‹ La campagne francaise et la guerreChapitre 16 sur 46 · A MONTFORT · texte numérisé non relu

A MONTFORT

l’amaury

ment et punition, entre bien d’autres, de la faute qui pèse lourdement sur toute l’armée, toute l’industrie, tout le commerce, et sur tant d’existences pour un seul départ désemparées et abandonnées : la peur de ceux qui auraient dû naître. L'administration de la guerre prendra des mesures pour aider la culture au printemps. Elle fera de son mieux. Mais l’aide sera insuffisante. Elle doit l'être. Nous nous battons pour qu’il y ait toujours une France. Quand la victoire aura répondu oui, que dureront les jachères, dans toutes les fermes dont le chef sera revenu ? Dès le premier mois de la paix, Seigneur, qu’il y en aura des brûlis de mauvaises herbes au coin des champs, et des fumées dans le ciel ! Les attelages de bœufs et de chevaux sortiront des étables, et le dessin des sillons, partout, rayera le sol endormi.

Mais ailleurs? Là où la femme est restée veuve? Là où il faudrait trois ou quatre solides laboureurs, et où deux seulement reparaîtront? Comment remplacer les manquants? La crise est inévitable. Elle sera singulièrement aggravée par l’essor industriel, par l’appel de toutes les usines anciennes ou nouvelles, de celles qu’on rebâtira à la même place, de celles qui seront transplantées de l’est à l’ouest, ou de l’est au midi, de celles qu’on créera pour faire échec à l’industrie allemande et conquérir le marché du monde. L’industrie disputera encore, et plus âprement qu’autrefois, les hommes à la terre.

Comment sauver celle-ci ?

J’ai dit qu’on pourrait obtenir l’aide d’ouvriers agricoles polonais, et développer l’immigration depuis quelques années commencée. Il y a des raisons nouvelles pour attirer chez nous la Pologne, et pour qu’elle soit aimée. Mais ce sont avant tout les Français qui doivent prendre soin de la terre française. On ne trouvera pas d’autres moyens de remédier au mal que ceux qu’indiquent la nature et le simple bon sens. Il faut que la famille

redevienne riche d’enfants, c’est-à-dire de force, de valeur éducative, de tradition, d’avenir, et il faut que les enfants reprennent goût au travail manuel, et d’abord au travail essentiel, celui des champs. Et ainsi la plus claire, la plus rude expérience pose le problème de l’école, et la nécessité apparaît d’une orientation nouvelle des programmes, des méthodes, de l’esprit de l’enseignement. Si vous voulez des agriculteurs, n’élevez pas des enfants de la campagne comme s’ils devaient passer leur vie dans un bureau. Si vous voulez des hommes et des femmes qui soient attachés à la petite patrie, ce qui est la plus sûre manière et peut-être la seule de l’être à la grande patrie, n’élevez pas les petits paysans de l’Artois comme ceux du Languedoc ou des Alpes, ceux de la Méditerranée comme ceux de la Bretagne; mais, à côté des notions communes, donnez à chaque région une instruction régionale et quelques connaissances qui relèvent sa fierté locale et lui fassent connaître sa place dans l’ensemble. Si vous voulez préparer d’heureux ménages populaires, n’élevez pas des filles qui sauront la formule chimique de l’eau et le principe d’Archimède, et qui ne sauront pas tremper la soupe. Persuadez-vous qu’il y a diversité nécessaire dans la nation la plus unie, que cette diversité est conservatrice de l’énergie, cause de mille entreprises, l’un des facteurs puissants de la grandeur commune, et que, le jour où vous auriez réussi, par l’uniformité de l’éducation longtemps maintenue, à effacer toute différence de caractère et d’ambition entre un résinier des Landes et un éleveur de Normandie, vous n’auriez plus, en France, qu’une masse amorphe, attaquable par tous les acides, tous les vents, toutes les gelées, toutes les nuées, destinée fatalement à se dissoudre et à se fondre dans l’élément étranger.

L’une des personnes qui m’ont écrit à ce sujet, une femme dont toute la vie s’est passée à instruire les enfants, fait, à propos de deux écoles qu’elle connaît particulièrement, ces remarques, signes d’une supériorité de jugement qu’aucun diplôme ne remplacera jamais : « Mon regret, que les maîtres ne comprennent point, c’est que, pour les jeunes filles surtout, ces écoles soient purement intellectuelles. Il faudrait, dès la deuxième classe, que les fillettes fissent du ménage. Un tiers de la journée occupé à cet utile exercice donnerait les meilleurs résultats. Si toutes nos écoles devenaient semi-ménagères, les jeunes filles deviendraient simples, économes, dévouées. Elles mettraient leur bonheur à se dévouer dans leur intérieur, qu’elles ne voudraient plus quitter pour aller travailler au dehors. Une femme ordonnée sait tirer parti de tout, et si, avec son aiguille, elle peut apporter un petit supplément de gain à son mari, c’est parfait ; mais l’homme qui fonde un foyer doit pouvoir y suffire, et il y arrivera, s’il est sobre ».

En attendant ces réformes, d’ordre moral et d’ordre pédagogique, qu'il ne faut cesser de demander, de préparer, de rendre présentes à l’esprit des

l’administration DE LA GUERRE PRENDRA DES MESURES

EN BRETAGNE

LES JEUNES Fil LES DEVIENDRAIENT SIMPLES

Français et de ceux qui auront la redoutable tâche de faire, de la France victorieuse, une France viable, quels éléments de fortune avons-nous, qui puissent combler les vides que la guerre et l’abandon volontaire auront laissés dans les campagnes ? Un notaire des environs de Paris, secrétaire d’un syndicat agricole, estime, avec raison, qu’il est possible de décider à revenir à la terre certains hommes désabusés par l’expérience des villes. « Vous savez sans doute qu’à Paris et dans les grandes villes, il y a pléthore d’employés aux écritures et insuffisamment formés dans les métiers.

Pourrait-on arriver à faire refluer vers la campagne une partie d'entre eux? Ce serait infiniment désirable.

Car leur situation, après la guerre, sera de plus en plus précaire. Beaucoup de mutilés n’auront et ne pourront avoir

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