‹ La campagne de 1814Chapitre 2 sur 12 · W«U. — IV · texte numérisé non relu

W«U. — IV

le prince royal de Wurtemberg a, comme la plupart des généraux alliés, cru superflu d'avoir recours à Faction combinée des trois armes; il a môme aggrave cette faute en précipitant sa marche, en hâtant ses attaques au point d'inutiliser son artillerie et de la mettre dans l'impossibilité de prendre part à la lutte finale au moment où quelques volées de mitraille, quelques salves de ses batteries auraient consommé la perte des maréchaux. S'il avait suivi l'exemple que Napoléon avait donné à Yauchamps et à Reims, s'il avait manœuvré et employé son artillerie comme l'Empereur allait le faire le lendemain à Saint-Dizier, il aurait eu la gloire de remporter entre Fère-Champenoise et Connantray une victoire décisive qui aurait livré Paris aux Alliés et vraisemblement mis fin à la campagne.

Honyements des IIP, IV*, V* et VI* corps et positions des différents corps de la grande armée alliée le 25 mars au soir. — Les fautes commises par les Alliés, tant au point de vue tactique qu'au point de vue stratégique, allaient du reste se faire sentir de suite, et le prince royal de Wurtemberg, en annonçant qu'il occupait avec les IV* et VI® corps les positions indiquées par Tordre du généralissime, ajoutait en terminant son rapport ' : « Je désire que mes troupes, fatiguées par les combats d'aujourd'hui, ne soient pas obligées de se mettre en route demain de trop bonne heure. » C'était reconnaître que les efforts excessifs demandés aux hommes et aux chevaux l'empêchaient de poursuivre l'ennemi qu'il avait mis en déroute et auquel il donnait ainsi le temps de se reformer et de reprendre de l'avance.

L'infanterie des IV®, V® et VI® corps avait exécuté sans encombre les mouvements indiqués par la disposition générale. Gyulay n'ayant reçu les ordres de mouvement que dans la nuit du 24 au 25 mars, le gros du III® corps n'avait pu quitter Mailly qu'à 5 heures du matin pour se diriger par Montepreux vers Fère-Champenoise. Dans le courant de l'après-midi, le feldzeugmeister avait, lui aussi, entendu la canonnade. Bien qu'il eût immédiatement poussé en avant les chevau-légers de Rosenberg et quelques pièces d'artillerie à cheval, ces cavaliers n'arrivèrent

1 Prince royal de Wurtemberg au prince de Schwarzenberg, Corroy, 26 man», i heure du matin. (K. K. KriegtArchiv,, 111, 452.)

sur le lieu du combat que lorsque tout était sur le point de finir. Le reste du III* corps, se composant des troupes placées sous les ordres du feld-maréchal-lieutenant Fresnel, avait quitté Arcissur-Aube le matin, escortant les colonnes de munitions et les convois de vivres. Vers midi Fresnel avait trouvé h Salon les cosaques du général Seslavin qui, avant de prendre la part que l'on sait au combat de Fère-Champenoise, avaient chassé des environs de Pleurs dans la direction de Sézanne, les quelques partis français qui s'étaient montrés de ce cùié. Deux escadrons de chevau-légers de Klenau remplacèrent les cosaques de Seslavin. Afin de se couvrir contre les mouvements de la cavalerie française appartenant à la colonne du général Souham, dont on lui avait signalé la présence à Nogent-sur-Seine, Fresnel avait en outre laissé à Méry et h Plancy un escadron de chevau-légers de Klenau.

Le 25 au soir la grande armée de Bohème occupait les positions suivantes : la cavalerie légère de» Pahlen s'était établie h Linthes, Linthelles, Saint-Loup et Broussy-le-Grand et avait poussé ses avant-postes jusqu'au pied de la hauteur d'Allemant où les maréchaux s'étaient arrêtés. A sa gauche, le prince Adam de Wurtemberg, cantonné avec la cavalerie du IV® corps aux environs de Pleurs, avait derrière lui les cuirassiers autrichiens du comte Nostilz à Ognes. Le reste de la cavalerie de Pahlen (cuirassiers du général Krétoft) et le grand-duc Constantin avec la cavalerie de la garde russe passèrent la nuit du côté de Vauretroy.

Les IV« et VI® corps bivouaquèrent au sud de Fère-Champenoise, entre cette ville et Corroy, où le prince royal de Wurtemberg avait mis son quartier général. La lôte du III« corps ne dépassa pas ÛEuvy et son gros se cantonna à Gourgançon. Les gardes et réserves de Barclay de ToUy, dont le quartier général vint à Connantray, s'établirent entre ce village et Vaurefroy. Enfin l'infanterie du V« corps, qui avait passé par Faux-sur- Coole et Dommartin-Lettrée, arriva vers le soir au nord et h l'est de Fère-Champenoise. La cavalerie de ce corps, sous les ordre» de Frimont, avait été poussée trop à droite et n'avait pu prendre aucune part aux derniers combats; mais elle avait enlevé un courrier porteur de dépêches importantes du ministre de la police, Savary, dépêches par lesquelles le duc de Rovigo, annon-^

— sécant à Napoléon l'entrée du duc d'Angoulôme ii Bordeaux, lui signalait l'agitation croissante que Ton entretenait à Paris et suppliait TEmpereur de revenir au plus vite dans sa capitale *.

La grande armée alliée tout entière était donc concentrée le 25 au soir autour de Fère-Champenoise où l'empereur de Russie, le roi de Prusse et le prince de Schwarzenberg avaient transporté leurs quartiers généraux *.

Positions des corps russes de l'armée de Silésie le 25 mars au soir. — L'infanterie des corps russes aux ordres de Langeron, Sacken et Strogonoff, formant le gros de Tune des deux colonnes séparées de l'armée de Silésie, occupa le soir Étoges, où Blucher, furieux de se voir dans l'impossibilité de prendre une part active aux charges de cavalerie, était venu s'établir dans le courant de la journée*.

Langeron avait poussé plus au sud avec le VIII® corps russe * (général Rudzewitch) ; mais sur l'ordre formel de l'empereur de Russie, l'infanterie de Woronzoff était restée du côté de Valry.

La cavalerie des généraux Korff et Wassiltchikoff passa la nuit sur le champ de bataille môme.

Marche des P"* et II* corps prussiens sur Hontmirail. — Mouvement de la cavalerie de Zieten sur Étoges et Fère- Champenoise. — La 2« colonne de l'armée de Silésie, formée par les P^ et II® corps prussiens venant de Château-Thierry, s'arrêta à Montmirail occupé depuis la veille au soir par la cavalerie de réserve sous les ordres de Zieten et y prit position sur la route de Chûlons. York ignorait à ce moment les résolutions de la veille, mais connaissant la direction suivie par les maréchaux, il n'avait gardé que six escadrons pour assurer le service de sûreté des deux corps. Dès la veille au soir, il avait ordonné ii Zieten

* Taxis, Tagebuch, {K. K, Kriegs Àrchiv,, 111, 32.)

' Starke, ËintheUung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Monate Màrz (Ibid., 111, 1), et Journal d'opérations de Barclay de ToUy (Archives tofographiques, n*> 29188).

^ Tagebuch des Gênerais der Kavallerie Grafen von Nostiiz. (Kriegsgeschichtliche Einzelschriften, 1884, V, 133.)

* Journal d'opérations du généi'al comte de Langeron. (Archives lopographiques, n» 29103.)

ainsi qu'à Katzler enlré le 24 à Champaubert, de continuer sur Éloges afin de chercher et de rétablir la communication avec l'autre colonne de l'armée de Silésie pendant que le colonel von Blùcher (avant-garde du II® corps), élabli h Le Gault, devait se borner h envoyer un parti en reconnaissance vers Sézanne.

Sur ses derrières, les coureurs des deux corps prussiens conlinuaient à se répandn* sur les deux rives de la Marne. Un parti de 200 chevaux, détaché par les troupes qui occupaient Château- Thierry depuis le 24 et posté h Montreuil-aux-Lions, fourrageait à son aise jusque sur les bords de l'Ourcq et jelait l'alarme à Meaux où le général Ledru des Essarts n'avait sous ses ordres que des conscrits et des gardes nationaux, n'ayant aucune instruction militaire et ne sachant ni tenir ni charger leurs armes*.

Sur la rive gauche de la Marne, la cavalerie du II® corps prussien avait également poussé, dans la direction de La Ferté-sous- Jouarre, Coulommiers et La Ferté-Gaucher, des partis qui, flanquant l'aile droite de Kleist et d'York, s'étaient établis dans la nuit du 24 au 25 au chî\teau de Moras vers La Ferté-sous-Jouarre et en avant de Verdelot sur la route de Rebais. Dans la matinée, puis dans l'après-midi du 25 les cosaques avaient attaqué sur la route de Château Thierry les postes avancés de l'adjudant-commandant Michal qui, n'ayant que 200 hommes pour garder La Ferté-sous-Jouarre, ne tarda pas à évacuer cette ville *. Un autre parti avait ramené le corps franc du colonel Simon et quehjues gardes d'honneur du général Vincent jusqu'à Rebais. Ces troupes n'y firent d'ailleurs qu'un séjour de quelques heures et se replièrent dans la nuii sur Coulommiers à la nouvelle de l'évacuation de La Ferté-sous-Jouarre.

Pendant ce temps, Zieten, précédé par l'avant-garde de Katzler (deux régiments de hussards), avait continué, le 25 au matin, sa marche vers Chàlons et s'était porté sur Étoges. Arrivé sur ce point vers 3 heures de faprès-midi, il avait poussé l'avant-garde de Katzler à Bergères-les-Vertus ; mais ses hommes et ses chevaux étaient tellement épuisés qu'il résolut de leur accorder quel-

* Ledru des Essarts au Ministre de la guerre, Mcaux, 24 et 25 mars. (Archivet de la guerre.)

^ Adjudant-commandant Michal, La Ferté-sous-Jouarre. 25 mars, et général Vincent au Ministre, Coulommiers, 25 mars. (/6id.)

ques heures de repos. Les troupes prussiennes venaient à peine de s'installer pour la halte que l'on entendit une violente canonnade du côté du sud, dans la direction de Fère-Champenoise. Zieten en conclut que la première colonne de Tarraée de Silésie, formée par les corps russes, avait dû atteindre et attaquer les Maréchaux. Laissant alors son infanterie, son artillerie et ses voitures avec le lieutenant-colonel von Klux à Étoges, il donna aussitôt à sa cavalerie Tordre de remonter à cheval et envoya le major comte Schmettow, avec un peloton d'escorte, prévenir Katzler de la modification qu'il faisait subir à ses projets. Zieten avait le choix entre deux partis : il pouvait, ou passer à Touest du marais de Saint-Gond et chercher h gagner Sézanne par le défilé de Saint- Prix, ou bien dépasser les marais et se diriger par CoUigny et Morains-le-Petit sur Fère-Champenoise où il entendait tonner le canon. Dans le premier cas il avait assurément quelques chances de couper la retraite aux Maréchaux et d'assurer leur perle en paraissant sur leurs derrières ; mais, pour cela, il lui fallait retirer son infanterie de Sézanne, la porter en avant et la charger de garder le défilé de Saint-Prix. Enfin, la route était longue et ses chevaux étaient trop fatigués pour lui permettre de marcher avec la rapidité voulue. D'autre part, en allant droit au canon, il s'écartait moins des instructions qu'on lui avait données; il avait moins de chemin à parcourir ; il pouvait ôtrc rejoint par Vavantgarde de Katzler à laquelle il avait donné l'ordre de se rabattre à droite de la route de Châlons sur Trécon et, selon toute probabilité, il devait arriver encore à temps sur le champ de bataille. Ces différentes raisons décidèrent Zieten à donner la préférence îi ce dernier parti. Mais, obligé de contourner les marais, de prendre par Colligny et Morains-le-Petit, il ne déboucha à hauteur de ce dernier village que le soir, au moment où les Maréchaux avaient déjà atteint la position d'AUemant, au moment où la cavalerie alliée avait achevé d'anéantir les divisions de Pac- Ihod et d'Amey. Un de ses régiments (le 2« hussards du corps), qui formait la tête de colonne, avait seul réussi à traverser les marais ; mais la marche de ce régiment avait tellement détérioré les passages que l'on renonça h engager le reste de la cavalerie fi sa suite. Zieten résolut néanmoins de tirer parti du mouvement qu'il venait d'opérer dans la direction de Fère-Champenoise et de profiter du changement de direction qu'il avait apporté «^ sa

marche pour essayer de |)révenir à Sézanne les Maréchaux forcés (le se mellre en retraite sur ce point *.

La reconnaissance que, sur Tordre d'York, le colonel von Blûrher avait poussée de Le Gault vers Sézanne, avait donné à Test de Mœurs, au passage du Morin, contre des postes de cavalerie française, et l'interrogatoire des prisonniers lui avait révélé la présence h Sézanne de la division du général Compans. Celui-ci, informé dès 10 heures du matin de l'apparition de la cavalerie prussienne sur la route de (k)ulommiors, avait fait renforcer ses avant-postes de Mœurs. La retraite presque immédiate du parti (le cavalerie du capitaine von Waldow, la rapidité avec laquelle ce détachement s'était replié, lui avaient prouvé qu'il n'était pas immédiatement menacé de ce côté. Momentanément rassuré sur ce point, le général Compans' n'en était pas moins dans une siluation des plus difficiles. Il n*avait plus avec Inique 300 chevaux et 1600 k 1800 hommes d'une solidité douteuse, avec lesquels il lui fallait assurer la garde d un gros convoi de 130 voitures d'artillerie. Malgré la disparition du parti du capitaine von Waldow, il savait de façon positive qu'York et Kleist, po.stés à Montmirail, pouvaient le prendre h revers et lui barrer le lendemain le chemin de Coulommiers et de La Ferté-Gaucher. De plus, d^s les premières heures de l'après-midi, il était fixé sur la tournure que prenait le combat dans lequel les Maréchaux étaient engagés, î^e bruit du canon se rapprochait de plus en plus ; les fuyards, de plus en plus nombreux, arrivaient en désordre, éperdus, sans armes, apportant des nouvelles plus alarmantes les unes que les autres et malheureusement trop vraies. S'attendant h recevoir h tout instant un avis de Marmont lui annonçant qu'il se repliait sur Sézanne, le général Compans résolut par suite de rester sur ses positions jusqu'il la fin de la journée.

* GuRETZKr-CoRNiTx, Htstoriquê du rtigiment de uhlant n^ 3 ; Bbitikb, Leben des General'Lieutenanti tan Sohr: Hemckbl vorr Domnbrsmark, Erinnerungen ans mêinem Leben; Journal du 1"' régiment de dragons de Lithuanie; Journal du 1*' régiment de dragons de la Prusse occidentale ; Journal de marche de la division de cavalerie de réserve du 1"' corps aux ordres du général von Jiirgass.

< Général Compans au Ministre de la gneiTe, Sézanne, 25 mars« 10 heures soir. {^Archivée de la guerre.)

Le général Compans évacue Sézanne dans la nuit du 25 au 26 mars. — La nuit vint sans qu*aucun ordre lui fût par\'enu et ce fut uniquement par les fuyards qu'il apprit que le duc de Raguse, au lieu de se retirer sur lui, s'était dirigé sur Allemant. La route de Fère-Champenoise à Sézanne était désormais ouverte. Vers 10 heures du soir, les coureurs alliés étaient déjà signalés à 6 ou 7 kilomètres de la ville. Craignant de compromettre inutilement le sort de sa faible division et du matériel confié à sa garde, le général Compans se décida alors à commencer l'évacuation de Sézanne que ses troupes eurent Tordre de quitter à minuit pour se diriger sur La Ferté-Gaucher.

Il n'y laissa qu'une arrière-garde de 200 chevaux chargés d\ rester en position jusqu'au jour.

Quand, fort avant dans la soirée, le duc de Raguse lui envoya un officier pour lui demander de conserver sa position jusqu'au lendemain, il était déjà trop tard ; l'évacuation était presque entièrement achevée, et le mouvement, que le Maréchal voulait empêcher, avait commencé depuis plusieurs heures.

Bûlow devant Soissons. — Mouvements contre Compiègne.

A l'exlrôme droite de l'armée de Silésie, Bûlow continuait les travaux d'approche contre Soissons et ses tranchées arrivaient, dans la nuit du 25 au 26, jusqu'à la contrescarpe du corps de place.

Plus à droite encore, du côté de Compiègne, des coureurs prussiens sortis de Noyon avaient paru dans la matinée à Clairoix ; ils précédaient un assez gros détachement de cavalerie qui, établi à Janville, couvrait les quartiers que l'infanterie venait de prendre à 4 kilomètres environ plus en arrière, à Thourotte *. Ces mouvements n'avaient pas échappé à la vigilance de la garnison. Du reste, à Compiègne comme à Soissons, Otenin et Gérard étaient décidés à défendre à tout prix les places dont on leur avait confié la défense.

Opérations de la division légère du prince Maurice Liechtenstein. — Mouvements du général AUix. — A l'extrême gauche de la grande armée, le prince Maurice Liechtenstein se tenait avec sa division légère sur la roule de Troyes à

^ Major OteniD au &liuistre, Compiègne, 25 mars. {Archiret de la guerre.)

Dijon qu'il éclairait avec sa cavalerie. Posté à Chanceaux, il battait, aussi bien qu'il pouvait le faire avec les faibles effectifs dont il disposait, le pays entre la Marne, l'Aube et la Seine*.

Bien que le général Allix eût à peine dépassé Joigny et qu'il se fût borné à envoyer le 24 quelques gendarmes à Tonnerre, bien que le général Latour à Auxerre n'eût autour de lui qu'une centaine d'hommes, le prince Liechtenstein se croyait cependant obligé à redoubler de prudence et à tùter le terrain avant d'établir sa division à Montbai*d, comme on venait de le lui prescrire, ft Le pays entre la Loire et l'Yonne, le Nivernais et le Morvan sont très excités contre nous, écrivait-il h l'empereur François *. On y enlève nos partis, on prend et on massacre nos courriers et nos patrouilles. » Et il ajoutait : « Le prince de Hohenlohe, arrivé à Chàtillon avec la garnison de Troyes, a fait savoir au major von Wûsthoff que, loin de le suivre, les généraux Fresnel et Crenneville ont été appelés par le feldzeugmeister comte Gyulay. » Aussi, craignant surtout pour sa gauche, Liechtenstein, avant d'exécuter son mouvement sur Montbard, avait fait partir de Chanceaux trois partis, forts chacun de 150 chevaux. L'un, celui du major Nagy, dirigé sur Montbard, devait envoyer des patrouilles volantes àSemuret à Noyers. Un deuxième, allant à Chltillon-sur-Seine, était chargé d'éclairer au centre vers Troyes, pendant qu'un troisième, celui du major von Wûsthoff, poussé plus II droite par Courban sur Chî\teau-Vilain, s'avancerait sur Chaumont.

Mouvements de Winzingerode. — Hésitation de TEmpereur. — Winzingerode*, se conformant aux instructions spéciales dictées par l'empereur Alexandre en personne au prince Wol-

i Prince Maurice Liechtenstein an feldzeugmeister Duka, Chanceaux, 25 mars (K, K. Krieqt Arehiv., 111, 451) : « Mes deux régiments de chevau-légers O'ReiUy et Kaiser sont réduits à 600 chevaux. »

s Prince Maurice Liechteniitein à l'empereur d'Autriche, Chanceaux, 25 mars. (K. K. Kriegt Arehiv., 111, 455.)

• Composition du corps de Winzingerode : I® Cavalerie régulière sous les ordres du général Orurk : régiments de dragons de Saint-Pétersbourg, de Riga, de Finlande, régiments de hussards de Pavlograd, Elisabothgra t et d'izioume (23 escadrons) ; 2° Cavalerie irréguliôre . ii régiments de oosaqaes; 3° Artillerie à cheval : 42 bouches à feu; 4° Infanterie : 800 hommes environ du 6° régiment de chasseurs; le tout formant un total d'un peu plus de 7,000 hommes, auxquels il convient d'ajouter les troupes sous les ordres de TchemitchefT : régi-

konsky, avait, d^s le 25 au matin, quitté Thiéblemont avec le gros de son corps et, précédé par une avant garde sous les ordres de Tetlenborn, il avait repris son mouvement sur Sainl- Dizier.

Pondant que la cavalerie russe s'approchait de la Marne et se disposait à la franchir, Napoléon arrivé depuis la veille à Doulevant résolut de s'y arrêter pendant la journée du 28 et prescrivit à Berthier de suspendre jusqu'à nouvel ordre la marche de son armée. A 3 heures 1/2 du matin le major-général écrivait à Ney, il Macdonald et à Sébastiani : « Ce n'est que dans 4 ou 5 heures d'ici que Sa Majesté aura des idées claires sur ce que fait Tennemi. Il est donc nécessaire que personne ne bouge*. »

En attendant, au lieu de marcher tout de suite sur ColombeylesDeux-Églises, comme il en avait l'intention la veille, Napoléon se borna h envoyer d'Éciaron par Montier-en-Der sur Brienne la brigade de cavalerie du général Maurin et à la charger d'éclairer les villages de Giffaumont, Droyes, Chavanges et Margerie, les ponts de Lesmont et de Bosnay et de savoir définitivement ce que faisaient les Alliés. 500 chevaux tirés, avec 2 canons, des corps sous les ordres de Macdonald, devaient occuper Joinville où le général Defrance enverrait également un parti. Quant à Pire, il continuait sur Chaumont d'où il avait ordre de pousser des partis sur Langres afin de voir si on pourrait s'emparer de celle ville'. Les coureurs de Saint Germain se dirigeaient sur Bar-sur-Aube. Sébastiani s'arrélait et faisait reposer ses troupes en attendant des ordres. Enfin un officier d'état-major filait sur Bar-sur-Aube, Nogent et Paris « pour donner des nouvelles de l'Empereur et lui en envoyer'».

ment de uhlans de Volhynie, 1*' régiment de Baschkyrs, six régiments de cosaques et une demi-batterie d'artillerie à ctieval (4 pièces), représentant un effectif d'environ 2,800 hommes. Le corps volant du major prussien comte Falkenhansen, marchait avec les cavaliers de IVinzingerodequi disposait ainsi d'un peu plus de 10,0n0 hommes et de 46 canons. (Etat de situation du corps de Winzingerode à la date du 24 mars.)

1 Major général à Ney et à Macdonald, Doulevant, 25 mars, 3 heures 1/2 du matin (Registres de Berthier, Archives de la guerre)f et Correspondance , no 21541.

' Major-général aux généraux Maurin, Defrance et Pire (Registres de Berthier, Archives de la guerre), et Correspondance, n® 21541.

s Major-général à Saint-Germain et Sébastiani, et ordre à l'officier d 'étatmajor Gentil. (Ar€kiv€t de la guerre.)

La perplexité momentanée de TEmpereur est assez facile à expliquer. La journée du 24 ne lui avait fourni aucun renseignement sérieux, aucune des indications positives dont il avait besoin pour continuer résolument sa marche dèsqu il aurait acquis la certitude d'avoir entraîné ses adversaires h sa suite.

Macdonald n'avait été suivi de Vitry à Saint-Dizier que par des coureurs ; mais il avait reconnu la présence, sur la rive gauche de la Marne, de 3,000 chevaux qui avaient pris position, dans la nuit du 24 au 25. entre Landricourt et la ferme du Petit-Jard*.

Les rapports envoyés par les reconnaissances de cavalerie et arrivés à Doulevant dans la matinée n'étaient pas de nature h dissiper les doutes de l'Empereur. Dans une première dépêche, partie de Daillancourt h 6 heures du matin, Pire signalait l'existence d'avant-postes alliés à Soncourt, sur la route de Chaumont à Joinville. D'après ses renseignements Chaumont était encore occupé le 24 au soir et le général, au lieu de pousser droit sur celte ville, croyait plus prudent, afin d'assurer ses communications avec l'armée, de se rendre par la traverse à Biernes, au nord de Colombey-les-Deux-Églises, d'y prendre position et d'envoyer de là des partis sur Chaumont, tant par la grande route de Colombey que par le chemin de Soncourt*. Saint-Germain, de son côté, faisait savoir qu'il y avait à Montier-en-Der 150 cosaques, mais qu'on avait vu des feux au sud-ouest de cette ville, h Longeville, à l'embranchement des routes de Brienne et de Lesmont. La reconnaissance envoyée sur Brienne avait ramassé quelques prisonniers à Tremilly, La Chaise, et Chaumesnil ; celle envoyée à Bar-sur-Aube confirmait la nouvelle du départ de l'empereur d'Autriche et annonçait l'envoi d'un convoi de vivres qui se serait dirigé le 24 sur Brienne et sur Lesmont. Elle avait appris en outre que l'empereur de Russie avait établi son quartier général à PougyV Les partis envoyés par le général Maurin n'avaient rencontré personne, ni h Rosnay, ni à Lesmont. La patrouille poussée sur Droyes en avait chassé un petit poste qui s'était replié par la route d'Oulines; mais celle dirigée de Giftaumont sur

> Macdonald au major-général, Saint-Dizier, 25 marâ, 5 heures du matin. (Archives de la guerre.)

