‹ La campagne de 1814 (volume 3)Chapitre 5 sur 13 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

II est évident en effet que, pendant la matinée du iS, on crut h Pougy que Wrède et le prince royal de Wurtemberg étaient sur le point de s'engager sérieusement avec les corps français en retraite d'Arcis à Vitry. Cette opinion était tellement accréditée que Schwarzenberg avait cru devoir se rendre avec son chef d'état-major général, le feld-maréchal lieutenant comte Radetzky, il Saint-Ouen, afin de pouvoir diriger les opérations et les mouvements de ses lieutenants.

A 1 heure de l'après-midi, rassuré sur ce qui se passait îi sa droite et sur son front, Schwarzenberg revenu à Dampierre, y dicta une disposition qui, conforme dans ses lignes principales h celle des dispositions de la veille établie en prévision d'un mouvement des Français sur Vitry, n'en différait que par certains points de détail et ne put d'ailleurs être mise h exécution.

Décidé à concentrer toute son armée sur Vitry, le généralissime attribue au V® corps la position de Bussy-aux-Bois. L'avantgarde de Wrède aurait dans ce cas fouillé le bois de l'Argentolle, occupé Saint-Genest, Saint-Rémy-en-Bouzemont, Arrigny et envoyé des partis dans la direction de Larzicourt et de Blaisesous-Hauteville. Le IV" corps aurait été chargé de pousser sur Saint-Chéron et de tenir ses avant-postes à Courdemanges, Chî\tel-Raould et Biaise sous-Arzillières. Le VI® corps se serait formé en deuxième ligne à l'est du Meix-Tiercelin où il aurait campé; son avant garde serait allée jusqu'à Sompuis pour surveiller les routes de Coole et de Poivres-Sainte-Suzanne et se serait reliée par Les Fenus avec les troupes avancées du III** corps dont le gros serait venu à AUibaudières. Les gardes et réserves, appelant à elles leurs réserves d'artillerie, se seraient massées h Chapelaine-sous-Margerie où le généralissime comptait établir son quartier général*.

Peîidant que Schwarzenberg et Radetzky rédigeaient cetle disposition, Diebitsch, envoyé par Barclay de Tolly, rejoignait le généralissime à Dommartin-leCoq. Au moment où les réserves avaient commencé leur mouvement, Barclay avait en eff*et reçu d'Ocharoff*sky, outre l'avis de la prise du parc de Macdonald et

^ Prince de Schwarzenberg, Dampierre, 23 mars, 1 heure après-midi. Dispositions pour le 23 mars.

la contiriiialioii de la marche des Français sur Vilry, des dépêches de Berlhier à Macdonald, trouvées sur un courrier enlevé par les cavaliers d*Ocharoffsky*. Dans ces dépèches, Berlhier annonçait au duc de Tarente que TEmpereur avait passé la nuit à Longchamp, que sa cavalerie était déjà entre Saint-Dizier et Joinville et lui ordonnait d'accélérer sa marche pour passer au plus vite la Marne*. Après avoir fait publiquement part au généralissime du succès remporté par Ocharoffsky, le quartier-maîtro général de Barclay le pria d'entrer avec lui et Radetzky dans une maison où il leur montra le billet du major-général.

S'il faut en croire la relation de Diebitsch à Jomini, relation qui a le grave inconvénient d'avoir été rédigée trois ans après les événements, ce serait au général russe que reviendrait l'honneur d'avoir modifié les idées du généralissime et d'avoir fait décider la jonction avec Blùcher. D'autres documents, absolument irréfutables, puisqu'ils ont été l'édigés sur les lieux mêmes, permettent toutefois de rétablir les faits et d'attribuer à chacun la part qui lui revient. Ce ne fut pas en eftet à Dommartin que le généralissime, ébranlé par l'éloquence et les dépèches de Diebitsch, prit une résolution définitive, et c'est tout au plus si l'on peut laisser au quartier-maître général des réserves russes et prussiennes, l'honneur d'avoir été chargé « de porter de Dommartin à Barclay deTolly et à Wrède l'ordre de continuer leur marche sur VitiT*. »

Du reste, on avait reçu dans l'interN'alle, à Pougy, des renseignements bien autrement importants, et Diebitsch, après avoir conféré pendant une demi-heure avec le généralissime, venait h peine de s'éloigner que des officiers, envoyés par l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, apportaient à Schwarzenbei'g Tin • vitation de se rendre au plus vile au conseil de guerre réuni par ordre du tzar.

« Taxis, Tagebuch (A'. K. Kriegt Archir., XIII, 3i), et lettre du génénl Diebitsch au général baron Jomini. Mobile w, 9/21 mai 1847 {Arehivet de la guerre.)

' Relation de Diebitsch. (Archives de la guerre).

» Relation de Diebitsch. (Arehivet de la guerre.)

cf J*acccdai avec plaisir, dit Diebitsch, à la marche sur Vitry ». Et il ajoute un peu plus loin : « Je portai moi-même Tordre à Barclay et à Wrède. >•

Pendant l'absence de Schwarzenberg, on avait reçu à Pougy l'avis de la jonction, h Poivros-Sainte-Suzanne et à Mailly, de Tavant-garde de Winzingerode et de la cavalerie de Pahlen, de la présence du gros de cette avant-garde (8,000 chevaux et 40 bouches à feu) h Vilry, de la marche du corps de Woronzoff do Reims sur Chàlons où le général russe espérait arriver le jour même; enfin, de Toccupation de Sommesous par Tchernitcheft et de Soudé-Sainle-Croix par Tettenborn. Les corps de Langeron et de Sacken suivaient à peu de distance ce premier échelon. York et Kleist étaient à Chûteau-Tierry, et Bûlow du côté de Soissons. On savait donc que l'armée de Silésie, sortie de son immobilité, était h peu de distance des positions de la grande armée. Les Alliés étaient désormais maîtres des routes menant à Paris.

Un document plus précieux encore et dont l'existence est incontestable, bien qu'on n'en retrouve aucune trace dans la Correspondance, avait enfin révélé aux souverains alliés la difection prise par l'Empereur et la résolution extrême à laquelle il s'était arrêté. Le 22, dans l'après-midi, le lieutenant Redlich, de la légion hanséatique, avait, avec une des patrouilles de Tettenborn, enlevé un courrier porteur d'une lettre de l'Empereur h Marie-Louise :

« Mon amie. J'ai été tous ces jours-ci à cheval. Le 20, j'ai pris Arcis-sur-Aube. L'ennemi m'y attaqua h 8 heures du soir, le même jour; je l'ai battu et lui ai fait perdre 4,000 hommes. Je lui ai pris 2 pièces de canon et 2 obusiers abandonnés.

« Le 21 , Tarmée ennemie s'est mise en bataille pour protéger la marche sur Brienne et Bar sur-Aube. J*ai pris le parti de me porter sur la Marne afin de poitsser les armées ennemies plus loin de Paris et de me rapprocher de mes places. Je serai ce soir J^ Saint-Dizier. Adieu, mon amie, embrassez mon fils. »

La copie de cette lettre, transmise par Tettenborn à Blûcher, qui fit parvenir l'original aux avant-postes français, fut immédiatement envoyée à Pougy où la dépêche suivante du baron Fain à l'Impératrice, interceptée également par les coureurs, devait arriver peu après :

« Madame, L'Empereur, qui vient de se jeter sur son lit, m'ordonne d'expédier une estafette pour annoncer à Votre Majesté que

« L^ brait ^ réfiaod qsi^ DOtnsr ciTalene lifs^j^ a pn> qd pEinr d« SOO voîlare». !>' t«iiip§ e§t loajoars trH beao. H quoique l'arméi^ D ait ftnivi qcKr d^ roates de trar^ne poor rieiûr d*Aras à Vitnr, iui marche n'a rencontré aaoïD obstade.

« Je suis etc. *. *

On arait donc la preare manifeste, la oonfinnatîon absoloe do moaTement de IXmpereor; on connaissait les positions que. grikce k la rapidité de sa marche, à la lentear de la ponrsaîte. aox héiûtations des Alliés, son armée avait réussi à atteindre. U; doute n'était plus permis; mais les circonstances étai^it tellement graves que le tzar résolut d'assembler immédiatement un conseil de guerre et de faire courir après le généralissime des officiers chargés de le ramener au plus vite.

A 3 heures de Taprés-midi. le conseil de guerre est réuni à Pougy chez Tempereur Ale\andre. Le roi de Prusse, Schwarzenberg, Radet/ky, le prince Wolkonsky, quelques généraux autrichiens appartenant à Tétat-major général de Tannée prennent f(^fuls parts à cette délibération à laquelle on n'a convoqué ni Rarclay de Tolly, ni Toll. Knesebeck, malade et alité, est resté à Bar-sur-Aube, quartier général de l'empereur d'Autriche. Les

* DorameDU eolerét à rennenii en 1814. (Arekires topoçraphiqmet de SaôU- PiUrtbourg, n* 47,345,) Bien qn'il n'existe ancane trace de ces dea\ lettres, ni aax archives de la fuertz, ni aax archives nationales, leur existence est néanmoins établie par platiears pièces des archives de la guerre. C'est d*abord radjodant'Com mandant Miclial, commandant à La Ferté-soos-Jooarre qui, à U date du 33 mars aa soir, annonce an Ministre de la guerre qu'il a reço à 8 heures du soir une lettre pour l'Impératrice, envoyée par Blûcher et apportée par un aide de camp de Kleist. Deux jours plus tard, le même officier rend crimpte de la conversation qu'il a eue avec le major de Watzdorf, aide de camp de Kleist, venu le 23 au soir en parlementaire « pour me remettre la lettre à Sa Majesté l'Impératrice, qui avait été interceptée et que je vous ai adressée, r Enfin, on trouve encore à la date du 25 mars (minuit et 1 heure du matin) deux dép^ch^ de Ciarke adressées Tune à l'Empereur, Tautre à l'archichaocelicr. Dans la première, il informe Napoléon que l'estafette que l'Empereur a fait partir a été interceptée. Il transmet à l'archichancelier la lettre fermée de liliîcher ii l'Impératrice. L'archichancelier la remettra à Marie>Loui>e s'il le juge convenable. La deuxième constate l'onvoi à l'archichancelier de la lettre en question apportée de La Ferté-sous Jouarre par un officier porteur de la lettre de Tadjudant-commandant Blichal dont il a été question plus haut.

nouvelles qu'on vient de recevoir n*ont cependant pas ramené lo calme dans les esprits et les opinions les plus diverses se manifestent dès le commencement de la discussion. Chacun sait que le moment est critique et qu'il s'agit de prendre une résolution décisive dont nul ne semble se soucier d'assumer la responsabilité. Bien qu'on sache pertinemment h quoi s'en tenir sur les intentions et les mouvements de l'Empereur, on y débat avant tout la question de savoir si l'on doit se reporter rapidement en arrière et essayer par une marche parallèle à l'armée française, de se replier sur Vendeuvre, Bar -sur-Seine et Châtillon. Mais la route de Chaumont et de Langres est déjà au pouvoir de l'Empereur, et son armée a une avance de deux marches sur la grande armée.

Au moment où l'on discute à Pougy, les Alliés ont déjà perdu leurs communications avec la Suisse et, dans l'impossibilité de prévenir l'Empereur sur le plateau de Langres, puisqu'il pouvait être le 23 à Joinville et le 24 à Chaumont, on rejette l'idée d'un mouvement dont la réussite était plus que douteuse, dont l'exécution eût, en tout cas. coûté trop cher. Mais on y renonce, moins parce qu'il aurait fallu battre dans ce cas en retraite jusqu'au Rhin, abandonner à elle-même l'armée de Silésie, sacrifier les magasins, les dépôts, que parce qu' « on craint la démoralisation de t armée et le soulèvement général des populations » . Il fallait cependant prendre un parti, et puisqu'on avait laissé l'armée française exécuter son mouvement de l'Aube à la Marne, il semblait naturel de renoncer à la rejoindre et de faire prendre au plus vile, aux corps de la grande armée, le chemin de Paris. On n'y songea même pas. On se résigna à abandonner momentanément la ligne de communication avec le Haut-Rhin et Bâle; on résolut de se réunir à Châions avec l'armée de Silésie et de pousser ensuite vivement, de concert avec elle, sur les traces de l'Empereur. Les deux armées réunies manœuvreront sur les derrières et sur les flancs de l'Empereur, et la nouvelle ligne d'étapes et de communications de la grande armée sera par Laon et les Pays-Bas. « Tel était, dit à ce propos le général von Bismarck, le fond de ce pian enfanté par la perplexité. On craignait d'être battu par l'Empereur en se retirant par la ligne la plus directe. Pour l'éviter, on choisit une autre direction. »

pendant la journée du 23. Crenneville, qui avait passé la nuit à Nozay et à Saint-Étiennc-sous Barbuisse, reçut Tordre d*y rester. Il en fut de même pour la brigade Spleny qui occupait Arcis. La brigade Grimmer fut envoyée îi Villelte et h Ormes ; un régiment d'infanterie continua à garder Torcy-le-Grand et Torcy-le-Petit. Sur la rive droite de TAube, les chevau-légers de Rosenberg ne dépassèrent pas une ligne allant du Chêne h Allibaudières. Bien qu'il n*y eût plus aucune troupe française du côté de Troycs, Fresnel y attendait encore, avant de se porter sur Arcis, Tarrivée du fcld-maréchal-lieutenant prince Maurice Liechtenstein, chargé de le relever. Ce fut vers le soir seulement que, sur Tordre du généralissime, le 111^ corps commença son mouvement dans la direction de Mailly.

Les quelques heures qui s'étaient écoulées n'avaient cependant pas été perdues pour les Alliés et, sans parler encore des nouvelles positives données par Ocharoflsky et par Teltenborn, de ces nouvelles qui, reçues dans Taprôs-niidi, exerc^^ent une influence considérable sur les décisions du conseil de guerre de Pougy, le combat de Sompuis avait suffi pour décider Wrcde à appliquer celle des dispositions du généralissime ayant trait h la marche éventuelle des Français sur Vitry et à en faire part au prince royal de Wurtemberg et à Barclay de Tolly. Aux termes de cette disposition, toutes les troupes devaient, on s'en souvient, commencer leur mouvement à 9 heures précises.

Marche du IV* corps. — Informé ù Dampierre de la retraite d'Oudinot, le prince royal de Wurtemberg avait aussitôt fait avancer son avant-garde. Au moment où le prince la rejoignait avec sa cavalerie légère et les hussards archiduc Ferdinand, les arrière-gardes de Macdonald dessinant un retour offensif avaient attaqué et repoussé les avant-postes établis de Dampierre jusqu'à Grandville. L'entrée en ligne de la cavalerie légère obligea les Français à se replier sur Trouan-le-Grand. Se croyant trop faible pour s'engager avec la cavalerie de Macdonald, le prince royal * s'arrêta sur les hauteurs de Dosnon, suivant de Tœil la marche en retraite du gros de Macdonald. 11 attendit sur ce point Tarri-

^ Starkb. KintheiluDg und Tagesbegebcnheiten der Ilaupt-Armee im Monate Mîirz. (K, K. Kriegs Archiv., III, 4.)

vée de la cavalerie russe du VI® corps et des cuirassiers autrichiens de Nostilz qui, venant de Ramerupt et retardés au passage du ruisseau de Puits, ne le rejoignirent que lorsque le gros des corps de Macdonald avait déjà pris une avance considérable. Le prince royal s'était borné pendant ce temps à canonner l'arrièregarde qui se relira sans combattre sur Sompuis, dès que la cavalerie alliée déboucha en avant de Trouan-le-Grand. De Sompuis, où il arriva après midi, le prince royal continua la poursuite dans la direction de Vitry. Son infanterie le suivait de si loin, que ce fut vers minuit seulement qu'elle arriva au bivouac a Sompuis. La cavalerie du prince royal avait été arrêtée vers le soir par les batteries françaises établies à Huiron \

Houvement du VI* corps. — La cavalerie de Pahlen se relie à Hailly avec la cavalerie de Tarmée de Silésie. — Le

VI® corps et la 2« division de cuirassiers russes qui, avec le IV® corps, avaient passé le 22 sur la rive droite de l'Aube, avaient quitté Dosnon dans la matinée du 23. Pahlen avec Tavant-garde de ce corps s'était dirigé vers Mailly et Poivres-Sainte-Suzanne. Ses patrouilles, en arrivant à Sommesous, y rencontrèrent les Cosaques de Tettenborn. On eut de la sorte connaissance de rapproche du corps de cavalerie de Winzingerode et avis de la jonction prochaine avec Tarmée de Silésie*.

Cette jonction était d'ailleurs un fait accompli à partir de ce moment, puisque Tchernitcheff et Tettenborn allaient atteindre le jour même Sommesous et Soudé-Sainte-Croix et que le gros du corps de Winzingerode était h Vatry.

Houvement du V* corps. — Affaire de Courdemanges. —

Pendant que les trois corps de l'aile gauche placés sous les ordres directs du prince royal de Wurtemberg, avaient, en exécutant ces quelques mouvements, permis à Macdonald de gagner du terrain ' et d'effectuer une retraite qu'il eût été cependant aisé de lui couper, à l'aile droilc Wrède avait, dès 9 heures, continué à

* Starke, Ëintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Marz. (K. K, KriegiArckiv,, III, i.) </d. inibid., III, 1.

» Taxis, Tagebuck. (/6id., XIII, 31.)

Weil. — III. 33

se diriger vers Les Perlhes, précédé dans la direction de Courdemanges par la cavalerie de Frimont. Cette cavalerie, avec laquelle Wrède lui-même s'était porté en avant, rejoignit la cavalerie d'Ocharoffsky sur les hauteurs au nord-est d*Humbauville. A midi, Wrède et Frimont étaient aux Perthes, côtoyant la retraite du corps de Macdonaid. Comme le prince royal, Wrède crut imprudent d'attaquer sérieusement les colonnes françaises avant l'arrivée de son infanterie qu'il espérait voir déboucher d'un moment à l'autre. Mais la tête de colonne d'infanterie du V« corps n'était arrivée aux Perthes qu'après 2 heures de l'après-midi et Wrède dut se résoudre à ne faire filer que la cavalerie de Frimont sur Courdemanges occupé par les troupes de Ney chargées de recueillir les corps de Macdonaid, d'Oudinot, de Gérard et de leur assurer le passage de la Marne.

A ce moment, l'infanterie française des 2», 7« et 11® corps, suivie par la cavalerie du IV« corps, était en pleine retraite sur Huiron* qu'elle occupa pour couvrir son passage ù Frignicourl. Wrède, qui ne disposait à ce moment que d*un bataillon de chasseurs autrichiens, poussa sur Courdemanges sa cavalerie précédée par les hussards archiduc-Joseph. Arrêtés par le tir de l'infanterie française, les hussards durent se borner à occuper les hauteurs a l'ouest de Courdemanges d'où ils pouvaient observer les mouvements des maréchaux*. Quand l'infanterie du V« corps, retardée en route par les mauvais chemins, rejoignit la cavalerie, il était trop tard pour rien entreprendre de sérieux contre les Français.

