‹ La campagne francaise et la guerreChapitre 21 sur 46 · ET TOUT EN HAUT ON APERÇOIT UNE COURONNE DE PIERRES GRISES · texte numérisé non relu

ET TOUT EN HAUT ON APERÇOIT UNE COURONNE DE PIERRES GRISES

Or, dans un de ces villages, tout au bord de la route qui descend en lacets vers la forêt, il y a une ferme de médiocre importance, et, beaucoup plus bas, à la distance où les choses en montagne commençent à bleuir, une ferme vieille et petite, non plus couverte en tuiles plates comme celles du village, mais avec ces pierres de lave, grossièrement sciées et polies, qui faisaient aux maisons d’autrefois, dans cette région, une toiture lourde et solide dont les chevrons pouvaient se plaindre, mais qui ne craignait point les années. Et là, dans cette solitude de l’herbe, à la limite de la forêt, une famille nombreuse vivait. L’aîné, bûcheron l’hiver, laboureur au printemps, moissonneur aux jours chauds, toujours d’humeur belle, aimait la vallée haute, et le métier, et tout ce qu’il faut aimer pour avoir le cœur en joie. Il aimait aussi la fille de la première ferme sur la route du village, mais il ne l’avait jamais dit. Peut-être la mère avait-elle deviné; elles sont fines pour surprendre les premiers battements du cœur de leurs enfants. Il avait eu sa manière de se trahir. Quand il fallait porter le lait au fromager, qu’on appelle sur la montagne le fruitier, le grand Maurice ne demandait jamais mieux que de remplacer son frère jeune ou sa sœur Glotilde. Il allait au pas du cheval qu’il avait nommé Barnabé : gros ventre, grosse tête,

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