les positions qu'ils occupaient à Saint-Martin-Chennetron et du côté de Sourdun, et de ramener — ce qui pouvait se faire dès le matin sans être remarqué par les Français — GortchakoflF à Nogent et à Pont-le-Roi. On aurait de la sorte permis au IV® corps d'arriver le 17 au soir au moins h Méry.

Le IIP corps n'avait pas, lui aussi, pu atteindre en une seule marche les cantonnements qui lui étaient indiqués. L'ordre de marcher sur Villemaur avec son gros, de ramener Crenneville à Villeneuve-rArchevêque et de confier la surveillance de l'Aube à Seslavin n'était, en effet, parvenu à Gyulay que dans l'aprèsmidi.

Bien qu'il n'eût pas tardé un seul instant à se mettre en route, Gyulay dut s'arrêter le soir à Villeneuve-rArchevêque avec les divisions Weiss et Fresnel qu'il comptait remettre en mouvement h minuit afin d'arriver avec elles le 18 au matin i\ Villemaur. Crenneville, venant de Saint-Martin, ne dépassa pas Sens où il entra en même temps que Seslavin *. Le prince Maurice Liechtenstein, ayant reçu le soir seulement à Joigny l'ordre de retourner sur la route de Dijon, ne put partir pour Saint-Florentin que le 18 au matin.

Nouveaux coups de main du curé de Pers. — Avant de quitter Saint- Valérien pour revenir h Sens, les cosaques de Seslavin avaient eu une fois encore maille h partir avec le brave curé de Pers. « Pour mieux observer la marche et les mouvements des cosaques, dit le curé de Pers *, je me rendis le 16 vers 10 heures au village de Bignon où je vis passer 50 cosaques se rendant du camp de Chéroy à Fontenay par la route qu'avaient suivie ceux du 10. Présumant qu'ils reviendraient le soir au camp par le même chemin, je courus chez moi, j'assemblai ma commune. Encouragés par le premier succès et toujours armés de fusils

* Stàrke, Eintheilnng und Tagesbegebcnheiten der llaupt-Ârmee im Monate Mârz. (HT. K, Kriegt Archiv,, 111, 1.)

' Rapport de l'abbé Pothier, desservant de Pers, au major Legros, commandant la place de Montargis, Pers; le 19 mars. {Archivée de la guerre,)

doubles, nous nous rendinies sur les 5 heures dans une vallée entre Chevannes et Pers. Je plaçai, à deux cents pas de moi, au bout d'un bois appelé la Boulinière, un avant-poste auquel je recommandai de ne faire feu que sur la deuxième personne du détachement dans la crainte que la première ne fût un guide pris dans le pays. Quant à moi, avec le surplus de mes hommes, je pris position dans un lieu élevé, appelé le Miroir.

« Nous attendîmes dans le silence jusqu à 8 heures du soir. Uobscurité ne permettait pas de distinguer aucun objet et les cosaques marchant à petits pas sur un terrain doux, on entendait à peine leurs mouvements. Enfin, le poste placé au bout du bois laissa approcher h dix pas de lui l'avant-garde, tira trois coups et la força de se replier sur le détachement qui se rangea sur-lechamp en bataille. Alors nous nous réunîmes et nous fîmes une fusillade si bien soutenue que nous pûmes, à la lueur des amorces, distinguer le nombre d'hommes que nous avions à combattre et en même temps apercevoir que tous avaient, sur le devant de leurs selles, de gros paquets blancs sans que nous puissions soupçonner ce qu'ils renfermaient. N'étant qu'à quinze pas de l'ennemi, tous nos coups ont porté, Tout dispersé et l'ont forcé, pour fuir avec plus de vitesse, d'abandonner ces paquets. Le hasard m'en fit rencontrer un dans l'obscurité et j'éprouvai la satisfaction"* de

sentir qu'il contenait une quantité considérable de dépêches

Alors, je jugeai — et le postillon dont les cosaques s'étaient emparés me le confirma — que la malle de Lyon à Paris avait été saisie une deuxième fois par ces brigands et qu'afin d'éviter de la conduire au camp par des chemins difficiles où elle pouvait leur être ravie, comme le fut celle qu'ils avaient enlevée le 10,

ils l'avaient pillée et laissée sur la route Dans l'impossibilité

où nous étions, à cause de l'obscurité, d'aller à la recherche et de ramasser les autres paquets, je laissai sur les lieux une garde de nuit de 6 hommes et me rendis chez moi avec les 11 autres et le postillon, qui me témoigna de vives inquiétudes sur le sort du courrier qui ne nous avait pas suivis.

« Le 17, k la pointe du jour, nous revînmes sur le terrain et nous trouvâmes morts sur la place un Cosaque et à quinze pas de lui, derrière une haie, le malheureux courrier qu'ils avaient massacré En parcourant les environs, nous avons ramassé et

recueilli le surplus des paquets et nous avons trouvé morts 11

autres cosaques, savoir : 9 dans les bois de Chevannes, Pers et Ro/oy où, après avoir été blessés, ils s'étaient retirés, et 2 au Bignon. 6 autres sont, paraît-il, morts en arrivant au camp à Saint- Valérien. Ainsi, cette expédition a coûté 17 hommes aux cosaques.

« Le même jour, le 17, à 10 heures du matin, au moment où je venais de rendre au courrier les derniers devoirs de mon ministère, le village de Pers tut investi par 150 cosaques qui, pour se venger de l'échec de la veille et de la capture du 10, se livrèrent jusqu'à 4 heures du soir au pillage, volant et brisant tout ce qui leur tombait sous la main. Enfin, pour combler la mesure, ils se saisirent de 15 habitants et les emmenèrent la corde au cou au camp de Saint-Valérien, où ils furent questionnés, garrottés et menacés d'être fusillés s'ils ne livraient pas le chef et les coopérateurs de Texpédition. Ils s*en sont tirés en prétextant que c'étaient les troupes de ligne envoyées de la garnison de Montargis. Quant aux paquets, je les ai tous remis, le 18, au sieur Fereau, directeur de la poste aux lettres d'Egreville, qui, informé par moi de l'événement, est venu accompagné de M. Dernier, maire, les chercher avec une voiture.

« Il n'est pas inutile d'observer à Monsieur le Major que j'avais eu, dans la matinée, la précaution de cacher les paquets de la malle sous de la paille, dans une grange. S'ils s'en fussent doutés, ils les auraient repris et peut-être incendié le village ; mais j'ai auguré de leur silence à ce sujet que, parmi eux, il n'y en avait pas un seul de ceux de la veille; ce qui me porte à croire que le nombre des morts excède 17 et que les autres ont reçu des blessures graves. Ceux-ci, disparus dans l'obscurité, ont dû nécessairement s'égarer, car ils ne pouvaient apercevoir aucun signe de reconnaissance ; alors, plusieurs ont dû succomber dans les bois, vers Bazoches, où on a, dans la journée du 17, ramassé plusieurs lettres éparses provenant des paquets

« Quant à moi, si le zèle de mes concitoyens ne se ralentit pas, je continuerai de donner au gouvernement des preuves de mon dévouement. »

Renseignements reçus par Schwarzenberg. — Le 17, au

matin, on avait bien reçu au quartier général de Pont-le-Roi deux dépêches de Blûcher, datées de Laon, le 16 mars à midi.

Mais ces deux dépêches n'étaient guère de nature à renseigner et h rassurer le généralissime et Tempereur de Russie. Dans Tune - la seule qui existe au À'. K, Kriegs Arc/tir., (III, 295) — le feldniaréchal, dans la crainte de voir cette dépêche interceptée par les Français, se complaisait à peindre sa situation sous un jour qui n'était pas le vrai et c'est pour cette raison qu'il disait au généralissime :

« Votre Altesse a dû savoir par mes courriers que les Français ont repris Reims et que Saint-Priest, avec la plus grande partie de son corps, a rejoint mon armée îi Berry-au-Bac.

« Demain, je reçois mes renforts venant des Pays-Bas.

« Les convois qui me donnent dix jours de vivres pour mon armée sont arrivés ce malin et vont me permettre de reprendre l'offensive. »

L'autre dépêche, celle qui était réellement destinée à Schwarzenberg, celle dans laquelle Blùcher exposait au généralissime la véritable situation de son armée., mais dont il est impossible de retrouver la trace aux Archives de la guerre de Vienne était loin de présenter les choses sous le même aspect : « Je lutte, écrivait le feld-maréchal, contre la plus grande détresse. Le soldat manque de pain depuis plusieurs jours, et, l'ennemi m'ayant coupé de la ligne de Nancy, il m'est impossible de rien faire arriver. D'ailleurs, j'immobilise l'ennemi à Reims. L'Empereur y était encore hier à 2 heures avec sa garde. J'en conclus que la grande armée n'a pas encore dû se rapprocher de Paris. »

De semblables nouvelles étaient d'autant moins faites pour tranquilliser Alexandre I«'"et ramener le calme dans les esprits au quartier général, que les rapports de Tettenborn et de Diebils(!h *, signalant d'autre part la marche des Français sur Èj)ernay et leur entrée i\ Chàlons, semblaient justifier complètement la résolution prise par Schwar/.enberg d'arrêter, au moins momentanément, les opérations offensives du coté de Provins. Ces rapports rapprochés de la véritable dépêche de Blûcher et le fait que les Français n'avaient débouché ni de Chûlons ni d'Épernay, paraissaient donner raison \x ceux qui, dans l'entourage du généralissime et des souverains, ne croyaient pas à la marche de

' Rapi»ort de Dicbitsch à Wolkonsky. Arcis-sur-Aube, 16 mars. n° 123. Weil. — III. 25

l'Empereur vers l'Aube. Schwarzenberg était à peu près le seul qui ne parlageût pas cette manière de voir, et c'est pour cela qu'avant de s'engager tête baissée dans une direction, il avait commencé par préparer sa concentration sur Arcis, sans renoncer pour cela à la possibilité de reprendre l'offensive contre Macdonald et de pousser contre Provins, Fontainebleau et Melun.

Mais, dans Taprès-midi, le tableau change tout à coup. Le généralissime a appris que l'Empereur est resté plusieurs jours h Reims, que ses troupes gardent les passages de la Marne en aval de Chàlons. Il se range alors à l'idée de Radetzky, de ToU, de Diebitsch, de Barclay de Tolly; il admet la probabilité d'un nouveau mouvement offensif de l'Empereur contre Bliicher et peut-être la la possibilité d'une marche ultérieure contre les derrières de la grande armée. Toutefois, au lieu de pousser avec toutes ses forces réunies vers Chî\lons, ce sera son aile droite seule qu'il rapprochera, le 18, de la Marne.

18 mars. — Disposition pour le 18 mars. — Pendant que Macdonald, étonné de la tranquillité qui n'avait cessé de régner à Provins et du côté de Bray, ordonnait à sa cavalerie de pousser, le 18 au matin, une reconnaissance sur Saint-Martin-des-Chanips et pendant que l'Empereur quittait Reims pour aller couchera Épernay , le généralissime envoyait ses ordres de mouvement pour le 18 et s'arrêtait à des résolutions que des renseignements ultérieurs ne tardèrent pas à modifier *•

Le V® corps, qu'on venait de ramener sur la rive gauche de l'Aube, retournait sur la rive droite, de Ramerupt «^ Allibaudières. Il devait faire occuper Fère-Champenoise, Bussy-Lettrée et Fauxsur-Coole et porter son avant-garde à Sommesous et à Mailly.

Les gardes et réserves, descendant le cours de l'Aube, se rapprochaient de Wrède, en se cantonnant à Danmiartin-le-Coq, Jassennes et bonnement.

Le VI® corps avait ordre de venir se masser sur la rive gauche de l'Aube, de Charnv-le-Bachot à Villette. En revanche, les 1II« et lY® corps, Seslaviu et le prince Maurice Liechtenstein, retournaient sur la Seine et sur l'Yonne et devaient couvrir tout l'espace

< STÀRKB.Eintlieilung und Tagesbegebenheiten dcr Huapt-Armee im Monate Marz. (K. K. Kriegi Archiv., III, 1.)

compris entre Pont-le-Roi et Joigny. En cas de retraite forcée, les m® et IV« corps avaient ordre de se replier sur Troyes; Seslavin, de Pont-sur-Yonne et de Sens sur Châtillon ; Liechtenstein, de Joigny par Montbard sur Dijon.

En un mot, h Texception du VI« corps, toutes les troupes de la grande armée avaient, à peu de chose près, à retourner sur les positions qu'on leur avait fait quitter la veille. Le prince royal de Wurtemberg, sous les ordres duquel on plaçait do nouveau le III* corps, allait relever le VI« corps, qui venait reprendrez ses positions le 17 au soir. Or, rien qu'en raison de la distance qu'il avait à parcourir, il était aisé de prévoir que le prince ne parviendrait pas à remplir un programme aussi complexe en un seul jour.

Schwarzenberg avait senti lui-môme (|u'il était nécessaire de joindre à cette disposition des notes explicatives, spéciales à la situation nouvelle créée à chacun de ces corps par ces marches et contre-marches. A Barclay, il s'était contenté de dire que les gardes et réserves allaient occuper de nouveaux cantonnements, afin de pouvoir prendre ensuite la direction qui paraîtrait la plus convenable.

Il faisait savoir h Wrède « qu'il avait choisi cette nouvelle dislocation des troupes de l'aile droite afin d'être en mesure de se porter au-devant de l'ennemi, s'il faisait mine de prendre sa direction de Châlons sur Vitry. » Avec le prince royal de Wurtemberg, il était, en revanche, moins laconique. « Napoléon, lui écrit-il*, peut se porter, ou contre l'armée de Silésie, ou par Châlons contre la droite et les derrières de la grande armée. » Môme dans le cas où l'ennemi se tournerait vers le nord sur Laon, le généralissime, décidé à régler sa conduite d'après les circonstances, se réservait de décider ultérieurement quelles opérations il y aurait lieu de faire entreprendre à l'aile droite; mais il jugeait impossible d'appeler à lui le prince royal, tant que les corps de Macdonald et d'Oudinot se tiendraient entre la Seine et la Marne. Quand l'aile droite se portera en avant, le prince royal, s'il n'est pas supérieur en nombre à ce qu'il trouvera devant lui, aura à tenir en échec les corps ennemis postés h Provins et ?i les empêcher

* Schwarzenberg aa prince royal de Wartcmberg, Arcis-sar-Aube, 17 mars^ (K. K, Kfiegi Arehiv., Ul, 2J9.)

d'opérer leur jonction avec l'Empereur. Mais si Macdonald prévient le prince royal en se portant sur la Marne pour s y réunir h l'armée impériale, il conviendra de ne laisser sur la Seine que les forces nécessaires pour s'assurer le cours de ce fleuve et de ramener, par le chemin le plus court et le meilleur, le gros des IIP et 1V« corps h Arcis, où ces corps formeront Taile gaucho de la grande armée. Si, par impossible, les troupes laissées sur Ja Seine étaient contraintes à se replier, elles feraient alors leur retraite sur Troyes. Mais Seslavin devrait rester à Pont-sur-Yonne et communiquer avec Maurice Liechtenstein, qui se retirerait alors de Joigny dans la direction de Dijon. »

Ces diftérentes instructions spéciales ne jetaient en somme que peu de lumière sur les intentions du généralissime, puisque, tout en parlant d'une concentration qu'on avait commencé à opérer la veille, Schwar/enberg venait, au contraire, de prendre le parti de disséminer ses forces.

Lord Burghersh* est heureusement là pour nous dire exactement ce qui se passait à ce moment dans l'esprit de Schwarzenberg. Pour Tofficier anglais, la prise de Reims a eu pour conséquence de faire croire au généralissime que l'armée française allait entamer une nouvelle série d'opérations oftensives contre Bliicher, et la disposition du 17, tendant à concentrer le 18 l'armée entre Arcis et Pont-le-Roi et à amener les réserves à Dommartin et Bonnement, a été prise en vue d'un mouvement sur Sommesous et Vitry, et de là par ChAlons contre les derrières de l'armée française manœuvrant contre Bliicher.

* Lord Burghersh, Memoir, 206 : « Prince Scli^varzenberg has bccn improssed MMlh tlie conviction thaï aftei' ihe capture of Reims on Die 13 the opérations of the french army would aguin bc direcled against MarschaU Blucher. The orders hc bad issued on tbc i7 for the concentration of bis army between Arcis and Pont-sur-Seine ^itb the réserves at Donnenient and Dommartin were given ont witb tlie intention of moving froin thosi* positions upon Sommesous and Vitry and thencc upon Chalons and upon Ihe rear of the french army i*hile engaged in this supposed opération. » (Le prince de Sch\^arzenberg était convaincu qu'après la prise de Reims [13 mars] Napoléon niann>uvrerait de nouveau contre \c maréchal Blucher. Lorsqu'il expédia les ordres du 17, tendant à une concentration de la grande année alliée entre Arcis et Pont-sur-Seine, avec ses réscrres à Dofmenn*nr et à Dommartin, il avîiit l'intention de se porter de ces positions par Sommesous et Vitry sur Châlons et les derrières de l'armée française pendant que celte dernière aurait éid en train d'exécuter le mouvement eu question.)

Une lettre de Toll h Wolkonsky, (rrito le 18 au lualin, confirme les assertions et les appréciations de lord Burghersh : « Les rapports des avant-postes assurent que l'ennemi n'a que peu de monde h Ghî\lons et à fipernay ; il semble (ju'il masque ainsi ses entreprises conlre Bliicher. On peut donc affirmer que nous ferons notre mouvement sur Chî\lons; mais <*e ne sera guère possible avant après-demain 20, puisque Raïetfsky aura bien de la peine î\ arriver aujourd'hui avec le gros de ses forces du côt(^ d'Arcis. »

Renseignements reçus par Schwarzenberg le 18 mars au matin. — Il convient, d'ailleurs, de reconnaître que les renseignements reçus jusque-lfi par Schwarzenberg n'attribuaient qu'une importance absolument secondaire à l'apparition des Français, tant à Épernay qu'à (^hàlons. C'était d'abord le major Mareschal qui. renvoyé au quartier général de l'armée de Silésie et n'osant, de peur d'être enlevé, pousser au delà de Vitry, annonçait dans une première dé[)êche de Vitry, le 17 au matin', qu'il avait trouvé le général Davidoff sur le point de se retirer, de repasser avec ses deux régiments et ses 300 chevaux sur la rive gauche de la Marne et d'abandoimer Vitry pour aller couvrir les parcs déjà dirigés sur Saint-Dizier. « L'ennemi, disait le major Mareschal, a occupé Ghî\lons le 15 avec huit escadrons suivis par une colonne d'infanterie de 6,000 à 7,000 hommes. Hier 16, il a envoyé vers La Chaussée une patrouille de 50 chevaux qui est retournée le soir à Chàlons. La garde et Napoléon n'ont pas été vus à ChAlons. L'ennemi se borne à occuper Chî\lons et n'a nullement l'intention d'attaquer Vitry. »

Une deuxième dépèche du même officier expédiée le 17 à sept heures du soir, ne signalait aucun mouvement inquiétant. « L'ennemi, écrivait Mareschal*, aurait, d'après le dire de Tettenborn posté à Coole, envoyé à midi doux colonnes de cavalerie sur les routes d'Arcis et de Vitry, mais le poste de Loisy-sur-Marne n'a rien vu. L'ennemi occupe toutefois Togny et y a de l'infanterie et de la cavalerie. »

1 Major Mareschal à Scli>%arzenherg, Vilry, 17 mars. (K. K. Kriegs Archic, 111.316.)

« Major Mareschal à Schwarzenberg, Vitry, 17 mars, 7 heures da soir. Ihid., III, (ui 316.)

liG major annonçait ensuite que le colonel prussien von Swichow mettait Vitry en état de défense et conseillait de diriger Tettenborn sur Sainte-Menehould afin de couvrir les communications.

Sans parler même de deux rapports de Tettenborn, conçus à peu près dans les mômes idées et que Barclay de Tolly transmit au généralissime en lui proposant une expédition contre Chiliens et en lui faisant part du départ pour Vitry d'une colonne aux ordres du général Lambert, qui lui semblait de force à tenter avec les troupes de Tettenborn et de DavidofF un coup contre Chftlons, le généralissime avait reçu, le 18 au matin, le rapport suivant (en français) de Tettenborn*. Ce rapport expédié la veille de Coole à quatre heures un quart du soir, devait, plus encore que les précédents, faire croire au généralissime que les Français ne songeaient même pas fi déboucher sur la rive gauche de la Marne :« Je m'étais porté hier (16), ici (à Coole) pour mieux observer le mouvement de l'ennemi.

« Je ne suis pas en état de répondre en ce moment des forces rassemblées à Chiliens et Épernay, mais îi ce dernier endroit il n'y avait hier matin que de l'infanterie; la cavalerie campait visù-vis d'Éperaay sur la rive droite de la Marne.

« L'ennemi n'a poussé de ce côté ses patrouilles que jusqu'à Avise d'où il s'est retiré avant rencontré les miennes.

« A Châlons, il est d'abord entré 4,000 hommes, puis trois régiments de cavalerie; mais je n'ai aucun renseignement sur les troupes qui pourraient avoir suivi celles-lîi. Ce qui est certain, c'est que mes partis ont passé la nuit à Coolus et ont poussé leurs patrouilles jusque vers les portes de Chàlons. Ils n'ont remarqué nulle part de feux de bivouac, de manière que toutes les troupes doivent avoir été logées dans la ville.

« Ce matin l'ennemi est sorti de ChAlons sur les trois routes de ChîUons à Coole, à Valrv et h Vitrv avec 10 escadrons; mais ayant rencontré mes partis et après avoir été engagé quelque temps, il s'est arrêté h une lieue et demie de Châlons près du pont sur la rivière; il ne s'est pas porté plus loin sur la route de Vitry.

Cela me fortifie dans une opinion que j'avais conçue d'abord.

1 Ti»ttenborn au prince de Schwarzenberg, Coole, 4 li. 1/4 après-midi. 17 mars, on français dans l'original. (A'. K. Kriegi Archiv., XIII, 310.)

que Napoléon ne tentera pas de ce côté un mouvement offensif contre la fj^rande armée, mais que toute celle opération contre la Marn(* n'a eu d'autre but que de s'assurer les passap;es de la

rivic'Te.

« Je me suis proposé de rester ici jusqu'à demain pour avoir la pleine ci^rlilude que Tennemi ne forme pas de dessein ullérieur de ce côté; mais si demain après-midi il n'a pas fait de mouvement en avant, je crois de mon devoir de me replier promptement par Vitry sur l'autre côté de la Marne pour me jeter sur les communications de l'ennemi entre Châlons et Reims et remplir ma destination primitive d'entretenir la communication entre nos armées.

« J'ai envoyé hier à Vitry 50 cosaques pour escorter le

major Mareschal, ils rencontreront en route un autre parti de moi qui pourra en cas de nécessité se joindre îi eux. »

Enfin, une deuxième dépèche de Tettenborn, plus récente encore et du 18 au matin, devait dissiper les derniers doutes, les dernières inquiétudes qui auraient pu subsister : « L'ennemi, disait Tettenborn, ne fait aucun mouvement. Personne ne s'est montré sur la route d'Épernay à Châlons que mes cosaques n'ont cessé de surveiller. Ici, tout est absolument tranquille. » Et il ajoutait que, se proposant de donner suite à son projet de passer sur la rive droite de la Marne, il se préparait à partir pour Vitrv.

Première disposition de Schwarzenberg pour le 19 mars.

— Il est assez naturel que, sous l'influence de ces renseignements, Schwarzenberg ait arrêté encore avant midi une disposition pour le 19, basée sur la nécessité de surveiller les mouvements des Français, tant du côté de Provins que le long de la Marne, de Chàlons jusqu'à Meaux, et d'empôcher Napoléon de masquer, derrière le rideau formé par ses troupes légères, ses opérations sur la rive droite de la Marne. Le généralissime prescrivait, par suite, à Raïeffsky de passer le 19, dès le matin, sur la rive droite de l'Aube à Ormes, de s'établir en cantonnements serrés entre ce point et Allibaudières, et d'occuper Salon, Herbisse et Semoine, de façon à pouvoir recueillir les avant-postes de Pleurs, Corroy, Sézanne et Fère-Champenoise. Kaïssaroff devait aller h Vertus. Wrède restait immobile, h l'exception de celles de ses

troupes qui devaient céder leurs cantonnements au VI« corps. Los gardes et réserves ne bougeaient pas ; leurs avant-gardes soûles devaient se rapprocher do la Marne*.

Schwarzenborg s'était empressé de communiquer cette disposition h Bliicher et avait jointe son envoi une lettre dans laquelle il disait, entre autres, au feld-maréchal : « L'ennemi s'approche de la Marne, il occupe ChAlons et a évidemment l'intention de couper notre communication directe. Pour la maintenir et pouvoir opérer de concert avec Voire Excellence, je concentre, comme l'indiquent les ordres donnés à mon armée, mes forces de l'autre C(Mé de l'Aube, entre Sézanne et Vitry. Dès que j'aurai des nouvelles plus précises, et de l'ennemi et de Votre Excellence, j'opérerai avec toute l'énergie compatible avec ma situation*. «

Schwarzenberg avait i\ peine achevé d'expédier ces pièces et d'approuver la proposition de Barclay de Tolly relative îi l'envoi du général Lambert vers Vitry et GhAlons, lorsqu'il reçut la première nouvelle du mouvement que les Français exécutaient de Vertus contre Fère-Champenoise. Sans atlacher encore une réelle importance h un mouvement h peine ébauché, il invita, toutefois, Barclay h concentrer les gardes entre Dommartin, Jassennes et Donnement, de façon à être prêt à soutenir tout mouvement en avant vers Sompuis ou Mailly, mouvement qu'on pourrait faire exécuter aux troupes alliées, postées à Arcis.

Mouvements des corps de la grande armée alliée. — A ce

moment, il était environ midi, les différents corps avaient exécuté en partie les mouvements prescrits par la disposition du 17.

A l'aile gauche, Crenneville était arrivé îi six heures du malin îi Villeneuvo-rArchevèque, et le reste du III" corps atteignait, vers huit heures, Villemaur sur-Vanne.

Le IV" corps marchait, par Méry, sur Maizières-la-Grande- Paroisso.

Le VI® corps était réparti, le 18 au matin, entre Romilly, où se trouvait Gortschakoff. Pont-le-Roi, où se tenait le général

* Prince de Schwarzenhorg, preniirre disposition pour le 19 mars, Arcis- SQr-AuliC, 18 mars. {K. K. ^^^-iegg Archiv., 111, ad 320.)

» Sohwarzenberg à lUUcher, Arcis-sur-Aulie. 18 mars. {K. K. Kriegg Archir., II!. 3i0.)

Raïeffsky, los haulours du Mériol, occupées par lo prince Eugène de Wurtemberg, et Saint-Martin-Chennetron, où l'on avait laissé une partie de la cavalerie de Pahlen pour surveiller les arrièregardes de Macdonald. Soit parce que les ordres arrivèrent cette fois encore trop tardivem(»nt, soit parce que les III« et IV* corps n'avaient pas encore relevé sur la Seine les postes et les troupes du VI« corps, la matinée tout entière et une partie de l'aprèsmidi se passèrent avant ([ue Raïeffsky eût commencé son mouvement sur Gharny et Villelte.

Dans la matinée, la cavalerie de Pahlen avait reconnu les postes français du C(Mé de Provins ; mais elle s'était immédiatement repliée sur ses positions de Saint-Martin-des-Champs, Le Houssay, Cormeron et Léchelle. Celte tranquillité, jointe à la nouvelle du mouvement de l'Empereur sur Épernay, qui venait de parvenir h Macdonald, avait fait croire au maréchal à la possibilité d'une marche rétrograde des Alliés. Désirant se rendre un compte exact de sa nouvelle situation avant de reprendre l'offensive, Macdonald avait aussitôt fait partir 2,000 à 3,000 chevaux chargés de percer le rideau formé par les avant-postes alliés.

L'infanterie du V® corps avait passé sur la rive droite de l'Aube et s'était établie entre Allibaudières et Raraerupt, la cavalerie formée sur trois lignes en avant. Le comte Antoine Hardegg, venant de Bray, avait rejoint.

Les gardes et réserves étaient arrivées h Donnement et Dommartin, de sorte qu'à l'aile droite deux corps étaient, dès ce moment, prêts à se porter dans la direction de Vitry.

A l'extrême gauche, Maurice Liechtenstein, laissant une arrièregarde h Saint-Florentin, marchait sur Tonnerre, et Seslavin était venu se poster à Cerisiers.

A droite, Kaïssaroff occupait Fère-Champenoise, mais ses avant-postes avaient été, dès le matin, chassés de Vertus par des partis de cavalerie française venus d'Épernay.

Plus à droite encore, le général Lambert était entré à Vitry dans la matinée et s'occupait de rassembler les troupes de DavidoffetdeTettenborn,avec lesquelles il se porta, dans l'aprèsmidi, vers ChîUons. Mais n'ayant pu commencer sa marche qu'assez tard, il s'arrêta à la nuit sur la rive droite, à hauteur de la Chaussée. Sur la rive gauche, Teltenborn, venant de Coole, ne dépassa pas Togny.

Dans les premières heures de l'après-midi du 18, Gyulay avait reçu îi Neuville-sur-Vanne un ordre du prince royal de Wurtemberg, lui enjoignant de s'établir sur une position défensive derrière la Seine, et de charger le prince Maurice Liechtenstein et Seslavin du soin de couvrir la ligne de l'Yonne. Crenneville devait venir, le 18, occuper Nogent, y relever la brigade wurlombergeoise de Misany, mettre une brigade a Pont-le-Roi et envoyer ù Bray un fort parti qui détacherait par Bazoches vers Montereau.

Le lendemain 19, quand le gros du III^ corps aurait atteint Nogenl, Crenneville pousserait sur la rive droite vers Provins Seslavin avait, dans celte combinaison, à retourner à Pont-sur. Yonne et Liechtenstein h Joigny.

Le III« corps se mit en mouvement dans l'après-midi du 18. Crenneville se rendit li Nogent et dirigea un détachement vers Bray. Fresnel et Weiss vinrent se cantoaner ii Charmoy et Avonla-Pèze. Mais Seslavin et Liechtenstein reçurent ces nouveaux ordres trop tard et ne purent commencer leur marche que le 19.

Le prince royal de Wurtemberg se proposait îi ce moment de marcher le 19 sur Villenauxe, et le 20, avec ses deux corps réunis, sur Provins.

Marche de l'Empereur et du maréchal Ney. — Combats de Sommesous, de Fère-Champenoise et d'Allibaudiôres.

— Mais au moment où le prince royal combinait ses mouvements pour les journées des 19 et 20, la situation avait déjà singulièrement changé. L'armée française débouchait sur deux colonnes : l'une, celle de gauche, sous les ordres de Ney, de Châlons vers Sommesous par la route de Vilry; l'autre, celle de droite, conduite par l'Empereur, d'Épernay par Vertus sur Fère-Champenoise. Toutes deux vinrent donner presque simultanément contre les Cosaques de Kaïssaroff qui, avec ses 1,500 chevaux et ses six bouches h feu, allait avoir affaire aux divisions de cavalerie delà garde et à la division des escadrons réunis, placées sous le commandement de Sébastiani.

A onze heures du matin, Kaïssaroff faisait déjà savoir de Fère-Champenoise à Schvvar/enberg qu'il était attaqué par une nombreuse cavalerie, suivie de près par des troupes d'infanterie.

que Favant-garde française avait de l'artillerie avec elle, et que l'ennemi, s'avançant î\ la fois par les roules d'Épernay et de (]hâlons, il serait sous peu contraint de se replier sur Arcis, h moins d'(Hre immédiatement secouru. Une demi-heure plus tard, il expédiait une seconde dép(>clie que Schwarzenberg reçut à Arcis vers trois heures : « L'empereur Napoléon a passé cette nuit îi Épernay ; il m'attaque en ce moment avec la garde*. » Cette nouvelle qui bouleversait, au moment où Ton s'y attendait le moins, toutes les combinaisons qu'on avait eu tant de peine k échafauder les unes sur les autres, jeta l'alarme au quartier général. On aurait cependant dû reconnaître de suite qu'on s'était trompé en croyant h une marche de l'Empereur contre Bliicher, qu'il y avait d'autant moins lieu de s'inquiéter que l'on avait sous la main les Austro-Bavarois de Wrède et les gardes et réserves russes et prussiennes. Il eût donc suffi de diriger ces troupes sur Mailly, par exemple, pour être en mesure d'arrêter l'ennemi, pendant que, d'autre part, on aurait repris les ordres déjii donnés pour les mouvements du 19. Mais l'émoi, le trouble, la confusion, l'indécision étaient tels que l'on se borna à faire prendre les armes au V« corps, qu'on ordonna h Frimont de se porter sur Sompuis avec la cavalerie de Spleny. En môme temps, le généralissime adressait h Kaïssaroff la dépêche suivante * : « Je viens de recevoir votre rapport de ce matin. Je m'empresse de vous faire part que la cavalerie du V® corps doit avoir occupé h l'heure qu'il est Fére-Champenoise, et j'espère, en conséquence, que, conjointement avec cette cavalerie, vous parviendrez h arrêter l'ennemi.

« En cas que, par un événement imprévu, vous soyez forcé de quitter Fère-Ghampenoise, je vous recommande de vous replier sur Sézanne.

« Je n'ai pas besoin de vous dire que je compte sur ce que vous ne ferez ce mouvement rétrograde que si vous y êtes forcé. »

Mais lorsque cette dépêche partit du quartier général et bien qu'il eût été soutenu, dès le début de l'engagement, par le 1*'' ré-

1 Kaïssaroff à Schwarzenberg, Fère-CliampeDoiso, 18 mars, il heures et 11 heures 1/2 du matin; Billett en rutse. (K. K. Kriegs Archiv., III, 133.)

' Schwarzenberg à Kaïssaroff. Arcis-sur-Aube, 18 mars; original en français. (K. K. Kriegs Archiv., 111, 323.*)

gimenl de chevau-légers bavarois onvoyé en reconnaissance du côté de Fère-Champenoise, Kaïssaroff avait depuis longtemps dil plier devant les cavaliers de Sébastiani. Les escadrons français le ramenant bon train, le poussèrent d'abord sur Œuvy et le poussèrent sans le laisser souffler juscju'à Herbisse, où Cosaques et clievau-légers furent recueillis par l'infanterie bavaroise.

Pendant ce temps, la colonne de Ney avait été retardée dans sa marche par le général Defrance qui, chargé de pousser une reconnaissance sur Vitry, n'avait pu rallier la colonne qu'à 4 heures 1/2 à Sommesous. Le maréchal n'en avait pas moins obligé les Cosaques et la cavalerie austro-bavaroise à se replier, apivs nn semblant de résistance, sur Mailly où ils se rejoignirent avec les dragons de Knesewich et les uhlans de Schwarzenberg, que Frimont ramenait de Sompuis. Dès qu'il eut aperçu les colonnes françaises en marche par la grande route de ChAlons à Valry et par celle de Fère-Champenoise, Frimont, se voyant menacé sur sa gauche et craignant d'être coupé de sa retraite sur Arcis, se replia vers l'Aube pendant que le général Defrance, débouchant de Mailly, poursuivait son arrière-garde jusqu'à AUibaudières. Mais l'infanterie bavaroise, qui avait pu prendre position derrière un ruisseau, recueillit les fuyards et réussit à arrêter les cavaliers français que rapproche de la nuit empocha, d'ailleurs, de pousser plus loin*.

Frimont resta sur la rive droite de l'Aube que Kaïssaroff passa le soir à Arcis. Le général russe continua aussitôt sur Rhèges et Plancy. En somme, la cavalerie do la grande armée, bien que supérieure en nombre à celle d(î l'Empereur, bien qu'échelonnée sur trois lignes en avant des positions occupées par le V« corps et les gardes, avait été bousculée et ramenée de Fère-Champenoise, Sommesous et Sompuis jusqu'à l'Aube sans avoir pu obliger Napoléon h lui montrer ses forces, sans avoir réussi à percer sur un point quelconque le rideau qui couvrait la marche de l'armée française. Les progrès des Français compromettaient, en outre, les

* Taxis. Tagebueh {K, K. Kriegi Arcliiv., III, 32); Starke, EiuUieilang und Tagesl)c«ebenheiten dor Haupt-Armee im Monate Mûrz (Ibid., III, i); R&pport journalior à l'empereur d'Autriche. 18 mars (IbUl., III, 326). — Ney au major-général, Mailly. 7 heures soir; Sébastiani au niénif^. Semoino. 7 heures et y II. 1/2 soir (Archireg de la guerre). — Happort de Kaïssaroff à Barclay tio Tolly, 19 mars [Jmirnal dex pièces rccuex, n^ 527).

petits corps des g;én6raux Lambert et DavidotV (»t surtout celui de Tetteuboru. Dès le soir, les deux premiers s'empressèrent de se replier sur Vitry, et Tettenborn, repassant sur la rive droite de la Marne, s'établit en avant de cette place sur la route de Ch;\lons qu'il allait réoccuper le 19.