Les bagages, l'artillerie de réserve, une grande partie de la cavalerie française avaient passé sur la rive droite vers la fin de la journée. Le reste des troupes traversa la rivière pendant toute la soirée et une partie de la nuit. A minuit, Wrède fait enlever Huiron et Courdemanges par les chasseurs autrichiens, et deux bataillons d'infanterie de Szeckler s'établissent sur les hauteurs qui s'élèvent

' StVrke, EiDthcilung und Tageâbegebenheiten der Ilaupt-Armée im Monatc Blarz {K. K. Krieyt Arehiv,, 111, i), et feld-maréchal comte Wrède, Relation des combats du ià mars 1814 (Ibtd., 111, 427); — Sébastiani aa major-général. Huiron, 23 mars, 6 heures du soir, et général Neigre an major-général, Frignicourt, 23 mars tArchivet de la guerre),

* Macdonaid, ordres, Frignicourt, 23 mars, 1 1 heures du soir. (Archives de la guerre,)

à l'est de ce dernier village. Les corps français ont échappé miraculeusement à une destruction presque certaine. Oudinot et Gérard avec le quartier général de Macdonald passent pendant la nuit la Marne à Frignicourt et se dirigent sur Luxemont et Villotte. Le corps de Molitor a ordre de venir bivouaquer en avant de ce village. Mais Tencorabrement et la rupture des ponts d(^ Frignicourt retardent cette opération, et le 24, à 4 heures du matin, Tinfanterie n'est pas encore arrivée à Villotte et rartillerie est encore en Irain de passer la rivière *.

Les troupes avancées du V* corps s'établirent dans la nuit au bivouac aux environs de Courdemanges et la cavalerie légère de la garde russe s'arrêta entre Somsois et La Verpillière. Une de ses patrouilles poussa même sur la droite de la Marne jusqu'à Montcetz-l'Abbaye où elle vint donner contre un gros parti de cuirassiers français qui l'obligèrent à repasser la rivit^^re. Elle avait toutefois réussi à apprendre que, d'après les bruits qui couraient dans l'armée française, l'Empereur comptait se porter d(; Saint-Dizier sur Metz.

Mouvements et positions des gardes et réserves. ~

Barclay de Tolly, aussitôt après avoir reçu la deuxième disposition, s'était mis en marche de Jasseines sur Saint-Chéron. Rejoint en route par une dépêche de Wrède dans laquelle le feldmaréchal, lui faisant part de son intention d'attaquer Macdonald en retraite sur Vitry, lui demandait des renforts de cavalerie, Barclay lui avait envoyé aux Perthes le général prince Galitzine

' Macdonald à Ney, ViUotte, 2i mars, 4 heures da matio. (Ibid.) Daoâ le* rapport qu'il adressait au major-géoéral de ViUotte, le 24 mars, à 4 heures du matin, Macdonald écrivait: «J'ai été pour ainsi dire enveloppé tout le jour et forcé de combattre jusqu'à i 1 heures du soir lorsque j'ai pris position sur les hauteurs de Vitry. Pendant ce temps, les parcs et l'artillerie filaient; mais Votre Altesse peut comprendre le désordre de troupes et de chevaux harassés de fatigue, marchant depuis deux jours dans une plaine aride. Le pont rompu plusieurs fois a encore augmenté les embarras. Le prince de la Mo^kowa l'a si bien senti qu'il m'a promis de rester en position jusqu'à ce que mes corps soient ralliés à Villotte et aient pris quelques heures de repos ; mais je ne crois pas avoir trop de la demi-journée pour cette opération. » {Archives de la guerre. )

Remarquons de suite que Ney ne put, en présence des ordres formels du major- général, rester sur ses positions et dût continuer sa marche sur Saint- Dizier.

vers Saint-Mihiel et reviendra de Bar-le-Duc à Saint-Dizier où il devra être rendu le 24 avant H heures du soir*.

Pendant que la cavalerie française exécute ces ordres et se répand de tous côtés, que Pire envoie à TEmpereur des renseignements sur les forces dont les Alliés disposent à Chaumont, Langres et Nancy, et enlève à Mathons 8 officiers, 50 hommes et 70 chevaux d'un détachement de gardes du corps cantonnés dans ce village', l'Empereur dicte au duc de Bassano une note dans laquelle il résume et fixe les quatre partis qu'il lui était possible de prendre :

« 1» Partir de Saint-Dizier à 2 heures du matin, être à Vilry à 8 heures et attaquer Tennemi ;

« 2» Partir le 24 de bonne heure et se porter par Bar-le-Duc sur Saint-Mihiel, en occuper le pont le 24 pour assurer la communication avec Verdun, y passer la Meuse, aller à Pont-à- Mousson, y rallier les 12,000 hommes tirés des places, chasser au delà des Vosges le corps qui est à Nancy et donner une bataille en ayant Melz pour ligne d'opération ;

« 3^ Se porter le 24 sur Joinville et Chaumont, d'où il prendrait sa ligne sur Bar-sur-Aube et Troyes;

u 4® Aller sur Brienne ou Bar-sur-Aube, en passant par Vassy, pour arriver le 24 très près de Bar-sur-Aube.

<c Le plus raisonnable de ces projets, écrit encore l'Empereur, parait être celui qui s'appuie à Metz et à mes places fortes et qui approche la guerre des frontières*. »

On peut donc, à bon droit, prétendre que l'Empereur aurait entrepris le mouvement sur Saint-Mihiel et Pont-à-Mousson, si les nouvelles reçues h Saint-Dizier, vers la fin de la journée du 23, ne lui avaient signalé la marche de la grande armée alliée sur Vitry, ne lui avaient pas montré que les Alliés n'avaient que peu de monde h Langres, Chaumont et Bar-sur-Aube. Il renonça donc momentanément aux mouvements sur les places de la Lor-

' Correspoiidafice, u^ 21536 et Registres de Berthier : ordres à Saint-Germain, Pire et Maurin, 23 mars, 4 heures et 4 heures 1/2 du soir. {Archives de la guerre.)

* Pire au major-géuéral, 23 mars, 7 heures 1/2, 8 heures et 9 heures du soir. {Ibid.)

' Correspondance, n^ 21,538.

- Ml -

raine et prit la résolution de se porter de Saint-Dizier sur Colombey-les-Deux-Églises et Bar-sur-Aube.

Panique sur les derrières des Alliés. — La marche rapide* de la cavalerie française des environs d'Arcis, d'une part jusqu'au delà de Joinville, de l'autre jusqu'à Ligny, n'en avait pas moins causé une véritable panique sur les derrières des Alliés.

Avant même que Schwarzenberg * n'ait eu la possibilité d'informer l'empereur d'Autriche et le général de Raigecourt de la direction prise par l'armée française, la rumeur publique et le changement soudain d'attitude des populations avaient déjà alarmé et le quartier impérial de Bar-sur-Aube et le commandant de place de Chaumont. A la sécurité absolue dans laquelle se complaisait l'empereur François, uniquement occupé à écouter les rapports des plénipotentiaires revenus de Chàtillon, succéda tout à coup, d'abord une vague inquiétude, puis une terreur irraisonnée. On se préparait, en eflet, à quitter Bar sur-Aube pour transférer le quartier impérial h Vendeuvre et à Troyes, lorsqu'on apprit que la cavalerie française et des bandes de paysans armés occupaient la forêt de Soulaines*.

Pendant qu'on chargeait les voitures, qu'on se demandait si l'empereur d'Autriche ne courait pas le risque d'être enlevé, on envoya en toute hslte sur Doulevant et Colombey-les Deux-Églises les quelques escadrons de hussards dont on disposait à Bar-sur- Aube. Mais ces partis ne tardent pas à revenir sur leurs pas sans avoir pu se procurer des renseignements. Les nouvelles qu'on a reçues de Chaumont ne font qu'accroître les craintes et les préoccupations de l'entourage de l'empereur. Les dépèches de Raigecourt au feld-maréchal-lieutenant Kutschera sont loin d'être rassurantes. Dès le 21 au soir, alarmé par la fausse nouvelle de l'entrée des Français à Chûlons, le général a poussé quelques petits partis dans la direction do Joinville. Le lendemain, au bruit de l'apparition d une grosse colonne de troupes françaises aux environs de Vitry, Raigecourt, qui n'a que peu de monde avec

* La dépêche de Radf^tzky à Raigecourt, du 23 mars, n'arrivera à Chaumont que le 24 mars au matin.

« Taxis, Tagebuch. (AT. K. Kriegs Archiv., XIU, 32.)

lui, fait partir un délachement de dragons de Rosenberg avor ordre de communiquer avec le commandant de cette place.

Un escadron de hussards et un escadron de chasseurs volontaires badois qui servaient jusque-là d'escorte au grand-duc de Bade, partent peu de temps après les dragons et filent, les uns vers Joinville, les autres vers Bar sur-Aube.

Derrière eux, le bataillon préposé à la garde du parc va occuper les ponts les plus rapprochés de Chaumont et quelques points importants au débouché des routes de Joinville et de Bar-sur- Aube. Le bataillon de landwehr, en garnison à Chaumont, doit se mettre en route et a pour mission de disperser les bandes de paysans armés signalées du côté de Clairvaux*. Il ne reste plus à Chaumont qu une compagnie d'infanterie wurtenibergeoisc qui vient d'y arriver. Pendant que Raigecourl se demande comment il parviendra à tenir à Chaumont, à couvrir le départ de son souverain, des parcs, des convois et des bagages si Napoléon accélère sa marche, si les populations se soulèvent à son approche, le feld-maréchal lieutenant Kulschera, aide de camp de l'empereur d'Autriche, lui fait tenir l'ordre de diriger sur Langres, Vesoul et BAle, Ions les bagages, tous les impedimenta accumulés à Chaumont. « La panique, dit h ce propos Taxis', est aussi grande à Bar-sur-Aube qu'à Chaumont. » Le désordre et la confusion augmentent à mesure que la nouvelle de la marche de l'Empereur se confirme. L'évacuation des impedimenta s'exécute avec une telle précipitation, la terreur est si générale sur les derrières que, pour ne citer qu'un exemple, la voiture à bagages de l'état-major du V® corps fila presque sans s'arrêter jusqu'à 3 lieues en arrière de Bàle.

L'existence réelle ou supposée de bandes armées dans la forêt de Soulaines, décida même Schwarzenberg et Barclay de Tolly à réunir au plus vile à Brienne le parc de munitions de réserve et les convois administratifs.

Escortés par le général baron Rosen *, dont le détachement se

* Feldzeugmeister Duka au prioco de Scliwarzenberg, Bar-sar-Auhe, 23 mars {K.K. Kriegs Archiv., III, 434), et général comte de Raigeconrt au feld-marécbal lieutenant Kulschera, Chaumont. 23 mars. (Ibid., III, 43i a.)

» Taxis, Tagebuck. {Ibid., XIII, 32.)

' Journal d*opérations de Barclay de Tolly (Arcti. lopographiques, n« 29188),

compose du régiment Preobrajensky, des cosaques de Riebinin et des cosaques de Kaïssaroff, ces convois doivent suivre, de Chaumont sur Langres, le mouvement général de retraite des autres échelons que Raigecourt a ordre de faire filer au plus vite.

Les nouvelles reçues dans Taprôs-midi du 23 mars par Raigecourt avaient encore augmenté l'inquiétude qui régnait au quartier général à Chaumont.

Un rapport envoyé au capitaine Zadubsky,des dragons de RosenbergS parle commandant de place de Joinville, annonçait l'arrivée de la cavalerie française ii Rachecourt-sur-Marne. Peu de temps après, Knesebeck envoyait à Raigecourt un chasseur prussien qui, sVtant enfui de Saint-Dizier lors de la prise de cette ville par la cavalerie française, était chargé de lui rendre compte des événements dont il avait été témoin et de la défaite des troupes prussiennes qui, arrivées à Nancy le 21, avaient été culbutées et poursuivies vivement jusque vers Joinville*.

Enfin h 7 heures du soir, Raigecourt adressait au feld-maréchal lieutenant Kutschera une nouvelle dépêche : « La cavalerie française dépassant Joinville, est arrivée à peu de distance de Vignory. » Et il ajoutait : « Ne connaissant pas les intentions de l'ennemi et n*ayant que quelques cavaliers, je vous prie de me mettre à même de me garantir contre un affront de la part de l'ennemi '. »

Dans ces conditions, il est naturel que le généralissime ait cru de son devoir de conseiller à son souverain de quitter Bar-sur- Aube * et d'aller établir son quartier général à Dijon. Le conseil était prudent et sage. L'empereur François I®*" avait à peine quitté Bar-sur-Aube depuis quelques heures que les cavaliers français y entrèrent. C'est donc à tort qu'on a attribué à Schwarzenberg

et ordres donnés au générai Roseo, Pougy, 23 mars (Journal des pièces expédiées, 11" 215 et 22i).

* Domine au capitaine Zaïlabsky, Joinville, 23 mars. (A^ K. Kriegs Archiv. , m hZi e.)

' Le général von Knesebeck au général-major comte de iiaigecourt, 23 mars. (Ibid,, III. 431 f.)

' Le général comte do Raigecourt au feld-marécbal lieutenant Kutschera, Chaumont, 23 mars. {K. K. Kriegs Archiv., III. 431 g.)

* Schwarzenberg à l'empereur d'Autriche, Pougy, 23 mars, 5 heures du soir.

Wtii. — ui. 33

l'arrière-ponsée d'avoir voulu, dans un but intéressé, éloigner son souverain de la grande armée.

Sa présence aurait d'autant moins pu arrêter et modifier le cours des événements, que la proclamation du généralissime aux soldats des armées alliées, la rupture du congrès de Châtillon, la déclaration collective /édigée au nom des puissances coalisées à la suite de la dernière séance du congrès, excluaient d'une façon absolue la possibilité d'un arrangement pacifique, d'une solution amiable intervenant avant Tanéantissement de l'armée française et la^ chute de TEmpereur.

OPÉRATIONS DE l' ARMÉE DE SILÉSIE DU 18 AU ^3 MARS.

18 mars. — L'armée de Silésie reprend son mouvement.

— Pendant que le généralissime laissait passer l'occasion de recueillir les résultats que ne pouvait manquer d'amener une action énergique et générale de la grande armée pendant les journées des 21 et 22 mars, Blùcher, dont Tarméc était restée immobile entre l'Aisne et la Marne du 15 au 17 mars, Bliicher informé le 17 au soir de la marche de Napoléon de Reims vers TAube avait enfin fait donner à ses corps l'ordre de reprendre leur mouvement. Mais le vieux feld-maréchal était encore loin d'être remis. Gomme l'écrit le général von Bismarck *, la maladie de Blùcher avait réduit Tarmée de Silésie à une inaction dont elle ne devait guère plus sortir. L'action personnelle de Blùcher continuera à lui faire défaut, et la bataille de Laon aura été pour elle, à proprement parler, la dernière action sérieuse de la campagne.

Cependant, lorsqu'ils surent de façon positive qu'on n'allait plus avoir allaire qu'à Marmont et h Mortier, Gneisenau et Miiffling s'étaient décidés h mettre fin h l'immobilité des 6 corps de l'armée de Silésie. Le 17 au soir, on soumit et on fit approuver au feldmaréchal un ordre qui, concentrant la presque totalité de l'armée de Silésie sur la route de Laon î\ Berry-au-Bac, rapprochait difiérents de ces corps de ceux postés à l'aile gauche. Winzingerode et Langeron, qui forment cette aile gauche, doivent se

' (jcnêral-lieutenant vox Bismauck, Aufzeicknungen. « Bliicher, ùcrit le général vou Bismarck, était encore tellcMneut souiïraot que jusqu'à la fin de la campague, il ne put suivre les opérations qu'en voiture. »

porter des environs d'Aippes, le premier jusqu'à Amit'ontaino, le second jusqu'à Ramecourt. A leur droite, Bûlow reviendra sur Laon, pendant que Sacken ira d'Ardon et de Festieux à Corbeny. York et Kleist les précèdent et se dirigent, le premier en suivant la grande route sur Berry-au-Bac, le second plus à droite sur Pontavert. Ces deux corps sont chargés de déloger Marmont des positions qu'il occupe sur la rive gauche de l'Aisne. Afin de faciliter leur entreprise, la cavalerie légère de Tchernitcheff a ordre de passer l'Aisne le 18 mars à 9 heures du matin en un point situé entre Asfeld-la-Ville et Berry-au-Bac et de déborder la droite des Français.

Affaire de Berry-au-Bac et de Pontavert. — Mouvement tournant de la cavalerie de Tchernitcheff. — Kleist n'avait pas attendu le jour pour commencer son mouvement. Il avait encore, dans la nuit du 17 au 18, fait partir pour Pontavert deux bataillons d'infanterie et une compagnie de pionniers avec l'ordre d'y jeter immédiatement un pont. Le manque de matériel retarda tellement ces travaux que le pont était à peine ébauché lorsqu'une batterie française, établie sur une position bien choisie et couverte en avant par des tirailleurs, ouvrit le feu à la pointe du jour et obligea les Prussiens à renoncer à leur entreprise. Le duc de Raguse avait eu tout le temps de se préparer à cette attaque. Ses mesures étaient prises. Le pont de Berry-au-Bac était miné. Ses troupes occupaient de bonnes positions sur la rive gauche de l'Aisne qui domine et commande la rive droite dans cette partie du cours de la rivière.

Malgré son infériorité numérique, il était décidé à tenir tant que sa ligne de retraite ne serait pas menacée. Il importe d'ajouter d'ailleurs que le 18 au matin, Mortier, se conformant aux ordres de l'Empereur (Épernay, le 17 mars), était arrivé à Reims avec deux de ses divisions et la cavalerie de Roussel. Le duc de Trévise n'avait laissé derrière lui que Charpentier qu'il avait chargé de surveiller la basse Aisne jusqu'à Compiègne et auquel il avait prescrit de se porter sur Fismes dans le cas où les Prussiens se seraient complètement éloignés de Soissons*.

* Marmont au major-général. Cormicy, 18 mars. 8 heures i/â du matin ; Mortier au major-général. Reims. 18 mars, 8 heures 1/2 du matin, et Belliard an major-général. Reims, 18 mars. {Archives de la guerre,)

En arrivant à Berry-au-Bac, Tavanl-garde d'York avait, par suite, comme celle de Kleisl à Ponlavert, trouvé la division Ricard si solidement installée sur la rive gauche, qu'après avoir procédé lui-même à une reconnaissance rapide des positions, au lieu de brusquer une attaque qui lui aurait coûté trop de monde, York résolut d'attendre l'entrée en ligne de la cavalerie de Tchernitcheft' et Tedet produit par son mouvement tournant. De son côté, Marmont avait tout lieu de penser que sa droite ne courait aucun danger. Il avait donné Tordre de détruire tous les ponts de la Retourne et de la Suippe, de brûler celui d'Asfcld, et il avait même reçu un rapport lui annonçant que ses ordres étaient exécutés '. N'ayant de craintes que pour sa gauche, supposant que l'attaque de Kleist sur Pontavert avait pour unique objet de détourner son attention du point où se produirait le véritable effort, il avait placé la plus grande partie de son infanterie et la grosse cavalerie de Bordesoulle sur les hauteurs de Roucy.

A 2 heures de l'après-midi, la cavalerie de TchernitchefF n'avait pas encore paru. Y'ork, impatienté par cette longue attente, voyant que la journée tirait à sa fin sans qu'on ait pu obtenir le résultat désiré, venait d'envoyer l'ordre de forcer le passage, au moment même où Ricard, se voyant menacé sur sa droite, faisait sauter le pont de Berry-au-Bac et se mettait en retraite sur Pontavert et Roucy.

