DÉFÉCATION A LA CHAUX
Le vesou en sortant du moulin tombe, après filtration à travers une toile métallique qui retient les mâchures de bagasse, dans les défécateurs, grands vases en cuivre à double fond qui renferment généralement 5 barriques de vesou (12 hect. 1/2). A l'aide d'un robinet, on lance de la vapeur sous le défécateur de façon à élever la température du liquide à 75® environ. C'est alors le moment de l'additionner d'un lait de chaux, qui se fait en délayant dans l'eau de la chaux grasse et pure de façon à ce que le mélange soit à 14® B®. La dose est de 150 à 300 grammes de chaux par 1,000 litres de vesou. La chaux doit être ajoutée en plusieurs fois jusqu'à ce qu'on ait obtenu une réaction neutre au papier de tournesol ou légèrement alcaline et que le vesou placé dans une éprouvette ou une cuillère d'argent se sépare
nettement en deux parties, une claire et limpide et une autre constituant le dépôt bien formé.
On agite ensuite le liquide avec un ringard en bois, on élève sa chaleur jusqu'à Tébullition, puis on laisse quelque temps en repos. Toutes les impuretés montent à la surface et constituent ce qu'on appelle le chapeau.
Effets de l'addition de la chaux. — Le vesou est traité par la chaux, dans le but de neutraliser son acidité et de former des sels insolubles. Sous l'influence de la chaleur, la plus grande partie de l'albumine du jus de la canne est coagulée; elle entraîne dans ses mailles les matières étrangères et une poirtion de la matière granulaire. La chaux s'unit également à l'albumine pour former un albuminate de chaux insoluble. Les écumes de défécation, qui proviennent de la précipitation de toutes ces matières, renferment entre autres substances : de la cérosie, de la matière colorante, des phosphates de chaux et de magnésie, de Voxydede fer et de la silice.
Inconvénients de la défécation a la chaux. — Bien que la défécation à la chaux offre de grands avantages et qu'elle soit surtout d'une application facile, elle présente néanmoins de grands inconvénients. D'abord, malgré toutes les précautions, il est presque impossible d'éviter un excès de chaux, qui se combine partie avec le sucre cristallisable pour former du saccharate de chaux insoluble, et partie avec le glucose pour donner naissance à des produits solubles visqueux et noirs, desglucates etsulfoglucates de chaux qui non seulement sont [incristallisables, mais empêchent le sucre de cristalliser. La chaux enfin n'élimine pas l'albumine non çoagulable par la chaleur, laquelle renferme une matière déliquescente si favorable à la formation des substances visqueuses et gommeuses des sirops.
Double carbonatation
La double carbonatation a pour but de nettoyer les vesous de l'excès de chaux résultant de la défécation, et, par conséquent, de remédier en partie aux inconvénients et aux pertes que nous venons d'énumérer.
' Matériel nécessaire a cette opération. — Cette opération exige un matériel assez considérable :
5 bacs, trois de première carbonatation, deux de seconde carbonatation. Ils ont une forme ronde ou carrée et sont munis de deux ou trois tours de serpentins de vapeur placés au fond des chaudières;
Des tubes en fer, au nombre de cinq ou six percillés de trous, disposés en étoile et destinés à injecter le gaz acide carbonique au milieu du liquide ;
Des filtre-presses qui séparent mécaniquement les jus clairs des écumes rejetées sous forme de tourteaux solides;
Un four à gaz acide carbonique ;
Une pompe à gaz.
Pratique de l'opération. — Au sortir du moulin, les jus doivent recevoir une certaine addition de chaux, de façon à accuser une réaction alcaline bien prononcée et être nettoyés de toutes les parties végétales et autres impuretés, conséquence de l'écrasement des cannes.
Première carbonatation. — Cela fait, les jus sont conduits dans les chaudières de première carbonatation, où ils reçoivent le complément de la chaux jugée nécessaire. On introduit alors l'acide carbonique, des mousses abondantes se forment. Aussitôt qu'elles sont affaissées, on ouvre modérément le robinet de vapeur et on élève graduellement la température, de façon à atteindre 60** à 70° à la fin de Topération. La saturation par l'acide carbonique est jugée suffisante lorsque, prenant une petite quantité de jus dans une éprouvette, on voit le dépôt se former rapidement et le liquide s'éclaircir ; on arrête alors et la vapeur et l'acide carbonique.
Filtre-presses. — Lesliquides sont envoyés aux filtre-presses, constitués, comme chacun le sait, par des châssis verticaux mobiles en fonte recouverts d'une toile métallique portant des filtres en toile fortement serrés les uns contre les autres, à l'aide d'une vis ; l'introduction des liquides à filtrer et leur passage à travers les toiles ont lieu au moyen de la vapeur. Le jus clair sDrt par des robinets situés au bas de la caisse de
chaque châssis, et le gâteau sec de matières solides pressées est recueilli très facilement en dévissant les châssis à la fin de l'opération.
Deuxième garbonatation. — On fait à ces jus filtrés une nouvelle addition de chaux, puis on introduit l'acide carbonique et la vapeur et on maintient la température à 75°. Aussitôt qu'une épreuve indique la séparation du dépôt, on arrête l'acide carbonique, on porte le jus à l'ébuUition pour chasser les bi-càrbonates formés pendant l'opération et on dirige une seconde fois le jus vers les filtre-presses.
Les jus ainsi obtenus sont d'une limpidité parfaite et franchement décolorés si l'opération a été bien conduite.
Point délicat de l'opération. — La partie délicate de la carbonatation consiste dans le point d'arrêt de l'injection du gaz acide carbonique. Si on arrête trop tôt, le liquide reste louche et le dépôt ne se fait pas. Si on pousse l'opération trop loin, on s'expose à redissoudre des matières organiques et les cuites spnt longues et d'une cristallisation difficile.
Mais, pour remédier à ces difficultés, on se sert du procédé de Possoz, qui permet, à l'aidé de liqueurs spéciales, de doser le taux d'alcalinité des jus sucrés et de n'y laisser de chaux libre que la quantité nécessaire à une bonne cristallisation.
Four a gaz. — Le four à gaz pour la production de l'acide carbonique est d'une construction très simple et peu coûteuse. On y brûle soit du charbon de bois, soit du coke; unepompeàair aspire le gaz acide carbonique, provenant de la combustion de l'une ou l'autre de ces substances, en le forçant à traverser un vase laveur rempli d'eau où il dépose ses impuretés et le refoule ensuite dans les bacs à carbonater.
On voit de suite les avantages de ce procédé qui donne au vesou une épuration difficile à obtenir par tout autre moyen.