CHAPITRE XVIIL
opérations des armees alliées depuis le 25 mars 1814 au matin
jusqu'à la fin de la campagne, fère-champenoise. — saint-dizier. — paris.
25 Mars. — Rapport du prince de Schwarzenberg à Tempereur d'Autriche. — Le 25 mars au matin, avant de quitter son quartier général de Vitry, le prince de Schwarzenberg avait rendu compte k son souverain des graves résolutions prises par Tempereur Alexandre. Toujours prudent, toujours préoccupé du soin de mettre sa responsabilité à couvert, le généralissime poussai!, cette fois encore, la circonspection jusqu'à ses plus extrêmes limites. Au lieu d'approuver sans réserve la marche sur Paris, il paraît chercher ii la représenter comme une de ces nécessités inéluctables auxquelles force est de céder, bon gré, mal gré. Il fait d'abord ressortir la rapidité surprenante avec laquelle Napoléon a exécuté sa marche sur les lignes de communication de la grande armée et, après avoir consacré quelques mots à l'exposé de la situation des esprits à Paris, il s'applique à démontrer à son sou-
Well. — IV. 1
verain qu'en raison même de la dissémination de lésie, s'étendant de (Ihâions à Soissons, il eût ét^ jeter en temps utile toutes les forces de la Coalitii pereur.
Les Alliés devaient, par suite, s'efforcer d'( leur jonction, puis chercher à rétablir de vive fore nicalions avec leur base d'opération. « C'est afin jonction, ajoute le généralissime, que les armées Paris. Nous avons tout lieu d'espérer qu'en mar nous anéantirons les corps de Marmont et de Moi servii' de noyau à la formation d'une nouvelle arm rons l'ennemi de ses principales ressources, nous besoins et nous tirerons parti des bonnes dispositic Une fois ce premier résultat atteint, nous songe nos communications. Quant aux moyens ii employa l'exécution de cette dernière partie de notre pro^. pendent entièrement des circonstances et ne pourr minés qu'ultérieurement. »
Aux termes de la deuxième disposition du 24 mj armée aurait dû commencer, dès la pointe du jou ment sur Fère-Champenoise et Sézanne. Mais cel les ordres étaient arrivés trop tardivement et les co hors d'état de se mettre en marche aux heures fix^ structions de détail.
Marche des corps d'armée placés sons le prince royal de Wurtemberg. — Premier cou Champenoise. — Ce fut, en effet, après minuit i Pahlen reçut la disposition spéciale établie par le p Wurtemberg qui, chargé pendant la journée du 2^ dément en chef des III«, IV^ et VI® corps, allait pr nellement la direction de l'avant-garde.
Modifiant certaines parties de Tordre général c bergS le prince royal de Wurtemberg, informé c des Français du côté de Vatry, avait prescrit à Pah former la pointe de sa colonne, de mettre sa caval
L'ordre général faisait partir le Vi" corps à 3 heures et 1(
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mouvement k î2 heures du malin et de pousser vivement sur Linthes et Sézanne*.
Un peu après 3 heures et demie du malin, Pahlen *, quittant Drouilly, se dirigeait par Maisons-en-Champagnc sur Coole. Informés par les grands'gardes de cavaleries bavaroise établies à l'ouest de Maisons, de la pn'îsence de troupes françaises qui, de Soudé-Sainte-Croix, avaient envoyé h la pointe du jour des patrouilles jusque Coole, les cosaques chargés d'éclairer la colonne de Pahlen se portèrent rapidement vers ce village, en chassèrent quelques petits postes français qui se; replièrent, sans s'engager, sur Soudé-Sainte-Croix* et rallièrent ensuite le gros du corps de Marmont.
Bien qu'il eût aperçu, dès la veille, a un horizon immense couvert de feux » \ le duc de Raguse apprit seulement le 25 au matin, à la rentrée de ses reconnaissances, qu'il était en présence de la grande armée» alliée». Au lieu de si» mettre immédiatement en retraite et d'avertir Mortier du danger qui les menaçait tous deux, il se contenta d'envoyer au duc de Trévise un de ses officiers qui s'égara d'ailleurs en route. Quelques instants plus tard Mortier, inquiet et préoccupé, arrivait à Soudé-Sainte-Croix
* OrJre da prince royal de Wurtemberg : <« Le général comte Pahlen formant Tavant-garde de l'armée, commencera son mouvement à 3 heures du matin. 11 poussera sa cavalerie légère jusqu'à Linthes, occupera Broassy-le- Grand, Saint-Loup et Linthelles afln de couvrir la droite et le front de l'armée. Il enverra des partis sur Sézanne. La division de cuirassiers et Tinfanterie de Pahlen s'arrêteront à Connantray. Le gros du Yl" corps campera en deux lignes sur la hauteur en arriére de Connantray, sa gauche se reliant à la droite du IV* corps qui s'établira en arrière de Corroy. La cavalerie du IV* corps occupera Pleurs et Gaye et communiquera avec celle de Pahlen. L'ennemi s'étant montré le 24 à Vatry, le général comte Pahlen fera flanquer sa marche par un détachement qui passera par Dommartin-Leltrée, Lenharrée, et s'établira à Morains-le-Petit d'où il surveillera la route de Bergères. »
s La cavalerie légère de Pahlen se composait des quatre brigades suivantes : brigade Rùdinger, hussards de Grodno et de Soumy; brigade Oochtoroff, hussards d'Olviopol et de Lubny ; brigade Lissanevitch, uhlans de Tchougou'ieff et trois pièces d'artillerie à cheval (24 escadrons) ; enfin, cinq régiments de cosaques formant la brigade du général llowaïsky Xll; en tout 3,600 chevaux.
(GeschicfUe der Feldzuge in Frankreich in hesonderer Beziehung auf dot Com^ niando det Kronprinzen von Wurtlemberg, heransgegeben von den Offizieren des Kôniglich-Wiirttembergischcn General-Stabes, II, 10.)
> Starke, l^intheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Marx. (K,K, Kriegs Arehiv., III, i.)
*■ Marmont, Mémoirn,
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pour conférer avec Marraonl, en même temps que ses troupes quittaient Valry et remontaient par la rive gauche de la Soude pour se rapprocher du petit corps du duc de Raguse. Pendant que Mortier reprenait le chemin de Dommartin- Lettrée afin de presser la marche de ses divisions, Marmont s'établissait à Soudé- Sainte-Croix dans l'espoir de donner aux troupes de Mortier le temps d'atteindre Sommesous, où les deux maréchaux espéraient opérer leur jonction.
Vers 8 heures du matin, lorsque Belliard, qui formait avec la division de dragons de Roussel la tôte de colonne de Mortier, déboucha de DommartinLettrée, le duc de Raguse n'avait pas encore achevé de déployer son infanterie sur deux lignes en arrière de Soudé-Sainte-Croix. Déjà, et tout en attendant l'arrivée du prince royal de Wurtemberg qu'il avait fait prévenir de la présence des Français sur la Soude, Pahlen avait poussé ses cosaques et sa cavalerie légère au nord de la chaussée jusqu'à la rive droite de la rivière. Quelques instants plus tard, la division de cavalerie légère du prince Adam de Wurtemberg*, marchant en colonne de pelotons, apparaissait à gauche de Pahlen, se déployait au sud de la chaussée, pendant que le prince royal de Wurtemberg rejoignait sa cavalerie et, d'une hauteur, reconnaissait la position de Marmont.
Le maréchal, qui avait envoyé sa cavalerie sur ses ailes, élendu ses lignes dans la direction de Dommartin et placé son artillerie sur son front couvert par la Soude, venait, vers 9 heures, de faire ouvrir le feu contre les escadrons de Pahlen et du prince Adam.
Ne voulant pas attendre l'entrée en ligne de son infanterie qui
1 La division de cavalerie lég(>rc du prince Adam de Wurtemberg se composait, à Fère-Champeijoise, de la brigade du général-major von Walslcben. régiment de hussards autrichiens d° H (archiduc Ferdinand) et régiment de chasseurs ù cheval ^ urtembcrgeois n<^ 5 ; de la brigade du général-major von Jett, régiment de ctiasseurs à cheval n^ 2 (duc Louis), régiment de dragons n° 3 (Prince royal) ot régiment de chasseurs à cheval n<^ 4 (prince Adam). En tout 20 escadrons formant un total d'environ 2,000 chevaux. (Beitrag zur Getchichte der Feldzûge in Frankreich in betonderer Bezithung auf dos Commando def Kronprinzen von Wùrltemberg, 11, 10.)
L'infanterie des iV et VI" corps marchait dans la colonne derrière la div sion de cuirassiers autrichiens de Nostitz et la 2* division de cuirassiers russ de Kretoiï.
ne pouvait le rejoindre que quelques heures plus tard, n'osant pas attaquer de front, rien qu'avec sa cavalerie, un ennemi dont la position couverte par un ruisseau lui semblait presque inexpugnable, le prince royal de Wurtemberg ordonna à son artillerie h cheval de contrebattre les batteries françaises. Chargeant Fabien de manœuvrer sur la gauche des Français contre Soudé- Notre-Dame, le prince royal avec la cavalerie du prince Adam, se porta contre le flanc droit du maréchal * d*où Tartillerie française dirigeait un feu des plus vifs contre les escadrons wurtembergeois, tandis que la division de cuirassiers autrichiens de Nostitz*, formée en ligne de masse, se rapprochait vivement des escadrons de première ligne et recevait l'ordre de servir de soutien à la cavalerie du IV« corps.
Dos que Fabien et le prince Adam eurent accentué leur mouvement débordant, le maréchal commença en bon ordre sa retraite sur Sommesous, ne laissant à Soudé-Sainte-Croix qu'une arriéregarde composée de quelques compagnies de voltigeurs. Celle-ci se maintint trop longtemps dans le village. Canonnée par 12 pièces d'artillerie à cheval, atteinte par la brigade du général Dochtoroff, cette arrière-garde, malgré un retour offensif tenté par quelques escadrons de Bordesoulle, n'échappa qu'ù grand'peine et laissa la plus grande partie de son monde tant sur le terrain qu'entre les mains des hussards russes d'Olviopol et de Lubny.
Le mouvement de la cavalerie des IV*' et VI® corps se dessina de plus en plus nettement vers 10 heures. Au centre, Fabien, qui marche en première ligne avec les hussards de Grodno et de Soumy, un régiment de cosaques et Tartillerie à cheval russe, est soutenu à peu de distance par les cuirassiers russes de Krétoff '.
