ELLE DEVAIT RETOURNER DANS LA CUISINE
on n’est plus que des débris de familles, qui cherchent le silence et l’écart.
Inutilement, la lumière d’avril, la lumière blanche et froide, s’attarde dans le ciel, au ras des terres infinies.
Le curé est rentré chez lui, dans la maison basse qui est derrière l’église, et qu’on reconnaît à la croix de fer piquée sur le mur du jardin, et aux trois poiriers en espalier qui s’épanouissent sur la façade, bien
noirs, parmi les briques moisies. La servante a allumé la coquille de charbon, malgré la défense. Est-ce qu’il vivrait encore, si elle ne lui désobéissait pas? Un homme qui ne sait pas, ou qui n’a pas l’air de savoir quand il fait froid et quand il fait chaud, et qui tousse la nuit, souvent, « pis qu’un blaireau ! » Il a vu la guerre de 70, n’est-ce pas ? Eh bien ! c’est la seconde qui lui a fait le plus de mal, celle d’à présent. 11 n’est plus jeune du tout, et il a le cœur tiraillé entre tant de misères, dont aucune n’est la sienne et qui le font toutes
souffrir !
Elle a raison, Marie. Elle enlève les trois assiettes, la serviette deux fois nouée, la bouteille de bière, et les quatre pommes en pyramide qui figurent sur la table depuis plus d’une semaine, sans qu’il ait eu seulement l’idée d’en peler une, du bout de son couteau. Ça, c’est un signe. Il a diné en moins de dix minutes. 11 est là, devant la cheminée, assis dans le fauteuil de paille, son grand corps plié en deux, et les mains transparentes et rouges formant écran. Depuis qu’il n’a plus, pour lui donner la réplique, « monsieur l’abbé », devenu soldat, il lui arrive, parfois, de s’adresser à Marie, la servante maigre et usée, qui a l’air de