II est impossible, ainsi s'exprime le prince d(» Taxis*, de se faire une idée de la confusion et du trouble qui régnèrcMit au quartier général pendant cette journée à partir du moment où l'on reçut la nouvelle de l'approche de Napoléon.

L'empereur de Russie chez Schwarzenberg, à Arcis-sur- Aube. — Un peu après o heures de l'après-midi, Schwar/enberg avait h peine envoyé à Raieflsky l'ordre, d'ailleurs inexécutable, de se replier de suite sur Arcis-sur-Aube et de chercher par tous les moyens possibles d'y passer le soir même sur la rive droite de la rivière, dût-il môme pour cela laisser l'avant-garde de Pahlen sur ses positions à l'est de Provins, lorsqu'à 6 heures du soir, l'empereur de Russie, venant de Troyes, entra dans la chambre du généralissime, cloué dans son lit par une violente attaque de goutte. Dévoré d'impatience, irrité dei)uis longtemps contre le généralissime, en proie depuis quelques jours déjà à une inquiétude fébrile que les nouvelles contradictoires et surtout les derniers événements n'avaient fait qu'augmenter, l'emper(Hir de Russie avait mandé près de lui le généralissime. Celui-ci, trop souffrant pour entreprendre, le 17, le voyage de Troyes, avait chargé le général prussien Haacke de l'excuser et de fournir au souverain les explications qu'il semblait désirer. Troublé à l'extrême par les événements du 18, l'empereur, n'y tenant plus, avait quitté Troyes avec Wolkonsky et, sautant dans une voiture, s'était fait conduire au quartier général. Apercevant Toll, il l'interpella d'un ton sec et irrité : « Que se passe-t-il ? Veut-on perdre « toute l'armée?» Celui-ci, mécontent lui-même et troublé par les nouvelles envoyées par Kaïssaroff, répondit : « Votre Majesté se <( rendra elle-même compte de l'indécision de ces Messieurs, bien (( que j'aie tout fait pour leur représenter les dangers de la situa- « lion. C'est un grand bonheur que Votre Majesté ait daigné venir « en personne, car il est encore possible de réparer toutes nos

1 Taxis, Tagebuch, {K, K. Kriegs Archic, 111, 3Î.)

« fautes. » Se tournant alors vers Radetzky et vers les officiers présents dans la chambre : « Eh î bien, Messieurs, leur dit l'empe- « reur, que comptez-vous faire pour sortir de cette situation « critique? » Surpris par une question aussi directe, ne tenant peut-être pas non plus h émettre une opinion personnelle, ils répondirent qu'il y avait tout lieu d'attendre des nouvelles des troupes de première ligne qu'on avait renforcées et fiût soutenir. Toll, impatienté et irrité d'une réponse aussi insuffisante et aussi évasive, prit alors la parole et, s'adressant au tzar, lui dit « que les minutes étaient précieuses, qu'il n'y avait à ses yeux qu'un parti à prendre, qu'il importait de donner immédiatement à tous les corps de la grande armée Tordre de se concentrer entre Troyes et Pougy ; qu'il fallait faire repasser séance tenante Wrède sur la rive gauche de l'Aube et le charger de défendre la ville et le pont d'Arcis jusqu'à la dernière extrémité. »

L'empereur de Russie approuva immédiatement cette concentration en arrière qui lui semblait devoir être le premier acte du mouvement rétrograde qu'il réclamait en vain depuis quelque temps. Il accepta môme d'autant plus volontiers les idées de Toll qu'il était en somme arrivé à Arcis sans avoir de plan bien arrêté à proposer. Pénétrant avec lui dans la chambre de Schwarzenberg qui n'osa refuser son assentiment, il fit appeler Radetsky et le chargea de procéder de suite h l'établissement de la disposition. Dans la conférence qui eut lieu alors et à laquelle Schwarzenberg n'assista pas, Radetzky parvint néanmoins à modifier quelque peu les idées qu'on venait d'émettre. Représentant à l'empereur de Russie l'impossibilité pour RaïefFsky d'atteindre le soir même les bords de l'Aube, lui démontrant que les Français pouvaient être îi Plancy avant les Alliés, voyant qu'Alexandre redoutait par-dessus tout un mouvement débordant de Napoléon sur Bar-sur-Aube et Chaumont, le chef d'étal-major de Schwarzonberg amena le tzar à consentir à une concentration générale, non plus entre Troyes et Pougy, mais sur la position de Tranncs que les différents corps pouvaient atteindre en deux marches.

Mais, avant de quitter Arcis pour retourner à Troyes, l'empereur Alexandre avait fait donner des ordres directs à Raïeffsky. Depuis deux jours il n'avait cessé d'avoir des craintes sérieuses pour le Yle corps, dont il trouvait la situation trop en l'air et trop isolée. Aussi sachant qu'il faudrait un certain temps pour établir

les ordres et les traduire en français à l'usage de Haïeflsky qui ne parlait pas Tallemand, il avait, dès 8 heures du soir, tenu à voir partir pour le quartier général de Raïetfsky le lieutenant Chonioutoft, porteur d'une lettre qu'il avait fait écrire par Toll. Sur l'ordre du tzar, Toll commençait par mettre Raïeffsky au courant des événements de la journée et du mouvement sur Arcis que Wrède allait exécuter. Il lui enjoignait ensuite de se replier sur Méry, d*y attendre Pahlen, d'aller le 19 prendre position à Troyes, d'y couvrir la retraite des III® et 1V« corps, et éventuellement celle de Wréde dans le cas où, chassé d'Arcis, le feld-maréchal bavarois ne parviendrait pas à prendre la direction de Lesmont et de Brienne où il devait se rejoindre, en cas d*échec, avec les gardes et réserves. Il lui prescrivait, en outre, de faire repasser immédiatement son avant-garde sur la rive gauche de la Seine et d'en détruire tous les passages*.

Une demi-heure plus tard, le major Medwedieff portait à RaïetVsky la disposition définitive que d'autres officiers étaient chargés de remettre aux diil'érents chefs de corps.

Disposition pour les journées des 19 et 20 mars^ — « Le

V« corps s'établira ce soir même (18 mars) sur la rive gauche de l'Aube dont il interdira le passage à l'ennemi, il s'échelonnera demain 19 jusqu'à Pougy.

« Les IV®, vie et III® corps se replient sur Troyes, laissant derrière eux le général Seslavin et les détachements nécessaires pour couvrir le mieux possible, pendant la journée du 19, les passages de Bray et de Nogent.

(( Les gardes et réserves prennent position derrière la Voire, qu'elles devront défendre jusqu'à l'arrivée à Lesmont du V® corps chargé de tenir la ligne de TAube pendant la journée du 19.

« Le 20, les III®, IV" et VI^ corps iront à Vendeuvre, les gardes et réserves à Trannes et Maisons, le V® corps à Brienne moins une arrière-garde laissée à Lesmont et à Rosnay.

« Le quartier général sera le 19 à Pougy, le 20 à Bar-sur-Aube.

* Toll à Wolkonsky, Arcis-sur-Aube, 18 mars. (Journal des pièces reçues ^ n« 588.)

' Dispositions pour les journées des 19 et 20 mars, Arcis-sur-Aube, 18 mars* 8 beurcs du soir. (K. K. Kriegs Archiv.^ 111, 3i5.)

« Le V* corps laisse sur TAube des partis chargés d'obsener rennerai et qui rejoindront leur corps d'armée en passant par Dienville, s'ils v sont contraints.

« Le prince royal de Wurtemberg renverra les équipages de pont h Bar-sur-Aube et fera surveiller la Seine par un détachement, qui se re|)lierait en cas de besoin sur la division du prince Maurice Liechtenstein. »

Aussitôt après avoir fait parlir cette disposition, le généralissime avait rendu compte à l'empereur d'Autriche de Ténergiquc résistance de Kaissaroff et de l'approche de l'armée ennemie forte de 30,000 hommes, d'après le dire des prisonniers. Il ajoutait que « Raïeffsky, qui avait dil venir se poster entre Charny et Villette, ayant pris posilion à Méry, il se trouvait dans l'impossibilité de déboucher en avant d'Arcis, et par suite de concentrer, comme il le voulait, son armée entre l'Aube et la Marne, et se voyait contraint de reprendre l'idée d'une concentration générale sur la posilion de Trannes et de Bar-sur-Aube, sur laquelle on se préparera à la lutte V »

En même temps, il faisait parvenir à Kaïssarofï, auquel il témoignait la satisfaction que lui avait causée la conduite de sa cavalerie, l'ordre de rejoindre le V« corps et de prendre les ordres du feld-maréchal Wrède*.

Dans la soirée, le prince royal de Wurtemberg écrivait de son coté au généralissime ^ : « Les III*^ et IV^ corps se replient sur Troyes. J'essayerai de tenir à Méry, afin de couvrir la retraite de la brigade que j'ai laissée à Nogent, le départ des deux équipages de ponts de Nogent et de Pont-le-Roi et la marche du III» corps. Comme on ne peut couper les ponts avant le passage du comte Pahlen et qu'il faut conii)t(T que les pontons mettront douze heures pour arriver à Troyes, je ne puis m'cmpècher d'avoir quelque inquiétude à leur sujet. J'ai mis le prince Maurice Liechtenstein et le général Seslavin à la disposition du feld-zeug-

1 Starke, EinUieilung und Tagesbegcbcniieitcn (1er Ilaupt-Armcc im Monate Màrz. (K, K, Krieys Archii\j III, 1.)

' Le priiirc de Soliwarzrnberg à Kaïssaroiï, Arcis-sur-Aube, 18 mars, 8 heures du soir; ordre on français. (Ibid., III, 322.)

' Le p-incc royal de Wurtemberg an prince de Scliwarzenbcrg, Méry, 18 mars. {Ibid., 111, 33i.)

meisler comte Gyulay que j*ai chargé de leur donner des instructions. J'essaierai de franchir demain le défilé de Troyes et je me concerterai au sujet des mouvements ultérieurs avec le général Uaïeffsky. »

Enfin, k dix heures du soir, Raïeftsky, arrivé h Méry avec le corps de Gorlchakoff, annonçait au généralissime qu'il venait d'envoyer au prince EugCîne de Wurtemberg et k Pahlen encore en position devant Provins, l'ordre de repasser sur la rive gauche de la Seine et qu'il exécuterait le 19 les mouvements indiqués par la disposition.

Positions de la grande armée alliée et de l'armée française le 18 mars au soir. — Si Ton jette un coup d'œil sur les positions occupées le 18 au soir par les différents corps de la grande armée on verra * que Raïeftsky était avec GortchakoflF il Méry, le prince Eugène de Wurtemberg aux environs de Ponlsur-Seine, Pahlen encore îi proximité de Provins, Kaïssaroft à Rhéges, les dragons de Knesewich et les uhlans de Schwarzenberg à Pouan et Villelte, Wrède en train de passer sur la rive gauche et de venir s'établir d'Arcis »i Ghaudrey, le prince royal de Wurtemberg avec son gros à Méry et son arrièregarde h Nogent, le III® corps à Nogent, Charmoy et Avon-la- Pèze, Seslavin sur l'Yonne aux environs de Pont et de Sens, le prince Maurice Liechtenstein à Tonnerre, enfin les gardes et réserves en avant de Brienne.

Napoléon passa la nuit h Fère-Champenoise. Sa garde cantonna autour de la ville. Sébastiani, avec sa cavalerie dont les partis vinrent vers Plancy, Roulages et Anglure, occupait Gourgançon, Semoine et Herbisse, d'où il comptait le lendemain se porter sur Plancy pour y forcer le passage de l'Aube. Ney s'était arrêté à Sommesous et se disposait à continuer sur Arcis. Macdonald de son côté avait remarqué la retraite des Alliés. Renseigné par sa cavalerie, qui n'avait rencontré que quelques partis, il se proposait de pousser le lendemain Molitor sur Bray, Oudinot en avant de Provins, vers Léchelle et Saint-Marlin-Chennetron, et Gérard au delù de Sourdun dans la direction de Nogent;

* Journal d'opérations de Barclay de Tolly. {Archives topographiques, n«> 29188.)

toute la cavalerie devait se porter sur les traces des Russes et jeter des partis à gauche pour savoir ce qui se passait du côté de La Ferté-Gaucher et de Sézanne *.

Dernière séance du Congrès de Châtillon. — Les supplications de Gaulaincourt avaient cependant fini par émouvoir ou par convaincre TEmpereur. Avant de commencer ses opérations contre Schwarzenberg, il avait expédié au duc de Vicence un courrier qui, porteur d'une note autorisant le plénipotentiaire français à faire les concessions demandées par les Alliés, fut arrêté par leurs avant-postes et ne rejoignit Gaulaincourt que lorsque tout était fini. Lors de la séance du 18, le duc de Vicence n'avait, par suite, reçu aucune instruction, et les plénipotentiaires alliés, loin d'aborder la discussion du projet qui leur avait été remis le 15, se bornèrent adonner lecture d'une déclaration dans laquelle, « proclamant une fois de plus les intentions pacifiques des puissances qu'ils représentaient, essayant de démontrer que c'était seulement en faisant rentrer la France dans les limites qu'elle avait en 1792, qu'on pouvait arrivera une paix basée sur une juste répartition des forces et li la reconstruction politique de TEurope, ils faisaient retomber sur l'Empereur l'insuccès des négociations entamées ainsi que le résultat négatif dos conférences, et affirmaient une fois encore qu'indissolublement unies pour le grand but qu'elles espéraient atteindre avec l'aide de Dieu, les puissances alliées ne faisaient pas la guerre à la France, mais ne poseraient pas les armes avant que leurs principes aient été reconnus et admis par le gouvernement français. »

Dès ce moment, tous les efforts de Gaulaincourt étaient inutiles. Les plénipotentiaires alliés avaient des ordres formels. Le duc de Vicence essaya vainement de protester, le 19, en termes dignes et élevés, contre les insinuations perfides de la déclaration de la veille; de déclarer à nouveau qu'il était prêt à discuter dans un esprit de conciliation et de paix, qu'il ne pouvait considérer sa mission comme terminée. Avant de se séparer et de dissoudre le Gongrès, on ne consentit à discuter que le protocole. Tout espoir de paix avait définitivement disparu. Les plénipotentiaires rejoi-

* Registres de Berthier et ordre de mouvement de Maodonald {Archives de la guerre); Correspondance, n»» 21518 et 21319.

gnirent immédiatement leurs quartiers généraux et lanctTcnt, quelques jours après, une dernière déclaration dans laquelle ils paraphrasaient les arguments qu'ils avaient fait valoir le 18 et cherchaient une fois de plus à séparer la cause de la France de la personne de TEmpereur.

Projets de TEmpereur. — Le 17, au soir, lorsqu*il faisait écrire par le major-général à Belliard *, TEmpereur avait évidemment songé h se porter par Semoine et Arcis sur Troyes et h envoyer Macdonald, rendu disponible aussitôt après la retraite des corps de la grande armée alliée sur la rive gauche de la Seine, rejoindre Marmont et Mortier du côté de Reims et de Berry-au-Bac. Mais dès son arrivée à Fère-Champenoise, le 18, l'Empereur renonça au mouvement sur Troyes. Ne croyant pas que Schwarzenberg prendrait aussi vivement un parti aussi radical et se déciderait à exécuter rapidement un mouvement rétrograde sur Arcis-sur-Aube, il avait, au premier avis sérieux signalant la présence du V® corps sur la rive droite de l'Aube, aux environs d' Arcis, des gardes et réserves du côté de Brienne et de Lesmont, résolu de se porter sur Plancy, d'y passer sur la rive gauche de TAube. En débouchant encore assez à temps pour tomber entre les corps épars de l'armée de Schwarzenberg, il voulait, avant de se retourner conti*e l'aile droite du généralissime, essayer d'écraser et de prendre entre deux feux les troupes restées en présence de Macdonald, auquel il envoyait, avec un avis de sa marche, l'ordre de venir le rejoindre *.

19 mars. — Mesures prises par Napoléon pour passer TAube à Plancy. — Les mesures prises par l'Empereur, le 18 au soir et le 19 dans la nuit, pour assurer le passage de l'Aube, peuvent encore aujourd'hui servir de modèle. L'équipage de ponts, parqué entre Corroy et Fère-Champenoise, a l'ordre de se mettre en route à une heure du matin, précédé par la brigade Gurély, de la division des escadrons réunis, de se porter, avec l'artillerie

* Registres de Berthier : ordres de mouvement à BelUard, 17 mars. (Archives de la guerre,)

s Major-général à Macdonald, Fôre-Champenoise, 19 mars, 9 h. 1/2 du matin. (Archives de la guerre.)

de réserve, par Faux-Fresnay sur Plancy et Roulages. L'Empereur v(îut avoir, à onze heures du malin, quatre ponts sur l'Aube et, plus tard, deux sur la Seine, ou tout au moins deux ponts sur l*Aube, dans le cas où le génie pourrait raccommoder ceux de Plancy et de Roulages. Cette double opération de rétablissement des ponts de l'Aube sera couverte à Roulages par la brigade Curély, à Plancy par la division de cavalerie de la garde du général Colbert, qui fera passer du monde à gué poiir s'éclairer du côté de Méry. La division de cavalerie d*Exelmans soutiendra et rejoindra celle de Colbert à Plancy, tandis que la cavalerie de Lclort et l'autre brigade des escadrons réunis avec Tinfanlerie de la garde impériale attendront l'Empereur à Salon : Ney venant de Mailly par Villiers-Herbissc et Champfleury, flanqué sur sa gauche par la cavalerie du général Defrance, couvert en queue par les dragons et grenadiers à cheval de la garde, le rejoindra entre Salon et Plancy. Le duc de Tarente reçoit l'ordre de pousser au plus vite sur Plancy et Arcis-sur-Aube \

Mouvements de la grande armée alliée. — Positions des gardes et réserves. — Pendant que la petite armée de l'Empereur exécutait ces différents mouvements, les corps de la grande armée alliée, se conformant i\ la disposition du 18 mars au soir, se mettaient en marche pour se rapprocher de la j)osilion de Trannes. Mais cette ccMicenlration ne pouvait s'opérer que lorsque Taile gauche (III®, IV® et VI® corps) aurait diminué la distance qui la séparait de l'aile droite; celle dernière devait elle-même rester à peu près immobile jusque l'arrivée en ligne sur l'Aube de troupes en force suffisante pour combler un vide qu'un adversaire tel que l'Empereur n'aurait pas manqué de remarquer et dont il aurait tiré parti pour se jeter entre les corps de Schwarzenberg.

Malgré les événements de la veille, on était loin de voir encore clair dans le jeu de l'Empereur. D'après les renseignements fournis par les partisans, on croyait Napoléon en marche par

* Correspondance, n*>* 215i8 et 21520. — Registres de Berthier, i9 mars, 5 h. 1/2 du matin, ordres à Ney, à Drouot ; G heures du niatiu, à Berckheim ; 8 heures, à Sêbastiani; li heures, à Macdonald. — Ney, ordre de mouvement, Mailly, i9 mars. (Archives de la guerre.)

Épornay et Vertus contre la droite de la grande armée, et Ton supposait qu'il avait été rejoint par les corps d*Oudinot et de Macdonald, venant de Provins*.

Dès le matin, le prince de Schwapzenberg avait transféré son quartier général d'Arcis-sur-Aube h Pougy. L*empereur de Russie et le roi de Prusse restaient h Troyes; l'empereur d'Autriche éUiil allé s'établir î\ Bar-sur-Seine. Les gardes et réserves étaient postées sur trois lignes aux environs de Perthes, la droite i\ Perthes-en-Rothiôre, la gauche enlre Brionne et Lesmont, couvertes à Braux-leComte par une division de cavalerie, dont les avant-postes étaient établis le long du Meldançon îi Sainte-Thuise, Bonnement et Saint-Léger-sous-Margerie et dont les patrouilles poussaient vers Arcis, Mailly, Poivre SainterSuzanne et Sompuis. Un parti, fourni par cette cavalerie, maintenait les communications avec Vitrv. Deux bataillons, trois escadrons et quatre canons gardaient le confluent de TAube et de la Voire.

Positions du V* corps et de Kaîssaroff. — Wrède,qui devait se maintenir le plus longtemps possible sur TAube, retarder la marche des colonnes françaises et donner aux III®, IV® et VI® corps le temps d'atteindre Troyes, profila de la matinée pour achever de prendre ses mesures défensives. Le feld-maréchal bavarois disposii ses troupes en échelon sur la rive gauche de la rivière, dont il coupa les ponts et dont il fit surveiller les gués. La brigade autrichienne Volkmann, chargée de la garde d* Arcis, barricada les rues conduisant h la rivière et mit son canon en batterie sur la terrasse du chAteau. Les troupes sous les ordres de Frimont s'étaient établies : la division Spleny entre Arcis et Villelte; celle d'Antoine Hardegg, de Torcy-le-Grand à Saint- Nabord. Plus en amont, Rechberg et la brigade de cavalerie de Vieregg s'échelonnaient de Vaupoisson à Chaudrey, où une brigade d'infanterie, avec huit escadrons, une batterie de campagne et une de position, gardait le passage de l'Aube. Berrière elle, le division La Motte et la brigade de cavalerie Bicz avaient deux bataillons, deux escadrons et une batterie h Nogent-sur-Aube, et

* Stahkb, EintheiluDg und Tagesbcgebenheiteii der Hanpt-Armee im Monate Mârz. {K, K, Kriegs Arehiv., IH, i.)

le reste de leurs troupes le long de la rivière, h Coclois et à Pougy. Sur toute cette ligne, des piquets de cavalerie gardaient les gués, et Wrède, qui s*était établi de sa personne à Nogentsur-Aube, avait donné Tordre h Frimont de ramener ses Autrichiens sur les positions occupées par Rechberg, dès que les Français auraient forcé le passage à Arcis *.

En aval d'Arcis, Kaïssaroff était venu, sur Tordre de Wrède, prendre position, à trois heures du matin, h Rhèges et s'était relié à droite avec Spleny, du côté de Villette, à gauche, vers Méry, avec Tavant-garde de Raïeffsky. Ses postes, soutenus par du canon, gardaient les gués et observaient les mouvements des Français sur la rive droite. Kaïssaroff devait, si les Français réussissaient à forcer le passage à Plancy, se replier sur Taile gauche de Spleny *.

A Textrême droite, Tettenborn marchait sur Châlons pendant que les Russes de Lambert et de Davidoff et les Prussiens de Schwichow se préparaient ii tout événement h défendre Vitry.

Marche et contre-marche du IIP corps. — A Taile gauche, le III® corps achevait les mouvements prescrits la veille par le prince royal de Wurtemberg. Crenneville avait envoyé à Bray un détachement qui s'éclairait du côté de Montereau. On avait appris de la sorte par un parti que Seslavin occupait Sens et tenait à Pont-sur- Yonne un poste avancé dont les coureurs battaient Testrade aux envii*ons de Montereau. Le gros de la division Crenneville, arrivé à Nogent, y avait relevé la brigade wurtembergeoise Misany qui, après avoir replié et fait filer le^ ponts de bateaux, s'était dirigée sur Les Grez pour rejoindre le IV® corps. Un escadron autrichien gardait Pont-le-Roi.

Gyulay, se dirigeant sur Nogent, avait déjà quitté Avon-la-Pèze et Charmoy, avec ses deux autres divisions (Fresnel et Weiss), lorsqu'il reçut du prince royal de Wurtemberg Tordre, expédié dans la nuit, de faire demi-tour et de venir s'établir sur les hauteurs de Montgueux en laissant son arrière-garde aux Grez et

1 Taxis. Tagebueh (K.K, Kriegs Arehiv., Xlil, 32), et Starke, EintheUang und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Màrz {Ibid., Kl, 1).

s KaïssarofT au prince de Schwarzcnberg, Rhèges, 19 mars, 3 heures du matin. {K, K. Kriegt Arehiv,, III, 355.)

quelques escadrons de la division Crenneville ù Nogent et Pontle-Roi. Ces escadrons ne devaient se mettre en marche que dans la nuit du 19 au 20 et se replier alors, soit sur le gros de leur division qui avait ordre de prendre position au Pavillon, soit sur la division légère de Maurice Liechtenstein, dans le cas où ils auraient été coupés. Seslavin devait, d'ailleurs, chercher à arriver dans la journée jusqu'à Nogent et Pont-le-Roi, y relever les escadrons de Crenneville et fournir le cordon de cavalerie en observation sur la Seine, tout en continuant à assurer les communications avec Maurice Liechtenstein qu'on poussait de plus en plus sur la route de Dijon.

A la réception de cet ordre, qu'il communiqua sans tarder à Crenneville, Gyulay reprit avec ses deux divisions le chemin de Troyes. La division Weiss s'établit le 49 au soir h l'ouest de Montgueux, l'une des brigades de Fresnel au nord de ce point, h La Grange-l'Évêque, Barberey-Saint-Sulpice et La Chapelle-Saint- Luc ; l'autre resta au Pavillon avec ordre d*v attendre la rentrée de la division légère de Crenneville.

Seslavin, auquel Gyulay avait prescrit de se porter de Sens par VilIeneuve-l'Archevêque sur Bar-sur-Seine, reçut ses instructions si tardivement que bien qu'ayant quitté en toute hâte Sens et Pont-sur- Yonne, il ne put arriver h Troyes que le 20 dans l'après-midi.

Maurice Liechtenstein, qu'on voulait maintenant diriger par Montbard sur Dijon, avait été rejoint le 49, à Tonnerre, par une dépêche de Gyulay datée de Villeneuve-I'Archevéque le 48, l'informant de la marche du III® corps sur Nogent et du IV* vers Provins. A cette nouvelle, Liechtenstein s'était porté sur Saint- Florentin d'où il comptait pousser le lendemain sur Joigny. Obligé par l'heure avancée de s'arrêter à Saint-Florentin, il y reçut l'ordre de Gyulay lui enjoignant de rétrograder vers Dijon. Le 20 au matin, sa division légère reprit par suite le chemin de Tonnerre.

Monvements des IV« et VI® corps. — Au IV« corps, le prince royal de Wurtemberg avait laissé une arrière-garde h La Malmaison, deux bataillons de grenadiers autrichiens et deux escadrons de hussards Archiduc-Ferdinand à Méry. Ces troupes étaient chargées de recueillir la division Crenneville du ni« corps,

l'avanl-garde du VI» corps aux ordres de Pahlen et de couvrir le mouvement des ponts relevés h Nogent-sur-Seine et Pont-le-Roi. Le gros du IV® corps dépassait Troyes.

Raïeffsky, à la tète des troupes de Gortchakoff, quittait Méry et se repliait sur Troyes, pendant que le prince Eugène de Wnrtemberg venant du Mériot, par Pont-le-Roi, prenait la même direction. Pahlen, formant Tarrière-garde, restait quelques heures de plus sur ce dernier point et ne se mettait en route qu'après avoir assisté au départ des équipages de ponts. La tête de colonne de Raïeffsky ne commença h défiler par Troyes que vers les 9 heures du soir et vint prendre position h Saint-Parresaux-Tertres. Le prince Eugène de Wurtemberg, après avoir passé la Seine à Villacerf, s'arrêta à 10 heures aux portes de Troyes, à Pont-Sainte-Marie. Pahlen y arriva une heure plus tard, après une marche forcée de plus de 14 lieues*.

La matinée avait été tranquille. L'Empereur avait mis à profit les premières heures de la journée pour préparer le passage de l'Aube, et le généralissime, encouragé par ce répit momentané, renonçant à la concentration en arrière deTrannes et de Bar-sur- Aube h laquelle tendait la disposition du 18 au soir, se décida de nouveau h essayer de masser le 20 mars, sous la protection des gardes et réserves postées sur la Voire, toutes ses forces sur la rive droite de l'Aube.

Deuxième disposition de Schwarzenberg. — Croyant encore que l'Empereur continuait h se diriger sur Brienne pour menacer de là les lignes de communication de son armée, Schwarzenberg espérait se ménager de la sorte la possibilité d'opérer contre la gauche de l'Empereur tout en se rapprochant quelque peu de l'armée de Silésie. Par une disposition datée de Pougy à 9 heures du matin *, il donnait au V« corps l'ordre de fournir, dès le 20 au malin, des avant-postes sur la ligne de Braux-le-Gomle et d'Aulnay, d'occuper plus en avant encore Dénuement et Dommartin-lc-Coq, de pousser des palrouillcs surCorbeil, Dampierre

* Starke, Eintheilung und Tagesbcgebcnheitcn dcr Haiipt-Armce im Monato Mârz. (A'. A'. Kriegs Archiv., III, i.)

« Disposition de Schwarzenberg, Pougy, 19 mars, 9 heures du matin. (Ibid., lU, 349.)

et Ramerupt, de tenir Arcis avec des forces suffisantes pour y interdire le passage de la rivière et de se masser entre Coclois et Pougy. Les gardes et réserves, chargées de surveiller les passages de la Voire, devaient y servir de soutien aux avant-postes.

Le VI* corps avait ordre de venir par Lesmont rejoindre sur la Voire les gardes, dont le gros restait aux environs de Perthes-en- Rothière.

Le IV« corps continuait son mouvement sur Piney et Précy- Notre-Dame.

L*arrière-garde de Gyulay avait pour mission de tenir à Troyes le plus longtemps possible; mais le gros du III* corps devait prendre position entre Montier-Amey et Vcndeuvre.

Les cosaques de Seslavin auraient, dans ce cas, surveillé la Seine, et Kaissaroft aurait eu pour mission d'observer le cours de ce fleuve depuis Méry jusqu'au confluent de TAube. Il semble donc qu'au moment où il expédiait cette deuxième disposition, Schvvarzenberg cherchait encore à faire face îi la fois du côté de Troyes et du côté de Brienne. Bien qu'il dût cependant savoir que le faible effectif de l'armée française ne permettait guère une semblable entreprise, il craignait de voir Macdonald pousser sur Troyes, Vendeuvre et Bar-sur-Aube pendant que l'Empereur aurait manœuvré sur la rive droite de l'Aube vers Lesmont et Brienne. Aussi un officier de l'étalmajor de chacun des corps d'armée devait être rendu au quartier général, à midi, pour y recevoir les ordres de détail déterminant plus exactement les positions assignées îi chacune des grandes unités.

On se mit aussitôt î\ jeter un pont de bateaux en aval de Précy- Nolre-Danie. Tout continuait à être tranquille et, h 2 heures de l'après-midi, le prince royal de Wurtemberg écrivait de Méry au généralissime : « Rien îi signaler, si ce n'est quelques rares coups de canon échangés ce matin du côté de Plancy. Pahlen a repassé sur la rive gauche de la Seine sans être inquiété, et tout me porte h croire qu'on aura pu, sans encombre, replier les deux ponts de bateaux. »

Le prince royal de Wurtemberg n'avait pas encore reçu la deuxième disposition. Induit en erreur par le calme qui n'avait cessé de régner pendant la matinée du 19, il croyait tellement peu à la présence et à la proximité du gros des forces françaises, îi l'imminence d'opérations oB'ensives sérieuses, qu'il ajoutait :

« Comme mon arrière-garde, les équipages de ponts et le III® corps ont à faire une longue étape aujourd'hui, je compte, à moins d'ordres contraires, me porter demain seulement de Troyes sur Vendeuvre et arrêter le III« corps h Montier-Amey. » Au moment où il terminait cette dépêche, le prince royal venait d'être informé par le général Ilowaïsky de l'apparition de quelquelques escadrons français sur la rive gauche de TAube, à Plancy ; mais il se contentait de signaler le fait sans y attacher la moindre importance.

Les dépêches envoyées h peu près h la même heure par Wrède, de Nogent-sur-Aube, au quartier-général, étaient également des plus rassurantes. Les rapports de Frimont et de KaïssarofT ne signalaient aucun mouvement inquiétant, et le feld-maréchal bavarois ajoutait : « L'ennemi ne se montre pas sur la route de Chillons ; il n'entreprend rien du côté de Vitry. J'en conclus qu'il s'est replié ou, tout au moins, qu'il a arrêté son mouvement en avant. »

Mais, à ce moment déjà, la situation avait complètement changé d'aspect. Le généralissime, au reçu d'un billet de KaïssarofF lui annonçant que la cavalerie française avait passé l'Aube à Plancy, se hâtait d'annuler la disposition du matin«

Voulant, par-dessus tout, éviter des engagements partiels, il ne |)erdait pas un instant jour informer le prince royal de Wurtemberg des mouvements des Français et remettre en vigueur la disposition du 48 au soir, aux termes de laquelle le IV® corps et les troupes de Taile gauche devaient prendre, le 20, le chemin de Vendeuvre.

Motifs du mouvement de TEmpereur sur Plancy. — Si

TEmpcreur avait pu se douter de la confusion, du désarroi, de l'irrésolution qui avaient régné, surtout pendant les deux derniers jours, au grand quartier général des Alliés, il est plus que probable qu'il n'aurait pas renoncé à son projet primordial, à son inlention de manœuvrer entre l'Aube et la Marne. Il aurait pu alors, en marchant droit sur Arcis, en y passant la rivière et en poussant droit sur Troyes, culbuter une bonne partie de la grande armée et tomber sur elle au moment où ses corps isolés et épars essayaient de se rapprocher les uns des autres et de se concentrer.

Obligé de baser ses combinaisons sur des données positives et ne pouvant faire entrer en ligne do compte des facteurs moraux, qui lui étaient d'ailleurs inconnus, il espérait encore que la précipitation, avec laquelle les Alliés avaient Thabitude de se retirer devant lui, amènerait, une fois de plus, un désordre dont il ne manquerait pas de profiter, et il se décida à exécuter une marche de ftanc sur Plancy. Après avoir franchi TAube sur ce point, il comptait tomber sur les flancs des colonnes, éparses et en retraite, de l'armée de Schwarzenberg, et ce fut évidemment pour donner le change à son adversaire qu'il dirigea sa colonne do gauche, sous les ordres de Ney, sur Arcis. Si, en marchant sur Plancy, il cherchait à se rapprocher de Macdonald, il tenait surtout à s'assurer la possession du point essentiel d'Arcis. Il s*agissait d'autant plus d'y arriver avant les troupes de Wrède que la présence du gros des Austro-Bavarois à Arcis aurait singulièrement compromis le succès de ses opérations sur l'Aube. On peut donc admettre qu'en portant une partie de sa petite armée sur Plancy, l'Empereur cherchait à se ménager la possibilité de séparer l'aile gauche de la grande armée de ses réserves. Enfin, on doit reconnaître, d'autre part, que l'Empereur, en agissant de la sorte, poursuivait, par-dessus tout, la réalisation d'un autre projet.

Décidé h attaquer son adversaire, espérant encore parvenir à battre chacun de ses corps séparément, il lui fallait, avant tout, s'assurer un débouché et prendre, au plus vite, solidement pied sur la rive gauche de l'Aube.

Une autre considération a pu également exercer une certaine influence sur l'esprit de l'Empereur et le décider h exécuter .le passage de la rivière à Plancy, au lieu d'essayer de pousser droit devant lui, avec tout son monde, sur Arcis. Il importe, en eflel, de se rappeler qu'on avait intercepté l'ordre, prescrivant h Raïeff'sky de venir se poster, le 18 au soir, de Charny-le-Bachot à Yillette. L'Empereur avait donc tout lieu de penser qu'en passant à Plancy, il ne trouverait rien ou presque rien devant lui. Profitant du vide existant dans les lignes de Schwarzenberg, il pensait parvenir à s'établir au cœur même des positions des Alliés. Enfin, une fois mattre des passages de Plancy et de Méry, il pouvait manœuvrer à son gré, soit sur l'Aube, soit sur la Seine.