* $TAhKB, Eintbeilung und Tagesbegebenheitcn der Haupt-Armee im Monate Màrz (K. K, Kriegt Arehiv,, 111, 1); prince royal de Wurtemberg au prince de Schwarzenberg, Corroy, 25 mars {Ibid. 111, 452) ; rapports du prince royal de VViirlemberg au prince de Schwarzenberg, Paris, 13 avril ([bid., IV, 115), et Starilop, Historique du 2« régiment de cavalerie nmrtembergeoise,
' Composition de la division de cuirassiers autrichiens du comte Nostitz : brigade Desfours, cuirassiers de Liechtenstein et empereur François; brigade du colonel von Seymann, cuirassiers Grand-Duc Constantin et Sommariva; 24 escadrons, soit environ 2,000 chevaux.
s Composition de la division de cuirassiers du général KrétofT : brigade Stnhl, cuirassiers d'Ekaterinoslaw et d'Astrakhan ; brigade Léontieff, cuirassiers de GloukhofT et de Pleskoiï; 16 escadrons représentant un effectif de 1300 à 1400 chevaux.
A droite, le général Lissaiievilch, avec les hussards d'Olviopol el les uhlans de Tchougouïeff , et Ilowaïsky XII avec ses cosaques ont pris la direction de Dommarlin et de Bussy-Lettrée et ont réussi k rejoindre, sur la roule de Vatry à Sommesous, à sabrer et h rejeter sur ce dernier point la gauche de la division Charpentier, formant la queue de la colonne de Mortier *.
De son côté Marmont avait atteint Sommesous sans encombre; il espérait y trouver les deux divisions que Mortier avait laissées le matin à Vatry et à Bussy-Lettrée. Ne voulant pas abandonner la position avant leur arrivée, le duc de Raguse établit son infanterie sur deux lignes au sud de Sommesous et de la chaussée de Fôre-Champenoise à Vitry. Le front de la position était couvert par son artillerie placée en batterie en arrière de la roule de Châlons à Troyes ayant la cavalerie pour soutien. Pendant une heure et demie, les feux de Tartillerie française arrêtent les cavaliers alliés et permettent aux divisions de Mortier de venir se déployer au nord de la chaussée de Vitry. Mais, les cosaques d'Ilovaïsky ayant réussi à déborder la gauche de Mortier, Tartillerie à cheval des Alliés répondit vigoureusement aux batteries des maréchaux. Le mouvement des cosaques, le feu des batteries et rentrée en ligne des cuirassiers autrichiens de Nostitz obligent d'abord le duc de Trévise à replier son aile gauche qu'il ramène de l'autre côté de la Somme et peu après Marmont à quitter sa position de Sommesous. Les deux maréchaux séparés jusqu'alors par le cours de la Somme se mettent en retraite par Haussimont et vont prendre position sur une hauteur, leur gauche s'appuyant h la Somme du côté de Chapelaine, leur droite à Vaurefroy et au ruisseau des Auges *. Leur cavalerie formée sur deux lignes couvre
* Starke, Eintheilung und Tflgesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Blarz (K. K, Kriegt Arehiv,, III, i); Rapports da prince royal de Wurtemberg an prince de Schwarzenberg, Corroy, le 25 mars {Ibid, IV, iiS); Starklop, Historique du 2^ régiment de cavalerie wurtembergeoite et Hittorique du 4" ré' giment de cavalerie Reine-Olga, et Hiller, Getchiehte des Feldzuget 1814 gegen Frankreiek unter betonderer Berucktichtigung der Antheilnahme der Kûni' glich' wiirttembergisehen Truppen .
* Starke, Eintheilung nnd Tagesbegebenheiten der Haupt-Année im filonate Mârz {K. K, Kriegt Archiv,, III, IJ : Rapports du prince royal de Wurtemberg à Schwarzenberg, Corroy, 25 mars (Ibid., 111, 452), et Paris 13 avril {Ibid, IV, 115); Colonel comte Baillet de la Tous, Journal d*opérat\ont du IV* corpt d'armée tous let ordret du prince royal de Wurtemberg (Ibid, Xlll, 50).
l'infanterie et s'étend h droite jusque vers Moniépreux dans une plaine trop resserrée pour lui permettre de s'y déployer et d'agir efficacement. L'artillerie, comme h Soudé-Sainte-Croix et h Sommesous, prot^ge le front de la position.
A midi, la cavalerie alliée s'est déployée devant la position française. A Taile gauche, le prince royal de Wurtemberg, qui sait désormais, par l'interrogatoire dos prisonniers, qu'il a devant lui les corps de Marmont et de Mortier, ne dispose en première ligne que de la brigade Jett (régiment de cavalerie wurlembergeoise Prince-Adam et hussards autrichiens Archiduc-Ferdinand) et de la brigade Desfours appartenant à la division de cuirassiers de Noslitz. Le reste de la cavalerie wurtembergeoise et Tartillerie à cheval du prince Adam, ainsi que la 2« brigade (Seymann) des cuirassiers de Nostitz, ont été retardés au passage de la Soude et à la traversée de Sommesous et ne le rejoindront que successivement. Mais comme les maréchaux, n'ayant vu devant eux que de la cavalerie, paraissaient disposés h tenir bon, le prince royal, renouvelant la manœuvre qui lui avait déjh réussi dans la matinée, résolut de les attaquer de suite et de chasser avant tout la cavalerie de leur aile droite des environs de Montépreux.
Négligeant l'aile gauche des maréchaux que la cavalerie légère de Pahlen et les cuirassiers de Krétoff sont chargés d'inquiéter et de déborder, le prince royal lance contre le front de Marmont le régiment de cavalerie wurtembergeoise Prince-Adam et contre son extrême droite les hussards Archiduc-Ferdinand. La brigade de cuirassiers autrichiens de Desfours qui relie les hussards aux cavaliers wurtembergeois, se porte également en avant; mais, au lieu de se déployer, elle s'avance en colonne de division. Tandis que le régiment Prince-Adam parvient h gagner du terrain et que les hussards autrichiens font plier le régiment de cavalerie française posté à Textrême droite, le tir de Tartillerie française cause de terribles ravages dans les rangs de la brigade Desfours. Profitant sans perdre un instant du flottement qui se produit dans les rangs des cuirassiers autrichiens, BordesouUe se jette sur le flanc droit du régiment de cuirassiers Liechtenstein, le culbute et le rabat sur le régiment Empereur-François. Les cuirassiers se retirent en désordre, entraînant avec eux le régiment Prince- Adam, et leur mouvement rétrograde oblige les hussards Archiduc-
Ferdinand, d'abord à s'arrêter, puis à revenir rapidement en arrière. Le prince royal de Wurtemberg* dont la position est quelque peu compromise parvient cependant, après avoir rallié le régiment Prince-Adam, à arrêter les progrès de Bordesoulle grûce à une charge qu'il exécute à la tête de deux régiments de chasseurs à cheval wurtembergeois (4« Prince-Adam et 5®) et des hussards autrichiens.
Heureusement pour le prince royal, Pahlen avait mieux réussi dans ses attaques dirigées contre Taile gauche de la position française. Poussant vivement la cavalerie française dès qu'elle eût quitté Sommesous pour se replier sur Chapelaine, il avait exécuté une charge des plus brillantes, lui avait enlevé quatre canons et l'avait obligée h continuer son mouvement rétrograde pour essayer de gagner Lenharrée. Le général Rûdinger, soutenu par les cuirassiers de Krétoff, déboucha alors de Vassimont et d'Haussimont sur Chapelaine, et Pahlen se dirigea avec ses deux autres brigades et les cosaques sur Lenharrée afin de déborder la gauche des maréchaux V
Un peu après i heure de l'après-midi, la deuxième ligne (bri-gade Walsleben (cavalerie wurlembergeoise) et brigade Seymann (cuirassiers autrichiens) rejoignait enfin la gauche de la première ligne, au moment où le prince royal recevait du grandduc Constantin une dépêche annonçant que la cavalerie de la garde russe, partie de Sompuis avait dépassé Poivres-Sainte- Sézanne. Le grand-duc informait le prince qu'il se proposait de déboucher sur la droite et les derrières de Tennemi et que le
* Starkb, Eintheilung and Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Màrz (K. K. Kriegs Àrchiv., III, 1); Starklop, Historique des régiments de cavalerie wurlembergeoise» n®' 4 et 5, et rapports du prince royal de Wurtemberg au prini-e de Schwarzenberg, Corroy, 25 mars [Ibid, III, 45i) et Paris, 13 avril (Ibid, IV, 155).
Dans ses rapports, le prince royal écrit : « Je fis charger la cavalerie en nemie par le régiment de hussards Archiduc-Ferdinand, soutenu par les réj^ ments de cuirassiers Liechtenstein et Kaiser. L*ennenii fut obligé de céder terrain, mais il jeta sur mon flanc droit quelques régiments de cavalerie r. firent échouer mon attaque. »
Voir également Szenen aus der Gesehiehte der K. K, 3 ten Huzaren Réiim* Erzherzog Ferdinand (Oesterreichisehe militarisctie Zeilschrift, 1845, IV^ Journal d*opérations du IV° corps d*armée (K. K. Kriegs Archiv.. XIII, R'
* Starke Eintheilung und Tagesbegebenheiten der llaupt-Armee im > Miirz (Â'. K, Kriegs Archiv., III, 1); Rapports du prince royal (fbiily V et IV, 115) et Journal d* opérations du IV" corps (Ibid. XIll, 56).
général Ocharoffsky, avec la cavalerie légère de la garde russe, n'allait pas larder à arriver h Vaurefroy*.
Jusqu'alors les maréchaux, disputant le terrain pied h pied, avaient conservé Tespoir d'atteindre sans trop d'encombre Fère- Champenoise. Aussi, pendant que le prince royal prenait ses dernières dispositions pour renouveler son attaque, Marmont et Mortier, prévenus par la cavalerie de leur aile droite de l'apparition des cavaliers russes du côté de Vaurefroy, avaient donné h leurs troupes Tordre de (juitler la position de Chapelaine et de se replier sur Fère-Charapenoise par les hauteurs qui s'élèvent entre la Somme et le rû des Auges.
La cavalerie du prince royal suivit d'abord ce mouvement sans s'engager et laissa la cavalerie française se retirer derrière son infanterie. Celle-ci commença alors sa retraite en bon ordre et par échelon, h gauche sur Lenharrée, à droite sur Connantray.
Jusque vers 2 heures, le mouvement s'effectua avec assez de régularité, bien que Rûdinger et Krétoff eussent continué à pousser assez vivement la gauche des Français auxquels il ne restait plus, pour gagner Fère-Champenoise, qu'à traverser le ravin encaissé du rû des Auges. Mais un violent orage éclata tout à coup et, pour comble de malheur, une pluie torrentielle chassée par des rafales de vent d'est vint battre les Français ù la figure, contrarier la marche des troupes et augmenter les difficultés de la
* Starkr. Eintheilung und Tagesbegebenheiten der lïaiipl-Armee im Monate Miirz (K. K. Kriegs Archiv., III, 1); Kapports du prince royal {Ibidj lll, 45S et IV, 115); Journal (Vopèraliontdu /K" corpt {Ibid, Xlll, 56); Journal d'opérations de narclay de Tolly {Archives topographiquen, n. 29.188); Hittorique du régiment des chevaliers gardes; Krestorpsky, Historique du régiment de uhlans de la garde (régiment de S. M. l'Empereur).