* Pire au major-général. Daillancourt, 25 mars, 6 heures du matin. (Ibid,)

• Saint-Germain au major-général, NuUy, 25 mars, 5 heures matin. (Ibid.)

Chavanges avait été arrêtée à Joncreuil par 80 chevaux qui l'avaient empêchée d'avancer, et c'était seulement sur la foi des renseignements qu'il avait pu se procurer, que le général Maurin signalait un mouvement général des Alliés sur Vilry et Châlons *.

C'étaient là des données bien vagues et en tout cas d*une importance secondaire surtout en un pareil moment. L'évacuation de Troyes et de Bar-sur-Aube, le départ précipité de l'empereur d'Autriche pour Dijon, l'abandon imminent de Chaumont et de Langres prouvaient seulement à l'Empereur que la panique continuait à régner sur les derrières et sur les lignes de communication des Alliés. Le mouvement sur Vitry et Chûlons lui était connu. Mais Napoléon était sans nouvelle des maréchaux Marmont et Mortier, et Macdonald, au lieu d*ôtre poussé et poursuivi vivement, n'avait été en réalité qu'observé pendant la journée du 24.

Pouvait-il, rien que sur ces seuls indices, lui qui connaissait si bien le caractère de Schwarzenberg, en conclure à une modification complète des opérations, à Tadoption d'un nouveau plan ? N'y avait-il pas tout lieu de penser que le généralissime, toujours prudent et méthodique, avait voulu réunir ses corps par trop disséminés et combiner ses mouvements avec ceux des armées de Silésie et du Sud, avant de le suivre et de rétablir ses communications avec sa base? S'il se fût agi de Blûcher, l'Empereur n'aurait pas hésité un instant; mais il lui était impossible d'admettre qu'après avoir à deux reprises renoncé à marcher sur Paris parce qu'en le faisant, il aurait couru le risque de perdre sa ligne de retraite, le prince de Schwarzenberg se déciderait à un pareil mouvement lorsque l'armée impériale jetait le désarroi et opérait déjà sur ses derrières. Enfin, comme le dit Jomini *, « pour Napoléon, la capitale était bien moins Paris que l'armée sous ses ordres, que son quartier général. La chance qu'il courait en opérant sur les derrières était hasardeuse; mais c'était la seule qui lui restât, et si cette opération avait été justifiée par le succès, ceux-là mômes qui l'ont le plus sévèrement jugée, auraient été les premiers à l'admirer. En bonne justice, on ne peut reprocher à

* Général Maarin au major-général, Morvilliers, 25 mars au matin. (Archives de la guerre.)

s iovmi. Vie politique et militaire de Napoléon,

rEinpereiir que de s'y être résolu trop lardivenieul el de ne l'avoir pas mise ii exécution après Montmirail cl Chanipaubert. »

Aussi, en l'absence de nouvelles plus positives, l'Empereur se borna à envoyer, h 8 heures 1/2 du matin, le général Henrion h Bar-snr-Aube avec ordre de garder cette ville et le pont de Dolancourt ». tandis que les d(Tnières troupf»s de Macdonald, après avoir défilé par Saint-Dizier, prenaient pied sur la rive gauche» de la Marne. A 10 heures du matin, le duc de Tarente', se conformant aux nouvelles dispositions, faisait halte dans Tordre suivant : le 11® corps (Molilor) et deux des divisions de cavalerie de Milhaud s'arrêtaient avec les parcs de réser\'e à Attancourt; le 7« corps (Oudinot) et la division de cavalerie de Milhaud restait à Humbécourt; le général Gérard, avec le 2" corps et la cavalerie de Trelliard, s'établissait h Valcourt et faisait réoccuper Saint-Dizier par son extrême arriére-garde. Le man'chal en terminant sa dépêche ajoutait : «Rien de neuf de l'ennemi. On ne voit que quelques coureurs. »

Deux heures plus lard, la situation s'était sensiblement modifiée. On savait déjîi au quartier général de Doulevant que Chaumont était évacué et on n'allait pas tarder à y recevoir la nouvelle de l'entrée dans cette ville des coureurs de Pire '. De Vassv, Ney annonçait que de|mis 10 heures du malin, il entendait le canon du cùlé de Saint-Dizier; mais ce n'était pas, comme il le présumait*, « Barclay de Tolly qui, avec les Bavarois, les Wurlembergeois et les Russes, suivait Macdonald. » Tettenborn, avec l'avant garde de Winzingerode, avait seul atteint la rive droite de la Marne, aux environs d'Hoéricourt, aperçu l'arrière-garde de Macdonald défilant sur Vassy et donné à son artillerie l'ordre d'ouvrir immédiatement le feu.

Combat de Talcourt et d'Humbécourt. — En sortant de Saint-Dizier, la route de Vassy, resserrée entre les hauteurs et la Marne, longe la rivière pendant près d'une lieue, jusqu'à hauteur

* Correspondance, n° 21543, et major-général à Droaot, Doulevant, 25 mars, 8 heures 1/2 du matin (Archives de la guerre),

s Macdonald au major- général. Ferme de Marthée, 25 mars, 10 heures du matin. (Ibid.)

' Pire an major-général, Biernes, 25 mars, et major-général à Pire. (Ibid,)

*' Ney au major-général, Yassy, 25 mar?. {Ibid.)

du village de Valcourl où elle s'infléchit brusquement vers le sud. Exposée au tir de Tartillerie russe, qui la cribla de projectiles pendant celte marche de flanc, ne pouvant ni s*abriter dans la vallée, ni escalader les flancs escarpés des collines, l'infanterie de Gérard, surprise d*abord, puis ébranlée par les pertes qu'elle éprouvait, était déjà sur le point de se débander. Heureusement, le général Trelliard, qui marchait en tête de colonne avec ses dragons, s'était empressé de dégager la route, de mettre sa cavalerie à Tabri derrière le village, pendant que deux de ses batteries s'établissaient sur le plateau, contrebattaientrarlillerie russe et permettaient à Tinfanterie de gagner les hauteurs et la forêt du Val*.

Pendant que son artillerie balayait la route. Tettenborn avait fait traverser la Marne à un régiment de cosaques. GrAce au temps brumeux et pluvieux, il espérait parvenir à couper les troupes françaises postées à Saint-Dizier; mais la petite garnison de cette ville s'était hâtée de quitter Saint-Dizier aux premiers coups de canon et, au lieu de s'engager à la suite de la colonne sur la route de Valcourt qu'elle craignait de trouver interceptée, elle s'était jetée directement dans la forêt du Val et avait rejoint le gros de l'arrière-garde, au sud de Valcourt.

Afin de gagner le temps nécessaire pour reformer ses troupes et continuer en bon ordre son mouvement dans la direction de

* Macdonald aa major-général, Martbée (a), 25 mars, midi (Archives de la guerre) : « On entend le canon assez vivement à rarrièie-garde. L'ennemi a mis dii pièces en batterie sur la rivo droite de la Marne,. vis-à-vis de Valcourt, soutenues par 3,000 chevaux. Pendant ce temps, on voyait défiler sur la grande roule de Vitry à Saint-Dizier, une colonne de cavalerie de i 0,000 chevaux avec 50 ou 60 pièces. On ignore encore à cause de Téloignement et d*unc pluie très fine, si l'infanterie suivait ou était entremêlée dans cette cavalerie. Son grand nombre prouve que toute Varmée alliée marche probablement par les deux rivet de la Marne. »

Le duc de Tarenle avait en même temps donné à Ifolitor Tordre de se mettre en marche sur Vassy et d'y prendre position avec les réserves et les parcs. Ondinot allait s'échelonner en arriére du délilé d'Humbécourt jusque sur Molitor et faire garder les débouchés des forêts du Der et du Val. Gérard devait s'échelonner de Valcourt a Humbécourt, et la cavalerie de Trelliard sur les corps d'Oudinot et de Gérard. Milhaud était chargé d'observer la plaine entre Humbécourt et Attancourt. Enûn le maréchal ajoutait : k Sa Majesté a ordonné de faire halte. Cependant si Gérard craignait d'être tourné par sa droite, il préviendra Oudinot et alors tous les échelons se replieront sur Vassy. »

(a) La fenae d<' Martbée au sud li'Huiiibécourt.

Vassw Gérard ordonna k un bataillon do voltigeurs de ganiir do tirailleurs la rive gauche de la rivière, d'esssayer de passer la Marne et de contraindre Tartillerie russe, qui tenait bon sous le feu de ses deux batteries, à se reporter plus en arrière. Il obligea ainsi Tettenbom à faire avancer les hussards d'I/.iounie qui, pour servir de soutien à ses huit pièces, durent s*e\poscr aux feux de l'artillerie française.

Mais comme l'infanterie d(» Gérard occupait en nouibre les hauteurs de Valcourt, Tettenbom, pour éviter des pertes inutiles, rappela à lui les hussards et se contenta d*obser\'er de la rive droite les mouvements des Français, qui ne quittèrent le plateau de Valcourt que vers le soir *. Le général russe, passant alors sur la rive gauche, se porta rapidement sur Humbécourt, d'où il chassa Tarrière-garde française. Mais les villages voisins étaient solidement gardés par Tinfanterie, et la nuit approchait. Craignant de compromettre sa cavalerie en l'engageant dans un terrain aussi accidenté, Tettenbom ne laissa que quelques avantpostes du coté d'Humbécourt et alla s'établir avec le gros de son avant-garde à Ëclaron.

Pendant que Tettenbom exécutait ces mouvements par la rive droite de la Marne, TchernitcheflT, qui s'était porté le 24 de Vitry il Saint-Rémy-en-Bouzemont, avait quitté ses cantonnements le 25 de grand matin et, continuant sa marche par la rive gauche de la Marne et de la Biaise, il s'était dirigé sur Ëclaron. « Mon avantgarde, écrit à ce propos Tchcrnitcheft*, s'engagea dans la matinée entre Éclaron et Humbécourt, avec l'ennemi qui déploya plus de 3,000 chevaux pour couvrir la marche de ses colonnes, défilant de Saint-Dizier sur Vassy. Le terrain boisé, le village d'Humbécourt occupé par de l'infanterie, l'artillerie postée au-

i Par une dépêche adressée k 5 hcure5 de Vassy, au major-général {Archiret de la guerre), Ney avait aussitôt informé l'Empereur de ce qui venait de se passer à Valcourt : u Le chef d'état-major du maréchal Macdonald arrive et annonce que Tcnnemi continue son mouvomcnt oflfensif. Le duc de Taronte se replie sur Attancourt et Vassy. Son parc s*établit à Vaui-sur- Biaise. » Rn demandant des ordres au major-général, il lui maniait encore que 300 chevaux ennemis allaient partir le i4 au soir de Montier-en-Der pour le Mei\-Ticrœlin, Tinfanterie de Brienne pour Pougy et rartilierie de Précy pour Arcis-sur- Aube.

> Général- lieutenant Tchemitcheff au prince do Schwarzenberg, Pougy, 27 mars (K, K, Kriegt Arehiv*, 111, ad 469. Original eu français.)

près du village el dont les feux furent lournés contre moi, le terrain profond dans lequel les chevaux enfonçaient, ne me permirent pas d'engager un combat sérieux. Je crus devoir Téviter d'autant plus que j'appris par les prisonniers que l'ennemi se dirigeait par Vassy et Joinville el que l'Empereur avait passé la nuit du 24 au 25 dans une de ces localités. Les troupes qui filaient devant moi étaient l'arrière-garde et appartenaient aux corps des maréchaux Ney et Macdonald. Le général Winzingerode était pendant ce temps arrivé à Saint-Dizier : son avantgarde se porta contre Humbécourt et je me dirigeai à droite par Braucourt et Montier-en-Der pour gagner avec mes troupes la tête de l'ennemi. Devant Braucourt, mes partis m'informèrent que l'ennemi était en force à Montier-en-Der*. Je pris, par suite, le chemin de Giffaumont pour ne pas être engagé dans les ténèbres el en pays ennemi dans un combat dans lequel l'ennemi pouvait, grâce à la proximité de son armée, se renforcer aisément et faire donner des troupes de toutes armes. »

Enfin Winzingerode, arrivé à Saint-Dizier avec le gros de sa cavalerie et rendant compte à l'empereur Alexandre des événements de la journée, terminait sa dépêche par ces mots* : « Je suis en présence de l'ennemi dont l'armée se concentre autour de Vassy. C'est seulement quand le gros des forces françaises sera arrivé à Doulevant que je pourrai être certain de la direction que Napoléon compte prendre. »

Ordres de l'Empereur pour la journée du 26 mars. — De

leur côté, les maréchaux n'avaient pas manqué de tenir l'Empereur au courant des moindres incidents. Leurs rapports ne signalaient, il est vrai, que l'apparition de corps de cavalerie, mais il était rationnel d'admettre que cette grosse avant-garde éclairait à une ou deux journées de marche au plus les mouvements de la grande armée alliée. Macdonald qui, depuis Arcis, n'avait cessé de former l'arrière-garde française, ne conservait plus le moindre doute sur les mouvements des Coalisés. « L'armée alliée est à notre hauteur, » écrivait-il le 25 au soir, de Vassy, au majorgénéral. Les nouvelles que Pire envoyait de Chaumont étaient

^ La cavalerie da général Maurin occupait à ce moment Montier-en-Der. ' Winzingerode à 1 empereur Alexandre l*', Saint-Dizier, 25 mars.

également de nature à faire croire à l'Empereur qu'il avait d'autant mieux réussi à entraîner les Alliés à sa suite que la panique prenait des proportions de plus en plus inquiétantes et qu'on se préparait même h évacuer Langres. Linlerrogatoire des prisonniers russes avait cependant jeté quelques doutes dans l'esprit de l'Empereur. Tous en effet avaient été unanimes pour déclarer que les deux grandes armées alliées, après avoir opéré leur jonction, avaient pris la route de Paris et que le corps de cavalerie de Winzingerode s'était seul porté contre TEmpereur.

Ces déclarations n'avaient pas été sans produire une cerlainti impression sur l'esprit de Napoléon. Elles auraient peut-être suffi pour le décider h se rapprocher immédiatement de Paris et à prendre la route de Troyes, si l'on n'avait pas reçu à ce moment un rapport du maire de Saint-Dizier annonçant que Winzingerode, à peine arrivé dans cette ville, y avait requis et fait préparer de suite des logements pour les souverains et le grand quartier général. Le stratagème de Winzingerode avait réussi. Au lieu d'ajouter foi au dire des prisonniers, Napoléon, ne pouvant d'ailleurs se résignera croire Schvvar/enberg capable d'une résolution aussi énergique, persista h penser que les armées alliées le suivaient. A 9 heures du soir, sa résolution est prise. Il veut savoir définitivement ce qu'il y a derrière ce rideau de cavalerie et profiter de l'imprudence de la cavalerie russe pour la jeter dans la Marne. « L'intention de Sa Majesté, fait-il écrire par Berthier, est d'attaquer l'ennemi demain 26 mars, de l'acculer h la Marne et de reprendre Saint-Dizier. Tout porte à croire que nous aurons une bonne journée *. »

Les ordres parlent immédiatement. Macdonald prendra pendant la nuit une bonne position sans que les Russes s'en aperçoivent. Ney se placera derrière les corps des ducs de Tarenle et de Reggio. Saint-Germain ralliera ses cuirassiers et devra être rendu h 6 heures et demie du matin ù Vassy, où il rejoindra la garde qui marchera toute la nuit*.

* Berthier à Macdonald, Ney, Oudinot, Drouot, Lefebvre-Desnoëtles, Saint- Germain, Sorbier et Léry, Doulevant, 25 mars, 9 heures du soir. {Archives de la gué>rre.)

* Berthier à Macdonald, Ney, Oudinot, Drouot, Lefebvre-Desnoi^ttes, Saint- Germain, Sorbier et L^ry, Doulevant, 25 mars. 9 heures du soir. (Archives de ta gu?rre.)

WeU. — IV. 4

La confiance de l'Empereur était cependant plus apparente que réelle. En effet, tandis que Berthier expédiait les ordres d'attaque de Saint-Dizier, Caulaincourt adressait îi Metlernicli deux nouvelles lettres' par lesquelles il demandait au chancelier autrichien de renouer les négociations.

L'Empereur Napoléon se résignait maintenant à des sacrifices nécessaires, mais inutiles parce qu'ils étaient trop tardifs : il offrait de renoncer à la rive gauche du Rhin, d*accepter pour la France les anciennes frontières de 1792.

26 mars. — Combat de Saint-Dizier. — Affaires de cavalerie sur la rive gauche de la Marne. — En attendant, contrairement aux suppositions de Tettenborn, loin de profiter des ténèbres pour s'éloigner d'Humbécourt, les avanl-postes français n'avaient cessé de tirailler pendant toute la nuit du 2S au 26 mars avec les vedettes et les grand'gardes des deux régiments de cosaques établis dans ce village. Dès que le jour parut, au moment où Tettenborn se disposait à pousser ses cosaques en avant d'Humbécourt, une grosse colonne d'infanterie française, sortant des villages d'Allichamps et do Louvemont et appartenant aux troupes sous les ordres de Milhaud et de Lhériticr, obHgea les cosaques, non seulement à renoncer h leur mouvement en avant, mais h évacuer Humbécourt et à s'établir en observation au nord et à l'ouest de ce village.

De la position occupée par Tettenborn, on ne pouvait encore distinguer que la chaîne des vedettes de la cavalerie française qui venait de prendre position en avant d'Humbécourt. On n'apercevait pas encore l'infanterie de Gérard, d'Oudinot et de Macdonald auxquels le major général * avait, à 2 heures et demie du matin, envoyé- l'ordre d'attaquer vigoureusement dès la pointe du jour. Pendant que l'infanterie de Gérard se déployait

' Lettres de Caulaiiii-ourl au prince de Metternich, Doulcvant, 25 mars.

* Major-général à Macdonald et Oodinot, Doulevaut, 26 mars, 2 h. i/2 du matin, (Archives de la guerre.)

Oadinut avait aussitôt envoyé au général Levai Tordre de faire revenir la brigade postée sur la route de Montier-en-Der, sur les positions occupées par la division Rottembourg et d'engager la brigade Chassé sur la route de Saint- Dizier. Toutes les troupes devaient être sous les armes et prêtes h marcher dés la pointe du jour. (Oudinot à Lovai, Vassy, 26 marj,, 2 h. 1/2 du malin; Archives de la guerre).

au sud d'Humbécourt, Winzingerode faisait sortir de Saint-Dizier la brigade de cavalerie de Benkendorff chargée de renforcer Tavant- garde de Tetlenborn et de l'aider à reprendre Hunibécourt. Après une première tentative exécutée par quelques cosaques auxquels il avait fait mettre pied à terre, il se décida h tenter une attaque générale. Chassant devant eux les piquets et les grand'gardes et les obligeant à se replier sur le village, les cavaliers russes arrivèrent jusqu'aux haies de clôture des jardins et h peu de distance des premières maisons du village ; mais, accueillis par les feux de salve de Tinfanterie française qui garnissait la lisière nord et ouest d'Humbécourt et par des volées de mitraille, ils durent renoncer à une entreprise dont l'insuccès eût été certain. Quelques instants plus tard toute la ligne française, décrivant une espèce de demi-cercle, se portait en avant. Il n'y avait plus k s'y tromper. Les Français reprenaient sérieusement Toffensive et cherchaient, en débordant l'avant-garde de Tettenborn sur ses deux ailes, à la couper à la fois de Saint- Dizier et de la Marne. Le terrain ne se prêtait guère h l'action de la cavalerie qui pouvait être sérieusement compromise, si les Français, marchant h couvert par la forêt du Val, parvenaient à prendre possession de Tétroit défilé formé par le village de Valcourt. Aussi, sans attendre les ordres de Winzingerode qu'il informait de la tournure prise par le combat, Tettenborn renvoya vivement la cavalerie régulière et 6 de ses canons sur la rive droite de la Marne.

Ne pouvant croire à un mouvement général de Tarmée française sur Saint-Dizier, Winzingerode se hiUa de rejoindre Tettenborn sur la rive gauche de la Marne et, tenant pardessus tout î'i pénétrer les intentions de son adversaire avant de prendre une résolution définitive, il ordonna à Teltenl^orn d'attaquer îi nouveau les positions d'Humbécourt.

Mais les Français lui épargnèrent cette peine. Dessinant vivement son mouvement en avant, la cavalerie française se portail déjà h la rencontre des cosaques. L'artillerie h cheval prenait position au galop, et derrière elle de grosses masses d'infanterie débouchaient des bois et prolongeaient leurs lignes, h leur droite vers la Marne en amont et en aval de Saint-Dizier, à leur gauche sur les bords de la Biaise, se préparant h enserrer de toutes parts les cinq faibles rév;inH'nts de cosaques de Tellenborn. Désormais

La contiance de rEmpereur était cependant plus apparente que réelle. En effet, tandis que Berthier expédiait les ordres d'attaque do Saint-Dizier, Caulaincourl adressait h Metternich deux nouvelles lettres' par lesquelles il demandait au chancelier autrichien de renouer les négociations.

L'Empereur Napoléon se résignait maintenant à des sacrifices nécessaires, mais inutiles parce qu'ils étaient trop tardifs : il offrait de renoncer à la rive gauche du Rhin, d'accepter pour la France les anciennes frontières de 1792.

26 mars. — Combat de Saint-Dizier. — Affaires de cavalerie snr la rive gauche de la Marne. — En attendant, contrairement aux suppositions do Tettenborn, loin de profiter des ténèbres pour s'éloigner d'Hunibécourt, les avant-postes français n'avaient cessé de tirailler pendant toute la nuit du 25 au 26 mars avec les vedettes et les grand'gardes des deux régiments de cosaques établis dans ce village. Dès que le jour parut, au moment où Tettenborn se disposait à pousser ses cosaques en avant d'Hunibécourt, une grosse colonne d'infanterie française, sortant des villages d'Allichamps et de Louvemont et appartenant aux troupes sous les ordres de Milhaud et de Lhéritier, obligea les cosaques, non seulement à renoncer h leur mouvement en avant, mais à évacuer Humbécourt et à s'établir en observation au nord et à l'ouest de ce village.

De lu position occupée par Tettenborn, on ne pouvait encore distinguer <jue la chaîne des vedettes de la cavalerie française qui venait de prendre position en avant d'Humbécourt. On n'apercevait pas encore l'infanterie de Gérard, d*Oudinot et de Macdonald auxquels le major général * avait, à 2 heures et demie du matin, envoyé l'ordre d'attaquer vigoureusement dès la pointe du jour. Pendant que l'infanterie de Gérard se déployait

' L«»tlres de (^aulaiih'ouil au prince de Mottcniirh, Doulcvant, 25 mars.

* Major-g«^iiéral à Macdonald et Oudinot, Doulevaut, 26 mars, 2 li. 1/2 du matin. (Archives de la gtierre.)

Oudinut avait aussitôt envoyé au géuéral I^eval Tordre de faire revenir la brigade postée sur la route de Montier-eu-Der, sur les positions oi-cupées par la division Rot(cml)Ourg et d'engager la brigade Chasse sur la route de Saint- Dizier. Toutes les troupes devaient ^tre sous les armes et pnHes à marcher di'-s I.i poinle du jour. (Oudinot à Lovai, Yassy, 20 mar>, 2 h. i/2 du malin: Ait'hlves de lu guerre).

au sud d'Humbécourt, VVinzingerode faisait sortir do Saiiil-Di/.icM* la brigade de cavahMMn de BenkondortV rhargéo de renforcer l'avant- garde de Tetlenborn et de Taider h reprendre Hunibécourt. Après une première tentative exécut(^e par quelques cosaques auxquels il avait fait mettre pied à terre, il se décida îi tenter une» attaipie générale. Chassant devant eux les i>iquets et les grand'gardes et les obligeant à se rejilier sur le village, les cavaliers russes arrivèrent jusqu'aux haies de clôture des jardins et à peu de distance des premières maisons du village ; mais, accueillis par les feux de salve de l'infanttM'ie française qui garnissait la lisière nord et ouest d'HumbécourI (»t |)ar des volées de mitraille, ils durent renoncer à une entreprise dont rinsueeès eût été certain. Quelques instants plus tard toute la ligne française, décrivant une espèce de demi-cercle, se portail en avant. Il n'y avait plus h sW tromper. Les Français reprenaieril sérieusement l'offensive et cherchaient, en débordant Tavarit-garde de Tetlenborn sur ses deux ailes, à la couper h la fois de Saint- Dizier et de la Marne. Le terrain ne se prétait guère h l'action de la cavalerie qui pouvait être sérieusement compromise, si les Français, marchante couvert par la forêt du Val, parvenaient ù prendre possession de l'étroit défdé formé par le village de Valcourt. Aussi, sans attendre les ordres de Winzingerode qu'il informait de la tournure prise par le combat. Tettenhorn renvoya vivement la cavalerie régulière et 0 de ses canons sur la rive droite de la Marne.