Combat de Plancy. — Les corps alliés de Taile droite venaient de s'établir au bivouac, sur les positions indiquées par la disposition de Schvvarzenberg, lorsque, entre une heure et deux heures de Taprès-midi, l'avant-garde de Sébastiani, débouchant de Courcemain et chassant devant elle les postes cosaques, parut sur la rive droite de l'Aube. A deux heures de l'après-midi, douze pièces de gros calibre traversent Plancy, viennent se mettre en baltcrie vis-à-vis de Charny. Apres une canonnade assez vive, elles font taire les six bouches h feu de KaissarofF, qui est obligé de retirer son artillerie, pendant que la cavalerie de Sébastiani commence le passage du dernier bras de l'Aube h Charny : « J'ai attaqué les premiers escadrons, écrit à ce propos Kaïssaroft *, et les ai culbutés sous le feu de leurs canons, qui, à leur tour, me firent rebrousser chemin, la cavalerie française s'accroissant à toute minute. De là-bas, je me suis borné à remarquer les mouvements de l'ennemi et, pendant trois heures de temps, la rive droite de l'Aube, par le chemin de Fère-Champenoise, était couverte de cavalerie, infanterie et artillerie, qui défilait continuellement. »

A cinq heures, les Français, aidés par les habitants, ont réparé les ponts de Plancy, que leur artillerie et leur infanterie passent aussitôt, pendant que des partis de cavalerie filent sur Méry* et que Kaïssaroff se met en retraite, par Rhèges et Bessy, vers Arcis. Ses cosaques, pressés par les divisions Exelmans et Colbert, ne peuvent reprendre pied nulle part et repassent au trof le défilé de Pouan. Son artillerie l'a précédé sur ce point et s'est mise en batterie sur la rive droite de la Barbuise. Son tir permet à Kaïssaroff de ralentir un moment la poursuite et d'arrêter les cavaliers de Sébastiani, en mettant le feu au village.

La nuit était venue entre temps * et dans l'impossibilité de faire défiler ses escadrons à travers les ruines fumantes de Pouan et d'amener, par un autre chemin, son artillerie sur la rive droite

* Ka'marofT à Schwarzcnberg, Villettc, 19 mars ; original en franchis. (A". K. Kriegx Arehiv., III, 358.)

• Taxis, Tatjebueh {K. K, Kriegs Arehiv., XIII, 32) et Starke, Eintheilang nnd Tageshegebenheiten der Haupt-Armee iin Monate &larz (Aid., III, 1). — Sébastiani au major-général, Bessy, 19 mars, 9 heures du soir, (Archives de guerre.)

> Ibid.

de la Barbuise, Sébastiani est forcé de s*arrôter. le gros de sa cavalerie reste avec lui à Bessy*; il ne laisse devant Pouan que 300 chevaux : « Malgré une pluie de grenades qu'il lança sur ma cavalerie, dit encore Kaïssaroff*, mon artillerie et mes cosaques tinrent ferme, et Tennemi fut obligé de remettre ses attaques, ayant retiré ses escadrons de son côté du village de Pouan, au milieu duquel je tiens en ce moment mes postes, en attendant les ordres de S. Exe. le maréchal comte Wr^de. »

Dès qu'il avait eu connaissance du passage de la cavalerie française à Plancy, Wrède avait, dans l'après-midi, donné à Frimont Tordre de rectifier sa position tout en répartissant ses troupes de façon à pouvoir recueillir Kaïssaroff. Les dragons de Knesewich et les uhlans de Schwar/enberg échelonnés jusque-lii sur la rive gauche de l'Aube entre Arcis et Saint-Nabord, étaient venus dans le courant de l'après-midi s'établir h Villette, leur droite appuyée à l'Aube. Les hussards de Szeckler et Archiduc- Joseph s'étaient déployés au môme moment un peu en arrière de Villette face au chemin menant à Saint-Étienne-sous-Barbuise. Deux bataillons d'infanterie autrichienne occupaient Arcis; un bataillon de chasseurs, Grand et Petit-Torcy. Enfin, les cinq bataillons autrichiens de la brigade Volkmann servaient de réserve à la cavalerie à partir de cinq heures *.

A sept heures du soir, on avait entendu k Pouan une vive canonnade du côté de Méry, et comme Sébastiani avait presque aussitôt renoncé à ses tentatives de passage de la Barbuise, on

i Taxis, Tagebueh (K. K. Kriegs Archiv. XIII, 32) et St'ârkb, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Hanpt-Armec im Monate Marz (K. K. Kriegs Archiv., III, 1) ; Sébastiani au major-général, Bessy, 19 mars, 9 heures da soir. (Archives de la guerre.)

' Kaïssaroff à Schwarzenberg, Villette, 19 mars. (If. K. Kriegs Archiv., III. 358.)

11 y a lieu de rectifier sur ce point le rapport de Sébastiani qui prétend avoir suivi les cosaques jusqu'à Villette. Les avant-postes de cavalerie française ne prirent pas pied le 19 au soir sur la rive droite de la liarbuise et ne poussèrent pas jusqu'à Villette. Kaïssaroff avait été recueilli et soutenu à la sortie de Pouan par les Austro-Bavarois du V° corps. « Lios Français, dit Taxis qui était sur les lieux et qui alla aussitôt rendre compte des événements à Wrède, s'en tinrent à ce petit succès et s'arrêtèrent devant Pouan. »

« Taxis, Tagebueh (K, K, Kriegs Archiv., XIII, 32), Stârke, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt- Armée im Monate Mârz (Ibid., 111. 1) et Rapport du feld-maréchal-lieutenant Spleny sur les événements des 19 et 20 mare, daté de Rungis, 8 avril 1814.

avait naturellement cru que, après avoir fait une simple manifestation contre Arcis, les Français se proposaient de concentrer leurs efforts contre Méry et de pousser de là vers Troyes. Il ne s'agissait cependant, comme nous le verrons plus loin, que d'une reconnaissance dirigée sur Méry par l'Empereur en personne à la tête de la division de cavalerie de Letort et des escadrons de service.

Wrède rectifie la position dn V* corps. — Dans l'intervalle, Wrèdc avait, d'ailleurs, modifié la position des troupes bavaroises du ¥• corps et leur avait fait faire front du côté d' Arcis et de la Barbuise. Dès que la nuit fut complètement tombée, Frimont ramena les dragons de Knesevich et les uhlans de Schwarzenberg de Villette sur l'aile gauche des Autrichiens d'Hardegg et de Spleny postés en arrière de la roule d'Arcis à Troyes et les fit relever à Villette par la brigade de cavalerie de Geramb. Les lignes d'Hardegg et de Spleny s'étendaient désormais depuis les euNirons d'Arcis jusqu'auprès de Sainl-Rémy-sous-Barbuise. A l'approche des Français, le V® corps avait abandonné complètement la rive droite de l'Aube et coupé le pont d'Arcis.

Kaïssaroff ne quitta la rive gauche de la Barbuise et les environs de Pouan que dans le courant de la soirée. 11 replia d'abord ses avant-postes sur Villette où il trouva deux escadrons de hussards Archiduc-Joseph, dont les postes avancés allaient jusqu'à la Barbuise, et vint s'établir à la gauche de la division Spleny entre Saint-Rémy-sous-Barbuise et Voué. Au moment où la cavalerie de Sébastiani s'arrêtait sur les bords de la Barbuise, l'aile droite de l'armée de Schwarzenberg occupait en somme les positions suivantes : le V® corps couvrait sur la rive gauche de l'Aube tout l'espace compris entre Pouan et Pougy, et les gardes et réserves prêtes à marcher au premier signal lui servaient de réserve et de soutien derrière la Voire.

A l'extrême droite de Schwarzenberg, Tettenborn \ avec deux régiments de cosaques, venait d'occuper, sans coup férir, Châlons où le prince de La Moskowa n'avait pu laisser de garnison. Ses

* Tetteuborn à Schwarzenberg, Notre-Dame-de-rEpine, 19 mars, 7 heures du soir.

partis se préparaient à pousser dès le jour dans la direction de Reims, d'Épernay et de Vatry.

Première dépêche dn généralissime an prince royal de Wurtemberg. — Au moment où Schwarzenberg avait reçu à Pougy le billet par lequel Kaïssaroff lui annonçait que les Français, après avoir passé sur la rive gauche de l'Aube à Plancy, débouchaient de Rhèges sur Bessy, on s'était, par cela m^me qu'on ignorait la direction ultérieure que l'Empereur pouvait donner au gros de son armée, préoccupé de la situation et du sort des corps de l'aile gauche. Quoique couverts par le cours de la Seine, ces corps étaient encore bien loin d'avoir opéré leur concentration et se repliaient chacun pour son compte sur Troyes. L'Empereur ne pouvait, il est vrai, inquiéter sérieusement leur marche pendant la journée du 19; mais on avait tout lieu de redouter de sa part un mouvement qui aurait sérieusement compromis celui que ces corps allaient avoir à exécuter le lendemain pour se porter des environs de Troyes par Piney sur Lesmont.

Vers le soir, le généralissime, en faisant connaître au prince royal de Wurtemberg ce qu'il savait à ce moment des mouvements des Français en avant de Plancy, avait ajouté à cette communication des instructions assez vagues. « Je ne peux, lui écrivait-il, vous indiquer pour le moment la direction à donner à vos colonnes. Vous seul êtes à même de connaître les points que vos corps peuvent atteindre ce soir. Si vos tètes de colonne étaient à même d'arriver demain matin k neuf heures sur la ligne Onjon — Sacey, il y aurait lieu de continuer la marche sur Lesmont et Précy-Saint-Martin. Afin de couvrir ce mouvement, le V» corps prendra position sur la ligne Mesnil-Letlre — Longsols. Toutefois, si les renseignements ultérieurs et les mouvements de Tennemi modifiaient la situation, vous auriez à vous conformer à la disposition antérieure et à vous porter par Vendeuvre sur Bar-sur- Aube. Dans ce cas, toute la cavalerie du V« corps resterait entre Arcis et Piney, et l'infanterie austro-bavaroise occuperait Lesmont. »

Troisième disposition de Schwarzenberg. — Ordre d'attaquer Fermée française le 20 mars. — Schwarzenberg hésisitait encore» et cette fois on ne saurait s*étonner de le voir réfléchir pendant quelques heures avant de prendre une résolution*

La manœuvre de l'Empereur est à peine commencée. Les renseignements qu'il possède ne signalent que des mouvements de cavalerie. Avec un adversaire comme Napoléon, il* fallait s'attendre h tout, et l'affaire de Plancy pouvait fort bien passer pour une diversion destinée à lui donner le change, à l'induire en erreur, pendant que, masquant son mouvement derrière un rideau de cavalerie, l'Empereur aurait cherché le 20 à écraser les corps de l'aile gauche disséminés du côté de Troyes. La situation était grave, les moments précieux. Mais, pour la deuxième fois dans le cours de cette campagne, Schwarzenberg allait se montrer à la hauteur des événements. Les rapports de Kaïssaroff avaient prouvé au généralissime qu'il n'avait plus h redouter un mouvement dirigé contre sa droite; mais les événements de Plancy etdePouan n'étaient pas de nature à lui révéler l'objeclif précis des opéralions ultérieures de l'Empereur. Aussi Schwarzenberg se rendant un compte exact de la situation, reconnaissant le danger auquel il s'exposerait en laissant l'armée française prendre pied sur la rive gauche de l'Aube, se décida, dans les premières heures de la journée du 19, à modifier une fois encore ses dispositions et prit la résolution d'attaquer Napoléon le lendemain.

Au lieu de se retirer sur Trannes, ou tout au moins sur la Voire, la grande armée se massera entre l'Aube et la Seine autour d'Arcis.

A 9 heures du soir, avant même d'avoir reçu les rapports de Frimont, Wrède et Kaïssarof, qui le mettaient au courant des événements de la soirée du 19, le généralissime a fait partir du quartier général de Pougy la troisième disposition : l'ordre de prendre l'offensive et de se porter sur Arcis le lendemain 20.

« Le général Kaïssaroff m'annonce (ainsi commençait Tordre du généralissime') que l'ennemi a passé l'Aube et occupé Rhèges. On ignore encore et la force des corps qui ont pris pied sur la rive gauche de la rivière, et la direction qu'ils suivent. Le généralissime se propose, en conséquence, de concentrer au plus vite son armée et compte atteindre son but en se portant au-devant de l'ennemi, qui paraît vouloir percer en masse entre l'Aube et la Seine. *

* Disposition de Schwarzenberg, Pougy, i9 mars, 9 heures du soir. {Journal det pièces reçues, n^ 5il.)

« Après iivoir confié ii une partie de ses troupes le soin de garder Troyes et de surveiller le cours de la Seine, le prince royal de Wurtemberg se portera sans tarder avec les III®, IV* ei VI« corps sur Charmont, où sa tète de colonne devra iHre rendue à 9 heures el où il recevra Tordre réglant ses mouvements ultérieurs.

« La cavalerie de ces corps couvrira la marche des colonn(»s; mais elle évitera tout engagement avec l'ennemi jusqu'au moment de Tattaque générale. Elle se bornera, en attendant, îi faire reconnaître Tennemi |)ar des partis sous les ordres de chefs déjîi familiarisés avec ce genre de missions.

« Dans le cas probable où le prince royal de Wurtemberg se porterait avec ses corps sur Plancy, point vers lequel le V« corps, soutenu par les gardes et les réserves, se dirigera également, sa cavalerie devra se relier avec celle de Frimont postée entre Nozay et Saint-Ëlienne-sous-Barbuise.

« Comme j'ai l'intention d'agir surtout par mon artillerie, les batteries devront prendre place dans les colonnes de façon k pouvoir ouvrir le feu dès le commencement du combat. L'artillerie de réserve se tiendra à proximité, afin d'être à même de briser la résistance de l'ennemi par la supériorité de notre tir.

<c Dès le début de l'affaire, l'infanterie placée en première ligne se déploiera. La deuxième ligne et les réserves se formeront en colonnes de bataillon. L'infanterie agira de préférence on masse sur les points où elle aura à faire effort.

« La cavalerie sera autant que possible tenue concentrée de façon à pouvoir opposer des forces au moins égales à la cavalerie ennemie qui opère généralement en masse.

« L'artillerie se déploi(»ra en échiquier parce que cette formation est de nature à contrarier l'action de la cavalerie ennemie.

« La cavalerie du V« corps sera à 9 heures du matin en position entre Arcis et Charmont el se reliera î\ celle des IIP, IV» et VI« corps. L'infanterie de ce corps formera à la même heure ses colonnes d'attaque à Nogent-sur-Aube ; sa tète se tiendra à hauteur de Chaudrey.

« La cavalerie de la garde se déploiera au même moment en soutien du V* corps k Mesnil-Lettre. L'infanterie de la garde et des réserves passera à Lesmont et à Précy-Saint-Marlin sur la rive gauche de l'Aube. Leur tête de colonne devra être en position h 9 heures sur la ligne Longsols — Onjon.

wtu. — m. 27

« Je me tiendrai de ma personne à Mesnil-Leltre, où l'on aura à me faire parvenir les rapports *. »

Affaire de Héry. — Surprise des hussards Archiduc-Ferdinand. — Pendant que le généralissime prenait sans hésiter une résolution qui allait exercer une influence décisive sur l'issue de la campagne, son aile gauche était déjà depuis quelques heures aux prises avec une partie de la cavalerie française. Dès 5 heures du soir, l'Empereur, à la tête d'une colonne de cavalerie composée des divisions Letort et Berckheim et des escadrons de service, s'était porté rapidement de Plancy sur Méry, où il arrivait vers 7 heures. Le prince royal de Wurtemberg, dont la cavalerie s'était déjà repliée sur Troyes, n'avait laissé sur la rive droite de la Seine en avant de Méry que deux bataillons de grenadiers autrichiens et deux escadrons de hussards Archiduc- Ferdinand qui, après après avoir coupé le pont, se retirèrent à rapproche des Français sur la rive gauche. Bien que l'artillerie française se fût immédiatement mise en batterie, les grenadiers autrichiens se maintinrent pendant quelques heures sur leurs positions et ne se replièrent sur Troyes, dans le courant de la soirée, que sur l'ordre formel du prince rojal.

Un escadron de hussards Archiduc-Ferdinand, laissé en observation du côté de Méry, fut surpris peu de temps après le départ des grenadiers, sabré, culbuté et presque entièrement anéanti par les cavaliers de Letort qui passèrent la Seine à gué*.

Affaire de Nogent. — Plus en aval, les Français s'étaient rendus, presque sans coup férir, maîtres des passages de la Seine à Nogent et à Bray.

Au moment où Grenneville avait reçu Tordre de quitter la rive gauche de la Seine et de rétrograder sur le Pavillon, après avoir coupé le pont et mis les pontons en route sur Troyes, il avait laissé à Nogent, trois compagnies d'infanterie des confins mili-

* Schwarzenberg, disposition pour le iO mars. (K. K, Kriegs Archrv., JU, 376.)

' Journal d'opérations du IV° corps par le général comte Baillet de La Tour. (K, K, Kriegt ArefUv., XHl, 56) ; St'ârke, Eintheilang uûd Tagesbegebenheiten der Uaupt- Armée im Monate Màrz {Ibid., Ul, I).

taires qu'il avait chargées de surveiller le passage jusqu'il la tombée de la nuit.

Vers 5 heures du soir, les troupes du général Gérard débusquaient les Croates qui, se joignant en route au détachement que Crenneville avait laissé à Méry, se replièrent en toute hiUe sur Le Pavillon où ils rallièrent leur division vers minuit. L'équipage de ponts venant de Nogent arriva sans encombre h Troyes le 20 au malin*.

Affaire de Châtres. — Prise d*un équipage de ponts. —

L'équipage de pont qui avait servi à l'établissement du passage à Ponl-le-Roi avait été moins heureux. Pahlen, n'ayant quitté les environs du Mériot que vers midi, avait été obligé d'attendre pendant un certain temps quelques-uns de ses détachements et n'avait pu commencer k replier le pont qu'après 1 heure 1/2 de l'après-midi. Entre 4 et 5 heures, les voitures étaient chargées, et Pahlen, au lieu d'escorter l'équipage avec une brigade d'infanterie et l'arrière-garde de cavalerie du VI» corps, prit avec ces troupes la vieille route menant à Saint-Marlin-de-Bossenay. L'équipage de pont s'engagea, sur son ordre, sans escorte sur la grande route de Troyes par Châtres qu'il croyait encore absolument libre. Le général russe avait évidemment craint de voir cet équipage de pont s'embourber dans les chemins de traverse conduisant à Saint-Martin-de-Bossenay; mais il avait commis une grave imprudence en le faisant marcher sans escorte. Atteint aux environs de Châtres par un escadron de chasseurs de la garde, l'équipage de pont tomba tout entier entre les mains des cavaliers de Letort dont les partis battaient tout le pays le long de la Seine depuis Châtres jusqu'aux Grez *.

Positions de l'armée française le 19 mars an soir. — Aus-

* Macdonald aa major-général. Villenauxe, 19 mars, 9 heures da soir, et général Amey au général Molitor, Pont de Bray, 19 mars» 4 heures aprèsmidi {Archives de la guerre). — Colonel comte Baillet de La Tour au prince royal de Wurtemberg, Feuges, 20 mars (If. K, Kriegi Ârehiv., 111, 367 6).

> Colonel des chasseurs à cheval de la garde au major-général, ChAtres, nuit du 19 au 20 mars (Archives de la guerre), et colonel comte Baillet de La Tour au prince royal de Wurtemberg, Feuges, 20 mars (K. K. Kriegs Arehiv», III^ 369 6).

sitôt après l'affaire de Méry, l'Empereur était retourné avec les escadrons de service à Plancy, où il passa la nuit avec Tinfanterie de sa garde campée sur les deux rives de TAube. La cavalerie de Sébastiani s'était arrêtée h Pouan ; celle de Letort et de Berckheira était entre Châtres et Les Grez. La colonne de Ney, arrivée à 4 heures de Taprès-midi sur les bords de TAube, campait : l'infanterie de Janssens en arrière de la ferme de Rivarellc, la division de cavalerie légère du général Defrance h Viapres-le- Grand, s'éclairant sur Arcis-sur-Aube.

Macdonald avait quitté, le 19 au matin, ses positions ii l'ouest de Provins et poussé en avant sa cavalerie qui suivait la retraite de Pahlen et bordait la rive droite de la Seine. Sur sa gauche, des partis de cavalerie envoyés aux nouvelles battaient le pays dans les directions de La Ferté-Gaucher etde Sézanne. Le gros de son infanterie, partant de Cucharmoy, La Maison-Rouge et Donnemarie, avait traversé Provins et s'échelonnait le soir depuis Marcilly-sur-Seine, en passant par Villenauxe et Montpothier, jusqu'à Saint-Martin-Chennelron qu'occupaient les troupes des 7« et !!• corps. Le 2« corps (Gérard) avait repris ses anciennes positions le long de la Seine du côté de Nogent et de Pont-le-Roi.

Si le maréchal avait commencé ce mouvement offensif vingtquatre heures plus tôt, il n'aurait pas eu besoin de s'excuser en écrivant au major-général : u La retraite de l'ennemi a été si précipitée que nous n'avons pu l'atteindre *. » S'il avait poussé vivement en avant, si, dès la veille, il avait tàté sérieusement ce qu'il avait devant lui au lieu de rester ii peu près immobile entre La Maison-Rouge et Villaines, il aurait certainement réussi à joindre et 11 malmener tout au moins la cavalerie de Pahlen.

Allix avait reçu du duc de Tarente l'ordre de réoccuper Sens évacué par les Alliés et de garder Pont-sur-Yonne, Villeneuvesur-Yo.nne et Joigny. Une des brigades de la division Paclhod occupait Montereau ; l'autre était en marche sur Bray et devait relever le général Amey, auquel on confiait le soin de garder Nogent-sur-Seine.

Il est évident, et la correspondance de l'Empereur est là pour le prouver, que Napoléon, en se portant de la Marne sur l'Aube

1 Macdonald au major-général, Villenauic, 19 mars, 6 heures du soir. {^Xrchitu de la guerre,)

avait uniqiienienl Tintention de détourner Schwarzenberg de Paris. Il espérait que, comme au lendemain de Montereau, sa seule apparition suffirait pour décider le généralissime b. se replier sur Chauraont. Aussitôt que la grande armée alliée aurait commencé sa retraite, l'Empereur comptait mettre îi exécution Tidée qu'il caressait depuis longtemps : se rabattre sur l'Est, attirer à lui les garnisons des places, déplacer le théi\tre de la guerre et opérer sur les derrières, sur les lignes de communication des Alliés.

L'Empereur compte marcher par Arcis sur Vitry. —

Depuis le passage de la Marne, il ne s'était produit aucun fait de nature h amener l'Empereur à modifier ses projets. Blùcher était encore trop souffrant pour reprendre le commandement effectif de l'armée de Silésie et imprimer aux opérations de cette armée une activité et une vigueur dont elle s'était déshabituée depuis Laon. De ce côté, Marmont et Mortier semblaient encore en mesure de tenir tête aux entreprises timides et décousues de Gneisenau. A Plancy, l'Empereur n'avait trouvé devant lui que les cosaques qu'il avait malmenés la veille h Fère-Champenoise, et qui, sans opposer une résistance bien sérieuse, avaient repassé à Pouan sur la rive gauche de l'Aube. A Méry, on n'avait rencontré qu'une arriére-garde. En se dirigeant de ce côté, l'Empereur avait voulu contrôler l'exactitude des renseignements fournis | par sa cavalarie et par les paysans, et se rapprocher de Macdonald i et d'Oudinot. Il savait désormais que Schwarzenberg, prévenu de ^ son mouvement, ne l'avait pas attendu et s'était mis immédiatement en retraite. Il renonça, par suite, à la marche sur Troyes et sur Brienne, qu'il s'était proposé d'entreprendre, tant qu'il avait cru i\ la possibilité d'arriver sur la rive gauche de la Seine, ?i temps pour empêcher les corps alliés venant de Nogent de défiler sur Brienne ou sur Bar-sur-Aube.

Il avait si peu l'intention d'opérer une concentration générale de ses corps, en présence de l'armée alliée, et de lui livrer bataille, qu'avant même de savoir que Marmont s'était replié sur Fismes et que Winzingerode était entré h Beims, il se mit en marche par les deux rives de l'Aube pour remonter, parArcissur-Aube, sur Sompuis et Vitry, où il comptait établir son quartier général. L'enlèvement de l'équipage de ponts à Châtres devait encore le confirmer dans l'idée de la retraite générale de

la grande armée alliée sur Chaumontet surLangros, et Taniener h penser que, fidèle h ses principes de prudence et toujours préoccupé de ses communications, Schwarzenberg allait, comme un mois auparavant, continuer sans interruption la retraite.

Dès ce moment, et il le dit bien clairement dans sa correspondance et dans ses ordres, il était décidé à négliger Troyes, comme il avait, le matin du 19, négligé Arcis, pour se rapprocher des maréchaux et tâter la position et les intentions des Alliés. Peu lui importait que Schwar/enberg eût concentré les trois corps de son aile gauche à Troyes. Il avait admis la possibilité de cette concentration, et il savait fort bien que les corps, amenés de ce côté par le généralissime pour couvrir la route de Langres et assurer le mouvement rétrograde de son armée, avaient encore, en moyenne, une forte étape, de 25 kilomètres au moins, h faire pour atteindre les bords de l'Aube, à hauteur de Charmont, d'Aubeterre et de Voué *. Leur présence à Troyes lui permettait d'autant moins de prêter au prince de Schwarzenberg rintention de lui livrer bataille le 20 à Arcis, que ces trois corps étaient dans l'impossibilité d*y arriver à temps. L*aile gauche de Schwarzenberg pouvait, en efTet, se porter indifféremment des environs de Troyes, soit vers un point quelconque du cours de l'Aube, entre Plancy et Brienne, soit sur Bar-sur- Aube, La Ferté-sur-Aube et Charmont, soit enfin, en remontant la Seine, prendre ensuite la direction de Langres.

« Napoléon, écrit à ce propos le commandant de la cavalerie du IV« corps, le général-lieutenant (alors lieutenant-colonel) von Bismarck*, est admirable après Laon. Son armée est réduite de 46,000 à 30,000 hommes. Ses généraux sont découragés, ses troupes épuisées, ses ressources diminuent à vue d'oeil. Rien ne fait fléchir son énergie. Son génie, son esprit entreprenant sont toujours aussi vivaces, aussi féconds, et sa grandeur ne s'est jamais manifestée d'une manière plus éclatante que dans cette

1 Taxis dans son Tagebuch {K, K. Kriegs Archiv., XIU, 32) dit à ce propos : « Le prince royal de Wnrtemberg auquel on avait fait faire le 19 une marche forcée de Nogent-sur-Seine à Troyes était dans l'impossibilité d'arriver à temps le 20 à Charmont. De plus, on aurait mieux fait de lui attribuer la route de Voué par laquelle il aurait pu marcher sur un front plus étendu. »

' Aufzcichnungen des General-Lieutenantg Friedrich WWielm Grafen van Bitmarck*

crise. La victoire, restée enfin aux Alliés, n'a rien ajouté à leur gloire et n'a rien ôté à la sienne. » « Le 19 au soir, dit encore le général von Bismarck, les trois corps de l'aile gauche de la grande armée sont arrivés aux environs de Troyes. Wrède et Barclay sont échelonnés entre Arcis et Brienne, lorsque Schwarzenberg prend la résolution hardie de renoncer à la concentration on arrière sur Bar-sur-Aube et se décide à se masser autour d'Arcis. Au môme moment, Napoléon, auquel rien n'a pu faire prévoir une combinaison aussi peu en rapport avec les habitudes et le caractère du généralissime, reprend l'idée, un instant abandonnée par lui, de déborder Blûcher *, de tourner la droite de Schwarzenberg, de manœuvrer sur ses derrières et de se diriger par Arcis-sur-Aube sur Vitry *. »

C'était là le plan qu'il avait préparé à la fin de février et qui aurait pu amener alors des résultats décisifs.

Ordres de TEmpereur pour la journée du 20 mars. — Le

20 mars, dans la matinée, il donne * en conséquence, à Ney, à Sébastiani, à Letort l'ordre de marcher sur Arcis par la rive gauche de l'Aube ; h Defrance, Mouriez et Drouot de faire mouvement sur ce point par la rive droite, de s'y placer, de manière à pouvoir partir le 20, dans la nuit, par la route de Vitry. Il près- / crit à Oudinot de continuer d'Anglure sur Arcis, sans trop fati- ! guer ses troupes ; à Macdonald de laisser Souham à Nogent et Bray, et de venir sur Arcis par la rive droite de la Seine et de l'Aube avec son corps et celui de Gérard, et d'emmener môme les gardes nationales. Il enjoint à Vincent de rester fi Épernay, Il Allix de se porter sur Sens, et enfin k Marmont et à Mortier de venir lui donner la main h Châlons.

Dans tout cela, on le voit, il n'est nullement question de dispositions en vue d'une bataille, et les panégyristes de Schwarzenberg, comme les auteurs allemands, commettent, par suite, une

* Corretpondanee, n»' 24524 et 21528.

s Correipondanee, n«> 21524 et 21528.

8 Correspondance, no* 21522, 21523. 21524 et 21525. — Registres de Berthier ; ordres de Ney, 20 mars an matin ; Macdonald an major-général, ViUenauxe, 20 mars à midi, et Anglnre, 7 heures da soir ; ordres d'Ondinot. {Arehivei de la guerre.)

erreur, peut-ôtre volontaire, lorsqu'ils affirment que TEmpereur avait l'intention de livrer bataille h Arcis. Le mouvement qu'il venait de prescrire coïncidait seulement avec celui des Alliés, et la résolution prise par Schwarzenberg, au moment où l'Empereur s'y attendait le moins, amena, seule, une rencontre que Napoléon ne recherchait, ni ne désirait.

Inquiétude et mécontentement de l'empereur de Russie.

— La disposition offensive expédiée par Schwarzenberg, le 19 au soir, était si imprévue, si inespérée, si peu en rapport avec ses procédés habituels et ses ordres antérieurs qu'on en vinl tout naturellement h attribuer la décision spontanée et toute personnelle du généralissime lï l'inlervention de ses conseillers ordinaires, et plus particulièrement de Radetzky. Il n'en élait rien cependant. L'initiative et le mérite de cette mesure appartiennent en propre h Schwarzenberg seul. Toll, qu'on ne saurait suspecter de partialité il l'égard du généralissime, n'hésite pas à le reconnaître. Envoyé par Schwarzenberg à Brienne auprès de Barclay, rentré au quartier général de Pougy le soir après huit heures, il ne fut pas peu surpris de voir le généralissime, qui avait commencé par lui communiquer les rapports de Kaïssaroff*, le charger d'adresser à Troyes, aux souverains, le résumé des nouveaux ordres qu'il avait résolu d'expédier à ses lieutenants. Contre toute attente, ces ordres, loin de satisfaire l'empereur Alexandre, l'inquiétèrent et lui causèrent un vif désappointement, dont il n'était pas encore remis, le lendemain vers midi, lorsque, accompagné du roi de Prusse, il rejoignit Schwarzenberg el son étatmajor du côté de Mesnil-Lettre.

20 mars. — Arcis-sur-Aube. — Positions du V* corps le 20 mars au matin. — Le 20 mars au matin, Wrède, arrivé de Nogent-sur-Aube où il avait passé la nuit, fit prendre position au V corps qui vint se former sur la ligne Mesnil-Ia-Comtesse — Chaudrey. Le général Frimont qui, avec les divisions Ignace Hardegg et Spleny, avait fourni les avanl-i)Ostes pendant la nuit du 19 au 20, couvrait le V« corps h une assez grande distance en avant et faisait face h l'Aube. Au centre de ces avant-postes, deux bataillons de Szeckler (infanterie des confins militaires) occupaient encore Arcis; à leur droite, un bataillon de chasseurs

tenait Torcy-le-Grand, Torcy-le-Petit et Saint-Nabord. A gauche, quatorze escadrons de cavalerie autrichienne (huit de hussards Archiduc-Joseph et six de hussards de Szeckler) étaient en position h i*ouest d'Arcis, aux environs de Villette, faisant front du cùté de la Barbuise et de Pouan.

Premiers mouyements de la cavalerie du V* corps et de Taile droite des Alliés. — A 8 heures du matin, Hardegg mandait î\ Frimont que quelques éclaireurs de cavalerie française, qui avaient dépassé Villette, se repliaient sur Pouan, suivis par ses hussards. A cette nouvelle, Frimont ordonna au général Von Gerambde pousser les hussards Archiduc-Joseph par Villette jusqu'à Pouan et de reconnaître la position, la force et les intentions de Tennemi, sans toutefois s'engager avec lui.

Mais les Français avaient déjà rais en mouvement de fortes colonnes de cavalerie et le général autrichien, obligé de se replier presque immédiatement sur Villette, ne put recueillir le moindre renseignement.

11 ne restait plus à Frimont qu'à se conformer aux ordres formels qui lui interdisaient de rien entreprendre, m(>me contre un adversaire plus faible que lui. Comme le lui prescrivaient ses instructions, il dut se résigner à ramener toute la cavalerie de l'avant-garde à Orlillon et à renvoyer à Chaudrey son infanterie. Il envoya, en outre, à KaïssarofT Tordre de s'établir avec ses cosaques à Voué et de se maintenir en communication par Mesnilla-Comlesse avec la gauche de la division Antoine Hardegg.

A 9 heures, l'infanterie autrichienne évacuait Arcis. Suivie par la cavalerie, elle se replia avec les chasseurs des environs de Torcy et de Saint-Nabord sur Ortillon et Chaudrey. Il ne resta plus en avant de la position sur laquelle s'était massé le V« corps, que les avant-postes de Spleny à Torcy-le-Petit et que deux escadrons de hussards de Szeckler en observation sur la route d' Arcis à Troves et destinés à donner la main à Kaïssaroft.

Enfin, pendant que Wrède confiait à Frimont le commandement de toute sa cavalerie, les gardes et réservées arrivées à Onjon y formaient la réserve de l'aile droite*.

* Taxis. Tagehueh (JT. A'. Kriegg Archiv., XIII. 33); StÀrke, Eintheilang und Tagesbegel)enheiten der Haupt-Armee im Monate Mârz (Ibid., III, i).

Premiers mouvements des trois corps de l'aile ganche.

— Aussitôt après avoir reçu à Troyes, dans la nuit du 19 au 20, la dernière disposition de Schwarzenberg, le prince royal de Wurtemberg avait fait savoir au généralissime* que ses têtes do colonne arriveraient vraisemblablement h Charmont vers

10 heures du matin.

Le 20 au point du jour, les corps de Taile gauche reprenaient, en effet, leur mouvement sur trois colonnes. Le VI» corps, formant la droite, se dirigeait de Villechélif, par Créney, sur Charmont. Pahlen, avec la cavalerie légère, lui ser\'ait d'avant-garde. La colonne de gauche, composée du IV^ corps et d'une partie du Ille, débouchait de Troyes, par Pont-Hubert, et s'engageait sur la route de Feuges h Voué et Arcis. La division de cavalerie autrichienne du comte Nostitz et la cavalerie wurtembergeoise du prince Adam côtoyaient la gauche de la deuxième colonne.

Les troupes de cette aile gauche étaient tellement fatiguées par les marches forcées des derniers jours que les têtes de colonne étaient, entre 9 et 10 heures, encore fort loin de Charmont. Plus tard, lorsqu'elles furent sur le point d'arriver h hauteur de ce point, le prince royal, auquel la disposition indiquait Plancy comme objectif général du mouvement off'ensif de toute l'année, crut bien faire en prenant sur lui d'épargner à ses trois corps le passage difficile du défilé marécageux formé par la Barbuise.

11 ordonna, en conséquence, à ses trois corps de prendre k gauche en sortant de Feuges et de se diriger, par les Petites et les Grandes-Chapelles et Premierfait, droit sur Plancy. Kaïssaroff, qu'il savait posté à Voué, lui paraissait en mesure d'assurer avec ses cosaques la communication entre ses troupes et le V« corps.

Cette résolution du prince royal de Wurtemberg jointe au mouvement des Français sur Arcis, détruisait toutes les combinaisons de Schwarzenberg. La marche de l'aile gauche dans la direction de Premierfait privait, en efTet, le généralissime du concours de trois de ses corps pendant toute la bataille du 20, et l'armée alliée allait, pendant toute cette journée, se composer de deux ailes isolées l'une de l'autre, séparées par le cours de la Barbuise et opérant, l'une contre Arcis, l'autre sur Plancy.

* Prince royal de Wurtemberg h Schwarzenberg, Troyes, 20 mars, 3 heures du matin. (/6id.)