Parti de Prouvais le 18 au malin, Tchernitcheff avait trouvé le pont d'Asfeld détruit; il avait dû remonter jusqu'il Balham pour venir passer la Retourne h Poilcourt, la Suippe à Ponlgivart. Laissant Berméricourt à sa gauche, il avait fini par s'approcher, vers la fin de l'après-midi, de la route de Reims, et par pousser dans la direction de Cormicv, chassant devant lui la cavalerie française. « La cavalerie russe a débouché avec une grande vigueur, écrit Marmont ù Mortier, et a culbuté ma cavalerie légère. » Toujours prêta trouver des excuses quand il s'agit de justifier et d'expliquer ses mouvements, le duc de Raguse prétend, il est vrai, dans la même dépêche, qu'à son grand étonnement, il avait su qu'un corps d'armée avait passé la Suippe et marchait sur son flanc et ses derrières, alors qu'il ne s'agissait, en réalité,

^ iMarniont à Mortier, Fismes, 18 mars, li heures 1/2 da soir. (ÀrcfUvet dô la guerre.)

que d'un millier de chevaux. « Nous arriv«1mes, dit Benkendorf, dans la plaine, entre Corniicy el Berry-au-Bac, au moment où Tarriôre-garde française, composée de 1500 hommes d'infanterie, de 600 lanciers polonais et de trois pièces de canon, faisait sauter le pont et arnMait les corps prussiens d'York et de Kleist, postés sur l'autre rive.

« Le général Tchernitcheft m'ordonna d'attaquer sur-le-champ Tarrière-garde française avec ma brigade de cosaques soutenue par le régiment d'Ilowaisky IV el par les uhlans de Volhynie. Mon escorte me pria de permettre aux cosaques d'attaquer seuls, en me disant : « Ne souffrez pas que les uhlans combattent; il « faut montrer aux troupes régulières et aux Prussiens comment « les hommes du Don s'y prennent. »

« J'ordonnai au régiment de Giroff d'attaquer en ligne; je formai, en môme temps, du régiment de Sisoïeff une première réserve, et de celui d'Ilowaïskv IV une seconde réserve.

« L'arrière-garde française gagnait la lisière d'un bois qui s'étend depuis Berry-au-Bac jusque vers La Ferlé-Milon. Il s agissait d'amener sa cavalerie à s éloigner du bois et de l'attirer en rase campagne, hors de la protection de l'infanterie.

« Les Polonais, naturellement braves et faciles h exciter, lorsqu'ils se trouvent en présence de Russes, ne pouvaient voir nos lanciers, qui étaient masqués par une petite hauteur. Les lanciers polonais se portèrent peu ù peu en avant, tandis que pour les attirer, nos gens les provoquaient par leurs moqueries, auxquelles les autres répondaient en les appelant Moscovites. Ayant avec moi le colonel comte Lehndorff, aide de camp du général York, qui était curieux de voir une attaque de cosaques, je voulais en donner l'ordre sur-le-champ; mais Giroff et quelques autres officiers qui m'entouraient me conjurèrent d'avoir un moment de patience, en me disant : « Laissez-les s'éloigner un « peu plus de leur infanterie, et nous vous répondons du succès. » En effet, les cavaliers polonais et français qui avaient pris ce retard pour de l'hésitation, nous chargèrent en ligne et h toutes jambes. Les cosaques firent mine de se sauver, mais en un clin d'œil, et par un mouvement que leur suggéra leur instinct militaire, après avoir crié halte! firent volte-face en criant hurrah! En un instant, la cavalerie ennemie fut entourée et rejetée dans le plus grand désordre sur son infanterie, après avoir laissé

entre nos mains 110 prisonniers. Si notre troisième ligne nous eût secondés à temps, l'arrière-garde ennemie tout entière eût été entraînée dans la déroute ; mais il arriva que, dans la poursuite, par une liabitude qu'il est plus difficile de faire perdre au cosaque qu'à toute autre troupe, la moitié de notre monde n'était occupée qu'à faire des prisonniers. Alors, l'infanterie française eut le temps de reprendre sa position, et le feu de la mitraille nous obligea de Lâcher notre proie *. »

La cavalerie dTork et de Kleist passe T Aisne à gué. —

« J'ai dû réunir mes forces sur le plateau de Roucy, » écrit encore Marmont à Mortier. L'apparition des cavaliers do Tchernilcheff avait, en effet, non seulement obligé Ricard à évacuer sa position vis-à-vis de Berry-au-Bac, mais elle avait encore eu pour conséquence de décider Marmont à renoncer à la défense de la rive gauche. Bien que les ponts ne fussent pas achevés, York avait immédiatement donné l'ordre à la cavalerie de passer l'Aube à gué.

Du côté de Pontavert, les cosaques, après avoir sondé le cours de la rivière avec leurs lances, découvrirent un gué et passèrent sur la rive gauche avec les cavaliers du major von Colomb ', qui poussa avec ses trois escadrons sur Roucy.

Katzler, avec ses deux régiments de hussards, traversa la rivière presque au même moment, au gué de la Picherie. La cavalerie de réserve de Zieten suivit son mouvement pendant que le colonel de Bliicher, à la tète de la cavalerie légère de Kleist, s'engageait à la suite de Colomb. Bien que poussée vigoureusement, la poursuite, à cause de l'heure avancée de la journée, ne pouvait plus amener de grands résultats.

Katzler parvint toutefois à tourner la position de Roucy et poursuivit l'arrière-garde de Marmont jusqu'à peu de distance de Baslieux-les-Fismes. La nuit permit à Marmont de gagner Fismes sans trop de difficultés et d'arrêter les progrès de Katzler, dont les régiments, laissant des avant-postes aux environs de Blanzy et do Baslieux, se replièrent et vinrent s'établir à Ventelay, tandis

* BENKExnonF, Des Cosaques, pages 4i à 44.

* Ams dem Tagebuche des Rittmeisters von Colomb, page 186.

que Colorab restait à Roucy et que 2ieten, le colonel de Blûcher et Tchernitcheff s'arrêtaient à Comiicy.

Le soir même, le pont do Pontavert était praticable et la 9" brigade (général von Pirch) vint camper sur les hauteurs de la rive gauche. Le reste du II« corps se concentra sur la rive droite, à Pontavert.

Le pont do Berry-au-Bac n'étant pas encore réparé, York avait dû faire camper son infanterie sur la ligne La-VillQ-au-Bois, Juvincourt et Berry-au-Bac. Derriore lui, Sackcn est à Corbeny avec le quartier général de l'armée de Silésie. Plus h gauche, Winzingerode s'est arrêté h Amifonlaine, et Langeron à Ramocourt. Le III^' corps prussien (Biilow) est h Laon et î\ La Fère.

Du côté de Compiégne, tout est encore tranquille. Les avantpostes prussiens n*ont guère dépassé Noyon.

S'il était impossible à Marmont de s'entêter davantage à la défense de la rive gauche de l'Aisne et de compromettre son petit corps en essayant de tenir plus longtemps il Berry-au-Bac et à Pontavert, rien, au contraire, ne l'obligeait à enfreindre les ordres de l'Empereur et à commettre une faute qu'il reconnaît lui-même dans la lettre qu'il adressait de Château -Thierry, le 21 mars, au major-général. Au lieu de prendre sa direction sur Fismes. de s*éloigner de Mortier, d'aller enfin s'établir h Fismes, à une bonne journée de marche du corps du duc doTrévise, rien ne l'empêchait de se replier sur Reims, d'y opérer sa jonction avec son collègue et de manœuvrer, de concert avec lui, sur Épernay et Chîilons, d'où il aurait pu rejoindre l'Empereur. Le maréchal avait, il est vrai, depuis la veille, l'ordre de couvrir Paris, mais on lui avait, on même temps, prescrit de disputer le lerrain pied à pied. Il n'y avait donc aucun motif pour se hîlter à ce point et pour sacrifier Reims. On ignorait encore les projets de Blùcher et Ton s'exposait, pour ainsi dire de gaieté de cœur, h un échec immédiat. De Fismes, où il s'était établi le 18 au soir, à Reims, il v a 28 kilomètres.

L'armée de Silésie pouvait donc, dès le lendemain, séparer complètement les deux maréchaux et les écraser.

Le duc de Raguso, qui devait d'ailleurs commettre encore plus d'une erreur fatale pendant les journées suivantes, semble s'être lui-même rendu compte de la faute qu'il venait de commettre.

« Je me serais porté sur Jonchery, écrit-il le soir même à

Mortier *, si j'avais été sûr que le pont fût rétabli. Dans le doute, j'ai dû me replier sur Fismes. »

Et comme le maréchal sent lui-même tout le danger de sa position, après avoir essayé de se justifier en insistant sur la nécessité de couvrir Paris, de ne pas se laisser couper de Soissons et du général Charpentier, il ajoute : « Je pense, mon cher maréchal, que vous n'avez pas un instant h perdre pour vous porter sur moi. »

19 mars. — Mouvement d*Tork et de Kleist sur Fismes.

— Le 19 au matin, les passages de Pontaverl et de Berry-au-Bac* étaient rétablis, et les corps d'York et de Kleist se mettaient dès l'aube en marche sur Fismes. Le II® corps (Kleist) formant la colonne de droite et précédé par la cavalerie du colonel de Blûcher envoyée du côté de la route de Fismes à Braine, se portait sur Blanzy et Perles. Le I**"" corps, couvert par la cavalerie de Katzler, qui s'éclairait sur Baslieux, Courlandon et Breuil, allait s'échelonner de Romain h Ventelay. La cavalerie de réserve, marchant entre les deux corps, devait s'établir en arrière et à droite du II« corps, i\ Merval et à Serval, tandis que le major von Colomb, couvrant la gauche du I^^^ corps, filait avec son corps volant sur Montigny.

Pendant que ces deux corps se portaient de l'Aisne vers la Vesles, Langeron et Sacken avaient ordre de venir s'établir en deuxième ligne, le premier à Berry-au-Bac, le deuxième à Ponlavert. Bûlow, au contraire, devait, après avoir laissé un bataillon

i Marmont à Mortier, Fismes, 18 mars, 11 heures 1/3 du soir. (Arehivet de la guerre.)

* Gneiseoau à Boyen. Berry-au-Bac, 19 mars : « On ne voit pas encore ahflolument clair dans les mouvements de Tennemi. Il semble, cependant, d'après la plupart des renseignements, que Napoléon a quitté Reims, allant sur ChA- Ions ou sur Epcrnay.

« York et Kleist ont passé ce matin à Pontavei-t et à Berry-au-Bac. et sont prés de Fismes.

« Winzingerode devait être à leur hauteur à Reims ; mais sa lenteur est désespérante, et il n*a défilé ici que celte après-midi.

u Tout le pays entre Rethel, Rocroy et Monlcornet est sous les armes. Les paysans ont disperse le corps de Liilzow. 11 faut absolument agir contre le soulèvement. J'ai l'intention d'envoyer de ce côté lî,000 hommes et de faire brûler les villages insurgi^s. »

en garnison h Laon, arriver à hauteur de L* Ange-Gardien et se tenir prêt h se porter sur Soissons ou sur Vailly.

Winzingerode poussait sur Reiras.

A 6 lieures du matin, les l^' et II« corps commençaient le passage de TAisne. Retardé par le brouillard et par les mauvais chemins, le gros des deux corps n'arriva que dans Taprès-midi sur les positions indiquées. La cavalerie de Kalzler et de Blùcher avait conservé le contact avec les troupes de Ricard, établies en avant de Fismes. et s'était bornée à tirailler avec elles.

Mouvements des maréchaux. — Avant de se décider k la retraite sur Fismes, avant de rappeler à lui le duc de Trévise, qui venait précisément de s'établir h Reims, Marmont, s'il eût été en pleine possession de lui-môme, n'aurait pas manqué de régler sa conduite et ses opérations sur l'attitude observée par l'armée de Silésie depuis dix jours. Mais si la maladie avait terrassé Blûcher, l'affaire d'Athies avait laissé dans l'esprit du duc de Raguse une impression que quelques jours de calme n'avaient pas réussi à effacer. En d'autres temps, le maréchal aurait assurément envisagé la situation d'une tout autre manière. II aurait vu tout de suite qu'il continuait à avoir affaire h des officiers d'un incontestable mérite, mais n'ayant ni l'autorité suffisante pour rien entreprendre de décisif, ni l'énergie nécessaire pour s'inspirer des procédés hardis du commandant de l'armée de Silésie. Sans parler même de l'inaclion complète de l'armée de Silésie depuis Laon, le peu de vigueur et de décision apportées le 18 h l'attaque de Pontavert et de Berry-au-Bac, aurait dû démontrer à Marmont qu'il n'y avait pour lui aucun motif, ni pour se mettre en retraite sur Fismes, ni pour se faire rejoindre par Mortier, ni, par conséquent, pour se résoudre à l'évacuation prématurée et dangereuse de Reims.

Dès le 19, le duc de Raguse lui-même reconnut d'ailleurs, mais trop tard, la faute qu'il venait de commettre en se laissant imposer en quelque sorte la direction de sa retraite par les quelques cavaliers de Tchernitcheff.

La cavalerie de Roussel défend Reims contre Winzingerode. — Il serait oiseux de rechercher ici les motifs qui pous-

seront Marmonl h changer d'avis. Qu'il ait cédé aux représentations de Mortier accouru h Jonchery pour conférer avec lui, qu'il ait eu avis de la marche de Winzingerode sur Reims ou bien, qu'après un examen plus raisonné et plus calme de la situation, il ait de lui-même, mais hélas trop tardivement, regretté Tenvoi de la dépêche par laquelle il pressait Mortier de se réunir à lui, c'est là chose absolument secondaire. Le mal était fait. Le duc de Trévise, justement alarmé par la dépêche de Marmont, s'était déjà mis en route. A 6 heures du matin, après avoir donné avis de son mouvement au général Vincent qui commandait à Épernay, le maréchal s'était engagé sur la route de Reims à Fismes. Au même moment, la division Charpentier quittait Soissons pour rallier elle aussi le duc de Raguse. Bien que Tarrière-garde de Mortier — la division de dragons de Roussel d'Hurbal — ne fût sortie de Reims que vers 10 heures du matin, elle était déjà arrivée à Muizon, lorsque Belliard reçut le contre-ordre lui prescrivant de se reporter sur Reims et de chercher à y rentrer. Quant à l'infanterie de Mortier, elle avait déjà parcouru trop de chemin pour qu'il fût possible de songer à lui faire faire demi-tour. On se contenta de l'arrêter sur les points qu'elle venait d'atteindre.

La cavalerie de Roussel fut par suite chargée seule de l'exécution de cet important mouvement. Sans perdre une minute, Belliard fait prendre le trot à trois escadrons de dragons qu'il suit avec le reste de la division. Dans l'intervalle, Tavant-garde de Winzingerode a déjà atteint et traversé Reims où elle n'a trouvé personne. Débouchant de cette ville, les cosaques, qui la précèdent, viennent donner à l'improviste contre les trois escadrons de dragons. Surpris par l'apparition inattendue de la cavalerie française, chargés et ramenés par elle, ils se hîUent d'aller donner l'alarme et d'annoncer le retour des Français.

Belliard a à peine eu le temps de fermer et de barricader les portes de Reims, de faire occuper la ville par deux escadrons de dragons qui ont mis pied à terre, de s'établir avec le reste de la division sur la rive gauche de la Vesles, à peu de distance des faubourgs de Vesles et d'Épernay et sur les hauteurs de Tinqueux, que de fortes colonnes de cavalerie russe apparaissent par la route de Berry-au-Bac. Décontenancés au premier moment par une résistance à laquelle ils étaient loin de s'attendre, les Russes dirigent bientôt une partie de leurs troupes avec du canon sur

Sainl-Brice pour essayer d*y jeter un ponl sur la Vesles et de forcer le passage. Celte tentative échoue et, après avoir fait sommer la place de se rendre, Winzingerode se borne à canonner Reims et à tirailler d'une rive de la Vesles îi Tautre.

Pendant ce temps, le reste de ses troupes se rapproche de Reims que le général russe ne tarde pas h bloquer de trois côtés.

Ses batteries établies sur la route de Berry-au-Bac au moulin de Betheny et sur les hauteurs ouvrent le feu aussitôt après la rentrée d'un deuxième parlementaire. Une troisième sommation n\i pas plus de succès. De 2 heures à 7 heures, les cavaliers do Roussel réussissent à arrêter les Russes, et Winzingerode, trompé par l'attitude énergique de Belliard, convaincu que Reims est défendu par des troupes d'infanterie, fait ses préparatifs pour essayer d'enlever la ville par une attaque de nuit. Jusqu'à 7 heures, en dépit du danger de sa situation, Belliard a tenu bon dans l'espoir de se voir soutenu par l'arrivée de quelques troupes d'infanterie qui lui auraient permis d'assurer la défense de la ville.

Certain désormais qu'on ne se rapproche pas de lui et qu'on ne lui enverra pas de renforts, il profite de la tombée de la nuit pour décamper en silence, évacuer la ville et se replier d'abord sur Jonchery, puis sur Fismes. Le 19, dans la soirée, Winzingerode, entré h Reims quelque temps après le départ de Belliard, se contente de le faire suivre de loin et par quelques cosaques' dans la direction de Jonchery.

Le soir, Mortier, puis Belliard, rejoignent à Fismes Marmont, dont ils forment la droite, et les troupes françaises passent la nuit sur les positions s'étendant de Fismes à Magneux.

A Taile droite de l'armée de Silésie, Sacken et Langeron se sont arrêtés h Pontaverl et à Berrv-au-Bac. Katzler, avec la cavalerie d'avant-garde, a trouvé les abords de Fismes trop solidement gardés pour essayer de les enlever avec sa cavalerie et l'infanterie de l'avant-garde du I^r corps l'ayant rejoint seulement dans la soirée, il a dû se borner à la charger du service des

i BeUiard à Mortier, 19 mars, soir, et Joamal de la division Roussel d'IIurbai. (Archives de la guerre.)

avant-postes depuis Courlandon jusqu'à Baslieux et Blanzy-R*s- Fismes. A sa droite, le colonel de Blùcher, avec le l**" régiment de hussards de Silésie et le régiment de uhlans de Silésie, surveille les bords de la Vesles dans la direction de Soissons.

Les corps d'York et de Kleist se sont établis sur les points indiqués par la disposition.

Tettenborn occupe Châlons. — Pendant que le général Lambert, informé de la marche du gros de Tarmée de TEnipereur sur Fère-Ghampenoise, se rejetait prudemment sur Vitry avec les troupes de Davidoflf, Tettenborn passait la Marne à gué avec ses cosaques et se dirigeait par la rive droite sur Chiliens, dont le maréchal Ney avait fait barricader les portes lors de son départ. Les troupes du général Duvigneau n'étaient pas arrivées, et, malgré le refus opposé par les habitants, les cosaques, défonçant les portes, traversèrent la ville le 19 au soir. Après y avoir laissé deux de ses régiments, Tettenborn alla s'établir avec le reste de sa cavalerie h Notre-Dame-de-l'Épine, sur la route de (ihâlons î\ Sainte-Menehould. Ses partis battaient le pays dans la direction de Vatry, d'Épernay et de Reims.

20 mars. — Inaction de Harmont. — Dès le 20 au matin, Marmont, sans attendre les mouvements des Prussiens, ramena toutes ses troupes sur la position du Mont-Saint-Martin. Forte en elle-même, couverte sur son front par la Vesles, sur sa droite par l'Ardre, dominant Fismcs et la vallée de la Vesles, en somme d'un abord difficile, cette position présentait néanmoins un grave inconvénient. La retraite, si Ton venait à en être délogé, ne pouvait s'effectuer que par de mauvais chemins de traverse. Enfin et quoi qu'en ait dit Marmont, elle ne protégeait en aucune façon ni les communications de Soissons et de Paris, ni celle de Reims*. Uniquement préoccupé de couvrir Paris, intimement convaincu que Bliicher ne songeait qu'ti marcher dans cette direction, le

* Marmont au major-général, Mont-Saint-Marlin, 20 mars, soir : « Nous avons tenu toute la journée la forte position du Mont-Saint-Martin, sans que Tennemi ait osé rien entreprendre. C'est une position inexpugnable si j'avais plus de monde, et qui couvre toutes let grandes communications, » {Archives tle la guerre.)

duc di* Ragusc coulinuait h se faire une idée absoluaienl fausse de la situation. Il s'attendait ù une attaque à laquelle Gneisenau n'avait jamais pensé et que l'attitude expectante des troupes de Tannée de Silésie pendant les deux journées précédentes rendait absolument improbable. Du reste, le mal était fait; la faute était irréparable depuis qu'on avait abandonné Reims.