Harclay, en entendant le canun. avait immédiatement fait partir le général Ocharoiïsky avec les uhlans et les dragons de la garde qu'il voulait faire soutenir par ta 3° division de cuirassiers (général Duka). Le général Oeprerado- \^itch, commandant la 1'" division de cuirassiers, se trouvait auprès de lui à ce moment. Il fit remarquer à Barclay que Duka arriverait trop tard et demanda la faveur de marcher au canon avec sa division qui n'avait pas donné une seule fois depuis le commencement de la campagne. Dés que l'ordre lui en eût été donné, il rassembla immédiatement ses régiments et partit au grand trot avec ses quatre régiments et une compagnie d'artillerie à cheval de la garde. Les chevaliers-gardes formaient la tête de sa colonne.
Composition de la 1""® division de cuirassiers du général Depreradowitch : brigade ArsenieiT, chevaliers-gardes et régiment de la garde à cheval; brigade Rosen, cuirassiers de l'Empereur et cuirassiers de l'Impératrice; en tout, 16escadron.s, environ 1300 à 1400 chevaux.
retraite. Un peu auparavant, Pahlen, débouchant des environs de Lenharrée, s'était jeté sur la cavalerie française; après deux charges infructueuses, il avait bousculé les cuirassiers de Bordesoulle et obligé Belliard à diriger les dragons de Roussel contre le flanc gauche de la cavalerie russe. L'entrée en ligne de la deuxième ligne de Pahlen en imposa aux dragons qui, pris de panique, firent immédiatement volte-face et ne s'arrêtèrent qu'à peu de distance du défilé de Connantray. L'intervention opportune du 8» régiment de chasseurs à cheval que le général de Latour-Foissac porta résolument en avant en colonne d'escadrons, et la bonne tenue de l'infanterie arrêtèrent cependant pendant un moment les progrès de la cavalerie russe *.
Mais, avant que les Français eussent réussi à atteindre Connantray, la cavalerie de la garde russe, conduite par le grandduc Constantin en personne, avait débordé leur gauche; l'artillerie à cheval russe s'était mise en batterie sur la bçrge même du ravin, entre Vaurefroy et Connantray, et avait ouvert le feu contre les colonnes françaises.
Le général Ocharoffsky, déployant alors ses deux régiments à droite et h gauche de la batterie, se jette sur le flanc gauche des Français, et le général Depreradovilch, avec les chevaliers-gardes et les cuirassiers de l'Empereur, oblige les cuirassiers de BordesouUe, qui viennent à peine de se rallier, à abandonner aux Russes une partie de l'artillerie et à chercher, pour la deuxième fois, un refuge derrière l'infanterie, qui forme, en toute hâte, les carrés *.
Le prince royal de Wurtemberg, qui dispose maintenant de toute sa cavalerie, lance à la fois, contre l'infanterie française, le régiment wurtembergeois Prince-Adam et les hussards Archiduc- Ferdinand.
Les cuirassiers Empereur-François et Grand-Duc-Constantin
1 Marmont au major-général, AUemant, 26 mars, 8 heures du matin {Archives de la guerre) : « Nous avions fait trois lieaes dans on ordre parfait
lorsqu'une terreur panique fit prendre la fuite à notre cavalerie Plusieurs
pièces de canon eurent leurs chevaux tués ou enlevés par les soldats du train et tombèrent au pouvoir de fennemi. On ne peut rien comprendre à la conduite de la cavalerie qui, si eUeeût fait l'ombre d'une contenance, eût empêché tout accident. Deux fois la même scène s'est renouvelée. »
' Krestoffskt, Hisiorique du régiment de uhlans de la garde (régiment de S. M. TEmpereur).
chargent, à trois reprises, les carrés de la jeune garde, sans parvenir à les rompre. Les voltigeurs continuent h se retirer pas h pas sur le détilé de Connantray \ après avoir perdu cependant 2 canons. Une quatrième charge, faite par le général von Jett, h la tête des chasseurs Prince-Adam et des hussards Archiduc-Ferdinand, réussit enfin à briser la résistance d'un des carrés de la brigade Le Capitaine. L'orage, il est vrai, a redoublé de violence; les mèches sont trempées, les bassinets sont remplis d*eau, les fusils ne partent plus. La situation de Tinfanterie française devient de plus en plus critique. Elle ne peut plus se défendre qu'à la baïonnette. La pluie tombe avec tant de force qu'on voit à peine ce qui se passe h quelques pas. Épuisée par les efforts qu'elle n*a cessé de faire depuis le matin, l'infanterie française essaie néanmoins de faire bonne contenance. Elle se replie pas il pas, en carrés, jusqu'à ce qu'elle arrive h l'entrée du défilé de Connantray, qu'elle trouve encombré par les voitures de vivres et de munitions que leurs conducteurs ont abandonnées, par les pièces d'artillerie qui s'y embourbent, par les fuyards qui s'y pressent. Dans l'impossibilité de traverser le ravin en carrés, les maréchaux sont obligés de ployer leur infanterie en colonne. Ils ne laissent en avant du ravin qu'une dernière masse formée par le$ restes des 5% 6», 7« et 8« régiments de voltigeurs de la jeune garde, et 9 bouches h feu. Le prince royal lance contre ce groupe les régiments de cuirassiers Kaiser-Franz et Grand-Duc-Constantin et les hussards Archiduc-Ferdinand, qui sont repoussés. Ramenés h la charge par le général comte Desfours, par le colonel prince Windischgraetz et le colonel Wimpffen, aide de camp du prince royal, qui les enlèvent parleur exemple, les cavaliers autrichiens finissent par sabrer et par rompre les carrés français. Le général Jamin, la plus grande partie de ses officiers et de ses soldats, avec 8 canons et 1 obusier, restent entre les mains des Autrichiens *.
i Staree, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haopt-Annee im àlonate Marz {K. K. Kriegs Arehiv., III, 1); Rapports da prince royal à Schwarxenberg, Conoy, Jo mars, et Paris. 13 avril Ibid., 111, 452 et IV. 415). et Starklop. Historique des 3« et 4" régiments de cavalerie wurtembergeoise.
> Starkb, Eintheilang und Tagesbegebenheiten der Haapt-Armec im Monate Mîirz 1814 (K, K. Kriegs Arehiv,^ 111, 1); Rapports da prince royal à Schwarzenberg. Corroy, J5 mars (Ibid., III, 452) et t'aris. 13 avril (Ibid., IV, 115), et Journal d'opérations du IV^ corps d'armée {Ibid, XIII, 56).
Malgré la destruction de ces carrés, la bonne tenue des divisions Ricard et Christiani avait cependant permis aux maréchaux de franchir le défilé de Connantray, en sacrifiant, il est vrai, la plus grande partie de leur artillerie (24 canons et 60 caissons) et tous leurs bagages qui, embourbés dans le terrain marécageux et défoncé, barrèrent le passage à la cavalerie alliée et l'empêchèrent de pousser droit sur Fère-Charapenoise. Pendant que la cavalerie du prince royal cherchait à se frayer un chemin dans le ravin, le temps s'était rasséréné, et les maréchaux avaient pu remettre un peu d'ordre dans leurs troupes *.
Afin de continuer la poursuite, le prince royal de Wurtemberg, renonçant à déblayer le défilé de Connantray, s'était vu obligé à se rejeter à droite de Connantray et h faire franchir à sa cavalerie morcelée par petits groupes le ruisseau aux berges escarpées qui coule au fond du ravin. Son artillerie à cheval, qui marchait et qui combattait depuis plus de dix heures et dont les chevaux étaient épuisés de fatigue, ne put se tirer du terrain argileux et s'arrêta définitivement sur ce point *.
Bien que la cavalerie du prince royal eût mis longtemps à déboucher de Connantray, la seule apparition de quelques-uns de ses escadrons et l'entrée en ligne des cosaques de Seslavin, au nord d'CEuvy, suffirent cependant pour causer une nouvelle panique ' dans les rangs des Français * ; traversant Fère-Champenoise, ils s'enfuirent en désordre vers les hauteurs, au nord de Connantre, de Linthes et de Saint-Loup, vivement poursuivis par la cavalerie, qui sabra, chemin faisant, tout ce qu'elle put atteindre, et ramassa les pièces et les armes abandonnées par les fuyards.
Heureusement pour les maréchaux, le colonel Leclerc avait
1 Marmont aa major-général, AUemant, 26 mars, 1 heareda matin. {Arehiret de la gueri'e.)
> Stàrkb, Eintheilang nnd Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monatc Màrz (K. K, Kriegt Archiv., III, 1) ; Kapports du prince royal à Schwarzenberg (ibid., III, 452 et IV, 115), el Journal d'opérations du IV* corps {Ibid., Xin, 56.)
' Marmont an major-général, AUcmant, 26 mars, 1 beurcda matin. {Archives de la guerre,)
^ St'arke, Rintheilung ond Tagesbegebenheiten dor Haupt-Ârmee im Monatc Màrz {K. K. Kriegs Arehiv,, III, 1); Rapports du prince royal de Wurtemberg (Ibid., III, 452 et IV, 115) et Journal d'opérations du /F» corps {Ibid., XIII, 56).
entendu le canon à Sézanne et demandé au général Conipans l'autorisation de se diriger sur Fère-Champenoise avec les 400 chevaux dont se composait le 9« régiment de marche. Arrivé dans celte petite ville au moment où la panique était h son comble, maintenant un ordre parfait dans sa troupe, h laquelle il avait fait prendre le grand trot, il se porta rapidement à la rencontre de la cavalerie légère des Alliés, Tobligea à s'arrêter et permit aux maréchaux de reprendre pied et de rallier, entre Connantre et Linlhes, ce qui restait autour d'eux. Leur infanterie vint prendre position à leur gauche, vers Broussy-le-Grand, et sy forma sur une ligne en colonnes de bataillon. La cavalerie, formée sur deux lignes, Tune en bataille, l'autre en colonnes de régiment, s'établit k droite de l'infanterie et s'étendit dans la plaine, jusque vers Connantre.
Mais Pahlen, après avoir con ourné au nord le ruisseau et le déOlé de (^onnantray, avec la cavalerie du VI« corps, avait filé par les hauteurs qui s'élèvent entre Connantray et Normée, et s'était dirigé sur Fère-Champenoise, suivi par la cavalerie du prince Adam de Wurtemberg et les cuirassiers de Krétoft. Toute cette cavalerie cherchait à déborder la gauche des maréchaux.
A la gauche des Alliés, le général Ocharoftsky ', avec la cavalerie légère de la garde russe, avait traversé le rû des Auges, aux environs de Connantray, et avait seul suivi les Français pied îi pied, en leur faisant éprouver des pertes sensibles.
