JUGÉES PAR NOS ALLIÉS
i3 Juillet igi6.
L’armée anglaise a bien grandi depuis deux ans. Les soixante mille hommes, envoyés d’abord à notre secours, sont devenus une multitude ordonnée, campée, munie, qui occupe, entre les Belges et les Français, une partie de nos Flandres, de l’Artois et de la Picardie. Plusieurs de nos ports sont pleins de vaisseaux anglais ; nos chemins de fer transportent des régiments anglais, écossais, irlandais, canadiens, australiens, des hommes des plaines ou des montagnes de l’Inde, et tant d’autres par qui s’affirment, non pas seulement la force de l’Empire, mais le mérite d’une politique nouvelle, respectueuse et loyale. Ces soldats font la guerre ; mais, en même temps, ils font un voyage, ils nous découvrent, ou plutôt, dans le cadre limité de plusieurs villes et des campagnes du Nord, ils acquièrent quelques notions, imparfaites et peu liées entre elles, de notre langue,
de nos coutumes et de notre humeur. C’est peu de chose en soi, une science aussi courte, mais c’est beaucoup pour l’amitié, et la longueur de la guerre aura fait, pour la durée de l’alliance, plus que les indications si nettes de la politique et que la volonté des chefs d’Etats. Sans doute, et depuis longtemps, un bon nombre d’Anglais cultivés avaient de la sympathie pour la France. La guerre l’a popularisée. C’est par douzaines qu’on peut récolter aujourd’hui les mots de Tommy ou de ses chefs, appréciant les choses et les gens qu’ils ignoraient la veille. J’en dirai trois seulement, parce qu’ils s’accordent bien, et font honneur aux femmes de nos villages et de nos fermes.
Un sergent recruteur, il y a quelques mois, débite son boniment, sur les marches du monument de Trafalgar, à Londres. Il est énorme, bien nourri, et de façons dégagées. De temps à autre, du bout de son stick, il désigne un des passants qui s’arrête pour l’entendre : « Eh ! vous, le joli garçon, pourquoi pas?» Il raconte qu’il arrive de France, qu’il a fait la guerre aux environs de Loos, qu’il y a là de bons camarades qu’il faut aller soutenir, pour l’honneur de l’Angleterre; puis, s’apercevant que l’auditoire s’est accru d’un grand nombre de
EN BRETAGNE
LA PLUS BELLE PERFORMANCE UE LA GUERRE, c’EST LA MOISSON DE