La plus grande partie du III® corps étail encore sur la rive gauche de la Seine. Un de ses régiments fournissait, sous les ordres du général Pfluger, la garnison de Troyes; la division Crenneville surveillait les routes venant de Sens, de Traînel et de Nogent, et un régiment de chasseurs h cheval wurtembergeois, posté h Villacerf, y gardait les passages de la Seine et de la Melda et maintenait les communications entre les corps de Taile gauche et Troyes.

Bien que Gyulay n*eût reçu les ordres de marche qu'à quatre heures du matin, et bien que toutes ses Iroupes fussent cantonnées h deux lieues en moyenne à l'ouest de Troyes, le gros du III« corps avait néanmoins réussi à arriver h l'entrée de la ville à six heures du matin. Arrêtées à cet endroit par les équipages des IV« et VI« corps, les divisions du III® corps durent y faire une assez longue halte avant de pouvoir défiler par la ville, passer le pont de Pont-Hubert et s'engager sur la route de Feuges oCi Gyulay finit par rejoindre le IV« corps. Mais le prince royal, craignant de voir Troyes tomber entre les mains des Français, ordonna à l'une des brigades de Gyulay (la brigade CsoUich) de se remettre aussitôt en route avec deux batteries et d'aller s'établir sur les hauteurs de Pont-Hubert. Dans le cas où l'armée aurait été contrainte de battre en retraite, cette brigade devait, en outre, prendre position au pont de la Guillotière et couvrir la route de Vendeuvre. Ces mesures, plus que suffisantes pour couvrir Troyes et les derrières de l'aile gauche qu'aucune troupe française ne menaçait, ne semblent pas avoir complètement rassuré le prince royal. Le général Fresnel, déjà en marche sur Arcis, reçut, lui aussi. Tordre de retourner à la Guillotière afin de recueillir éventuellement la division Crenneville et de prendre le commandement des troupes chargées de la défense de Troyes et de la Barse. Les avant-postes poussés à deux lieues en avant de Troyes, à droite aux Grez, au centre au Pavillon, à gauche à Macey, n'avaient rien aperçu d'inquiétant, par cela même que la cavalerie du général Letort, qui avait campé pendant la nuit vers Les Grez, avait repassé dans la matinée sur la rive droite de la Seine *.

> Le feld-maréchal Ueutenant Fresnel aa feldzengmeister Duka, Troyes, 10 mars {K, K. Kriegs AreMv., JII, 367). Cette dépêche permet de se faire nne

Frimont évacue Arcis-sur- Aube . — Positions des corps français à 11 heures du matin. — Pendant ce temps, l'armée française marchait en échelons vers Arcis par les deux rives de l'Aube, Sébastiani et Ney par la rive gauche, Defrance et la vieille garde par la rive droite. Sébastiani qui formait la tête de colonne avec les divisions de cavalerie Exelmans et Colbert, était arrivé avant 10 heures à hauteur de Pouan où il passa la Barbuise, rejetant sur la route de Troyes les partis cosaques de Kaïssaroft, et sur Arcis les cavaliers de Frimont. L'infanterie de Ney, appuyant le mouvement de la cavalerie française, s'était montrée sur la rive droite de la Barbuise entre Pouan et Villette.

A 10 h. 45, Sébastiani entrait à Arcis que Frimont, se conformant aux ordres du généralissime, avait évacué pour se replier lentement sur les hauteurs de Mesnil-la-Comtesse où il prit position à droite du V« corps *. On se mit aussitôt à réparer le pont de TAube que les Austro-Bavarois avaient négligé de détruire.

A ce moment môme, l'Empereur est loin de croire qu'il va avoir à livrer bataille. Ney et Sébastiani viennent de lui rendre compte que la cavalerie austro-bavaroise se retire devant eux par la route de Brienne et que les cosaques ont pris la route de Voué. L'aile gauche alliée vient d'obliquer à gauche de Feuges sur Les Grandes-Chapelles et ne s'est pas encore montrée. L' Empereur a donc tout lieu de penser que Schwarzenberg continue sa retraite en remontant l'Aube. Ney, qui est arrivé à Arcis et qui a pu se rendre par lui-même un compte exact de la situation, n'a remarqué aucun symptôme inquiétant et vient de donner h ses troupes l'ordre « de passer sur la rive droite de l'Aube dès que le pont sera rétabli. Son artillerie parquera à la ferme des

idée exacte des cr&intes des AUiés pour leurs ailes et pour leurs derrières. Fresnel y dit entre autres que Seslavin ayant, contre son attente, quitté la route de Sens, il a prescrit à Crenne ville d'envoyer du monde aux Maisons- Blanches et il ajoute encore que Crenneville avec sa faible cavalerie ne lui paraît pas suffisamment fort pour couvrir à lui seul Bar-sur-Seine et assurer la sécurité des quartiers de l'empereur d'Autriche.

* Taxis, Tagebuch (K. K. Kriegs Archiv., XIII, 32), St'âree, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Marz {!bid., III, I) et Sébastiani an major-général (Archiveg de la guerre).

Vasseurs et la cavalerie de Defrance enverra des reconnaissances sur Lhuître et Ramerupt *, » pendant ([ue la cavalerie de la garde éclaire les routes de Brienne et de Troyes *.

Ordres donnés par le prince de Schwarzenberg à 9 heures du matin. — Le hasard et surtout les modifications que le prince royal de Wurtemberg s*était cru autorisé h faire subir h la troisième disposition du généralissime devaient, celte fois encore, servir les intérêts des Alliés en s'opposant h l'exécution ponctuelle des ordres que Schwarzenberg venait d'expédier de Pougy à 9 heures du matin.

Décidé à arrêter Tennemi qui a passé l'Aube à Plancy, s'atlendant à voir ses différentes colonnes arriver sur leurs positions entre 9 et 10 heures du matin, le généralissime a fixé pour ii heures l'attaque générale dont le signal doit être donné par un grand feu allumé sur les hauteurs de Mesnil-Lettre et par trois coups de canon*.

A ce signal, le V» corps, appuyant son aile droite à l'Aube, devait pousser sur Arcis. Les colonnes des III«, IV" et VI« corps établies î\ Charmont, leur gauche k la Barbuise, ont ordre de se diriger sur Voué et Saint-Rémy-sous-Barbuise, de se relier k droite avec le V* corps de manière k pouvoir se souder k lui lorsqu'on se déploiera.

La cavalerie de ces trois corps avait pour mission de couvrir l)endant cette marche la gauche du prince royal. Les cosaques de Kaissaroff étaient chargés de rechercher et de maintenir les communications entre l'avant garde de l'aile gauche sousPahlenetla gauche du V* corps. De cette façon, la jonction des quatre corps d'armée s'accomplissait lors de l'arrivée des colonnes de gauche sur les positions de Montsuzain et de Voué, et de celles de droite a hauteur de Saint-Nabord.

On se proposait alors de pousser immédiatement en avant la cavalerie de réserve. Les gardes et réserves avaient ordre de suivre en colonne la marche des autres corps d'armée et de se

i Ordres do Ney, Arcis-sur-Aube, 20 mars. {Archives de la guerre,)

' SébastiaDi au major-général, Arcis*sur-Aub<;, 20 mars, 11 heures du matin. (Archiva de la giLerre.)

• Taxis, Tagebuch. {K, K. Krieg$ Archiv., XllI, 82.)

porter sur Voué et Saint-Rémy-sous-Barbuise. Les différentes colonnes devant traverser le plus rapidement possible ledéflléde la Barbuise, on avait attaché à Tartilierie de réserve du V« corps des équipages de ponts volants et des pionniers. Le V* corps, après avoir franchi la Barbuise, devait prendre à droite et chercher à chasser Tennerai du pont de Plancy. Enfin, aussitôt après Tarrivée des colonnes h Rhèges, la cavalerie, précédée par ses batteries légères, devait prendre les devants et inquiéter sérieusement l'ennemi qu'on s'attendait à rencontrer en marche sur Méry.

Le généralissime terminait son ordre par les instructions suivantes :

« Tous les mouvements devront être exécutés vivement. On évitera les canonnades de pied ferme ; on emploiera Tartillerie en grande masse afin de donner plus d'efficacité à ses feux. »

Enfin, le généralissime informait ses commandants de corps qu'en cas d'insuccès, le V« corps se retirerait sur Lesmont et Précy-Saint-Martin, les III®, IV* et VI® sur Dolancourt, Spoy et le pont de Bar-sur- Aube, les gardes et réserves surDienville et Bossancourt*.

Escarmouches de cavalerie sur la rive droite de TAube.

— Dans la matinée, deux régiments de cavalerie de la garde russe (de la division du général Ocharoffsky), envoyés en reconnaissance vers Arcis par la rive droite de TAuhe, avaient donné contre une colonne de cavalerie française (général Defrance) qui les avait ramenés jusqu'à Isle-sous-Ramerupt. Les escadrons français s'établirent avec cinq bouches h feu sur les bords de Lhuitrelle et tinrent leurs postes avancés en avant d'Isle.

Mais lorsque les corps alliés reçurent un peu après 1 1 heures la nouvelle disposition, les Russes, renforcés par quatre escadrons de la garde russe venus de Lesmont à Ramerupt avec le général Tchailikoff, obligèrent les avant-posles français h se replier d'Isle jusqu'à Vinets. Accueillis sur ce point par le feu de l'artillerie française, attaqués par la cavalerie, les Russes furent à leur tour contraints à reculer dans la direction de Ramerupt.

* Disposition de Schwarzenberg, Pougy, 20 mars, 9 heures du maiiD.

Déploiement du V® corps à midi. — Sur la rive gauche, Wrède, inquiété par Tapparition de la cavalerie française sur la rive opposée, craignant de compromettre la marche de l'armée alliée sur Plancy en poussant plus avant, désirant, en outre, se protéger contre toute attaque dirigée contre sa droite ou contre ses derrières, avait donné à la même heure à Spleny l'ordre de faire surveiller le cours de l'Aube depuis Nogent-sur-Aube jusqu'à Arcis par les dragons de Knesevich et les uhlans de Schwarzenberg. 11 envoya en même temps la brigade autrichienne Voikmann prendre position entre Torcy-le-Petit, Saint- Nabord et Vaupoisson avec une batterie dont les feux, battant d'enfilade la droite des escadrons français, les obligèrent à s'arrêter. Quelques instants plus lard, la cavalerie française remarque le mouvement de l'infanterie autrichienne sur la rive gauche et se met lentement en retraite sur la rive droite de l'Aube. Spleny, qui côtoie son mouvement en marchant à sa hauteur sur la rive opposée, reconnaît l'existence d'un gros rassemblement de cavalerie aux environs du Chêne et échelonne ses postes d'observation sur les bords mêmes de la rivière entre Torcy-le-Grand et Torcy-le-Petit.

Un peu avant midi, le V« corps a achevé son déploiement sur deux lignes.

A sa droite, la brigade Voikmann (cinq bataillons) s'appuie fi Torcy-le-Petil. La cavalerie de Spleny et un bataillon de chasseurs s'étendent jusqu'à l'Aube, soutenus en deuxième ligne par deux bataillons. Le centre, établi en avant de Chaudrey, se compose de la division Rechberg en première ligne, de la division La Motte en deuxième et de la brigade de cavalerie bavaroise Diez en réserve derrière l'infanterie.

Frimont et Antoine Hardegg sont à Taile gauche avec la brigade de cavalerie autrichienne Geramb et la brigade de cavalerie bavaroise Vieregg. Toutes ces troupes ont avec elles leur artillerie. L'aile gauche est renforcée par deux batteries de 12 livres de la réserve.

KalssarofT est à ce moment à gauche de Frimont, à Voué, où il ne tarde pas à être rejoint par les cosaques de Seslavin, venant par Troyes, des environs de Sens.

Marche de Paile gauche de Feuges sur Premierfait. —

A 10 heures du matin, le colonel Baillel de La Tour, chef d'élalniajor du 1V« corps, mandait au prince royal de Wurlemberç qu'arrivé avec la tête de la cavalerie sur les hauteurs de Feuges, il s'y arrêtait pour attendre la concentration des troupes conduites par le prince et l'arrivée du Vl« corps sur la hauteur en arrière de Charniont. « J'ai envoyé, écrivait encore le colonel, un réf^iment de cavalerie à Villacerf pour surveiller le gué et maintenir la communication avec Troyes, et fait partir dans différentes directions des partis chargés de reconnaître la position de l'ennemi. Le général comte Pahlen cherche h se relier avec Tavantgarde du V« corps*. »

Vers 11 heures, lorsque Tinfanterie fut arrivée h hauteur de Feuges, le prince royal forma ses deux corps d'armée en deux colonnes. Les déployant sur un front assez étendu par bataillons en colonne serrée, il se dirigea h gauche en marchant à travers champs sur Les Grandes-Chapelles et Premierfail, se faisant précéder à droite par Pahlen, avec la cavalerie légère du VI« corps: au centre, par le comte de Nostitz, à la tête de quatre régiments de cuirassiers autrichiens; à gauche, par le prince Adam de Wurtemberg et la cavalerie wurlembergeoise.

Arrivée des souverains sur le plateau de Hesnil-Lettre.

— Vers midi, l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, partis de Troyes le matin, rejoignaient le généralissime à Mesnil-Lettre.

Les mouvements des troupes françaises sur Arcis, le manque de nouvelles et le retard de l'aile gauche, avaient déconcerté Schwarzenberg et contrarié tous ses projets. 11 ignorait ce qui se passait sur sa droite, du côté de Vitry et, n'ayant pas encore reçu la dépêche par laquelle Tettenborn lui annonçait son entrée à Châlons, il venait de recommander au général Lambert de ne rien entreprendre pour le moment et d'attendre à Vitry le résultat des événements dont les bords de l'Aube allaient être le théâtre. Du haut du plateau de Mesnil-Lettre et de Mesnil-la- Comtesse et surtout des positions occupées par le V<* corps, on distinguait nettement les mouvements des Français; on aperce-

' Le colonel comte Baillet de La Tour an prince royal de Wurtemberg, hauteurs de Feuges, 20 mars, 10 heures du matin. (K. K, Kriegs Arehic, 111, 369 a.)

vait leur infanterie massée autour d'Arcis. Ce n'était pas là ce que le généralissime avait prévu. Pensif et soucieux, il regrettait déjà la résolution prise le matin. Ne sachant pas si les Français vont déboucher d'Arcis pour Tattaquer ou se contenteront d'attendre son attaque, n'ayant sous la main qu'un seul corps d'armée, il hésitait à donner le signal convenu. L'arrivée des souverains et l'accueil que lui fit Alexandre n'étaient guère de nature à mettre fin à ses hésitations, h calmer ses inquiétudes. L'empereur de Russie, étonné et mécontent des ordres donnés par le généralissime, s'était borné à le saluer et à échanger avec lui quelques paroles insignifiantes. Puis, mettant pied à terre et prenant à part Barclay de Tolly et Toll, et s'adressant à ce dernier, il lui avait demandé en russe et d'un ton courroucé pourquoi le généralissime avait tout à coup changé d'idée, pourquoi l'armée n'avait pas continué sa retraite sur Trannes. Toll, qui avait approuvé la résolution de Schwarzenberg, lui répondit : « Si, hier matin, au lieu de se porter sur Plancy pour se rapprocher de Macdonald, Napoléon avait forcé notre poste avancé d'Arcis, il aurait fallu continuer la retraite sur Trannes. Mais il a perdu 24 heures et nous a permis de nous concentrer entre Pougy et Troyes. Nous avons la supériorité du nombre, pourquoi ne pas en profiter pour frapper un coup décisif? Nous avons l'avantage du terrain. L'ennemi sera obligé de combattre avec un fleuve marécageux à dos, qu'il ne peut traverser que sur deux points. Nous sommes, au contraire, maîtres des hauteurs, et nous pouvons manœuvrer à notre guise et à couvert. »

Ces arguments ne parvinrent ni h dissiper le mécontentement, ni à calmer les inquiétudes du tzar. Plus que jamais il était persuadé que Napoléon allait les amuser h Arcis pendant que le gros de son armée continuerait à filer, par la rive droite de l'Aube sur Brienne et les communications de la grande armée. Aussi, se tournant vers Barclay de Tolly, il lui avait donné l'ordre de faire marcher jusqu'à Saint- Rémy-sous-Barbuise les réserves qui auraient dû s'arrêter à Longsols*.

Napoléon à Arcis. — Pendant cette conférence, l'empereur

i BcRNHARDi, Denkuurdigkeilen aus dem Leben det Grafen von Toll, V, et iJOGDANOWiTCH, Campagne de 1814, II.

Weil. — m. 28

Napoléon était arrivé vers une heure à Arcis. Bien que la conliguration du terrain cache les positions des Alliés, bien que la cavalerie n'ait encore rien aperçu d'inquiétant, Ney et Sébastiani, informés par les paysans de la marche et de rapproche du V® corps, ont cru nécessaire de prendre toutes leurs mesures pour assurer de leur mieux la défense d'Arcis. La cavalerie de Sébastiani est tout entière en avant de cette ville. L'infanterie de Nev occupe Torcy-le-Grand.

Mais l'Empereur se refuse à ajouter foi aux rapports de ses lieutenants et aux renseignements des gens du pays. Il persiste à croire la grande armée alliée en retraite. Les troupes, que les paysans déclarent avoir vues, ne doivent élre qu'une arrièregarde chargée de couvrir le mouvement rétrograde de Schvvarzenberg. Il envoie, cependant, un de ses officiers d'ordonnance en reconnaissance avec un escadron. Mais cet officier, au lieu de pousser jusqu'au haut du plateau qui s'étend en avant d'Arcis, revient au bout de quelque temps, annonçant qu'il n'a aperçu qu'un millier de cosaques, et l'Empereur, rassuré par ce rapport, ordonne à ses lieutenants de rester sur leurs positions et d'y attendre l'arrivée de Macdonald. Lui-même se rend de sa personne à Torcy-le-Grand, tandis que Sébastiani, que le rapport de l'officier d'ordonnance n'a pas réussi à rassurer, se porte avec deux escadrons sur la route de Voué.

Schwarzenberg donne vers 2 heures le signal de Tattaque.

— Bien que le prince royal de Wurtemberg fût encore loin et bien que laile droite continuât h être complètement séparée de l'aile gauche, il était cependant impossible à Schwarzenberg d'allendre plus longtemps sans prendre une résolution. Du point où il se tenait avec les souverains, Barclay et VVrède, il avait suivi depuis plus d'une heure les mouvements des cavaliers de Sébastiani et de l'infanterie de Ney. L'occupation de Torcy-le- Grand pouvait être le précurseur d'un mouvement oSensif de la part des Français. Craignant d'être battu avant d'avoir pu opérer sa jonction avec sa gauche, il se décide vers 2 heures à faire télé à Napoléon et à donner de Mesnil-Lettre le signal convenu *.

* Starke, EintheUung und Tagesbegebenheiten der Haopt-Ârmee im Monate Marz. {K. K. Kriegs ArcJUv,, III, i .)

Quel qu'ait pu êlre le motif de cette résolution, c'était assurément et à tous égards le meilleur parti que pût prendre Schwarzenberg.

Mouvement offensif du V* corps. — Dès que le signal est donné, le V« corps s'ébranle sur l'ordre de Wrède en colonnes serrées. A sa droite, la brigade Volkmann (quatre bataillons du régiment Archiduc-Rodolphe, un bataillon du régiment de Jordis) se porte contre Torcy-le-Grand. Deux bataillons de Szeckler (division Spleny) lui servent de réserve. A la tôte de ces troupes, le général Volkmann doit, après avoir enlevé Torcy-le-Grand, pousser droit contre les ponts d'Arcis, s'en emparer et chercher à couper les troupes françaises établies sur la rive gauche. Le gros de la division Spleny, les uhlans de Schwarzenberg et les dragons de Knesevich, restaient encore échelonnés le long de la rivière, de Chaudrey à Torcy-le-Petit. Le centre attendait pour se porter en avant que les ailes aient gagné du terrain. A l'aile gauche, la cavalerie de Hardegg et les cosaques de Kalssarofi en première ligne, la cavalerie bavaroise de Vieregg en deuxième ligne, avaient ordre de se diriger vers la lisière ouest d'Arcis.

Combat de cavalerie à la gauche du V* corps. — Ces différents mouvements étaient déjà presque achevés au moment où Sébastiani arrivait avec ses deux escadrons sur le haut du plateau.

N'ayant pas le temps matériel pour manœuvrer et recourir à des combinaisons nouvelles, il ne lui restait plus que le choix entre deux partis : ou attendre de pied ferme avec ses divisions de cavalerie l'attaque des escadrons alliés, ou jeter contre eux, sans perdre un seul instant, sa division de première ligne. Reprenant au galop le chemin d'Arcis, jugeant avec raison qu'une cavalerie qui attend de pied ferme la charge de son adversaire a de grandes chances pour faire demi-tour, il ordonne à la division Colbert de se déployer et de se porter à la rencontre des cosaques de Kaïssaroff.

Pendant que cette division exécute les ordres de Sébastiani et se déploie en avant en bataille sur un front oblique par rapport h la route de Voué, à hauteur de Saint-Étienne-sous-Barbuise, sa batterie à cheval a pris les devants et ouvert le feu contre les hus-

sards de Hardegg eu train de se former en bataille sur la gauche de Colbert. Kaïssarotf, que Frimont a déjà fait renforcer par deux escadrons de hussards Archiduc-Joseph, a continué pendant ce temps à pousser vers la droite de la cavalerie française. Les quatre autres escadrons de ce régiment, conduits par Geramb, le rejoignent au moment où il se jette sur la batterie. Cosaques et hussards enlèvent quatre pièces et tombent sur la droite de Colbert qu'ils culbutent. La gauche de la cavalerie française cherche en vain à dégager les escadrons de droite. Prise en écharpe par le tir à mitraille d'une batterie autrichienne renforcée par l'arrivée d*une batterie wurtembergeoise, chargée sur son flanc gauche par les hussards de Szeckler, toute la division de Colbert fait volte-face, se rabat dans le plus grand désordre sur Arcis et entraîne dans sa déroute la division Exelmans postée en deuxième ligne. Pressée par les cosaques et les hussards autrichiens, cette cavalerie se précipite en poussant les cris de « Sauve qui peut! » vers les ponts de TAube *.

De Torcy-le-Grand, l'Empereur a entendu le canon sur sa droite. Suivi seulement par son escorte, il arrive à Arcis en môme temps que les escadrons en déroute de Sébastiani. Un moment entraîné par eux, il réussit à se dégager. L'épée à la main, il se porte au-devant des fuyards avec quelques fantassins qu'il a fait former en carré et qui arrêtent les cavaliers de Colbert et d'Exelmans. Se plaçant alors à la tête du pont, il parvient, par ses reproches et plus encore par sa présence et par l'ascendant qu'il exerce sur les troupes, même dans les moments les plus critiques, à les rallier et à les reporter en avant. Bien que ce retour offensif

* Journal d'opérations de Barclay de ToUy (Arck. topographiques, n® 29188); Taxis, Tagebuch (K. K. Kriegs Arefiiv., XIII, 32); Starke, Eintheilaog und Tagesbegebenheitcn der Haupt-Armcc im Monate Marz (/6td., III, 1), et général-major KaïssarofT au feldzcugmeistcr comte Gyulay, Premierfait, 22 mars (/Wd., III, 404;.

Dans ce dernier rapport rédigé en français, Kaissaroff, remerciant Gyulay des éloges qu'il a faits au généralissime au sujet de la conduite des cosaques, ajoute la phrase que nous reproduisons textuellement ci-dessous : te L'attaque qu'ont fait mes cosaques, le 20 près d'Ârcis, où ont été pris les canons, je dois attester à Votre ExceUence qu'elle a été secondée aussi par les efforts du lieatenant-colonel Schmidt, du régiment Joseph-Houssard qui, avec ses deux escadrons, vint ù temps pour secourir mes cosaques; tous déjà engagés contre une cavalerie démesurée en nombre... »

de la cavalerie française ait arrêté les progrès de Frimont et de Kaïssaroff, la situation de TEmpereur n'en est pas moins très compromise. Ney est trop sérieusement engagé pour qu'on puisse lui demander des renforts.

Les batteries à cheval des Alliés criblent déjà Arcis de boulets. L'Empereur se borne î\ en tenir les abordsjusqu à l'arrivée de la tôte de colonne de la division Priant qui débouche enfin d'Ormes au pas de course, passe les ponts et vient se former en bataille en avant de la ville. Ce renfort était d'autant plus opportun que les affaires prenaient une tournure des plus défavorables du côté de Torcy-le-Grand.

Le V* corps attaqae Torcy-le-Grand. — En effet, dès que Wrôde a remarqué ce qui se passe sur sa gauche, il a imprimé une nouvelle impulsion au mouvement offensif de son infanterie. Au centre, les Bavarois s'avancent sur Arcis en colonnes serrées par bataillons en masse. A son aile droite, les Autrichiens de Volkmann ont dépassé Torcy-le-Petit et se portent contre Torcyle-Grand. La possession de ce village est d'autant plus essentielle que 500 mètres à peine séparent ses dernières maisons du château d'Arcis et des ponts par lesquels les Français peuvent recevoir les renforts venant de la rive droite, par lesquels passe aussi leur ligne de retraite. Le général Volkmann a si bien compris l'importance de ce point qu'il lance sans hésiter ses bataillons de tête sur le village, réussit à l'enlever et pousse sur Arcis un bataillon du régiment Archiduc-Rodolphe. Le centre continuait, lui aussi, à s'approcher d'Arcis. « Tout allait pour le mieux, écrit à ce propos Taxis dans son Tagebuch *, lorsque les troupes de Ney, qui se repliaient sur Arcis, font tout à coup volte-face, et soutenues par deux bataillons de grenadiers et un de gendarmes de la garde, reprennent Torcy-le-Grand et tentent à leur tour de percer sur Torcy-le-Petit. » Un combat acharné s'engage à partir de ce moment autour de Torcy-le-Grand. De 3 à 5 heures, les Autrichiens l'ont repris et reperdu deux fois encore. A 5 heures, la division Rechberg qui, avec les réserves russes, avait pris trop h gauche, entre enfin en ligne. Les Austro-Bavarois arra-

Taxis, Tagebuch, {K. K. Kriegt Arehiv., XIII, 32.)

chent encore une fois le village aux Français; mais presque au même moment TEmpereur engage deux nouveaux bataillons de sa garde et parvient h chasser de nouveau les Austro-Bavarois de Torcy-le-Grand. Malgré tous les renforts successifs dirigés de ce côté par Wrède et bien qu'il ait, de 5 à 8 heures, lancé contre le village quinze bataillons appartenant à la brigade Volkmann, à la division Rechberg, à la brigade Habermann, tous les eflForts des Austro-Bavarois viennent se briser contre la résistance des troupes françaises éleclrisées par la présence de Napoléon et par Uexemple de Ney.

La lutte acharnée dont Torcy-le-Grand était le théâtre depuis plusieurs heures, avait coûté cher aux deux armées. Du côté du V« corps le général Habermann, et du côté des Français le général Janssens étaient tous deux grièvement blessés, et le seul régiment Archiduc-Rodolphe avait eu plus de 500 hommes hors de combat. Les Autrichiens de Volkmann avaient épuisé toutes leurs munitions et s'étaient repliés sur Chaudrey sous la protection des dragons de Knesevich et des uhlans de Schwarzenberg*.

Malgré les demandes réitérées de Wrède qui a successivement engagé toutes ses troupes, le V« corps n a reçu aucun renfort. A

* Dans le rapport qa'il rédigea près de trois semaines après la bataille d'Arcis et qui porte la date du 8 avril, le feld-maréchal lieutenant Spleny exposait en ces termes le rôle joué par sa cavalerie pendant la joamée da 20 mars : « Le 20, après avoir exécuté les reconnaissances prescrites, je quittai Arcis, et le corps d*armée se replia sur les hauteurs de Torcy-le-Petit. L'ennemi, qui suivait nos mouvements, occupa Arcis. Deux régiments de cavalerie russe avaient essayé de reconnaître Arcis par la rive droite de l'Aube. L*ennemi envoya contre eux 1500 chevaux et 5 canons, et les Russes, trop faibles pour pouvoir accepter la lutte, se retirèrent et furent vivement poursuivis par l'ennemi jusqu'à Isle.

M Pendant ce temps, on avait reçu la disposition aux termes de laquelle l'armée tout entière devait attaquer Arcis. Comme l'ennemi menaçait TAube sur plusieurs points, je fus chargé d'en surveiUer le coors avec les dragons de Knesevitch et les uhlans de Schwarzenberg

te Au Chêne, en face de Torcy-le-Grand, j'aperçus des forces assez considé* râbles d'infanterie et de cavalerie. Je résolus par suite de garder mes deux régiments entre Torcy-le-Grand et Torcy-le-Petit et de faire surveiller la rive gaudie par des piquets et des patrouilles.

« Pendant ce temps, Torcy-le-Grand avait été pris et repris six fois, et l'ennemi en menaçant les derrières de cette localité avait fini par empècber let nôtres de s'y maintenir »

5 heures, une batterie russe de 12 est seule venue appuyer l'artillerie bavaroise sérieusement éprouvée et dont la plupart des pièces sont démontées *.

A son aile gauche, Frimont et Kaïssarofif ont vainement essayé de lui venir en aide et de rejeter sur Arcis la cavalerie française. Vers 6 heures, les batteries de TEmpereur les ont obligés à renoncer à leurs tentatives. On avait laissé échapper Toccasion; et le moment où l'intervention de la cavalerie aurait pu produire un effet utile, était passé. Après la blessure de Hardegg qui dut remettre le commandement de sa division à Geramb, la cavalerie n'entreprit plus rien, et tout se borna de ce côté à une violente canonnade.

La nuit était déjà venue lorsque les premiers renforts demandés à Miloradovitch ' (la brigade Jemelianoff, forte de 1700 grenadiers des régiments de Kexholm et de Pernoff), précédant le corps des grenadiers russes en marche sur Chaudrey, entrèrent en ligne du côté de Torcy-le-Grand. Wrède les envoie aussitôt soutenir la brigade du prince Charles de Bavière et essaye une dernière fois d'enlever le village. Décimés par les feux croisés de l'artillerie française, les Russes et les Bavarois renoncent à leur entreprise au moment où la brigade de cuirassiers russes du général Levaschoff, les régiments de grenadiers de Tauride et de Saint-Pétersbourg et rarlillerie de la garde russe, venant de Mesnil-la-Comtesse, se rapprochaient d'Arcis et dégageaient le V« corps, auquel cette journée avait coûté 40 officiers et 3,200 hommes •.

1 Taxis, Tagebueh. (K, K. Kriegt Arehiv., XUI, 32.)

' On ne s*explique pas pour quel motif les souverains et le généralissime négligèrent de faire soutenir Wrède dans le courant de la journée. Les gardes et les réserves se trouvaient en eiïet, dans le courant de l'après-midi, à peu de dislance de Mesnil-la-Gomtesse, à huit kilomètres d'Arcis. Leur entrée en ligne aurait suffi non seulement pour dégager Wrède, mais pour enlever Arcis et rendre la rive gauche de TAube intenable. Le généralissime, ignorant ce qui se passait à son aile gauche, n'osa pas faire donner les seules réserves qu'il eut sous la main. Quand il se décida à faire renforcer Wrède dans la ^oirée, il n'y avait plus rien à faire. On avait perdu la journée et permis à l'Empereur de conserver, avec 12,000 hommes au plus, placés dans les conditions les plus défavorables, des positions devant lesquelles les Alliés (Y* corps et gardes et réserves) disposaient de forces qu'on peut, sans exagération, évaluer à 50,000 hommes.

' Stàrkb, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate

L'artillerie russe releva les batteries bavaroises et contrehattit pendant toute la soirée et une partie de la nuit les batteries françaises de Torcy-le-Grand.

Marche du prince royal de Wurtemberg et combat de cavalerie de Premierfait. — Pendant que Wrède et le V« corps essayaient en vain d*arracher Torcy-le-Grand à Ney et aux quelques bataillons de renfort amenés sur ce point par Napoléon en personne, Taile gauche sous les ordres du prince royal de Wurtemberg continuait sa marche en deux colonnes dans la direction de Plancy sur Les Grandes-Chapelles et Premierfait.

Le prince royal, sans nouvelles du quartier général, s'était mis lui-même à la tôle de sa cavalerie et avait atteint les hauteurs de Premierfait sans rien trouver devant lui. Il était 5 heures environ lorsque la cavalerie légère, qui précédait de loin les corps de l'aile gauche, aperçut, un peu après avoir dépassé Premierfait, une colonne de cavalerie française défilant sur la roule de Méry h Lesmont. C'étaient, comme on Tapprit plus tard par les prisonniers, deux régiments de chasseurs de la garde faisant partie de la division Lelort qui, ayant quitté leur bivouac des Grez vers 2 heures et de Méry à 4 heures, se dirigeaient avec quelque artillerie sur Arcis.

La cavalerie légère wurtembergeoise (régiments de chasseurs du duc Louis et du prince Adam n<>* 2 et 4, régiment de dragons du Prince royal n® 3), sous les ordres du colonel von Bismarck, se porte vivement au devant des chasseurs et grenadiers à cheval de la garde et les oblige d'abord à s'arrôter, puis à se rejeter vers Charny-le-Bachol. Pahlen, qui s'est tenu à la même hauteur que Bismarck et qui marche à sa droite, a remarqué le mouvement rétrograde des cavaliers français. Il pousse immédiatement ses cosaques sur la route d'Arcis, la barre à la cavalerie française qu'il force à se replier dans la direction de Bessy et de Rhèges. Les hussards de Grodno et d'Olviopol appuient le mouvement des cosaques; les uhlans de Tchougouïeff, formant la troisième ligne, se dirigent vers Pouan, et la 2« division de cuirassiers

Idàrz {K. K. Kriegs Archiv,, 111, 1); Journal d'opérations de Barclay de ToUy (Archives topographiques, n9 29128), et Barclay de Tolly à Schwarzenberg, llontsuzain, 20 mars, 10 h. 1/2 da soir (K, A'. Kriegs Arehiv., 111, 370).

reste encore en réserve. Les cosaques font reculer les régiments français, les harciMent et les ramènent jusqu'à la croisée des roules de Méry h Arcis et Lesmont et de Troyes k Plancy. Sur Tordre du prince royal, les cosaques, les hussards de Grodno et d'Olviopol se jettent alors avec Pahlen sur le flanc gauche des régiments français. Le colonel von Bismarck, chef d'état-major de la cavalerie wurtembergeoise, attaque leur droite avec les régiments Duc-Louis et Prince-Adam. Les cuirassiers autrichiens de Nostitz et les cuirassiers russes de Kretoff se déploient devant le iront des Français. Rompus par les charges de cette masse de cavalerie, les escadrons français, sabrés et culbutés, s'enfuient par la roule de Méry, laissant entre les mains du prince royal de Wurtemberg 1 colonel, 12 officiers et 300 hommes.

La nuit, l'entrée en ligne de la brigade Curély, sortie de Méry pour recueillir les fuyards, et le tir de l'artillerie de cette brigade qui a pris position en avant de Méry, arrêtèrent la poursuite et permirent aux débris des deux régiments de repasser sur la rive gauche de la Seine. L'intervention opportune de Curély mit fin aux entreprises de la cavalerie alliée et le prince royal n'essaya même pas d'enlever Méry qu'occupaient seulement quelques pelotons de cavalerie, auxquels Curély avait fait mettre pied à terre et qu'il chargea de la défense du pont et des barricades élevées sur la grande route *.

Les colonnes d'infanterie de l'aile gauche s'étaient arrêtées en arrière de Premierfait.

1 St'ârke, Eintheilung und Tagesbegebenhcitcn der Haupt-Armee im Monate Marz (K. K. Kriegs Archiv,, III, 1) ; Journal d'opérations du IV* corps par le colonel comte Baillet de La Tour ilbid., XIII, 52) ; Prince royal de Wurtemberg au prince de Sch>yarzenberg, Grandes-Chapelles, 20 mars, 9 heures du soir {Ibid., III, 369) ; Prince royal de Wurtemberg à Scbwarzenberg, Paris, 13 avril, relation du combat de Plancy et de Méry {Ibid,, IV, i!5). — Général Curély an major-général, Méry, 20 mars, 10 heures du soir (Archives de la guerre); Général Letort au major-général, Plancy, 21 mars (/6td.); Général Grundier à Molitor, Anglure. 21 mar.<i, 4 heures du matin (i&t'i.) ; Général Milhaud au major-général, Plancy, 21 mars. 3 heures du matin (Ibid.),

Milhaud dans ce rapport et le général Neigre dans sa dépêche à Oudinot, annonçaient, en outre, que trois seulement des pontons enlevés aux AlUés étaient arrivés à Plancy. Dix autres n'avaient pu suivre. Le général Neigre ajoutait : « Trois de ces bateaux qui se trouvaient sur la route ont été enlevés; je croia que les sept autres sont restés à Méry où se trouvaient 600 à 700 chevaux. (Archives de (a guerre.)