La cavalerie alliée séparée en deux groupes par le ruisseau qui passe par le ravin de Connantray ne parvint à se réunir qu'après avoir dépassé Fère-Champenoise et lorsque les maréchaux se préparaient à continuer leur retraite. Ilowaïsky XÏI, avec ses cosaques, une partie de la cavalerie de Pahlen et la cavalerie légère du prince Adam de Wurtemberg soutenus en deuxième ligne par les cuirassiers russes de Krétoff et le reste de la cava-
* Starke, Eiotheilung und TagC:>begebenlieiton dcr Haupt-Armce im Monate Marz (/T. K. Kriegs Arcliiv., III, 1); Rapports du prince royal de Wurtemberg à Schwarzenberg, Corroy, 25 mars, et Paris, 13 avril {Ibid, 111, 452 et IV, 115); Journal d'opération» du /T» corps (Ibid, XIII, 56).
D'après le journal d'opérations de Barclay de Tolly (Archives topographiques, n. 29,188), les chevaliers-gardes avaient pris 6 canons; la garde à cheval 6; les cuirassiers 3 ; les uhlans de la garde 6 ; les chasseurs de la garde 2 et les cavaliers de Pahlen 20 pièces. Kn tout 43 bouches à feu.
lerie du VI® corps, s'était déployé devant Tinfanterie française, tandis que les cuirassiers autrichiens de Nostitz et le grand-duc Constantin avec les escadrons de Depreradovitch et d^Ocharoffsky faisaient face à leur cavalerie.
Le prince royal de Wurtemberg entend le canon sur ses derrières et s'arrôte. — Il était alors 3 heures et le prince royal de Wurtemberg, disposant d'une masse de 12,000 chevaux, se préparait déjà à attaquer les hauteurs de Linthes et de Saint- Loup pour achever la défaite des maréchaux, lorsqu'il entendit tout à coup le canon sur ses derrières.
Quelques instants plus tard, une dépêche du prince de Schwarzenberg Tinformait « qu'une colonne ennemie, se dirigeant de Vertus sur Vatry, s'était rabattue sur Fère-Champenoise afin de rejoindre les maréchaux dès qu'elle avait eu connaissance de la marche de la grande armée; qu'elle avait été découverte et poursuivie par un des corps de l'armée de Silésie et que le généralissime se proposait de l'attaquer à son tour. »
Le prince royal de Wurtemberg, dont la cavalerie marchait el combattait depuis près de 12 heures, ne pouvait dans ces conditions se risquer h continuer la poursuite des maréchaux. Il crut d'autant plus imprudent d'engager à nouveau ses troupes épuisées de fatigue, qu'il ignorait absolument la force de la colonne ennemie, dont le généralissime lui signalait l'approche, et que son infanterie était trop loin de lui pour être à même de le soutenir et de le rejoindre avant la fin de la journée. S'arrôtant sur les positions qu'il venait d'atteindre, il donna immédiatement l'ordre h Pahlen de se porter avec la cavalerie légère du VI® corps à la rencontre de la colonne qui lui était signalée, au général Depreradovitch de suivre et d'appuyer le mouvement de Pahlen, et prescrivit au général Ocharoftsky de canonner les positions des maréchaux avec la seule batterie qui lui restait *.
Dernier retour offensif de la cavalerie française. —
* Starke, Eintheilung nnd Tagesbegebenheiten der Hanpt-Armee im Monate Marz {K, K, Kriegg Archiv., 111, 1) ; Rapport do prince royal de Wurtemberg, à Schwarzenberg, Corroy, S5 mars, et Paris, 11 avril {Ibid., III, 452 et IV» 115).
Retraite des maréchaux sur Allemant. — La cessation de la poursuite et Iç bruit du canon qui se rapprochait de plus en plus avaient rendu comme par enchantement la confiance aux troupes des maréchaux.
Ces soldats qui peu de temps auparavant ne songeaient plus qu'à chercher leur salut dans une fuite précipitée, ces troupes sourdes quelques instants plus tôt à la voix de leurs chefs hors d'état de les maintenir et de les rallier, s'arrêtèrent d'ellesmêmes. Ceux qui désespéraient naguère étaient désormais convaincus que Napoléon, revenant de la Marne et débouchant sur les derrières des Alliés, n'allait pas tarder h opérer sa jonction avec eux et qu'il leur suffirait de tenir bon, de tenter un retour ofiensif pour que la déroute se changeât en victoire. Se croyant certains de prendre les cavaliers alliés entre deux feux, les soldats de Marmont et de Mortier se hâtèrent de se reformer, et les maréchaux * profitèrent de cette confiance, qui était venue inopinément succéder au découragement le plus absolu, pour essayer d'obliger le prince royal à s'arrêter définitivement.
Si c'était, comme ils l'espéraient sans le croire, l'Empereur qui arrivait, une dernière charge devait les dégager et, dans le cas contraire, sans aggraver leur situation, grâce îi l'attitude nouvelle de leurs troupes, ils pouvaient s'assurer les moyens de se donner un peu d'air, d'échapper à l'étreinte du prince royal de Wurtemberg et de la cavalerie russe et de continuer leur retraite. La cavalerie française, les cuirassiers de Bordesoulle en tète, se jeta si vivement sur la batterie de la garde russe du général Ocharofisky, que les artilleurs eurent à peine le temps de ramener les avant-trains et d'enlever leurs pièces au galop.
Mais l'intervention opportune de la cavalerie légère wurtenibergeoise (le régiment de chasseurs Prince-Adam en léle) et des cui-
1 MarmoDtau major-général, AUemant» 26 mars, 1 tieure du matin (Archives de la guerre) :
« A la fin de notre retraite, nous avons entenda une canonnade très vive mais courte, sur la route de Vertus. Je n'ni su d'abord comment Texpliquer ; mais, d'après ce que m'a dit le due de Trévise, c*est une colonne de marche qui était venue sur Bergères à laquelle il avait envoyé Tordre de rétrograder sur Sézanne, mais qui, sans doute, ne Ta pas reçu. Je n'étais pas informé de l'existence de ces troupes, car, si je l'eusse été, c'est sur eUes que j'aurais fait ma retraite. t)nfin, d'après les rapports des habitants et des prisonniers échappés, cette troupe a été détruite et enlevée, n
rassiers russes qui chargèrent sur le flanc droit des escadrons français dégagea et sauva ces pièces et fit échouer cette dernière tentative *. Enfin, l'entrée en ligne de Seslavin qui, venant de Salon et de Pleurs, déboucha avec ses cosaques sur Textrènie droite et sur les derrières de la cavalerie française, la contraignit h abandonner 9 de ses canons, à se retirer au plus vite et h chercher une fois encore un refuge derrière son infanterie*.
Si Tarlillerie à cheval du IV« corps n*avait pas dû s arrêter à Connanlray à cause de l'épuisement de ses attelages, le prince royal de Wurlenjberg aurait vraisemblablement profité du désordre produit dans les rangs des Français par la charge infructeuse de Bordesoulle pour lancer ce qui lui restait de cavalerie sous la main contre l'infanterie des maréchaux et achever leur déroute*. Mais la cavalerie wurtembergeoise n'en pouvait plus; l'infanterie des IV® et VI« corps était loin du champ de bataille; le jour tombait et il aurait peut-être été imprudent, avec une cavalerie épuisée par plus de 12 heures de marche et de combat, de tenter sans qu'il fût possible de la préparer par l'action de l'artillerie, une nouvelle attaque contre Tinfanterie française.
La nuit mit fin au combat; les escadrons du prince royal reçurent Tordre de suivre, sans s'engager, la retraite des maréchaux qui, remontant vers le nord, s'arrêtèrent à 9 heures sur les hauteurs d'Allemant, au lieu de se replier directement sur Sézanne où le duc de Raguse aurait cependant pu s'appuyer sur les troupes du général Compans dont il lui était impossible d'ignorer la présence sur ce point*.
* STAitKE, Kintheilunx und Tagejbegebcoliciten dcr Ilaupl Aimcc iiii Moiiate Miirz (K. K. Kriegs Archiv., III, 1); Rapports du prince royal à Schwarzcriberg, Corroy, 25 mars, et Paris, H avril \Jbid, 111, 452 et IV, 115); Journal d'opérationt du iV® corps (Ibid, 111, S6), et Stahklopp, Historique des régiments de cavalerie wurtembergeoise, n®" 4 et 5.
* Journal d'opérations de Barclay de Tolly {Ârch. topographiques, n® 29188). ' St'ârke, Eintheilung und Tagesbegobenbeiten der Haupt-Armee im monate
Marz (K, K. Kriegs Arckiv., III, 1), et Journal d*opérations du l K« corps (Ibid,, 111, 56).
* Marmont, dans ses Mémoires, VI, 235, cborcbe à justifier son mouvement sur Allemant et prétend qu'il avait eu l'intention de se diriger sur Sézanne, mais que le colonel commandant le régiment de marche de cavalerie qui Tavait rejoint à Fère-Cbampenoise, lui annonça que les Alliés avaient occupé Sézanne le 25 au matin. C'est là manifestement une excuse imaginée par le maréchal
Deuxième combat de Fère-Cbampenoise. — Destruction des divisions Pacthod et Amey. — La violente, mais courte, canonnade, dont le maréchal parle dans les dernières lignes de sa (lé|)(V*lie et a laquelle il atTecle d'attacher si peu d'importance, celle canonnade qui avait relevé un moment le courage de ses soldats démoralisés, n'annonçait ni l'approche de l'Empereur ni l'arrivée d'un secours inespéré. Les salves dont on avait perçu le bruit il Linthes, n'étaient autres que les derniers bruits du combat inégal et désespéré que les divisions Pacthod et Amey soutenaient, sous les yeux mômes des souverains alliés et du généralissime, contre la cavalerie russe de Tarmée de Silésie, renforcée par la cavalerie de Pahlen et de Depreradowitch.
Conformément aux ordres donnés la veille au soir par Gneiseneau, les corps russes, qui formaient Tune des deux colonnes de l'armée de Silésie, devaient commencer leur mouvement : les troupes de Langeron à 6 heures du matin, celles de Sacken k 7 heures et demie», et se porter de ChAlons par Thibie et Chaintrix sur Bergères et Étoges. De même que l'armée de Bohême, les corps de l'armée de Silésie devaient réserver l'emploi de la chaussée à leur artillerie et faire marcher leur infanterie et leur cavalerie en masse à travers champs, des deux côtés de cette chaussée. L'infanterie de Woronzoft' restait encore provisoirement k Chàlons.
Les deux corps avaient à peine commencé leur marche, lorsqu'on reçut à l'état-major général de l'armée de Silésie Tordre de diriger sur Sommesous Tinfanterie de Woronzoff. Ce njouvement était motivé par les renseignements arrivés dans la nuit du 24 au 2S au grand quartier général, qui signalaient la marche des maréchaux sur Vatry et devait avoir pour objet de leur interdire la route de Chàlons.