L'absence de routes praticables empêchait de marcher de Fismes sur Épernay, et quand les maréchaux reçurent dans la nuit du 20 au 21 * l'ordre de l'Empereur* les appelant sur ChAlons ou sur Épernay, il leur était déjà impossible de prendre par la rive gauche de la Vesles, de marcher par leur droite sur Reims. Les craintes de Marmont allaient avoir encore d'autres conséquences non moins graves. Se croyant sur le point d'être attaqué par l'armée de Silésie tout entière, le maréchal avait fait rappeler par le duc de Trévise la division Charpentier qui était venue s'établir la veille à Braine, abandonnant ainsi Soissons (t Compiègne à leurs propres forces. Le commandant Gérard avait, il est vrai, vigoureusement poussé la mise en état de défense de la première de ces places défendue par environ 3,000 hommes; mais le major Otenin, auquel on avait annoncé le 19 l'envoi de deux bataillons de garde nationale, ne disposait à Compiègne que de 643 hommes avec deux canons approvisionnés a 250 coups.

Positions de l'armée de Silésie. — Loin de songer à attaquer, soit le Mont-Saint-Martin, soit Fismes qu'occupait encore l'arrière-garde de Mortier, Gneisenau avait ordonné aux deux corps d'York et de Kleist de se borner à surveiller la vallée de la Vesles aux environs de Fismes; à Winzingerode, de s'établir solidement à Reims et de pousser sa cavalerie sur Chàlons et sur Épernay.

Les corps de deuxième ligne seuls firent quelque chemin pendant la journée du 20. Sacken marcha par la rive droite de l'Aisne, de Pontavert à Vailly, y jeta un pont et son avant-garde s'installa à Vailly. Ce mouvement avait évidemment pour but de faciliter une opération dirigée, soit contre la gauche des maré-

* Fabvieh, Journal d'opérations du VI^ corps.

* Major-général à Marmont et Mortier, Plancy, 8 heures 1/2 du matin.

chaux, soit contre les troupes françaises qu'on croyait encore aux environs de Soissons.

Biilow, continuant sa marche, poussa une forte avant-garde jusqu'en vue de Soissons et ses éclaireurs, chassant les vedettes françaises du plaleau de Crouy, s'étaient avancés jusqu'à portée de fusil du corps de place.

Langeron seul était resté en réserve à Berry-au-Bac. 11 avait toutefois, sur Tordre de Gneisenau * alarmé par l'apparition de troupes françaises du côté de Rethel et par les nouvelles faisant prévoir le soulèvement général et imminent des populations des Ardennes, fait partir pour Rethel le général comte Witt qu'il chargea avec une colonne mobile forte de 2,000 hommes, 1000 chevaux et une demi-batterie, de rétablir le calme et de donner la chasse aux troupes françaises qui chercheraient à encourager et à soutenir l'insurrection.

Affaire de cavalerie à Hagneux. — Dans la nuit du 19 au 20, on avait commencé à réparer le pont de Courlandon, coupé par les Français lors de leur retraite sur Fismes. Dans la matinée du 20, un escadron de cavalerie nationale de la Prusse orientale» passa la Vesles plus en avant, au gué de Breuil, enleva quelques traînards et poussa ses vedettes jusque vers l'Ardre. Vers midi, cet escadron, rejoint par les cosaques du colonel Busch, venant de Jonchery, s'établissait à Magneux.

Plus en aval, la cavalerie du colonel de Blûcher tenait le pont de Bazoches et s'éclairait sur Braisne.

A 4 heures de l'après-midi, le pont de Courlandon était rétabli, et le général von Zieten envoyait aussitôt sur la rive gauche les cuirassiers de Silésie et les uhlans de Brandebourg avec une demi-batterie. L'arrivée de ces régiments était d'autant plus opportune que la cavalerie française venait de chasser des hau-

^ Gneisenau écrivant au général de Boyen, le 20 mars, de Uerry-au-Bac, lui disait entre autres : « 11 serait évidemment utile de pousser en avant de gros corps de cavalerie. Mais par qui les faire commander?... Wassillchikoff, le meilleur des généraux de cavalerie russe, est moins ancien que KorfT, le plus mauvais d'entre eux. La tentative faite récemment avec Winzingerode a été malheureuse. Nos généraux de cavalerie sont plus jeunes que les généraux russes. Et puis, ce n'est pas chose aiscc que de conduire, pi'udemnient et résolument à la fois, un corps de 10,000 cfievaux. »

leurs de Magneux le corps volant de Colomb, l'escadron de cavalerie nationale de la Prusse orientale et les cosaques du colonel von Busch. Ramenés à leur tour, les escadrons français se replièrent sur Saint-Gilles, où leurs avant-postes d'infanterie arrêtèrent les cuirassiers et les uhlans prussiens. La nuit était venue sur ces entrefaites, etZieten s'établit sur le plateau de Magneux. La division du prince Guillaume de Prusse occupa Courlandon.

Winzingerode avait profité de la journée qu'il avait passée h Reims pour rétablir les ponts de la Vesles. Ses partis poussant jusqu'à Beaumont-sur-Vesles y avaient communiqué avec les cosaques de Teltenborn, dont les coureurs s'étaient montrés à Tours-sur-Marne et h Bouzy et s'approchaient d'Épernay, où le général Vincent avait ordre de se maintenir*.

Ainsi, tandis que les maréchaux attendaient, sur leur position du Mont-Saint-Martin, pendant toute la journée du 20, une attaque qui ne devait pas se produire, l'armée de Silésie, masquant son mouvement derrière le rideau formé par les corps d'York et de Kleist, débordait leur gauche et leur droite. Le 20, au soir, Marmont* commença à reconnaître les fautes qu'il avait commises. « Je suis tenté de croire, écrit-il au major-général, que toute l'armée de Silésie n'est pas ici. » Puis, tout en cherchant i\ se disculper en disant que les rapports des habitants annoncent l'arrivée d'une grande quantité de troupes, il ajoute : u Je suis disposé il croire qu'il y ait un détachement fait sur Sa Majesté. » Et plus loin encore : « L'ennemi s'est affaibli d'un détachement qu'il a fait sur la rive droite de l'Aisne et qui a été en vue descendant la rivière. »

21 mars. — Retraite des maréchaux de Fismes sur Château-Thierry. — Ce fut pour ces raisons que Marmont s'était décidé à tenter la fortune sur le champ de bataille qu'il avait choisi h Mareuil-en-Dôle et qui lui paraissait avantageux. Quelques heures plus tard, dans la nuit du 20 au 21, il recevait, par l'intermédiaire du général Vincent, une dépêche du majorgéné-

* Major-général au général Vincent, Plancy, 20 mars, 10 heures du matin, et Vincent au major général, Epernay, 20 mars, 6 heures du malin et 9 heures du soir. (Archives de la guerre,)

s Marmont au major-général, Mont-Saint-Martin. 20 mars, minuit. {Ar* chives de la guerre.)

rai partie de Plancy le 20 à 10 heures du matin*. « Sa Majesté, lui écrit Berthier, voit avec peine que vous vous jsoyez retiré sur Fismes au lieu de venir sur Reims, et de là sur Chàlons et Épernay. Sa Majesté ordonne donc que vous ayez de suite h prendre cette communication ; car, sans cela, Blucher va se réunir au prince de Schicarzenberg et tout cela tombera sur tous. »

Mais ces ordres formels, ces avertissements prophétiques resteront sans effet. La route de Reims est au pouvoir de Tarmée de Silésie, les chemins de traverse menant à Épernay sont encore plus impraticables que ceux menant à Oulchy-le-Château et à Château-Thierry, points vers lesquels le duc de Raguse dirigera sa retraite le 21 au malin. A ce moment, il est vrai, Marmont n'était plus maître de choisir une autre direction; mais il est évident que si, au lieu de se concentrer à Fismes afin de couvrir Paris, les maréchaux s'étaient établis à Reims, ils auraient d'abord assuré leur mouvement ultérieur sur Chûlons et se seraient, de plus, trouvés en mesure de retarder la marche de Tannée de Silésie. En lui disputant habilement le terrain sans s'engager à fond, les maréchaux auraient pu obliger Blucher à mettre quatre ou cinq, peut-être même six jours pour déboucher de Reims et atteindre Chàlons. Enfin, malgré le mauvais état des chemins, on peut encore se demander si, au lieu de prendre leur direction sur ChiUeau- Thierry, ils n'auraient pas dû, même au prix de gros sacrifices, essayer de gagner Épernay, d'y rejoindre le général Vincent, de prévenir encore Blucher à Châlons, de se rapprocher de l'Empereur et d'empêcher l'armée de Silésie de rien entreprendre de sérieux tant qu'elle n'aurait pas communiqué avec l'armée de Schwarzenberg.

Le 21 au malin, les maréchaux ont entre les mains un nouvel ordre du major-général, plus pressant, plus formel encore que le précédent : « Dirigez-vous avec le duc de Trévise, de l'endroit où vous recevrez cet ordre, sur Châlons par Reims, et si c'est impossible, par Épernay. Marchez en hâte et accélérez le mouvement de la cavalerie. Sa Majesté sera demain à Vitry. Macdonald et Oudinot suivent noire mouvement par Arcis *. »

* Correspondance, n° 21524, major -gëoéral aux maréchaux Marmout et Mortier. (Registres de Berthier, Archives de la guerre.)

* Major-génôral à Marmout, Plancy, 20 mar?, midi. (Registres de Berthier, Archives de la guen'e.)

Dès le 21 au matin, dans l'impossibilité de se conformer ii cet ordre, Marmont évacua la position du Mont-Saint-Marlin et prit sa direction sur Oulchv-le-Ch<1teau.

Ordres de mouvement de Tarmée de Silésie. — Mais le mouvement des maréchaux n* avait pas échappé à la cavalerie prussienne de Katzler, et Gneisenau, informé de la direction prise par les colonnes françaises, prescrivit aux deux corps d'York et de Kleist de les suivre et de les pousser. Sacken viendra de Vailly à Braisne et enverra des avant-gardes, d'un côté sur Soissons, de l'autre sur Oulchy-le-ChiUeau. Bùlow s'avancera avec le gros do son corps de Vaudesson jusqu'en vue de Soissons, investira la place et relèvera les troupes détachées par Sacken.

Langeron laissera un bataillon à la garde du pont de Berryau-Bac et amènera le reste de son corps sur les hauteurs de Baslieux et de Romain en avant de Fismes. Winzingerode restera h Reims.

Bien que les vedettes prussiennes eussent signalé les mouvements des Français dès 4 heures du matin, ce fut à 7 heures seulement que le poste français de Saint-Gilles se replia et que la cavalerie de Zieton, passant sur la rive gauche de TArdre, déboucha sur le plateau du Mont-Saint-Martin, rejoignit l'avantgarde de Kalzler et suivit Tarrière-garde française qui se repliait en bon ordre sur Chérv et Mareuil-en-Dôle. A 8 heures, le !•' corps passait le pont de Courlandon, détilait par Fismes et s'engageait sur la route de Fère-en-Tardenois, suivie par la cavalerie. A peu près à la même heure, le II® corps traversait la Vesles îï Bazoches, en aval de Fismes, et s'engageait sur la route de Loupeigne, précédé par la cavalerie du colonel Blûcher.

Combat de cavalerie d'Oulchy-le-Château. — Deux chemins menaient à cette époque de Mareuil-en-Dôle à Château- Thierry : Tun, le plus direct, mais le plus mauvais, passait par Fère-en-Tardenois; l'autre, plus long mais incomparablement meilleur, allait par Cramaille à Oulchy-le-Chàteau où il rejoignait la grande route de Soissons. Une fois à Oulchy, les maréchaux pouvaient, au lieu de se porter sur Château-Thierry, se rejeter plus à Touest sur Neuilly-Saint-Front, La Ferté-Milon et Meaux. Contrairement aux suppositions de Zieten et de Katzler, les maré-

Wail.— III. 34

chaux avaient engagé le gros de leurs forces sur cette dernière route et n'avaient fait prendre le chemin de Fère-en-Tardenois qu'à quelques détachements. Ce fut seulement lorsqu'il arriva à la lisière sud des bois de Mareuil que Zieten put se rendre un compte exact de la situation. Il poussa immédiatement Katzier par Fère-en-Tardenois vers la chaussée de Château-Thierry et prescrivit au colonel de Blftcher et à la cavalerie de réserve de suivre les Français sur Oulchy.

Rejoint h Oulchy par la division Charpentier qui, arrêtée à Braisne, avait dû attendre la nuit pour se mettre en mouvement, Marmont, dont la retraite n'avait pas été sérieusement inquiétée, comptait y donner quelque repos à ses troupes. Mais, sorti de la ville pour inspecter la position, le duc de Raguse aperçoit la cavalerie prussienne. II fait aussitôt reprendre la marche, presse le mouvement de son convoi et de ses troupes et laissant entre Oulchy et Cugny une arrière-garde de 400 chevaux, il parvient à faire passer son infanterie et son artillerie sur la rive gauche de rOurcq.

Zieten, dont les escadrons sont arrivés h hauteur de Cramaille et de Saponay, se dispose à attaquer Tennemi sur deux colonnes. Le colonel von Blucher, avec le §• hussards de Silésie et les dragons de la Nouvelle-Marche et de la Prusse occidentale, reçoit Tordre de tourner par la gauche les hauteurs de Cugny, de surveiller la plaine du côté de TOurcq, de chercher à gagner la route d'Oulchy à ChAteau-Thierry et h couper la retraite h Tarrière-garde des maréchaux. Les uhlans de Brandebourg suivis par les cuirassiers de Silésie et la brigade du colonel von Wrangel (cuirassiers du Brandebourg et de la Prusse occidentale) forment la colonne de droite et se portent droit sur Oulchy. Le général von Jurgass reste en réserve avec ses régiments.

La colonne de droite oblige la cavalerie française à se replier sur Oulchy, mais la colonne de gauche ne peut remplir sa mission. Les Français, profitant habilement de celte circonstance, se maintiennent sur la hauteur de Cugny et obligent Zieten à se retirer. Satisfaits du résultat qu*ils ont obtenu, ils n'attendent pas une attaque combinée de Zieten et du colonel von Blûcher et se replient sous la protection de leur artillerie qui s'est mise en batterie sur la rive gauche de TOurcq. Le feu de leurs batteries arrête jusqu'au soir les cavaliers de Zieten et ceux de Blûcher.

A la gauche de ces derniers, Katxler a détilé par Fère-en-Tardenois h 2 heures, et son avant-garde (hussards de Brandebourg) a donné aux environs de Coincy contre un escadron français qui se retire aussitôt et rejoint à Rocourt Tarrière-garde postée dans ce village*.

A G heures du soir, l'arrière-garde française évacue Rocourt et se replie, sans être poursuivie, sur ChAteau-Thierry où les maréchîiux, arrivés depuis quelques heures déjî^, essaient de remettre un peu d'ordre dans les rangs de leurs troupes.

Positions des I«^ IV et IIP corps prussiens et du corps Sacken le 21 mars au soir. — Le 31 au soir, le colonel de Blûcher entre h Rocourt. Zieten s'arrête à Oulchy-le-Chàteau, et Katzler qui est resté à Coincy envoie par Beuvardes quelques partis sur la roule de Chilteau-Thierry. En arrière des point*^ occupés par la cavalerie, le !•' corps a atteint Fère-en-Tardenois; le Il« corps campe à Cramaille et communique avec les troupes de Sacken installées î\ Braisne. Langeron est aux environs de Fismes.

A rexlrème droite de l'armée de Silésie, Bûlow a pris position à Crouy, et ses troupes légères, passant T Aisne à Venizel, viennent s'établir à Belleu, chassant devant elles les cavaliers du général Grouvel qui durent se replier sur Villers-Cotterets. Le 21 au soir, Soissons était complètement investi.

Manquant de tout, pillant partout, commettant d'innombralïles excès, les troupes de Marmont et de Mortier campent autour de Château-Thierry sur les deux rives de la Marne. A 11 heures 1/2 du soir, Marmont écrivant au major-général et au ministre pour essayer de justifier ses opérations, leur annonçait qu'il marcherait le lendemain sur Épernay *. Il ignorait t\ ce moment que ce mouvement était plus impossible que jamais.

Tettenbom fait enlever Épernay. — Sur Tordre de Winzin-

* HAOBrf , Historique du 3' régiment de dragon» de la NouveHe*Marchê, et GuRETZKY-CoRNiTz, Hittoriquo du 1*' régiment de uMam de Brandebourg, n9 3 (Empereur de Russie).

- Marmont aa major-général et au ministrd dé la guerre, Ghftteau-Thierryi 21 mars, il heures 1/2 du soir. [Archives de la guerre,)

gcrodo, Tellenborn avait le 21 au malin, chargé le colonel Pfiiel avec SOS deux régiments de cosaques et deux pièces légères, de chasser d'Épernay le petit détachement aux ordres du général Vincent. Sachant que les maréchaux avaient ordre de faire leur retraite sur Épernay, Vincent essaya de conserver sa position et réussit même h tenir bon jusque vers 2 heures de Taprès-raidi. Attaqué vivement sur la rive gauche par les cosaques qui rejettent sa cavalerie dans la ville, menacé sur la rive droite de la Marne par l'avant-garde de Winzingerode dont quelques partis ont déjà réussi à passer au gué de Damery, Vincent parvint à grande peine à gagner Dormans vers une heure du matin en passant par les bois qui bordent et dominent au sud la grande roule *.

Lettre de Blûcher au prince de Schwarzenberg. — Gneisenau n'avait pas attendu la fin de la journée pour rendre sommairement compte au généralissime des événements survenus depuis que l'armée de Silésie avait repris son mouvement. Dans la matinée, avant de transporter de Berry-au-Bac à Fismes. Bliicher, trop malade encore pour pouvoir reprendre la direction des opérations*, Gneisenau avait fait signer au feld-maréchal une dépêche dans laquelle le chef d'état-major de l'armée de Silésie, exposant son projet de marcher sur Paris par la Marne et par l'Oise dès qu'on aurait enlevé Compiôgne et Soissons, se plaignait de l'inaction du prince royal de Suède. Il insistait tout particulièrement sur la nécessité d'obliger Bernadotle à marcher de l'avant et h rendre disponibles les troupes prussiennes et fédérales qui, au lieu d'être employées contre Maison, pourraient alors marcher sur Paris par la rive droite de l'Oise *. En poursuivant les maréchaux, en leur barrant le chemin de Chîllons et d'Épernay, l'état-major de Bliicher ne songeait donc pas le moins du monde à se rapprocher de la grande armée et à combiner de nouveau les opérations de l'armée de Silésie avec les siennes.

A ce moment, Bliicher et Gneisenau *, Marmont et Mortier

* Tagehuck des GeneraU der Kavallerie Grafen von Nottitz {Kriegsgesehichtliche Einzelichriflen, 1884, V), et général Vincent au Ministre. Rapport du Si mars. (Archives de la guerre.)

* Bliicher à Schwarzenberg, Berry-au-Bac, 21 mars, au matio.