Ne pouvant croire à un mouvement général dv l'armée française sur Sainl-Dizier, Winzingerode se hîlta de rejoindre Tetlenborn sur la rive gauche de la Marne et, tenant pardessus tout h pénétrer les intentions de son adversîiire avant de prendre une résolution définitive, il ordonna h Tetlenborn d'attaquer h nouveau les positions d'Humbécourt.

Mais les Français lui épargnèrent cette peine. Dessinant vivement son mouvement en avant, la cavalerie française se portait déjà fi la rencontre des cosa^iues. L'artillerie h cheval prenait position au galop, et derrière elle de grosses masses d'infanterie débouchaient des bois et prolongeaient leurs lignes, à leur droite vers la Marne en amont et en aval de Saint-Dizier, h leur gauche sur les bords de la Biaise, se préparant à enserrer de toutes parts les cinq faibles régiments de cosaques de Tetlenborn. Désormais

fixé sur le caraclère de la lutte qu'il allait avoir à soutenir, Winzingerode retourna à Saint-Dizier tandis que Tettenborn allait, par un dernier retour offensif, essayer de tenir sur la rive gauche pendant le temps dont son chef avait besoin pour prendre ses dispositions de combat. Gardant deux de ses régiments de cosaques en réserNC, il se lance avec les trois autres contre les tètes de colonne des Français.

La configuration du terrain se prêtait d'ailleurs parfaitement aux projets de Tettenborn. Il n'avait presque rien h redouter pour ses flancs. Obligés de cheminer à travers les bois pour exécuter leur mouvement débordant, les escadrons français se trouvaient dans Fimpossibililé de déboucher assez h temps pour compromettre sa retraite. Sur son front, le terrain découvert se réduisait à une sorte d'étranglement formant une vallée étroite enserrée entre les bois qui bordent des deux côtés le chemin d'Humbécourl à Valcourt. La supériorité du nombre ne pouvait se faire sentir dans ces conditions, et Tettenborn, profitant habilement des circonstances, s'en tint à des charges partielles, successives, dans lesquelles ses cosaques réussirent à remporter quelques avantages momentanés*.

La position de Tettenborn était cependant des plus critiques ; il lui fallait traverser le défilé de Valcourt, et, traîner le combat en longueur dans de pareilles conditions, c'était courir inutilement et de gaieté de cœur au devant* d'une catastrophe inévitable en donnant aux Français le temps d'atteindre Valcourt en passant siins se montrer par les bois du Grand-Jard et la forêt du Val et le moyen de couper la retraite aux cosaques. Tettenborn croyait d'ailleurs avoir pleinement accompli la mission dont Winzingerode l'avait chargé. Les Français, se renforçant constamment, garnissaient déjà les hauteurs et les bois entre Humbécourt et Valcourt; la rive gauche devenait intenable et Tettenborn, donnant Il ses cinq régiments l'ordre de battre en retraite par échelons, se replia sur le gué d'Hoéricourt, lentement, en bon ordre et en faisant tète dès qu'il était serré de trop près.

' Dans l'uiu" de ces rharges, les cosaques prirent un officier de lelat-major de Macdonald, et TetteDborn. qui interrogea au>sitôt cet officier, apprit par lui que l'Empereur lui-même avec toute l'armée se portait sur Saint-Dizier.

Ce niouvemeul de reirailo sur la rive droite do la Marne s'était eftectué avec tant de calme et de réjiçnlarité que Tetlenborn parvint à enlever lous ses blessés et h atteindre Hoéricourt sans avoir laissé un seul homme entre les mains de ses adversaires.

La raison et la logique, les affirmations de Tettenborn, les déclarations des prisonniers, le caractère m^me des attaques d(» la cavalerie française, tout, jusqu'il la configuration du terrain, au- ' rait dû, presque dès les premiers moments, mais surtout depuis la reconnaissance qu'il avait faite du côté d'Humbécourl, décider Winzingerode h préparer sa retraite et h rompre le plus tôt possible un combat inégal, dans lequel son entêtement avait déjà failli compromettre le sort des cosaques de Tettenborn. Mais, soit qu'il se crrtt lié par ses insiructions, soit qu'il voulût racheter par un excès d'audace la lenteur et la mollesse qu'on lui avait tant reprochées depuis Craonne, au lieu de fain» filer, dès le 20 au matin, le gros de ses lrou|)es sur Vitry, de ne laisser h Saint- Dizier que quelques cavaliers à pied qui, chargés de tenir dans cette ville jusqu'au moment oii Tettenborn aurait réussi à reprendre position sur la rive droite, se seraient ensuite repliés lestement avec les cosaques de ce général, il se trouvait maintenant dans l'obligation ou de combattre dans des conditions et sur des positions essentiellement défavorables, ou d'abandonner ses chasseurs à pied auxquels il avait imprudemment confié la défense de Saint-Dizier.

Avec un peu de circonspection et de coup d'œil, le général russe aurait pu cependant, tout en s'acquittant de la mission qu'on lui avait confiée, éviter un combat doni l'issue défavorable était certaine. N'ayant avec lui, h l'excejition de ses 800 chasseurs h pied, que de la cavalerie, il eût dû s'apercevoir que le terrain, coupé de haies et de vignes, ne se prêtait nullement h l'action de celte arme. Loin de prolonger démesurément la lutte sur la rive gauche de la Marne, il eût dû prescrire à Tettenborn de se retirer lentement et en bon ordre et profiter de sa résistance pour envoyer, dès le matin, son infanterie prendre position h l'ouest de Saint-Dizier, au défilé de Perthes. Sa cavalerie se déployant en avant d'elle sur un terrain favorable, à hauteur d'Hoéricourt et d'Hallignicourt, couverte h gauche parla Garenne de Perthes, h droite par la Marne, et soutenue par son arlillnrie, aurait h la fois surveillé le débouché de Saint-Dizier et interdit

au\ Franrais lo piu» d'Ho(^ricourl. Eîi disposant ses Iroupos do la sorti*. (»n opposant à l'Empereur ses 8,000 cavaliers établis snr une bonne position, il aurait très probablement réussi h entretenir dans l'esprit de l'Empereur les illusions que Napoléon n'était qur tmp fuclin à prendre pour la réalité, à Tempôcher de crever le rideau derrière lequel il s'attendait à apercevoir les armées de la Coalition et derrière lequel, quelques heures plus tard, il n'allait trouver qui* le vide et Tanéantissement de ses dernières espérances. C'était là ce qtie Winzingerode n'avait pas voulu comprendre. Pour sauver son infanterie, il lui fallait désormais défendre Sainl-Dizier. Aussi, sentant bien qu'il s'exposait ainsi h être débordé et tourné, il chercha ii s'assurer deux lignes de retrait^, Tune sur Vitr\\ l'autre sur Bar-le-Duc, et ordonna h Trllenborn de prendre sur la rive droite de la Marne, sur la roule de Saint-Dizierà Vitry, une position en arrière do laquelle il >♦' proposait d'établir le gros de sa cavalerie. Il n'y avait, d'ailk-urs, pas un moment à perdre si l'on voulait avoir achevé ces m"Uv»Mnents avant l'attaque imminente des Fran(;ais.

Positions des troapes de Winzingerode le 26 mars à midi. — Un peu avant midi la cavalerie de Winzingerode, dont les deux bataillons de chasseurs continuaient à occuper Sainl- Dizi»*r, avait achevé de prendre sa formation de combat. Sa gaurhe, la division de dragons du général Balk, couverte sur son front par douze pièces d'artillerie ii cheval, s'appuyait aux faubourgs de Saint-Dizier; l'aile droite, sous les ordres de Tetlenborn et composf»e des hussards d'Élisabethgrad, de deux escadrons de hussards d'Izioume, des deux escadrons de landwehr prussionno du major von Falkenhausen, de neuf régiments de cosaques et do huit bouches à feu, avait sa droite à la route de Vitry, à hauteur de la Garmuo de Perthes. Les généraux Orurk cl Bcnkendorf étaient en réserve derrière l'aile gauche avec les leux autres escadrons de hussards d'Izioume, cinq régiments de itivalerie ivgulière, trois régiments de cosaques et 30 canons, appuyant, eux aussi, jour gauche aux dernières maisons de Saint-Dizier.

Ils avaient |)0ur mission spéciale de couvrir la ligne de retraite* sur Bar-le-Duc, dont la possession était encore assurée par un jMisto dt' chasseurs à piod établi à la lisière sud du bois de Chan-

cenay. Qih'lques paHis lio cosaques siirvrillaiiMil les bords (!<' la Marne, depuis Sainl-Dizier jusqu'il Laraicourt.

L'arlillerie de Balk et de Telleuborn (en tout iO pièces) élail en batterie derrière la levée formée par la route de Saint-Dizier à Vitry, qui commande tout Tespace compris enire cette chaussée et la Marne. 11 résulte de ces dispositions que VVinzingerode se proposait de tenir pendant quelque temps encore à Saint-Dizier et comptait, s'il en élail chassé, dirij^er sa retraite, non pas sur Vitrv, mais sur Barle-Duc.

L'armée française passe sur la rive droite de la Marne.

— Le général russe avait h peine achevé ses préparatifs que l'Empereur, arrivé en personne sur le plateau de Valcourt, embrassant d'un coup d'œil les positions occupées par la cavalerie russe sur la rive droite de la Marne, donnait à son artillerie Tordre de se mettre en batterie et d'ouvrir immédiatement le feu. Persistant à croire qu'il avait d(»vant lui l'avant-garde de la grande armée alliée, il prescrit à son infanterie d'accélérer son mouvement et ordonne à sa cavalerie, dont l'action sera protégée par le feu des batteries de Valcourt, de passer immédiatement la Marne aux gués d'Hoéricourt et de La Neuville. La cavalerie de la garde, formant quatre colonnes, fortes chacune d'une division, traverse aussitôt la rivière. Elle est suivie de près par les dragons de Milhaud et de Trelliard, puis par les cuirassiers de Saint-Germain et de Lefebvre-Desnoëltes qui, dès ((u'ils ont pris pied sur la rive droite de la Marne, se déploient sur les ailes des divisions de Sébastiani. Gérard, avec le â® corps, et Molitor, avec le 1 1«, se dirigent également vers le gué d'Hoéricourt. Ney et la garde doivent les suivre, tandis qu'à leur droite Oudinot, avec le 7« corps, se portera, par la route de Vassy et la forêt du Val, droit sur Saint-Dizier.

Peu de temps après, la cavalerie française tout entière a pris pied sur la rive droite de la Marne, où l'Empereur ne tarde pas à la rejoindre. Se portant rapidement en avant, elle menace la partie concave de l'arc de cercle formé par les lignes de Balk et de Tettenborn, le point d'autant plus faible de leur position que toutes les réserves étaient postées à l'extrême gauche. Mais Tettenborn a reconnu le danger auquel on s'exposait en attendant de pied ferme la charge des escadrons français qui, crevant sous

le |*oids de leurs niasses les lignes relativement minces de la cavalerie russe, auraient du premier coup réussi à couper en deux le petit corps de Winzingerode.

Dès l'arrivée des escadrons français sur la rive droite de la Marne, il avait envoyé son aide de camp, le capitaine von Lackmann, inviter le général Balk à lui prêter son concours et à se porter avec lui au devant des régiments de Sébastiani. Ce mouvement oflensif était d'autant plus nécessaire que les bagages, les convois et les chevaux de main encombraient la route de Vitry. Balk, tout en acceptant les propositions de Tettenborn, ne voulut, toutefois, se porter au devant de la cavalerie française qu'après avoir essayé de l'arrêter par le tir à mitraille de son artillerie. Continuant leur mouvement, les escadrons français de la première ligne s'étaient déjà tellement rapprochés des positions occupées par les Russes, que Tettenborn se décida à se jeter sur eux sans attendre les dragons de Balk. Se plaçant en personne à la tète des hussards d Élisabethgrad, il fait sonner la charge. Deux de ses régiments de cosaques, disposés à sa droite, se dirigent contre Textrême gauche des Français. Deux escadrrms de hussards d'Izioume prolongent la gauche de sa première ligne. Les sept autres régiments de cosaques suivent en deuxième ligne, prêts à tirer parti du moindre avantage remporté par les escadrons de première ligne. Les huit escadrons de cavalerie régulière et les deux régiments de cosaques se portent en avant avec tant de vigueur et de rapidité qu'ils parviennent à rompre et h traverser la première ligne de la cavalerie française et h la rejeter sur la deuxième au moment même où l'un des régiments de la division Balk (dragons de Sainl-Pélersbourg) se dispose à les rejoindre. Mais les cuirassiers de Saint-Germain ne se sont pas laissa* décontenancer cl, dès que la première ligne, culbutée par Tettenborn, les a démasqués, ils s'avancent tranquillement, et en rangs serrés, contre les escadrons russes, qu'ils chassent à leur tour devant eux et dont la retraite devient d'autant plus difficile que les Français, se renforçant sans cesse, les chargent maintenant de front et de flanc, et que toute la ligne française, se portant simultanément en avant et exécutant un mouvement de conversion vers la droite, culbute les trois autres régiments de dragons de Balk, crève le centre de la ligne de bataille et s'empare de 7 canons.

Tettenborn se replie sur Vilry. — Poursuivi par l»i cavalerie frauçaise, exposé aux feux des balleries de la rive gauche, sépan'; du reste du corps de Winzinj^erode. Tellenborn se résigne à quitter le champ de bataille et à se replier sur Vitry. Les sept régiments cosaques de sa deuxi6me ligne se déploient entre la chaussée et la Marne, retardent la poursuite des Français et atteignent sans trop de peine le village de Perthes.

Macdonald, obligé de se reporter h droite pour coopérer h Faction principale dirigée contre le centre et la droite de Winzingerode, arrêta la poursuite sur ce point et se contenta de faire observer les Cosaques par quelques escadrons.

Tettenborn en profita pour rallier son monde à Perthes. Vers le soir, il continua sans encombre sa retraite sur Vitry et sur Marolles, où ses cosaques passèrent la nuit du 26 au 27 *.

Prise de Saint-Dizier. — Retraite de Winzingerode sur Bar-le-Duc. — Pendant que la cavalerie de Lhéritier et de Lefebvre-Desnoëttes obligeait Tettenborn h se rejeter sur la roule de Vitry, une partie de la réserve de Winzingerode, sous les ordres du général Orurk, avait vainement essayé de dégager les dragons de Balk; mais loin de parvenir à rétablir le combat, ces deux généraux avaient été obligés de reculer et de venir se reformer sur une deuxième position plus en arrière. Les dragons du général Balk s'établirent alors sur une ligne qui courait parallèlement à la lisière sud du bois de Maurupt et de la forél de Troisfontaines, entre cette lisière et les villages de Vouillers, Saint-Kulien et Villiers-en-Lieu. La cavalerie d'Orurk leur servait de réserve. Benkendorff, rappelé par Winzingerode avant même d'avoir rejoint Tellenborn sur la rive gauche, avait vivement traversé Saint-Dizier pour venir prendre position en arrière de cette ville, sur la route de Bar-Ie-Duc, et garder ainsi Tunique ligne d(» retraite qui restiU désormais à Winzingerode. Malgré la rapidité qu'il avait imprimée h sa marche, Benkendorff avait d'ailleurs rencontré quelque difficulté dans l'exécution de ce mouvement.

Au sortir de Saint-Dizier, il avait donné à Bettancourt contre un bataillon français auquel Oudinol avait fait passer la Marne

4 Major Martens au feld-maréchal Blurher, ChAtoau-Tliierry, 29 mars. (K, K. Kriegs Arehiv., Ill, 493.)

(»n amont «lo Sainl-Diy.irr. ol qii*il dut fairo charg(M* el rojotor jnsquo sur los bords de la rivû^^re.

I.a droilt^ do BcMikondorff se reliait li la cavalerie d'Orurk, qui s'iMeudnit jusqu'aux marais voisins de Yilliers-en-Lieu, sa gauche iHail couverte par trois n^giments de cosaques sous les ordres de Narischkine el posti^s du cùtc^ d'Ancerville, Bettancourl et Chancenav. Son artillerie était en batterie sur la route même de Bar- Ic-Duc.

Sur ces entrefaites, la division Levai, avant à sa tête la marechai Oudinol, dtM>ouchait de la fonH du Val. Malgré la résistance acharnt^ des chasseurs à pied russes, elle pénétrait au pas de charge et tambour battant dans Saint-Dizier en même temps que la garde, qui avait suivi la grande route, passait la Marne plus en aval et au moment où Wintingerode. voyant son infanterie el sa ligne de retraite menacées, donnait à sa cavalerie Tordre de se rabattre sur sa gauche el de gagner la route de Bar. Mais TEmpereur ne lui laissa pas le temps d'exécuter ce mouvement. Lançant la cavalerie de Milhaud. de Lhéritier, de Trelliard et de IjCtort contre les régiïiienls de Balk et d'Orurk, il les culbute el les rejette dans la forêt de Troisfonlaines où ils se débandent et sVnfuient en toute hAte dans la direction de Bar le-Duc. pendant que. sur sa droite, la cavalerie d'Oudinol rejoint el sabre les chasseurs russes avant qu'ils aient réussi à gagner les bois. Heureusement pour Win/jngerode. Benkendorff. jx)slé à son extrême gauche avait, malgiv- le feu meurtrier des balteries françaises, réussi îi se maintenir sur sa position, et ce fut seulement lorsque les lanciers de la garde eurent culbuté ses hussards qui se dévon«*rent f»our sauver son artillerie, lorsqu'Oudinot lui-même se fui mis k la tète des dragons de Trelliard, qu'il se décida à se mettre m nMraite, suivi jusque sur la rive droite de la Saulx par la cavalerie française qui ne parvint ni à le rompre, ni même à Tentamer. \ la toml»ée de la nuit, le duc de Re^gio arrêta la poursuite h peu de dislance du village deBrilion. où Benkendorff s'établit pour la nuit.

La belle tenue de ses Iroum^s avait sauvé Winzinirerode el permis k se> escadrons débandés de gagner Bar-le-I)nc et de s'y rallier '.

■ 3aiii-ti;«1 d»- In «bvision Lovai iArrhircs dt- la (furi'r\: MarlniN ao U'\ô-

Le ooinbal (!<» Sainl-Dizior avail coûté assez cher à Wiiizingerode. Ses deux bataillons de chasseurs h pied, presque entièrement anéantis, avaient à eux seuls laissé sur le terrain 1 '♦ oftieiers et 585 hommes. Les perles totales des Russes s'élevaient h environ 1500 hommes et 0 canons V

HouYements de Tchernitcheff vers la Voire. — Tchernilcheff n'avait pu prendre part au combat de Saint-Di/ier ; d'ailleurs, le faible appoint qu'il aurait fourni n'en aurait en aucune façon modifié l'issue. Parti le matin d(» Giffaumont et passant par Chavanges, il s'était porté sur Rosnay-l'Hôpital, où son avantgarde s'engagea avec (|uelques patrouilles de cavalerie française venant de Brienne, et a|)prit par les prisonniers « que le général Maurin, avec 1500 chevaux, avait passé la nuit aux environs de Montier-en-Der et envoyé par Brienne des détachements vers la Voire». En même temps, ses troupes découvraient du cùté de Bosnay des cuirassiers « qui n'appartenaient pas h la brigade du général Maurin ».

Ignorant ce qui se passait du côté de Saint-Dizier et se voyant observé par d(»s détach(»ments de cavalerie qui semblaient faire partie de deux divisions différentes, convaincu que l'armée de l'Empereur marchait de Joinville et de Vassy sur Bar-sur-Aube, Tchernitcheff* s'arrêta le id au soir à Pougy, d'où il envoya au généralissime les renseignements suivants * :

tt Comme Brienne n'est pas occupé, il résulte positivement de cette nouvelle que l'ennemi se dirige sur Troyes. Je passe donc la

martviial Blùchcr, CliAteau-Thierry, 29 mars (A'. A'. Kriegs Archiv,, III, 493); Nouvelles olicielles de l'armée (piiVe interceptée par les Alliés, Ibid., IV, 309 b) ; Wiuzingerode à TEmperear Alexandre, Châlons-sar-!tfarno. 16/i8 mars (Journal des pièces reçues, n« 600).

^ Le Journal de la division Levai exagère les portes de Wiuzingerode qui sont évaluées à 3,000 prisonniers et à la presque totalité de l'artillerie. Le major-général, dans la Nouvelle oflicitlle de l'armée qui tomba quelques jours plus tard entre les mains des Alliés et qui, par son oaractt^re même, doit contenir quelques exagérations destinées à ramener la confiance dans les esprits, ne parle que u de 2,000 prisonniers, i50 chevaux et de 12 pièces de canon ». — VoirNouveUeolficiello do l'armée, Saint-Dizier, 27 mars 1814. (Pièce signée par le majorgéuèral et interceptée par les Alliés; K. K, Krlegs Archiv., IV, 309 6).

* Tchernitcheff à Schwarzeuberg, Pougy, 20 mars soir. {K. K. Kriegs Archiv.. III, ad 469; original en français.)

nuit il Pougy, j'envoie des partis h Brienne, * clans la direction de Troyes et vers Piney, où je pense nie rendre demain pour suivre de plus près les mouvements de l'ennemi. Les habitants prétendent que l'empereur Napoléon recevra à Troyes un renfort de 18,000 hommes venus de Paris. »

Position de TEmperenr le 26 an soir. * Ses ordres ponr la jonrnée dn 27. — En d'autres temps, dans des circonstances normales, la panique qui se propageait de plus en plus sur les derrières de la grande armée alliée, l'erreur commise par Tchernitcheff, les progrès constants de la cavalerie de Pire * auraient suffi pour satisfaire l'Empereur et pour exercer une sérieuse influence sur les opérations en augmentant l'embarras du généralissime, en ravivant ses craintes pour ses communications. Cette fois, les mesures de précaution, que les Alliés se croyaient obligés de prendre, tant il Vesoul, où le général Oertel armait à la hâte les convalescents et arrêtait les renforts russes, qu'à Dijon, où Ton rassemblait, outre la division légère du prince Maurice Liechtenstein, les Wurtembergeois du général Spitzberg, le régiment de hussards autrichiens Blankenstein et la brigade de cuirassiers du général Kuttalek, ne parvinrent pas à dérider l'Empereur.

Les proportions considérables prises par le soulèvement général des populations, les nouvelles trouvées sur les estafettes et les courriers enlevés par les paysans armés et les cavaliers de Pire', qui lui auraient fait éprouver encore un ou deux jours

* L'Empereur (dans sa lettre n^ 21545, Saiot-Dizier, 27 mars, 10 heures dn matin) dit à ce propos au major-général : « Ecrivez au général Alaurin que le chef d*escadron qui a été dirigé sur Brienne a mal fait son devoir. Il avait Tordre de rester à Brienno ; il devait y rester... Faites connaître au général Maurin qu'il n'a pas lui-même rempli le but de la mission que je lui avais donnée ; il n'a su que venir se jeter dans l'armée, tandis que je l'avais détaché pour observer l'ennemi. »

> Pire au major-général, Chaumont, 25 mars, 8 h. 1/2 du soir; 26 mars, 6 heures du matin. 11 heures du matin et 3 heures après-midi. (Archives (le la guerre.)

* Dans sa dépiVhe du 26 mars à 11 heures du matin. Pire annonçait que. d'après un ordre intercepté du gouverneur de la Lorraine, M. d'ÂIopeus, ce fonctionnaire prescrivait de préparer des chevaux pour des voyageurs de considération partant de Nancy le 25, qu'on ignorait donc à Nancy sa présence sur les li^e< do communication et qu'il faisait partir un détachement chargé do

plus lui, une joie sans mrlango et lui auraienl i'ail entrevoir la possibilité d'arriver au résultai désiré, n'étaient déjà plus de nature a chasser ses préoccupations, h dissiper des inquiétudes que la victoire de Sainl-Dizier venait encore d'accroître. L'avantage qu'il avait remporté n'avait servi qu'à augmenter les doutes qui hantaient son esprit depuis la veille. Déjà, pendant la bataille, il avait fail interroger en sa présence les officiers prisonniers, et leurs réponses avaient clairement établi qu'au lieu de se trouver en présence de l'avanl-garde de Schwarzenberg, c'était uniquement à la cavalerie russe détachée de l'armée de Silésie qu'il venait d'avoir aflaire.