Pendant que Marmont et Mortier se préparaient à battre en reiraite devant les masses de la grande armée de Bohême, la
longtemps après les ôvéDemcnts. Kn effet, dans son rapport aa major-général, daté d'Allemant, le 26 mars à i heure du matin, Marmont, qui se garde bien de parler du service signalé que lui a rendu l'arrivée si opportune de ce régiment de cavalerie à Fère-Cliampenoise, se borne à lui dire : « Nous nous sommes retirés sur Allemant et nous allons marcher sur Sézanne. Mais il est très probable que Tennemi va nous suivre, car ses feux sont très près de nous. » {Archives de la guerre,)
Well. — IV. 2
division Paethod, après avoir opéré ii Sézanne, dans ia nuit du 23 au 24 mars, sa jonction avec la faible division du générai Âmey, avait rallié un grand convoi de 200,000 rations de pain et de 80 chariots de munitions de guerre, confié à Tadjudant-commandant Noizet.
Le 24 au matin, ces deux divisions réunies s'étaient mises en marche sur Bergères où elles bivouaquèrent le 24 au soir *. Les troupes amenées par Noizet restèrent à Sézannc.
Le 25 mars au matin, les deux divisions reprirent leur mouvement se dirigeant sur Vatry où elles comptaient se réunir, d'abord aux corps de Marmontet do Mortier, puis i\ l'armée de Napoléon. Ignorant que l'armée coalisée interceptait les communications avec TEmpereur, Pacthod avait envoyé à Vatry, dans la nuit du 24 au 25 mars, un de ses officiei's demander des instructions il Mortier. Pressé de se réunir aux maréchaux avec lesquels il avait communiqué la veille, Pacthod, se croyant à Tabri de tout danger une fois arrivé î^i Villeseneux, vers les 10 heures et demie du matin, donna l'ordre de s'arrêter pendant quelques moments. Ses gardes nationaux, épuisés par des marches ininterrompues, avaient besoin de faire halte pendant quelques heures. Les chevaux de son convoi tombaient de fatigue et n'auraient pas pu continuer avant d'avoir mangé et soufflé.
Pacthod venait à peine de s'établir à Villeseneux, que le hasard, qui avait tant de fois servi la cause des Alliés, vint leur révéler prématurément la présence de ses troupes et sauver Blil-
* La division Pacthod se coinpo.-ait des brigades Delort, Bouté et LA)€zin>ky formées nniquemeot, à l'exception de Tune d'entre elles» de conscrits et dé gardes nationales. Elle comprenait le 1*' régiment de garder nationales de la Sarthe, le 3*^ régiment provisoire de gardes nationales d'Indre-et-Loire et du Loir-et-Cher, le 2* régiment d'Eure-et-Loir, le 5*' régiment de Seine-et-Marne et de Seine-et-Oise et le 4" rc^gimeut du Maine-et-Loire et de la Mayenne. L'effectif total de cette division, qui n'était déjà plus que de 3,955 lionimes au 1*' mars lors de sa rentrée à Troyes, avait diminué depuis cette époque et ne dépassait pas, artillerie comprise, 3,500 hommes. Quant à la division Amey, composée des régiments du Calvados et de la Manche, de TOrne et de Rochefort, des l^i* et %* régiments de Brest et du Nord: en tout, 12 bataiUons, il ne lui restait plus que 8(J0 hommes à peiue sur les 5,681 hommes avec lesquo's elle ét^iit arrivée à Montereau le 18 féviicr. (Renseignements sur la force et les mouvements des divisions de garues nationales des généraux Amey (11® corps et Pacthod (?• corps) et rapport du g^^Uc^ral Delort au Ministre sur Taffairc de^ Férc-Champenoise ; Archives (le la guerre.)
cher lui-môme d un dangtT dont il ne S(^ doutait pas, d'une captivité presque certaine. Très souftrant encore, les yeux recouverts d'un bandeau, hors d*ôtat de monter à cheval, d«Woré par son impatience naturelle augmentée par la tîèvrt» et l'insomnie, irrité contre lui-même, aigri par la maladie qui rem|)échait de voir, de juger, d*agir et surtout de faire agir, le vieux feld-maréchal était parti de grand matin en voiture. Accompagné de ses aides de camp, escorté par ((uelques cosaques, il s'avançait dans la sécurité la plus comi)lôte sur la route de Bergères, sans avoir la moindre idée de la proximité des troupes françaises. Heureusement pour lui, un colonel russe, le baron de Lowenstern, celuilii même qui avait arraché h Moreau la honteuse capitulation de Soissons, venait, quelques instants auparavant, de dépasser la calèche de Blûcher. Tombé malade à Reims, Lowenstern h peine rétabli, cherchait, sous l'escorte de quelques cosaques, à rejoindre au i)lus vite VVinzingerode, lorsqu'il donna tout fi coup contre quelques hommes qui flanquaient la marche de l'infanterie française. Ses cosaques, surpris de la présence des troupc^s ennemies, avaient eu la bonne fortune d'enlever un sous-ofUcier qui, habilement interrogé par LôwenstcTU, lui révéla la direction suivie par les divisions de Pacthod et d'Aniey. Sans perdre une minute, et tout en chargeant une partie de ses cosaques d'observer la marche de Tennemi, Lowenstern informa immédiatement Blûcher de la découverte qu'il devait à un hasard providentiel et transmit ce renseignement aux généraux Korfllet Wassiltchikoff *. A peu près au même moment, une patrouille en reconnaissance au sud de la chaussée, faisait tenir un avis analogue à Gneisenau qui envoyait h Korff, alors arrivé h Thibie avec la cavalerie de Langeron, l'ordre de faire prendre le trot îi sa division et de chercher à tomber au plus vite « sur une grosse colonne d'infanterie française qui, escortant un convoi, se dirigeait vers Vatry par le chemin de Trécon h Villeseneux *. »
1 Tagebuch des Gênerais der Kavallerie Grafcn von ^'oslUz : Die Feldz'uye 1813 und 1814. (Kriegsgeschiehlliche FAnzelschnften lierausgegeben vom grossen gèneralStabe. -> Abttieilung fur Kriegsgesi-hichte. 1884, IV, 132.)
s Les premières troo|.e$ de cavalerie amenées par KorlT se composaient des régiments de dragons de Kargopol, de la Nooveile-Kussie et de Millau, et des régiments de chasseurs à cheval de Tchernigofr et de Livonie, en tout 14 escadrons et 4 pièces de la batterie à cheval n° S, qui furent rejoints un peu
Tout dans cette malheureuse journée devait tourner contre les Français, et la lenteur peut-être intentionnelle de Korff, qui ne se souciant guère, ni de s'engagera fond avant de se savoir soutenu, ni d'assumer à lui seul la responsabilité de l'affaire, allait, au Heu de sauver Pacthod, assurer sa perte. Le général Kortf n'avait, en effet, aucune des qualités que doit posséder un général de cavalerie et surtout un général commandant la cavalerie d'avanlgarde. Avant de se porter en avant, il crut nécessaire d'attendre l'arrivée à Thibie du général Karpofi qui avait passé la Marne avec ses cosaques en amont de ChAlons et qu'il s'était empressé de faire prévenir. Le général russe perdit encore pas mal de temps pour réparer le pont de la Somme-Soude à Germinon et y faire passer la rivière i\ son artillerie. Arrivé sur les hauteurs de la rive gauche de cette rivière, Korff aperçut les colonnes françaises qui achevaient de pénétrer dans Villeseneux. Blùcher, exaspéré par les retards volontaires de Korff, lui envoya Nostitz avec l'ordre d'attaquer immédiatement rennemi dont il ignorait encore la force réelle*. En présence des ordres formels de Blucher, Korff ne pouvant plus, comme il comptait le faire, attendre l'entrée en ligne de Tinfanterie de Langeron, dut se décider à attaquer les troupes françaises. Mais, au lieu de se jeter vivement sur elles, il se contenta de les amuser sur leur front par de fausses attaques, par des démonstrations, tandis qu'il portait le gros de sa division contre leur gauche. La droite de Pacthod, en colonnes par bataillon, s'appuyait h ce moment au village de Villeseneux ; à sa gauche, la division Amey s'était formée en carré ; le convoi était parqué en arrière du village. Une centaine de hussards, la seule cavalerie de la colonne, éclairait timidement le terrain en avant; 18 pièces de canon couvraient le front de la position.
Comme les premières attaques des escadrons de Korff ne paraissaient pas dangereuses et comme le feu de l'artillerie française retardait forcément le déploiement de la cavalerie russe, Pacthod ne crut pas devoir reprendre immédiatement sa marche. En agissant de la sorte, il voulait, d'une part, aguerrir ses
plus lard par six escadrons des régiments de chasseurs à cheval de Dorpat ot de Siewerslf.
i Tagebucli des Generah dtr Kavallei'ie Grafen von NosUlz : Die Feldzûge 1813 und 1814.
hommes dont il ifavail giuTO eu Toroasion d'c'prouvcr la solidité au feu, el, de Taulre, tenir h distance les escadrons russes jusqu'à ce (|u'il ait pu se rendre un compte exact de sa situation.
Pendant environ une heure et demie, la faible brigade Delort formée en un grand carré, réussit à repousser les quelques charges tentées par les cavaliers de Korfl; mais vers 11 heures du matin, Pacthod s'aperçut ([u'en dehors des attaques dirigées contre son front, il allait être menacé sur sa gauche el sur sa droite.
En effet, pendant que le général PantchoulitchelV, avec les régiments de dragons de Kargopol et de Tchernigoflf, continuait h escadronner presque hors de portée de son canon sur son front et sur sa droite, Korff avec le reste de sa cavalerie commençait à déborder sa gauche par Germinon. Il était désormais impossible de songer h continuer la marche sur Vatry et de gagner la rive droite de la Soude. Ne pouvant abandonner le convoi dont il s'était chargé, Pacthod se décida fi se mettre en retraite sur Fère- Champenoise et h donner à sa division Tordre de se former en carrés et de se replier sur Clamanges en longeant la riv(» gauclir de la Soude, tout en continuant h couvrir le convoi.
A 11 h. 1/4, le mouvement commença en échiquier : le convoi marchant entre les carrés sur quatre voitures de front, les pièces dans les intervalles entre les carrés.
Jusque vers midi, Korff n'osant s'approcher de la colonne française, continua h canonner l(»s troupes de Pacthod et d'Amey en queue el sur les flancs. Il attendait pour jeter ses escadrons contre cette longue colonne, Tapparition de VVassiltchikoff qui, après avoir passé la Soude ;i Bierges avec la cavalerie du corps de Sacken, devait déboucher par Bergères sur Pierre-Morains et déborder l'exlrème gauche el les derrières des Français. Malgré l'ordre parfait dans lequel 1 infanterie française exécutait son mouvement, bien qu'elle» tirAt habilement parti des moindres abris du terrain, Pantchoulitcheff, qui pressait Taile droite de Pacthod, profila de quelques flottements qui s'étaient produits pour exécuter plusieurs attaques, sabrer un bataillon et enlever quelques voitures*.
