La cantilène romaine;
mélodie (1), rien de commun avec le chant bénédictin actuel, simple fantôme substitué — grâce au succès passager d'une réclame devant laquelle tout devait plier — à une forme musicale palpable qu'il suffit d'approcher et de regarder en face pour en définir les traits saillants.
Le procédé à employer dans celte recherche est connu, il est à la portée de chacun. Il suffît de s'abstraire d'abord de tout système préconçu, et j'appelle système préconçu autant le système bénédictin vaguement oratoire adéquat à une prière chantée vaguement balbutiante que le système mensuraliste moderne, mesurant rigoureusement, à la moderne, des mélodies écloses dans un milieu ignorant ce procédé. — Il est nécessaire ensuite de lire les textes qui nous sont parvenus, mais en les replaçant à leur époque, dans leur milieu, comme les témoins irrécusables d'une culture léguée nécessairement par les artistes des générations antérieures (2) ; et, enfin, tenant compte de la filiation générale, historiquement établie, des théories successivement en faveur au cours des siècles, on déduira logiquement ce que fut, à l'époque de l'évolution de l'art qui nous occupe, la forme particulière objet de la présente recherche, en l'espèce l'art dit grégorien.
A ceux, très nombreux, qui ont pressenti la nécessité de cette filiation soit au nom du goût, — critérium de second ordre, d'ailleurs — soit au point de vue plus spécial des exigences de l'histoire, nous croyons en toute conscience apporter les éléments d'une appréciation raisonnée des faits.
Position do la quostion. — T rixDchée en principe, quant à la mélodie, par S. S. Pie X, il faut reconnaître loyalement que la question du rythme grégorien — la seule intéressante, puisque le rjihme, c'est la vie de toute mélodie — reste toujours en suspens pour ceux qui ne peuvent en conscience se déclarer satisfaits d'une restauration réduite à une amélioration (3) de l'exécution vocale du chant sacré. Cette façon d'envisager les choses laisse même parfaitement indifférents ceux qui rêvent une restauration intégrale, à la supposer viable, et impeccable, à la supposer possible, de l'art musical d'avant l'an mille.
Que désire en réalité S. S. Pie X ?
(1) Encore convient-il de fixer qu'on ne 1 admet ici a priori que pour ne pas égarer la discussion sur un sujet secondaire : la forme modale des mélodies.
(2) Reste à savoir : quels artistes, et à quelle génération, à quelle époque ils appartinrent.
(3) C'est à quoi se réduit tout le travail bénédictin considéré dans ses résultats tangibles. Le giganlesque travail de paléographie, mis en avant par les exploiteurs du filon bénédictin, n'a pas même eu lieu d'être commencé. La Paléographie est la science du déchiffrement des écritures anciennes (cf. Natalis de Wailly, Traité de paléographie (t.I,p.l). Or ce déchiffrement et la notation qui l'a rendu lisible ont été faits dès le xii« siècle par les copistes-notateurs sur lignes. — Les bénédictins n'ont eu à opérer qu'un travail de compilation des versions différentes du chant ancien. C'est de cette compilation qu'est issue l'édition princeps de dom Pothier (Tournai, 1883.)