' Avant de quitter Berry-au-Bac, Gneisenau avait, en effet, adressé an général de Boyen le billet suivant : « Nous avons enfin des nonyelles de la grande

ignoraient encore les uns et les autres ce qui s'était passé pendant les journées des 20 et 21 sur l'Aube.

Le major von Brûnneck, envoyé à Schwarzenberg, n était pas encore de retour, et les maréchaux, de leur côté, n'eurent connaissance de la prise d'Épernay qu'après leur arrivée h ChAleau- Thierrv.

22 mars. -» Les maréchaux se replient dans la direction de Hontmirail. — S'il faut en croire le rapport que Marmont* adressa quatre jours plus tard au major-général, lo duc de Ragus(^ aurait eu l'intention de marcher quand même sur Épernay. « Mais, prétend-il, le duc de Trévise insista fortement pour que nous nous dirigeassions sur Étoges pour de Ih nous mettre en communication avec l'Empereur par Vatry, et il m'informa que déjà il avait rendu compte à Sa Majesté de la direction que nous allions suivre. Ce motif me détermina à y acquiescer. »

Ce qu'il y a de certain, c'est que le 22 au matin, après avoir donné avis de leur mouvement au général Vincent qu'ils invitaient à venir les rejoindre en passant par Orbais, les maréchaux ramenaient toutes leurs troupes sur la rive gauche de la Marne et coupaient derrière eux les ponts de Château-Thierry*. Laissant jusque vers midi une faible arrière-garde h Château-Thierry, ils se dirigèrent sur Étoges : Mortier en marchant par la grande route, Marmont en passant par Condé, Orbais et Montmort.

Ordres de mouvement de l'armée de Silésie . — On n'avait pas prévu ce mouvement au quartier général de l'armée de Silésie. On y était persuadé que Marmont et Mortier chercheraient h filer directement par la rive droite de la Marne, de Château-Thierry sur Meaux, afin de barrer la route de Paris. On avait par suite prescrit h la cavalerie légère du !«' corps et à la cavalerie de réserve de suivre le mouvement rétrograde des ma-

armée et de la marche de TeoDemi. Napoléon s*e8t porté, le 48, contre Fère- Champenoise. Schwarzenberg se concentre derrière TAube. Nous ayons réoccupé Châlons. Demain, nous aurons des nouyelles de la bataille livrée par la grande armée. »

* Marmont au major-général, AUemant, 26 mars, 4 heure du matin. (Arehivei de la gwrre,)

* Général Chahert au Ministre, 22 mars. (Ihid.)

réchaux. Le !«' corps avait ordre de venir de Fère-en-Tardenois à Oulchy-le-Château. Le II» corps devait s'établir à sa droite h Billy-sur-Ourcq et pousser sa cavalerie sur Neuilly-Saint-Front st La Ferlé-Milon. Sacken et Langeron restaient immobiles ; seule, la cavalerie de Sacken gagnait un peu de terrain et se rapprochait d'Oulchy. A droite, Bûlow était laissé libre d'attaquer Soissons; i\ gauche, Winzingerode allait faire passer la Marne à sa cavalerie et la pousser sur Arcis. Le quartier général de Blûcher restait à Fismes.

A dix heures du matin, quand les pointes d'avant-garde de la cavalerie du I®"" corps arrivèrent à Château Thierry, elles n*y trouvèrent plus personne, et quand le général von Katzler les rejoignit un peu plus tard, il ne lui restait plus d'autre ressource que d'essayer de faire passer sur la rive gauche une vingtaine de hussards et un parti de cosaques qu'il chargea de lui procurer des renseignements sur la direction suivie par les maréchaux. Une fois encore, l'armée de Silésic avait perdu le contact d'un adversaire inférieur en nombre et qui se repliait cependant on désordre devant elle.

Pendant ce temps, en effet, les maréchaux, se retirant sans encombre, avaient rallié en route Vincent qui n'avait eu que quelques légères escarmouches avec les cosaques de Tettenborn. Ce général, qui formera désormais Tarrière-garde de Marmonl. s'arrêta le 22 au soir h Orbais.

Bombardement de Soissoas. — Pendant la journée du 22 mars, Bûlow avait démasqué ses batteries, commencé le bombardement de Soissons et essayé d'enlever le faubourg de Saint-Christophe. Une sortie de la garnison chassa ses troupes avancées du cimetière où elles s'étaient établies. Du côté de Villers-Cotterets, les coureurs de Bûlow ont poussé jusqu'à Montgobert, et les partis de la cavalerie de Kleist occupent Ancienville, Faverolles, Noroy-sur-Ource et La Ferté-Milon. Ils n'ont devant eux que les 400 chevaux du général Grouvel postés à Villers- Cotterets * .

* Général Grouvel au Ministre, ViUers-CottoreU, 8S mars, 0 heures du soir {Archives de la guerre) : u l\ mVst bien difficile, avec 400 chevaux, de communiquer avec Compiégne, Meaux et La Ferté-Milon, d'autant mieux que je

23 mars. — Marche des maréchaux et ordres de mouvements de l'armée de Silésie. — En transférant le quartiergénéral de l'armée de Silésie à Fismes, en y transportant Blûcher encore malade *, on avait eu, dans le principe, l'intention de ne prendre un parti décisif que lorsqu'on serait parvenu à voir absolument clair dans la situation. Les événements de la veille ne laissaient plus désormais aucun doute sur les intentions des maréchaux. £n passant rapidement la Marne, ils avaient bien réussi h faire perdre le contact à la cavalerie de Tarmée de Silésie, mais, dès ce moment, il était aisé de deviner qu'ils cherchaient h rallier l'armée de l'Empereur.

Aussi, dans la nuit du 22 au 23, Gneisenau avait fait établir une disposition qui commençait par ces mots : « L'Empereur Napoléon parait s'être porté avec le gros de son armée sur Arcis. La destruction des ponts de la Marne à Château-Thierry et la direction sur Montmirail prise par les maréchaux Marmont et Mortier semblent indiquer que l'Empereur veut concentrer toutes ses forces pour frapper un coup décisif, qu'il va abandonner Paris à ses propres forces et en confier la défense aux gardes nationales. Les armées de Silésie et du Nord doivent, par suite, se hâter de soutenir la grande armée et chercher à tomber sur les flancs et les derrières de l'ennemi pendant que la grande armée l'occupera sur son front. >> Or, co résultat, Gneisenau *

manque d'officiers. Pour 2 régiments, je n'ai qu'un chef d'escadron et 3 capitaines. H en résulte que je suis souvent obligé de donner un commandement important à un sous-lieutenant. »

* Nostitz, dans son Tagebuch, raconte, à ce propos, une anecdote assez curieuse :

« Blûcher souffrait encore des suites de Tophtalmic dont il avait ressenti les premières atteintes le premier jour de la hataille de Laon. Malgré les prières des olliciers attactiés à sa personne, il avait constamment refusé de faire usage de verres fumés ou d'un écran. Le hasard voulut qu'en arrivant à Fismes, on trouvât, dans une armoire ouverte de la pièce qui lui était réservée, un élégant chapeau de dame en soie verte et pourvu d'un large bord. On montra ce chapeau à Blilcher qui, sans mot dire, le mit sur sa tète.

(( Le feld-maréchal, ainsi costumé, partit le Ï3 pour Reims, et continua dans le même accoutrement jusqu'à Châlons. » (Nostitz, Tagebuch [Kriegtgesehichiliche EinzeltehHften], 1884, V, 130.)

' Le 22 au soir, Gneisenau, écrivant de Fismes, à 7 heures du soir, à Boy en, lui disait : « York m'informe que l'ennemi a évacué Château-Thierry et y a détruit le pont avant de prendre le chemin de Montmirail. La route de Paris est par suite ouverte. Mais comme il est de règle de ne jamais faire ce que

croit pouvoir ratleindre en marchant en trois colonnes. York et Kleist se dirigeront sur Château-Thierry, y répareront les ponts et enverront leur cavalerie sur les traces des maréchaux. Les trois corps russes de Winzingerode, Sacken et Langeron feront leur mouvement par la rive droite de la Marne et iront par Reims, Épernay et Chûlons, sur Arcis. Winzingerode continuera à servir d'avant-garde avec ses 8,000 chevaux et ses 46 bouches à feu. II passera la Marne k Épernay et poussera dans la direction d'Arcis jusqu'à Vatry. Son infanterie, sous les ordres de Woronzoff, marchera sur Châlons. Langeron défilera par Reims et ira s'établir à une lieue en avant de cette ville sur la route d'Épernay. Sacken, passant par Fismes, s'arrêtera h une lieue de Reims. Bulow seul restera devant Soissons.

Développant encore cette disposition et réglant en détail les marches qu'il se propose de faire exécuter les jours suivants, Gneisenau ajoute : « Le 24, Woronzoff passera la Marne àChàlons, Langeron en fera autant à Épernay, ^icken marchera sur Chûlons, et le 25, ces trois corps se réuniront entre la Marne et TAube. York et Kleist viendront sur Montmirail et de là sur Arcis, point général de concentration. Si Bûlow réussit à enlever Soissons, il y laissera une garnison et menacera Paris. Il exécutera le même mouvement s'il croit pouvoir assurer, rien que par le blocus, la prise de Soissons et de Compit'^gne, et laissera alors devant ces places des détachements chargés de les investir.... »

Pendant que les différents corps de l'armée de Silésie exécutent dans la matinée du 23 les mouvements prescrits par Gneisenau, les maréchaux ont continué leur retraite. Ignorant encore les événements des deux dernières journées, ils ne jugent pas à propos de s'arrêter sur les positions qu'ils ont atteintes la veille

rennemi désire, nous no devons pas nous diriger sar Paris. 11 s'agit, maintenant plus qae jamais, d'anéantir les forces de Napoléon. Il faut donc passer la Marne, sans avoir de craintes pour la conservation de notre position stratégique de Laon. »

H y a loin, ou le reconnaîtra, de cet excès de prudence aux ardeurs inconsidérées qui avaient amené les échecs de la première quinzaine de février, et Ton aurait peine à croire que ce billet a été rédigé par le général qui, dès l'ouverture de la campagne, réclamait, à cor et à cri, la marche immédiate 5ur Paris. Mais Bliicher était malade, et ce que le chef d'état-major recommandait jadis, \o commandant intérimaire n'osait plus l'exécuter depuis qu'il était de fait seul responsable.

au soir et de donner aux diflférenls corps qui, comme eux, cherchent à rallier l'armée de TEmpereur, le temps de les rejoindre. Ils savent cependant que les généraux Pacthod et Amey, à la tête d'environ 6,000 hommes, doivent arriver le jour même à Sézannc où se trouve également une colonne de gardes nationales et de troupes de ligne qui, sous les ordres de Tadjudant-commandant Noizet, a escorté un convoi de vivres et que deux régiments de marche de cavalerie, partis du dépôt général de Versailles, les 17 et 19 mars, sont entre Coulommiers et La Ferté-Gaucher.

Dès le 23, h minuit, les maréchaux ont repris leur mouvement. Après une courte escarmouche, Tavant-garde, sous les ordres du général Merlin, chasse de Bergères un des partis de Tettenborn et lui enlève une centaine de chevaux. Le 23, au matin, Marmont est arrivé à Vertus et Mortier à Étoges*. Le général Vincent avec 200 hommes de jeune garde, 100 gardes d'honneur et 50 dragons forme Tarrière-garde. I! a pour mission d'observer les mouvements de Tarmé^e Silésie sur la Marne et d'éclairer la route de Château-Thi(Try *.

Positions de l'armée de Silésie le 23 mars au soir. —

Tandis que les maréchaux atteignaient Vertus et Êtoges, les différents corps de l'armée de Silésie exécutaient les mouvements prescrits. York et Kleist marchent de TOurcq vers la Marne, et leur avant-garde s'occupe activement du rétablissement des ponts de Château-Thierry. Mais le manque de matériaux, l'impossibilité de se faire aider par les habitants retardent les travaux. Les ponts ne seront praticables que le 24 au matin, et les deux corps, arrêtés par l'obstacle qu'ils ont devant eux, en sont réduits à s'établir en cantonnements resserrés sur la rive droite de la Marne, autour de Château-Thierry. On se borne à former une colonne mobile composée d'un bataillon de grenadiers et d'une cinquantaine de chevaux qu'on charge de battre le pays et de désarmer les paysans. Seuls, quelques partis de cavalerie ont

* Marmont aa major-général, AUemant, 26 mar?, i heure du matin ; Rapport sur les événements, mouvements et positions depuis le 21 mars. (Arehivet de la guerre.)

s Opérations du général Vincent du 19 au 29 mars, et général Vincent au Ministre, 24 mars, 10 heures du soir. (Ibid.)

passé la Marne à gué ou h la nage. Deux pelotons de hussards de Brandebourg poussent jusqu'à Montmirail sans rencontrer personne. A droite, les cavaliers du capitaine von Westphal sont allés jusqu'à une lieue de La Ferté-sous-Jouarre. A gauche, le major von Colomb, qui a passé la Marne avec son corps volant à Treloup, a occupé Dorraans et va s'établir le soir k Condé.

Winzingerodc a poussé avec le gros de sa cavalerie dans la direction de Vitry. Sa pointe d*avant-garde conduite par Tchernitcheff est à Sommesous et communique avec les cosaques de Tettenborn, du côté de Soudé-Sainte-Croix. L'infanterie de Winzingerodc, sous les ordres de Woronzoft, est entrée le 23 au soir à Châlons.

Les corps russes de Sacken et de Langeron, qui forment la deuxième ligne, sont à hauteur de Reims avec le quartier-général de Blûcher et occupent solidement Épernay.

Opérations de Bûlow contre Sqîpsong et Compiègne. -* Le

23, au matin, les troupes avancées de Bûlow avaient tenté contre Soissons, du côté de la porte de Reims, une attaque de vive force qui n'avait pas eu plus de succès que les sommations d'un nouveau parlementaire. Le reste de la journée fut employé à l'établissement des batteries de position. La place était désormais complètement investie et Bûlow se préparait définitivement à en faire le siège en règle *.

Du côté de Compiègne, la faible brigade de cavalerie du général Grouvel avait été suivie jusqu'aux portes de Villers-Cotlerets par la cavalerie de Bûlow. Une reconnaissance, sortie de Compiègne et poussée jusqu'au Châtelet, avait constaté que les Prussiens avaient établi un poste à La Vache-Noire*.

Opérations du corps volant du colonel baron de Geismar, du 19 au 24 mars. — Pendant ce temps, le colonel von Geismar n'était pas resté inactif. Après avoir exécuté, le 19, son coup de main contre Saint-Just et alarmé la garnison de Clermont.

i S'il faut en croire Dern hardi {DenkwûrdigkeUen ans dem Leben des Gène' ral-lieuienantt Grafen von Toll, Y, 303), Gneisenau n'aurait chargé Bûlow de lopération contre Soissons et Compiègne que pour se débarrasser de lui.

^ Général Grouvel au Ministre, Villors-Cotteretj), S3 mars. (Archives de la guen'e.)

Geismar était revenu s^établir Iç 20 h Moiitdidier, où il iit séjour le 21. Il lui importait plus que jamais d*assurer ses communica* tions avec Bulow, dont il était séparé, non seulement par le le cours de TOisc, mais par le soulèvement national, qui prenait de jour en jour des proportions plus inquiétantes. Le colonel russe savait parfaitement qu'il commettait une sérieuse imprudence en s*arrèhint pendant deux jours dans une ville située à moitié •chemin, entre Amiens et Compiègne, et que le repos qu'il donnait h ses hommes et h ses chevaux allait permettre h une population hostile de s'assurer de visu de la faiblesse numérique de son petit corps. Aussi, afin de se procurer les renseignements dont il avait besoin et d'agir sur le moral des populations, il ne cessa, pendant ces deux jours, d*expédier dans toutes les directions des reconnaissances qui furent d'ailleurs presque toutes attaquées ou inquiétées, arrêtées ou repoussées par les bandes de paysans armés.

Le 23, la situation de Geismar s'était encore aggravée. Le général Avice, h la tète d'une colonne mobile, forte de 200 lanciers, 550 fantassins et 2,000 h 3,000 paysans armés, avec laquelle il espérait réussir pour le moins h chasser Geismar du département de la Somme, s'avançait par la route d'Amienu h Compiègne, après avoir donné avis de sa marche au commandant Otenin. Celui-ci avait fait partir de Compiègne un détachement qui, poussant jusqu'à Cuvilly, sur la route de Montdidier, n'y rencontra personne, enleva un convoi de blé réquisitionné par les cosaques, et rentra k Compiègne dans l'après-midi.

Informé de la marche de la colonne du général Avice, Geismar, avant de se porter contre elle, envoya dans la direction de Compiègne un parti qui, malgré une attaque tentée par les gendarmes, réussit à détruire le télégraphe de Belloy. Vers 3 heures de l'après-midi, les avant-postes de Geismar lui signalèrent l'approche de la colonne française. Se portant rapidement contre elle avec le gros de son petit corps, il l'attaqua vivement, la repoussa et la poursuivit jusqu'à Moreuil. Cette colonne, gravement compromise, aurait été probablement entièrement détruite si le colonel de Geismar n'avait reçu à ce moment l'avis de l'approche de colonnes plus considérables encore et qui, débouchant par les routes de. Clermont et de Beauvais, menaçaient Montdidier où Geismar n'avait pu laisser qu'un faible poste. Chargeant

le major von Fabrice de surveiller la colonne venue d* Amiens, Geismar courul au-devant des nouveaux arrivants. Mais malgré toute sa diligence, il lui fut impossible d'arriver à Montdidier avant les Français. Force lui fut de s'arrêter sur le plateau qui domine la ville du côté du nord et de faire ouvrir le feu à la seule bouche à feu qu'il possédât. L'infanterie française se garda bien de sortir de Montdidier, et comme tout se borna à un échange de coups de fusil avec les vedettes de cavalerie, Geismar se décida à se reporter sur Roye, où il arriva le 25 au matin, après une marche de nuit des plus difficiles. Partout les populations couraient aux armes. Le tocsin sonnait de tous côtés. Des coups de fusil tirés par des ennemis invisibles embusqués derrière les haies, dans les petits bois, à l'abri du moindre couvert, accompagnèrent la retraite du corps volant jusqu'après minuit. L'obscurité était si profonde, les ténèbres tellement épaisses, que la petite troupe du colonel ne par\int môme pas à apercevoir les cavaliers français qui se jetaient de temps à autre sur ses flancs. Pour venger son échec et pour se consoler de sa retraite, Geismar fit brûler la maison du maire de Bouchoir, village où Ton avait tendu, pendant la retraite, une embuscade h une patrouille du corps volant, et fusiller tous les hommes qu'on trouva les armes à la main ou chez lesquels on découvrit des armes *.