Ordres donnés par Schwarzenberg au prince royal de Wurtemberg pour la journée du 21 mars. — A 9 heures du soir, le prince royal, revenu aux Grandes-Chapelles, envoyait à son infanterie l'ordre de s'installer immédiatement au bivouac. Il y trouva une dépêche de Schwarzenberg, partie de Pougy à B heures de l'après-midi et contenant les premières instructions du généralissime pour la journée du lendemain.

Positions de Taile gauche de la grande armée alliée le 20 au soir. — Le prince royal, en accusant réception de ces instructions au généralissime et en lui rendant compte de l'affaire qu'il venait d'avoir avec la cavalerie de Letort, lui indiquait les positions des corps de l'aile gauche. L'infanterie du VI® corps occupait Premierfait et Saint-Étienne-sous-Barbuise. Une partie de la cavalerie de Pahlen était vers Arcis. Les troupes légères de Tavant-garde se tenaient h Charny et à Rhèges avec des postes avancés vers Plancy et vers Pouan. Le gros des III^ et IV® corps (moins les corps de troupes laissés à Troyes) bivouaquaient aux Grandes et aux Petites-Chapelles. Les cuirassiers s'étaient arrêtés à Droup-Sainte-Marie et la cavalerie légère wurtembergeoise observait le pays entre Rhèges et Méry*.

Quelques heures plus tard, le prince royal savait par un rapport du général Jett, qui se tenait aux environs de Méry, que les Français ne faisaient aucun mouvement inquiétant contre Troyes et que sa cavalerie communiquait par Villacerf avec les escadrons de hussards autrichiens Archiduc-Ferdinand postés à La Malmaison.

Les rapports que Fresnel et Crenneville adressèrent encore dans la soirée du 20 au feldzeugmeister Gyulay et que celui-ci transmit au prince royal pendant la nuit *, les nouvelles que le major Hauer lui adressa directement à Troyes à 10 heures du soir, confirmaient les renseignements envoyés par le général Jett.

D'après la dépêche du major % le gros de la division Crenne-

1 Prince royal de Wurtemberg au prince de Schwarzenberg, Grandes-GhapeHes, 20 mars, 9 heures du soir. {K, K. Kriegs Archiv., III, 369.)

« Gyulay au prince royal; Fresnel et Crenneville à Gyulay. {K. K, Kriegs Archiv., 111, 388, Ul, 388 b et 111, :i88 c.)

' Major Hauer au Prioce royal, Troyes, 20 mars, 10 heures du soir. {Ihid., m 388 a.)

ville el la brigade Pflûger étaient en réserve à Troyes et la brigade CsoUich gardait le pont de la Guillotière. Un escadron des hussards Archiduc-Ferdinand était établi à La Malnmison, un autre au Pavillon. Un troisième escadron avait deux pelotons sur la route de Sens et deux pelotons sur celle de Bar-sur-Seine.

Les portes de Troyes étaient barricadées, les maisons les plus proches de ces portes crénelées et occupées par le régiment d'infanterie Archiduc-Louis.

Chargé de fournir les postes d'observation le long de la Seine de Bray à Nogent, Seslavin, au lieu de se porter dans cette direction, avait au contraire passé par Troyes, fait halte à Pont- Sainte-Marie pour donner à manger h ses chevaux etcontinuéde là pour rejoindre Tarraée sur TAube. Ce mouvement de Seslavin, qui découvrait la route de Sens à Bar-sur-Seine par Chaource, avait obligé Crenneville à envoyer aux Maisons-Blanches un parti de 60 chevaux conduits par un officier.

Arrivée à Arcis-sur-Aube de la cavalerie de Lefebvre-Desnoêttes. — Du côté d'Arcis et de Torcy-le-Grand, le combat d'artillerie avait continué plus vif et plus violent que jamais depuis l'arrivée des batteries russes. Les Austro-Bavarois avaient renoncé à toute nouvelle tentative sur Torcy-le-Grand ; mais plus à gauche, sur la route de Troyes, les cavaliers de Sébastiani, d'Exelmans et de Colbert n'avaient pas cessé de charger avec des alternatives de succès les cosaques de Kaïssaroff et la cavalerie austro- bavaroise de Frimont. Entre 7 et 8 heures, Lefebvre- Desnoëttes, laissant à Plancy l'infanterie du général Hanrion trop fatiguée pour continuer sa roule, avait traversé Arcis vers 9 heures el était venu avec environ 2,000 chevaux prendre position en deuxième ligne derrière les cavaliers de Sébastiani.

La cavalerie française tente une attaque de nuit contre les positions de Kaïssaroff et de Frimont.— L'Empereur profita de l'arrivée de ce renfort et de l'obscurité de la nuit pour essayer d*en finir.

Il donne Tordre à Sébastiani de réunir toute sa cavalerie et de la jeter sur le flanc gauche des cosaques de Kaïssaroff postés à Texlrème gauche des lignes du V« corps. Les lanciers polonais et les éclaireursde la garde soutenus par les cuirassiers, formant la

tête de la colonne d'attaque des Français, surprennent les cosaques, enlèvent leur artillerie, les culbutent, les mettent en déroute et les rejettent sur la brigade de cavalerie bavaroise Vieregg que les cosaques entraînent dans leur fuite. Ils se tournent ensuite contre une batterie russe en position à Taile gauche du V* corps et contre la brigade de grenadiers russes du général Sulina (régiments de Tauride et de Saint-Pétersbourg) qui lui servait de soutien. Le colonel Timroth a néanmoins, malgré la vivacité de Tatlaque, le temps de faire former le carré au régiment de Tauride et réussit à arrêter la charge de la cavalerie française. Se ralliant vivement et soutenus par les régiments de grosse cavalerie venant en deuxième ligne, les cavaliers de Lefebvre-Desnoëtles et de Sébastiani se précipitent de nouveau contre la brigade russe qu'ils sont sur le point d'entamer au moment où la troisième division de cuirassiers russes et un escadron de cavalerie légère de la garde prussienne viennent la dégager et obligent la cavalerie française à renoncer à ses entreprises contre la batterie et Tinfanterie russes*.

Pendant ce temps, Frimont a entendu les cris poussés par les cosaques en déroute et lancé contre la cavalerie française le 7® régiment de chevau-légers bavarois qui est également obligé de plier devant les chasseurs îi cheval français.

Mais les cosaques ont eu le temps de se rallier; le 7« chevaulégers se reforme rapidement derrière le i^ de même arme que Frimont a porté en avant. Toute cette ligne s'ébranle de nouveau. Les cosaques et les deux régiments de chevau-légers, soutenus par le général Vieregg à la tête du i^^ de chevau-légers et par les hussards de Szeckler qui débordent la gauche de Sébastiani déjà ébranlée par rentrée en ligne des cuirassiers russes, parviennent enfin à rejeter les Français, à leur reprendre les pièces' et h les obliger à se replier sur leur infanterie postée en avant d'Arcis.

Frimont, arrivé à ce moment avec les hussards Archiduc- Joseph et la brigade de cavalerie bavaroise du général Diez, se proposait d'attaquer h son tour la cavalerie française et d'essayer

i Barclay de ToUy à Schwarzenberg, Montsuzain, 20 mars, 10 h. 1/2 do soir. (K. K. Kriegt Archiv., III, 370.)

* Taxis, Tagebueh (K, K. Kriegs Archiv., XHI, 32) et Starkb, Eintheilung and Tagesbegebenheiten der Haapt-Armee im Monate Mârz (Ibid., lU, 1).

de la culbuter lorsqu'on lui fit savoir que la cavalerie de Ney cherchait à se jeter contre Tinfanterie du V« corps. Se portant aussitôt de la gauche pour laquelle il n'avait plus rien à craindre vers le centre de la position, emmenant avec lui Ips brigades Geramb et Vieregg, il donna l'ordre à Spleny de prendre avec lui deux régiments et d'aller s'établir à l'aile droite. Mais l'obscurité était si profonde que la cavalerie dut, des deux côtés, renoncer à de nouvelles entreprises*.

Démonstrations de cavalerie sur la rive droite de TAnbe.

— Les quatre escadrons de la garde russe en observation sur la rive droite de l'Aube avaient dans l'aprôs-midi signalé la marche d'une colonne de troupes françaises qui, allant de Ramerupt sur Sainte-Thuiso, semblait se diriger sur Lesmont.

Cette nouvelle, transmise aussitôt par Wrède au quartier général i^i Pougy, y avait ravivé des inquiétudes à peine calmées. On en vint h penser que cette colonne pourrait bien être l'avantgarde d'un gros corps chargé de déborder la droite de la grande armée, et l'on donna immédiatement au général Ocharoffsky l'ordre de se porter le soir même sur la rive droite de l'Aube et d'en surveiller le cours depuis Magnicourt jusqu'à Ramerupt.

Positions de Wrède et de Barclay de ToUy pendant la nuit du 20 au 21 mars. — A minuit, le feu avait enfin cessé sur toute la ligne, et Wrède, se conformant aux ordres qu'il venait de recevoir, ramena son V® corps sur les hauteurs de Chaudrey. Il n'avait laissé devant Torcy-le-Grand que deux escadrons de dragons de Knesevich et deux de uhlansde Schwarzenbcrg. Sur l'ordre du généralissime, Barclay de Tolly avait mis les grenadiers en route pour Chaudrey, et pour ne pas laisser l'aile gauche en l'air, il avait retenu à Montsuzain les gardes et la troisième division de cuirassiers russes' dont les avant-postes conservaient le contact avec les vedettes de Sébasliani à Nozay.

Le prince de Schwarzenberg et l'empereur de Russie passèrent la nuit à Pougy, le roi de Prusse à Piney et Wrède à Coclois.

i Taxis, Tagebuch. {K. K, Kriegt Archiv., XIII, 32.) > Barclay de ToUy à Schwarzenberg, MoDlsazain, 20 marâ, 10 heures da soir. (/Wd., III, 370.)

Les bivouacs et les avant-postes de la grande armée alliée décrivaient donc dans la nuit du 20 au 21 un vaste arc de cercle suivant le cours de TAube depuis les environs de Chaudrey jusqu'à Torcy-le-Grand, s'infléchissant de là vers Mesnil-la-Comtesse et Voué et se terminant de l'autre côté de la Barbuise en avant de Preraierfait. La petite armée de Napoléon en occupait le centre et attendait sur la ligne Villette—Arcis— Torcy-le-Grand l'arrivée des troupes de Macdonald.

Marche des corps français placés sons les ordres du maréchal Macdonald. — De Villenauxc, où il avait établi son quartier général le 19 au soir, le duc de Tarente avait prescrit à Molitor de reprendre au point du jour son mouvement, de venir avec les divisions Albert et Brayer prendre position à Villenauxe et de diriger sur Nogent la division Amey. Il avait donné au duc de Reggio et à la cavalerie de Saint-Germain Tordre de s'échelonner de Potangis à Anglure et de pousser des partis en reconnaissance vers Arcis-surAube, et confié au général Milhaud le soin de suneiller la Seine de Marcilly à Marnay et de s'éclairer du côté de Sézanne. Le 2« corps était, d'après cette disposition, chargé de garder la Seine de Marnay à La Motte *.

Le 20 à midi, le maréchal recevait à Villenauxe un premier ordre du major-général et modifiait aussitôt les dispositions prises la veille. Oudinot, avec son corps et la cavalerie de Saint- Germain, continuait sur Plancy et Arcis-sur-Aube. Milhaud se mettait en route pour Arcis. Il ne devait s'arrêter qu'à nuit close et reprendre sa marche le 21 au jour. Molitor était chargé de faire venir )a division Amey à Villenauxe, et le général Gérard partait immédiatement pour Conflans, Marcilly-sur-Seine et Saron-sur-Aube.

Trois heures plus'tard, le duc de Tarente trouvait à son arrivée à Potangis un deuxième ordre expédié par le major-général, de Plancy à midi, lui enjoignant de venir avec tout son monde à Arcis par la rive droite de la Seine et de l'Aube, et d'envoyer AUix sur Sens et Souham sur Nogent et Bray. Le major-général

1 Macdonald, YiUenaaxe, 19 mars, 8 heures du soir, ordres de mouvement pour le 20; Macdonald au major-général> il heures du soir (Archives de ia guerre) et ordres d'Oadinot, Villenauxe, iO mars, 1 heure du matin (Ibid.),

annonçait déjà au maréchal que l'Empereur comptait porter son quartier général à Vitry '.

Le 20 au soir, malgré toute la diligence apportée h la marche, la tête de colonne du 7« corps avait seule atteint Roulages. Le corps d'Oudinot, échelonné de Roulages à Anglure, où était le quartier général du duc de Tarente, passa la nuit sur ces points pour reprendre dès le matin la marche sur Arcis où le duc de Reggio, précédant son infanterie avec la cavalerie de Saint-Germain, espérait arriver le 21 à la première heure. La léte de colonne de la cavalerie était à Plancy et à Viapres-le-Grand ; le gros à hauteur de l'infanterie du 7« corps. Gérard et Molitor n'avaient pu pousser au delii de Marcilly-sur-Seine. Valmy s'était arrêté k Marsangis, au nord d'Anglure. Il était désormais évident que seuls la cavalerie et le 7° corps d'Oudinot pourraient atteindre Arcis dans la matinée et dans la journée du 21 . Gérard et Molitor, même en forçant leur marche, étaient dans Timpossibililé d'y arriver avant le 21 au soir.

A Textrôme droite des lignes françaises, AUix était arrivé dans l'après-midi à Sens, évacué par les Alliés, et comptait pousser sur Joigny. Souham avait également fait un mouvement vers l'Yonne, laissé quelques partis à Moret et à Villeneuve-la-Guyard et occupé Pont-sur- Yonne avec le reste de ses forces : 1200 il 1500 hommes et 8 bouches à feu '.

En somme, l'Empereur avait, malgré la faiblesse numérique des troupes dont il disposait, réussi à se maintenir à Arcis et à Torcy-le-Grand sans parvenir, il est vrai, à gagner du terrain. Des deux côtés il y avait eu si peu de monde d'engagé que l'Empereur pouvait, il bon droit, supposer que Schwarzenberg, résolu i\ continuer le lendemain son mouvement rétrograde, avait uniquement accepté le combat h Torcy-le-Grand dans le but de couvrir sa retraite vers la haute Aube. La position prise à Chaudrey par le V« corps, dans la soirée du 20, était de nature à justifier ses suppositions et h le décider i'i concentrer toutes ses forces pour agir ofiensivement dans la direction de Vitry.

^ Registres de Berthier. {Arekives de la guerre,)

* AUix au ministre. Sens, 20 mars, 6 b. du soir, et Soabam à Macdonalii PoDt-sur*Youue. (Ibid.)

21 mars. — Première disposition de Schwarzenberg pour la journée du 21. — Pendant que TEmpereur expédiait ' à Macdonald et à Oudinot les ordres les appelant d'urgence à Arcis, Schwarzenberg, après avoir rendu compte à l'empereur d'Autriche des événements do la journée*, après en avoir sommairement informé Blucher*, expédiait le 20, entre 11 heures et minuit, de son quartier général de Pougy, ses ordres pour la journée du lendemain. Bien que Wrède se fût rendu dans la soirée à Mesnil-la-Comtesse pour réclamer une concentration générale et immédiate de la grande armée entre la Barbuise et l'Aube, et pour se plaindre au généralissime de l'abandon dont ses troupes avaient eu si cruellement à souffrir pendant la journée', il est juste de reconnaître que la première des trois dispositions de Schwarzenberg pour la journée du 21 ne faisait, en somme, que reproduire i\ peu de chose près les ordres envoyés dans l'après-midi au prince royal de Wurtemberg et dont l'ac-

* Dans son rapport à l'empereur d'Autriche, de Pougy, 20 mars a a soir (K. K. Kriegs Arcliiv., III, 374), le généralissime rejette toute la responsabilité des événements du 20 sur le prince roy&l de Wurtemberg.

« La colonne formée par les 111", IV^ et Vl* corps, écrit-il à reropereur, au lieu d aller à Clifirmont s'est portée en avant par Les Chapelles sur la rive gauche de la Barbuise et n'a pu prendre part à l'action que nous projetions. L'ennemi a eu de la sorte le temps et le moyen d'amener de grosses forces par Villettc à Arcis et de s'y déployer, et comme il paraissait tenir à la possession d'Arcis, il l'a défendu énergiquement avec beaucoup d artillerie et s'est maintenu partout jusqu'à la nuit.

« D'après le dire des prisonniers, l'Empereur a passé la nuit à Plancy et est venu avec sa garde à Arcis. Je prends mes mesures pour m'opposer à lui.

« La tenue du V® corps et l'action des troupes du général Seslavin qui ont pris 4 canons ont fait beaucoup de mal à l'ennemi. Il a dû mettre tout son monde en ligno puisqu'il a fait donner même la compagnie de grenadiers de la garde de service auprès de Nai>o!éon qui a pris part à la défense d'Arcis. î»

^ La dépêche adressée à Bliicher, bien qu'expédiée de Pougy, le 20 à 10 heures du soir (A'. K. Kriegs Archic, III, 374), lorsque le combat était sur le point de finir, est conçue dans des termes encore plus vagues. Schwarzenberg y rend sommairement compte des mouvements du 19 et ne fait pour ainsi dire pas allusion au combat du 20 mars :

« J'ai écrit à Votre Excellence pour lui dire que je comptais masser les IV*^, VI», III® et V® corps à Arcis et les gardes derrière la Voire pour prendre ensuite l'offensive. Mais le 19, l'ennemi continua à s'avancer en avant de Plancy et y jeti un pont. Il passa l'Aube sur ce pont et à gué avec sa cavalerie et de l'infanterie, et réussit à s'emparer d'Arcis que nous n'occupions que faiblement. »

' Taxis, Tagebuch (K. K. Kriegs Archiv.^ XllI, 32), en rendant compte de la démarche de Wrède, ajoute que les troupes du V° corps eurent un homme sur quatre hors de combat dans les affaires du 20.

cusc de réception était déjà entre les mains du généralissime 9 heures du soir, bien avant la venue de Wrède.

L'ordre adressé dans Taprès-midi du 20 au prince royal était, en effet, conçu dans ces termes : « L'ennemi essaye de déboucher d'Arcls. Le prince royal de Wurtemberg mettra ses corps en marche de façon à être le 21, à 5 heures du matin, en position sur la ligne de Saint-Rémy-sous-Barbuise à Chaudrey. Le ¥• corps y formera la droite de l'armée ; le VI* corps, le centre en arrière de Mesnil-la-Comtesse.. les III* et IV* corps, la gauche. Une brigade de cavalerie, avec une batterie d'artillerie à cheval, restera sur la rive gauche de la Barbuise. Elle sera chargée de couvrir l'aile gauche de l'armée et de surveiller les routes menant de Plancy et d'Arcis à Troyes. Le V* corps sera soutenu et renforcé par une brigade de grenadiers russes.

« Les gardes et réserves prendront position à Mesnil-Leltre.

« Il serait bon de charger le général Seslavin d'éclairer l'armée du côté de Troyes *. »

L'ordre parti le soir à 11 heures de Pougy ne modifiait en rien ces premières dispositions. Le généralissime se contentait d'ajouter que chacun des corps d'armée ferait d'abord agir son artillerie et se formerait sur trois lignes; cette dernière constituée par la réserve spéciale de chaque corps. Comme au moment où le généralissime envoyait cette instruction, les gardes et réserves russes étaient en position à Mesnil-Lettre, il leur enjoignait d'établir sur leur front une grosse batterie de 48 bouches à feu. Enfin, la cavalerie légère de la garde russe du général Oscharoffsky, avec une batterie à cheval, devait continuer à couvrir l'aile droite, surveiller les routes venant de Sézanne et de Vitry et chercher à prendre une bonne position, entre Dommartin-le- Coq et Donnement. Le généralissime ajoutait enfin qu'il se tiendrait dans la matinée sur la hauteur entre Mesnil-Lettre et Montsuzain.

11 est également utile de faire remarquer, en ce qui concerne Seslavin, que le généralissime n'avait pas encore connaissance le 20 au soir du mouvement exécuté par les cosaques placés sous

* Prince de Schwarzenberg aa prince de Wurtemberg, Poagy, %0 mun, après-midi. (K, K. Kriegi iltrAtr.. Jll, 367.)

WoU. — III. 29

les ordres de ce général, et qui les avait amenés de Troyes jusque vers la gauche de la grande armée alliée *.

Il est facile de voir que la lutte opiniâtre, dont les environs de Torcy-le-Grand ont été le théâtre ; les préoccupations qu'a pu avoir Schwarzenberg au sujet de sa ligne de retraite dont il n'était pas maître, puisque, suivant d*abord la rive gauche do l'Aube, elle repassait h Lesmont, sur la rive droite; enfin, la dispersion démesurée des corps de la grande armée qui vient de l'empêcher d'écraser le corps de Ney, n'ont pas été sans exercer une certaine influence sur l'esprit du généralissime. L'accueil glacial de l'empereur Alexandre, le mécontentement que ce souverain a éprouvé lorsqu'il a vu le généralissime renoncer tout à coup au mouvement rétrograde sur Trannes, ont également dû contribuer à inspirer à Schwarzenberg cette disposition expeclante, à l'empêcher de se décider à commencer l'attaque dans la matinée du 21. Bien qu'il disposât, dès le matin, de plus de 80,000 hommes, bien qu'il sût, comme nous le dit Taxis dans son Tagebuch*, que Blûcher avait réoccupé Reims et tenait les passages de la Marne, Schwarzenberg, en raison même de la situation personnelle qui lui est faite, croit prudent, — et l'on ne saurait guère l'en blâmer, — d'attendre sur sa position Tattaque d'un adversaire inférieur en nombre, il est vrai, mais dont il ignore les intentions.

Depuis minuit, depuis la retraite du V« corps sur Chaudrey, le calme le plus absolu a d'ailleurs régné sur toute la ligne. Le généralissime doit donc penser que l'Empereur, croyant h la continuation de la retraite de la grande armée, débouchera, dès le matin, de Torcy le-Grand et d'Arcis dans l'espoir de suivre et de pousser vers l'Aube l'arrière-garde des Austro-Bavarois.

Réception tardive des ordres destinés au prince royal de Wurtemberg. — Les rapports de la nuit parvenus le matin

*■ Une dépêche de Fresnel à Gyulay rendant compte de ce mouvement, ne parvint au feldzeugmeister Gyulay que le 21 au matin. Schwarzenberg reçut également, mais seulement dans la nuit du 20 au ât, un rapport de Tettenborn ^Châlons, 20 mars) annonçant que Bliicbcr avait recommencé ses opérations le 19 et qu*il communiquait avec l'armée de Silésie par un poste de Winzingerode établi à Beaumont.

« Taxis, Tagebuch. (K, K, Kriegt Ârchic, Xill, 32.)

au grand quartier général ne signalaient aucun fait saillant. Mais cette fois encore, les ordres destinés au prince royal de Wurtemberg étaient arrivés tardivement. Ce fut à 5 heures du matin seulement que ce prince reçut les dispositions pour la journée du 21. « Il me sera, par conséquent, impossible, écrit-il des Grandes-Chapelles au généralissime*, d'amener avant 9 heures du matin, mes trois corps d'armée sur les positions indiquées. » Le VI* corps se rend, en effet, par Nozay, îi Mesnil-la-Comtesse. Les IV« et III* corps, après avoir passé la Barbuise à Voué, doivent se former sur trois lignes sur les hauteurs de Saint-Rémy. La cavalerie de Pahlen, soutenue en deuxième ligne par les cuirassiers de Nostitz, a ordre de prendre position entre le Vl« et le IV® corps et de se relier h la cavalerie wurtembergeoise du prince Adam, postée à l'aile droite de ce corps. Kaïssaroff, avec ses cosaques, restait entre la Barbuise et la Seine; il était chargé de couvrir la roule de Plancy h Troyes. Enfin, comme le prince royal n'avait pas encore eu connaissance du mouvement de Seslavin, de Troyes vers l'Aube, il avait prescrit à Gyulay de laisser dans cette ville la division Fresnel et de se faire rejoindre aussitôt après Tarrivée de Seslavin, par la division de Crenneville.

Positions de rarmée française le 21 mars au matin. —

Pendant que les trois corps d'armée destinés h former le centre et la gauche de l'armée de Schwarzenberg, s'ébranlaient pour aller s'établir sur le plateau de Mesnil-la-Comtesse à Saint-Rémy, l'Empereur avait été rejoint par les dépôts de la garde, par les 2« et 5" corps de cavalerie et par la division Levai, tête de colonne du 7« corps d'armée. Sa petite armée avait, h ce moment, sa droite à Moulin-Neuf, à la lisière sud de Pouan, son centre à Arcis, sa gauche h Torcy.

Comme le prince royal de Wurtemberg, au lieu de faire filer le III* corps des Petites-Chapelles sur Montsuzain, le IV* corps des Grandes-Chapelles sur Voué et de masquer ce mouvement en massant le VI* corps entre Saint-Rémy et Saint^Étienne-sous- Barbuise, avait cru préférable d'ordonner îI Raïeftsky de passer

* Prince royal de Wurtemberg; an prince do Schwarienberg, Les Gfandes- Ghapelles, 2i mars au matin. {K. K, Kriegt Archiv., Jll, 380.)

la Barbuise à Nozay, le VI« corps allait être obligé d'exécuter son passage de rivière sous les yeux mêmes des Français et de déboucher sur un terrain dont ils étaient maîtres depuis la veille.

Premier engagement de cavalerie sur la Barbuise. —

Pendant que Pahlen se hâte de sortir de Nozay et de se déployer h 8 heures du matin, sur la rive droite de la Barbuise, la cavalerie française débouche de Moulin-Neuf et de Villette. Soutenue par le tir de son artillerie qui contrebat énergiquement les batteries h cheval de Pahlen, elle se jette contre les têtes de colonne du VI» corps, au moment même où, sortant de Nozay, elles prennent la direction de Saint-Rémy. La cavalerie française a remarqué le mouvement qu'exécutent les corps du prince royal et cherche h les arrêter au passage de la rivière. Heureusement pour le prince royal, Nozay est déjà fortement occupé par Tinfanterie de Raïeffsky. La cavalerie française ne parvient pas à remonter plus loin le cours de la Barbuise, et Pahlen, la chargeant h son tour, Toblige à se retirer sur ses anciennes positions *.

Le prince royal de Wurtemberg modifie la position des corps du centre et de la gauche. — Cette démonstration a pour résultat de révéler au prince royal de Wurtemberg les dangers que peut courir le VI® corps en se portant des bords de la Barbuise à Mesnil-la-Comtesse, et en exécutant une marche de flanc sous les yeux de Tennemi. Le prince se décide, en conséquence, à modifier immédiatement ses premiers ordres. Il ordonne à Raïeffsky de former !a gauche de la ligne et de prendre position en appuyant sa gauche à la Barbuise à Saint-Rémy, pendant que les IV« et 111° corps fileront derrière lui en passant par Voué pour aller prendre position sur les hauteurs de Mesnilla-Comtesse et que toute la cavalerie de ces corps viendra se déployer dans la plaine sur la droite des Russes et comblera le vide existant sur le front de combat *.

Déploiement de la grande armée alliée à 10 heures du

* Prince royal de Wurtemberg au prince de Schwarzenberg, Voué, îi mars {K, K. Kriegs Archiv., III, 379), et prince de Schwarzenberg à Tempereur d'Autriche (/6id.. III. 378).

< Starkb, Eintheilung und Tagosbegebenheiten der Hanpt-Armee im Jfonate Marzl814. (Ibid., III. 1.)

matin. — A dix heures du matin, la grande armée alliée tout entière en formation de combat, couverte par les ondulations du terrain, occupe les positions suivantes : A Textrême droite et sur la rive droite de TAube, le général Oscharofifsky se tient avec la division de cavalerie légère de la garde russe à hauteur de Dommartin. Le ¥• corps, formant la droite de la grande armée sur la rive gauche de TAube, s'est déployé sur deux lignes sur le plateau, à peu près à mi-chemin entre Ortillon et Chaudrey, les Autrichiens à droite, les Bavarois à gauche ; il est couvert en avant sur sa droite par la brigade autrichienne Yolkmann postée h Vaupoisson. Le IV* corps, établi au centre de la ligne de bataille, a fait occuper Mesnil-la-Comtesse par un bataillon et deux escadrons et se relie sur sa gauche avec les troupes disponibles du III« corps. La cavalerie des IV*, III» et VI* corps comble l'espace qui serait resté vide entre la gauche du III* corps et la droite du VI*. Ce dernier corps appuie sa gauche à la Barbuîse, à Saint- Rémy, et occupe fortement Saint-Etienne-sous-Barbuise et Nozay. Les cosaques de Kaïssarofi battent le pays à Textrême gauche entre la Barbuise, l'Aube et la Seine.

En arrière de cette première ligne, la l'* division de grenadiers russes du général Tschoglokoff, postée h Chaudrey, sert de réserve à Wrède. Les l'* et 2* divisions de cuirassiers forment le centre de la deuxième ligne de bataille. Les 2* et 3* divisions de grenadiers russes, établies à cheval sur la route de Troyes, à michemin environ entre Voué et Saint-Rémy, sont chargées de soutenir éventuellement le VI* corps.

Le roi de Prusse est déjà sur le terrain; l'empereur Alexandre, mécontent et légèrement indisposé, n'a pas quitté Pougy, et le prince de Schwarzenberg, arrivé depuis le matin à Mesnil-Lettre, nerveux, indécis, impatient, cherchant vainement à deviner les projets de son adversaire, espère que l'Empereur, en se précipitant tôle baissée contre les masses des armées alliées, ne tardera pas h lui fournir l'occasion de donner le signal d'un mouvement convergent sur Arcis. Malgré sa supériorité numérique, il ne veut pas prendre sur lui l'initiative de l'attaque. Au lieu d'engager son armée dès 10 heures, il attend impatiemment que l'Empereur vienne lui offrir la bataille.

La disposition donnée par le généralissime à 11 heures prouve bien qu'il ne voulait rien faire avant de savoir au juste à quoi

s'en tenir sur les intentions de son adversaire. Il se contente h ce moment de prescrire à la cavalerie du V® corps de se former en masse et sans se montrer au nord-est de MesniUa-Comtesse ; elle doit s*y tenir prête h tomber sur le flanc gauche des Français dès qu'ils feront mine de se porter contre les hauteurs. Un ordre analogue est envoyé à la cavalerie des corps confiés au prince royal de Wurtemberg. La cavalerie de la garde doit, en outre, venir en arrière de Mesnil-la-Comtesse, pour être h même de soutenir, le cas échéant, la cavalerie de Frimont ou celle du prince royal.

Premiers mouvements de Tarmée française. — Bien qu'il n'eût rien entrepris dans les premières heures de la matinée, l'Empereur n'avait cependant pas renoncé à continuer les opérations offensives. Mais il avait avant tout tenu à assurer un point d'appui solide à sa droite en faisant occuper Moulin-Neuf et à donner aux troupes, qu'il attendait, le temps de le rejoindre et d'entrer en ligne. Un peu après 10 heures, comme rien n'avait bougé en avant de Torcy-le-Grand, à son retour d'une petite reconnaissance qu'il avait exécutée en personne en avant de ce village et où il n'avait aperçu que quelques vedettes et quelques petits postes qui s'étaient repliés aussitôt et avaient disparu sur les hauteurs, l'Empereur ordonna à Sébastiani de se porter en avant avec sa cavalerie, de déboucher avec elle sur le plateau; à Ney d'appuyer avec son infanterie le mouvement offensif de la cavalerie. Quelques instants plus tard, la cavalerie se porte en avant; l'infanterie formée en colonnes la suit, et l'armée française commence h gravir les pentes du plateau qui s'étend des bords de la Barbuise h la rive gauche de l'Aube.

L'artillerie h cheval, soutenue par quelques escadrons de cavalerie, s'est mise en batterie et canonne déjà les hauteurs. Mais dès que leurs têtes de colonnes sont arrivées sur les crêtes, Ney et Sébastiani aperçoivent devant eux l'armée alliée tout entière formée en bataille et dont les longues lignes dessinent un immense arc de cercle autour d'Arcis. D'un coup d'œil, ils ont reconnu la gravité de la situation. Ney se garde bien de déployer son infanterie. Toutefois, comme il s'agit avant tout de prévenir l'Empereur, d'attendre ses ordres, et par suite de gagner du temps sans s'engager h fond, Sébastiani lance contre l'extrême

gauche des Alliés quelques-uns de ses escadrons qui crèvent la première ligne de la cavalerie de Pahlen, mais viennent se briser contre la deuxième.

Jamais, peut-être, une armée n*a couru de dangers plus grands que la petite armée de TEmpereur. Afin de pouvoir jeter sur le plateau des masses plus considérables, on avait abandonné Torcy-le-Grand et on n'avait presque rien laissé à Arcis Si les Alliés s'étaient résolument portés en avant à ce moment, le ¥• corps aurait pu percer sans difficulté de Torcy-le-Grand jusqu'aux ponts de TAube, s'établir sur les derrières des troupes françaises, mettre la main sur les ponts et s'emparer d' Arcis pendant que le reste de la grande armée se serait engagé avec les troupes de Ney et de Sébastiani.

Heureusement pour FEmpereur, dont la situation eût été alors presque désespérée, le généralissime n'osa pas prendre de suite une résolution qui semblait commandée et par sa supériorité numérique et par les avantages de sa position. Avant de donner à son armée Tordre d'attaquer, il réunit auprès de lui, sur la hauteur située entre MesniMa-Comtesse et Mesnil-Lettre, les commandants de ses différents corps et les invite à lui faire connaître leur avis. On perdit de la sorte un temps précieux que Napoléon s'empressa de mettre à profit.

Deuxième disposition de Schwarzenberg. *— C'est à midi seulement que, voyant que les généraux français ne tentaient rien de sérieux et, loin de prononcer leur attaque, se bornaient ^i garnir légèrement les crêtes du plateau et à entretenir faiblement leur canonnade, le prince de Schwarzenberg se décide à donner la deuxième disposition réglant les détails de l'attjStque que son armée exécutera plus tard à un signal qu'il se réserve de donner au moment opportun par trois coups de canon tirés sur la hauteur de Mesnil-la-Comtesse.

« L'attaque, dit le généralissime dans cette disposition, se fera sur trois colonnes.

« La première colonne, formée par le V» corps, soutenu par la division de grenadiers russes et une division de cuirassiers, se portera de Chaudrey sur Torcy-le-Grand qu'elle essaiera de prendre à revers.

o La cavalerie de cette première colonne se formera en masse et marchera entre la première et la deuxième colonnes, de façon à être toujours à portée de ces deux colonnes.

« La deuxième colonne, comprenant les III* et IV« corps, lais- Eanl Mesnil-la-Comtesse à sa droite, prendra sa direction sur Arcis et se maintiendra à hauteur du V« corps.

a La troisième colonne (VI« corps) se portera également contre Arcis. Appuyant sa gauche à la Barbuise, elle restera à hauteur de la deuxième colonne.

« La cavalerie de la deuxième colonne formée en masse se tiendra entre les deuxième et troisième colonnes.

« L'infanterie de la garde occupera la hauteur de Mesnil-Lettre sans se montrer.

