LES ATTELAGES DE BŒUFS SORTIRONT DES ÉTABLES
d'autres ressources que celles que procure un travail sédentaire. De plus, de nombreuses banques ou maisons de commerce ont dû, pour continuer leurs affaires, faire appel à des femmes ou à des jeunes filles, et il est probable qu'elles les garderont après la guerre. On dit bien que la guerre aura fait des vides parmi les employés, mais elle en aura fait aussi parmi les patrons. De plus, beaucoup d’employés, par suite des conditions antihygiéniques de leur travail, ont été jugés inaptes au service auxiliaire. Serait-il possible de diriger vers la terre un certain nombre de ces jeunes hommes? Je le crois. Il est certain que beaucoup de jeunes gens, nés à Paris, ont la nostalgie de la vie à la campagne. Pour s’en convaincre, il suffit de causer avec de vrais Parisiens, ou de songer au succès des jardins ouvriers. Ce qui empêche souvent de passer du souhait à la réalisation, c’est la crainte de l’opinion, la difficulté de prendre une grande décision, la routine. En bouleversant tout, la guerre aura peut-être supprimé ces obstacles, pour peu que l’initiative privée y aide. Il faudrait attirer l’attention des jeunes gens des tranchées sur la possibilité du retour au travail agricole, sur les avantages qu’ils y trouveraient au point de vue pécuniaire, et au point de vue de l’entretien facile d’une grande famille. Comme notaire, j’ai constaté que les cultivateurs mettent de côté, chaque année, des sommes relativement considérables, tandis que les employés d’assurances, de banques, de commerce, ne sortent pas, à moins d’héritage, des dettes qu’ils contractent. En s’adressant aux propriétaires, aux fermiers, pourrait-on leur demander d’accepter dans leurs exploitations ces nouvelles recrues, qui leur donneraient un travail inexpérimenté, au début, mais si rempli de bonne volonté ? »
Ne rien négliger, c’est un principe de succès. Que tous ces moyens soient donc tentés. Mais il en est un autre qui doit les compléter, sans lequel ils seraient impuissants à ramener et à maintenir la vie dans les campagnes. J’en parlerai donc à présent.