24 mars. — Ordres de mouvement de TEmpereur et marche de son armée. — Bien que la faute commise par Marmont et l'établissement des maréchaux à Fismes eussent facilité la jonction des armées de Bohème et de Silésie, les résolutions prises par les souverains, les événements de la journée du 23, enfin la direction même suivie par les colonnes alliées n'étaient cependant pas de nature à déplaire à l'Empereur. Jusqu'à ce moment, ses prévisions s'étaient réalisées. A l'exception des deux corps d'York et de Kleisl, chargés de surveiller les maréchaux, et du corps deBùlow, détaché sur Soissoiis, la totalité des forces des Alliés s'est en effet détournée de la route de Paris pour se porter h sa suite de l'Aisne et de l'Aube vers la Marne. Aussi, tout en ordonnant de laisser croire à ses soldats et aux prison-

1 Tagebuch des Streifcorps unter die Befehlc des kaiserUch-russischen 01>ersten von Geismar wâhrend dem Feldznge 1814. {K. K, Kriegt ArcfUv,, lY, 178.)

nicrs qu'il va continuer son mouvement vers les places de Lorraine *, TEmpereur, différant Texécution de ce projet, se décide il exécuter vivement un changement de front. Il veut « essayer d'arriver le 24 au soir h Colombey-les-Deux-Églises, s'emparer de Bar-sur-Aube, couper la ligne de coramnicalion de Schwarzenberg, et avoir sa ligne d'opérations surTroyes*. »

Sur ces entrefaites, Caulaincourt, accompagné parRayneval, et parti de Chûtillon le 20, avait fini par rejoindre le grand quartier impérial h Saint-Dizier. Pendant que le duc de Vicence essayait vainement de démontrer à l'Empereur qu'une solution pacifique était encore possible, le major-général expédiait les ordres que Napoléon venait de lui communiquer.

Napoléon connaissait trop bien ses adversaires pour se laisser encore leurrer par les belles paroles des diplomates. Son armée se mettra en marche le 24, dès la pointe du jour. Pire, qui est h Joinville, se dirigera, par le plus court chemin, sur la route de Saint-Dizier à Bar-sur-Aube, la rejoindra à Doulevant, où il attendra des ordres et l'approche de la cavalerie de Saint-Germain. La vieille garde, avec la division déjeune garde du général Hanrion et la cavalerie de Lefebvre-Desnoëttes, commencera son mouvement h 4 heures du matin et quittera Saint-Dizier, où les cavaliers de Defrance et de Maurin ont ordre de revenir dans la journée du 24. Ney suivra ce mouvement ; il laissera h Macdonald la cavalerie de Milhaud, mais emmènera avec lui les deux divisions de cavalerie de la garde et le 10« hussards. Enfin, Macdonald formera l'arriére-garde avec les 7® et 2« corps, la cavalerie de Milhaud et de Trelliard ; sa tôte de colonne devra occuper le 24 au soir Saint-Dizier •.

Le 24, Il 7 heures 1/4 du matin, l'Empereur était encore îi Saint-Dizier, lorsqu'un aide de camp de Ney, porteur de dépêches urgentes, arriva au quartier général. Partageant les craintes de Macdonald, connaissant le triste état dans lequel se trouvaient les troupes épuisées du duc de Tarente, le prince de La Moskowa hésitait à quitter les bords de la Marne et à aban-

* Major-général î\ Macdciiald, Saint-Dizier, 23 mars, 11 hcaros du soir. {Archives de la guerre.)

* Major-général à Ney, Saint-Dizier, Î4 mars. (Archives de la guerre,)

> Registres de Berthier : ordres à Pire, Saint-Germain, Ney, Macdooald, Drouot, Saint-Dizier, 23 mars, il hcnres 1/2 da soir. (Ibid.)

donner Macdonald. Tout entier au mouvement qu'il a résolu d'exécuter, TEmpereur ne se laisse pas arrêter par les préoccupations de ses lieutenants. Si les troupes de Macdonald et d'Oudinot sont trop fatiguées pour faire Tarrière-garde, Ney devra les envoyer îi Saint Dizier et formera lui-même Tarrière-gardc avec les divisions Lefol, Gérard, Milhaud, Trelliard et le 10® hussards. « Il est indispensable de se mettre immédiatement en marche parce qu'on n*a plus rien à faire à Vitry '. »

Mais, pendant la nuit, les feux des Alliés en position à Courdemanges et à Huiron avaient considérablement diminué, et les derniers corps français avaient achevé, quoique en désordre, leur passage sur la rive droite de la Marne. Tout était resté tranquille, et comme on avait brûlé les ponts, les maréchaux s'étaient néanmoins mis en route entre 6 et 7 heures du matin. A 1 heure de l'après-midi, Ney entrait à Saint-Dizier et continuait sur Vassy, où il arriva le soir entre 7 et 8 heures *. Sébastiani, que, malgré les ordres formels de l'Empereur, Macdonald avait retenu jusqu'à 11 heures du matin, n'avait pu dépasser Vassy '.

Le général Defrance, envoyé d'abord sur Void pour établir les communications avec Toul, Metz et Nancy, et qui avait poussé le 23 jusqu'à Ligny, était revenu sur ses pas. Arrivé à Saint- Dizier à midi, il avait suivi le mouvement de Ney et de Sébastiani sur Vassy*. Enfin, sans être le moins du monde inquiétés, Macdonald et Oudinot avaient pu continuer leur marche ! d'Écriennes, Luxémont et Villotte jusqu'à Saint-Dizier. Le 24 au soir, le 2® corps s'arrêta à Perthes, le 7° était à Hallignicourt et Hœricourt; le 11« corps, au delà des ponts de Saint-Dizier; le 5® corps de cavalerie à Vouillers, Sainl-EulienetVilliers-en-Lieu; le 6« de cavalerie à Longchamp, Sapignicourt et Perthes *.

De son côté, l'Empereur avait fait ses mouvements sur sa droite et en avant de son front sur Bar-sur-Aube et Chaumont.

* Major-général à Ney, Saint-Dizier, 7 heures 1/4 du matin. (Archives de la guerre.)

* Ney au major-général, Saint-Dizier. 24 mars, 1 heure, et Vassy, 8 heures du soir. (Ibûi.)

^ Séljastiani au major-général, Vassy, 24 mars, 9 heures du soir. (Ibid.) ^ Central Defrance an major-général, Saint-Dizier, 24 mars, midi. {Ibid,) ^ Macdonald, Perthes, 24 mars, 6 heures du soir ; Oudinot, 24 mars, Saint- Dizier. (Ibid.)

A 10 heures du matin, Pire, entré avec sa cavalerie légère îi Donlevant, où il avait ramassé un convoi de blessés et de malades évacués par les Alliés sur Nancy, avait fait partir des reconnaissances sur Montier-en-Der, Colombey-les-Deux-Églises (»t Barsur- Aube. Rejoint un peu plus tard à Colombey par les cuirassiers de Saint-Germain, il continua sur Colombey. Le soir, il s'établit à Daillancourt après avoir poussé avec sa division jusqu'à Biernes. Son avant-garde était h Colombey d'où elh^ avait chassé 50 hussards prussiens qui s'étaient retirés sur Chaumont. Elle y avait appris qu'il n'y avait personne à Bar-sur-Aube, qu'on se hâtait de fortifier Langres et que les Alliés n'avaient h Vignory que 500 h 600 chevaux chargés d'observer Joinville *.

Saint-Germain, auquel Tordre de l'Empereur était parvenu h Doulevant, s'était arrêté à NuUy et comptait pousser le lendemain sur Bar-sur-Aube *.

A 8 heures de l'après-midi, l'Empereur était h Doulevant. Il envoyait aussitôt la division de jeune garde; prendre position h Blumerey. La vieille garde s'arrêtait à Doulevant et Lefebvre- Desnoëttes recevait l'ordre de placer les chasseurs h Villiers-aux- Chênes, les grenadiers h cheval et les éclaireurs ?i Arnancourl. Les batteries de réserve s'arrêtaient à La Forge, près de; Doulevant, et le grand parc h Dommartin-le-Saint-Père.

Enfin, le général Maurin, entré à Bar-le-Duc depuis la veille, et qui se préparait h pousser sur Saint-Mihiel, avait rappelé à lui ses détachements et évacué Bar-le-Duc. Arrivé h 9 heures du soir h Saint-Dizier, il s'était arrêté à Éclaron et se disposait h continuer le lendemain son mouvement sur Vassy *.

Positions de la grande armée alliée pendant la nuit dn 23 au 24 mars. — Le 23 au soir, pendant que l'Empereur dictait à Berthier ses ordres de mouvement pour le lendemain, peu*

1 Pire au major-général, DaiUaacoart, 24 mars, 7 heures 1/2 du soir. {Arehiv€$ de la guerre,)

Pire ne trouva qu'à sa rentrée à Daillancourt, l'ordre dô l'Empereur de rester à Colombey. H était alors trop tard pour faire ce mouvement, et le général informa le major -général de son établissement à Daillancourt, où il passa la nuit.

* Saint-Germain au major-général, Nally, 24 mars^ 8 heures du soir, (Archives de la guerre.)

' Général Maurin au major-général. {Ibid»)

dant quo les souverains et Schwarzenberg se dirigeaient de Pougy sur Dampierre, les corps de la grande armée alliée s'étaient établis pour la nuit sur une ligne allant de Courdemanges à Soudé-Sainte-Croix. L'avant-garde du VI« corps, sous les ordres de Pahlen, s'était arrêtée ù Soudé-Sainte-Croix et à Sommesous. A sa gauche, Seslavin s'était porté vers Fère-Champenoise. Le gros du YI^ corps était à Poivres-Sainte- Suzanne; derrière lui, le III* corps s'était approché de Mailly. A l'extrême gauche, Kaïssaroff était entre l'Aube et la Seine, du côté de Plancy et de Méry. Au centre, le IV® corps était à Sompuis. A droite, le V® corps campait sur les hauteurs de Courdemanges et d'Huiron ; les gardes et réserves h Saint-Chéron et La Verpillière. Enfin, la division de cavalerie légère de la garde était restée entre ce dernier point et Sommesous.

Renseignements reçus par les souverains et par le généralissime dans la nuit du 23 au 24 et dans la matinée du 24 mars. — Pendant la halte qu'ils firent à Dampierre, comme pendant leur marche sur Sompuis, l'empereur de Russie, le roi de Prusse et Schwarzenberg n'avaient cessé de recevoir de graves nouvelles, d'importantes communications qui jetaient un jour nouveau sur la situation en confirmant et en complétant les renseignements déjà parvenus la veille au grand quartier général de Pougy. Dès 3 heures du matin, h leur arrivée à Sompuis, les souverains et le généralissime qui avaient déjà pris connaissance à Dampierre des nouvelles transmises par Tcherititcheff et par Teltenborn, y trouvèrent la confirmation positive de l'occupation de Chillons par l'avant-garde de l'armée de Silésie. Ils ignoraient, il est vrai, le point exact sur lequel les corps de Sacken et de Langeron allaient être dirigés à leur départ de Reims. Quelques instants plus tard, le généralissime avait été rejoint par le chef d'état-major de Wrède, le général-major Rechberg, chargé de protester contre le mouvement sur Châlons, et d'insister sur la nécessité de marcher sur Paris *. De plus, enfin, les renseigne-

' Taxis, Tayebuch (K. K. Kriegs Archiv., XIII, 32), et lettre de Wrède au roi de Bavière, 3i mars 1814 : « J'envoyai de suite mon chef d'état-major chez le maréchal prince de Schwarzemberg. Je Tavais chargé de représenter an généralissime qu'il y aurait de graves inconvénients en nous obligeant à mo-

monts envoyés [>ar les partisans, les lettres qu*ils avaient interceptées conl(»naient des nouvelles plus importants qu*on ne Tavait cru au premi(T abord.

On parcourut avec une curiosité fébrile et les rapports envoyés par les personnages qui, trahissant la cause de l'Empereur, appelaient à grands cris les Alliés à Paris, et les nombreux documents confiés à l'estafette enlevée par les cosaques de Tettenborn. On y trouva, outre la copie de la lettre que l'empereur Napoléon écrivait à Marie-Louise*, une lettre de Savary, ministre de la police, qui exposait nettement à TEmpereur la gravité de la situation à Paris. « Les caisses publiques, les arsenaux et les magasins sont vides; on est entièrement h bout de ressources; la population est découragée et mécontente. Elle veut la paix h tout prix ; les ennemis du gouvernement impérial entretiennent et fomentent dans le peuple une agitation encore latente, mais qu'il sera impossible de réprimer si TEmpereur ne réussit pas à éloigner l(\s Alliés de Paris, h les entraîner à sa suite loin des portes de la capitale. »

Deuxième disposition du généralissime pour la journée du 24 mars. — Bien que Schvvarzenberg, rendu plus prudent et plus circonspect par l'absence de son souverain, n'osût pas encore prendre le parti de marcher sur Paris, il avait néanmoins compris qu'il y avait lieu de modifier tout de suite la disposition de la veille. Il renonça immédiatement au mouvement sur Chîllons qui n'était en réalité qu'une retraite dissimulée sur l'armée

difier la direction de notre marche rien que pour arriver à opérer notre jonction avec Bliichcr, et qu'il y avait Ueu de renoncer à nos communications sur les derrières que Tcnnemi voulait nous couper. Il m'a paru que le moment était proche où Taudace que l'ennemi montrait dans son projet devait être

punie, sinon par un mouvement aussi audacieux, du moins plus raisonnable

Il est vrai que la proposition que j'avais faite moi-même de nous rapprocher de Paris, acquit plus de poids dans ces circonstances, et qu'il me parût infailliblement nécessaire d'en passer par là. Le maréchal prince de Schwarzenberg, qui était séparé de son maître, fut au commencement un peu embarrassé pour se décider à faire un mouvement aussi imprévu ; mais Tempcrenr Alexandre fut d'autant plus disposé à l'accepter. » (En français dans l'original.)

< Voir plus haut le texte même de cette lettre, dont Tétat-major général de Silésie envoya copie au généralissime, et qui ne laissait plus l'ombre d'un doute sur les projets de l'Empereur.

Wcii. — lu. 35

de Silésie, et, à 4 heures du matin, il se décida à diriger la grande armée sur Vilry et à y passer la Marne.

On va donc continuer à suivre Napoléon qu'on espère encore écraser sous le poids des forces réunies des deux armées. Blucher remontera la Marne et formera désormais la droite de la grande armée qui attaquera l'Empereur partout où on le rencontrera *.

« Los généraux Winzingerode et Tettenborn postés à Sonimcsous, Soudé-Saint(î-Croix et Vatry, ainsi s'exprime le généralissime dans sa deuxième disposition pour le 24*, ont rétabli nos communications avec ChAlons et Tarniée du feld-maréchai Blucher.

« En conséquence, le V® corps restera devant Vilry et sera chargé de couvrir le passage de la Marne qu'exécuteront les autres corps de la grande armée. S'il est possible de remettre en étal le pont de Frignicourt, le V« corps y passera la Marne et se formera en colonne d'îillaque entre Frignicourt et Bignicourt. Ses avant-postes pousseront dans ce cas jusqu'à Larzicourt.

u Les IVe et VI« corps défileront par Vitry, se formeront en colonnes d'attaque sur l(»s hauteurs de Villole et de Vauclerc et établiront leurs avanl-posles sur la route de Sainl-Dizier. Des colonnes volantes envoyées sur (>heminon et Revigny couvriront la gauche de la position.

« Le III® corps, avec l'artillerie et le train administratif, marchera droit sur Vitry et s'établira en arrière (à l'ouest) de celle ville sur la hauteur de Blacv.

« Les gardes et réserves traverseront Vilry et prendront position entre le Bas-Village et Vilry-lo-Brûlé.

v< Le (juarlier généi'al va ii Vitry.

« Les IV® et VP' corps se mettront en marche de manière à pouvoir, si toutefois l'ennemi tenait encore les hauteurs de Blacy, l'attaquer de concert avec le V® corps l\ midi précis. Dans ce cas, les gardes et réserves prendront position à midi sur la hauteur do Courdemanges.

1 Les événements de la journée du 24 sont teUement importants que nom avons cru nécessaire de reproduire in extenso les ordres généraux et particuliers donnés par Schwarzcnberg.

* Prince de Sdiwarzenberg, 2* disposition pour le S4 mars^ Sompuis^ 4 heures du malin. (A'. K, Kriegs Archir., 111, 440.)

« L(» général Winzingcrode se portera entre la Marne et TAube, de façon h pouvoir, selon les circonstances, aller, soit sur Brienne et Bar-sur-Aube, soit sur Saint-Dizier.

a Le général Tellenborn. destiné à s(? diriger ultérieurement sur Troyes, passera aujourd'hui par Faux et s'établira sur la rive droite de la Marne afln de couvrir les derrières de l'armée.

« Le général Seslavin marchera avec le 111*' corps et sera chargé de proléger les parcs et les convois.

« Le général Kaissaroff marchera avecle VI« corps et côtoyera sa gauche.

« Cette disposition, ajoute en terminant le généralissime, repose tout entière sur la possibilité d*effecluer le passage de la Marne. Dans le cas où cette hypothèse ne pourrait se réaliser, Tannée occuperait une ligne s'étendanl h gauche jusqu'à Blacy, h droite jusqu'à Courdemanges. Le V® corps aurait alors à occuper la hauteur de Ghâtel-Raould-Sainl-Louvent. »

Le généralissime adressait en outre ù Winzingcrode à Vatry, et h Tettenborn à Soudé-Sainte-Croix, des ordres particuliers destinés à les mettre plus rapidement et plus complètement au courant de ses projets et à déterminer la mission que ces généraux allaient être chargés de remplir pendant la journée du 24*.

Mouvements des corps de la grande armée alliée. —

Tandis que le généralissime expédiait cette nouvelle disposition,

* Ces deux onlrcs étant à pou près sembltible^, il nous a paru inutile de les reproduire tous deux, et nous ne donnons ici que l'un d'entre eux :

tf Le prince de Scliwarzenberg au générai Tettenborn.

«• Sompuis, 24 mars 1814. — w J*ai appris avec plaisir que vous étiez arrivé à Soudé-Sainle-Croix.

u L'ennemi, après avoir érboué à Arcis, s'est jeté sur la rive droite de la Marne et se dirige sur ma droite vers Saint-Dizier.

« Je rassemble aujourd'hui mon armée à Vitry, à cheval sur la Marne, pout poursuivre demain l'ennemi.

« 11 est essentiel que vous couvriez les derrières de l'armée par la rive droite de la Marne, l'ennemi ayant poussé de la cavalerie vers Châlons.

« Le général VVinzingerode, qui est aujourd'bui à Vatry, a reçu l'ordre de couvrir les derrières de l'armée sur la rive gaucbe de la Marne, et de se relier par Pogny.

« Hier soir, à 10 lieures, on a vu de la cavalerie ennemie à Vésigneul. 11 faut l'en cbasser de suite.

« Je veux également savoir si Châlons est entre nos mains ou si cette ville est occupée par l'ennemi » (K. K. Kriegt Arehiv., III, 439.)

Wrèdo, se conformaiil aux premiers ordres deniouvemenl qui le chargeaient de couvrir la concentration projetée de raniiée de Bohème aux environs de Vésigneul, avait fait prendre à ses corps la roule de Pringy.

Arrivé à p(»u de distance de ce dernier endroit, le V« corps y opéra par hasard sa jonction avec les cosaques de Tettenborn. « Les Bavarois, dit Taxis*, marchent sans s'éclairer et rencontrent des cosaques de Tettenborn (corps de Winzingerode, armée de Bliicher) qu'ils prennent pour l'ennemi, de même que les cosaques ont, pendant un moment, cru de leur côté avoir affaire à des Français. » A 9 heures, Wrède recul à Pringy la deuxième disposition qui le renvoyait sur Vilry « afin de marcher de h\ avec toutes les forces réunies contre l'armée de l'Empereur*. » Faisant reprendre à son corps la route qu'il venait de parcourir, il s'arrêta le soir à quelque distance de Vitry aux environs de Maisons-en-Champagne.

A 10 heures du malin, le VP corps, venant de Poivres-Sainle- Suzanne, et les gardes et réserves de Saint-Chéron arrivèrent à peu de distance de Sompuis, que venait de quitter le IV« corps en marche sur Vitrv.