* La Feld'Zeitung, n° 72, aiïaire de Bergères. 25 mars (AT. A'. Kriegs Archiv.f IV, 268), sVxprime en ces termes : « I/arniéede Silésie aUant de Châ-
La relraile commençait déjà h devenir difficile; la longueur du convoi, le temps nécessairement considérable qu'il fallait pour assurer Técoulemenlde cette masse de voilures retardèrent tellement la marche que, lorsque Pacthod et Amey arrivèrent h Clamanges, ils durent se résigner h abandonner la plus grande partie du convoi afin d'essayer de sauver au moins leurs troupes et leur artillerie. Comme le temps manquait pour détruire les vivres et noyer les poudres, le général Pacthod voulait au moins conserver les chevaux du convoi et les utiliser pour doubler les attelages de l'artillerie. Afin d'exécuter cette opération, il fallait faire halte à Clamanges et chercher à tenir en respect la cavalerie de Korff. On fit occuper Clamanges par deux bataillons qui, sous les ordres du major Caille, défendirent le village contre la cavalerie russe jusqu'à ce que tout fût en ordre. On n'en avait pas moins perdu un temps précieux. « La retraite continue avec plus de rapidité. L'infanterie est formée en six carrés * (un par régiment) déboîtant et s'opposant les angles par le sommet, afin de faire feu des quatre faces. 16 canons répartis dans les intervalles sur le front et sur les flancs des carrés, essavent d'écarter la cavalerie russe par leur feu sagement dirigé. »
Mais la situation s'était singulièrement aggravée. L'artillerie russe, qui depuis midi tirait à mitraille sur la queue et les flancs de la colonne, avait profité de cette halte pour détacher une seclion qui, soutenue par la cavalerie, vint cribler de ses projectiles la tête même des divisions françaises, et le général-major comte Pahlen II, auquel Langeron avait prescrit de rejoindre au plus vile le général von Korff, était entré en ligne avec les régiments de chasseurs à cheval de Dorpat et de Siéwersk. Ainsi renforcé,
Ion? à Bergères, roncontrc en route an corps ennemi qui, fort de A,000 hommes, se dirigeait de Bergères sur Vitry. La cavalerie du général comte de Langeron, sons les ordres du général -lieutenant von Korff, se jette sur Tennemi, arrête par les feux do son artillerie la colonne qui escortait un convoi de vivres et de munitions et prend, avec le convoi, on bataillon d'infanterie.
i( La cavalerie du corps de Sacken a de cette façon le temps de tourner par Pierre- Morains la colonne ennemie qui commençait sa retraite sur Fère-Champenoise. C'était la division Pacthod avec 15 canons. Cette division marche en colonne serrée par bataillons en masse en se servant de son artillerie pour s'ouvrir un chemin. Quelques pièces d'artillerie à cheval de l'armée de Silésie avaient seules pu suivre le général von Koriï. L'infanterie élait restée en arriére. »
* Journal deVarmée, T. IH, Affaire des divisions Pacthod et Amey.
Korff lança contre los oarn^ fnuirais qni vonaionl do déboucher do Clamangos, les g<^néi*au\ Pahl(»n II ot Chnislschkctï avec los n^gimenls d(» Dorpal ot do Livonio (|ui oouin'^nMil la rotraile aux défenseurs do (ilaniangos pondant que Panlolioulitoheft sVmparail du convoi abandonné par Paclhod dans ce village '.
Tout nîarchait h souhait pour lo général Korff. Il savait depuis depuis longtemps déjît qu'il n'avait rien h craindre pour sa droite couverte par lo niouviMnont débordant de la cavalerie de Wassiltchikoff.
Non seulement, il avait été rejoint par Pahlen II, mais KarpoS, (ju'il avait détaché avec un millier de cosaiiuos sur sa gauche, l'avait informé (|ue pros(|ue sans avoir eu besoin de combattre, il avait ramassi'» aux environs de Vatrv 47 ofliciers, 500 hommes et nombre do voitures chargé(»s do vivres et do munitions.
Depuis la charge exécutée par Pahlen II et ChrustschkotT, le général Pacthod avait accéléré sa rotraile; son artillerie ré|K>ndait déj?i plus faiblement aux volées d(» mitraille dos piN*es russes. Malgré les portes qu'il avait subies on route, bien qu'il ont semé pas mal do monde sur son chemin, il n'en avait pas moins réussi î^i atteindre entre 2 ot 3 heures de l'apn'^s-midi Ecury-le-Ropos sans qu'aucun do ses carrés oftt été entamé. La cavalerie russe de KortV paraissait fatiguée et lo général espérait encore parvenir à gagner Fère-Champonoise. Mais cette dernière espérance ne devait pas tarder h se dissiper. Au débouché d'Ecury-le-Repos, rartillerie russe le prit h revers. Pahlen H avec ses deux régiments do chasseurs ji cheval, lui barra en outre la route do Fère-Champenoise. Le général Dolort reçut aussitôt l'ordre de former sa brigade en colonne d'attaque. Abordant les chasseurs russes au pas de charge, il les bouscula, les obligea h rétrograder et h lui livrer passage pendant que los autres carrés continuaient h tenir la cavalerie de Korff en respect. Mais au moment où Delort croyait déji^i avoir réussi tl s'ouvrir définitivement la route de Fère-(.ihamponoise, au moment où il venait de renverser l'obstacle formé par les escadrons do Pahlen, les régiments de Wassiltchikoff* qui, attirés par lo bruit du canon et de la fusillade, avaient aperçu, du haut du calvaire do Piorre-Morains, la
* ao voitures chargées de munitions et de gros approvisionnements de vivres et de pain (Rapport du général KorfT).
colonne française, se jetèrent sur la droile de sa brigade et l'obligèrent d'abord à se reformer en carrés, puis à se replier *.
Toutefois, comme après cette première charge, Wassillchikoft s'était éloigné de la colonne et s'était rejeté sur Morains-le-Petit, Bannes et Broussy-le-Grand pour achever de la déborder, comme la cavalerie de Korff, dont les chevaux n'en pouvaient plus, ne suivait que lentement et ne chargeait que mollement de quart d'heure en quart d'heure sans réussir h entamer les carrés, l'infanterie de Pacthod et d'Amey parvint une fois encore ti se faire jour et reprit lentement, péniblement, mais en bon ordre, sa marche sur Fère-Champenoisc.
A 5 heures, les débris de ces deux héroïques divisions étaient arrivés à une demi-lieue environ de Fère-Champenoise. « Nous aperçûmes, dit le général Delort*, les hauteurs qui dominent Fère-Champenoise couvertes de cavalerie, d'infanterie, d'artillerie, et, dans le premier moment, nous nous étions livrés à l'espérance que ce pouvaient être les corps des maréchaux ducs de Raguse et de Trévise, et nous nous réjouissions d'avoir opéré une jonction qui n'était pas sans gloire. L'illusion fut de courte durée. Les forces sur les hauteurs se multiplièrent tellement qu'il n'y eut plus de doute que ce fût l'ennemi. D'ailleurs, la décharge d'une artillerie formidable, en éclaircissanl nos rangs, nous confirma de plus en plus la présence d'un nouvel ennemi. »
Pendant que la cavalerie de Korff harcelait les troupes de Pacthod et inquiétait la colonne française, pendant que Wassiltchikoff* la débordait sur sa gauche et se prolongeait sur ses derrières, le prince royal de Wurtemberg, alarmé par le bruit de ce nouveau combat, avait renoncé à poursuivre davantage les maréchaux et fait marcher au canon la cavalerie légère du VI« corps, sous les ordres de Pahlen, et la l""» division de cuirassiers russes, sous les ordres du général Depreradovitch.
D'autre part, l'empereur de Russie, le roi de Prusse et le prince de Schwarzenberg avaient quitté Vitry h 10 heures du matin. A
*■ Composition de la cavalerie de Wassiltchikoff, 20 escadrons appartenant aux régiments de hussards d'Akhtyr, de la Russie-Blanche, de Mariopol et d'Alexandria, représentant un eflectif total d'environ 1800 olicvaux.
' Général Delort au ministre de la guerre, Paris, 27 mai 1814. Rapport sur l'affaire de Fère-Champenoise. (Archives de la guerre.)
partir (le Sommosous, ils avaient entendu le eanon. Accélérant leur marche, traversant ra|)i(lenjenl les colonnes en marche sur F6re-Champenoise, ils étaient arrivés dans cette petite ville un peu après 3 heures, escortés seulement par une sotnia de Cosaques de la garde et quelques pelotons de la cavalerie de la garde prussienne*. L'infanterie russe, retardée en route, était encore assez loin en arrière. Seuls, quelques bataillons de chasseurs h pied de la division du général Schakhoffskoï qui avaient atteint Fère-Champenoise, et une batterie h cheval russe, celle du colonel Markoff, étaient en train de gravir la colline du haut de laquelle les souverains, impatients de se faire eux-mêmes une idée exacte de la situation, allaient bientôt découvrir la colonne de Pacthod sortant d'Ecury-le-Repos et tentant de gagner Fère-Champenoise.
Pendant que l'empereur de Russie envoyait au colonel Markoft Tordre de prendre position sur la hauteur, le prince Wolkonsky arrêtait au passage un officier porteur d'une dépêche que le général Kréloff envoyait à Pahlen et par laquelle il donnait avis du mouvement d'une colonne française se dirigeant vers Fère- Champenoise et se portant contre la droite et les derrières des Alliés.
Wolkonsky communiqua immédiatement ce renseignement au généralissime qui ne voulut pas y ajouter foi, et à l'empereur de Russie qui, refusant de prendre la nouvelle en considération, reprocha î\ Wolkonsky de s'exagérer toujours les forces de l'ennemi.
Quelques instants plus tard, les souverains, restés sur la colline, au nord de Fère-Champenoise, commençaient à apercevoir la colonne française signalée par Krétoff. Tandis que le général prince Wolkonsky et l'un des aides de camp de Schwarzenberg, le comte Clam-Martinitz, allaient reconnaître cette colonne, tandis qu'on expédiait de tous côtés des officiers chargés de faire arriver au plus vite les premières troupes qu'ils rencontreraient,
* Le spectacle offert par la route suivie par les Souverains était tellement lamentable que l'empereur Alexandre avait détaché de son escorte le général Araktcliéicff avec deux escadrons de cosaques de la garde et les avait exclusivement chargés de ramasser les blessés français. (Histoire du régiment de comques de la garde.)
lo feld-maréchal comlc Wrède rejoignait les souverains. Le commandant du V® corps, placé h rarrière-garde et parti vers
10 heures du matin de Maisons, avait entendu le canon, d^s qu'il (Hait arrivé enlre Coole et Soudé-Sainte- Croix, et appris h
11 heures du malin que des troupes françaises semblaient se diriger sur sa droite vers Dommartin-Letlrée. Le général bavarois avait aussitôt dirigé la cavalerie de Frimont de ce côté et prescrit î\ son infanterie de continuer sur Fôre-Champenoise. Avec son escorte (un demi-escadron du 1^ de chevau-légers), il s'était porté au galop vers le lieu de Faction et avait ainsi rejoint les souverains, qui lui confl^rent la direction du combat *.