Rentré à Sainl-Dizier, après avoir erré sur le champ de bataille, seul, sombre, préoccupé, abîmé dans ses n'tlexions, il fail déployer ses cartes devant lui et, ignorant encore le rt'sultal des affaires de Fére-Champenoise, ne sachant rien des n'solutions prises par les souverains et par le généralissime, le 24 dans l'après-midi, il cherche en vain à pénétrer le mystère, à reconstituer par le raisonnement les mouvements probables de ses adversaires. En rompant immédiatement à gauche et en faisant des

s'emparer de ces voyageurs. Parlant ensuite d'un parti de 100 chevaux wurtembergeois venu jusqua Mandre-^-les-Nogeiit, il ajoutait: « Ils no pourront pas échapper, car il n'y a plus de sûreté pour loi parlis ennemis à plus de dix lieues à la rondo. Les habitants sont en mouvement, attaquent tout ce qu'ils rencontrent et m'ont amené aujourd'hui 100 prisonniers. On m'assure que pendant que l'arrière garde du général Kaigecourt se mettait en bataille devant ma reconnaissance ce matin sur Langres, les habitants des communes voisines de cette ville se sont jetés sur la queue de son convoi de bagages et l'ont enlevé. » (Arcliices de la guerre.)

Kaigecourt, dans sa dépèche «^ Duka (Langres, 27 mars; K. K. Kriegs Archiv., 111, 48i iji a), confirmait de son côté les nouvelles que Pire donnait au major-général. Rendant compte au feldzeugmeister des mesures défensives qu'il avait prises à Langres, il lui disait : « J'espère élre renforcé bientôt par le régiment de hussards Ulankenstein venant de Dijon. L'ennemi a refoulé hier mes avant-postes jusqu'à Rolampont, et les prisonniers aflUrment que la cavalerie française se compose de quatre régiments, les 26®, 27* et 28* de chasseurs à cheval et un régiment de hussards, sous les ordres du général de Pire, et serait l'avant-garde d'un corps marchant sur Langres. Des partis ennemis se sont montres du côté de Montigny d'après ce qui m'est affirmé par des courriers (des officiers russes) qui ont rencontré de nombreuses bandes do paysans ai*més et ont dû à plusieurs n'prise'. se frayer le chemin de vive force en chargeant avec leurs cosaques. Je fais surveiller ce côté par ma cavalerie et je donne des ordres en conséquence aux hussards de Blankenstein, qui ont une divisiou (2 escadrons) à Saint-Geôme et une à Longeau. »

marches forcées, il lui est encore possible de gagner Paris en longeant le cours de la Seine. Mais, malgré Tunanimiléetla concordance des renseignements tirés de l'interrogatoire des prisonniers, TEmpereur ne peut se décider à croire les Alliés capables d'une énergie si subite ot inconnue jusqu'alors. Malgré lui, et aussi ])arce qu'il lui parait impossible de conclure à l'exécution d'un mouvement sur Paris tant qu'il n'en aura pas la preuve certaine et indéniable, il repasse dans son esprit les événements les plus récents de la campagne et fait reposer ses dernières espérances sur la prudence bien connue du généralissime, sur la maladie de Blucher, sur le caractère expectant et passif des opérations des deux armées alliées. L'armée de Silésie est, pour ainsi dire, restée immobile depuis Laon. Pendant toute la durée de ses opérations sur l'Aisne, la grande armée de Schwarzenberg n'a pas bougé. Elle n'a même pas osé l'attaquer sérieusement et à fond h Arcis, le 21 mars, bien que toutes les chances de succès fussent en sa faveur. Enfin, l'empereur d'Autriche ne se serait pas enfui à Dijon si l'on n'avait pas eu l'intention de le suivre. Rien, aux yeux de Napoléon, ne lui prouvait encore que, renonçant tout ii coup h son système de guerre méthodique et lente, le généralissime eût réellement consenli ù perdre ses communications et à se séparer de son souverain. Vitry se trouvait, en tout cas, sur la route que les Alliés avaient dû prendre et, comptant sur leur lenteur habituelle, sur cette lenteur qui lui avait toujours permis de gagner des marches sur eux, Napoléon abandonne d'autant moins l'espoir de les atteindre que Marmont et Mortier doivent, d'après ses prévisions et ses calculs, retarder leur mouvement sur Paris. Aussi, comptant encore parvenir îi les joindre, à les prendre entre lui et les maréchaux et à tirer des résultats décisifs de son action sur leurs derrières, il se décide à continuer le lendemain sa marche sur Vitry, pendant qu'Oudinot suivra sur Bar-le-Duc la cavalerie de Winzingerode, achèvera sa destruction et cherchera h opérer sa jonction avec les troupes que Durutte a dû faire sortir de Metz.

Le (juartier général de l'Empereur resta donc, le 26 au soir, à Sainl-Dizier, avec la plus grande partie de linfanterie et de la garde. Oudinot s'était arrêté, avec le 7® corps et la cavalerie de Valmy et de Milhaud, sur la roule de Bar-le-I)uc, sur les bords de la Saulx, tandis (jue Manlonald, avec les 2« et 11'* corps et la

- iui —

cavalerie do Sainl-Gerinain, suivait la mute de Vilry et faisait halle à hauteur de IVrlhes '.

Avant (le prendre un parti drlinilif, l'Empereur veut avoir la certitude matérielle, la preuve niauifcsle des mouverueiils exécutés par les Alliés. Si, comme il sa l'imaf^ine, Vilry capitule h la premici'e sommation, il pouss<'ra vigoureusement en avant, chassera devant lui les partis alliés cl arriv«M*a enfin à découvrir et h rejoindre le gros de leurs armées.

Ordres de Schwarzenberg pour la journée du 26 mars. —

Le 2o au soir, le généralissime rentré h Fère-Champenois(î, (< lorsipie la nuit eut mis tin au combat et h la {poursuite ' ». avait informé Blficher des résultats de la journée et, avant même d'expédier les ordres pour la journéi' du lendemain, il lui avait indiqué en (|uel(|ues mots les mouvemenis qu'il comptait exécuter et (jui devaient amener le gros de son armét» jus(|u*à Tréfols et Meilleray : « Demain, âf), lui écrivait-il, l'armée continuera sa marche et j'espère arriver avec mon avant-garde h La Ferté-(iauclier. dette avant-garde est déjî'i h hauteur d'Allemant. Prière ii Votre Excellence de venir demain h Montmirail avec son armée, si faire se peut \ »

En même temps, il expédiait h son armée l'ordre de mouvement pour la journée du 26 :

« La grande armée se |)ortera sur Meilleray. Les 1V« et VI« corps, formant Tavant-garde, commenceront leur mouvement à o heures du matin.

« La cavalerie de ces deux corps, avec celle du V« corps, prendra la tète de la marche. Placée sous les ordres du prince royal de Wurtemberg et chargée de la poursuite de Tennemi, elle cherchera h gagner La Ferté-Gaucher. Elle laissera derrière elle un détachement destiné à couvrir la marche des grenadiers russes qui suivent son mouvement.

» Saint-Germain au major-général, IVrthcs, 26 mars soir. {Àrchici^s de la guerre. )

' Prince rie S'iiwarzcubertî au f«'ld-mi»ré(hal Bluchor, Fôre-Cliampenoise, 25 mars, 10 iuMires du soir. (A'. A'. Krierft Ardiiv., 111, 448.)

' Prince de SchwarzenlM-rg au feld-nmréchal Bliieher, Fèn-CIiainiHiiuise, 2.% mar>, 10 heure- du soir. {Ibid., III. ii8 )

yi Le V« corps quittera ses positions h 6 heures du matin et, laissant la roule de Linthes sur sa gauche, il se dirigera sur Meilleray, en prenant par Saint Loup et Verdey.

« Le III® corps partira d'Œuvy i^ 5 heures du malin, escortant le parc de la réserve d'artillerie et les convois de subsistances. Il passera par Corroy, Pleurs, Sainl-Rémy et Sézanne pour aller camper ù Tréfols.

« Les gardes et réserves se mettront en marche à 6 heures du matin, suivront la roule de Linthes à Sézanne et s'établiront au bivouac à hauteur du Vézier.

« L(\s grenadiers russes partiront h 4 heures, serreront sur la cavalerie, lui serviront de soutien et seront placés, pour la journtW* du 26, sous les ordres du prince royal de Wurtemberg qui enverra au devant d'eux un officier chargé de les diriger.

« Le grand quartier général s'établira à Tréfols.

« Le général Kaïssarofll a pour mission de garder Arcis et de l>ouss4T sur Troyes. Le général Seslavin se portera vers Provins*. »

Il résulte de ces ordres que les IV« et VI« corps fournissaient l'avant garde, que le gros de l'armée formée en trois colonnes devait marcher. Tune, celle du cenlre, par la chaussée de Se- 7.anne, les deux autres, au nord et au sud de celte roule; enfin, que les grenadiers russes étaient chargés de suivre et d*appuyer le mouvement de la cavalerie des IV®, V« et VI« corps sur La Ferlé-Gaucher.

Combat de nuit de Sézanne. — Pendant que le généralissime e\|>édiait ces «inlres el que le prince royal de Wurtemberg pré- I>arail ses inslruclions de détail, les maréchaux se disposaient, de leur CiMê. à lever leur bivouac d'Allemanl el h gagner, par une man he de nuil SézÀinne, où le général Compans, obligé de songer au sdul du convoi confié à s;i garde, n'avait laissé ([u'une faible arrièn^-garde. .Mais Zielen, désireux de tirer parti de la marche sur F^n^-Champenoise el furieux de n'avoir pu prendre une |Kirl active au combat, s'était, de son côté, décidé à prévenir les Français à Stv.anne. Continuant son mouvement dans la soirée

* IVinco do SchvarzonbiTg, Disposition centrale poar la journée da 2G. FViv-r.hnm|tonoiso. i5 mars soir. {K. AT. Kriegi Àrchir., III, 449.)

du 55, il gagna, sans (Hre découvert, la chaussée d'fipernay et et de Chanipauberl h Sézanne. A 10 heures du soir, sa cavalerie débouchait sur la chaussée et le gros de son avant-garde faisait une courte halte h Touest d'Allemant, entre Broyés et la chaussée d'Épernay. Bien que ses chevaux eussent parcouru d'une seule traite environ 16 lieues, de Montmirail h Broyés, |)ar Éloges, il n'en donna pas moins ii sa cavalerie Tordre de reprendre, un peu après minuit, la marche sur Sézanne.

Située dans la vallée formée par la rivière des Auges, la ville de Sézanne est entourée de toutes parts par des collines assez élevées qui ne s'ouvrent que du coté du sud. La route d(» Fère- Champenoise, dont les Français d(»vaient se servir pour ballre en retraite, passe par cette ouverture et arrive à la ville aprè^ avoir franchi la rivière des Auges. Elle s'élève ensuite îi roucvst de Sézanne pour atteindre le sommet des collines, se tient sur le |)lateau pendant environ deux kilomètres et redescend ensuite dans la vallée formée par le Grand-Morin.

Au sortir de ce défilé, eUe continue par Mœurs et Esternay sur La Ferté-GauchcT et Paris. La route menant à Montmirail el à Soissons s'en détache h peu de dislance de la rive droite du (irand- Morin et remonte dans la direction du nord-ouest.

Vers 3 heures du matin, le colonel comte Henckel, à la léte de Tavanl-garde de Zielen (uhlans de Brandebourg et dragons de Lithuanie), débouchait par la chaussée d Épernay et de Champaubert sur les hauteurs au nord de Sézanne. De la position occupée par sa cavalerie, on apercevait de l'autre coté de la ville les dernières lueurs des feux de bivouac et l'on entendait le bruit |)roduit par la marche de l'artillerie et de la cavalerie françaises Induit en erreur par les quelques renseignements qu'il était jiarvenu à se procurer, Henckel était convaincu que les Français avaient déjà évacué Sézanne et s'étaient mis en relraitesur La Ferté-Gaucher. Zieten l'avait rejoint entre temps et pensant, comme Henckel, que les troupes dont il apercevait vaguement les camps abandonnés ne pouvaient être que Tarrière -garde des maréchaux, le général prussien ordonna à Henckel de traverser vivement Sézanne avec les uhlans de Brandebourg (»t deux escadrons de dragons de Lithuanie et d'attaquer cette arrière-garde. Les deux autres escadrons de dragons et deux escadrons de cavalerie de landwehr qu'il conduit en personne iront s'établir aux

W«ll. — IV. ^

porles (le la ville avec ordre de ne laisser entrer ou sortir qui que ce soil. Le général von Jiirgass, avec, deux autres régiments de cavalerie du I'^'' corps et larlillerie à cheval, servira de soutien et prendra position sur les hauteurs au nord de Sézanne. La cavalerie du II« corps restera en réserve un peu plus en arrière.

L<*s escadrons de Henckcil, pénétrant vivement dans la ville, arrivèrent jus<[u'à la place du Marché. Tournant ensuite ^ droile pour gagner la route de La Ferté, ils s'arrêtèrent pendant quelques instants et envoyèrent un peloton reconnaître le chemin conduisant à La Ferté par laquelle le colonel voulait l'aire i)asser sa cavalerie. Il rtvstait encore dans Sézanne quelques traînards, quelques isolés, et déjà les dragons coninienç^aient à essuyer des coups de fusil lorsque le peloton envoyé en reconnaissance lit savoir qu'il gardait la porte et que le chemin était libre. Il importait avant tout de se retrouver en terrain découvert. Hencki^l, faisant immédiatement prendre le trot à ses six escadrons, s'engîigea sans perdre une minute sur la route de La Ferté Gaucher et commençait à poursuivre vivement l'arrièrc-gardedeCompans lorsqu'il tut n'joint par l'un des deux escadrons que Zietcn avait |M)stés aux portes de Sézanne. 11 apprit alors que ces deux escadrons avaient été attaipiés et pris à revei*s par la caval(»rie française*. L'escadron de dragons avait seul réussi à percer*. Les sept escadrons de Henckel étiiient donc coupés du reste de la cavalerie, puis([ue d'après le dire des prisonniers, l'armée des nian'*chaux n'avait pas encore défilé par Sézanne. La situation de Henckel était d autant plus (lifti<*ile qu'il lui fallait désormais attendre le jour pour essayer de se frayer un chemin et de rejoindn» le gi-os de la cavalerie de /ieten. Itanienanl sc^s dragons et s<»s uhlans sur la crête au sud de la roui**, il s'y établit en halte gardée derrièni un large IV>^^^' <.'t jjt d'>niii*r Tavoine à ses chevaux qui n'avaient rien mang'' d^^j^uJN plu* d<' vingt-quatre heures*.

La nouvelle a|q)orté(î par h*s drag«>Ji^^ Ujt parfaitement exacte. Zielen venait en effet de donner en avant de S(r/anne contre la

• Rapport du geiifral vuii JurKa»4 Hur h- roinhal tU> Sézanne, château de Gif. 4 avril i8i4 ; (jURRTZKV-CoriMTZ, llUtitrimw du !*•' rétjiment de uhlam de Brandi-bourg n<> 3 ; ScHXBinAwiNi», Prinz Willulm ron Preiutsen in den Kriegen teiner Zril.

* Idim in ibiti.

lèlo d(î colonne (1rs Maréchaux. Partis (rAlIcnianl à 2 heures (hi malin, cchiirés |uir les dragons du général Honssel niarchanl par deux dans un mauvais chemin creux, précédés par Irojs réjrimenls de cavaK*rie de marche que suivait le gros de leur cavalerie et ce qui leur restait d'artillerie à cheval. Marmonl el Mortier étaient arrivés h peu d(^ distance de Sézanne sans se douter de leur côté de la présence de la cavalerie prussienne dans celte ville qu'ils s'attendaient a trouver occupée par l'arrière garde de Compans. L'apparition de cavaliers ennemis, que l'obscurité empêchait de compter, avait jeté Tépouvante dans la tête de colonne (|ue Bclliard et Roussel ne parvinrent à rallier cpi'à grand'peine.

Zicten n'avait pas été moins surpris (|uc les dragons de Roussel ; mais dès que ses vedeties lui eurent signalé l'approche de la cavalerie française, dès qu'il eut entendu les commandements des ofticiers français, il avait ordonné à un de ses deux escadrons de dragons de charger la tête de colonne afin d'essayer de se dégager et de se frayer un <*hemin. Il avait pu arrêter cette tête de colonne et la mettre en désordre; mais l'avantage remporté par ses dragons n'avait été toutefois que momentané. Le jour commençait î\ paraître: la cavalerie française, un moment éhranléc», s'était ralliée et se préparait à atta(|uer simultanément l'escadron conduit parZioten en personne et les trois autres escadrons qu'il avait chargés de la garde de Sézanne. Une batterie à cheval avait pris position et ouvert le fcîu; la tète des premières troupes d'infanterie approchait, et sans le hasard qui lit découvrir î\ un aide de camp de Zieten une rue latérale et un chemin de traverse aboutissant aux hauteurs, le général prussien serait tombé entre les mains de la cavalerie française qui venait de rejeter les trois autres escadrons postés en observation aux abords de Sézanne.

Un renfort de trois escadrons envoyé par le général von Jiirgass ne parvint ni à rétablir l'équilibre, ni à arrêter la marche delà cavalerie française.

Les escadrons prussiens, cédant h la supériorité du nombre, se replièrent d'abord sur les hauteurs ipii dominent Sézanne, puis sur le plateau situé sur la rive droite du Morin au nord de Mœurs el de la route de La Ferlé, el se reformèrent entin au sud des Essarts. Le général von Roder, resté jusque-là en réserve, ne larda pas à les y rejoindre avec deux de ses régiments et son

arlillcriiî doiil W lir à mitraille arrêta les progrès de la cavalerie» franeaise.

Pendant cet engagement, la division Christiani avait traversé Sézanne au pas de course. Se faisant flanquer et éclairer par ses tirailleurs, elle avait lestement gravi les hauteurs, passé le défilé du Morin et mis fin au combat en venant à 9 heures prendre position sur les hauleui*s de Mœurs, Jï l'ouest de Tembranchement des routes de La Ferté et de Montmirail *.

Marche des Maréchaux sur La Ferté-Gaucher. — Loccupation de Sézanne par Zieten et la résistance qu'il avait opposée sur un point que les Français auraient pu occuper dès la veille au soir, si Marmont n'avait pas cru devoir se détourner de sa roule directe pour se rejeter plus au nord sur Allemant, avaient fait perdre aux Maréchaux un temps précieux. Il leur était, de plus, absolument impossible de songer à continuer immédiatement leur marche avec des troupes épuisées et démoralisées par les affaires de la veille. Se hâtant de faire traverser Sézanne à leur infanterie, se faisant couvrir par leur cavalerie et par une batterie à cheval, ils durent se résigner h faire î^i Mœurs une halle de plusieurs heures, qui allait aggraver encore leur situation déjà critique, bien que la cavalerie de Zieten, épuisée elle au^si par les efforts qu'on lui avait demandés, fût hors d'état de les in- (|uiéter. Profitant de leur côté de ce répit pour faire manger leurs hommes et reposer leurs chevaux, Zieten et Henckel se bornèrent en effet à faire côtoyer et observer par quelques coureurs la marche des troupes des Maréciiaux de Sézanne jusqu'à Mœurs.

A une heurt» de Taprès-midi, les Maréchaux quittaient Mœurs, se dirigeaient sur Eslernay, y passaient sur la riv(^ gauche du Morin et se rejetaient à droite, par Réveillon, sur La Ferlé- Gaucher, où ils espéraient opérer leur jonction avec les troupe^ du général Compans.

Zieten, rejoint par la cavalerie de Kalzler, venant de Broussyle-Grand, se riMuit également en marche, dès qu'on lui eùtsignalé

* Rapport da général von Jiirgass sur le rombat de Sézanne, Château de Gif, 4 avril 1814 ; Journaux démarche du légiment de dragons de Lithuanie, du !•' régiment de dragons de la Prusse occidentale et de la cavalerie de réserve du l" corps prussien.

le (léparl des Iroupes iVan^^aises ; mais, au lien de eùloyer leur mouvement, il resta sur la rive droite du Morin, se portant des Essarts sur Tréfols et Meilleray, oi\ Theure avancée et la fatigue de ses chevaux l'obligèrent h s'arrêter et à |)ass(»r la nuit.

Mouvements de ravant-garde de la grande armée. — Le

prince royal de Wurtemberg*, arrivé «'i Sézanne avec Tavantgarde de la grande armée, à peu près au moment où les dernières Iroupes de Marmont et de Mortier quittaient Mœurs, s'était, un peu après midi, mis li la poursuite des Maréchaux. Cette fois, du moins, instruit par l'expérience de la veille, le prince royal, décidé à avoir largement recours ii l'action de son artillerie, avait adjoint 42 bouches à feu à la cavalerie de Pahlen. A deux heures de l'après-midi, une heure environ après le départ des Maréchaux, le prince entrait î^ Mœurs et y trouvait des renseignements positifs sur la direction prise par les Maréchaux. Au Vw.u d'engager toute sa cavalerie sur la route d'Esternay, profitant de

* Le prince royal de Wurtemberg avait donné aux corps placés sous son commandement les ordres suivants :

« La cavalerie de Pahlen quittera ses bivouacs à 5 heures précises et se rassemblera dans la plaine en avant de Connantray, sa droite appuyée aux hauteurs à l'endroit môme où le combat livre la veille a pris fin. Pahlen poussera aussitôt sa cavalerie légère sur Allemant, Péas et Sézanne. La division de cuirassiers ne se portera en avant qu'après avoir été rejointe pur les cuirassiers du comte Nostitz qui, partant d'Ognes à 5 heures du matin, passeront par Pleurs pour arriver à hauteur des cuirassiers russes.

u L'infanterie du Vl^ corps suivra lei cuirassiers de Pahlen et marchera par la route de Sézanne.

(( Les grenadiers russes serreront sur Tinfanterie du VI* corps et formeront une colonne qui man.*hera à gauche de la précédente.

« La cavalerie du IV* corps, chargée de couvrir la marche de l'infanterie, ne suivra pas les mouvements du reste de la cavalerie.

« L'infanterie du IV* corps et la division de grenadiers autrichiens marcheront derrière le VI* corps, sur la grande route.

'( L'armée campera ce soir à Moilleray ; les convois et les parcs s'arrêteront à Tréfols. »

Le prince royal avait commencé son mouvement, à 6 heures du matin, dans l'ordre suivant :

La cavalerie légère du VI* corps marchait en tête suivie par les cuirassiers russes, qui précédaient la division de cavalerie wurteml)ergeoise du prince Adam et son artillerie, derrièie laquelle venait une brigade de cuirassiers autrichiens. La S** brigade de cuirassiers autrichiens et les hussards Archiduc- Fei'dinand restaient plus en arrière et couvraient la marche des grenadiers russes chargés de servir de soutien à la cavalerie.

sa supériorité numérique, il voulut à la fois rechercher sur sa droite lu communication avec les I*^ et II" corps prussiens, qu'il savait en marche ch» Montmirail sur La Ferté-Gaucher, et déborder les Maréchaux. Gardant avec lui la cavalerie des VI«etIV« corps, soutenue par les grenadiers russes, il prit, au sortir de Mœurs, la roule d'Esternay et de Réveillon, et donna h Frimont Tordre de suivre, avec la cavalerie du V^ corps, Tancienne route, droit jusi\uh Meilleray*.

Marche du P' et U^ corps prussiens sur La Ferté-Gaucher.

— Pendant que le corps du duc de Trévise, qui formait la tôle

de colonne des troupes françaises, se dirigeait sur La Ferté-

r.aucher, que rarrièrc-garde de Marmont couvrait la retraite el

s établissait sur une forte position, en arrière du défilé d'Eslernay,

el que le prince royal débouchait de Mœurs, les [«'' et IP corps

prussiens avaient commencé leur mouvement de Monlmirail sur

La F^Tlé-Gaucher el quitté leurs cantonnements à six heures du

malin. Éclairés par les six escadrons qui leur restaient. York et

Kleisl avaient rapidement défilé par le pont du Petit-Morin, la

division Horn en télé d(» colonne, précédant la division du prince

Guillaume el la réserve d'artillerie du I" corps, que suivait

d'assez loin Tinfanlerie du II** corps. La cavalerie de réserve avait

été détachée, depuis la veille, du côté de Sézaime. Enfin, comme

le colonel von Blrtcher, posté depuis le 25 au soir au Gaull,

avait reçu trop tardivement Tordre de rejoindre vers Sézannele

gi'os de la cavalerie de Zieten, on Tavait chargé de pousser aussi

vile (pie possible sur la roule de Sézanne h La Ferté-Gaucher el

(Tarn'Mer T(Minemi au passage du défilé d'Esternay.

