TOUT AU BORD DE LA ROUTE
grosses jambes et point d’allure, mais une sorte de traînement et de dandinement qui ne s’arrêtait jamais dans les montées. Ce cheval, contrairement aux alpinistes, ne soufflait que dans les descentes. L’homme sifflait, Barnabe tirait, la petite carriole, où étaient alignés les pots de fer-blanc, brinqueballait sur les cailloux que les pluies de printemps précipitent des sommets et qui roulent où ils peuvent. Cependant, quand il approchait de la grange qui garde l’entrée du village et de cette porte charretière, souvent ouverte, qui laissait voir une cour toujours en ordre et balayée, il s’arrêtait de siffler.
Plus d’une fois, il avait aperçu traversant la cour cette Louise qui était bien la plus sage hile du bourg. Elle avait le visage ferme de celles que rien du dehors n’étonne, parce qu’elles vivent en dedans : les choses et les gens peuvent
passer à côté de leur secret, comme l’eau qui coule à la pile d’un pont. Du moins c’est l’apparence. Ils se rencontraient, les dimanches, devant l’église, car ils étaient tous deux de race très chrétienne. Avant la guerre Maurice était trop jeune pour que le père pût prendre au sérieux ce prétendant et lui permettre, selon le mot très ancien, de « causer » avec Louise.
Mais la guerre a tout vieilli en un jour! Elle a tout révélé ! Quand on sut, dans la
montagne, que les hommes allaient partir, il n’y eut plus de coutume et chacun put parler selon son cœur. Quand le jour fut venu, un peu plus tard, du départ de la classe i g 1 5 , Maurice monta au village et il demanda Louise. Comment ils se virent, comment ils pâlirent tous deux en même temps, comment il l’emmena devant tous, sur la route, dans le grand jour, pour que personne ne se méprît
sur l’aveu, et comheure d’horloge, ils parler à plein cœur,
yeux,
sans embar-
tant d’idées leur vejoies, personne ne La guerre, la paré! Le soir même, demeurée à la ferme plus blanche de vinaire et plus brave elle eut fini le travail, ce qui reste de jour, du mois d’août, mière lettre d’a-
ment, plus d’une ne cessèrent de les yeux dans les ras, et comment naient, et tant de pourra le raconter, guerre a tout sé- — la fiancée était du village, mais sage que d’ordiaussi, — quand à la lumière de au commencement elle écrivait sa premour. Ecoutez-la :
« A peine conbonheur de s’aimer ger à la séparation, ment de se quitter étant arrivée à son bordante, on laisse doux mot : Je vous mon intuition m’étais déjà s enti ques, c’est nous il faut