1 Taxis, Tagebueh. {K. K. Kriegt Archiv., XIII, 32.)
Hudson Lowe, le futur geôlier de l'Empereur, écrivait le 26 mars de Montmirail où se trouvait le quartier général de l'armée de Silésie, au colonel Bunbury, la lettre suivante reproduite par le biographe de Wréde« le général Hciliuann : « J'entendis le bruit d'une canonnade assez éloignée du côté où nous supposions l'armée du prince de Schwarzenberg. Désireux de me rendre compte de ce qui se passait, accompagné par un cosaque, je me portai au plus vite sur une hauteur d'où j'espémis apercevoir la fumée et découvrir le terrain do la lutte. Arrivé sur cette colline j'aperçus notre cavalerie qui poursuivait une division ennemie et, à peine à 100 métrés de moi, sur une autre colline, un groupe de cavaliers et d'ofHciera. Je pensai bien qu'il y avait là un des étatsmajors de l'armée de Schwarzenberg. Je m'approchai cependant assez prudemment jusqu'à ce que j'aie pu constater que je ne me trompnis pas. Frappé de la prestance d'un des ofllciers de ce groupe, je m'écriai assez haut pour être entendu : « Ah ! c'est le feld-maréchal comte de Wréde î » Je n'avais vu Wrède qu'une seule fois avant ce jour; mais sa physionomie, son uniforme et surtout son plumet m'avaient tellement frappé que je le reconnus de suite S'en tendant interpellé de la sorte, le feld-maréchal répondit : c( Oui, monsieur, et « qui étes-vous donc? — Je suis le colonel anglais attaché à l'armée du felda maréchal niiicher. — Et qu'est donc ce corps que je vois là ? - C'est l'avant- (( garde de l'armée du feld-maréchal qui attaque une division de l'ennemi. (( — Et vuilà la grande armée », me répondit Wrède en me montrant de la main une troupe de cavalerie, encore fort éloignée, arrivant d'un autre côté et que je n'avais pas encore aperçue.
n Lo comte WrtVle me demanda des renseignements sur la force de la colonne ennemie qui combattait contre la cavalerie russe et s'étonna de voir qu'on n'en était pas encore venu à bout. Je lui répondis qu'on l'avait à plusieurs reprises chargée, mais sans succès. « C'est une honte, s'écria le maré- (( chai, cela ne devrait pas être. On aurait dû la détruire et je ne conçois pas te comment cela n'est pas déjà fait. » Le maréchal me demanda alors le nom des généraux qui commandaient la cavalerie russe. Je lui dis que c'étaient les généraux Korffet Wassiltchikoiï, qui me paraissaient pleins de bonne volonté et d'ardeur. Wrède envoya aussitôt un de ses officiers au-devant des premières troupes bavaroises qu'il rencontrerait, avec Tordre de presser leur marche. Wrède prit alors la direction du combat. Je croyais que la colonne française allait être immédiatement anéantie. Wrède, non content de donner ses ordres.
Les premières Iroupos nppel»^es par Alexandre ne lardèrent pas h entrer en ligne ; la batterie du colonel Markoff ouvrit le feu dès que la colonne fran<;aise arriva h porlt^e, niaisconnne l'infanterie de Paclhod défilait h Tabri d'un pli de terrain, s(»s projectiles passèrent au-dessus d'elle sans ratleindn» et vinrent tomber dans les rangs des hussards de Wassillchikoft. Celui-ci pi*enant cette batterie pour une batterie française, ordonna h son artillerie de riposter et de la canonner. Quelques boulets russes vinrent tomber sur la hauteur même oii se tenaient les souverains, et à peu de dislance de remj)ereur Alexandre. On se hrtta de mettre fin h cette méprise, et (|uelques instants plus tanl les batteries russes, en position sur les deux flancs de la colonne française, firent converger leur tir sur les carrés de Pacthod.
Jusqu*h ce moment, Pacthod avait conservé l'espoir dcî parvenir h gagner Fère-Champenoise. Il n'avait eu affaire qnh la cavalerie russe, et Korft, comme Wassiltchikoff, avait reçu l'ordre de ne pas trop le presser, afin de donner à lartillerie le temps de rejoindre et de se mettre en batterie. Prenant les premières salves de la batterie de Markofl pour le canon des maréchaux, Tinfanterie française se croyait sauvée, alors que sa perte était certaine et la catastrophe inévitable.
Pris en écharpe par l'artillerie russe, suivi par la cavalerie de Korff, débordé par celle de Wassiltchikoff, Paclhod, renonçant h s'ouvrir le chemin de Fère-Champenoise, donna à ses carrés, réduits ù quatre par les pertes subies en route. Tordre de gagner du terrain vers la droite et d'échapper, s'il était possible, h Taclion des troupes qui garnissaient les hauteurs de Fère-Champenoise *.
Bien qu'exposés aux feux convergents de Tartillerie russe et décimés par les boulets qui éclaircissaient leurs rangs îi chaque
enleva les troupes par son exemple; mais la persévérance et Ténergie du commandant do la colonne française firent échouer ses efforts. La cavalerie allitV fut reçue partout par les feux bien dirigés de l'artillerie et de Tinfantcrie françaises, et le comte Wrède ne fut pas plus heureux dans ses attaques que ne l'avaient été Korff et Wassiltchikoff. »
Taxis ajoute : « La cavalerie alliée exC^cute plus de vingt charges contre les carrés franchis qui tiennent bon et qui résistent avec une admirable ténacité â leur choc. »
* Rapport du général Delort au ministre la guerre, Paris, 27 mai 1814. {Archiret de la guei^e.)
pas, les carrés français marchaient encore fièrement et en bon ordre dans la direction des marais de Saint-Gond ; mais ce mouvement n*avait pas échappé à Alexandre. Pressé d'en finir avec la résistance héroïque de celte poignée d'hommes qui l'exaspérait et qu'il ne pouvait s'empôcher d'admirer, il envoya à Korflf et fi Wassiltchikofl Tordre de renouveler leurs attaques.
Un des quatre carrés français, criblé par les boulets de Tartilde Wassiltchikofl et de Markoff et presque entièrement détruit, est bientôt hors d'état de continuer la lutte et les quelques hommes qui restent encore debout sont obligés de déposer les armes. Le général Borosdin, h la tête des régiments de dragons de la Nouvelle-Russie et de Kargopol (division du général Korff) charge un deuxième carré, l'enfonce, le culbute et enlève quatre canons*. Les débris de ce carré groupés autour du général Pacthod rejoignirent à grand'peine les deux derniers carrés qui, battus par la mitraille et perdant du monde h chaque pas, se réunirent en une seule masse et continuèrent leur retraite vers les marais.
Pendant ce temps, les Alliés n'avaient cessé de recevoir des renforts. L'infanterie de Raïeftsky se rapprochait du champ de bataille au pas de course. La cavalerie enserrait de plus en plus le dernier carré; mais la nuit approchait et comme on n'était plus qu'à peu de distance de Bannes, un dernier effort semblait devoir assurer le salut du dernier carré, lorsque le général Depreradovitch, débouchant h l'improviste avec les chevaliersgardes et quatre pièces d'artillerie à cheval à Test de Bannes entre Aulnay-aux-Planches et Morains-le-Petit, vint barrer le chemin aux soldats de Pacthod, d'Amey et du général Thévenet. Arrêtés par l'artillerie de Depreradovitch, criblés de toutes parts j)ar la mitraille, manquant de munitions, écrasés par ces masses
i (( La marche fut continoée sous le feu meurtrier de rartilleric jusqu'à
6 heures i/4. A cette heure, ma brigade, exténuée de fatigue, après avoir laissé sur le champ de bataille plus de 700 hommes, apr^^s avoir épuisé toutes ses cartouches qu'elle avait consommées en repoussant de son feu plus de vingt charges de cavalerie, à cette heure, ma brigade battue à mitraille en queue, en flanc et en tête par le boulet, et cernée par la cavalerie à 50 toises, après
7 heures d'un combat à jamais mémorable, est tombée au pouvoir des trois armées combinées. Il n'est personne dans ma brigade qui n'ait fait au delà de ce que pre!»crit l'honneur le plus délicat. » (Général Delort au ministre de la guerre, Paris, 27 mai 1814, rapport sur TafTaiie de Fére -Champenoise; Archiret de la guerre,)
qui les onlourairnl sans parvenir à les entamer, les Franeais n'en n'^sisl^iienl pas moins à loules les atlacpies.
Ce fut en vain que l'empereur Alexandre et le roi de Prusse s'efforcèrent de mettre fin à cette héroïque, mais inutile défense. L'un diL's parlementaires envoyé |)ar le tzar, le colonel Rapatel, ancien aide de camp de Moreau et alors aide de camp d'Alexandn», fut tué en essayant d'accomplir sa mission. Le lieutenant-colonel von Thiele, envoyée j)ar le roi de Prusse, fut plus heureux. Il parvient avec son trompette jus(|u'au général Pacthod qui, le bras cassé par une balle, affaibli par la perle du sang, s'avança fièrement au-devant de lui el lui demaiula ce <|u'il venait faire dans les rangs français. « Rendez-vous, lui crie l'officifir jirussien, « vous êtes cerné. — Les règlements militaires, répond le général, « ne permettent pas de parlementer sous le feu, et mon honneur « me défend de négocier tant qu'on lire. » Puis, avec le plus grand calme et avec Turbanité la plus excjuise, il annonça à Thiele qu'il le retenait prisonnier et, sans même écouter ses réclamations, il le confia à deux de ses officiers (|ui, |»renant son cheval par la bride, firent entrer le colonel dans le carré. La lutte n'avait pas cessé un seul instant; mais les rangs des Français s'éclaircissaienl de plus en plus et les boulets russes traçaient des .sillons sanglants dans ce groupe de désespérés qui se reformaient après chaque décharge. Une nouvelle charge, exécutée par les chevaliers-gardes, les cosaques de la garde du colonel Effremofî, les uhlans de la garde, les dragons de Siéwersk, de Kinburn et de Smolensk et les hussards de Lubny, parvint enfin ?i renverser cette muraille vivante. Transporté d'enthousiasme et profondément ému par tant de courage, l'empereur Alexandre, sourd aux représentations de ses officiers, pénétra lui-même avec son escorte dans le carré afin de mettre un terme au carnage el de sauver les braves qui avaient survécu*.
Dès que le feu eût cessé, le tzar qui avait donne Tordre de traiter les privsonniers avec la plus grande humanité, de relever et de soigner les blessés, se fit présenter les généraux Pacthod, Amey, Delort, Bouté, Thévenet el Jamin, leur exprima en termes émus Tadmiration que lui avait inspirée leur héroïque défense et
* « Je veux les sauver! » (Paroles d'Alexandre rapportées par Krestofksïv, HUiorique du régiment de uhlan$ de la garde de S, M, l'Empereur.)