En mamiMivrant de la sorte, York comptait prévenir les Marécluiux h La Ferté-Gaucher, leur interdire la route de Meaux el pernuMtre ainsi ?i la grande armée de les atteindre et de les anéantir en les prenant entre deux feux.

Retraite du général Compans sur Coulommiers. — Combat de Chailly. •— A dix heures du matin, York, qui précédait sa colonne, arrivait avec deux l'seadrons de hussards, en vue de La

» Htànun. Kiiilhi iliiiiK uiid TaKi*tl)AgAiN*iiiinlrn iIit IIuu ut- Armée im Monate Hîi»/ (H. h HrtfO* Arrhiv., \\\. i.)

Forté-Gaucher. Du haut dos collines, (|ui s'abaissent en penlo (lou((' vers le Grand-Morin, il aperçut sur la rive gauche de la rivière un pros convoi se dirigeant sur Couloinmiers, sous Tesrorle d'un détachement fort d'environ un millier de fantassins, trois escadrons et deux canons. C'étaient les troupes du général Compans qui, après s'être replié de Sézanne sur Réveillon, avait arrêté son faible détachement h La FertéGaucher et cherchait h donner au convoi le temps de gagner Coulommiers. York avait prévu ces événements et, pensant que Compans ne s'arrêterait à La Ferté-Gaucher que pendant h» temps strictement nécessaire l^our laisser souffler son monde, il avait prescrit au général von Horn. dont la division marchait en tête de sa colonne, de passer sur ta rive gauche du (irand-Morin, h La Ferté-Gaucher, et de prendre immédiatement la roule de Coulommiers. Mais cette infanterie n'avait pu marcher assez vite et, comme Tarrière-garde fran<'aisf; commençait h évacuer La Ferté-Gaucher, York, afin de conserver le contact des Français, dut donner au colonel von Warburg l'ordre de traverser le Morin avec 300 chevaux du régiment de cavalerie nationale de la Prusse orientale et trois bouches h feu, et de suivre, en Tinquiétant, la retraite de Cx)mpans. Horn, en |)ersonne, ne tarda pas à rejoindre les cavaliei's de Warburg. Détachant sur leur gauche le demi-escadron de hussards de Mtcklembourg qui l'avait accompagné, il s'attacha aux pas de Coni|)ans, dont les troupes, quoique épuisées par une marche ininterrompue de près de douze heures, se retirèrent en bon ordre jusqu'h Chailly. où le général français, ne se voyant suivi (pie par de la cavalerie légère, arrêta sur une position avantageuse et facile ?i défendre deux de ses bataillons et un escadron de cuirassiers. Mais Horn, profitant de la faute commise par les cuirassiers, qui s'étaient déployés îi peu de dislance en avant du défilé formé par le village de Chailly, les chargea h la tête d'un escadron de cavalerie nationale, les culbuta et les rejeta en désordre sur Chailly, pendant que deux autres escadrons du même régiment débordaient les ailes de la position française et que les deux derniers escadrons, gardés en réserve, suivaient h distance l'escadron qui avait exécuté l'atlaque. La cavalerie prussienne, pénétrant dans Chailly sur les talons des cuirassiers, en chassa l'infanterie française Celle-ci, sans même essayer de tenir bon, se débanda et se jeta dans les fourrés et les bois voisins. Atteinte

à la sortie de Cliailly par les escadrons de Horn, elle laissa entre leurs mains 1 drapeau. 13 officiers, 275 hommes, plusieurs caissons de munitions el quelques voitures*. Heureusement pour les Français, le terrain défoncé ralentit la poursuite, empêcha les Prussiens de quitter la grande route et permit aux soldats de Compans de gagner en désordre Coulommiers. Le général Compans parvint à y reformer ses troupes, grâce h la prés(»nce dans celle ville du général Vincent, arrivé h Coulommiers le 26 au matin à la tète d'un millier de fuyards de Marmont, qu'il avait ralliés ;i grand'peine à Montmirail et h La Ferté-sous-Jouarre et qu il avait joints k ses 100 gardes d'honneur et h ses 200 hommes de jeune garde '. A six heures du soir, les deux généraux, après avoir coupé les ponts du Morin, quittèrent Coulommiers, que la cavalerie de Horn occupa derrière eux. Mais l'épuisement de ses chevaux l'obligea h s'arrêter. Cet arrêt dans la poursuite permit à Compans et Vincent de prendre momentanément position sur une ligne, allant de Mouroux h Montanglaust. et d'y laisser souffler leurs troupes pendant quelques heures. A minuit, ils continuaient leur retraite sur Meaux, où ils entraient le 27 h la pointe du jour el où ils opérèrent leur jonction avec les quelques troupes du général Ledru des Essarts '.

Combat de La Ferté-Gaucher. — Retraite de Mortier sur

* Journal de mareke du régiment de cavalerie nationale de la Prusse orientale.

\j^ général Compans, dans son rapport au Sdinistre, de Mouroux, près Coulommiers, 27 mars, 9 heures du soir (Archives de la yu^rre), évalue ses pertes à iSO hommes et 40 chevaux et affirme n*avoir perdu qu'une seule de ses 130 voitures d'artillerie.

î Journal d'opérations du général Vincent du 19 au 29 mars (Archives de la guerre) et général Vincent au Ministre de la guerre (Ibid.).

Compans. dans le rapport qu'il adressa au Ministre de la guerre, le soir même de Taiïaire de Chailly, donne quelques détails curieux, mais hien tristes, sur l'état de sa colonne : « J'ai avec moi une nombreuse colonne de cavaliers, isolés depuis le combat d'hier, ce qui est bien dangereux pour la mienne, composée de jeunes soldats sans instruction et sans expérience. Ces cavaliers nous ont donné aujourd'hui une alerte complète. J'ai vu avec plaisir que ma troupe, quoique intimidée par cette alerte, n'avait pas partagé la fuite des cavaliers isolés. I>es oftioiers. qui se trouvent parmi eux. sont parvenus à les rallier, non sans peine. »»

» Ledru des Essarts au Ministre, Meaux, 2fî mars, i heures Tolr. (Archirts de la guerre,)

Provins. — Pendant que la cavalerie de Horn suivait seule la colonne du général Compans, jusqu'à hauteur de Coulomniiers, York avait fait défiler la division du prince Guillaume de Prusse par La Ferlé-Gaucher et l'avait établie sur la rive gauche du Grand-Morin, sur une hauteur qui, s'élevant au sud-ouest de la ville, commande le chemin d'Esternav. Un bataillon d'infanterie occupa la ferme de la Maison-Dieu, située au pied de cette hauteur. Le manque presque absolu de cavalerie * empêcha les généraux prussiens de faire reconnaître les abords de leur position et de surveiller la route par laquelle les maréchaux pouvaient essayer de déboucher. L'artillerie de réserve et le corps de Kleist, retardés par les mauvais chemins, étaient encore à une assez grande distance en arrière et, comme on avait commis la faute de faire marcher les bagages du I»*" corps immédiatement aj)rès l'artillerie de réserve et devant l'infanterie du II* corps, il en résulta qu'York ne pftt opposer aux Maréchaux i\ue les 4,000 hommes du prince Guillaume.

De leur côté, les Maréchaux, n'ayant pu communiquer avec Companset ignorant, par suite, son départ de La Ferté-Gaucher, avaient décidé de conlinuer leur mouvement sur cette ville. Mortier, qui marchait en tète de colonne, devait gagner la route de Goulommiers, pendant que Marmont, en se repliant de position en position, contiendrait la cavalerie de la grande armée.

Un peu après deux heures de l'après-midi', les éclaireurs du duc de Trévise ap|)arurent sur le plateau, à l'ouest de Moutils, et rejetèrent les vedettes prussiennes sur le bataillon posté à la Maison Dieu. A quatre heures, au moment où les troupes de Mortier débouchaient des bois de Moutils, l'artillerie de réserve prussienne venait d'arriver sans la moindre escorte, sans le moindre soutien, sur la rive droite du Grand-Morin. Elle avait drt s'y arrêter, sur une position d'autant plus hasardeuse, qu'on n'entendait pas le canon du côté de Sézanne et d'Esternay, et

' H ne restait h York que quelques pelotons de hussards. Le gros de sa cavalerie avait été détaché avecZieten sur Sëzanne. Horn avait emmené le rcsle, et le eolonel von Ulticher, qu*on comptait voir arriver avec ses deux régiments, n*avait pas donné de ses nouvcUcs depuis le 25 au soir.

' Journal d'oftéi'Qtiont du /••' corps prussien pendant la campagne de 1814 {Militair-W'orhenblaUf I84i) et Schneidawind, Prinz Wilhelm ron Preussen in den h'riegen seinir Zeit.

(ju'il eût suffi de la présence de quelques escadrons français sur cette rive du Morin pour enlever toute celle artillerie. A ce njoment York, manquant de cavalerie, n'ayant, par suite, aucun renseij:;nement positif, avait tout lieu de jienser que favant-garde de la grande armée alliée avait été arrêtée par les Maréchaux, presque dès le début de sa marche, et que le gros de l'armée des Maréchaux se dirigeait de Sézanne sur La Fer.té-Gaucher, par la rive droite du Grand-Morin. Dans ces conditions et avec des troupes aussi peu nombreuses que celles qu'il avait sous la main, York, auquel le brouillard ne permettait pas d'évaluer la force exacte de ses adversaires, jugea prudent d'évacuer les hauteurs en avant de La Ferté-Gaucher. de faire occuper la ville même par trois bataillons, de ramener le reste de la division du prince Guillaume en rés(Tve sur la rive droite du Grand-Morin et d'y mettre soiî artillerie» en batterie sur les hauteurs, d'où elle prendrait en tlanc les colonnes françaises se portant sur La Ferlé par la route de la rive gauche. En même temps, convaincu que les Maréchaux, pressés de s'ouvrir la roule directe de Meaux et de Lagny, allaient tirer parti de leur supériorité numérique momentanée pour forcer la division du prince Guillaume à leur céder La Ferté, il envoya à la division Horn, qui aurait pu, dans ('e cas, être prise entn^ deux feux, d'une part, par les troupes des Maréchaux, de l'autre, par celles de Compans et de Vincent, Tordre de quitter Coulonimiers et de se rejeter h droite» sur Rebais, point par lequcîl les deux |)remi(»rs corps prussiens devaient, d'ailleurs, passer le lendemain si, comme l'indiquait la disposition générale établie par Gneisenau, on persistait h diriger le lendemain l'armée de Silésie tout entière sur La Fertésous-Jouarre.

Pendant qu'York luodiliait ainsi et réorganisait à nouveau la défense de La Ferté-Gaucher, le duc de Trévise avait procédé à la reconnaissance de la position. Poussant sa tête de colonne jusqu'au delà de la Maison-Dieu, il ordonna h la division Christiani de se porter contre La Ferté-Gaucher. Mais quelques salves des batteries prussiennes de la rive droite suffirent pour arrêter les Français. Une nouvelle attaque, mollement exécutée, n'eut |ias plus de succès, et le maréchal, renonçant h tenter quoi que ce soit avec des troupes complètement démoralisées et prêtes à se débander, quitta les environs de La Ferté, se replia vers le sud sur le plateau de Chartrongcs, où il rallia ses régiments et

où il romptail être rt^joiiil par Mannoiit, au(|u<'l il avait immédiatement donné avis de la singulière n^soliition qu'il venait de prendre, en préférant la route de Provins au chemin de Rozoy et (le Fontenay-les-Bordes*. Bien qu'il ne soit guère possible de justifier ce mouvement, qui éloignait sans motif les Maréchaux de Paris, il convient cependant de remarquer que le corps de Kleisl venait d'entrer en ligne fi la gauche du prince Guillaume de Prusse, h Saint-Martin-des-Champs, et que son artillerie, en position sur les hauteurs, avait contribué îi augmenter le désordre de la retraite. L'obscurité et h» manque absolu de cavalerie prussienne "luvèrent seuls le duc de Trévise. Il faisait nuit noire, lorsque 200 chevaux de cavalerie dr landwehr du II" corj^s, soutenus par une compagnie d'infanterie et deux canons, traversèrent La Ferté-Gaucher. Ce n'était pas avec cette |)oignée de cavaliers, épuisés d'ailleurs par une marche longue et difficile, (pi'il était possible de tenter une attaque de nuit. Par suite du manque de cavalerie, on avait laissé passer le moment favorable et l'on dut se borner à faire réoccuper par ces quelques troupes les hauteurs sur lesquelles on avait primitivement établi la division du prince Guillaume de Prusse.

Mouvements de lu cavalerie du prince royal de Wurtemberg. — Combat de Moutils. — Retraite de Marmont sur Provins. — Pahlen, de son côté, était venu donner contre Tarrière-garde de Marmont, que le maréchal avait postée en arrière d'Esternay, sur les hauteurs couvertes par le Grand-Morin; Tinfanterie française occupait fortement le pont et la chaussée qu'elle avait barricadés. Le prince royal de Wurtemberg, après avoir fait préparer son attaque par son artillerie, fit traverser le Morin aux cosaques qui, débordant la droite de la position, obligèrent l'arrière-garde de Marmont h se replier sur Aulnay, où elle s'établit sur une deuxième position, s'élendant d'Anlnay h Courgivaux, en arrière d'un des ruisseaux qui vont se jeter dans le Grand- Morin.

En sortant d'Esternay, la cavalerie de Pahlen avait opéré sa jonction avec l'avant-garde prussienne du colonel de Rlûcher qui venant du Gaull, avait fait occuper il son infanterie le village

* Marmont au major-général, Provins, Î7 mars. {Archireg de la gu>Tre.)

(les Foulons et avait poussé ses doux régimenls de cavalerie à Ilctournelou|). L'arrivée opportune de ce renfort allait désormais mettre le prince royal de Wurtemberg en état de manœuvrer h la fois contre le front et la droite de Marmonl et de contrarier plus efficacement les projets du maréchal qui cherchait, en ralentissant la marche de la cavalerie alliée, à donner h Mortier le temps de s'installer à La Ferlé-Gaucher ou d'y forcer le passage. Pendant que le colonel de Blûcher, s'avançant par la grande route sur Aulnay et Réveillon, avait ordre de suivre l'ennemi et de l'obser>'er sans le presser, le prince royal de Wurtemberg et Pahlen essayaient, en se jetant à gauche, de tourner et de déborder les positions successives formées par les ruisseaux qui tombent dans le Morin. Le prince royal, prenant avec la cavalerie du IV® corps, h partir de Courgivaux, la traverse de Maisoncelles et Pierrelez, espérait en débouchant par Saint-Mars sur la route de Provins, réussir à couper ^ar^i^re-gardc française de sa retraite sur La Ferté-Gaucher et h gagner avant elle la chaussée menant h celle ville, tandis que Pahlen formant le centre de la ligne et se tenant h partir de Ck)urgivaux entre la cavalerie du IV® corps et celle du colonel de Blùcher, passait entre Saint-Martin-du-Boschet et Pierrelez, de façon h tourner Moutils en laissant à sa droite le rû de Drouilly '. Mais, retardés par les difficultés que le terrain marécageux opposait à la marche de la cavalerie et surtout de l'artillerie i\ cheval, ces mouvements ne purent s'exécuter avec la rapidité qui seule pouvait en assurer la réussite. Le duc de Raguse avait eu le temps de remarquer le changement de direction que le gros des forces alliées, chargées de le poursuivre, opérait sur sa droite, lorsqu'un avis de Mortier lui rendant compte de la résistance qu'il rencontrait devant La Ferlé, le décida k faire évacuer Aulnay, h prescrire au général Joubert d'occuper et de défendre jusqu'à la dernière extrémité le village de Moutils et h poster la caverie de Bordesoulle au delà des bois de Moutils pour le couvrir sur ce point contre la cavalerie alliée qui cherchait à tourner le défilé *.

^ Stàrke» EinthciluQj; und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armoo im Monalc Mârz. {K. K. Kriegê Arehiv., lll. i.)

< Marmont au inajor-g<''néral. Provins, 27 mars» 7 licaros du soir. (ArchireM de la guerre.)

Le colonel von Blurher s'êlail conformé slriclenienl aux onJn»s qifil avait reçus et avait suivi pas h pas et sur la grande roule le mouvement rétrograde de Tarrière-garde du Maivchal. S'attendant h voir Pahlen et le prince royal entrer en ligne d'un moment à Taulre sur sa gauche, il ne tarda pas à s'engager avec les tirailleurs de Joubert; celui-ci tenant énergi(|uemenl tête aux Prussiens, repoussa les altajjues (|ue leur infanterie dirigea conlre son front et contre sa droite. Lv prince royal et Pahlen étaient encore k ce moment à hauteur de Pierrelez et de Saint-Marlindu-Boschet. Le jour commençait h tomber et le prince royal, voyant qu'il lui serait impossible de gagner î\ temps Saint-Mars, craignant de compromettre son artillerie en marchant la nuit dans des chemins de traverse au milieu d'un terrain difficile et marécageux, se décida h si» rejeter avec Pahlen veis le nord h hauteur de Saint-Martin-du-Boschet et à rejoindre la chaussée de La Ferté-Gaucher, à l'est de Moutils. Son apparition et l'entrée en ligne de son artillerie à cheval obligèrent enfin le général Joubert ii céder Moutils à l'infanterie prussienne. Mais ce mouvement avait dégarni la gauche du prince royal oti ne se trouvaient plus que quelques régiments de cosaques qui, incapables de résister h la cavalerie de Bordesoulle, furent contraints à se Mirer devant elle et à abandonner au général Joubert la route de Provins. Cet officier général passant par Saint-Mars et Courlîicon, rejoignit le 27 au matin les maréchaux h Provins. York et le prince Guillaume de Prusse, manquant de cavalerie, n'avaient pu les empêcher de filer pendant la nuit et de se replier sans encombre du plateau de Chartronges où ils avaient laissé souffler leurs troupes, sur Provins, où Joubert les trouva établis sur une bonne position défensive *.

Positions des corps alliés de première ligne le 26 mars au soir. — Le 26 au soir, les corps de première ligne des armées de Bohême et de Silésie occupaient les positions suivantes :

* Les Armée Naehriehten {K, K. Kriegs Arehiv., III, 451) donnèrenl, à propos de la journée du 26 mars, le bulletin suivant : a Une affaire trè.s chaude a eu lieu le iô entre le 1V° corps de la grande armée (prince royal de Wurtemberg) et une partie do l'armée française, qui a été atteinte dans sa retraite prés de La Chapelle- Véronj^e et Moutils pendant que les corps d'York et de Kleist s'emparaient de vive force de La Ferté-Ciancher. »

La cavalerie des IV« el VI'» corps bivouaqua à hauteur de Moulils; Je gros de rinfanterie à Réveillon, avec quelques postes sur sa droite, à Villeneuve-la-Lioinie et iMeilieray. Le général Frimont, arrivé à Meilieray, y avait arrêté la cavalerie bavaroise du V" corps el avait envoyé le général Spleny avec deux brigades de cavalerie autrichienne îi Saiht-Barthélemy. L'infanterie du V' corps n'atteignit qu'assez avant dans la nuit Meilieray el Tréfols. Le colonel von Bliicher quitta Moutils aussitôt après l'arrivée de Pahlen et rejoignit dans la nuit au\ environs de La Ferlé- Gaucher le corps de Kleist. La cavalerie de Zieten et de Kalzler passa la nuit aux environs de Meilieray. Horn était venu le soir même de Coulomniiers à Uebais et les I^»^ et 11^^ corps prussiens campèrent sur la rive droite du Grand-Morin aulour de La Ferlé- Gaucher, où York et Kleist avaient établi leurs quartiers généraux.

Mouvements et positions du III® corps, des gardes et réserves. — Le III® corps de la grande armée, chargé de couvrir et d'escorter les parcs et les convois, partit d'ÛEuvy et de Gourgançon à 5 heures du matin; arrêté à Sézanne par Tencombrement que produisait lamoncellement des bagages appartenant aux IV® et VI® corps el aux grenadiers russes, Gyulay avait dii y laisser son propre convoi et les parcs, et en confier la garde à la brigade Schàetter. Le gros de rinfanterie el la cavalerie du III® corps contournèrent Sézanne et poussèrent jusqu'aux Essarls et à Champguyon. On avait perdu tellement de temps h Sézanne que Gyulay, se voyant dans rinipossibilité d'atteindre Tréfols, fit camper ses troupes fatiguées entre Joiselle el Champguyon. La brigade Schâefter, les parcs et le convoi du lll*' corps ne purent traverser Sézanne el durent bivouaquer en arrière de la ville.

Les gardes el les réserves passèrent la nuit aux environs du Vézier, couvrant les quartiers généraux des souverains el du généralissime établis à Tréfols '.

Mouvements de Seslavin et de Kaissaroff. —Mouvements et positions des corps russes de l'armée de Silésie. — Enfin,

1 SrÂitKE, Eintheilung uiid Tagesbegctienlieilen der ilaupl-Arniee im Moiiate Màrz. (K. K. Krirgs Arehir , III, I.)

comme on éUiil sans nouvelles des niouvemenls de Napoléon sur la Marne, comme on ignorail ce (|iii se passait dans la vallée de la Seine, où Souliam occupait encon» Nofi:enl : connne on voulait rosier en communication avec la division légère de Maurice Liechtenstein*, on avait ordonné à S<»slavin de se diriger de Sézanne sur Provins et Montereau * et à Kaïssaroll. (Mivové à Arcis, de se relier |)ar Lesmonl ave<! Tch<»rnitchetï, posté à l^ougy. Kaïssaroff avait, d ailleurs, eu connaissance de l'entrée des Fr;in- Vais à Troyes et, en conununûjuant celle nouvelh» au |<énéralissime, il ajoutait : « Mes partis cherchent à pénétrer la dir«»clion <|ue prendra Napoléon; mais ne s'avançant pas de Brienne par Ramerupt et ayant occupé Troyes, il n'y a rien, d'app's mon avis, de douteux qu'il ne prenne cette dernière route pour rebrousM-r chemin par Nogent-sur-Seine *. »

Un peu plus lard, à huit heures el demie du soir, il complétait encore ces renseignements en rendant compte des événements de la journée : « Un parti de cosaques avait été surpris et malmené à Vallenligny par les paysans armés, soutenus par un petil détachement d'infanterie française : il n'y avait plus à Hrienne iprini faible régiment de cavalerie française et. pendant toute la journée, on n'avait signalé au<*un mouvement de troupes dans la direction de Dienville à Troves. » Knfm, diins la nuit du 20 au 27, il transmettait au généralisMuie ' la dépèche par la(|uelle Tchernitcheff l'informait de l'évacuation momentauétî de Troves OÙ, d'a|)rt»s les renseignements recueillis par les cosaques, on allendait dans la nuit des troupes françaises venanl de Rar-sur- Aube. Il demandait à Schwarzenberg si. « dans le cas où les Frjin-

* Lo général Allix écrivait au Ministre, d'Au\(Miis le i6 mars, à 5 heures l/i (lu soir : <c l/arrièi*e-gardc ennemie est en retraite sur Montbard. Semur est évacué. Je me fais rejoindre par les deux bataillons laissés à Joigny et coniptt* marcher demain vers Montbard. Les paysans m'amènent constamment des prisonniers. ^L'ennemi parait avoir une peur terrible des levées. » {Archives de la guerre.)

^ Starkb, Eintheilung und Tagesbegebenheiten der Haupt-Armee im Mouate Marz. (AT. K, Kriegt Arehiv,, III, 1.)

' KaïssarofT au prince de Schwarzenberg. Arcis-sur-Aube, 26 mars (Original en françait; K. K. Kriegs Arehiv., III, 458), et Tchernitcheff au prince de Schwarzenberg, Pougy, nuit du 26 au 27 mars (Ibid. III, ad. 469).

* Kal<saroff au prince de ?chwarzeuber>r. Arris- sur-Aube, 27 mars, l heure du matin. (AT. A'. Kritgt Archir., III, i6l>.)

rais feraienl un mouvement de Troyes sur Nogenl, il ne devrait pas se porter dans cette direction, en obliquant toutefois h droite ». Un pareil mouvement lui semblait d'autant plus opportun que « Tchernitchefï allait le masquer en se dirigeant sur Piney ».