« La cavalerie de la garde suivra en masse les mouvements de la deuxième colonne de façon à pouvoir en cas de besoin se porter au secours de la cavalerie de l'aile droite ou de Taile gauche*. »

L'empereur Napoléon se décide à rompre le combat. — Il

est évident qu'au moment où il donnait ces ordres, Schwarzenberg ne s'attendait pas à voir l'Empereur profiter, sans perdre une minute, de l'occasion inespérée que les hésitations de son adversaire lui offraient. Le généralissime, toujours méthodique, était évidemment loin de penser qu'éclairé par les rapports de Ney et de Sébastiani sur la position des deux armées, l'Empereur, renonçant à ses dernières illusions, prendrait résolument et immédiatement le seul parti, quelque osé qu'il puisse paraître, qui lui permît de dérober sa petite armée à l'étreinte des masses prêtes à l'envelopper et à l'écraser. Loin d'essayer de tenir jusqu'à la nuit sur une position aussi dangereuse, avec un défilé et une rivière à dos, il se décide immédiatement à refuser sa gauche, h charger la cavalerie de son aile droite de masquer son mouvement, à essayer de battre en retraite en plein jour. Mais après avoir ramené son armée sur la rive droite de l'Aube, il va se diriger par Vitry sur Saint-Dizier pour tomber, comme il en avait depuis longtemps l'intention, sur les derrières des Alliés. Il

1 Schwarzenberg, disposition d'attaque, hauteur de Mesnil-Lettre, 20 mars, midi. (K. K, Kriegt Arehiv., III, 367 d.)

espère encore parvenir à rallier les garnisons de ses places d'Alsace et de Lorraine, pouvoir donner un essor nouveau à la levée en masse et essayer de sauver Paris en entraînant les Alliés à sa suite et en transportant le théâtre de la guerre des plaines de la Champagne dans les régions accidentées et montagneuses des Vosges et du Jura.

Cette fois encore, il se passe à peine quelques instants entre la conception et Texécution d'un ordre dont, TErapereur le savait mieux que personne, les conséquences devaient être incalculables.

Pendant que Schwarzenberg hésitait à donner Tordre d'attaquer, l'Empereur avait donc jugé d'un seul coup d'oeil qu'il n'y avait pas un moment à perdre. En présence de la supériorité numérique dont les Alliés ne savent pas profiter, d'une concentration générale dont il ne lui est plus permis de douter, il a reconnu que, pour essayer de rétablir ses affaires, pour éviter un désastre plus grave et plus certain que celui auquel l'immobilité et la maladie de Blûcher lui ont permis de se dérober après Laon, il lui faut étonner son adversaire par une opération insolite, par une manœuvre d'une extrême hardiesse. Sans tarder une seule minute, il donne l'ordre de rompre brusquement le combat qui vient à peine de commencer.

En plein jour, et sous les yeux mômes d'un adversaire trois fois supérieur en nombre, l'Empereur se décide à traverser Tinterminable défilé formé par la ville d'Arcis, les ponts de l'Aube et la levée étroite qui, sur la rive droite, permet de franchir les bords marécageux de la rivière et aboutit aux routes menant h Fère-Champenoise, ChâlonsetVitry. Pendant que le général Léry jette, entre Villette et Ormes, un deuxième pont qui, malgré toute l'activité déployée, ne sera achevé qu'à 1 heure 1/2, la vieille garde, la division Janssens et l'artillerie de réserve défilent par le pont d'Arcis. Dès que les pontonniers ont achevé leur œuvre, dès que le pont est praticable, le mouvement sur Vitry s'accentue. A 1 heure 3/4, l'Empereur * prescrit à Drouot de faire filer toute la vieille garde sur Sompuis. Ney reçoit l'ordre de

i Ordres à Drouot, Ney, MUhaud, Berckheim, Macdonald, Oadinot et Sébastiani, Arcis-sur-Aabe, 1 h. 3/4 aprôs-midi. (Archivei de h guerre.)

faire suivre h la division Lefol la route prise par la division Janssens et d'atteindre le soir même Sompuis où sera le quartier général impérial. Milhaud partira lui aussi de suite avec le 5« corps de cavalerie et le corps de cavalerie de Saint-Germain ; comme Tinfanterie qui le précède, il se dirigera sur Soropuis. La brigade de cavalerie de Curély et la division de vieille garde qui viennent de Méry, continueront droit sur Sompuis. Macdonald, que Napoléon a informé de son mouvement sur Vitry, prendra position sur la rive droite de TÂube et fera garder les ponts de Roulages et de Plancy.

L'Empereur se réserve de lui envoyer des instructions plus détaillées quand il connaîtra plus exactement les points atteints par les troupes du maréchal et la position des généraux Gérard et Pacthod.

Oudinot gardera pendant le reste de la journée les abords d'Arcis, et Sébastiani a ordre de rester sur place et de couvrir la retraite jusqu'à la nuit close. Alors seulement il passera le pont et viendra s'établir à Dosnon *.

Heureusement pour l'Empereur, Schwarzenberg ne saisit pas de suite la nature du mouvement rétrograde de l'armée française. « L'ennemi, lisons-nous dans les Tagesbegebenheiten ^ ^ fBiii des mouvements à Arcis. On peut croire qu'il se prépare à attaquer les Alliés; mais vers 2 heures, on aperçoit sur la rive droite de l'Aube de grosses colonnes se dirigeant sur les hauteurs qui vont de Châlons h Vitry, pendant que le reste de l'armée française se reportail sur Arcis. Napoléon se trouvant en présence de toute l'armée alliée, repassait le défilé et laissait seulement son arrièregarde en avant d' Arcis. »

Le quartier-maître général des réserves et gardes russes, le général Diebitsch, nous fournit encore d'autres détails précieux dans la lettre que, de Mohilew, le 9/2! mai 1817, il adressait à Jomini *. « Après midi, écrit-il, on voyait que les masses firan-

* Ordres à Drouot, Ney, MUhaud, Berckheim, Macdonald, Ondinot et Sébastiani, Arcis-sor-Aube, i h. 3/4 après-midi. (Registres de Berthier; Arehivei de la guerre. )

' Starkr, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Honate Mârz. (A^ K, Kriegt Archiv,, III, i.) Voir également à ce sujet le rapport adressé par le général comte Franqnemont aa roi de Wurtemberg.

' Archives de la guerre.

çaiscs, après une faible affaire conlre Raïeffsky et le prince de Wurtemberg, commençaient à se replier sur le bord droit de TÂube et continuaient leur route dans la direction de Sommesous. Les avis étaient partagés sur la direction que prendrait l'ennemi. Les uns se flattèrent que c'était une retraite sur Sézanne; d'autres, avec plus de raison, crurent qu'il se portait sur Vitry. On restait pourtant dans Tincertitude parce que le général Oscharofifsky, qui se trouvait en observation sur la rive droite de TAube, ne donna aucun avis de la marche de l'ennemi. »

Schwarzenberg ne commence son attaque qu'A 3 heures.

— Malgré ces indices manifestes et bien qu'à partir d'une heure de l'après-midi, toutes les troupes de l'armée alliée eussent pris leur formation de combat, ce fut à 3 heures seulement que le généralissime donna le signal convenu pour l'attaque * et que l'armée alliée commença son mouvement convergent sur Arcis.

(( A ce moment, nous apercevions la garde qui filait sur les hauteurs de Dosnon, dans la direction de Vitry, lisons-nous dans le Journal rédigé par le général Maulmont ', et il ne restait plus sur la rive gauche de l'Aube que la cavalerie de Saint- Germain et 5,000 hommes d'infanterie du 7« corps lorsque toute l'armée ennemie s'ébranla pour l'attaque. » Le Journal du prince de Taxis ' nous confirme l'exactitude de ce renseignement et nous prouve que le mouvement rétrograde de l'Empereur n'avait pas échappé aux généraux alliés. « Napoléon, écrit à ce propos l'aide de camp de Wrède, se décide à quitter sa position et à repasser sur la rive droite de l'Aube, sous les yeux mêmes des généraux alliés. Il se porte sur Lhuître et Dosnon, et, de là, sur Vitry et Saint-Dizier. Il ne reste plus à Arcis qu'une arrièregarde. On laisse Napoléon exécutei' ce mouvement, et, après de longues hésitations, on se décide à faire passer l'Aube à Ramerupt et à Coclois au V« corps, qui doit chercher à arriver avant l'Empereur à Vitry. »

Dans sa dépêche à l'empereur d'Autriche, comme dans son

* Note faisant suite à la disposition de Schwarzenberg pour Fattaque d'Arcis, 21 mars, midi. (K. K. Kriegt Arehiv,, III. 367 a.)

s Mouvements de la division Levai (7^ corps) pendant la campa^me de 1814, do 24 février an 8 avril. (Archivée de la gtierre.)

s Taxis^ Tagebuch. {K. K. Kriegt Archiv,, XIII, 32.)

Journal d'opérations *, le généralissime ne cherche d*ailleurs pas à expliquer le relard qu'il a mis à donner le signal de Tattaque. Dans Tun comme dans l'autre de ces documents, il glisse, il est vrai, sur Theure même à laquelle ce signal a été donné et se contente de dire à son souverain : « Jusqu'à 1 heure et demie, tout était resté tranquille, et les armées se tinrent Tune en face de l'autre, prêtes à engager le combat. A ce moment, je remarquai que Tennemi filait par la rive droite de l'Aube dans la direction de Vitry. Une forte arrière-garde française restait seule en avant d'Arcis. J'ordonnai alors au prince royal de Wurtemberg de faire, avec les III®, IV» et VI« corps, une attaque convergente sur Arcis, pendant que j'envoyai le V* corps, avec sa cavalerie, à Ramerupt, avec son infanterie, vers Lesmont. L'attaque d'Aras, ajoute le généralissime, commença à 3 heures. »

Deuxième disposition de Schwarzenberg à 3 heures et demie, et attaque d'Arcis. — Ce fut, en effet, à 3 heures et demie de l'après-midi, une demi-heure après le commencement du mouvement général sur Arcis, que le généralissime modifia Dar sa deuxième disposition les directions primitivement assignées à ses différents corps *. Wrède, au lieu de continuer sur Arcis, reçoit l'ordre de n'envoyer contre l'ennemi qu'une brigade de cavalerie avec une batterie h cheval et d'aller, avec le gros de son V« corps, occuper, au plus vile, une position militaire entre Dommartin-le-Coq et Bonnement. Sa cavalerie doit, à cet effet, chercher à gagner, de suite, la rive droite de l'Aube. Elle établira ses avant-postes à Ramerupt, Dampierre et Corbeil.

La cavalerie légère de la garde russe du général OscharoflFsky, qui n'a cessé de se tenir sur la rive droite, passe k cet effet, mais momentanément seulement, sous les ordres du feld-maréchal comte Wrède. Une des divisions de grenadiers russes reste à Chaudrey ; l'autre continue à occuper les hauteurs de Mesnilla-Comtesse. Une division de cuirassiers russes servira de soutien à ces deux divisions. Le reste des réserves se met en marche.

* Schwarzenberg à l'empereur d'Autriche, Pougy, 21 mars (AT. K. Kriegt Archiv , III, 378), et Starke, EintheUung nnd Tagesbegebeoheiten der Haapt- Armee im Monate Marz {Ibid.f 111. i).

' Deuxième disposition du prince de Schwarzenberg, îl mars, 3 h. 1/S après-midi. {K. K. Kriegi Archiv., lU, 367 6.)

suit le V® corps et va se poster derrière la Voire, de façon à pouvoir éventuellement le recueillir. L'artillerie et les parcs des réserves passeront TAube au pont de Précy.

Pendant que Wrède quitte de sa personne le plateau de Mesnil-la-Con)tesse pour engager ses divisions dans la nouvelle direction donnée par le généralissime, les corps placés sous les ordres du prince royal ont continué leur mouvement sur Arcis en trois colonnes. Le VI® corps avec sa cavalerie, qui passe de la droite à Taile gauche de Raieffsky, part de Saint-Rémy ; le IV», de Mesnil-la-Comtesse ; le III» corps forme au centre une deuxième ligne, entre le VI» et le IV» corps. La cavalerie wurtembergeoise avec la division de cuirassiers autrichiens, s'avance en échiquier dans l'intervalle existant en première ligne entre le VI» et le IV» corps. Une des brigades de cavalerie du V» corps, marchant par la route de Chaudrey sur Arcis, couvre Textrême droite du IV» corps *. « Ce mouvement convergent, ajoute le prince royal dans sa Relation, imposa à Tennemi, qui resta sur la défensive et n'osa pas lancer sa cavalerie contre mes têtes de colonne. »

En raison même de sa plus grande proximité des positions de l'arrière-garde française, le VI» corps s'engagea le premier ^. avec les troupes d'Oudinot et de Sébastiani, chargées de couvrir la retraite. La cavalerie de Pahlen, appuyant sa gauche à la Barbuise, dépassa les hauteurs de Nozay, abandonnées par la cavalerie française, et la suivit dans son mouvement vers le pont de Villctte. Mais la brigade Montfort, de la division Levai, a pris position en avant d'Arcis, du côté de la route de Troyes, et ses tirailleurs, arrêtant les progrès des cavaliers de Pahlen, obligent ce général à attendre l'entrée en ligne de l'infanterie du VI» corps. Raieffsky, arrivant de Saint-Rémy avec le gros de ses troupes, déploie sa tête de colonne en tirailleurs et commence l'attaque, pendant que la cavalerie de Pahlen recommence à s'étendre vers la gauche des Alliés et se rapproche de l'Aube, en cherchant constamment à déborder l'extrême droite des Français.

Au même moment, le prince royal de Wurtemberg, qui marche de sa personne avec la cavalerie du IV» corps, est arrivé à hau-

i Prince royal de Wurtemberg au prince de Schwarzenberg, Relation de la bataiUe d'Arcis, Paris, 13 avril 1814. (Ibid., IV, 115.)

leur des bataillons de lète de Raïefisky *. « Je cherche alors, dit le prince royal de Wurtemberg dans sa Relation, à gagner au plus vite, avec ma cavalerie légère et deux batteries h cheval, les hauteurs d'où Ton dominait Arcis et d'où, par conséquent, on pouvait efficacement canonner la ville et les positions en avant. Je comptais ainsi faciliter le mouvement et l'attaque du VI« corps. J'avais fait soutenir et renforcer mes deux batteries à cheval par Tartillerie du IV' corps, par deux batteries autrichiennes et deux batteries à cheval de la garde russe, afin d'arriver à contrebattre sans trop de désavantage et à faire taire les 70 bouches à feu de l'artillerie ennemie. »

Écrasée par le feu convergent des batteries alliées, l'artillerie française réduite au silence, doit bientôt amener ses avant-trains et enlever ses pièces. A l'extrême droite des Français, un des régiments de Pahlen (hussards d'Olviopol) est parvenu h joindre les derniers escadrons français, h les malmener et à leur enlever trois canons et quelques prisonniers. Sébasliani a néanmoins réussi à ramener la plus grande partie de sa cavalerie sur la rive droite de l'Aube et à détruire le pont établi à Villette.

Les troupes du général Levai continuent néanmoins à tenir bon en avant d'Arcis. La brigade Montfort défend avec acharnement les faubourgs que traversent les routes de Troyes et de Lesmont ; la brigade Maulmont, forte d'un seul régiment, le 10® léger, garde le faubourg du côté du chemin de Méry*. Malgré les prodiges d'héroïsme des soldats de Levai qui défendent pied à pied chaque rue, chaque jardin, chaque maison, il fallut se résigner à / céder au nombre. Oudinot donne l'ordre d'évacuer la ville et de repasser sur la rive droite, où l'une des brigades de la division Rottembourg vient d'arriver et de prendre position. Il ne laisse plus pour couvrir la retraite de la division Levai que quelques bataillons d'arrière-garde. A ce moment, les tirailleurs du prince Eugène de Wurtemberg attaquent à la baïonnette les premières maisons du faubourg de Méry, en enlèvent quelques-unes, mais

* Starke, Eintheilung und Tagesbegcbenheiten der Haupt Armée im Monate Mûrz {K. K. Kriegs Arcliiv., 111, 1), et prince royal de Wurtemberg à Schwarzenberg, Relation des combats d'Arcis, Paris, 13 avril 1814 (Ibid.. IV, 115).

' Mouvements de la division Levai pendant la campagne de 1814, du S4 février au 8 avril ; Journal rédigé par le général Maulmont. (Archives de ta gtierre,)

ne lardent pas à en ôlre délogés. Le gros du corps du prince Eugène, qui s'est déployé à gauche des lignes alliées, dessine nettement son attaque contre la face ouest de la ville et parvient péniblement à enlever le faubourg et îi pénétrer dans Arcis. Enfin, comme la télé de colonne du III* corps est également entrée en ligne, le prince royal de Wurtemberg profile de l'arrivée de ces troupes fraîches pour achever la prise d'Arcis et lancer contre le château d'Arcis et la face sud-est de la ville le régiment autrichien de Wûrzburg. Maîtres du château et de la terrasse qui commande la rive de l'Aube, les Autrichiens menacent désormais la retraite des dernières troupes françaises, dont la résistance acharnée a donné au gros de l'armée le temps de gagner du terrain. Grâce à de nouveaux efforts, l'extrême arrière-garde française réussit cependant h se frayer un passage à la baïonnette et à atteindre le pont. Mais ce combat corps à corps a coûté cher à la division Levai. Le général Levai est blessé, le général Maulmont a son cheval tué sous lui. Le désordre commence à se mettre dans les rangs de leurs hommes; les Autrichiens sont déjà sur le point de s'emparer de la tète du pont rt vont couper la retraite aux quelques troupes qui restent encore dans la ville, lorsque le général Chassé parvient à rallier s(;s hommes. Il débusque par un dernier retour offensif les tirailleurs autrichiens installés à l'entrée du pont et ramène sur la rive gauche de l'Aube les héroïques débris de la division Levai <.

Un peu après 6 heures, les Alliés sont définitivement maîtres des ruines d'Arcis ; mais les Français ont pu détruire le pont en se retirant*. « Le champ de bataille, écrivait le prince royal de Wurtemberg au généralissime *, est jonché de cadavres. L'infanterie russe vient d'enlever la ville. L'ennemi ne tient plus que le pont défendu par une faible arrière-garde avec deux canons. J'établirai cette nuit le VI« corps à Arcis même, et à l'ouest de la

* Le 7" corps (Oadinot) perdit le 31 mars, iî76 hommes. (Archivée de la guerre,)

' StXhkb, EiotheUuDg nnd Tagesbegebenheiten der Haapt-Ârmee im Monate Màrz (/T. K, Kriegg Arehiv., III, 1); Prince royal de Wurtemberg à Schwarlenberg. Relation des combats d'Arcis, Paris, i3 avril i8l4 (Ibid., IV, li5), et Schwarzenberg à Tempereur d'Aatricbe^ Poagy, Si mars (Ibid,, III, 378).

' Billet an crayon du prince royal de Wurtemberg au prince de Schwanenberg, Arcis-sur-Aube, 21 mars. (Ibid,, III, ad 379.)

ville, le IV* corps el une partie du IIP à iesl d'Arcis, à Torcy-le- Grand et à Ortillon, les cuirassiers du comte Nostitz sur la Bar- Luise. Mon quartier général sera à Voué. On m*affirnie, ajoutait-il en post-scriptum, que Fennemi se replie sur Châlons et marche par la chaussée et par un chemin de traverse qui pari de Lhuitre. »

PositioiiB occiipées par Ondiiioi après la prise d'Arcis. — Arrivée de Macdonald à Ormes. — Le duc de Reggio avait, aussitôt après la perte et Tévacuation d^Ârcis, fait prendre position à son corps k Textrémité de la levée qui aboutit au pont de TAube. Le 7« corps, établi à la ferme des Vasseurs el au Chêne, à Tembranchement des trois routes de Fère-Champenoise, Châlons et Vitry, est à portée de soutenir et de recueillir la brigade Maulmont. Cette brigade, restée seule dans le fauboui^ de la rive droite, où elle se maintenait malgré le feu terrible d'artillerie et de mousqueterie des Alliés, permit aux sapeurs du génie de détruire le pont dans la soirée et empêcha les Russes d*en tenter la reconstruction.

A 9 heures du soir, Macdonald \ qui avait pressé la marche de ses troupes au bruit du canon, arriva à Ormes avec les divisions Braver et Albert, après avoir eu à surmonter des diiiicultés inouïes pour se tirer des marécages. Mais le général Gérard, avec le :2- corps, n'avait pu dépasser Plancy etViâpres. La petite division du général Amey était plus en arrière encore, à Anglure, couvrant le parc de réserve du duc de Tarente, qui s'était arrêté à Gi*angessur-Aube. Deux bataillons du il® corps avec deux canons sont k Plancy et Roulages et surveillent les gués de TAube. La cavalerie de Kellerraann a opéré sa jonction aux environs d^Ormes avec les divisions de Sébasliani. Mais, comme récrivait Macdonald au major-général * : « Nos positions sont très décousues. Il faudra à la queue la journée de demain pour se réunir, et si renncrai force le passage, ce qui est probable, nous courrons les plus grands risques. »

* Macdonald aa major-général, devant Arcis, 21 mars, 9 heures da soir. (Archives de la guerre,)

* Macdonald au major-général, devant Arcis, 21 mars, 9 heures du soir. (Architct de la guerre.)

Inaction des Alliés le 21 mars au soir. — Heureusement pour Tarmée française, les Alliés ne songèrent pas à brusquer et à forcer le passage de l'Aube. On ne tenta rien contre les troupes épuisées d'Oudinot et de Macdonald. « Je ne puis encore apprécier dans loulc leur étendue les résultats de la journée, écrivait le généralissime à l'empereur d'Autriche le 21 au soir', mais je compte pousser demain toute Tarmée sur la rive droite de l'Aube. »

En attendant, le prince royal de Wurtemberg se contenta de faire entretenir, jusque après minuit, le feu dirigé par ses troupes installées dans le château et dans la ville contre les tirailleurs français établis dans le faubourg de la rive droite et de faire surveiller par des postes les gués et les passages de TAube.

Les nouvelles reçues par le prince royal ne signalaient aucun mouvement inquiétant. On savait qu'il n'y avait à Bray que deux bataillons. Le gros de la division Souham était encore à Pont sur- Yonne, et le général AUix se proposait, après avoir laissé un bataillon à Sens, de pousser sur Villeneuve-le-Roi et Joigny. A Méry et a Nogent, tout était tranquille. Aussi, le prince royal de Wurtemberg, complètement rassuré sur le sort de sa gauche et écrivant de Voué à Schwarzenberg, dans la nuit du 21 au 22, pour lui signaler l'arrivée devant Arcis des tètes de colonne de Macdonald, ajoutait qu'il venait de prescrire au feldzeugmeister Gyulay de se faire rejoindre par les régiments du IIP corps laissés jusque-là h, Troyes. Une brigade autrichienne devait, toutefois, rester dans cette ville et y attendre Tarrivée des troupes destinées à y tenir garnison.

Houvements de Faile droite des Alliés pendant l'aprèsmidi du 21 mars. — Pendant que le centre et l'aile gauche des Alliés enlevaient Arcis, Wrède, se conformant à la disposition donnée à 3 heures 1/2, avait fait passer TAube à sa cavalerie il Kamcrupt et à Goclois. Son infanterie obligée de se servir du pont de Lesmont, s'arrêta sur ce point et y bivouaqua h l'exception d'un bataillon de chasseurs autrichiens dirigé droit de Goclois sur Dommartin *.

* Prince de Schwarzenberg à Temperear d'Âatrichc, Pougy, SI mars. (K, K. Kriegt Archiv., III, 378.)

s Taxis, Tagebuek (Ibid., XllI, 32), STARKe, Eiotheilung und Tagesbegebcnheitcn der Haupt- Armée im Monate Màrz {Ibid., 111, 1).

Weil. — m. 30

A 10 heures du soir, Frimont faisait savoir à Wrède que la cavalerie autrichienne, sauf deux régiments de hussards, était à Ramerupt, la brigade bavaroise Dietz à Dampierre, et la brigade Vieregg à Brébant. Il lui avait été, d^ailleurs, impossible de découvrir la direction suivie par Tannée française.

De tout le V« corps, il ne restait plus sur la rive gauche de l'Aube que le feld-maréchal-lieutenant Spleny, établi avec les hussards de Szeckler et Archiduc-Joseph à Chaudrey '.

La cavalerie légère de la garde russe du général Oscharoffsky bivouaqua également à Ramerupt, couverte sur sa gauche et sur son front par ses avants-postes établis à Vinets et à Lhuitre. Les gardes et les réserves s étaient arrêtées à hauteur de Chalette, où Barclay de Tolly avait établi son quartier général, et sur les bords de la Voire.

Disposition de Schwarzenberg du 21 mars, à 6 heures du soir. — Dans la soirée, Schwarzenberg, qui s'était rendu avec l'empereur de Russie et le roi de Prusse à Pougy, avait, il est vrai, envoyé à Wrède l'ordre de continuer son mouvement, de porter son infanterie sur Gorbeil et Brebant, de pousser sa cavalerie légère sur les talons de l'ennemi, de harceler son arrière-garde et de suivre sa retraite pas à pas. Mais l'épuisement absolu des hommes et des chevaux aurait de toute façon empêché Wrède d'exécuter cet ordre qui ne lui parvint, d'ailleurs, que fort avant dans la nuit du 21 au 22. Il ressort des termes mêmes de cette dépêche que le feld-maréchal bavarois n*avait, à ce moment, aucune donnée sur la direction suivie par l'Empereur. « Si l'ennemi avait pris la direction de Vitry, écrit-il au généralissime*, les généraux Frimont et Oscharoftsky m'auraient signalé sa marche. Je suis donc porté à penser que l'ennemi a dû de Mailly se diriger sur Châlons, à moins qu'il n'ait pris de Mailly le chemin de Semoine, ce qui me paraît encore plus vraisemblable. »

A minuit, Schwarzenberg lui-même était aussi peu renseigné que Wrède. Les traînards, que l'on avait ramassés, affirmaient, il est vrai, que Napoléon se dirigeait sur Vitry; mais on ajouta

1 Frimont à Wrt'de, Homaioes, 21 mars, 10 heures da soir. ' Wrède à Schwarzenberg^ Coclois, 22 mars, minait.

d'autant moins foi à leur dire que, par une dépêche envoyée par Tetlenborn, de Ghâlons, on avait eu connaissance des premiers mouvements de Blûcher et de la reprise de Reims par Winzingerode.

On pensait, au contraire, au quartier général, que Napoléon irait sur Sommesous, et ce fut dans cette croyance que, s'en tenant h sa disposition de 6 heures du soir et poussant sa droite en avant vers Corbeil, Schwarzenberg donna au reste de Tarmée Tordre de prendre position, le 22 mars, sur la rive droite de TAube et de se concentrer derrière le ruisseau de Puits *.

Aux termes de cette disposition, le V® corps venait s'établir, le 22, derrière le Meldançon, de Jassennes îi Bonnement. Les l\^ et VI® corps devaient exécuter une marche de flanc pour se poster derrière le Puits, entre Corbeil et Dampierre, tout en appuyant cependant leur extrême gauche à TAube. Les gardes et réserves restaient en troisième ligne sur la rive gauche de la Voire. La défense d'Arcis était confiée au 111® corps, et le grand quartier général se transportait à Rosnay. A gauche du Ill« corps, Kaïssaroff était chargé d'observer tout le pays entre la Seine et TAube et de correspondre avec les cosaques de Seslavin, postés entre la Seine et TYonne. En un mot, le généralissime renonçait à poursuivre, pendant la journée du 22, l'adversaire qui, en se repliant à temps la veille, avait réussi à lui dérober sa marche.

Comme il l'écrivait de Pougy à Tempereur d'Autriche *, en concentrant son armée sur la rive droite de TAube, Schwarzenberg se proposait surtout d'attendre les renseignements lui permettant de connaître exactement la direction prise par TEmpereur et de se poster de façon à pouvoir à la fois le suivre et opérer sa jonction avec Blucher, qu'il venait de mettre sommairement au courant des événements des deux derniers jours.

Le grand quartier général était, d'ailleurs, dans une ignorance si complète des mouvements de l'armée française, qu'en réponse à une dépêche du prince royal de Wurtemberg, signalant, d'après les déclarations des paysans, la marche de l'Empereur sur Châ-

i Starkk, Ëintheilang und Tagesbcgebenheiten der Haupt-Armee im Monate Mârz. (K. K. Kriegt Archiv., 111, 1.)

* Prince de Schwarzenberg à l'empereur d'Autriche, Pougy, SI marsi (Ibid., III, 378.)

Ions, le généralissime mandait à ce prince de se porter sur Herbisse, si cette nouvelle venait à être confirmée.

Considérations sur la journée du 21 mars. — La bataille d'Arcis, dit Clausewilz dans sa Critique stratégique de la campagne de 1814, n'a pas eu de grandes dimensions. Mais l'écrivain allemand n'a pas cru nécessaire d'indiquer les raisons pour lesquelles elle n'eut ni les conséquences immédiates et considérables qu'elle aurait dû avoir, ni l'importance que, de part et d'aulre, on attribuait à bon droit h une bataille livrée à ce moment de la campagne par la grande armée de Bohême à la petite armée de l'Empereur.

L'altitude des deux généraux en chef suffit cependant pour expliquer ce fait, qui surprend au premier abord.

Le 21 mars, l'Empereur n'a pas, comme le prétend Clausewilz*, perdu le goût de se battre. Ses ordres sont Ik pour prouver le contraire, et les mouvements exécutés dans la matinée le démontrent surabondamment. La crainte et rindécisioD, Clausewilz le reconnaît lui-même, ne sont pour rien dans la modification inattendue qu'il apporte ii ses projets. A Arcis, comme pendant tout le cours de la campagne, comme dans ses précédentes campagnes, l'Empereur, nous dit le général von Bismarck *, a su s'assurer l'avantage de l'initiative. 11 reste fidèle à son syst(îme et ne perd pas une minute pour profiter des fautes, des faiblesses, des erreurs et des hésitations de son adversaire. Le 21 mars, il est libre de ses mouvements. La journée du 20 mars n'a pas suffi pour lui démontrer ce qu'il cherche k savoir, pour anéantir ses espérances et détruire même ses illusions. Il a eu l'idée de renouveler la manœuvre qui lui a si bien réussi contre Biucher, après La Rothière. 11 est vrai que Wrède a opposé une résistance énergique aux troupes de Ney. Mais rien ne prouve encore que cette défense acharnée de Torcy-le-Grand n'ait pas eu pour but de couvrir la retraite de la droite de l'armée de Schwarzenberg. La présence de la cavalerie du prince royal de Wurtemberg sur la rive gauche de la Barbuise, du côté de Pre-

i Clause wiTZ, Critique stratégique de la campayne de France de 1814. 2 Géoéral-lieutcnant von Bismarck, Aufzeichnungen.

mierfait, l'a confirmé dans la pensée que la grande armée alliée n'était pas concentrée le 20 au soir.

Si, le 21, dans la matinée, Wrode a accentué son mouvement de retraite, les renforts qu'il attend : les corps d'Oudinot, de Gérard H de Macdonald, peuvent lui permettre de se jeter entre lui et prince royal, et de chercher à renouveler la manœuvre qui lui a donné de si grands résultats à Montmirail, à Champaubert et à Étogcs.

Mais, instruit par Texpérience de La Rothière et de Laon, sachant que le gros des corps, sous les ordres de Macdonald, ne pourra le rejoindre que le 21 au soir, il entreprend une manœuvre plus hardie encore, dès que Sébastiani l'informe de la présence, sur les hauteurs de Mesnil-la-Comtesse, de l'armée de Schwarzenberg tout entière. En plein jour, sous les yeux mômes d'un ennemi supérieur en nombre, rangé en bataille sur le plateau qui domine la rive gauche de TAube, il passe le défilé d'Arcis pour commencer immédiatement, non seulement avec sa décision habituelle, mais avec une activité grandie par la gravité même de la situation, une opération qu'il a longuement méditée et qu'il a conçue depuis longtemps.

S'il lui était impossible de prévoir les hésitations, les timidités de l'état-major général de l'armée de Bohême, il lui était encore plus impossible d'admettre qu'un retour offensif sur Arcis, tenté dans la nuit du 21 au 22 mars, aurait eu chance de réussir et aurait vraisemblablement arraché les ruines de la ville au II« corps russe du prince Eugène de Wurtemberg. Une pareille entreprise ne menait d'ailleurs à rien, si ce n'est à recommencer le 22, dans des conditions plus défavorables que les jours précédents, une lutte sans issue. Devant les masses concentrées de la grande armée, l'Empereur pouvait d'autant moins s'entêter ii se servir des lignes intérieures que, en continuant son système, il n'aurait pas tardé à être enserré avec sa faible armée entre les armées de Schwarzenberg et de Blûcher.

Il ne lui restait d'autre ressource qu'un parti suprême et désespéré : la marche sur les derrières de Schwarzenberg. La résolution d'opérer sur les lignes de communication de la grande armée hantait, d'ailleurs, son esprit depuis longtemps, presque depuis le commencement de la campagne.

C'était, à peu de chose près, son plan primitif qu'il allait exé-

cater. Et c'était parce qu'il n'y avait jamais renoncé qu'il avait laisM' des f^arnisons relativement fortes dans les places de la .Meuse et de la Moselle et qu'avant même de s'engager le :S0 à Arei-s, il écrivait à Clarke, de Plancy : « Je pars pour me rendre sur Vitry*. » L'Empereur n'a donc en réalité jamais songé à donner une grande bataille k Arcis. Ses ordres en sont la preuve, et ce n'était certes pas au lendemain de Laon qu'il aurait tenté une fois encore de s'engager à lond sans avoir préalablement concentré toutes ses forces, d'ailleurs peu considérables. Clausewitz, bien qu'il ait cru devoir prêter à l'Empereur l'intention de chercher une solution déGnitivc à Arcis, est lui-même obligé de convenir que Napoléon a eu de puissantes raisons pour changer d'idée et que malgré la contradiction apparente de sa conduite, la critique doit avouer qu'elle ne connaît pas assez complètement la situation pour se prononcer et lui adresser un reproche aussi peu fondé*.

On doit assurément reconnaître que cette opération entreprise h une autre époque aurait pu amener des résultats décisifs. Mais il est bon de se mettre à la place de l'Empereur, de se rappeler (ju'il ignora presque toujours, et à ce moment surtout, la situalion politique, morale et, pour ainsi dire, intime de la Coalition. S'il avait eu des renseignements précis h ce sujet, nous dit le général de Bismarck ', il n'est pas permis de croire qu'il eût manqué de profiter de ces moments psychologiques. Il n'était pas homme à laisser échapper les occasions. Si, dit encore Bismarck, en commençant le 17 mars sa deuxième opération contre Schwarzenberg et en parlant de Reims avec 16,000 hommes, au lieu de chercher à opérer sa jonction avec Macdonald et de se diriger vers l'Aube par Fère-Champenoise, il avait marché sur Châlons et, de là, en remontant la Marne, sur le plateau de Langres, cette marche combinée avec un mouvement offensif de Macdonald et d'Oudinot dans la vallée de la Seine aurait vraisemblablement suffi pour amener la retraite de la grande armée alliée.

Quoique entreprise trop tard, cette marche dirigée contre la li^ne de retraite des Alliés, cette marche qui n'avait cessé d'être

1 Correspondance, n^ 21518.

5 Clausewitz, Critique stratégique de la campagne de France de 1814.

^ Général von Bismarck, Aufzeichnungen.

la pensée dominante de Napoléon, a été bien près d'être couronnée de succès. Le hasard seul, la fatalité se chargèrent de mettre fin aux craintes des souverains, aux hésitations du généralissime. En tout cas, et comme le général von Grollmann le reconnaît lui-même, « cette résolution porte l'empreinte du génie de la guerre et d'un caractère habitué à chercher les solutions décisives par les voies les plus hardies. »

Enfin, quel que soit le jugement que la critique puisse porter sur l'opération elle-même, il est impossible de refuser son admiration à l'énergie, à la décision qui présidèrent h son exécution, à la souplesse, à la vivacité de l'incomparable génie do l'Empereur qui, après avoir passé une rivière en plein jour sous les yeux de l'armée ennemie en bataille, est déjà, le 21 au soir, à Sommepuis, à quelques kilomètres de Vitry, avec les corps qui viennent de se battre à Arcis et réussit ii faire perdre momentanément ses traces à Schwarzenberg.

Comme toujours, c'est le généralissime autrichien qu'on a cherché à rendre responsable du peu de portée des conséquences immédiates de la bataille d'Arcis. Incompréhensible au premier abord, critiquable en tout cas, au point de vue essentiellement militaire, Tattilude du prince de Schwarzenberg pendant la journée du 21, s'explique et se justifie même jusqu'à un certain degré, dès qu'on envisage sa situation personnelle. Généralissime des armées alliées, investi officiellement des pouvoirs mili taires les plus étendus, le prince de Schwarzenberg était cependant loin de pouvoir exercer son autorité sans contrôle, sans conteste, sans retard, comme les circonstances l'auraient exigé. Dès le début de la campagne, bien que rien ne l'obligeât apparemment à soumettre ses projets à l'approbation des souverains, il lui avait fallu à tout instant avoir recours à des conseils de guerre, aussi nécessaires pour couvrir sa responsabilité que pour assurer l'exécution consciencieuse de ses dispositions. Quoique l'attaque projetée d'Arcis ait été, Clausewitz lui-même se plaît à le reconnaître, l'une des meilleures et des plus judicieuses résolutions du généralissime, elle n'avait pas eu le don de plaire à l'empereur de Russie, et l'accueil glacial que ce monarque avait fait la veille au généralissime, les craintes qu'il avait manifestées, le mécontentement auquel il avait donné libre cours dans sa conversation avec Barclay de Tolly et ToU, enfin son absence même

n'étaient guère de nature à encourager Schwarzenberg dans l'offensive vigoureuse qu'il comptait prendre et que tout autre généralissime, réellement maître de ses actions et placé dans une situation semblable, n'aurait pas hésité ù prendre.

