DE 1896-1897 9L
croyais sincèrement. J'avais toutes les raisons de le croire, non seulement en m'appuyant sur le principe général auquel j'ai fait incidemment allusion ; mais en suivant le mieux que je le pouvais l'honorable monsieur. Je sais, cepen* dant, qu'il est acrobate politique. Je sais que, lorsqu'il s'agit de fixité sur les questions économiques, il est difficile de le trouver sur un point déterminé, ou de l'astreindre à une politique particulière ; mais je croyais que, sur la présente question d'équité — lorsqu'il s'agit de rendre justice aux catholiques du Manitoba— qu'il se montrerait comme un homme, un catholique, un Canadien doit le faire. Pourquoi étais-je sous cette impression ? J'étais heureux, par exemple, sans parler de ce qu'il a pu dire auparavant, d'une déclaration faite par l'honorable leader de la gauche, en juillet 1895, après que le ministre des finances (M. Foster) eut exposé quelle était la politique du gouvernement sur la présente question. L'honorable leader de la gauche s'exprima alors le plus clairement possible, et fit la déclaration importante qui suit que j'extrais des Débats :
" Le gouvernement a enfin trouvé une politique—il le dit, du moins. Je ne veux pas lui chercher noise au sujet de la nature de cette politique.
" Dans le même discours — et je ne dénature aucunement sa pensée en omettant ce que l'honorable député a dit entre ce que je viens de citer et ce qui va suivre — l'honorable député ajoutait :
" Tous espèrent que cette dispute sera réglée par le gouvernement du Manitoba lui-même.
" Je l'espérais aussi, naturellement, et tout le monde l'espérait également. Plus loin, toujours dans le même discours, lorsque l'honorable chef de la gauche croyait entrevoir que nos espérances allaient être trompées, il disait :
" J'espère, pour ma part, qu'on nous épargnera ce lamentable spectacle qui se présenterait nécessairement à nos regards si la question de régler ce différend était soumise au parlement fédéral. Car, il y aurait à craindre que les anciennes lignes de démarcation entre les partis s'effaçassent pour se reformer en grande partie de manière à diviser les catholiques et les protestants en deux camps.
" Or, les protestants qui font partie du gouvernement actuel ont donné leur adhésion à la politique réparatrice qui est maintenant soumise. Etait-il possible de s'imaginer, d'après ce que je viens de lire, que le chef de la gauche— un catholique romain— se rangerait, luimême, dans ce qu'il se plaisait à désigner sou
le nom de camp protestant, si nous comparons son point cle vue de l'année dernière avec l'attitude prise aujourd'hui par le gouvernement ? "
Et plus loin, dans ce même discours, l'ancien ministre de la justice ajoutait :
" Je ne savais pas que les chefs conservateurs pussent seuls se vanter de comprendre à ce point la justice. Comment donc aurais-je pu croire — la connaissance que j'ai de la vie publique ne fut-elle pas même ordinaire — qu'un leader catholique romain serait, aujourd'hui, en arrière d'un leader protestant dans cette chambre, lorsqu'il s'agit de revendiquer les droits d'une minorité et d'une race que ce leader catholique avait déjà défendues, comme je l'ai dit il y a un instant ? "
M. Laurier ne put faire accepter son amendement par la chambre des Communes qui le repoussa par un vote de 115 contre 91.
Au lieu d'accepter le verdict rendu et de se rallier, après cet effort infructueux, à la politique de réparation, M. Laurier persista dans son attitude et donna, avec son parti, un second vote^ contre la deuxième lecture du bill réparateur.
Il fut encore battu et le bill fut référé à un comité général de la chambre pour en étudier les détails.
C'est alors que commença la véritable obstruction à l'adoption de la mesure. Elle dura assez longtemps pour permettre au parlement d'atteindre la fin de son existence légale et les obstructionnistes, dans leur œuvre néfaste, furent puissamment aidés par le parti libéral dont le seul désir était de placer l'épineuse question des écoles devant un électorat qu'il supposait liostile à son règlement par une législation fédérale.
C'est devant l'électorat que nous allons la retrouver.