Les corps russes de l'armée de Silésie, Langeron et Sacken, une partie de Tinfantorie du corps de Winzingerode (la division Slrogonofï venant d'Éloges, la division Woronzoft venant de Vitry), s étaient portés d Étoges sur Montmirail, où Blûcher établit son quartier général, et s étaient échelonnés depuis Vielsllaisonsjusqu*à Vauchamps. La cavalerie de Wassiltchikoff navait rien entrepris et s'était arrêtée le soir en avant des positions de l'infanterie. On avait toutefois donné au général Emanuel (avantgarde du corps Langeron) Tordre de filer au plus vile sur La Ferté-sous-Jouarre avec les régiments d'infanterie de la Vieille- Ingrie etd'Arkhangelgorod, un bat<tillon du régiment de Staroskol, le régiment de dragons de Kiew, les régiments de cosaques de Sélivanofi II et de Grekoff XXI, trois compagnies de pionniers, six bouches à feu et un équipage de pont*, en lui prescrivant de» pousserdelà sur Meaux. Parti à six heures du matin et renforcé pendant sîi marche par Tinfanterie du lieutenanl-colonei von Kîfix (I*»" corps), le général Emanuel arrêta, le 2G au soir,, son détachement à iO kilomètres environ de La Ferlé-sous-Jouarre.

Inaction de Bùlow devant Soissons. — Biilow n'avait rien entrepris conti'e Soissons.

La cavalerie de Grouvcl se maintenait à Villers-Colterels, éclairant de son mieux le terrain entre la foret et Soissons.

A Compiègne, tout s'était borné à quelques tirailleries sans conséquence.

Obsenrations sur les mouvements des Maréchaux et des généraux alliés pendant la journée du 26 mars. — Les Maréchaux, pas plus que les généraux alliés, n'avaient lieu de se féliciter et de s'enorgueillir des résultiits de la journée. De part cl d'autre on avait commis des fautes qui avaient modifié la nature et considérablement restreint la portée des opérations, des fautes

* Jourual d*oi»ératioos du comte Langcrou. (Archivet lopographiqucs, n« 29103.)

qui, des deux côtés, semblent avoir eu pour origine première une appréciation incomplète de la gravité de la situation. En s'établissant le 25 au soir k Allemant, alors qu'il devait se diriger droit sur Sézanne et se replier sur les troupes du général Compans, Marmont avait commis une première erreur qui aurait pu lui coûter cher si, au lieu de se heurter le 26 au matin contre la cavalerie de Zieten, il eût trouvé la route barrée par un corps plus considérable ou composé de troupes des trois armes. Le temps qu'il lui fallut employer pour chasser la cavalerie prussienne de Sézanne, la halte qu'il dut faire à Mœurs permettaient au prince royal de Wurtemberg de le rejoindre, à York d'amener une de ses divisions h La Ferté-Gaucher et d'en pousser une autre sur Coulommiers, à la suite de Compans. La fausse direction qu'il avait prise le 25 au soir, la lenteur forcée d'une marche en retraite, qui s'exécuta en combattant tout le temps, auraient dû assurer sa perte, si les Alliés, de leur côté, avaient su profiter de tous ces avantages. La mollesse dont les troupes de Mortier firent preuve lors de l'attaque inutile de La Ferté-Gaucher, la résolution incompréhensible du duc de Trévise qui, au lieu de s'élablir solidement sur les plateaux au sud de La Ferté, de tourner la ville et d'aller rejoindre plus loin la route de Coulommiers et de Mcaux, s'en laissa imposer par une faible division et se rejeta sur la chaussée de Provins, sont encore autant d'erreurs qui auraient dû rendre aux Alliés tous les bénéfices dont allaient les priver leurs fautes et la lenteur de leurs mouvements.

Dès qu'il eût reconnu l'impossibilité de changer la direction de la retraite et de se séparer de Mortier, Marmont était redevenu lui-môme, et ce fut grAce à l'énergie et h l'intelligence dont il fit preuve dans un moment aussi critique, qu'il parvint i\ réparer la faute du duc de Trévise, h regagner les marches que le mouvement sur Provins devait faire perdre et à devancer les Alliés à Paris.

Les opérations des Alliés n'avaient été guère plus irréprochables que celles des Maréchaux. Il est, en effet, hors de doute que, si l'on eût pu ou voulu marcher résolument après Fère-Champenoise, que, si l'on eût poussé vivement les deux premiers corps prussiens sur le Morin, on auraitcoupé la retraite aux maréchaux. Le 26, pas plus que le 25, les Alliés ne surent ni tirer parti de leur supériorité numérique, ni avoir recours à l'action combinée des trois armes, indispensable cependant pour amener des résultats

Weil.— lY. 6

décisifs. Au quartier général de la grande armée, on avait bien reconnu les fautes commises la veille et dues i\ une trop grande précipitation, ù l'emploi exclusif et immodéré de la cavalerie. Mais ou tomba dans l'excès contraire et on ralentit démesurément l'action de la cavalerie en l'alourdissant par Tadjonction d'un nombre trop considérable de bouches à feu qui se traînèrent péniblement et lentement à sa suite. Au lieu de faire agir sur une seule roule toute la cavalerie placée sous les ordres du prince royal de Wurtemberg, on engagea inutilement sur le chemin de Meilleray, qu'aucune troupe française n'avait suivi, les régiments de Frimont, sans penser que Zieten, chassé de Sézanne, avait précédé les Français dans cette direction.

A Tarmée de Silésie, on avait commis une faute plus grave et plus irréparable encore en ne laissant îi York et à Kleist que six faibles escadrons et en les mettant, par suite, dans l'impossibilité de s'éclairer et de connaître en temps utile la ligne de marche suivie par les colonnes de Marmonl et de Mortier. Le prince royal de Wurtemberg avait, d'ailleurs, paralysé complètement l'action de sa cavalerie et de celle de Pahlen, en se jetant, h partir de Courgivaux, dans des chemins de traverse impraticables ; il l'empôcha ainsi de prendre part au combat de Moutils et de briser en temps utile la résistance que le général Joubert y opposa a l'avant-garde prussienne du colonel de Blucher. Il y avait néanmoins tout lieu de supposer que la cavalerie alliée, donnant désormais la main à l'infanterie d'York et de Kleist, resterait désormais sur les talons et sur les flancs des Maréchaux et les suivrait pas à pas dans leur retraite forcée vers la Seine. Loin de procéder de la sorte, nous verrons, au contraire, les Alliés arrêter Pahlen à hauteur de Courtacon et de Champcenest, et donner à Marmont et à Mortier la possibilité de se dérober si complètement aux troupes légères des Alliés que l'on perdit complètement leur contact et que, pendant plus de deux jours, on ignora au grand quartier général des armées alliées ce qu'étaient devenus, vers quel point s'étaient dirigés les deux corps français qu'on laissa bénévolement « sortir de la plus horrible position où jamais troupes aient été placées* ».

* Marmont. Mémoire*, Vl, 239.

27 mars. — Ordres de Schwarzenberg, de Biûcher et d*Tork. — Bien qu'expédiés de Tréfols dans la soirée du 26, les ordres de mouvement, pour la journée du 27 mars, arrivèrent encore trop lard pour pouvoir être exécutés par certains corps de la grande armée. Ignorant, pendant la journée du 26. la direction prise par les maréchaux, le généralissime * |)rescrivil à la cavalerie d'avant-garde, conduite par le prince de Wurtemberg, de se diriger sur Crécy, de menuc-er le tlanc gauche de l'ennemi et de Tempècherde jirendre la roule de Melun, pendant quePahlen, avec la cavalerie du \l^ corps, pousserait sur Provins. Le \l* corps, mrlant h cin(| heures du nialin, marchant par la chaussée et passant par La Ferté-Gaucher, Chailly-en-Brie et Coulommiers, avait ordre de pousser derrière la cavalerie jusqu'à Mouroux.

Le IV« corps, commençant son mouvement une heure plus lard, devait s'établir le soir en deuxième ligne, en arrière des positions occupées par le Vl«.

Les gardes et réserves, quittant ù sept heures les environs du Ve/ier, devaient se porter par Meilleray sur La Ferté-Gaucher, prendre la route de Coulommiers, traverser celte ville et venir camper sur le plaleau de Montanglaust. Les grenadiers avaient ordre de les rejoindre, et la cavalerie de la garde était chargée de flanquer la gauche de toutes les colonnes.

Le III® corps, levant son camp à six heures du matin, avait ordre de prendre b gauche vers Les Hublets, d'y passer le Grand- Morin, de regagner la chaussée de La Ferté-Gaucher, à l'ouest de Réveillon, et de s'arrêter le soir à Saint-Pierreen- Veuve, à 1 kilomètre au sud de Coulommiers,

Le Y«corps ne devait commencer son mouvement qu'à 10 heures et aller par Saint-Martin des-Champs et La Ferté-Gaucher jusqu'à Chailly. Son infanterie devait prendre position sur les hauteurs à l'est de celte ville, mais sa cavalerie avait ordre de s'arrêter à La Ferté-Gaucher.

Les parcs d'artillerie et les convois restés à Sézanne devaient chercher à dépasser Chailly et s'arrêter le soir entre Chailly et Coulommiers.

* Prince de Schwarzenberg, Tréfoïs, 26 mars ; ordres de mouvement pour le 27 mors. (K. K. Kriegs ArcfUv., 111, 457.)

Pour ce qui est de Seslavin et de Kaïssaroff, le premier devait essayer de se maintenir aux environs de Provins, afin de battre le pays entre Montereau et Melun; tandis que le second, éclairant d'Arcis tout le terrain compris entre TAube et la Seine, avait pour mission de renseigner plus particulièrement le grand quartier général sur tout ce qui viendrait h se produire du côté deTroyes, de Lesmont et de Bar-sur-Aube.

Il n^sulte des ordres donnés tant aux corps d'armée qu'à Seslavin et h Kaïssaroff, qu'on voulait, tout en poussant la grande armée dans la vallée de la Marne et dans la direction de Paris, être à chaque instant en mesure de s'opposer h la marche éventuelle de l'armée de l'Empereur par la rive gauche de la Seine. L'état-major de l'armée de Silésie avait chargé les corps d'York et de Kleist et Pavant-garde du général Emanuel de forcer le passage de la Marne h Trilport, d'y jeter un pont et d'occuper Meaux. Langeron devait venir h Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux et Sammeron ; Sacken à La Ferté-sous-Jouarre avec le quartier général, et l'infanterie de Winzingerode sous les ordres de Woronzoft à Bussières.

Dans une disposition spéciale aux I«' et II« corps, York avait, aussitôt après avoir reçu l'ordre général, prescrit au II" corps de se mettre en marche le 27 à 5 heures et demie du matin et de se porter par Rebais et Jouarre sur Trilport. Le I«' corps devait commencer son mouvement une heure et demie plus tard et précéder l'artillerie de réserve. Deux bataillons, fournis par chacun des corps d'armée, formaient Tarrière-garde de cette colonne.

La division Horn avait ordre de se porter de Pleurs droit par la traverse sur La Ferté-sous-Jouarre. Enfin, les escadrons de Zieten et de Katzler, venant de Meilleray, devaient rejoindre leurs corps respectifs à llebais.

Les deux corps prussiens avaient déjà commencé ces mouvements, lorsqu'à leur grande surprise, York et Kleist reçurent du généralissime un ordre parti le 26 au soir de Tréfols et leur enjoignant de se charger, de concert avec le prince royal de Wurtemberg qui leur servirait de soutien, du soin de poursuivre les Maréchaux dans leur retraite sur Rozoy ou sur Provins et de les empêcher de |)asser la Seine.

Cet ordre bizarre, et d'ailleurs impossible à exécuter, avait été motivé en grande partie par une dépêche du quartier général de

l*arm<^o do Sil^sie au prince de Schwarzcnberg. Dès qu'on y eut appris que les I*' et !!• corps, au lieu de se trouver h La Ferlé-sous- Jouarre s'étaient portés sur La Ferté-Gauoher, Bliicher, tout en manifestant l'intention de diriger York et Kleist sur Triport, avait offert au généralissime de mettre ces deux cor|)s li sa disposition dans le cas où le prince aurait cru leur coopération nécessaire pour couper la retraite aux Maréchaux. Un rapport du prince royal de Wurtemberg avait décidé le généralissime h accepter celte proposition. Bien qu'il se proposât de déboucher par Saint-Martindu-Boschet sur la route de Provins et bien qu'il espénll encore parvenir h rejoindre l'arrière-garde des Maréchaux, le commandant du IV« corps mandait au généralissime qu'aussitôt après avoir rétabli le contact, il confierait la poursuite au général York et chercherait h se rapprocher de son infanterie qui n'avait plus avec elle pour éclairer sa marche que la cavaliTie du ¥• corps. Le prince royal ajoutait : « La nature du terrain, en arrêtant la marche de mon artillerie, m'a seule empêché d'exécuter mon mouvement projeté de Courgivaux sur La Ferté. J'en conclus que l'ennemi aura rencontré des difficultés de même genre dans sa retraite sur Provins. Mais ma cavalerie et surtout les deux divisions de cuirassiers sont tellement épuisées qu'elles ne me paraissent pas en état d'exécuter une marche qui doit s'accomplir en grande partie h travers champs. »

Combat de Trilport. - Compans évacue Heaux. — Dans l'intervalle, la situation s'était si complètement modifiée que cet ordre n'avait plus aucune raison d'être lorsqu'il fut remis h York et à Kleist. Les Maréchaux avaient, en effet, quitté le plateau de Chartronges dans la nuit, et les généraux prussiens, manquant de cavalerie, n'avaient aucune idée de la direction qu'ils avaient suivie. La presque totalité des troupes d'York et de Kleist se trouvait sur la rive droite du Morin. Horn était déjà en marche sur Jouarre ; l'infanterie du lieutenant-colonel von Klùx avait suivi le mouvement de la cavalerie d'Emanuel. Il aurait donc fallu employer la journée tout entière pour rallier les deux corps et leur faire passer le Morin. Enfin, une fois sur la rive gauche de cette rivière, on aurait été obligé de se porter h la fois sur Rozoy et sur Provins et l'on aurait perdu énormément de temps en faisant marcher les troupes par des chemins de traverse défoncés

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et presque impraticables. Les deux généraux se décidèrent donc h continuer leur marche sur Rebais et se bornèrent à rendre compte au généralissime et au feld-maréchal Blûcher des motifs qui leur avaient inspiré cette résolution.

L'infanterie du général von Horn ne tarda pas à rejoindre, h environ une lieue de Jouarre, les avant-gardes aux ordres du général Emanuel et du lieutenant-colonel von Klûx poussées en avant par Langeron et par York, et à obliger, par son apparition, les petits postes français de Tadjudant-commandant Michal, établis au château de Venteuil et h La Ferté-sous-Jouarre, h se replier sans combat, d*abord sur la rive droite de la Marne dont ils coupèrent le pont derrière eux, puis de là, sur l'Ourcq *.

Un peu après 5 heures de l'après-midi, la cavalerie russe d'Emanuel se montrait aux environs de Saint-Jean-les-Deux- Jumeaux. Le général Vincent, qui formait l'arrière-garde de Compans avec sa cavalerie soutenue par 400 h 500 gardes nationaux des environs, y avait pris position afin de couvrir les abords de Trilport et de donner au général Compans le temps d'achever ses dispositions de combat. Ce dernier avait été renforcé ?! Meaux par le général Ledru des Essarts, arrivé sur ce point avec trois bataillons de nouvelle formation et un peu d'artillerie servie par les canonniers de la marine. L'entrée en ligne de Tavant-garde de Horn, qui cherchait à déborder la droite de Vincent et h la couper de la route de Trilport en contournant parle sud les bois de Meaux, obligea le général français h quitter le plateau de Saint-Jean et h se replier sur la rive droite de la Marne et sur les postes avancés du général Ledru des Essarts.

Compans, posté avec le gros de ses troupes en avant de Meaux sur la gauche de la Marne d'où il surveillait les routes venant de Crécy, avait fait repasser la Marne h toute son artillerie, h l'exception de quatre pièces, et avait donné Tordre au général Ledru des Essarts d'aller soutenir la cavalerie du général Vincent. Mais, lorsque le général Ledru des Essarts déboucha avec ses renforts en avant du faubourg Saint-Nicolas, il était déjà trop lard pour empêcher le passage de la Marne. Le poste établi sur la rive droite à Trilport avec ordre de couler les bateaux,

* Ledru des Essarts h, Qarke, Meaux, 27 mars, 9 heures du soir. {Archives de la guerre.)

s'(^tait enfui au premier coup de canon, abandonnant aux Prus* siens et aux Russes, les bateaux dont ceux-ci s'estaient ininnVliatenient servis pour jeter sur la rive oppost^i» quelque infanterie et faire passer leur cavalerie plus en amont ù hauteur de Poincy, pendant que, protégés par l'artillerie en batterie sur les hauteurs, les pontonniers russes travaillaient activement h rétablissement, h Trilport môme, d'un pont de bateaux. Malgré l'inexpérience de leurs jeunes soldats, Vincent et Ledru des Essarts, renforcés successivement par tout ce que le général Compans avait primitive' ment gardé auprès de lui, et n'ayant affaire qu'h des troupes d'infanterie prussienne sensiblement inférieures m nombre et h quelques cavaliers, réussirent cependant h se maintenir jusqu'au soir en avant de Meaux, à hauteur des bois de Poincy et h en chasser même Tinfanlerie prussienne.

A 8 heures du soir, les pontonniers russes avaient achevé leur pont. Horn lançait aussitôt son infanterie sur la rive droite de la Marne. Soutenue par la cavalerie de Katzler* et du colonel von Blûcher, elle opéra sa jonction avec les Russes du général Emanuel, et enleva aux Français les positions à l'ouest de Poincy. Établissant sans perdre une minute ses avant-postes h peu do distance des portes de Meaux, Horn donna immédiatement l'ordre de commencer la construction d'un deuxième pont de bateaux.

« Mes troupes, écrivait le soir même le général Ledru des Essarts à Clarke", se sont mises dans le plus grand désordre. Impossible de les retenir. Cavalerie, artillerie, infanterie, tout s'est précipité péle-mèle dans la place en jetant ses armes. // est impossible d'avoir de plus mauvais soldats. » Et il ajoutait encore : « Ne pouvant défendre Meaux avec des troupes qui ne veulent pas se battre, le général Compans vient de donner Tordre de se retirer sur Claye. » Quelques instants plus lard, un détachement d'infanterie prussienne et 15 cosaques se glissaient dans le faubourg du Cornillon et tiraillaient une partie de la nuit avec l'ar-

* L'avant-garde aux ordres du général von Katzier se composait de 5 bataillons de fusiliers, de 2 bataillons d'infanterie, 1 bataillon niixt«, de 16 escadrons et de 16 pièces d'artillerie à cheval (V. OElsnitz, Historique du i*^ régiment d'infanterie prussienne),

* Ledru des Essarts à Clarke, Meanx, 27 mars. 9 heures du soir. (Àrehives de la guerre,)

nèrc-gardc de Compans. Â 3 heures du matin, aussitôt après l'explosion du magasin h poudre ^ les fusiliers prussiens pcMiétraienl dans le faubourg Saint-Nicolas, se faisaient ouvrir les portes de Meaux, poussaient jusqu*à la place du marché, y ramassaient quelques traînards et attendaient dans la ville l'arrivée des troupes d'avant-garde de Horn.

Pendant que Compans se repliait sur Claye, où il allait être rejoint parle 12* régiment de marche de cavalerie, trois bataillons de jeune garde et une batterie*, York avait envoyé aux troupes sous ses ordres les instructions suivantes' :

« Le général von Horn, avec ses troupes et les avant-gardes des deux corps d'armée prussiens, prendra immédiatement position en face de Meaux.

« Les deux corps d'armée feront la soupe le plus rapidement possible. Lorsiiue la brigade Pirch Taura mangée, elle défilera sur le pont de bateaux.

« Demain, h 3 heures du matin, le IP corps d'armée commencera à défiler sur le pont qui est à main droite. Le I**" corps d'armée, suivi par la cavalerie de réserve des deux corps sous les ordres du lieutenant-général von Zieten, se senini du même pont, destiné au passage de l'infanterie et de la cavalerie. Le pont qui est à main gauche sera exclusivement réser\'é h l'arlillerie et aux équipages.

« Les brigades devront envoyer à l'avance aux ponts des officiers qui les avertiront h temps du moment où elles pourront passer. Elles ne quitteront leurs bivouacs qu'au reçu de ce! avis.

« Le passage des ponts commencera dès 3 heures du malin, et le défilé continuera sans interruption. Le quartier général des deux corps d'année est à Trilporl. »

Mouvements et positions des corps de l'armée de Silésie.

— Le dernier des obstacles naturels qui s'opposait h la marche des Alliés sur Paris était désormais franchi et pendant que le gros des V^ et !!« corps campés à Trilport se pr(»parait à suivre.

* Journal d'opérations de Langeron. {Arehivet topographiquet, n^ 29103.)

' Roi Joseph an Ministre de la guerre, Paris, 27 mars. {Archives de la guerre,)

* Ordres d'York, Trilport, 27 mars, 8 heures 5oir«

le 28 au malin, la division Horn sur la rive droite de la Marne, Sacken s'arnHait le 27 au soir h La Ferlé-sousJouarre avec le quartier général de Blûcher; Langeron était échelonné de Saint- Jean-les-Deux-Jumeaux h Sanimeron. L'infanterie de Woronzoft avait atteint Bussières. Un détachement fourni par ses troupes et placé sous les ordres du général Ligoff, se dirigeait par ChAteau- Thierry sur Lizy-sur-Ourcq. La cavalerie de Zieten avait rejoint, dans la soirée du 27, York et Kleist h Trilport.

Bombardement de Soissons. - Mouvements des partisans de Geismar. — Â Textrème droite, à Soissons, Bûlow désormais certain que le commandant Gérard refuserait toute capitulation, avait eu de nouveau recours au bombardement et fait pousser vivement les travaux d'approche vers le front Saint-Jean. Une surprise tentée dans la nuit du 27 au 28 mars sur la porte de Paris, n'avait pas eu plus de succi'^s que les attaques précédentes.

Tout était resté calme du côté de Compiégne. Mais plus au nord, Geismar qui s'était arrêté à Roye, depuis le 25 au matin, s'était remis en mouvement. Les nouvelles qu'il avait reçues de Belgique, les renseignements qu'il s'était procurés sur place, l'avaient décidé à se reporter de Roye sur Montdidier que les troupes françaises avaient de nouveau évacué, et à donner la chasse à la cavalerie de leur arrière-garde î\ laquelle il enleva quelques hommes*.

Mouvements des corps de la grande armée alliée. — Marche de la cavalerie des IV« et VI« corps sur Coulommiers. — Ilowaîsky devant Provins. — Position de cette cavalerie le 27 mars au soir. — Â 6 heures du matin, la cavalerie de la grande armée avait repris la poursuite des Maréchaux. Le comle Pahlen s'était porté de Moutils par Saint-Mars sur Courlacon d'où, après avoir rejoint la cavalerie du IV' corps, il devait continuer dans la direction du sud. Pahlen ne trouva plus

* Tagebiich des Streifcorps unter Befehle des Kaiserliohen russischen Obersten von Ocismar. wiihreDd dcni Feldzage 1814 (A*. A'. Kriegt Archiv., IV, 178), et Zeitsclirift fur Kunst, Wisseoschaft udU Gescbichte des Krieges, 1830, V et VI.

personne à Courlacon que les Maréchaux, avaient quitlé h 2 heures du matin et que Tarrière-garde aux ordres de Joubert avait évacué h 6 heures. Au moment où Pahlen se disposait h «»ngager ses escadrons sur la roule de Provins, le prince royal de Wurtemberg lui fil parvenir un ordre lui enjoignant de prendre avec le gros de la cavalerie le chemin de Goulommiers et de se borner h diriger sur Provins un détachement chargé de surveiller les Maréchaux jusqu'à l'arrivée sur ce point des cosa- ((ues de Seslavin. Confiant celle mission à un millier de cosaques sous les ordres dllowaïsky XII, Pahlen, se conformant sans retard aux ordres du prince, se mil immédiatement en route dans la direction de Faremoutiers.

Knlre midi et une heure, [lowaïsky s'établissait sur les hauteurs au nord de Provins, et Tapparition de sa petite troupe suffisait pour jeter de nouveau l'alarme dans les rangs des Français qui, évacuant précipitamment Provins, allèrent s'établir sur la route de Nangis, sur le plateau de Maison-Rouge. Les renseignements rapportés par les reconnaissances françaises ne tardèrent pas à ramener un peu de calme et décidèrent les Maréchaux h conserver leurs quartiers généraux à Provins.