S'il nous semble difficile d'admettre, avec Clausewitz, que Schwarzenberg ait retardé son attaque parce qu'en voyant l'Empereur rompre le combat et faire filer ses colonnes sur les hauteurs de la rive droite, il ne savait pas si Napoléon n'allait pas tout de suite tomber sur son flanc droit ou s'il méditait, au contraire, quelque autre opération, on peut, en revanche, reprocher au généralissime de n'avoir envoyé sur la rive droite de l'Aube qu'un seul de ses corps, le V«. De toutes façons, il aurait dû prendre des mesures tendant à accélérer le passage de l'Aube en arrière des positions occupées par son armée et éviter aux troupes du V« corps le long et inutile détour de Lesmont. Dès qu'on avait vu le gros de l'armée française prendre la direction de Chàlons ou de Vitry, c'était commettre une grave erreur que d'immobiliser en pure perte les corps placés sous les ordres du prince de Wurtemberg et de les affecter tous trois h l'allaquo d'Arcis. Il semble évident que le généralissime, sans compromellre en rien sa situation, eût dû, dès qu'il vit l'Empereur commencer sa marche de flanc, confier l'attaque d'Arcis au VI« corps par exemple et se hAter de passer l'Aube le plus vile possible, afin d'être le lendemain 22 en mesure d'attaquer l'armée française partout où il l'aurait rencontrée. Une opération de ce genre aurait amené des résultats d'autant plus décisifs que l'Empereur, obligé de laisser du monde à Arcis pour masquer son départ et interdire le passage, aurait dû combattre avant d'avoir été rejoint par Macdonald. En un mot, la véritable faute commise par Schwarzenberg a bien moins consisté dans le relard apporté au signal d'attaque sur Arcis, que dans l'attaque même de ce point par des forces qu'il eût été plus sage et plus avantageux de porter immédiatement et par les voies les plus courtes sur la rive droite de l'Aube, de façon ;i tomber sur l'Empereur pendant l'audacieuse marche de flanc qu'il venait de commencer. Schwarzenberg aurait donc pu renouveler sans danger la manœuvre qui avait si bien réussi h l'Empereur dans les premiers jours de février, couper en deux sa petite armée, écraser d'abord Oudinot et Macdonald et se retourner ensuite contre Napoléon qui, en-

serré entre lui et Tarmée de Silésie, se serait vu forcé de combattre dans des conditions exceptionnellement défavorables et presque désespérées.

La résolution prise par Napoléon, l'abandon inattendu des lignes d'opération le reliant h Paris, sa marche vers l'Est avaient plongé l'état-major de la grande armée dans une profonde incertitude. Sans un concours fatal de circonstances, sans la prise toute fortuite de quelques dépêches, l'Empereur aurait vraisemblablement réussi à tromper ses adversaires, à les tenir sur le qui-vive, à les entraîner complètement à sa suite. Les ordres donnés par Schwarzenberg le 21 mars, h 6 heures du soir, prouvent que, ne sachant pas si Napoléon se porte sur Vitry, Châlons ou Montmirail, il est retombé dans ses hésitations ordinaires. On se borne h attendre les événements. On ne fait aucun usage d'une cavalerie nombreuse, bien montée, relativement fraîche ; on ne reste pas à proximité de Tennemi ; on perd presque entièrement son contact ; on ne fait rien pour inquiéter ses mouvements et se procurer tout au moins des nouvelles. Avec une armée de 100,000 hommes, on n'ose ni suivre l'Empereur, ni l'inquiéter dans la marche de flanc qu'il se hasarde h entreprendre sur Saint- Dizier et sur Vitry. Et cependant, il semble que, sans rien risquer, sans compromettre la suite des opérations, il eût été possible le 22 de contraindre l'Empereur h accepter la bataille dans des conditions exceptionnellement désavantageuses pour lui. Le 22, l'armée française forme, en effet, une longue colonne, marchant sur une seule route et présentant 1(î flanc aux armées alliées. L'Empereur, dont les corps sont disséminés le 22 au matin, depuis la Marne, aux environs de Frignicourt, jusqu'aux bords de l'Aube, îi Ormes, Vidpres et Plancy, s'est aventuré entre les deux armées des alliés. On ne risquait donc rien en attaquant, dès le 22 au matin, Oudinot et Macdonald. On avait la certitude de les écraser sous le nombre et on pouvait alors, en poursuivant vivement les avantages remportés sur eux, rejeter Napoléon sur l'armée de Silésie qui venait sur Vitry par la route de Laon h Reims et Châlons.

22 mars. — Positions et mouvements de Farmée française le 22 mars au matin. — Marche sur Vitry. — Pendant que l'incertitude régnait au quartier général de Pougy, qu'on

hésitait h jeter des forces si supérieures eu nombre contre les corps séparés d'un adversaire exécutant une marche de flanc aussi hardie, l'Empereur avait fait partir de Sompuis, à une heure du matin *, les ordres complétant les instructions sommaires qu'il avait envoyées h ses lieutenants, d'Arcis, le 21 mars h une heure et demie.

La garde, Ney, les escadrons de Letort, Berckheim, Saint- Germain et Milhaud ont passé la nuit du 21 au 22 autour de Sompuis. La cavalerie de Sébastian! est restée sur la position de Dosnon. Les troupes sous les ordres de Macdonald ont bivouaqué d'Ormes à Plancy. Oudinot tient bon sur la rive droite de l'Aube ; sa gauche est au Chêne, sa droite, la brigade Maulmont, dans le faubourg d'Arcis où elle se maintiendra pendant toute la journée du 22*. « Napoléon, dit à ce propos Schwarzenberg dans son Journal d'opérations', a laissé un corps d'armée avec une nombreuse artillerie près d'Arcis sur la rive droite de l'Aube. Ce corps est chargé de couvrir le mouvement de son armée entre la Seine et la Marne et d'empêcher l'aile gauche de la grande armée de réparer à son aise le pont d'Arcis. Pendant toute la journée, ajoute-t-il un peu plus loin, on se fusilla à Arcis d'une rive h l'autre. » La brigade Maulmont avait réussi, en eftet, h remplir la délicate mission qu'on lui avait confiée. Le 22, ù 11 heures du soir, elle évacua par ordre le faubourg et alla re* joindre le reste de la division Levai établie au Chêne.

A 7 heures du matin, Macdonald avait reçu à Ormes les instructions que le major-général lui avait expédiées dans la nuit *. Gérard venait de le rejoindre avec son corps. Les parcs de réserve avaient filé sur Pleurs et se dirigèrent de là sur Sompuis. Comme la brigade Maulmont conservait la position de la rive droite en face d'Arcis, les troupes des 2« et 11« corps et la cavalerie de Trelliard exécutèrent sans encombre, pendant la journée du 22, leur mouvement sur Dosnon.

* Registres de Berthier. (Archives de la guerre.)

* Journal d'opérations de U division Levai. (Ibid,)

' St'ârkb, Eintheilung nnd Tagesbegebenheiten der Hanpt-Armee im Monate Màrz. {K. K, Krieg$ Archiv,, UI, 1.)

* Major-général à. Macdonald, Sompuis, 22 mars, 1 heure du matin, et Macdonald au major-général. Ormes, 22 mars, 7 heures du matin. (Archivei de la guerre.)

Dès 5 heures du matin, le 5« corps de cavalerie, les gardes d'honneur du général Defrance el le corps du maréchal Ney avaient quitté Sompuis pour se rendre devant Vitry. La cavalerie do Saint-Germain avait ordre de suivre la môme route et la garde avait commencé son mouvement à 6 heures. Une heure plus tard, la cavalerie de Lefebvre-Desnoëtles devait partir des environs de Dosnon et prendre, elle aussi, la direction de Vitry *.

La cavalerie française marche sur Saint-Dizier et s'empare de cette ville. — Informé de la marche des colonnes françaises par les patrouilles envoyées dans la matinée du 22 mars sur la roule d'Arcis, le colonel von Schmichow, commandant la place de Vitry, avait h peine eu le temps de donner avis de ce mouvement à Tettenborn et à l'officier prussien posté h Saint- Dizier, lorsque la cavalerie française apparut vers 10 heures sur la hauteur qui domine Blacy. Comme elle était suivie de près par rinfanlerie, le général Davidoff s'empressa de replier sur Vitry les deux régiments d'infanterie et les trois escadrons qu'il avait cantonnés dans les villages. La garnison de Vitry, en y comprenant les Russes de Davidoff, se composait d'environ 5,000 hommes avec 41 bouches h feu *. Un peu avant midi, Ney avait achevé de déployer ses troupes et investissait la place par la rive gauche de la Marne. Après y avoir jeté quelques obus, le prince de La Moskowa somma infructueusement Schmichow de lui rendre la ville. Bien que le maréchal lui eût offert une capitulation honorable avec armes et bagages, le colonel prussien rejeta ces propositions. Il demanda h envoyer au quartier général de Schwarzenberg un officier chargé de s'assurer de l'état des affaires, et Ney recommença une canonnade qui resta sans effet*.

* Registres de Berlhier, (Archives de la guerre.)

2 Composition de la garnison de Vitry : quatre bataiUons des régiments d'infanterie russe de Viborg et de Viatka, un bataiUon russe de marche, deux bataillons d'infanterie prussienne, une compagnie de chasseurs volontaires prussiens et une compagnie de marche, trois escadrons du régiment de dragons de Moscou, deux escadrons prussiens et 400 artiUeurs russes et prussiens.

^ A propos de la réponse de Schmichow et de l'envoi du parlementaire chargé par le colonel prussien de formuler sa proposition, il est assez curieux de relever le fait suivant dont le maréchal Ney rend compte au major-général dans sa dcpôche de Frignicourt le 32, à 8 heures 1/2 du soir (Archives de la guerre) : u Malgré mes instructions, écrit-il, iMilhaud n*avait pas placé une seule vedette sur la route de Vitry à Frignicourt, ce qui a permis au parlementaire d'arriver jusqu'à ce village sans être arrêté par personne. »

En présence de cette résistance, à laquelle il s'attendait d'ailleurs, TEnipereur donna à Ney Tordre de masquer Vitry avec son infanterie et le 5« corps de cavalerie et de s'établir sur une ligne allant de Vitry-le-Brûlé par Blacy jusqu'à Frignicourt. Avec sa garde, la cavalerie de Saint-Germain, Defrance et de Pire l'Empereur passa la Marne au gué de Frignicourt et sur les deux ponts qu'il avait fait jeter. Le soir, son quartier général était à Faremont.

Pendant que les trois divisions de cavalerie de vieille garde, la l'« division d'infanterie de la vieille garde et la division de jeune garde du général Hanrion continuaient leur mouvement sur la rive droite de la Marne et se rapprochaient de Saint-Dizier*, la cavalerie légère de Pire marchait rapidement sur celte ville gardée seulement par deux bataillons d'infanterie, l'un russe, l'autre prussien. Informé qu'un équipage de ponts russes, appartenant au corps de Langeron, venait d'en partir pour Joinville et que tous les débouchés étaient encombrés de voitures russes el prussiennes chargées de vivres et de bagages, Pire fait prendre le trot aux 400 chevaux qu'il a avec lui *. Connaissant parfaitement le pays, il se décide, malgré la faiblesse numérique de sa troupe, h tenter un hourrah sur la ville *. En môme temps qu'il fait prévenir le général Defrance du mouvement qu'il a entrepris, il l'avertit qu'environ 200 chevaux de trait ou de cosaques sont occupés à fourrager sans aucune précaution à Haute-Fontaine et à Ambrières-sur-Marne h 3 kilomètres environ au sud de la route et l'engage à leur couper la retraite sur Saint-Dizier et à les enlever.

Continuant vivement sa marche sur la ville, Pire y pénètre, sabre, prend en entier Tun des deux bataillons, bien qu'il se fût

* Correspondance, n" 21530.

2 Général de Pire au major-général, rapport de Saint-Dizier, 22 mars. 6 heures du soir {Archives de la Guerre.) , et Petiet, Journal de la 3« division de cavalerie légère.

* Le commandant prussien de Saint-Dizier au capitaine Zadubsky, posté à Vignory (K. K, Kriegs Archiv., III, 431 <?.)» 22 mars 1814 :

« On m'affirme que 5,000 hommes, composés de troupes de cavalerie, artillerie à cheval et d'infanterie, passent la Marne à Vitry, se dirigeant sur Joinville et Saint-Dizier.

« Les convois de bagages allant à Vitry ont rétrogradé sur Saint-Dizier. Je serai forcé de les abandonner si je ne suis pas secouru. »

formé en carré, et s'empare de 200 voitures attelées. L'autre bataillon, qui couvre la retraite des pontons sur la route de Joinville, est plus heureux et réussit à s échapper en partie, parce que ses hommes se jettent dans la forôt du Val qui borde la roule. Sans s'attarder un seul instant fi la poursuite des soldats débandés qu'il aurait eu peine à rejoindre dans le bois, le général Subervie pousse sur Eurville où il s'empare de 80 pontons. Mais les conducteurs ayant eu le temps de s'enfuir avec les attelages, on dut se résigner à les brûler.

Pendant ce temps, les cosaques qui fourrageaient du côté d'Ambrières, de Haute-Fontaine et de Hauteville, poursuivis par un détachement du général de Saint-Germain, étaient venus se jeter dans les escadrons du général Defrance en réserve en arrière de Saint-Dizier, et se faire prendre par eux, tandis que le 27® régiment de chasseurs se portait sur Ancerville où l'on avait signalé h Pire la présence de 150 voitures de bagages escortées par 300 hommes.

Le coup de main de Pire sur Saint-Dizier, coup de main qui aurait pu avoir des conséquences encore plus significatives si le général avait eu plus de monde avec lui, avait fait tomber entre les mains de la cavalerie légère de 700 à 800 prisonniers, 200 malades prussiens et russes, 400 à 500 chevaux de tôte, en excellent état et prêts à entrer dans les rangs pour remplacer ceux liors de service, 200 voitures, 100 sacs d'avoine, 50 de sel, 50 de farine,

10 de tabac, 20 pièces d'eau-de-vie et les 80 pontons qu'on avait dû brûler à Eurville*.

Bien qu'il eût réussi son hourrah sur Saint-Dizier, Pire ne se consolait pas d'avoir laissé échapper une partie des bagages des Alliés et de n'avoir pu parvenir à ramener les pontons. Aussi, h

11 heures du soir*, il écrivait au major-général qui venait de lui envoyer l'ordre de se porter sur Joinville : « J'ai dû opérer aujourd'hui avec 400 chevaux seulement. Si j'avais conservé mes dragons, je serais en cet instant près de Joinville et de Ligny, le général Defrance serait sur Vassy, et l'équipage de ponts, au

* Etat de ce qui a été trouvé à Saint-Dizier, le 22 mars, par la cavalerie légère du 5^ corps de cavalerie, et rapport de Pire aa major-général, Saint- Dizier, 6 heures soir. (Archives de la guerre.)

s Pire au major-général, Saint-Dizier, 22 mars, li heures soir. (Ibid.)

lieu d'être brûlé, serait conservé. Le général Defrance m'a soutenu et suivi immédiatement, mais le général de Saint-Germain, s'étant arrêté à Perthes, ne m'a été utile en rien. Dans une opération de ce genre f toutes les troupes doivent appartenir a celui qui les dirige, pour quil n'y ait ni hésitation ni temps perdu.,. J'ai manqué 150 voitures de bagages et un bataillon d'infanlorie qui se sont retirés sur Ligny, faute d'avoir un seul homme dont j'aie pu disposer de ce côté. Je supplie Votre Altesse de donner ordre au comte Milhaud de m'envoyer au moins deux régiments de dragons de la l""® division qui est sous mes ordres depuis huit jours. Je réjionds alors de faire de la bonne besogne. »

Malgré le faible effectif dont il disposait. Pire avait réussi, d'autre part, à recueillir des renseignements précieux. « On dit, écrivait-il encore au major-général, qu'il n'y a pas de garnison à Bar-le-Duc, qu'il y a peu de troupes à Ligny et une faible garnison à Joinville. On ajoute cependant qu'il y a un corps de réserve sur la gauche de cette place relativement à nous Je

pense que si Votre Altesse donnait l'ordre au général Defrance d'envoyer tout de suite 300 chevaux sur la route de Ligny, on prendrait les bagages et le bataillon d'infanterie qui ne doivent pas avoir dépassé Stainville et qui, suivant les rapports, sont

dans une terreur et dans un désordre complets J'apprends à

l'instant qu'un parli de cosaques vient d'arriver à Moëlain, village à une lieue d'ici, sur la route de Vassy ; ils viennent de Montier-en-Der, par Eclaron. »

Hésitations et incertitudes du quartier général des Alliés. — Pendant que la cavalerie française poussait si lestement sur Saint-Dizier, pendant que l'Empereur se portait sans perdre une minute vers les lignes de communication des Alliés, on ignorait encore le 22 au matin et on ignora pendant la plus grande partie de la journée du 22, au quartier général de Pougy, la direction prise par Napoléon.

Le 22 au matin, on n'avait reçu à Pougy aucune nouvelle corroborant ou infirmant les derniers renseignements envoyés la veille au soir par le prince royal de Wurtemberg et par Wrède. L'incertitude était si complète, les hésitations si grandes qu'on dut, comme nous allons le voir, modifier ou compléter à trois reprises la disposition du 21 mars au soir.

« Wrède, dit Taxis dans son Tagebuch\ demande des ordn^s à la pointe du jour, mais on n*a que des renseignements vagues sur les mouvements, les positions et les intentions de l'ennemi. » Enfin, à 10 heures du malin, le généralissime se décide à envoyer de nouvelles instructions à ses lieutenants * :

« L'ennemi s'est porté en force considérable sur Dosnon et Sompuis. Il importe, par suite, de se porter rapidement en avant afin de maintenir nos communications avec Vitry. Le V« corps ira à cet effet prendre position sur les hauteurs de Corbeil. Ses avant-postes pousseront dans la direction de Coole et de Maisonsen-Champagne.

« Les gardes et réserves passeront la Voire et le Meldançon et viendront s'établir sur les hauteurs en arrière de Corbeil.

« Si le prince royal de Wurtemberg parvient à déboucher d'Arcis sans trop de difficulté, il se portera avec les IV® et VI® corps sur la ligne Herbisse — Dosnon, se reliant k droite avec le V« corps. Si Tennenn tient bon au débouché du défilé d'Arcis, le prince royal, laissant sur ce point des troupes suffisantes pour empêcher Tennemi de forcer le passage de l'Aube, traversera la rivière au pont de Ramerupt, viendra prendre position en avant de Dampierre et de Brébant et fera occuper Lhuître. Le III® corps se concentrera à Arcis '. Le général Seslavin couvre la gauche de l'armée et se dirige sur Sézanne.

« Le prince Maurice Liechtenstein couvre la route de Montbard et de Châtillon à Dijon *.

* Taxis. Tagebuch. {K. K. Kriegs Arehiv,, XIII. 3Ï.) 'Schvarzcnberg. ordres pour le S2 mars. Pongy. 22 mars. iO hearcs matin.

Ibid., m, 401.)

* Le prince de Scliwarzenberg avait, en outre, envoyé à Gynlay Tordre parculier suivant :

u PoQgy. 22 mars 1814.

« Portez • vous à Arcis et recommandez an général Kaïssaroff de snrveiUer le pays entre le confluent de la Seine et de l'Aube.

« Réparez et remettez en état le pont de Méry. Vous ferez battre le pays entre la Seine et TYonne par le général Seslavin et lui prescrirez de rester en communication avec le prince Manrice Liechtenstein dont le gros est à Joigny et dont les troupes avancées poussent vers Montargis. n (K, K. Krieg» Archiv., m. 392.)

* Instructions spéciales envoyées an prince Maurice de Liechtenstein (K. K. Kriegi AreMv., 111. 390) :

(( Pougy, le 22 mars 1814.

(( J'opère avec toute Tarméc entre la Seine et la Marne. Vous maintiendrez

« Le général Kaïssaroff surveille TAube et la Seine entre Plancy et Méry, afin de pouvoir de la sorte donner deux jours de repos à ses troupes. »

Houvements des corps de la grande armée alliée. —

Cette nouvelle disposition n'apportait en somme que des modifications insignifiantes aux ordres donnés la veille au soir. Au lieu de se former en arrière du ruisseau de Puîts, entre ce ruisseau et le Mcldançon, l'armée de Bohême va se concentrer à hauteur de Corbeil et de Brébant. Mais la résistance opposée par l'arrièregarde d'Oudinot à Arcis obligera les IV^ et VI® corps à renoncer à l'occupation de la ligne d'Herbisse — Dosnonet à se porter par Ramerupt sur Dampiorre. La grande armée, à rexceplion du III» corps, va donc employer la journée du 22 îi gagner quelques kilomètres vers sa droite et viendra s'établir sur la rive droite de l'Aube sur les routes menant k Châlons et h Vitrv. En somme, on cherche à la fois h suivre de loin l'Empereur et à se rapprocher le plus possible de l'armée de Silésie.

Dès 8 heures du matin, le prince Eugène de Wurtemberg avait mandé au prince royal que les troupes d'Oudinot étaient restées sur leurs positions de la rive droite, entre Villette et Arcis, que la brigade Maulmont continuait à tirailler avec ses troupes et

les coinmuilicalions avec l'armée du Sud, et vous surveillerez le général Allix. Vous me couvrirez, en outre, entre la Seine et l'Yonne.

« Vous vous tiendrez à droite ; vous occuperez Troyes, vous surveillerez Pont-su r-Sei ne, Méry, Nogenl-sur- Seine, Bray et Font-sur- Yonne et vous avancerez le plus possible et avec le plus de forces possible sur la route de Fontainebleau. Il serait bon d'occuper par des partis Montbard et Semurafinde surveiller la route de Dijon où l'ennemi, puisqu'il 5c concentre, ne saurait avoir grand monde. En vous retirant complètement de ces parages, vous permettriez à l'ennemi d'armer les paysans.

« Dès que f aurai obtenu det résultats sur la Marne, je vous enverrai des ordres. £n attendant, reliez-vous au feldzeugmeister comte Gyulay qui a du monde à Troyes. L'ennemi a détruit le pont de Montereau. C'est là une preuve de sa faiblesse. »

Le général Âllix parti le ai de Sens était venu coucher à Joigny. 11 avait fait savoir de Joigny au Ministre que les troupes autrichiennes avaient évacué le 17 Auxerre, se dirigeant sur Saint-Florentin et Tonnerre, d'où elles étaient parties le 21 allant vers Montbard. Le 2â au soir, Allix était à Brinou-l' Archevêque et espérait être le 23 à Tonnerre. « 11 n'y a, écrivait-il au Ministre, de Brinon le 22, à 9 heures 1/2 du soir, d'ennemis sur la Seine que Liechtenstein qui doit être ce soir à Chanceaux. Les habitants de 1?. Bourgogne font une guerre acharnée à l'ennemi. )> (Archives de la guerre.)

qu'on perdrait beaucoup de monde en essayant de forcer le passage, soit à Arcis dont il faudrait réparer les ponts sous les yeux de Tennemi, soit au gué de Villelte, battu par une forte batterie française. Le prince Eugène signalait, en outre, la marche de grosses colonnes qui suivaient la route de Vitry.

A 9 heures, ces renseignements parvenaient à Voué au prince royal de Wurtemberg et, comme l'ennemi ne paraissait pas vouloir se résoudre à quitter sa position \ le commandant du IV® corps, avant même d'avoir reçu la disposition du 22, faisait savoir au généralissime qu'il passerait l'Aube à Ramerupt avec les IV® et VI® corps. Il ajoutait encore « que les Français, d'après des renseignements absolument positifs, se dirigeaient sur Vitry et non sur Châlons. »

Entre temps, Gyulay avait reçu, à 6 heures du matin, à Ortillon, les ordres du prince royal. Laissant encore momentanément à Troycs la brigade Czollich et le régiment de chevau-légers de Klenau, il avait rappelé à lui Vautre brigade de Fresnel et la division légère de Crenneville et avait immédiatement dirigé sur Arcis la brigade du général major Spleny (division Weiss) chargée de relever les Russes du prince Eugène de Wurtemberg. La brigade Grimmer qui la suivait, vint prendre position en soutien en arrière de la ville. Un régiment occupa Torcy-le-Grand. Quatre escadrons de chevau-légers de Rosenberg surveillèrent l'Aube depuis Torcy-le-Petit jusqu'k Ortillon. Un escadron de ce régiment envoyé à l'ouest de Torcy, vers Villette, était chargé de maintenir les communications avec la cavalerie de Kaïssaroff.

Les IV® et VI® corps, arrivés h Ramerupt vers midi, y passèrent l'Aube et se déployèrent derrière le ruisseau de Puîts sur les positions précédemment occupées par le V® corps, le IV® corps à h Corbeil, le VI® à Dampierre. Les avant-gardes de ces deux corps reprirent la ligne des avant-postes du V® corps entre le Puîts et la Lhuîtrelle. Pour couvrir sa marche, le prince royal s'était fait éclairer et flanquer, sur sa gauche par les cosaques

* Stakke, Eintheilang und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armce im Monate Marz. (K. K. Kriegt Arehio,, III, i.)

Prince royal de Wurtemberg aa prince de Schwarzenberg, Voué, 22 mars, 9 heures du matin ; rapport journalier à Tcmpereur d'Autriche, et prince de Schwarzenberg à l'empereur d'Autriche, Pougy, 22 mars, 9 heures du soir (Ibid., 111, 402 et m, ad 402).

Weil. — III. 31

d'ilowaïsky XII qu'il envoya vers Lliuître, sur sa droite par une brigade de cavalerie wurterabergeoise qui obliqua vers Vitry*.

A gauche des Ill«, IV® et VI« corps, KaïssaroflF et Seslavin battaient tout l'espace compris entre Méry et Plancy, et le premier de ces deux généraux eut dans l'après-midi une escarmouche insignifiante avec un parti français du côté de Charny-le-Baehot. Il résultait toutefois des renseignements qu'il transmit au généralissime*, que Plancy était encore occupé le 22 par des troupes françaises que KaïssarofT évaluait h deux bataillons et deux escadrons.

Wrède avait quitté le 22 au malin, avec l'infanterie du V« corps et deux brigades de cavalerie, les positions sur lesquelles il avait passé la nuit. « Nous n'avions fait que peu de chemin en attendant les ordres et les nouvelles du grand quartier général, nous dit Taxis % lorsque nous apprîmes que l'indécision la plus grande régnait à Pougy. D'après ce que Ton nous raconta, on y avait agité la question d'une retraite immédiate sur Langres. La manœuvre de l'ennemi, dont on avait signalé les coureurs du côté de Montier-en-Der, avait encore augmenté la perplexité du commandement supérieur. On attendait à Pougy les nouvelles et les événements pour savoir si on accentuerait ou non la marche en avant. Lorsque Wrède apprit que le quartier général resterait

* Starke, Eintheilung ond Tagesbegebeiiheilcii der Haupt-Armee im Mouate Wiirz. (K. K. Kriegs Archiv.^ 111, 1.)

- Kaïss.iroff à Scli>Narzenberg, Charny, 22 mars. (Original en frati^ais — [bid., \\\, 4 >4.)

« Cette apn-s-miili, quelque infant(Tie ot cavalerie cmicmic s'était prteentê sur Cliarny vers Tcndroit où dans la nuit les Français avaient coupé le pont. Sur ce, je me suis mis en marclie sur Ctiarny avec deux de mes canoos et l'ennemi se relira sur Plancy.

« J'ai trouvé à Charny quelques pontuns coulés à fond, les retirais et couslrnii^ais un pont par lequel je compte demain attaquer l'ennemi à Plancy et profitant de la circonstance, je pousserai tout de suite mes partis sur la rire droite de l'Aube.

« Je viens de recevoir la permission que Votre Altesse veut bien m'accorder pour faire reposer ma troupe. Permettez-moi, Monseigneur, en son nom de présenter toute la reconnaissance qu'elle vous doit pour l'intérêt que Votre Altesse daigne en prendre; mais qu'il soit permis aussi à leur Chef de tous présenter que si je parviens à forcer Plancy et à y avoir un pont, je ne manquerai pas de me porter de suite sur la rive droite de l'Aube, en poussant mes partis aussi loin que possible sur Villenauxe, Sézanne et Fère-Champenoise. »

» Taxis, Tagebuch. (K. K. Kriegt Archiv., XllI, 32.)

tiic'ore le 4â à Pougy, qu'on ne savait pas encore si l'on ne changerait pas la direction de la marche, il se décida à s'arrêter îi Brébant. »

« Wrède, ajoute Taxis, n'a d'ailleurs que des renseignements vagues sur les mouvements de l'ennemi. Le bruit court cependant vers le soir que l'ennemi a passé la Marne près de Vitry, que sa cavalerie a poussé vivement sur Saint-Dizier et y a enlevé un convoi. De Vitry même on n'a aucune nouvelle. On prétend enfin que l'ennemi est déjà maître des communications des Alliés avec Chaumont. )>

Le 22, dans l'après-midi, le \^ corps occupa les positions suivantes : l'infanterie était h Corbeil avec la brigade de cavalerie Geramb ; le quartier général de Wrède h Brébant avec la cavalerie bavaroise de Diez. Le reste de la cavalerie sous les ordres de Frimont se rapproche de Vitry. Spleny, avec les dragons d(» Knesevich, les uhlans de Schwarzenberg et la brigade bavaroises de Vieregg, s'établit î\ la f(»rme du Chemin, poussant vers Coole ses avant-postes qui, surveillant les routes de Chdlons et de Vitry, se; reliaient à gauche avec la cavalericî légère de la garde russe du général Ocharoffsky* établi en avant du Meix-Tiercelin et dont les partis poussaient, d'une part vers Sompuis, de l'autn» vers Vitry.

Les gardes et réserves s'arrêtèrent derrière le Meldançon (»ntre Dommartin-le-Coq et Bonnement. Le quartier général de Barclay (le ToUy vient à Jasseines.

L'empereur de Russie, le roi de Prusse et le prince de Schwarzenberg étaient restés îi Pougj', et l'empereur d'Autriche h Barsu r-Aube.

Quelque vagues, quelque contradictoires même qu'aient pu être les renseignements reçus au quartier général, les circonstances du moment et la situation générale suffisaient pour motiver une attitude énergique, pour imposer une continuation immédiate de l'offensive. Que l'Empereur allût sur Chàlons

* Les mouvements de Wrède sur CorbeU et de sa cavalerie sur Sommesous et le Meix-Tiercelin, avaient été signalés à Ney par une reconnaissance du 10® hussards qui avait rencontré un parti de dragons bavarois du côté deMargeric. (Rapport du colonel Bosse, commandant le 10« hussards; Archivée de la guerre.)

conimo Wrède le prétendait, ou qu'il se portât sur Vitry, comme l'affirmait le prince royal, c'était là, au premier moment du moins, chose secondaire, et il y avait assurément tout lieu de croire que l'armée de Bohème entreprendrait le 22 autre chose qu'un simple mouvement la faisant appuyer vers sa droite.

On avait commis, il est vrai, la faute de perdre le contact d'une armée exécutant sa retraite en plein jour et se dérobant à un adversaire supérieur en nombre par une marche de flanc des plus osées ; mais on savait les Français à Plancy et à Arcis et, du haut du plateau de Mesnil-la-Comtesse, on avait aperçu et suivi les colonnes de Macdonald se dirigeant sur Dosnon. Aussi tout en ignorant encore la direction choisie par l'Empereur, on ne risquait rien en essayant d'inquiéter sa marche de flanc et de couper du gros de son armée son arrière-garde formée par les corps de Macdonald, d'Oudinot et de Gérard. Loin de tenter cette opération, dont le succès était certain, on n'osa prendre aucune résolution et l'on se borna à établir le 22 au soir les corps de la grande armée alliée h peu près parallèlement à la ligne de marche de Tarméc française, bien que quelques partis de cavalerie eussent coupé et percé cette ligne, en poussant entre Sompuis et Vitry jusqu'à Coole.

Dispositions éventuelles pour le 23 mars. — Des documents officiels permettent, d'ailleurs, de constater d'une façon positive l'état d'esprit et la perplexité du commandement supérieur pendant la journée du 22. Ignorant la direction prise par l'Empereur, craignant d'autre part qu'en attendant davantage les renseignements qu'il espérait recevoir de minute en minute, les ordres de mouvement ne parvinssent trop tard à ses lieutenants, Schwarzenberg se décida à rédiger et à expédier, dans le courant de l'après-midi du 22, trois dispositions éventuelles pour les opérations du 23, dispositions que, malgré leur longueur, nous croyons utile de reproduire, au lieu de les résumer.

Première disposition pour le 23 mars 1814. — « Dans le

cas où l ennemi marche sur Chdlons.

« Le ye corps suit la route de Châlons, campe sur la hauteur en avant ^au nord) de Sompuis, pousse jusqu'à Faux-sur-Coole son avant-garde qui passe par Coole et communique avec Vitry.

L'avant-garde cherche à se procurer des renseignements positifs sur la marche de Tennemi. Le VI® corps passe le Puits et campe entre Dosnon, Trouan-le-Grand,Trouan'le-Pelit et La Folie. Son avant-garde occupe Mailly et pousse sur la route de Sommesous h Chûlons versVîtry et par celle de Semoine sur Fère-Champenoise.

« Le \l^ corps passe le Puits à Dampierre, occupe fortement Ramerupt et se dirige sur Lhuître. Si Tennemi reste jusqu'à Tanrivée du VI« corps h Lhuître, sur sa position au débouché du défilé d'Arcis, le VI® corps franchissant le défilé de Lhuître se portera contre Le Chêne pour y attaquer l'ennemi et Ten chasser. On devra toutefois attendre pour dépasser Lhuître que le IV® corps soit arrivé à Dosnon et h Trouan. Le VI® corps restera par suite en communication constante avec le IV® corps afin qu'on puisse, au moment de l'attaque, détacher sur la route de Dosnon à Arcis une colonne qui débouchera sur les derrières de l'ennemi. Cette colonne devra présenter un effectif respectable, comprendre une proportion considérable de cavalerie afin de pouvoir plus efficacement tourner l'ennemi et tirer parti du terrain découvert. S'il réussit à rejeter l'ennemi, le VI® corps s'établira sur la route en tenant compte de la direction que l'ennemi aura donnée à sa retraite. Il cherchera h occuper Herbisse si faire se peut et se reliera avec le IV® corps du côté de Mailly.

« Le III® corps reste jusqu'à nouvel ordre à Arcis pour y garder le défilé.

« Les gardes et réser\'es s'établissent entre Le Meix-Tiercelin et Humbauville. La division Crenneville occupe Troyes et surveille la route de Troyes à Nogent-sur-Seine.

« Le quartier général va à Saint-Ouen. Le mouvement commencera à 9 heures. Les troupes auront mangé la soupe avant de se mettre en route. »

« Deuxième disposition pour le 23 mars 1814. -— Dans le cas où rennemi marche sur Vitry.

« Le V® corps s'avance vers Vitry et s'établit aux environs des Perthes. Son avant-garde pousse le plus loin possible dans la direction de Vitry et reconnaît la position de l'ennemi ou la direction qu'il a suivie. Le V® corps couvre son flanc gauche en faisant occuper l'ancien chemin des Romains près de Sompuis et en envoyant un détachement h Coole.

'* l/' IV^ corps se place en échelon, sa droite au Meix-Tiertelin, sa gauche aux Fenus. Son avant-garde occupe MaiUy et Poivres et ohsene Soudé.

a Le SV corps marche en se conformant à la première disposition, ave*: celte diflérence toutefois qu'il ne passera le défilé de Lhultre que lorsque le 1V« corps aura occupé Les Fenus, parce que ce corps devra le faire soutenir l\ ce moment par une colonne chargé;* de tourner Arris.