Comme les Austro-Bavarois de Wrède, les autres corps de la grande armée avaient, dès le 24 au matin, commencé leur mouvement en se conformant a la disposition partie la veille de Pougy. Le lllc corps, couvert sur gauche par le général Seslavin, chargé d'occuper Sézanne et Fère-Champenoise, était déjà à peu de distancer de Mailly lorsqu'un officier, venant du grand quartier général, apporta au feidzeugmeister comte Gyulay l'ordre de se diriger sur Vilry. Aussitôt après avoir reçu la deuxième disposition, Gyulay prescrivit îi Fresnel de se porter le jour même sur Arcis avec le régiment de chevau-légers de Klenau et le régiment d'infanterie Empereur, « h condition toutefois d'avoir été préalablement relevé à Troyes ». Laissant h Mailly le régiment d'infanterie* Koltulinsky et une batterie de 12, Gyulay, passant par Poivres-Sainte-Suzanne et Sompuis, arrêta vers le soir le gros de son corps, le parc de munitions de réserve et les convois à peu

i Taxis. Tiujebuch. (K. K. Kricgs Archiv., XIII, 32.) * Stàrke, Eiiilheilung und Tageâbegebeuheiteu der Haujit-Aritiec iiii Monate Marz. (ibid., m, 1.)

(lo distance de Blacy. F/avant-garde du in« corps (régiment de chevau-légers de Rosenberg et un bataillon des confins militaires) s'était îi peine établie h Maisons lorsqu'elle recul Tordre de se porter sur Vatry. A peu de distance de cet endroit, les chevaulégers donnèrent contre une grosse colonne de* cavalerie française se dirigeant avec du canon sur Vitry. Trop faibles pour s'engager, les chevau-légers se» r(»plièrent sur Maisons et informèrent aussitôt Wrède et Gyulay du mouvement des Français. On avait su par les quelques prisonniers ramassés par les chevau-légers, que» cette cavalerie formait Tavant-garde des maréchaux en marche sur Coole et cherchant »^ rejoindre Napoléon \ Ce renseignement allait être, quelques instants plus tard, confirmé par rofllcier supérieur que Gyulay avait laissé à Mailly et que Kaïssaroff informa de la marche sur Vatry de grosses colonnes de cavalerie française.

Pivvenu de ces mouvements des maréchaux, Wrède envova deux régiments de hussards autrichiens sous les ordres du général von Gcîramb (hussards de S/eckler et Archiduc-Joseph) soutenir les chevau-légers de Rosenberg et s'établir en avant de Coole.

C'étaient, en effet, les maréchaux qui, restés .sans ordres par suite de la prise des courriers de l'Kmpereur, ne pouvant plus arriver à Chî\lons avant Blucher, ne voulant pas laisser le corps de Winzingerode derrière eux et .sur leur flanc gauche, marchaient de Vertus et d'Éloges sur Vatry dans l'espoir de parvenir néanmoins à faire leur jonction avec Napoléon. Ils se doutaient d'autant moins de la présence et du voisinage des armées de Schwarzenberg et de Blucher que Winzingerode, Tettenborn et Tchernitcheff avaient précisément quille, le 24 au matin, Vatry,

i Starke, Eintheilang und Tai^esbegebenheiten der Uaupt-Armee im Monatc Jiiflrz. (K, K, Kriegt Archiv., III, i.)

Il est bon de se rappeler que la division Amey avait été chargée dVseorter, do Cauroy à Sompuis, h* parc d'artillerie des corps sous les ordres de Maedouald. Par un malentendu, le général Ainey perdit les traces du parc, que la cavalerie légère russe enleva près de Soinpuis. La division Aniey, arrivée à Sézanne le 23 au soir, y fit sa jonction avec la division Pacthod. Les deux généraux, informés par les habitants qu*un corps français était en marche sur la petite route de La Ferté à Chdlons, pour rejoindre TEmpereur, se dirigèrent sur Bergères, où ils apprirent que Marmont et Mortier en étaient partis le 23. Cette nouvelle les décida à se remettre en marche le 24. et à seiTir d escorte au gros convoi de vivres et de munitions qui avait été confié à l'adjudant-comniandant Noizel. (Arehirf» de la guerre.)

Somme80us el Soudé-Sainle-Croix pour prendre le chemin de Vilry. La rencontre de quelques vedettes alliées, l'apparition de quelques cosaques, les renseignements des habitants unanimes h signaler la marche des Alliés vers la Marne ;i la suite de TEmpereur qui remontait la rive droite de cette rivit-re, n'étaient pas faits pour inspirer aux maréchaux des craintes immédiates et leur révéler le danger qui les menaçait. Le 24 au soir, les maréchaux s'arrêtaient : Marmont h Soudé-Sainte-Croix et Mortier h Vatry. La cavalerie qui marchait avec la colonne du duc do Trévise s'établissait, partie h Villeseneux, Soudron et au nord de Vatry, sur la route de ChAlons, partie h Bussy-Letlrée et h Donimartin-Lettrée. De ce dernier point, elle devait communiquer avec Marmont h Soudé-Sainte-Croix. Cette cavalerie avait ordre de se réunir le 25 h Vatry et d'être prête fi en partir dès 4 heures du matin*.

Le 1V« corps avait, entre temps, quitté Sompuis h l'approche du VI* corps et des gardes et réserves cl poussé jusqu'il Blacy où il bivouaqua. Le VI* corps vint s'établir à sa gauche, à Pringy, Drouilly et Loisy-sur-Marne; les gardes et réserves à sa droite, vers Courdemanges. Kaïssarotf et Seslavin s'arrôl^rent le 2i au soir avec leurs cosaques : le premier, à peu de distance de ViJIenauxe, le second aux environs de Sézanne.

Pendant que les corps de la grande armée se formaient ainsi en demi-cercle autour de Vitry, sur une ligne allant de Pringy h Courdemanges, les corps de Macdonald, Oudinot et Gérard, abandonnés par Ney, rappelé lui-même par l'Empereur, avaient eu la bonne fortune de pouvoir se retirer des bords de la Marne sur SaintDizier, sans être en somme sérieusement inquiétés. Ils n'avaient été, heureusement pour eux, suivis pendant toute la matinée que par le régiment de dragons de Moscou et quelques escadrons de cavalerie prussienne qui, sortis îi cet effet de Vitry, se bornèrent h observer leur marche.

Marche de la cavalerie de Winzingerode. — A 3 heures de l'après-midi, la cavalerie de Winzingerode traversait Vitry*.

* Marmont au major-j?«'n^ral, AUomant, 2C mars, i honrc du matin, pt BcUiaiil à Mortier ot Roussel. Valry, 24 mars, 10 liouros du soir. (Arrhivn rie la guerre.)

* Le corps dp ravalerio de Winzin/ïProdc comptait en tout 8.000 chevaux

AiissiUM après avoir d(^.boiiohé do Vitry, Winzinjçorode avait d(^tach(^ TchernitchefI cl l'avait chargea de passer h la t^te do 2,500 cosaques sur la rive gauche de la Marne et de pousser avec eux sur Montior-on-Dor. Lo 24 au soir, Teltonborn s'arrôlait avec ses cosaques h Saint-R6my-en-Bouzoniont.

Sur la rive droite de la Marne, Tottenborn ne rejoignit l'extrèmo arrière-garde française qa'?t la tombée do la nuit aux environs do Thiéblemont-Faremont.

Ses cavaliers, arrêtés pendant un certain temps par les feux des postes français, parvinrent néanmoins h les obliger îi abandonner le village et à se replier sur le gros des corps de Macdonald et d'Oudinot établis de Perthes h Saint-Dizior.

Mouvements et positions da gros de l'armée de Silésie.

— A l'armée de Silésie, on avait mis à profit la journée du 24 pour transporter Bliicher h ChAlons* où Gneisenau avait concentré les corps russes de Langoron et de Sackon et l'infanterie^ de Winzingorodo sous les ordres des généraux WoronzoffetStrogonoff.

Mouvements des corps d'Tork et de Kleist. — Les deux corps prussiens d'York et do Kleist, retardés h Chilteau-Thierry par la destruction complète des ponts, n'avaient pu passer la Marne que dans l'après-midi du 24. Quelques escadrons avaient cependant réussi h traverser la rivière dès le matin et s'élaient portés en toute hi\te sur les traces dos maréchaux. L'infanterie d'York, qni n'avait pris pied sur la rive gauche de la Marne qu'après avoir laissé tîler devant elle toute la cavalerie, n'avait pu faire que peu de chemin. La division Horn s'arrêta le soir à

avec 46 canons. L'avant-jrarde, aux ordres de Tetlenborn, se composait de quatre escadrons de hussards d'Izionm, de six escadrons de hussards d'EUsabethgrad et de cinq régiments de cosaques, avec huit pièces d'artiUerie à cheval, formant un effectif total d'environ 2,000 chevaux. Le gros comprenait neuf rc^giments de cavalerie régulière, quinze régiments cosaques, neuf batteries à cheval et le corps volant prussien du major von Falkenhauscn.

t Vers 7 heures du soir, on amena au quartier général de l'armée de Silésie à ChAlons, quelques prisonniers enlevés du côté do Sommcsous, et qui déclarèrent appartenir au corps de Marmont. Le feld-maréchal en donna immédiatement avis au grand quarti«r général, en ajoutant qu'il chercherait h. couper aux maréchaux leur retraite sur Eloges.

Monlfaucon à peu près à mi-chemin entre Chûteau-Thierry et Montmirail; celle du prince Guillaume, h Vifforl. L'artillerie de réserve resta à Nogentel. York et Kleisl en personne poussèrent le soir jusqu'à Montmirail et y apprirent que les maréchaux, partis de cette ville le 23 au matin, avaient pris sur eux une avance de deux jours de marche. L'infanterie de Kleist, qui n'avait pu passer la Marne que vers le soir, s'établit pendant la nuit du 24 au 25 dans les faubourgs de ChAteau-Thierry. On avait décidé d'y laisser le général von lagoft, chargé d'assurer la garde des ponts avec deux bataillons pris dans chacun des deux corps, 300 chevaux et 2 bouches à feu.

A la gauche d'York et de Kleisl, le corps volant de Colomb, qui avait passé la Marne la veille à Treloup et s'était arrêté le 23 au soir îi Condé, avait envoyé sur Orbais un parti qui poussa jusqu'en vue de Montmirail occupé encore par 200 h 300 fantassins et une centaine de chevaux sous les ordres du général Vincent, chargé d'observer les mouvements des corps prussiens. Après avoir arrêté pendant quelques heures les partisans de Colomb, le général Vincent, sachant que les Prussiens s'étaient établis à La Ferté-sous-Jouarre et î\ ChAteau-Thierry, se replia sur Orbais au moment où les escadrons d'avant-garde du I®»* corps rejoignaient les cavaliers de Colomb.

Sur l'ordre d'York et de Kleist, la cavalerie des deux corps avait gagné rapidement du terrain sur la rive gauche de la Marne, et, le 24 au soir, le général von Katzler, dont les patrouilles battaient le pays vers Champauberl, s'arrêtait à Jonvillers, tandis que le colonel von Blûcher, après avoir traversé Montmirail, venait s'établir ;i Le Gault et envoyait des partis vers Sézanne.

La cavalerie de réserve, sous les ordres de Zieten, qui leur servait de soutien, ne dépassa pas Montmirail.

Le corps volant de Colomb avait passé la nuit du 24 au 25 îI Corrobert.

Bombardement de Soissons.— A l'extrême droite de l'armée de Silésie, Biilow, après avoir infructueusement sommé le commandant Gérard de lui rendre Soissons, avait ouvert la tranchée dans la nuit du 23 au 24 et bombardé la place pendant la journée et pendant une grande partie de la nuit. Mais grAce aux sorties

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vigoureuses qu'il exéciita dans la soirée du i24, le eommandanl Gérard réussit h détruire les travaux d'approche et les boyaux de communication commencés par les assiégeants.

Du côté de Villers-Cotterets, les vedettes de Grouvel étaient en présence des cavaliers prussiens, et le major Otenin, commandant la place de Compiègne, se préparait h résister à une attaque qui paraissait de plus en plus imminente.

La panique continue sur les derrières de la grande armée alliée. — Sur les derrières et sur les lignes de communication de la grande armée alliée, la j)anique n'avait fait que s'accroître depuis la veille. Aussitôt après avoir reçu la dépêche expédiée par le généralissime, de Pougy, le 23, s\ 4 heures de Taprès-midi, l'empereur d'Autriche suivant le conseil de Schwarzenberg avait quitté Bar-sur-Aube le 24 au matin pour se rendre îi Chfttillon-sur-Seine. Le 24 au soir, après une halte de quelques heures dans ce dernier endroit, l'empereur François continua sa route sur Dijon. La prudence de Schwarzenberg l'avait, cette fois, bien inspiré. Un retard de moins de vingt-quatre heures aurait suffi pour faire tomber son souverain entre les mains des cavaliers de Saint-Germain. Insignifiante en elle-même, une pareille capture aurait assurément suffi pour changer du tout au tout les résolutions et les plans des Alliés. Au lieu de marcher sur Paris, on se serait arrêté, on aurait repris les négociations qu'on venait de rompre, et, pour arracher h Napoléon l'otage qu'il aurait eu en la personne de son beau-père, la Coalition aurîiit été vraisemblablement obligée à demander un armistice, peut-être même »^ reconnaître h la France ses anciennes frontières et h évacuer le territoire national.

Les bagages personnels de l'empereur d'Autriche et tout son quartier général avaient filé derrière lui : une partie par Chaumont et Langres, sur Vesoul, le reste, par ChAtillon. sur Dijon, sous l'escorte de renforts wurtembergeois amenés par le généralmajor Spitzberg.

Dès le 23 au soir, afin de parer dans la limite du possible au désarroi et i\ la confusion qu'il prévoyait, Barclay de Tolly avait envoyé à Bar-sur-Aube le général russe Oertel et l'avait chargé de prendre les mesures nécessaires pour assurer l'évacuation des équipages de l'armée russe. Le 24 au matin, le général Oertel

rassembla ù Bar-sur-Aube les convalescents, les malades et les blessés russes en état de supporter les fatigues du transport, les dépôts et les bagages des régiments, les parcs et les caisses de réserve. Rappelant h lui le convoi administratif dirigé sur Saint- Dizier, Ocrtel ordonna a cette innombrable colonne de voilures de toute espèce de prendre, dans la nuit du 24 au 25, le chemin de Chaumont, sous la protection d'un régiment d'infanterie, d'un régiment de uhlans et de deux régiments de cosaques.

On était tellement inquiet, tellement déconcerté qu'on ne crut pas prudent de faire halte à Chaumont et qu'arrivés dans cette ville les convois reçurent l'ordre de continuer sur Vesoul sans perdre une minute. Arrivé h Vesoul, le général Oertel arrêta enfin sa colonne, arma les convalescents, rassembla différents détachements russes, appela à lui les renforts russes venus d'Allemagne, par Altkirch, et forma un corps composé de quelques milliers d'hommes de toutes armes, h la tête desquels il espérait parvenir h réprimer et h prévenir le soulèvement des paysans.

Le 24 au matin, le général-major comte de Raigecourt, commandant autrichien de Chaumont, avait, de son côté, fait sortir de la place une reconnaissance forte de deux demi-escadrons et de deuK compagnies qui, descendant le cours de la Marne, devait pousser sur Joinville en passant par Vignory et Cerizières. Il ne lui restait h ce moment h Chaumont que deux escadrons, trois compagnies d'infanterie et une batterie h cheval. Cette reconnaissance, repoussant les quelques postes français établis îi Vignory, poussa jusqu'à environ une lieue de Joinville. Informée par ses émissaires de la présence à Joinville du général de Pire et du projet de ce général de déborder les Autrichiens postés h Chaumont en passant, d'une part par Andelot, de l'autre par Colombey-les-Deux-Églises, alarmée par le commencement d'exécution de ce mouvement, la reconnaissance, après avoir détaché quelques partis sur Doulevant et sur Andelot*, se replia le 24 au soir sur Vignory.

Dans le courant de la journée, Raigecourt avait d'ailleurs reçu l'ordre d'abandonner Chaumont s'il s'y croyait menacé et de se

* Le parti envoyé à Andelot y porta à rartillerie bavaroise de rt^rve l'ordre de rétrograder au plus vite sur Lan^rres.

replier sur Langrrs oii il devait tenir jusqu'h la (lerni^re exlréniili^.

A 9 heures du soir, Raigeeourt avait connaissance dcFarrivée de la cavalerie française h Colombey-les-Deu\-ftglises.

HappelanI en toute hAte deux colonnes de vivres oubliées à Juzennécourt. rassemblant |)endant la nuit les quelques troupes dont il disposait, chargeant sur des voitures tout ce qui appartenait h Tannée, Raigecourt évacua Chauniont un peu avant minuit et se replia sur Langres.

Son arrière garde seule resta en position en avant de cette ville, h Vesaignes.

Mouvement du général AUix sur Auxerre. — Enfin, plus au sud et dans l'espace qui séparait la gauche de la grande armée alliée de Dijon et des troupes opérant contre Lyon sous les ordres du prince héritier de Hesse-IIombourg, le général Allix avait profité de la retraite de la division légère de Maurice^ Liechtenstein qui s'était repliée, d'abord sur ChAtillon-sur-Seine et Ampilly-le-Sec, puis sur Montbard, pour se porter par Joigny. Brienon et GhAblis sur Auxerre. Cette marche, qui ne compromettait en aucune façon Sens et Pont-sur- Yonne où Allix était toujours en mesure de prévenir un retour de Liechtenstein, avait surtout pour but de lui permettre d'encourager la levée en masse dans le département de TYonne et de soutenir les gardes nationales dont l'attitude résolue avait empêché une pointe des Autrichiens sur Clamecv.

Conseil de guerre de Sompuis. — L'empereur Alexandre fait décider la marche sur Paris. — Si l'on se bornait h considérer les opérations militaires et les mouvements des différents corps des armées alliées, la journée du 24 mars devrait à bon droit passer pour l'une des moins importantes de la campagne.

On avait, en effet, renoncé h la marche sur GhAlons parce qu'on avait eu connaissance de la présence sur ce point de l'armée de Silésie, et on s'était dirigé sur Vitry parce que la jonction était chose faite et qu'on était décidé h suivre TEmpereur.

Mais cette journée du 24, malgré son insignifiance apparente, marque au contraire le moment psychologique, l'instant critique de toute la campagne.

Poussés lous doux par des motifs différents, Scinvar/enl)erg et le roi de Prusse avaient quitté Sonipuis dès 10 heures du matin. Tous deux avaient longuement médité sur les graves nouvelles qu'on venait de recevoir et avaient cru sage et prudent de s'éloigner du quartier général sous le prétexte de surveiller de plus près la marche de Tarmée sur Yitry. Trop fin politique pour n'avoir pas saisi la portée capitale des renseignements dont il avait pris connaissance îi Dampierre, Schwarzenberg, en l'absence de son souverain, se souciait médiocrement d'avoir à se prononcer sur le caractère des opérations ultérieures et h modifier de sa propre autorité la direction suivie jusqu'il ce jour par les armées.

Quant au roi de Prusse, il n'avait pu, pendant ces quelques heures, pénétrer les intentions du tzar.

N'ayant pas d'opinion personnelle, habitué depuis longtenips îi régler sa manière de voir sur celle d'Alexandre, craignant non seulement de se compromettre, mais surtout de compromettre les intérêts de son pays en émettant des idées qui auraient pu déphiire au chef réel de la Coalition, il avait saisi avec bonheur l'occasion de s'absenter de wSompuis. En un mot, Frédéric-Guillaume III et Schwarzenberg cherchaient à éviter la responsabilité et, sans prévoir encore la nature du revirement qui allait se produire, la gravité des résolutions qu'on allait prendre, ils espéraient tous deux n'avoir plus qu'à donner leur assentiment, si ce n'est 51 un fait accompli, du moins à une proposition formelle, îi une espèce d'ordre émanant de l'empereur de Russie.