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donna ordre de leur rendre leur épée, leurs chevaux et les objets leur appartenant.
Des deux divisions des généraux Paclhod et Aniey, ce fut h peine si quelques hommes réussirent à échapper et parvinrent, grâce aux ténèbres, h gagner les marais de Saint-Gond.
Le chiffre exact des pertes éprouvées par les maréchaux, par Pacthod et par Amey dans le sanglant combat de Fère-Champenoise, est impossible à établir puisque le général Delorl seul a fourni l'état des perles de sa brigade. D'autre pari, les différences sensibles qu'on trouve dans les rapports des généraux alliés ne permettent même pas d'arriver h un chiffre approximatif.
D'après le Journal d'opérations de la grande armée, 92 canons, 5 obusiers, 74 caissons et 6,000 hommes seraient tombés entre les mains de la cavalerie alliée.
Barclay de Tolly, dans soii Journal d'opérations, évalue les perles des Français à 11,000 honnnes hors de combat et h 75 canons pris ou ramassés sur le terrain.
Taxis, en constatant l'anéantissement des divisions Paclhod et Amey, ne parle que de l'enlèvement de 40 bouches h fou, tandis que hFeld'Zeitung donne un total de 4,000 hommes et de 15 canons pris aux divisions Paclhod et Amey.
Le prince royal de Wurtemberg qui, dans son premier rapporl au prince de Schwarzenberg, avait fait mention de vingt canons prison abandonnés el de plusieurs milliers de prisonniers, ne donne guère plus de renseignements dans sa deuxième relation datée de Paris, 13 avril, et se borne à porter h 30 le nombre des pièces prises aux maréchaux *. Enfin, dans la dépèche qu'il adres-
* Journal (l'opéra lions de liiirclay deToliy (ArclUves lopographiques, n® ^9188) ; Rapport du gdoéral aide de camp baron KorfT au général comte de Langeron {Journal des pièces reçues, n° 576) ; Journal d'opérations du général comte de Langeron {Archives topographiques, n^ 29103); Relation du colonel MarkofT; KREaTOKFSk'Y, Historique du régiment de uhlans de la garde de S. M. YEmpereur; Historique du régiment de cosaques de /a ^ard^ (régiment de TEmpereur); Renseignements sur la force et les mouvements des divisions do gardes nationales des généraux Pacthod et Anioy {Archives de la guerre); Général Delort au ministre de la guerre, Paris, 27 mai 1814, rapport sur l'affaire de Fère- Champonoise (Ibid.).
Général Heilmann, Der Feld-Marschall Fûrst H'rèdc\ Général von Heill- DORFK, Ausdem Lehendes Prinzen Eugen con Wurtemberg ; Journal de Varmèe :
sait \i* boir iiièino du coinbalde FîTcCiliamiicnoisr à KliK'hrr^ !<; giW;ralissini<' lui disait : v La niarrhe en avant do rarmôc a v\ô couronnée de sucmm'^s. I/rnurnii a vUi rrjrlé sur Un\U\ la lijçiie cl culbuté nialf(ré sa résistance. Nous lui avons |M'is plus dt* trente canons, une quantité de caissons et de voilures, einij généraux et plusieurs milliers d'honnnes. »
Considérations sur le double combat de Fére-Champenoise. — La ivsislance héroi(|U(» et dés(»spérée des divisions Pacthod et Amey, en ajoutant une jia^e giori(Mis(> à nosainialesniilitaims, n'a pas ])eu contribué à jeter un voile sur hîs fautes de ftfurmont. Sans revenir sur les taux niouvenicnts (|ui(Mnpèchèrent le maréchal de contrarier et dr ralentir les ojiérations de l'armée de Silésie, on ne saurait explitpier par la démoralisation de ses troupes, par le découragement de ses généraux, rineompréliensible insouciance avec laquelle, tout c?n atVectant de se conformer ù Tordre! du nuijor-^^énéral, le duc de Haguse continua h pousser sur Vitry. Jugeant superflu de s'éclairer, il ne s'apereut de la jirésence des armées alliées qu'au moment où la cavalerie des IV« et VI» corps était sur le j)oint de commencer ratlafjue. Sa défaite et les pertes considérables éprouvées dans la retraite de Soudé- Sainte-Croix sur Allemant allaienl. du reste, avoir des conséquences funestes. La route de Paris était ouverte et, après avoir perdu leur ligne de retraite la plus directe, c'était à peine si les maréchaux pouvaient enconî (»spérer arriver .sous les nuirs de la capitale avant les armées de la Coalition.
Du côté des Alliés, on aurait pu tirer un bien meilleur parti d'une situation exceptionnellement avantageuse, et les opérations
AOTairc des divisions i\icthod et Anioy, lo tî5 mars 18i4« T. III; FeldZeitung, n^ 73, Armco do Sitësie, AtTairo du i5 mars 18 li (A'. K. Krifijt Archiv., IV, 308); St'âhke, Eintli'iluu^ and TagesbcgebenlK'iti'n âov llau|)t-Arni<*e iui Monate Marz(/6w/., 111. 1); Taxis, Taijdmch (/6i(/.XIll, 3i) ; Prince royal de WUrlemberg à Schwarzenberfir, Corroy, 30 mars, 1 heure du malin (/&iW. , 111, 452); Prince royal de Wurlomborg au priniv de Scliwurxenbertff Paris 13 avril 1814 : Relations des combats de Fère-CliamiM'uoise (Ibidj IV. 115); ScliMarieuberg à Rliiclier, Fère Champenoise, 35 mars, 10 heures du soir (Ibiti,, III, 448) ; Armée yaehrichlen (Ibui., 111, 451), et von IIili.kr, (ictckichle des Feldzuges 1814 tiefcn Frankreich unter Itesonderer BirùcksichUyiiny der Anllieil" fiahme der h'àniglich-trurlUmbergitchen Trupjten.
i Prince de ScbWarzenberg au feld-maréchal BliichiT, Fèro-Champi'noisej 35 mars, 10 heures soir (K. K, Kriegs Archiv., III, 448).
des (Jeux grandes armées auraient dii amener des résullals bien autrement considérables. Comme les maréchaux n'avaient de retraite possible que par Éloges on par Sézanne, comme on devait s'attendre h les voir, an lieu de rester tranquillement sur leurs positions, se diriger au plus vite sur Montmirail, on aurait dû presser la marche d'York qui, arrivé à Viffort le 24, les aurait précédés le 25 à Sé/anne. 11 aurait fallu dès le matin charger un corps de cavalerie, soutenu par plusieurs batteries d'artillerie à cheval, de déborder la droite des maréchaux et utiliser à cet effet la cavalerie de la garde, la faire arriver entre Connantray et Sézanne, et traîner en longueur l'attaque dirigée contre les tètes de colonne jusqu'il ce que le mouvement tournant ait eu le temps de s'elîecluer. En agissant de la sorte, on aurait permis aux corps russes de l'armée de Silésie d'amener en temps opportun leur infanterie et leur artillerie sur la gauche et les derrières des maréchaux et de Pacthod.
Leur sort aurait alors été certain et leur situation presque désespérée. Comme le fait justement remarquer Clausewilz*, « les Français n'auraient eu d'autre ressource que de se dérober vers l'Aube. N'ayant pas déroutes à leur disposition, ils n'auraient pu échapper à la poursuite des Alliés. En admettant qu'ils n'eussent pas été contraints de mettre bas les armes, ils auraient été en tous cas obligés de se disperser. »
Après avoir essayé d indiquer les graves conséquences qu'aurait eues une opération qu'il eût été si aisé de combiner rationnellement au point de vue stratégique, on ne saurait s*empôcher de faire remarquer que, comme l'écrivait le prince royal de Wurtemberg*, « les brillants résultats de cette journée sont uniquement dus h l'action de la cavalerie ». Et le prince, entraîné par son ardeur, ajoute, sans même s'apercevoir qu'il critique lui-môme la façon dont il a opéré : « Mon infanterie n'a pu arriver en ligne. De plus, j'avais dû laisser h Connantray deux de mes batteries à cheval dont les chevaux, complètement épuisés par 8 heures de marche, de combats et de poursuite continuels, étaient hors d'état de traîner plus loin les pièces. » La batterie à cheval de la
• Clausewitz, (Wiliqae stratégique de la campagne de France de 1814. ' Prince royal de Wurtemberg au prince de Scbwarzcnberg, Corroy, 26 mars, 1 heure matin (If. K. Kriegs, Àrchiv., III, 425),
cavalerie légère de la garde avait seule pu donner jusqu'au bout avec un entrain et une énergie remarquables. Au lieu de se précipiter tête baissée avec sa seule cavalerie d'avant garde sur les maréchaux, le prince royal aurait pu obtenir des résultats plus considérables en attendant tout au moins l'entrée en ligne du gros de sa cavalerie pour commencer l'attaque. Il aurait pu alors disposer vers la lin de la lutte de l'infanterie du VI« corps, utiliser toutes ses forces, tirer parti de son artillerie pendant toute la durée du combat et engager ses escadrons simultanément au lieu d'en être réduit à les jeter sur les Français au fur et à mesure de leur arrivée. Il est d'ailleurs h remarquer que les mêmes fautes ont été commises, mais dans des conditions essentiellement différentes, du côté de l'armée de Silésie, et qu'elles y ont été causées par la prudence exagérée et la timidité inexplicable du général Korff. En somme, tant à l'armée de Silésie qu'à l'armée de Bohême, on a préféré les attaques partielles h une action générale et on a facilité la résistance, atténué la gravité de la situation des maréchaux et de Pacthod en négligeant de faire préparer et soutenir les charges par les feux de l'artillerie à cheval.
Moins de précipitation de la part du prince royal de Wurtemberg, moins de prudence et d'hésitation du côté de Korff, moins de décousu dans la conduite générale des troupes engagées, plus d'habileté dans l'emploi des deux armes présentes sur le terrain, auraient suffi pour anéantir les faibles corps dont les débris allaient encore essayer de s'opposer à la marche des armées alliées et pour renverser le seul obstacle qui se dressait entre elles et Paris.
Mieux combiné et livré avec plus de sagesse, avec plus d'entente des choses de la guerre, le double combat de Fère-Champenoise leur aurait livré sans coup férir la capitale hors d'état de se défendre, par cela même que les formations nouvelles qu'on y rassemblait à la hâte n'auraient été ni renforcées, ni soutenues, ni encadrées par les troupes de Marmont et de Mortier. L'affaire de Fère-Champenoise n'en reste pas moins un fait d'armes glorieux pour la cavalerie alliée. Mais le manque de direction intelligente, Tabsence de préparation raisonnée, l'intervention insuffisante du commandement supérieur qui n'a pas su tirer parti des forces dont il disposait, ont affaibli et amoindri les conséquences de cette brillante affaire de cavalerie. Entraîné par sa haine et par son ardeur,