• Les gardes et r<»ser\es viennent entre Sommesous et La Verpilliére.

<i Le reste comme dans la première disposition. »

(I Troisième disposition pour le 23 mars 1814. — Dans U cas OH fennpmi s est retiré sur Montmirail et on s^s troupes ont occupé Vitry, Châlons et Reims.

« Le V« corps, passant par Humbauville, va camper en ordre de bataille sur la hauteur de Sompuis. Son avant-garde occupe Coole, Soudé-Sainle-Croix et Soudé-Notre-Dame et détache vers Châlons, Vitry et Fére-Champenoiso.

a Le IV'' corps passe le Puits, cherche à gagner les hauteurs de Poivres par le chemin ie plus court. 11 y campe en ayant Poivres et Le Molhé en avant de son front. Ce mouvement ne pourra s'exécuter que lorsque Taile gauche (VI<* corps) aura commencé son attaque en avant de Lhuître. Le IV* corps arrivé à Trouan devra par suite s'y arrêter jusqu'à ce que la retraite de l'ennemi lui permette d'occuper la hauteur (à l'est) du Mothé.

« Le IV» corps est chargé de soutenir de là le mouvement oftensif du Vl*^ corps. Les ordres de mouvement pour le Yl« corps ne difterenl de ceux énoncés dans la première disposition, qu'en ce que ce corps devra commencer le passage du défilé de Lhultre, dès que Ui IV'' corps sera arrivé à Dosnon. Le VI« corps cherchera dans ce cas à pousser sur Herbisse, Semoine et Salon.

« Le reste comme dans la |)remière disposition, si ce n'est que le (|uartier général va à Lhuître. »

Kn envoyant à Wrède ces trois dispositions, en lui disant qu'il serait plus à même que qui que ce soit d'opter entre celle des trois à laquelle il conviendrait de se conformer, Schwarzenberg, afin d'éviter une perle de temps inutile, recommandait au feldmaréchal bavarois de faire parvenir à Barclay de Tolly, à Jas-

seines, celle qu'il y aurait lieu d'appliquer en raison des renseignements recueillis. Il invitait, en outre, Wrède h en donner immédiatement avis au prince royal de Wurtemberg et ti lui faire connaître les mesures de détail qu'il aurait prises pour assurer Texécution ultérieure des ordres afin que, de son côté, il puisse agir en connaissance de cause.

Il ressort donc de Tenvoi et de l'établissement de ces trois dispositions, que malgré la nombreuse cavalerie et les troupes légères dont on disposait, on avait absolument perdu le contact d'un ennemi qui tenait encore bon au défilé d'Arcis. On laissait fi Wrède, parce qu'il avait été poussé le plus loin en avant sur la rive droite de l'Aube, le soin de renseigner le généralissime et d'opter entre les trois dispositions. De toute façon, dans aucun des trois cas, on ne comptait guère imprimer une grande activité au mouvement. Enfin, chose presque incroyable, on semble n'avoir eu aucune notion de la présence de Macdonald à Dosnon.

La dépêche adressée par Schwarzenberg, le 22 mars à 9 heures du soir {K. K. Kriegs Archiv, III ad. 402), h l'empereur d'Autriche, prouve d'ailleurs que l'on n'était pas mieux renseigné le soir que dans la journée. Au même moment, d'ailleurs, le généralissime, résumant à Blùcher les événements survenus depuis le 19 et lui indiquant les positions des corps de la grande armée le 22 au soir, terminait sa lettre par ces phrases bien caractéristiques : « Dès que j'aurai des renseignements précis sur les mouvements de Tennemi, je le suivrai avec toute mon armée. En tout cas, je me rapprocherai de la Marne pour opérer ma jonction avec Votre Excellence, attaquer l'ennemi avec nos forces réunies, et lui livrer une grande bataille qui décidera du sort de l'Europe *. »

L'aveu contenu dans les deux dépêches adressées par Schwarzenberg à l'empereur d'Autriche et à Blucher est formel. La déclaration du généralissime ne laisse subsister aucun doute ni sur ses intentions, ni sur les motifs de son inaction. Lorsque le généralissime expédie ces dépèches, plus de trente heures se sont écoulées depuis que l'Empereur, voyant la grande armée tout entière massée devant lui sur le plateau de Mesnil-la-Comtesse, a

* Schwarzenberg à Blucher, Pougy, 22 mars. (K, K. Kriegs Archiv,, III, 309.)

brusquement rompu le combat. Depuis trente heures une faible brigade d'arrière-garde masque le mouvement de Tarmée française et défend seule le débouché d'Arcis. Et cette fois encore, comme après La Rothière, comme après Laon, on laisse au plus faible Tavantage de l'initiative, le choix de la direction qu'il lui plaira d'imprimer h ses opérations. Depuis le 20, la cavalerie d'Ocharoffsky bat le pays sur la rive droite de l'Aube. Depuis le 21, dans l'après-midi, on a vu les troupes engagées en avant d'Arcis filer vers Dosnon et Sompuis. Le mouvement a continué sans interruption sensible pendant la journée du 22, et cependant le 22 au soir on en est encore réduit aux suppositions et aux hypothèses. Faute de renseignements précis et de nature à éclairer le quartier général, on est contraint d'avoir une fois de plus recours à trois dispositions pouvant s'adapter aux trois partis entre lesquels l'Empereur a dû choisir, et c'est un des commandants de corps qu'on est obligé de charger du soin d'opter selon les événements, entre ces trois dispositions. Aussi, tous ceux qui, à commencer par Clausewitz, ont si sévèrement condamné le mouvement de Napoléon sur Saint-Dizier, auraient fait preuve d'impartialité en réservant une bonne part de leurs critiques à ses adversaires et en rendant tout au moins justice à la force de caractère, h l'indomptable énergie, h l'audace môme de l'Empereur. Ils auraient pu constater que l'Empereur ne s'était vraisemblablement décidé h entreprendre cette marche si hardie sur les derrières des Alliés, que parce qu'il connaissait bien le tempérament de l'adversaire auquel il avait affaire. Ils auraient enfin dû se rappeler cette phrase si juste et si vraie de Retz : « Tout ce qui est nécessaire n'est jamais hasardeux, »

Ce furent, en effet, le hasard seul, la fatalité, la prise de quelques courriers, la lecture de dépêches interceptées qui arrêtèrent les armées alliées et empêchèrent le généralissime et les souverains de suivre le mouvement de l'Empereur et de se laisser entraîner loin de leur objectif, Paris, sur le nouveau théâtre d'opérations où l'Empereur comptait trouver de nouvelles ressources et espérait parvenir à transporter la guerre.

Ainsi, malgré l'insuccès de la tentative faite î\ Arcis, malgré l'écrasante supériorité numérique de leur cavalerie, les Alliés ignoraient encore le 22 au soir, la direction suivie par l'Empereur. C'est H peine s'ils ont remarqué la marche sur Dosnon de

rarrière-garde française, des corps venant de la Seine et qui ont défilé sous leurs yeux.

Macdonald, bien que disposant de moyens moins puissants, avait cependant réussi à suivre et à pénétrer les queltjues mouvements des Alliés. « Les Alliés, écrivait-il de Dosnon au majorgénéral*, paraissent vouloir se porter sur Vitry ; c'est sans doute dans ce but qu'ils ont jeté un pont à Ramerupt et inondé de cavalerie la route parallèle à celle que nous suivons. »

Ce que le duc de Tarente avait pu découvrir pendant son mouvement sur Dosnon n'aurait pas dû échapper aux cavaliers des Alliés échelonnés depuis Lhuître jusque vers Margerie. Et cependant ce fut seulement fort avant dans la soirée du 22, presque dans la nuit du 22 au 23, qu'ils parvinrent h se procurer quelques renseignements sur les mouvements et les positions de Farmée française.

Renseignements fournis par la cavalerie alliée le 22 au soir et dans la nuit du 22 au 23 mars. — Le prince royal do Wurtemberg, en annonçant que l'aile gauche de l'armée alliée occupait les positions qui lui avaient été désignées, ajoutait qu'aussitôt après l'arrivée à Lhuître de la brigade de tête de la cavalerie du comte Pahlen, il avait envoyé à Laval-le-Comte, sur la route de Dampierre à Trouan-le-Grand, la brigade de cavalerie wurtembergeoise du général Jett qui communiquait : à gauche, avec la cavalerie de Pahlen ; h droite, avec celle de Wrède. A droite du général Jett, la brigade de cavalerie Walsleben occupa un peu plus tard Brébant. Des hauteurs de Laval-le-Comte, le prince royal de Wurtemberg avait aperçu quelques régiments de cavalerie française et quelques batteries à cheval. Il avait également vu quelques escadrons français se replier sur Grandville après avoir ramené sur Lhuître les cosaques d'Ilowaïsky XII. Vers la fin du jour, la cavalerie de Trelliard avait même réussi h chasser Ilowaïsky de Lhuître. Pahlen réoccupa, il est vrai, ce village peu de temps après et envoya une partie de l'infanterie postée à Vinets, soutenir les cosaques à Lhuître*.

^ Macdonald aa major-géoéral, Dosnon, 22 mars, iO heares du soir. {Archives de la guerre.)

s Prince royal de Wurtemberg à Schwarzenberg, 22 mars (AT. K, Kriegt Archiv.), et Alacdonald an major-général (Archives de la guerre).

Quelques heun^s plus tard, on recevait à Pougy une dépêche de Wrede à laquelle étaient joints diflérents rapports de ses avant-postes. Le feld-maréchal bavarois émettait ra\is, qu'en raison même de ces renseignements, il y aurait lieu de se porter le lendemain sur Vitrj' afin d'opérer ou tout au moins d'assurer la jonction avec l'armée de Silésie. Un billet du général Ocharofîsky parti du Meix-Tiercelin, à 5 heures de l'aprés-midi, lui faisait connaitre la continuation de la marche des Français de Sompuis sur Vitry. A 7 heures du soir, les généraux Frimont et Spîeny complétaient ces premières nouvelles en lui mandant qu'Ocharoftsky avait inquiété la retraite de l'ennemi et lui avait enlevé une cinquantaine d'hommes. Frimont ajoutait qu'il avait fait partir trois escadrons de hussards dans la direction de Margerie et que les prisonniers avaient tous déclaré que Tannée française se portail sur Vitry * après avoir laissé, comme récrivait Ocharoffsky, une petite arrière-garde h Arcis *.

A 3 heures du matin, le général Ocharoffsky rendait compte à Frimont' des dernières opérations qu'il avait entreprises dans l'après-midi du 22.

i<. L'ennemi, disait-il, occupe Sompuis, et ses colonnes avec de l'artillerie et des bagages ont filé toute la journée POsirn-EMErr sur Vitry. J'ai voulu faire communication h Vitry. Mais le détachement que j'y ai envoyé a donné à Saint-Laurent contre l'ennemi. Courdemanges est fortement occupé par l'ennemi et on voit

partout de grands feux de bivouac Dès qu'il fera jour, je

m'éclairerai, autant que possible, vers Courdemanges et sur la droite qui me parait dans ce moment le plus essentiel, c'est-à-dire le chemin qui mène de Vitry à Brienne. »

Parti du Meix-Tiercelin, h 3 heures du malin, ce rapport adressé à Frimont lui parvint à Corbeil à 6 heures. Transmis immédiatenient h Wrède .'i Brébant, il ne put arriver h Pougy que trop tard pour permettre au généralissime de modifier ses ordres pour le 23.

1 Stàrke, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Ârmce im Mooate Mârz. (K. K. Kriegt Archiv., III, 1.)

^ Le général OcharofiTsky au général Frimont, Meix-Tiercelin, 23 mars. 3 heures du matin. (Original en français. — Ibid.^ III, ki^ c)

* Général Ocharoiïsky au général Frimont, Meix-Tiercelin, S3 mars, 3 heures du matin. (Original en français. — /6k/., III, 429. c.)

Il en avait été de même pour les renseignements envoyés à Barclay de Tolly îi Jasseines. Barclay, h la nouvelle qu'un parti d'un officieret de trente chevaux appartenant au général Davidoft en marche de Vitry sur Arzillères, avait été coupé de Vitry et obligé de se porter sur Margerie, puis de se retirer devant la cavalerie française jusqu'îi Balignicourt, avait dirigé de ce côté le colonel Laroche von Starzenfels avec quatre escadrons de la cavalerie de la garde prussienne et chargé le général Sipiaguine do pousser des reconnaissances vers la Marne. Les escadrons prussiens établis îi Saint-Léger et îi Margerie, avaient poussé sur Brandonvilliers et Chasséricourt des patrouilles qui avaient reconnu la présence de détachements français î\ Gigny et à Bussyaux-Bois. L'interrogatoire des gens du pays leur avait confirmé la marche des Français sur Vitrv *.

En résumé, quand, comme Clausewitz le constate dans son Aperçu de la campagne de France en 1814", Schwarzenberg est certain que l'Empereur ne s'occupe plus exclusivement de lui. Napoléon s'est déjà porté sur Saint-Dizier et a réussi à gagner sur lui dans la direction de Chaumont et de Langres une forte journée de marche. Le généralissime va par suite se décider à rester sur les derrières des Français, à marcher sur Vitry, à opérer sa jonction avec Blûcher et h agir pour le reste en sHnspirant des circonstances.

23 mars. — Houvements de l'arrière-garde française. — Ordres de Napoléon. — Aucune des trois dispositions du prince de Schwarzenberg ne devait, d'ailleurs, être mise h exécution. L'arrière-garde française avait, sur l'ordre de TEmpereur, profité de la nuit du 22 au 23 pour quitter enfin ses positions sur la rive droite de l'Aube. Commençant leur mouvement à 11 heures du soir, les 2® et 7® corps s'étaient silencieusement repliés sur Dosnon. Au petit jour, ils avaient dépassé ce point et continuaient leur retraite sur Trouan et Sommesous^ après

* I.e colonel Laroche au général-major Sipiaguine, Saint-Léfrer, 22 mars, 11 heures 3/4 du soir {K, K. Kriegs Archiv., 111, ad. 428), et Bar.lay deToUy au prince de Schwarzenberg, Jasseines, 23 mars, {Ibid., III, 428.)

' Clausewitz, Aperçu de la Campagne de France en 1814.

' Oudinot à Lovai et Rottembourg, Dosnon, 22 mars, 1 1 heures du soir {ArcfUvet de la guerre), et StÀrke, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der llaupt-Armee im Monate Mârz (K, K, Kriegt Archiv., III, 1).

avoir opéré au delîi du défilé de Dosnon leur jonction avec le 11« corps. La cavalerie de Trelliard et de Sébasliani était chargée de couvrir la retraite et de fermer la marche.

Pendant la nuit du 22 au 23, TEmpereur, de plus en plus décidé h continuer son mouvement sur les derrières des Alliés, avait ordonné à Saint-Germain, qui s'était arrêté à Perthes, de filer sur Saint-Dizier, au général Defrance d'éclairer vers Vassy et Montier-en-Der. Ney devait envoyer le 10® hussards sur la roule des Romains, de Chûlons à Brienne, du côté de Corbeil. Enfin, il avait mandé à Sébastiani, chargé de soutenir le maréchal Macdonald dans ce mouvement de retraite, d'envoyer le plus tôt possible une de ses divisions relever le général Milhaud que l'Empereur avait hâte d'appeler à Saint-Dizier *. Autour de Vitry, la division Lefol avait pris position sur les hauteurs au sud-est de Courdemanges, protégeant de là les gués de Frignicourt ; le 10® hussards était parti dès l'aube en reconnaissance dans la direction de Corbeil et la division de jeune garde du général Hanrion était en marche sur Saint-Dizier*.

Pendant que la grande armée alliée commençait de son côté son mouvement vers Vitry % Ney n'avait pas voulu continuer sur Saint-Dizier dans l'après-midi du 23 sans adresser au colonel von Schmichow une troisième sommation qui eut le même sort que les deux autres. Macdonald, levant ses bivouacs h la pointe du jour et se dirigeant par Trouan et Sompuis sur Vitry, marchait parallèlement aux positions déjà occupées par la grande armée alliée. L'infanterie de Gérard formant tête de colonne, était arrivée vers 8 heures du matin entre Les Fenus et La Custonne, lorsqu'on entendit le canon dans la direction de Sompuis. Se portant en avant, suivi de ses aides de camp, le général apprit à la ferme de Nivelet que la cavalerie légère de la garde russe avait découvert, rejoint et surpris le grand parc d'artillerie de Tarmée. La division Amey, chargée d'escorter ce parc, n'avait pu, malgré les ordres de Macdonald, dépasser Courcemain où

* Correspondance, n^* 21,532 et 21,533 et Registres de Berthier : ordres à Saint-Germain, de France, Ney et Sébastiani. {Archiva de la guerre.)

* Ordres de Ney, Frignicourt, 4 lieares et 6 heures du matin, 23 mars. (ArcUivet de la guerre.)

s Starkc Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Miirz. (AT. K. Kriegt Archiv., III, 1.)

elle avait passé la nuit du 22. Au lieu de continuer directement sur Gourgançon et Seraoine, le général Amey avait pris connaissance d'un ordre général qui ne le concernait pas et avait fait suivre h sa division la route de Sézanne où il allait le lendemain opérer sa jonction avec la division Paclhod*. Le grand parc avait par suite marché sans escorte de Pleurs par Poivres sur Sompuis.

Combat de Sompuis. — Prise du parc de Hacdonald par la cavalerie légère de la garde russe. — Le V^ corps ayant reçu Tordre d*aller de Brébant et de Corbeil vers Les Perthes, Wrèdc avait prescrit au général Ocharoffsky de se porter à la pointe du jour avec sa cavalerie du Meix-Tiercelin sur Sompuis, en suivant le chemin des Romains et d'enlever ce village. Arrivé sur les hauteurs en avant d'Humbauville, le général russe avait aperçu le parc qu'il fait immédiatenient charger par deux escadrons de uhlans de la garde. Les artilleurs franrais avaient, sans perdre une minute, formé le carré. Ils essayent d'arrêter les uhlans par quelques volées de mitraille. Mais Ocharoffsky donne à son artillerie Tordre de conmiencer le feu et ses projectiles font sauter quelques caissons, pendant que les uhlans et les cosaques, profilant du désordre causé par les explosions, sabrent la poignée d'hommes qui essaye vainement de leur résister et s'emparent de quinze canons avec leurs attelages. Ocharoffsky aurait même réussi à s'emparer du parc tout entier, si on ne lui avait pas signalé à ce moment Tapproche des tôles de colonne du général Gérard. Ne pouvant, faute d'attelages, enlever douze autres pièces et une soixantaine de caissons abandonnés par les Français, le général Ocharofisky fait enclouer les pièces et noyer les poudres avant de ramener sur Humbauville ses deux escadrons de uhlans, les quinze canons qu'il a enlevés et les trois cents prisonniers tombés entre ses mains*.

* Général Amey à Molitor, Courconiain, 22 mars, et Macdonald au majorgéiiéral, Valcour, 28 mars, l heure iji après midi. {Archivet de la guerre.)

* Taxis, Tagebuch (K. K. Kriegs Archiv., XllI, .*li) et Starkb, Einthcilung und Tagosbegebenheiten der Ilaupt-Armeo im Monate Miirz {Ibid., II!, 1). — Feldmarscliall Wrède, Relation des combats du 23 mars (Ibid., 111, 437) et rapport du général comte Ocharolîsky, Meix-Tiercelin, 23 mars [Journal des pièces reçues, n® 545).

Wrède, informé des événements de Sompuis, avait aussitôt donné l'ordre î\ une partie de sa cavalerie de se porter de Corbeil vers Ilumbauville, pendant que Gérard, Oudinot et Macdonald cherchaient h atteindre au plus vile Les Perthes. Le mouvement d'Ocharoffsky devait, d'ailleurs, avoir des conséquences autrement graves que la perte de quelques canons et procurer aux Alliés des renseignements positifs qui allaient exercer une sérieuse influence sur les résolutions du conseil de guerre de Pougy.

On n'avait, en eftet, pendant toute la matinée du 23, reçu au quartier général de Pougy que des nouvelles insignifiantes ou même contradictoires ayant trait aux mouvements de l'armée française. On se refusait toujours à admettre la probabilité d'une marche de l'Empereur contre les lignes d'opérations et sur les derrières de la grande armée, alors que Napoléon arrivé à Saint- Dizier depuis la veille pouvait, comme dit Clausewitz ', être ii Chaumont un jour au moins avant les Alliés venant d'Arcis. « On n'aurait pu, ajoule-t-il, arriver au Rhin que par des marches forcées ininterrompues et en épuisant les troupes. Aussi rien n'est plus surprenant que les hésitations des généraux alliés en un pareil moment et dans de pareilles circonstances. » Et cependant, il est incontestable que le 23 au matin on n'avait pris qu'une résolulion, celle de suivre Napoléon et de se joindre ù Blûcher pour manœuvrer sur h\s derrières de l'armée française en se détournant de Paris. Les dispositions données pour la journée du 23 prouvent qu'on ne songeait en aucune façon à la marche sur Paris, qu'on n'attendait des nouvelles que pour savoir si l'on irait sur Chî\lons ou sur Vilry.

On n'était, il faut le reconnaître, guère mieux renseigné que la veille. A l'aile droite, les grand'-gardes de Frimont établies en avant de Corbeil, avaient appris h 6 heures du matin par une de leur patrouilles, que les Français avaient évacué Lignon et Brandonvillers et se tenaient en arrière de ces villages. D'après le dire des paysans de Margerie, les avant-postes français étaient h Sompuis et le gros de l'armée avec l'Empereur à Frignicourt*.

* Clause\^itz. Critique stratégique de la Campagne de France en 1814.

' Wrédc à Sch^^arzenberg, firébant, 23 mars, 6 heures da matin ( K, K. Kriegg. Archir., III, 429). et rapport des grand-gardes de Corbeil à Frimont (/6ûi., III, 420. b).

Premiers mouvements du III» corps sur la rive droite de l'Aube. — Du côté d'Arcis, les troupes avancées du III^^ corps avaient de grand matin signalé la diminution des feux de bivouac sur la rive droite de l'Aube et perçu le bruit du roulement des voitures. Mais le pont de l'Aube était toujours gardé, et ce fut h o heures du matin seulement que les derniers postes français en quittèrent les abords, h peu près au moment où une patrouille de cavalerie revenant de Villette confirmait la nouvelle de la retraite des corps français. Vers 8 heures, le pont d'Arcis était rétabli, mais l'arrière-garde française avait eu le soin de détruire un autre pont dont la reconstruction eût pris trop de temps et Gyulay se vil contraint à se jeter sur sa droite dans les bois. L'escadron de grand'garde de Villette avait pendant ce temps passé sur la rive droite de l'Aube sans trouver la moindre trace des Français. Un escadron de chevau-légers Rosenberg, posté h Saint-Nabord, avait lui aussi pris pied sur la rive droite et fait savoir que les Français semblaient se diriger sur Vilry. Mais si Gyulay mandait dans son premier rapport du matin que les Français allaient sur Vilry, le prince royal de Wurtemberg, de son côté, concluait fi la marche de l'Empereur sur GhAlons.

Kaissarofl", placé avec ses Cosaques à l'extrême gauche, n'avait pu rien apprendre. Il avait toutefois, en envoyant dans la nuit un régiment de Cosaques avec deux canons sur Plancy, obligé un détachement français à évacuer celte ville et réussi h s'emparer du pont. Ses coureurs s'étaient aussitôt dirigés sur Villenauxe, Sézanne et Fère-Champenoise *.

Seslavin, qui avait pris la tôle du mouvement et passé l'Aube prés de Plancy pendant la nuit, avait débordé les troupes d'Oudinot, enlevé quelques prisonniers î\ l'arriére-garde et constaté un peu plus tard que les Français prenaient le chemin de Vitry et non celui de Mailly et de Sommesous. L'officier de Cosaques, qui lui envoyait ces renseignements, avait rédigé sa dépêche en ces termes : « L'ennemi se retire, non pas sur Paris, mais sur Moscou. »

En raison môme du doute qui continuait à planer sur la direction réelle suivie par l'Empereur, Gyulay n'osa guère bouger

* KaïssarofT au prince de Schwarzenberg, Charny-le-Bachot, 2) mars au matin. {Dépêche en français. — K, K. Kriegg Archiv.t III, 4ÎÎ.)

pendant la journée du 23. Crenneville, qui avait passé la nuit h Nozay et à Saint-Étienne-sous Barbuisse, reçut Tordre d*y rester. Il en fut de même pour la brigade Spleny qui occupait Arcis. La brigade Grimmer fut envoyée î\ Villettc et à Ormes ; un régiment d'infanterie continua à garder Torcy-le-Grand et Torcy-le-Petit. Sur la rive droite de TAube, les chcvau-légers de Rosenberg ne dépassèrent pas une ligne allant du Chêne à Allibaudières. Bien qu'il n*y eût plus aucune troupe française du côté de Troyes, Fresnel y attendait encore, avant de se porter sur Arcis, l'arrivée du feld-maréchal-lieutenant prince Maurice Liechtenstein, chargé de le relever. Ce fut vers le soir seulement que, sur Tordre du généralissime, le III® corps commença son mouvement dans la direction de Mailly.

Les quelques heures qui s'étaient écoulées n'avaient cependant pas été perdues pour les Alliés et, sans parler encore des nouvelles positives données par Ocharoffsky et par Tettenborn, de ces nouvelles qui, reçues dans l'après-midi, exercèrent une influence considérable sur les décisions du conseil de guerre de Pougy, le combat de Sompuis avait suffi pour décider Wrède à appliquer celle des dispositions du généralissime ayant trait à la marche éventuelle des Français sur Vitry et à en faire part au prince royal de Wurtemberg et à Barclay de Tolly. Aux termes de cette disposition, toutes les troupes devaient, on s'en souvient, commencer leur mouvement à 9 heures précises.

Marche du IV* corps. — Informé h Dampierre de la retraite d*Oudinot, le prince royal de Wurtemberg avait aussitôt fait avancer son avant-garde. Au moment où le prince la rejoignait avec sa cavalerie légère et les hussards archiduc Ferdinand, les arrière-gardes de Macdonald dessinant un retour offensif avaient attaqué et repoussé les avant-postes établis de Dampierre jusqu'à Grandville. L'entrée en ligne de la cavalerie légère obligea les Français î\ se replier sur Trouan-le-Grand. Se croyant trop faible pour s'engager avec la cavalerie de Macdonald, le prince royal * s'arrôta sur les hauteurs de Dosnon, suivant de l'œil la marche en retraite du gros de Macdonald. Il attendit sur ce point Tarri-

^ Starke. Kintheilang und Tagesbegebcnlieiten der Ilaupt-Armee im Monatc Miirz. {K, K. Kriegs Archiv., III, i.)

vée de la cavalerie russe du VI« corps et des cuirassiers autrichiens de Nostitz qui, venant de Ramerupt et retardés au passage du ruisseau de Puits, ne le rejoignirent que lorsque le gros des corps de Macdonald avait déjà pris une avance considérable. Le prince royal s'était borné pendant ce temps à canonner l'arrièregarde qui se retira sans combattre sur Sompuis, dès que la cavalerie alliée déboucha en avant de Trouan-le-Grand. De Sompuis, où il arriva après raidi, le prince royal continua la poursuite dans la direction de Vitry. Son infanterie le suivait de si loin, que ce fut vers minuit seulement qu'elle arriva au bivouac h Sompuis. La cavalerie du prince royal avait été arrêtée vers le soir par les batteries françaises établies à Huiron *.

Houvement du VI* corps. — La cavalerie de Pahlen se relie à Hailly avec la cavalerie de Tarmée de Silésie. — Le

VI® corps et la 2® division de cuirassiers russes qui, avec le IV« corps, avaient passé le 22 sur la rive droite de TAube, avaient quitté Dosnon dans la matinée du 23. Pahlen avec Tavant-garde de ce corps s'était dirigé vers Mailly et Poivres-Sainte-Suzanne. Ses patrouilles, en arrivant à Sommesous, y rencontrèrent les Cosaques de Tettenborn. On eut de la sorte connaissance de rapproche du corps de cavalerie de Winzingerode et avis de la jonction prochaine avec Tarmée de Silésie*.

Cette jonction était d'ailleurs un fait accompli h partir de ce moment, puisque Tchernitcheff et Tettenborn allaient atteindre le jour môme Sommesous et Soudé-Sainte-Croix et que le gros du corps de Winzingerode était h Vatry.

Houvement du V* corps. — Affaire de Courdemanges. —

Pendant que les trois corps de Taile gauche placés sous les ordres directs du prince royal de Wurtemberg, avaient, en exécutant ces quelques mouvements, permis à Macdonald de gagner du terrain ' et d'effectuer une retraite qu'il eût été cependant aisé de lui couper, à l'aile droite W^rède avait, dès 9 heures, continué à

* Starke, Ëintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Blàrz. (K, K, KriegiArckiv,, lil, i.) </d. inibid., m, 1.

» Taxis. Tagebuch. (/6id., XIII, 31.)

Weii. — m. 33

se diriger vers Les Perihes, précédé dans la direction de Courderaanges par la cavalerie de Frimont. Cette cavalerie, avec laquelle Wrède lui-même s'était porté en avant, rejoignit la cavalerie d'Ocharoffsky sur les hauteurs au nord-est d'Humbauville. A midi, Wrède et Frimont étaient aux Perthes, côtoyant la reU^ite du corps de Macdonald. Comme le prince royal, Wrède crut imprudent d'attaquer sérieusement les colonnes françaises avant l'arrivée de son infanterie qu'il espérait voir déboucher d'un moment à Tautre. Mais la tête de colonne d'infanterie du V* corps n'était arrivée aux Perthes qu'après 2 heures de l'après-midi el Wrède dut se résoudre à ne faire filer que la cavalerie de Frimont sur Courdemanges occupé par les troupes de Ney chargées de recueillir les corps de Macdonald, d'Oudinot, de Gérard el de leur assurer le passage de la Marne.

A ce moment, l'infanterie française des 2», 7« et H® corps, suivie par la cavalerie du IV« corps, était en pleine retraite sur Huiron * qu'elle occupa pour couvrir son passage à Frignicourt. Wrède, qui ne disposait a ce moment que d*un bataillon de chasseurs autrichiens, poussa sur Courdemanges sa cavalerie précédée par les hussards archiduc-Joseph. Arrêtés par le tir de Tinfanlerie française, les hussards durent se borner à occuper les hauteurs à l'ouest de Courdemanges d'où ils pouvaient observer les mouvements des maréchaux*. Quand Tintanterie du V« corps, retardée en route par les mauvais chemins, rejoignit la cavalerie, il était trop tard pour rien entreprendre de sérieux contre les Français.

Les bagages, l'artillerie de réserve, une grande partie de la cavalerie française avaient passé sur la rive droite vers la fin de la journée. Le reste des troupes traversa la rivière pendant toute la soirée et une partie de la nuit. A minuit, Wrède fait enlever Huiron et Courdemanges par les chasseurs autrichiens, et deux batailloni^ d'infanterie de SzeckJer s'établissent sur les hauteurs qui s'élèvent

' Starke, Einthcilang und Tagesbegebenheiten dor Haupt-Arinée im Monate Marz (K. K. Krieys Arclùv,, 111, i), et feld-raaréchal comte Wrède, Relation des combats du 2.i mars 1814 (Jbid., III, 4i7); — Sébastiani au major-géDéral. Huiron, 23 mars, 6 heures du soir, et général Neigre au major-général, Frignicourt, 23 mars i Archives de la guerre).

' aJacdonald, ordres, Frignicourt, 23 mars, 11 heures du soir. (Archicet <U la guerre.)

à l'est de ce dernier village. Les corps français ont échappé miraculeusement à une destruction presque certaine. Oudinot et Gérard avec le quartier général de Macdonald passent pendant la nuit la Marne à Frignicourt et se dirigent sur Luxemont et Villotte. Le corps de Molitor a ordre de venir bivouaquer en avant de ce village. Mais Tencombrement et la rupture des ponts de Frignicourt retardent cette opération, et le 24, k 4 heures du matin, l'infanterie n'est pas encore arrivée k Villolte et rartillerie est encore en train de passer la rivière '.

Les troupes avancées du V* corps s'établirent dans la nuit au bivouac aux environs de Courdemanges et la cavalerie légère de la garde russe s'arrêta entre Somsois et La Verpillièrc. Une de ses patrouilles poussa même sur la droite de la Marne jusqu'à Montcetz-l'Abbaye où elle vint donner contre un gros parti de cuirassiers français qui l'obligèrent à repasser la rivière. Elle avait toutefois réussi à apprendre que, d'après les bruits qui couraient dans l'armée française, l'Empereur comptait se porter de Sainl-Dizier sur Metz.

Honvements et positions des gardes et réserves. — - Barclay de ToUy, aussitôt après avoir reçu la deuxième disposition, s'était mis en marche de Jasseines sur Saint-Chéron. Rejoint en roule par une dépêche de Wrède dans laquelle le feldmaréchal, lui faisant part de son intention d'attaquer Macdonald en retraite sur Vitry, lui demandait des renforts de cavalerie, Barclay lui avait envoyé aux Perthes le général prince Galitzine

' Macdonald à Ney, ViUotte, 21 mars, 4 heures da matin. (Ibid.) Dans U* rapport qu'il adressait au major-général de ViUotte, le 24 mars, à 4 heures du matin, Macdonald écrivait: (f J'ai été pour ainsi dire enveloppé tout le jour et forcé de combattre jusqu'à 1 1 heures du soir lorsque j'ai pris position sui' h!s hauteurs de Vitry. Pendant ce temps, les parcs et l'artillerie filaient; mais Votre Altesse peut comprendre le désordre do troupes et de chevaux harassés de fatigue, marchant depuis deux jours dans une plaine aride. Le pont rompu plusieurs fois a encore augmenté les embarras. Le prince de la Mo^kowa l'a si bien senti qu'il m'a promis de rester en position jusqu'à ce que mes corps soient ralliés à Villotte et aient pris quelques heures de repos ; maïs je ne crois pas avoir trop de la demi-journée pour cette opération. » (Archives de la guerre.)

Remarquons de suite que Ney ne put, en présence des ordres formels du major- général, rester sur ses positions et dût continuer sa marche sur Saint- Dizier.

avec une division de cuirassiers et une batterie, et avait continué avec ses gardes et réserves sur Saint-Chéron et Les Rivières 1! s'était fait couvrir à droite pendant Texécution de cette marche par les quatre escadrons de la garde prussienne du colonel La Roche postés à Saint-Léger-sous-Margerie et k Margerie. Lorsqu'il s'arrêta vers le soir aux environs de Saint-Chéron, Barclay couvrit sa droite et ses derrières en envoyant deux escadrons de la garde prussienne, l'un à Drosnay, l'autre à Montier-en-Der. Il se proposait de faire relever dès le lendemain l'escadron de Montier-en-Der par un régiment de Cosaques venant de Russie et déjà arrivé à Bar-sur-Aube. L'artillerie de réserve russe et une partie du parc de réserve firent halte le 23 au soir à Corheil *.

Première disposition du prince de Schwarzenberg et conseil de guerre de Pougy. — Pendant qu'on se battait le matin à Sompuis et le soir à Courdemanges, les conciliabules s'étaient multipliés à Pougy. Les circonstances étaient d'ailleurs assez graves pour justifier, au moins dans une certaine limite, les incertitudes, les hésitations, les craintes du commandement, pour expliquer les motifs qui retardaient une résolution définitive dont les conséquences ne pouvaient manquer d'être capitales. En entreprenant dès le 21 dans l'après-midi, sa marche sur les derrières des Alliés, Napoléon avait peut-être escompté les succès probables d'Augereau et l'effet produit par l'attitude résolue de Maison ; mais il croyait surtout que ses adversaires surpris et épouvantés par une opération dirigée contre leurs lignes de communication, craindraient une fois encore de s'engager sur la route de Paris, précisément parce qu'il la leur abandonnait et se décideraient à battre en retraite pour le suivre ou essayer d'arriver avant lui sur le plateau deLangres. La mollesse de la poursuite, le décousu des opérations de la grande armée pendant la marche de l'armée française d'Arcis sur Vitry, tout semblait indiquer qu'il réussirait à transporter le théâtre de la guerre des plaines de la Champagne dans les régions accidentées et montueuses des Ardennes, des Vosges et du Jura et à épargner à Paris la menace d'une attaque.

* Barclay de Tolly à Schwarzenberg, Saint-Chdron, 23 mars. (K. K, Kriegt Archiv., III, 430.)

Page 1