Resté seul à Sompuis, Alexandre I*' y avait relu les dépêche? qu'on avait interceptées, et plus particulièrement la lettre confidentielle de Rovigo signalant à Napoléon les agissements des ennemis de l'Empire, leurs intrigues et leurs menées. Après avoir comparé ces nouvelles avec les renseignements apportés par Vitrolles, avec les communications émanant de Dalberg et de Talleyrand, le tzar n'avait pas tardé à reconnaître toute la gravité de la situation, h comprendre qu'il y avait mieux à faire qu'à s'échelonner sur Yitry et à s'acharner à la poursuite de la petite armée de Napoléon. Ne voulant cependant pas céder à une impulsion dont il se défiait d'autant plus qu'il n'avait jamais cessé d'être obsédé par l'idée de la marche sur Paris, Temporour de Russie, avant de prendre une résolution définitive, une réso-

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lution qui devait intUier sur le sort du monde, avait tenu à s'entourer des conseils des quelques officiei's (ju il honorait de sa contiauce particulière.

Sur son ordre, Wolkonsky enjoignit à Barclay deTolly, à Toll et h Diebitsclî d'avoir à se rendre immédiatement auprès de leur souverain. Dès que ces officiers furent arrivés, l'empereur, après leur avoir indiqué sur la carte les positions des différents corps, leur fit remarquer que du moment où les deux grandes armées alliées avaient opéré leur jonction *, il fallait, ou suivre lEmpereur et Taccabler sous le poids de forces supérieures en nombre, ou marcher sur Paris.

Barclay de Tolly, interrogé le premier par Alexandre, proposa de suivre TEmpereur et de l'attaquer partout où on le rencontrerait.

Diebilsch, en sa qualité de quarli(»r-maître des réserves russes, interrogé immédiatement après Barclay de Tolly et ne pouvant contredire directement son général, conseilla une demi-mesure. 11 émit l'avis de détacher 40,000 h 50,000 hommes sur Paris et de marcher avec le gros des forces contre TEmpereur.

Toll, au contraire, auquel la situation particulière, qui lui avait été faite depuis le début des opérations, n'imposait aucune retenue, déclara nettement qu'il n'y avait qu'un parti fi prendre. Il fallait pousser à marches forcées sur Paris les armées réunies de Schwarzenberg et de Blùcher et n'envoyer contre l'Empereur qu'une dizaine de mille chevaux chargés de masquer le mouvement principal. Ces paroles répondaient complètement au secret désir de l'empereur Alexandre qui les approuva complètement, et comme Diebitsch lui faisait remarquer que la marche sur Paris aboutirait au rétablissement des Bourbons, le tzar se borna h lui répondre : « 11 n'est nullement question des Bourbons; il s'agit de renverser Napoléon. »

Barclay de Tolly essaya vainement de présenter quelques observations, d'objecter que Tempereur Napoléon préviendrait les armées alliées dans leur marche sur Paris, d'établir un

i LVmpercur Alexandre ii*Hvait vraisemblablement pas à ce moment des données exactes sur la position de l'armée de Silésie, car il eut soin, comme nous le dirons plus loin, de donner lui-même des instructions spéciales à Langerou et à WoronzofT, placés cependant tous deux sous les ordres de i31ucher.

parallèle entre Paris et Moscou. Malgré les remarques de Barclay, Diebilsch, sachant désormais quelles étaient les intentions de son souverain, se rallia îi l'opinion émise par Toll et faiUa à combattre les appréhensions du commandant en chef des gardes et réserves. Sur l'ordre d'Alexandre, on étudia sommairement les conditions de la marche sur Paris, et quelques instants après, le tzar, accompagné par Wolkonsky, Diebitsch et Toll, montait à cheval pour rejoindre le roi de Prusse et Schwarzeuberg, leur faire part de sa résolution et les décider à donner leur assentiment au mouvement qu'il avait décidé en principe*.

A environ deux lieues de Sompuis, l'empereur de Russie rejoignit Frédéric-Guillaume et Schwar/enberg qui, prévenus par un aide de camp, l'attendaient sur une petite colline ù peu de dislance de Blacy et du haut de laquelle on apercevait Vitry. On mit aussitôt pied à terre; Toll déplia une carte et l'empereur de Russie commença aussitôt à exposer les motifs de la résolution qu'il proposait. Lord Burghersh*, qui accompagnait ce jour-là

* Holalioii de ToU. (Archires toiographiques de Saint-Pêtenbourg, n° 47353. )

Dic!)itsch, dans sa relaliou sur lt« combats d'Arcis-sur-Aube, et sur sa coopôration à la décision prise le 24 par rempeieur Alexandre de marcher sur Paris, relation qu'il adressa au général baron Joinini, de Mohile^v, le 9/âl mai 1817 {Arcliires de la guerre), cberchc à s'attribuer tout le mérite de la i*ésolation. 11 y a lieu de remarquer d'abord que cette relation a été écrite trois ans après les événements ; ensuite, que dans plus d'une circonstance. Diebitsi-h n'a été que par trop enclin à s'attribuer ce qui, en réalité, appartenait à autrui. Ses démêlés ultérieurs avec le prince Kugène de Wurtemberg fourniraient aisément la preuve de ee que nous avançons. Knfm, il est bon de signaler de plus eertaines allcgatio'js contenues dans cette lettre, et qui sont manifestement erronées. Jamais l'empereur Alexandre ne déclara aux généraux russes qu'il avait appelés près de lui que la résolution des souverainM était prise. Diebitsch commet d'ailleurs une autre erreur en affirmant que « Toll fut envoyé chex Sch^arzenbtrg pour lui notilier la résolution de marcher sur Paris. » Le tzar jugea nécessaire de conférer eu personne avec le roi do Prusse et le généralissime avant d'arrêter délinitivemcnt les nouvelles dispositions.

' Lord Burghersh, Mémoires, 224-

Wrède, que Tbiclen avait été chargé d'aller quérir et qui assista aa conciliabule de Blacy, conlirme ces faits et dit dans sa lettre du 31 mars ao roi de Bavière : « On discuta encore un peu, mais il fut de suite irrévocablemeut résolu de marcher sur Paris. » Enlin, bien que les auteurs autrichiens Thielen, Prokesch et Sch<*ls cherchent à attrii)uer à Schwarzeuberg la première idée da mouvement sur Paris, il est facile d'établir que c'est bien à X'cmpereur Alexandre seul qu'est duc cette résolution. On lit, en effet, dans les TagesbegebenheUen der Haupt-Armee im Monate Màrz (K. K. Kriegs Arehiv., 111, 1), à la date da 34 mars, les phrases suivantei : « Les Alliés se sont concentrés dans Taprèsmidi à Vitry, et devaient d'abord, eux aussi, niarchor sur Saint-Dixier ; mais.

Schwarzenberg et qui assista au conseil de guerre, a résumé dans ses mémoires les péripéties de cette conférence. « Soutenu par le roi de Prusse et par les généraux russes, Tempereur de Russie, nous dit-il, ne tarda pas ?i triompher des dernières hésitations du généralissime. »

Ordres de mouvement pour le 25 mars. — 11 était alors plus de midi; les colonnes alliées en marche depuis le matin avaient atteint les positions indiquées par la deuxième disposition. Elles étaient prêtes à forcer le passage de la Marne aux environs de Vitry, lorsqu'elles reçurent l'ordre de s'arrêter. Aussitôt après le conseil de guerre, les deux souverains et le généralissime s'étaient transportés à Vitry. Il ne restait plus dès lors qu'à régler le détail du mouvement sur Paris et qu*a décider en principe que Blùcher, marchant par Montmirail et La Ferté-sous- Jouarre, attendrait le 28 à Meaux la grande armée qui suivra la route de Fère Champenoise et de Sézanne. Bien qu'on fût arrivé à Vitry dans l'après-midi, ce fut seulement le 24 dans la soirée que Schwarzenberg expédia h ses corps l'ordre de marche suivant pour la journée du 25* :

« Demain, 25 mars, Tarmée se portera sur Fère-Champenoise... dans l'ordre suivant : Le VI® corps, formant la tête de la colonne, se mettra en marche à 3 heures du matin, suivi par le 1V« corps qui commencera son mouvement h 4 heures.

(( La cavalerie de ces deux corps servira davant-garde h l'armée et son gros poussera vers Sézanne. Ces deux corps constituant le centre de la grande armée, marcheront parallèlement à la grande route.

0 Les gardes et réserves partiront îi 5 heures, formeront la colonne de gauche, marcheront par les hauteurs dans la direction

pour des raisons politiques, et par suite de la prise d'un courrier qui portait une dépêche de TEmpereur et une lettre du roi Joseph à TEmpercur, on résolut de marcher sur Paris et de n'envoyer que Winzingcrode ot Tettonborn avec leur cavalerie contre Napoléon sur la Marne. » On ne trouve donc dans la relation officielle, rédigée au jour le jour, aucune truee de la participation du généralissime à la résolution prise par Âleiandre.

* Prince de Schwarzenberg, Vitry, 24 mars : ordres de moavement pour le 25 mars, marche sur Paris {K, K, Kriegs Arehiv., 111, 44i), et Stàrkb, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Mcoato Miin. (/Md.> 111, 1).

— oGO -

de Monléprcux cl viendront bivouaquer entre Vaurefroy et Connanlray.

c( Les bagages marcherout derrière la colonne du centre el seront rassemblés à Coole à 6 heures du malin.

« Le yo corps commencera son mouvement k 9 heures et suivra à partir de Maisons, la grande route de Fère-Champenoise.

« Le III® corps s'arrêtera à Tendroit môme où les présentes dispositions lui parviendront et se dirigera ensuite, lui aussi sur Fère-Champenoise.

« L'usage de la route est exclusivement réservé à Tartillerie. Les troupes marcheront en colonne à droite et fi gauche.

« Le quartier général s'établira à Fère-Champenoise.

". Le général Seslavin ira de Provins à Montereau.

« Le général Kaissaroff s'établira ù Arcis et assurera les communications avec Troyes. »

Comme on ignorait au grand quartier général l'endroit exact où se trouvait Blùcher, Tempereur Alexandre avait cru nécessaire de faire tenir directement des instructions particulières aux généraux russes emj)loyés à l'armée de Silésie, i\ Langeron, Sacken et Woronzoff*.

11 avait également chargé Wolkonsky de mettre Winzingerodc, Kaissaroff et Seslavin au courant des modifications apportées par son ordre au plan général d'opérations et de leur faire connaître le rôle qu'il avait attribué à chacun.

1 Wolkoneky à WoronzolT et à Laugcron. (Journal des Pièces expédk'eSf u<** 219 et 220.)

L'empereur de Russie, après avoir fait connaître à ces généraux la mission spéciale donnée à Winzingerode, prescrivait à Woronzoff do partir le 25 mars, de grand matin, de Cliàlons, et de se [)orter par Bergères sur Etoges, où il bivouaquerait. Il recommandait à Woronzoff de marcher militairement, on s*6dairant soigneusement et en tenant constamment ses troupes en formation de combat. Le 26. Woronzoff devait continuer sur Moutniirail après s'être réuni, aux environs de Champaubert, avec Langeron, venant d'Epernay.

L'empereur de Russie chargeait Woronzoff de faire parvenir à Langeron l'ordre qui lui était destiné. 11 ajoutait qu'il n'adressait k ces deux généraux des instructions directes, qu'afin de giigner du temps, et les prévenait que le feld-maréchal Hliicher allait, d autre part, être mis au courant de la situation par le génr^ralissime et jiar le roi de Prusse.

Enfin, il indiquait à Woronzoff et à Langeron la ligue de marche de la grande année, et les invitait à rester constamment en communication tant entre eux qu'avec la grande armée.

Dans les instructions envoyées à Win/ingerode S l'empereur Alexandre, après avoir prescrit à ce général de suivre Napoléon sur Saint-Dizicr, lui enjoignait de charger Tchernitcheff de surveiller avec ses cosaques toute la région comprise entre la Marne et TAube et de l'envoyer à cet effet sur Monti(»r-en-Der. Tettenborn, au contraire, devait être détaché à gauche dans la direction de Metz afin de s'assurer que l'ennemi n'entreprenait rien de ce côté. « Votre opération, écrivait Alexandre, a pour but essentiel de masquer notre mouvement et de nous renseigner exactement sur la direction prise par Napoléon *. »

En écrivant à Kaïssaroff" et à Seslavin, et en recommandant tout particulièrement au premier de ces deux généraux de chercher à se tenir en communication avec Tchernitcheff*, le tzar appelait surtout leur attention sur l'importance des services qu'ils étaient appelés ù rendre en interceptant les dépêches de TEmpereur et surtout en l'empêchant de recevoir des nouvelles de sa capitale.

Ni Schwarzenberg, ni le roi de Prusse n'îivaient cru nécessaire de fournir de longues explications à Blucher. Le généralissime' s'était borné à lui faire part de la direction suivie par Napoléon et de la résolution prise au conseil de guerre. 11 lui annonçait que la grande armée serait le 25 à Fère-Champenoise, le 26 à Tréfols, le 27 à Coulommiers et le 28 h Meaux ou Lagny où il comptait opérer sa jonction avec l'armée de Silésie. Faisant en quelques mots allusion aux ordres envoyés directement par le tzar h Woronzoff et h Langeron qui, après s'être rejoints aux environs de Champaubert, devaient se tenir à hauteur des colonnes de la grande armée, ainsi qu'à la mission spéciale confiée i\ Wiirzingerode, il terminait sa dépêche en invitant le feld-maréchal a faire enlever Soissons, à laisser du monde à Chcllons et à Vitry et fi s'assurer la possession de Soissons. Le roi de Prusse ' avait été

• Ordre à Winziiigerodc. {Journal des Pièces expédiées, ii° 218.)

* WinziDgerode avait, eu outre, l'ordre de faire préparer le logement des souverains partout où il passait, et d'annoncer que l'armée tout entière le suivait. Le major Taxis, dans sou Tagebuch (K, K. Kriegs Archiv., XllI, 32), nu^onte à ce propQs que parmi les régiments de Winzingerodc chargés d*obserycr Napoléon, se trouvaient les dragons de PskoflT, qui iK>rtaient les cuirasses françaises enlevées à Taroutino, et que les Bavarois avaient pris, le 24 au matin, pour des cuirassiers français.

> STAitKfi, ËintheiluDg nnd Tagesbegebenhoiten der Haupt-Armee im Monate

Well. — JU. 36

encore plus laconique. « Le prince de Schwarzenberg, écrivail-il au feld-niaréchal *, vous communique les décisions inspirées par la marche de Tennemi sur Saint-Dizier et la disposition qui réglera les mouvements de la grande armée pour la journée du 25 mars.

« L*entreprise sur Paris nécessitant le concert intime des deux armées, je vous invite h régler vos opérations de façon à nous assurer votre concours. »

D'après ce que nous apprend le comte Nostitz *, bien placé ])our savoir mieux que tout autrt^ ce qui se passait au quartier général de l'armée de Silésie, on ne cessait de s'y préoccuper depuis deux jours des conséquences de la marche de TËmpcrcur sur les derrières des armées alliées et des mouvements qu'il convenait d'exécuter.

Les uns, comme Gneisenau» pensaient que l'Empereur, voyant sa perte certaine, chercherait à succomber hors du territoire fran- (jais, de l'autre côté du Rhin. Il fallait donc, pour être sûr de l'écraser, le suivre jusqu'à ce qu'on fût parvenu à l'anéantir '. D'autres prétendaient au contraire avec MûfDing, que TEmpereur remonterait d'abord vers la Belgique, puis qu'après avoir battu le duc de Saxe-Weimar et le prince royal de Suède, il ramasserail les garnisons de ses places fortes et reviendrait sur la grande armée, et qu'il fallait par suite manœuvrer constamment de façon h déborder la gauche de l'armée impériale. Blûcher seul, quoique malade et dans l'impossibilité d'exercer le commandement efleclif de son armée, ne partageait pas l'avis des deux içrands stratèges de l'armée de Silésie. Avec son sens pratique ordinaire, il ne voyait dans le mouvement de Napoléon qu'une

Màrz (A'. K. Kritys Arcliiv., III, i), et Schwarzeuberg à Bliîcher, Yitry, tï mars (Journal des Pièces reçues, n® 559).

* Frédéric-Guillaume III au feld-maréchal Blûcher, Vitry, ti mars.

^ Tagebuch des Gênerais der Kavallerie Grafefi von NodUs, Die FddzAge 1813 und 1814 (Kriegsgeschichtliche EinKelâchriften, heimiufegdbeii vom l^rosscu Generalstabe [Abthcilung fUr Kriegsgescbichte], 1884, Y.)

* D'après Delbrûck (Lehen von Gneisenan, IV, 226), qui cite, à l'appui de son dire, une lettre du 24 mars de Gneisenau à Boyen, le chef d'Aat-major général de l'armée de Silésie aurait partagé Tavis de Di^ilsch. Il coBseiUait de diri* wT rarméc en deux groupes, l'un chargé de suivre Napoléon, l'aatre dirigé droit sur Paris. Et il ajoutait : « On est nemériquement assez fort pour agir de la sorte. »

dernière tentative, qu'un moyen suprême d'écarter de Paris le danger qui menaçait sa capitale, son Irùne et sa dynastie.

Aussi, dès le 24 au soir, avant même d'avoir reçu avis des résolutions du conseil de guerre, il avait arrêté pour la journée du 25 mars la disposition suivante : « Les maréchaux Marmonl et Mortier se sont dirigés sut Vatry afin d'opérer leur jonction avec Tempereur Napoléon. Les corps Langeron et Sacken se mettront en mouvement le 25 au matin, le corps Langeron à 6 heures, le corps Sacken îi 7 h. 1/2, et suivront la petite route de Paris (route de Paris à ChAlons par Montmirail) en passant par Thibie et Chaintrix. L'artillerie marchera sur la route même, l'infanterie et la cavalerie des deux côtés de cette route et en colonne serrée. L'infanterie du comte Woronzoff restera à Châlons et se tiendra prêle à partir au premier signal; celle du général-lieutenant comte Strogonoflf suivra le corps de Sacken. La cavalerie attachée aux troupes de ce général formera l'arrière-garde.

« Les bagages, laissés à Reims, marcheront sous l'escorte des troupes du général-major comte Witte, viendront le 25 à Fismes, le 26 à Oulchy-le-Ghàteau, le 27 à La Ferté-Milon et rejoindront le 28 l'armée h Meaux. »

Il y a donc tout lieu de croire que l'un des biographes de Blûcher * n'invente rien dans le récit qu'il fait de l'arrivée au quartier général de Châlons, du major von Brunneck, porteur des dépêches de Schwarzenberg et du roi de Prusse. L'exclamation que Varnhagen von der Ense met dans la bouche de Blûcher, correspond exactement à l'état d'esprit du feld-maréchal et caractérise bien la situation. « Ce n'est plus seulement ici, c'est partout que l'on crie : Vorwdrts. Je savais bien que mon brave Schwarzenberg se réunirait à moi. Maintenant, nous en aurons bientôt fini. »

Et, Cil eftet, tout était désormais liiii. Le temps des demi-mesures, des lenteurs, des hésitations était passé et le dénouement était non seulement imminent, mais katal.

* Varnhagen von der ënsb, Dus Leben des Feld Marschalls Fïirsten Bln-^ cher von Wahlsiatt,

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