Si Ton peut à la rigueur expliquer Tarrôt des Maréchaux à Provins par la nécessité de reformer leurs troupes et de leur accorder quelque repos, il est plus difficile de découvrir les motifs pour lesquels ils jugèrent inutile de rappeler de Nogent la division du général Souham. Le mouvement des Alliés sur Paris n'était plus douteux ; le duc de Raguse le signale lui-même dans sa dépêche au major-général *. Depuis deux jours, les Maréchaux ne pouvaient plus conserver l'espoir de se relier par la Seine avec l'armée de l'Empereur. Ils devaient donc, par-dessus tout, chercher à arriver sous les murs de la capitale avant les Alliés. Aussi, bien que n'ayant pas été sérieusement inquiétés dans leur retraite de La Ferlé-Gaucher sur Provins, ils avaient tout intérêt k se faire rejoindre par les troupes fraîches de Souham qu'ils inutilisèrent et qui restèrent sur la Seine jusqu'au moment où l'Kmpereur, revenant h marches forcées de la Marne, leur donna l'ordre de suivre le mouvement de son armée.

« Marmont au major-général, Proyins, 27 mars, 9 heures soir. {Archives de la guerre,)

Les cosaques d'Ilowaïsky restèrent devant Provins jusqu'à dix heures du soir. Relevé h ce moment par le corps volant de Seslavin, Ilowaïsky se dirip^ea, sans perdre un moment, sur Condé- Sainte-Libiaire, afin de rejoindre au plus vite la cavalerie de Pahlen entre Meaux et Lagny. Ce général, après avoir défilé dans l'après-midi par Coulommiers, avait poussé vivement en avant sur la route de Crécy et rej(»té sur cette ville la cavalerie française de l'arrière-garde, (jui avait fait mine de vouloir ralentir son mouvement Le gros de la cavalerie du VI^ corps s'arrêta le 27 au soir à quelques kilomètres en avant de Coulommiers, sur les deux rives du Grand-Morin, et son avant-garde s'établit h La Chapelle-sur Crécy et il Moulangis.

Le quartier général du prince royal de Wurtemberg vint à Guérard avec les cuirassiers autrichiens et le gros de la cavalerie du VI® corps passa la nuit à Faremoutiers et h Pommeuse.

L'infanterie des IV® et VI® corps avait, elle aussi, dépassé Coulommiers et campait sur les hauteurs de Mouroux, sur deux lignes, dont la première était formée par les Russes de Raïeffsky *.

Marche et positions des III® et V® corps, des gardes et réserves. — Relardé dans sa marche par les convois qui encombraient les routes et qui barraient l'accès des abords de La Ferté- Gaucher, Gyulay avait dû faire sortir son corps d'armée de la chaussée et rengager dans des chemins de traverse jusqu'à Réveillon. Reprenant la grande roule à partir de ce point, il arriva néanmoins le soir avec le III* corps jusqu'à Saint-Pierreen-Veuve. Enfin, pour les motifs que nous exposerons un peu plus loin, l'infanterie du V® corps, au lieu d'aller jusqu'à Ghailly, s'arrêta, un peu après-midi, à Meilleray, où Wrède établit son quartier général. Elle y rejoignit sa cavalerie, déjà installée sur ce point depuis la veille et bivouaqua sur les hauteurs, à l'ouest de ce village. Les hussards de Szeckler et Archiduc-Joseph, détachés du côté du Petit-Morin, étaient restés immobiles à Sainl- Barthélemy.

Les gardes et réserves étaient arrivées à hauteur de Coulora-

* Starke, Eintheilung und Tagesbcgebenheiten der Hanpt-Armee im Mooatc Mars. (K, K, Krxeg» Archiv., 111. I.)

miors et s'étaient établies partie en cantonnements, partie au bivouac, entre Aulnay et Montanglaust.

Knfin l'empereur Alexandre, le roi de Prusse et le prince de Schwarzenbcrg, avant de se rendre à Coulommiers, où ils allaient transporter leurs quartiers généraux, avaient tenu, le 27 au matin, h Tréfols, un nouveau conseil de guerre, auquel Gneisenau et Diebitsch avaient assisté.

Conseil de guerre de Tréfols. — On ne possédait h ce moment, au grand quartier général des souverains alliés, que des données assez vagues sur les mouvements et les projets de TEmpereur. On n'avait pas encore reçu la nouvelle du combat de Saint-Dizier. Les rapports de Winzingerode manquaient et on n'avait pour se guider que les renseignements envoyés par Tchernitchefl et Kaïssarofi, signalant la présence de Napoléon h Bar-sur-Aube et concluant h sa marche sur Troyes.On craignait, l>ar suite, de voir l'Empereur se rabattre de Troyes sur Paris, soit par Pont-sur-Seine, Nogent-sur-Seine et Provins, soit par Sens, Moret et Fontainebleau , et arriver sous les murs de sa capitale, sinon avant les Alliés, du moins assez h temps pour en faciliter la défense et prendre à revers les armées de la Coalition, arrêtées aux portes mêmes de Paris par la résistance de la garnison renforcée par les troupes des maréchaux Marmont et Mortier, des généraux Compans, Vincent et Ledru des Essarts. Aussi, d^s son arrivée h Tréfols, l'empereur Alexandre ordonna k Toll d'écrire à Kaïssarofi et à Seslavin pour les charger de renseigner le quartier général sur la direction réelle suivie par l'armée de Napoléon. Kaïssaroft devait se rejoindre il Provins avec Seslavin, chasser devant lui les troupes françaises de Nogent, Bray et Montereau, balayer la rive droite de la Seine et empêcher l'ennemi de jeter un pont sur ce fleuve. Winzingerode recevait en même temps, et pour le cas où l'Empereur prendrait par Sens et Moret, l'ordre de déborder sa gauche par la forêt de Fontainebleau. II devait agir constamment contre les derrières et la gauche de Napoléon, pendant que Seslavin et Kaïssarofi harcèleraient sa droite et que les deux grandes armées alliées, passant la Seine sous Paris, l'attaqueraient de front. Toutefois, malgré les craintes que ne cessait d'inspirer la possibilité d'une attaque dirigée contre les derrières mêmes des deux armées, on était,

plus que jamais, décidé îi continuer le mouvement sur Paris. Quelques heures plus tard, les souverains et le fçénéralissime recevaient à Coulommiers uni» dépêche du partisan prussien Falkenhausen et un rapport du colonel von Swichow, commandant de Vilry, (|ui, signalant tous deux le mouvement de TEmpereur de TAube sur Vitry, leur firent redouter des opérations dirigées directement contre leurs derrières et les décidèn»nt h apporter quelques modifications tant aux dispositions générales qu^aux instructions qu*on venait d'envoyer fi Kaissaroft. On reprit l'ordre qui le dirigeait sur Provins et on le laissa libn», soit de se porter sur cette ville, soit de continuera se tenir du côté d'Arcis. On arrêta Wréde ; on lui enjoignit de rester en obser\'ation avec le V« corps tout entier et on le chargea de former l'arriére-garde de la grande armée*.

Marche de Napoléon sur Vitry. — Il est évident qu*au moment où il prit, le 26 au soir, la n'»solution de se porter le lendemain sur Vitry et de se rendre maître de celte place, TEmpereur, quoique alarmé par le résultat des interrogatoires des prisonniers, quoique inquiet d'avoir eu affaire à Saint-Dizier à un corps détaché de Farmée de Blûcher, ne possédait encore aucune donnée positive sur la direction suivie par Schwarzenberg. Son mouvement sur Vitry et sur Bar n'avait donc d'autre objet que celui d'acquérir la confirmation, la certitude d'un fait qui ne lui paraissait encore que probable. C'était seulement après avoir pressé les colonnes éparses qu'il avait devant lui, qu'il pensait arriver à savoir si la grande armée alliée s'était repliée sur la Lorraine ou avait pris le chemin de Paris. Les ordres dictés à Berthier* prouvent surabondamment que, le 27, à huit heures et demie du matin, il ignorait encore la marche des Alliés sur Paris ou ne possédait du moins que des renseignements dune valeur par trop douteuse pour lui permettre d'ajouler foi îi une résolution tellement en coniradiclion avec les procédés de guerre des généraux alliés.

* Stahke, Kintlieiluug uncl Tagesbegcbenlieiteii der Haupt-Armee im Monalc Warz (K. K. k'riegt Archiv., III. 1), et Taxis. Tajrebuch {Ihid, XIII, 3i).

» Voir Conrspondance, u° 21,5^4 : Saint-Dizier, Î7 mari, 8 heures !/i matin.

La nuit du 26 au il avait été tranquille ; Winziugerode s'était empressé de filer vers Bar-le-Duc, sous la protection de Benkondorf. En avant de Vilry, aux environs de Marolles, il ne restait devant les avant-postes de Macdonald, de Milhaud et de Saint- Germain que la cavalerie de Tettenborn et les partisans du major prussi(»n comte Falkenhausen. Ce dernier, qui avait fait remonter la Marne à un détachement de cavalerie de landwehr de Silésie, avait dès le matin signalé les mouvejnents de la cavalerie française se dirigeant de Perthes vers Vitry. A dix heures du malin, on savait que toute larmée de l'Empereur, sauf le 2^ corps (Gérard), laissé à Saint-Dizier pour servir de réserve générale et de soutien aux corps détachés sur Chaumont, quittait les positions qu'elle occupait depuis la veille au soir autour de cette ville et allait sur Vilry. A midi, les patrouilles envoyées h la découverte par le colonel von Swichow lui annonçaient l'approche de la cavalerie française. Tettenborn, quittant au même moment Marolles, s'établissait au nord de Vitry-le-François, d'abord sur la rivo droite de la Saulx, vers Vitry-le-Brùlé, et venait prendre ensuite sur les hauteurs de Gravelines, sur la roule de Vilry h Chfllons, une position qu'il conserva jusqu'au 28 au matin, tandis que Falkenhausen parlait avec ses deux escadrons de cavalerie de landwehr pour rejoindre l'armée de Silésie par I^a Ferlé- Gaucher*. Enfin, dès le matin, Tchernitchetf s'était replié des environs d'Éclaron et de Giffaumont sur Rosnay- l'Hôpital et Pougy *.

Nouvelles reçues par TEmpereur devant Vitry. — Conseil de guerre de HaroUes. — Dans le courant de l'après-midi, l'Empereur parut devant Vitry avec les troupes de Macdonald, la vieille garde et 60 pièces de 12 •. Il élail décidé à bombarder et à enlever la place dans le cas où Swichow se refuserait h capituler après le bombardement. Toutes ses dispositions étaient

* Major Martens au fcld-maiéchal Bliichcr, Chaicau-Thierry, 29 mars. (K. K. Kriegs Archiv., lll, 493.)

D'aprî's &laiteos, Tellenbora se serait replié le 27 sur Gliàlons et y serait entré à 6 heures 1/2 du soir.

' Rapport de Tcheroilcheiï, Pougy, 27 mars. (Journal lUt Pièce» reçues, D» 374.)

• Registres de Berlhior. {Archiceë de la guerre.)

prises, lous srs ordi*es donnés, lorsque les réponses des prisonniers, le rapport des soldais échappés aux Alliés, l(»s bullelins cl les proclanialions ivpandus dans les villages et envoyés au <|uarlier général |)ar les paysans des environs, les dépèches inlerceplées vinrent dissiper ses derniers doutes, lui contirmer d'une façon positive la maiX'he des Alliés sur Paris et lui apporter la nouvelle de la défaite de Marmonl et de Mortier, de Tanéantissenient des divisions de Paclhod et d'Aniev. Il devenait dès lors impossible de songer îi bombarder ou même à enh;v(T Vilry de vive force *. Les moments étaient précieux. On avait déjà penlu tant de temps qu'il importait par-dessus tout d(» prendre immédiatement une résolution radicale. Il fallait se décider, soit à courir au plus vile au secours de Paris, soit à rallier les garnisons des places et h continuer les opérations sur les derrières des Alliés.

Telles étaient les questions que l'Empereur se posait d'ailleurs dc^puis plusieurs jours, mais surtout depuis la veille, et dont la solution était maintenant plus pressante, plus urgente que jamais.

S'il prenait le parti de se reporter sur Paris, il fallait déterminer la route de l'armée et Ton pouvait îi bon droit se demander si Ton avait chance de regagner l'avance considérable prise depuis le 25 par les armées alliées. En admettant la possibilité d'arriver encoi'e à temps pour donner la main à la garnison de la capitale, il restait à voir si, en essayant de sauver Paris, on ne commettrait pas une faute irréparable en renonçant aux avantages considérables du soulèvement national qui prenait des proportions inattendues, aux conséquences certaines de cette espèce de Vendée impériale qui s'organisait avec une rapidité surprenante.

Dans d'autres circonstances, à toute autre époque de sa vie, l'Empereur n'aurait pris conseil que de lui-même et n'aurait

* C est à tort que le major Martens, dans son rapport à Dlùcher (Château- Thierry, 29 mars. K. K. Kriegt Archiv., 111, 493), dit: « L'ennemi n'a guère pressé Winzingerode le 27 ; mais, dans la nuit da 27 au 28, il a violemment cauonné Vitry, qu'il a sommé de capituler. »

L'officier prussien commet une grave erreur puisque, dans la nuit du 27 au 28, le gros des troupes françaises, que TKmpereur avait amenées sous Vitry, se reportait sur son ordre sur Saint-Dizier.

jamais songé à demander à ses maréchaux leur avis sur une siluation d'autant plus grave que le sort de la dynastie impériale et le salut du pays dépendaient de la résolution même h laquelle il allait s'arrêter.

C'étaient d'ailleurs moins les craintes qu'il avait pour Paris, que l'attitude même et l'esprit de son entourage, qui lui enlevaient, dans des conjonctures aussi difficiles, l'assurance nécessaire et le point d'appui moral indispensables à ses opérations. S'il n'eût écouté que sa propre inspiration, s'il eût pu compter sur le dévouement et sur le zèle de ses maréchaux, il n'aurait pas hésité un seul instant h exécuter le projet qu'il méditait depuis si longtemps et qui avait d'autant plus de chances de produire les résultais nécessaires et désirés qu'en raison même de sa témérité, ce plan hardi pouvait seul, en étonnant les Alliés, lui permettre de se tirer de la situation presque désespérée au milieu de laquelle il se débattait vainement. Mais Napoléon n'avait pas été sans entendre les murmures et les plaintes que Ton étouBait à son approche, sans remarquer le mécontentement, le découragement et la lassitude h peine dissimulés de ses maréchaux. Craignant avec juste raison que ses lieutenants n'apportassent pas l'entrain et la confiance nécessaires à l'opération hasardeuse qu'il projetait et qui ne pouvait réussir que par la vigueur et la rapidité, il se décida à réunir h Marolles une espèce de conseil de guerre. Pour la première fois de sa vie, au lieu de donner de vive voix aux maréchaux des ordres que le major-général leur confirmait ensuite par écrit, il allait, après leur avoir fait part de ses idées, conférer avec eux et inviter Berthier, Ney et Macdonald à émettre un avis auquel, malheureusement pour lui, il eut la faiblesse de se ranger. Dès que les maréchaux se furent rendus auprès de lui, il leur exposa en peu de mots et l'ensemble de la situation et les deux seules solutions qu'elle comportait.

Il fallait, d'après lui, ou suivre à marches forcées les Alliés sur Paris par le chemin le plus court, celui de Sézanne ou de Coulommiers, ou, s'il était trop tard pour avoir chance de les joindre, se rejeter immédiatement et vivement sur la Lorraine et dans les Vosges. Désireux par-dessus tout de se rapprocher de Paris où ils avaient leurs intérêts et leurs fan)illes, les maréchaux n'hésitèrent pas à se prononcer contre toute opération sur les derrières et sur les lignes de communication des Alliés. Mais,

comme si ce n'eiH pas ôlc assez de celle première concession, Ney et surtout Berthier protestèrent contre le choix fait de la roule de Sézanne et imposèrent sur ce point encore leur opinion à l'Empereur. A force d'insistance ils parvinrent h lui démonirer que l'armée mourrait de faim en traversant des régions dont toules les ressources étaient épuisées par la présence et la marche des armées alliées et que, en admellant même qu'on réussit h l'y faire vivre, on ne parviendrait jamais à forcer près de Paris les passages de la Marne.

Le major-général s'éleva encore contre un mouvement exécuté soit par Arcis-sur-Aube, Méry et Nogent-sur-Seine, soit par Hamerupt et Troyes. Il ne restait plus qu'une route qui, bien qu'aboutissant à Paris par un long délour, réunit les suffrages des maréchaux. Profondément attristé par leur attilude, lassé par la longueur de celle interminable conférence, l'Empereur céda sur tous les poinls. Acceptant les proposilions du majorgénéral, il consentit à faire rétrograder le soir môme Tarmée sur Saint-Dizier et h la diriger sur Paris par Vassy, Bar-sur-Aube, Troves et Fontainebleau.

A 11 heures du soir, le major-général (expédiait les ordres qui consommaient la perte irrévocable de l'Eujpereur, pendant que les troupes, découragées par cette contre-marche exécutée par un temps horrible, reprenaient tristement et lentement le chemin de Saint-Dizier. 11 ne resta sur les positions occupées pendant la journée, ù Marolles et le long de la Marne, que l'infanterie de Molitor et la cavalerie de Milhaud.

Houvements d'Oudinot et de Durutte. — Pendant ce temps Oudinot îiyait continué son mouvement sur Bar-le-Duc; la cavalerie de Trelliard, partie à la pointe du jour des environs de Saudrupt, était entrée h Bar dans la matinée, avait immédiatement occupé toutes les routes en avant de celle ville et fait connaître au duc de Beggio que Winzingerode se retirait par Laimont et Bevigny sur Vitry et (Ihàlons. 11 ne restait devant Trelliard qu'une arrière-garde évaluée par lui îi trois régiments de cosaques et deux de cavalerie régulière. L'infanterie du général Levai avait suivi le mouvement de la cavalerie de Trelliard et était venue s'élablir à Bar pendant que les partis de Trelliard envoyés sur la Meuse, cherchaient à se relier el ii correspondre

Weil. — IV. 7

avrT l(îs généraux Duvigneau ot Durulle*. (kuleriiicr, à la tclo d'une parlio do la garnison de Mclz, avait conini(»ncé par forecT le blocus de Thionville el, après avoir poussé vivement les troupes du prince de Hesse, il entrait le 27 à Luxembourg d'où il allait continuer à manœuvrer sur la Moselle.

Affaire des paysans armés contre la colonne du prince Biron de Courlande à La Parosche. — L'apparition des li-oupes de Durulte avait suffi pour décider les paysans lorrains îi repnîndn» les annes et obliger le prince Biron de Courlande à sortir de Nancy le 24 *.

Afin de s'assurer, h tout événement, la possession d'un passage sur la Meuse et d'empêcher les coureurs français de communiquer avec les généraux Durutte et Du vigneau, Winzingerode avait, aussitôt après le combat de Saint-Dizier, envoyé à Biron Tordre de se n^plier de Naives sur Saint-Mihiel, de garder solidement les ponts de la Meuse et de s'opposer aux sorties de la garnison de V(»rdun. Pendant que Biron exécutait ce mouvement avec une partie de son détîichement, des bandes de paysans armés, soutenus par quelques troupes sorties de Verdun, essayèrent de lui barrer le chemin au défilé boisé de La Pai*osche qu'il avait négligé d*occu|)er. Il ne fallut rien moins que Tintervention de la garnison de Saint-Mihic»! et de la cavalerie russe de Jussefovitch que Biron avait momentanément relevée du blocus de Metz, iK)ur lui frayer le chemin. Tous les bagages des Russes et ceux des deux bataillons prussiens restèrent entre les mains des paysans '.

Mais, tandis que Biron songeait déjà à la possibilité d'une retraite de Nancy sur Deux-Ponts*, tandis que la Lorraine et le

* Général Trclliard à Oudinot, Uar-loDur, i7 mars matin ; Oadiiiot au irénëral Levai, Saudrapt, et Oodinot au major-Kénéral> aux généraux Levai et liottembourg, Bar-lc-l3iic, 27 mars; Journal d'opérations de la division L.eval, et général Durutte, 25 et 28 mars {Archives de la guen-e).

' Composition du détachement sons les ordres du général prince Dirou de Courlande (quartier général, Nancy) : 4 com[)agnie8 do chasseurs, 5 batiiUons de réserve, 0 l>ataiUous de convalescents, 7 escadrons de cavalerie, une batterie montée et 12 pièces de diflférents calibres.

Ces troupes fournissaient, vers la fin de mars, les garnisons de Nancy, Toul, Commercy, Voi*!. Ligny et Saint-Mihiel.

* Leczynski, Uiflorique du i^^ régimcnl d*infanierU \iruttienne.

* Mémoires de Langeron,

Harrois iralteiidaieiit plus qiruii signai et l'apparition de la cavalerie frariraise pour se soulever', on avait fait tenir à Oudinot Tavis du mouvement rétrograde que tes maréchaux avaient pour ainsi dire imposé h l'Empereur et qui entraînait forcément six reiraih». Comprenant bien qu'il ne parviendrait pa» h faire reprendre au major-général des dispositions (|ue le maréchal / considérait à bon droit comme néfastes, le duc de Heggio obéit k ' regret et se mil en marche dès le 28 au matin '.

Opérations de la cavalerie de Pire sur Langres. -> Les

nouvelles envoyées par Pire n'étaient pas moins pleines de promesses que celles recueillies et transmises par Oudinot. Du côté de Langres comme à Bar-le-Duc, on n'attendait qu'un ordre, qu'un signal, qu'un peu d'appui pour s'armer et se soulever. Les habitants de Montigny (sur la route de NeufchAteau) s'étaient déjà, quelques jours auparavant, emparés d'un convoi de cent bœufs et de son es<:orte et, la veille, ils avaient enlevé une vingtame de cavaliei*s wurtembergeois qu'ils avaient envoyés à Pire. La ville de Langres lui faisait dire qu'elle attendait l'apparition de se» escadrons pour massacrer la garnison forte de 1000 à 1200 hommes et que le général comte de Raigecourt semblait décidé à replier sur Vesoul dés qu'il aurait achevé de faire filer les équipages. Les paysans, h dix lieues (^ la ronde avaient déjà commencé k se réunir par détachements. Un certain nombre d'entre eux, montés sur des chevaux de prise, parcouraient avec rapidité tous les point occupés par les Alliés et jetaient la terreur sur leur passage. Et Pire ' ajoutait dans la dépêche qu'il adressait au major-général, le 27 mars à 3 heures et demie :

« Je suis assailli par les paysans qui me demandent de la poudre et des armes pour marcher à l'ennemi. Rien ne serait si

' Oadinot» écrivaiil au niajor-fréiiêral de Saint-Dizier. S8 inats, lui disait : « H est incompréhoDsible qu'on ne prodte pas de IVlan des paysans de la Lorraine et du Barrois. H ne faut pas laisser refroidir la chaleur de ce peuple, qui ne respire que la vengeance. » (Archivet de h guerre,)

* Major-géui^ral à Oudinot, Saint-Dizier, Î7 mars, 11 heures soir : « D'après les renseignements, l'ennemi nous presse sur Paris, ce qui décide Sa Majesté à s'en rapprocher à grandes marches. Partez demain S8, au jour, pour revenir à Saint-Dizier et suirre nos mouvements sur Vassy et Douievant. » (Archivée de la guerre.)

