MAIUADIE PB LA CANNE ET INSECTES NUISIBI-ES
Maladie de la canne produite par l'invasion parasitaire et les méthodes vicieuses de culture. — Causes probables de la maladie. — Maladie causée par les insectes.
BORER, insecte parfait, larve, chrysalide. — Ses ravages sur la canne. — Moyen de le combattre. — Ennemis du borer.
POU A POCHE BLANCHE, mâle, femelle, larves. ^ Ennemis du pou. Autres ennemis de la canne. — Rats, ver des Barbades, éléphants^ fourmiis.
La canne à sucre, de même que la vigne, la pomme de terre et en général toutes les espèces végétales cultivées, est sujette à de nombreuses maladies qui sont dues tantôt à de vicieuses méthodes de culture, à l'abus d'engrais trop azotés ayant produit une véritable dégénérescence de la plante, tantôt à une invasion parasitaire ou à l'attaque d'insectes introduits do pays étrangers.
Il n'est pas de colonies sucrières qui aient eu autant à souffrir de ces différents fléaux que la Réunion et Maurice. Nous ne pouvons donc mieux faire que d'étudier ces fléaux sur les lieux mêmes où ils ont sévi avec le plus d'intensité. .
Maiapib de là canne produite par l'invasion parasitaire et LES vicieuses méthodes de culture. — La maladie de la canne telle qu'elle a été observée à Maurice et à la Réunion présente les caractères suivants. Elle procède de l'extérieur à l'intérieur et de la circonférence au centre.
Les &uiUe» offrent d'^ord une coloration particulière,
perdent leur couleur verte et leur souplesse, pâlissent et présentent une certaine induration, puis finissent par se dessécher. La tige ne tarde pas à s'atrophier, l'extrémité se dessèche, les racines pourrissent. Cette maladie apparaît dans les champs de cannes comme de grandes taches jaunes existant en certains endroits, et renfermant des germes de destruction.
En observant au microscope les feuilles et les tiges des cannes malades, on découvre surtout à la surface interne de la gaîne des feuilles, comme une toile légère d'araignée, une espèce de mousse blanche, au-dessous et dans les environs de laquelle répiderme présente des petites taches, d'abord jaunâtres, puis brunes, enfin d'un rouge vif. Cette mousse ne paraît être autre chose que le cryptogame qui constitue la maladie ; à moins cependant qu'il n'en soit que la conséquence. On a observé qu'à mesure que ce champignon se développe et que ses filaments augmentent en étendue, les taches deviennent plus prononcées et la maladie progresse davantage. Les moisissures gagnent jusqu'aux extrémités des mérithalles et aux racines.
En poussant plus loin l'examen microscopique de ces moisissures, on aperçoit des corpuscules ronds et isolés et d'autres composant des filaments formés par des sporules unis bout à bout. Ces spores sont extrêmement légers et se propagent sans doute au moyen des vents qui les portent sur les sujets présentant un milieu favorable à leur développement.
Presque toutes les espèces introduites à la Réunion ou à Maurice ont été la proie de cette maladie, après avoir parcouru une carrière végétale plus ou moins longue et plus ou moins brillante. Ce n'est que par des apports constants d'espèces nouvelles et étrangères que la culture de la canne se soutient. Et il en sera toujours ainsi tant que l'agriculture coloniale recherchera la spéculation et l'exploitation du sol à outrance au lieu de s'appuyer sur les méthodes sages, prudentes et conèervatrices de la culture européenne. Le mal est ancien, profond et sera difficile à déraciner; car, aux colonies, on ne recherche pas les acquisitions de domaines, après fortune faite et comme placement de capitaux, ainsi que cela a lieu en France; Bien loin de là, l'achat d'une habitation se fait presque toujours avec de faibles capitaux, en vue d'une fortune prompte à réaliser. Alors tous les moyens sont bons pour atteindre le but qu'on se propose ; on force tous les ressorts de la production, on ne
tient que rarement compte des lois de la restitution et de la conservation de la fécondité des sols. Aussi arrive-t-on fatalement à l'épuisement du sol, à la dégénérescence et à la maladie des plantes, et à la ruine des habitations!