* Général de Pire au major-général, Chaumont, i7 mars^ 3 heures 1/1 du soir. {Archivet de h guerre.)

t,ii ilt' nnt' ii t'iultUv riijMirnM'liori dans tout Ut Bassi^iiy e( je suis M'Hiiin i\iu' rt' tuouM'îUitul HV*U;n(lrait i'a|)icl(5mentelsc communii|iH'i'ail au^hil/il h la l^oiTaiiMs h l*Alsaa% «'i la Franche-Comte et a la liunr^o^ne. Je |i|'0|iok(; .'i rKnipereur de faire sonner le torhjM 11 ïtw* lieunt et ît un jour fixés dans toutes les communes dn la Haute Marne. Nous nianlierons sur Langres et sur Vesoul. » Maih iiendant i|ue Pire eointevait et prc'iparait ce projet, pendant i|u'il he dihpohait h pousser vc>rs l(»s Vosges, on lui expédiait de Haint hi/ier, li 1 1 heures du soir, l'ordre de revenir sur Montieren her pour rouvrir h' liane droit (h* Tannée, de continuer de là htir hriiMine i^t d'iMivoyer des nouvelles à Doulevant « d'où Faruii^e ira, hoil sur llritMine, soit sur ihir-sur-Âuhe V »

Meaurea prliei par loa AUiéa pour protéger leurs derrlArea. — Tout en reconnaissant qu'on ne saurait, même aujourd'hui, npprtVier les eonséquenees probables qu'aurait pu avoir la ivalihiUion tUi plan hainli auquel Napoléon n*avait renoncé qu'à eauMMie la ivsislaueeel du découragement de ses lieutenants, il Hul\ini cepouiliiul lie ivsunier ici les mesun\s de précaution prises \\i\v IcH Allies pour se l'uin* une idée des craintes ({n'inspirait U |Hvvxibilile \l un MUiUHenienl généraK de la terreur que l'appanliou \W ISiv et li'Oudinot avait jeUV sur les derrières des Alliés.. |Hmr se \ioiu;uuier >i. bien que |Kirvenus à deux jours de marche do l\iii>, lo> NOUNonùus et le généralissime n\iuraient pas, à la iiv^uxoUc do liirrixiv do rKuqH*r\Hir à ilhaumoalou à B;ir-le-Duc, ix^m^iKV À lour> pr\^jols wnlrt* Kn capitale ^nnir st» rtiourner conln*

V o xjui ^M uuvuiCNlstbU\ o\\sl qu'à Wjini, où remjH^nnir d'Auiiuhv ots*ïl xouu ohcrv'hcr un rt'fugv^ ol d où le feld/eugmeisler iVivi owinaU d ojt^aiumt U vlotVuso d<*> lignes de communicai'»»:». oiï ci\^\vt!t laTr^rx's irr\*\\.VAblomeul |vnlu *. ihi avait Umu

presser la nitirclie des rentorls en ronlo, riiuiuiétude croissait d*heureen heure.

Depuis, le 25 mars, Mauriche Liochlenslein, venu de Troyes avec sa division légère, avait dû établir son gros h Chanceaux, détacher quatre de ses escadrons h Courban et h Chi\tillon-sur- Seine, parce qu'on redoutait de ce côté l'apparition du détachement du général Allix posté h Auxerre\ Les renforts wurlerabergeois, sous les ordres du général von Spilzemberg, avaient, depuis la même époque, rétrogradé de Bar-sur-Aube, occupé maintenant parla division Hanrion, sur Dijon où Ton avait arrêté les hussards de Blankenstein * et deux batteries autrichiennes. Tous les équipages qu'on avait fait filer de Chaumont et de Langres avaient ordre d'aller se parquer îi Montbéliard. Les réserves d'artillerie restaient encore pour le moment à Vesoul, Montbéliard et Altkirch. L'alarme s'était répandue jusqu'à Besançon. La Franche- Comté s'agitait et prenait les armes, et Aloïs Liechtenstein, qui commandait les troupes chargées du blocus de la place, avait envoyé h Champlitte et à Vesoul des partis chargés de lui procurer des nouvelles de la grande armée alliée. En même temps il faisait mettre Salins en état de défense et dirigeait sur Estalens les équipages de son corps et sur Ponlarlier sa réserve d'artillerie.

A Vesoul, le général russe Œrtel armait à la hâte les malingres et les convalescents; il faisait arriver en toute hAte les détachements russes échelonnés sur la route de Bàle et arrêtait à Vesoul les grands-ducs Nicolas et Michel qu'il empêchait de rejoindre l'armée, tant il craignait de les voir enlever par les paysans armés. Le général Mecsery, qui devait rejoindre l'armée du Sud avec des contingents de troupes fédérales allemandes.

jusqu'à portée du canon de la place. Elle se compose de 6 esc<idrons. Je tiendrai la garnison sous les armes pendant toute la nuit. »

* Maurice Liechtenstein au feldzeugmcister Duka, Chanceaux, 27 mars. (K. K. Kriegs Arehiv., III, kSÏ 1/2 h.) :

u Tout est tranquille devant moi, écrivait-il à cette date. L'ennemi ne boufrc pas à Auxerre. Mes patrouilles, envoyées vers Semur, Nogent et Tonnerre, n'ont rien aperçu. L'ennemi a quelques vedettes à Bricon et sur la route de Châtillon à Uar-sur-Aube. »

* Le régiment de hussards de Blankenstein, fort de 7 escadrons 1/2, avait, dés le 1 6 mars, reçu l'ordre de rejoindre la grande armée et devait, d'après les calculs du prince héritier de Hesse-Hombourg, être rendu à Dijon le 24 mars.

Prince héritier de Hesse-Hombourg à Scharwzen!)erg, MAcon, 16 mars. {K. K. KrUgg Archiv., III, 297.)

avait reçu l'ordre de venir renforcer Cf^rlel à Vesoul et de régler sa marche de façon h y arriver le 5 avril au plus lard '. Un autre bataillon de renforts (troupes wurlenibergeoises) avait ordre de continuer de Bâle sur Dijon dont la garnison devait être renforcée le 30 mars par une colonne de 1250 honjnies. On augmentait également de 1400 hommes Teffectif des troupes qui, sous Jos ordres du général bavarois von Zellern, assiégeaient Huningue. Entin, on appelait à Dijon la brigade de cuirassiers autrichiens du général -major Kullalek* et Ton prescrivail au général baron Gollner, qui venait de quitter Ulm et Memming<Mi h la fêle de 14 bataillons de réserve, d'accélérer son mouvement RurBîUe".

28 mars. -• Mouvements et positions de l'armée de Napoléon. — Le (Capitaine avait malheureusement fléchi devant le Souverain et les intérêts dynastiques l'avaient définitivement emporté sur les considérations militaires \ Le sort en était jeté et, le 28 au matin, pendant que les postes avancés de Swichow signalaient au commandant de Vitry la retraite de la cavalerie française, l'armée de l'Empereur conimençait en quatre colonnes sa marche sur Paris. Des deux colonnes formées par la cavalerie, l'une, celle de Pire, devait revenir de Langres et de Chaumont ; l'autre, se composant de la cavalerie de la garde sous les ordres de Sébastiani, avait ordre de passer la Marne à gué près de Saint- Dizier à 7 heures du matin et de pousser par Vassy et Montieren-Der sur Brienne. Ney, parlant h 6 heures du matin avec l'in-

* Lorsque Mocscry arriva \e 1®' avril à Bûle, on avait des craintes si s«Tieusrs pour le blocus de Besancon qu'il y trouva l'ordre d'envoyer à Alols Liechtenstein trois de ses bataillons, qui arrivèrent sous celle place le 6 avril. Le reste du détachement du général Mecsery fut alors dirigé de BAle, non plus sur VesouL mais sur Lyon.

' u J'ai fait partir, écrivait le prince héritier de Hesse-Hombourg à Schwarzenberg, de Vienne, le S7 mars {K. K. Kriegs Arehiv., \\l, 471), le général Kuttalek avec deu\ régiments de grosse cavalerie qui doivent rejoindre la grande armée. »

' Rapport du feldzeugmcister Duka an prince de Schwarzenberg, Dijon, 31 mars et 7 avril. {K, K. Kriegt Arehiv,)

* Reconnaissant plus tard à Sainte-Hélène les fautes qu'il avait commises {tendant la campagne de 1814, Napoléon s'écria à plusieurs reprises : u Si j'avais été le fils d'un empereur, le deuxième de ma dynastie, au lieu d'être le premier, aucune puissance n'aurait pu me renverser du tri^no )>.

faiiterie de la garde qui ronslituait la Iroisirnie colouiio, devait aller sur Vassy el Moiilier-oii-Der. Knliu la qualri(»nie eolouno (les 2® el 11« corps) devait ôtrc rejointe par le 7« eorps d'Oudinot revenant de Bar-le-Duc, et former Tarrière-garde de l'armi^e impériale «.

Pendant que Tarmée s'engageait par un temps horrible dans des chemins de traverse dans lesquels on drtt, jiour faire passer l'artillerie, abandonner nombre de caissons dont les attelages servirent h renfoncer ceux des pièces, les paysans amenaient à l'Kmpereur, sur le point de quitter Saint-Di/.ier, des personnages qu'ils avaient enlevés entre Nancy et Langres el parmi lesquels se trouvait, entre autres, le baron de Weissenberg, ambassadeur d'Autriche à Londres *.

L'Empereur n'était pas homme à laisser passer un pareil incident sans essayer d'en tirer parti. Il retint l'ambassadeur h déjeuner, conféra longuement avec lui, le lit remettre en liberté avec le personnage qui l'accompagnait et le chargea d'une mission confidentielle pour l'empereur d'Autriche. Mais ce diplomate, se rendant d'abord au quartier-général allié, ne rejoignit l'empereur François que lorsque tout était irrtWocablement fini. De toute façon d'ailleurs, et môme en offrant d'accepter les conditions des Alliés, l'Empereur n'aurait pu rien obtenir.

Quelques instants après le départ de Weissenberg et de ses compagnons, l'Empereur, quittant lui aussi SaintDizier, arrivait dans l'aprôs-midi à Doulevant et y trouvait un émissaire de La Valleltc, porteur d'un billet chiffré signalant « les menées des partisans de l'étranger », insistant sur la nécessité du retour immédiat de l'Empereur dans sa capitale « que sa présence seule peut sauver » et finissant par ces mois : « Il n'y a pas un moment h perdre \ »

Mais les routes n'étaient pas sûres, et Napoléon ne pouvait pas s'exposer h être enlevé par des coureurs alliés. De plus, si sa

* Major-gënéral à Drouot, Ney, Defrauce, Macdonald; Saint-Dizier, nuit du S7 au Î8 mars. (Arehivet de la guerre.)

' Faim (Manuscrit de 1814) prétend que Vilrolles se trouvait au nombre des personnages amenés par les paysans et qu'il échappa au châtiment qu'il méritait en endossant la livrée d'un des domestiques de l'ambassadeur autrichien.

* Pain, Manuscrit de 181 i.

présence était indispensable à Paris, elle n'était pas moins nécessaire i\ l'armée sans laquelle il ne pouvait rien entreprendre et dont lui seul était capable de régler et d'accélérer les marches. Malgré son impatience et son inquiétude, force lui fut donc de rester à Doulevant, de passer la nuit du 28 au 29 h Tendroil même où il s'était arrêté, encore plein d'illusions d'espérances, et le 24 et le 23.

Le 28 au soir, les différents corps de son armée occupaient les positions suivantes : la garde (infanterie et cavalerie) avait atteint les points indiqués par les ordres de mouvement : la cavalerie de Maurin, arrêtée par la nuit, n'avait pu aller jusqu'à Brienne et s'était arrêtée à Morvilliers. Derrière elle, Saint-Germain avait installé sa cavalerie h Nully à Tembranchemenl des routes de Bar-sur-Aube, Brienne, Colombey et Montier-en-Der *•

Macdonald n'avait quitté de sa personne les hauteurs de Valcourt que vers 5 heures, au moment de l'arrivée d'Oudinot avec le 7« corps. Il laissait, pour protéger les troupes d'Oudinot, le 5*^ corps de cavalerie échelonné i\ Hallignicourt , Héricourt et Eclaron. Le 2« corps occupait Champgerbeau et Attencourt ; le 11*. Eclaron, Allichamp et Louvemont. Le quartier général du duc de Tarente était h Vassy *.

Le 7« corps s'était établi pour la nuit à Saint-Dizier. La division Uottembourg y occupait le faubourg sur la roule de Vitry ; une des brigades de Levai était h l'entrée de la ville sur la route de Bar, l'autre sur la route de Vassy, la troisième dans la ville. Trelliard, posté avec sa cavalerie à Valcourt et à Héricourt, observait la Marne et la roule de Vitry. Toutes les troupes du 7« corps devaient reprendre le 29, à 4 heures du matin, leur marche sur Doulevant. En rendant compte de ses mouvements au major-général, Oudinot n'avait pu s'em])êcher de lui exprimer une fois encore tous les regrets que lui avaient causés les ordres auxquels il avait dû se conformer. « Laissez-moi vous dire, lui écrivait-il, qu'il est incompréhensible que dans celte circonstance on ne

* Maurin aa major-général, Morvilliers, 28 mars, 8 heures du soir, et Sainl-Germain au major-général, Nully, 8 heures soir. (Archives de la guerre. )

• Macdonald an major-général, Valcourt, 28 mars, 2 heures après midi, cl Vassy, 8 heures du soir, et Molitor au duc do Tarente, Le Uuirson. 28 inar«. soir. (Ibid.)

profile pas de l'élan des paysans do la Lorraine et du Barrois pour opérer une diversion avec des chances qu'on ne retrouvera jamais plus, si on laisse refroidir la chaleur de ce peuple qui ne respire que vengeance *. »

Pire, à qui le major-général avait envoyé ii 3 heures 1/2 Tordre do venir couvrir la gauche de Tarmée le 29, entre Bar-sur-Aube et Colombey-les-Deux-Églises, ignorait encore le 28, h 8 heures du soir, la direction prise et se disposait h retourner de Vignory surChaumont où il comptait attendre les instructions du majorgénéral. Dans la dépêche qu'il adressait le soir au major-général, il insistait à nouveau sur la fermenUition qui régnait dans le Bassigny et lo Barrois".

Craintes des Alliés pour Langres. — Sur les derrières des alliés, on n'avait pas été sans s'apercevoir du changement de direction apporté h la marche des colonnes françaises; mais l'émotion produite par les mouvements de Pir(», les craintes causées par la spontanéité, la violence et l'intensité du soulèvement national n'étaient pas encore près de se calmer.

Les dépêches envoyées par Wieland et Baigecourt à Duka, les instructions adressées par le feldzeugmeister ù ces officiers, portent toutes l'empreinte des inquiétudes et des préoccupations dont on ne devait se débarrasser qu'après la chute de Paris.

' Oadinot au major-général. Saint-Dizior, ÎS mars. soir. (Arehivet de la guerre.)

* Pire aa Major-géuéral, Vignory, 28 mars, 8 heare» soir. (Ibid.)

Pire s'atlendait si peu à la possibilité d'un moavement sur Paris, il croyait si fort à la continuation des opérations sur les derrières, qu'il faisait écrire le 28 mars do Vignory par son officier d'ordonnance au préfet de la Haute-Marne la lettre suivante qui, interceptée par les cavaliers alliés, se trouve actuellement au K, K. Kriegt Archiv., IV, 309 6 :

u Monsieur lo Préfet, M. le général baron de Pire me charge d'avoir l'honneur do vous faire part des nouveaux succès remportés par Sa Majesté dans la journée d'hier, dont le résultat a été de 25 canons pris.

« Sa Majesté aura ce soir son quartier impérial à Vassy, peut-être déjà à Doulevant, Vous devez donc vous attendre à l'avoir dans vos murs demain ou après.

M En conséquence, prenez toutes vos mesures. Vous le pouvez avec d'autant moins de crainte que, supposition faite qu'une patrouille ennemie vint à pénétrer dans Chaumont.elle ne |>ourrait se rendre maîtresse de co que vous aurez fait manutentionner, à défaut de moyens de transport.

« Le général me charge de vous prévenir également que, s'il ne rentre pas ce soir à Chaumont. il y i;era demain matin. »

A 6 heures 1/i du matin, le colonel Wieland, posté h Saint - Mirliel (ù quatre lieues environ au sud de Langres sur la roule; de Dijon), mandait à Duka * qu*on avait informé le major Bereny, établi depuis le 27 au soir du côté de Saint-Geômes, de la présence de troupes de cavalerie ennemie qui se seraient montrées aux environs de Langres et principalement à l'ouest de la place où tout cependant était resté tranquille. Il mandait encore h Duka que le major comte d'Auteuil, des chevau-légers de Hoscnberg. lui faisait savoir de Pereey-le-Paulel, près de Longeau, que le comte de Raigecourt, décidé h s'enfermer dans Langres, |)laçait sous ses ordres les deux escadrons de chevau-légers et un escadron de cavalerie russe auquel Wieland avait prescrit de pousser en avant s'il n'arrivait rien de nouveau. Un peu plus tard, dans une deuxième dépêche, Wieland disait à Duka * : « Mes patrouilles n'ont pas trouvé trace de Tennemi, et le général comte de Raigecourt m'informe que tout est tranquille autour de Langres. »

Wieland annonçait en même temps l'arrivée d'un parti de GO chevaux appartenant h la division légère de Maurice Liechtenstein et qui, venant de Chanceaux, s'était relié h l'escadron posté h Saint-Geômes. Ce parti, aux ordres du capitaine von Oenhausen, n'avait pas rencontré de troupes françaises sur sa route ; mais en chemin il avait été harcelé par les paysans armés '. Au moment où, après avoir communiqué avec Oenhausen, Raigecourt écrivait à Duka, il savait déjà que la cavalerie de Pire avait évacué Chaumont à 2 heures de l'après-midi. Il mandait également que, d'après le dire d'un prisonnier. Napoléon devait être de sa personne k Bar-sur Aube et à Colombey et a qu'il avait poussé sur Rolampont les trois escadrons du comte d'Auteuil avec ordre d'envoyer de ce |)Oint des partis vers Nogent-le-Roi, Montigny et Chaumont ». »

Affaire des paysans armés à Fayl-Billot. — Le même jour.

* Colonel Wieland au feldzeugmeUter Duka, Saint-Michel, iSmars, 6 h. 1/2 du matin. (A'. K, Kriegt Arehiv,, III, 484 c.)

' Colonel Wieland ao feldzeugmeister Duka, Saint-Michel, 28 mars. (Ihid,, III, 484 d.)

' Général comte de Raigecourt au feldzeugmeister Duka, Langres, Î8 mars, soir. (/6fVi., III, 484 :;.)

les gens do Kayi-Billol avaienl atta(|ué un ronvoi d'artillorie composé do dix-huit voilures el un gros convoi de bagages et s'étaient emparés de ces deux convois après nn combat assez vif à la suite duquel le commandant du poste de FayUBillot avait dû évacuer le village. Raigecourt y avait envoyé un parti de cavalerie qui lui avait rapporté lu confirmation de ces faits, mais (|ui avait été suivi pendant toute sa marche, à l'aller comme au retour, par les coups d(^ fusils des paysans embusqués dans les bois fi travers lesquels passe la route de Langres h Fayl-Hillol. « Un petit détachement, ajoutait Raigecourt *, ne pouvant aller :i Fayl-Billot, j*y enverrai demain 300 hommes d'infanterie et 60 cavaliers avec Tordre de disperser ces bandes et de rétablir les communications. Un autre parti battra lo pays entre Chaumont et Fayl-Billot. »

On était un peu moins inquiet du côté de Tonnerre et d'Auxeri*e. Des détachements, appartenant ii la division légère de Maurice Liechtenstein, avaient pu se rendre sans incident de Tonnerre h Saint-Florentin. On redoutait néanmoins les conséquences de la présence d'AUix h Auxerre. « Le général AUix, écrivait le prince Maurice de Liechtenstein, organise d'Auxerre Tinsurrection des pay.sans qui se forment en bandes près des villages et s'éclairent en avant par des vedettes *. »

Winiingerode retourne à Saint-Diiier. — Arrivé h Châlons dans la nuit du 27 au 28 mars, Winzingerode y avait opéré sa jonction avec Tettenborn. S'apercevant le 28 au matin du changement apporté ù la marche des colonnes françaises, il avait quitté Chftlons pour rentrer le soir avec Tettenborn à Saint-Dizier où Tchernitcheff les rejoignit quelques heures plus lard, dans la nuit du 28 au 29. Cet officier général, dérobant son mouvement h la cavalerie française, s'était rejeté de Pougy vers Trannes et avait laissé à Trannes, Soulaines et Sommevoire des postes chargés d'observer les mouvements des Français.

Malgré le dire des prisonniers et des traînards ramassés par

i Général comte de Raigecourt au feldzeugmcister Dnka, Langres, 30 mars. (A'. K. KriegtArehiv., III. 309 s.)

* Prince Maurice Liechtenstein au feldxeugmeister Duka , Chanreaux, 28 mars, (Ibid,, III. 484 n.)

les cosaques de Tchernilcheff, les généraux russes avaient peine h croire à la marche de l'Empereur sur Troyes. « Napoléon, écrivait Martens *, va vraisemblablement vers Sézanne et Montmirail pour se jeter sur Tarmée du prince de Schwarzenberg. » Et il ajoutait : « Le général Tettenborn pense que le général Winzingerode se dirigera pour cette raison vers Épernay afin de se rapprocher de Tarraée de Voire Excellence. » Et il terminait sa dépêche par ces mots : « Il est certain que Napoléon a rebroussé chemin avec toute son armée et marche sur Provins. »

Observations sur la position des armées alliées et sur les ordres de moavement de Schwarzenberg pour la journée du 28 mars. — Le 27 au soir, lorsque l'Empereur, cédant aux conseils de ses Maréchaux, modifiait ses résolutions primitives et revenait de Vitry sur Sainl-Dizier, les deux grosses masses des Alliés, marchant vers la Marne par les routes de Coulommiers et de La Ferté sous-Jouarre, avaient atteint avec leui*s avant-gardes : la grande armée, les environs de Crécy; l'armée de Silésie, Trilport et Meaux. Les nouvelles arrivées dans la soirée du 27 au grand quartier-général étaient cependant encore assez vagues. On supposait, on inclinait de plus en plus à penser que, à la suite du combat de Saint-Dizier, Napoléon renonçant à continuer son mouvement sur les Vosges et sur Metz, se retournerait vers Paris ; mais on ignorait en revanche la route qu'il avait suivie. On espérait être fixé sur ce point si grave et si important par les rapports impatiemment attendus de Winzingerode, Tettenborn, Tchernitcheff, Kaïssaroff et Seslavin. On se demandait si, en partant de Vitry et en passant par Fère-Champenoiseet Sézanne, l'Empereur n'essaierait pas do rejoindre les Alliés et de les prendre à revers. On craignait également d'apprendre que, parti de Vitry le 27, poussant encore le soir même jusqu*h Sompuis et continuant de là sur Nogentsur-Seine, l'Empereur chercherait, et parviendrait peukêtre même, à amener en trois marches forcées toute son armée le 30 h Fontainebleau. On pensait que dans ce cas il ne manquerait pas de précéder ses troupes, et le généralissime, comme les sou-

1 Winzingerode à l'empereur Alexandre, Cliâlons, i8 mars (Journal de» pièeet reçuet, n® 600), et Martens au feld-niaréchal Rlucher, Château-Thierry, SO mars. (AT. K. Kriêgt Arehiv,, III. 493).

- iOi) —

vrraiiis, se préocrupail (l«îjà rc qu'il rouvinidrail dr faire dans h* cas où lo 29 au soir, au nionicnl de pnMidre les dispositions pour allaquer Paris, cui recevrait la nouvelle de Tarrivée de Napoh^on dans la capitale où sa présence aurait tout changé.

Les opérations dcî rEni])ereur pouvaient c^ncoiv revêtir pour eux un (caractère d(» n'îelh» gravité, dans le cas où Napoléon aurait pris le chemin de Sézanne et de Coulonimiers. Le 28, en effet, les Alliés, faute de moyens suffisants et de mesunvs préparées à Tavance, allaient être obligés de conccMilnT leurs masses pour leur faire passer sui'cessivement la Marne, et, ce même jour, l'armée de l'Empereur pouvait à la rigueur êtn^ déjà près de Sé/anne. La nouv(»lle de l'approche de Napoléon d(»vait dans ce cas arriver au quartier général des Alliés au moment où, par suite de leurs dispositions défectueuses, hnirs troupes auniient été forcément entassées dans un angle de la Marne, au moment où l'on se serait vu forcé de peindre un jour pour réparer cette faute. Dans ces conditions il eût été difficile de continuer les opérations contre Paris. Il aurait fallu se résigner h livrer une grande bataille et on aurait d'autant plus probablement pris le parti de se rabattre sur TAisne que Soissons tenait toujours et était si vigoureusement défendu que Bfdow ne semblait guôir prés d'en venir à bout. On peut donc prétendre h bon droit que la chute de TEmpiTeur fut amenée par un moment de faiblesse, par le décounigement auquel il céda à son arrivée devant Vitry le 27, par la faute qu'il commit, d'abord en demandant, puis en suivant les avis timorés des Maréchaux, au lieu de se fier comme toujours à ses propres lumières, à son activité, h son génie.

L'inquiétude des Alliés, leurs hésitations justifiées cette fois par l'absence de nouvelles positives, en sont autant de preuves indéniables. On ne saurait donc reprocher au généralissime une prudence bien naturelle en pareille circonstance. On doit au contraire reconnaître qu'il fit preuve d'un grand tact et d'une réelle intelligence en établissant, le 27 au soir, la disposition réglant les mouvements du 28 mars, en se décidant h continuer, sans rien brusquer toutefois, la marche sur Paris et en prenant des mesun»s de précautions, exagérées peut-être, mais nécessaires pour le cas où il aurait fallu parer de suite aux éventualités diverses qui pouvaient se produire et dont il importait plus que jamais de tenir

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