Maladie causée par les insectes. — En dehors de la maladie dont nous venons de parler, la canne est encore attaquée par un grand nombre d'insectes dévastateurs, tels que : le borer (tortrix saccharifaga), le pou à poche blanche {cocons sacchari), le gasteralphes iceryi, le lecanium guerinii, Valeurodes berghiij le delphax saccharivora, le diathrœa sacchari.
Nous ne parlerons que des deux premiers, le borer et le pou à poche blanche, qui ont fait subir à la Réunion et à Maurice de si grandes pertes.
r^uBtfiT DYtH.
Borer
Le borer (tortrix saccharifaga) se rapporte par ses caractères au groupe des lépidoptères nocturnes, nommé par Fabricius pyralis et désigné sous le nom de tortrix ou tordeuses par Linné et la plupart des entomologistes modernes.
Insecte parfait ou papillon. — A l'état parfait, le borer est un papillon de petite taille, de couleur gris cendré ; l'abdomen qui ne dépasse pas les ailes dans l'état de repos est terminé par une houpe de poils. La femelle est plus petite que le mâle ; ses ailes sont plus larges et son abdomen est dépourvu de poils; de plus elle ne peut voler comme les mâles, elle saute.
Ces deux papillons sont essentiellement nocturnes. Le jour, ils restent blottis dans les herbes et les brousses; ils ne sortent que le soir pour s'accoupler.
Le lépidoptère femelle choisit la partie inférieure des jeunes plants enveloppée par des feuilles engainantes pour déposer ses œufs.
Larve. — La petite larve qui éclôt se creuse d'abord une cellule dans le plan horizontal de la tige; plus tard elle se fera un terrier du canal médullaire en s'avançant de bas en haut.
Go'ogle
La chenille du borer arrivée à son entier développement (et c'est sous cet état qu'elle exerce tant de ravages sur la canne) ressemble à un ver de grand coléoptère; elle peut atteindre jusqu'à 0'",025 de longueur. Elle est de forme cylindrique et allongée, munie de seize pattes et d'une tête noire, forte, résistante, formée de deux calottes écailleuses aux parties latérales desquelles sont les yeux. La bouche se compose de deux fortes mandibules cornées et tranchantes, deux mâchoires latérales, une lèvre inférieure mince et coupante. Sa couleur est blanche et pâle avec quelques tâches noires sur les segments, et trois raies longitudinales parallèles et de couleur rosée pâle se dessinent sur le vaisseau dorsal de chaque côté.
Ghrysaude. — La larve subit des mues avant de se transformer en chrysalide. Le borer vit seize jours en cet état; Ja (chrysalide est molle, cuivrée à reflet métallique, avec les anneaux bien dessinés en dessus et les ailes en dessous.
Elle se trouve à l'aisselle des feuilles sèches ou dans le fond des trous de canne.
Ses ravages sur la canne. — A peine sortie de son œuf, la jeune chenille se met à ronger la tige des cannes. Des taches, des eschares, des échancrures du tissu végétal révèlent sa présence. Le mouvement de la tète qui pivote sur les premiers anneaux fait que l'échancrure est toujours taillée sur le même patron dans ses diverses courbures.
Quand le borer attaque une tige de canne déjà forte, celle-ci peut à la rigueur résister à ses attaques bien que la partie per*forée soit toujours le siège d'une fermentation et devienne très fragile et susceptible de se briser sous l'influence des fortes brises. Mais quand cette larve, ce qui malheureusement est son habitude, se jette sur les tiges jeunes et tendres qui sortent des bourgeons, le mal est sans remède et la dévastation sans limites.
Que de fois l'habitant est obligé de replanter ses champs de cannes dévorés entièrement par le borer, afin d'être assuré d'avoir une récolte au bout de son année!
Cet insecte a été introduit de Java où l'on était allé chercher des espèces nouvelles.
Dans cette contrée, il existe à l'état endémique pour ainsi dire