‹ La cantilène romaine;Chapitre 47 sur 54 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

se fera jour d'abord au second plan et comme un élément de variété dans les composants rythmiques des membres. Elle intervient mélodiquement :

P Dans les rapports des composants de chacun des deux membres de la seconde période.

l**" Membre :

2* Membre :

Collatio dupla 1

4 syll. + 2 syll.

obe diens

[ Collatio dupla |

4 syll. -h 2 syll.

mque ad moriem

2? La division rythmique de ce dernier membre contient une sous-division en deux minores partes du premier de ses composants, de telle sorte que cette sous-division :

unis mélodiquement

I 2 syll. + 2 syll. | -h 2 syll.

usque ad moriem

donne : 3" le schéma amplifié de la troisième période, unis mélodiquement

I 4 syll. Hh 4 syll. | I 4 syll.

moriem autem crucis

1 (vocalise) j -]- (vocalise)

Collatio dupla

On remarquera encore que cette troisième période ayant subi Tobsession ternaire dans sa superstructure (période), elle subit le contre-coup de l'obsession binaire dans son infrastructure (composants-membres) de telle sorte enfln que si nous résumons toutes ces amplifications successives, nous trouvons : le composant ternaire primitif

Factus est = 3 temps podiques

ramplification ternaire dans le membre (2* période).

Obediens = 3 composants (6 unités) l'amplification ternaire dans la période (3* période),

Mortem autem crucis = 3 membres.

112 LA CANTILKNK ROMAINI-:

On peut dire, sans crainte, qu'une telle composition fut aussi admirablement réalisée que conçue.

Il nous faut toutefois prévoir une de ces objections qui, à notre époque, a un grand effet sur la niasse populaire.

«Xes compositeurs chrétiens, nous a-t-on écrit quelquefois, composaient avec leur cœur de chrétiens, et non avec leur tête de matiiématiciens. Ce n*est que par hasard si de telles proportions arithmétiques existent dans cette œuvre « Christus ».

L'argument de sentiment que Ton vient de lire porte en lui-même sa condamnation, et la condamnation même de Tœuvre de latinisation chrétienne de la mélodie orientale primitive.

Très rares en eflet, sont les pièces musicales restées pures ; innombrables sont celles où se trahit la main inexperte d'un ouvrier mauvais musicien et technicien ignorant tout de la science rythmique. Si parmi les innombrables pièces mauvaises il s en trouve une ou plusieurs dues à un artiste chrétien, cet artiste fut un mauvais musicien et nous prouve ipso facto qu'avec un peu moins de cœur et un peu plus de science, il aurait fait une œuvre musicale meilleure. Celui qui est musicien compose instinctivement selon les lois numériques qui régissent toute rythmique musicale. La science parfait son œuvre, mais l'ordonnancement général est d'aplomb.

Trop de pièces dites traditionnelles sont trop franchement mauvaises pour ne pas appeler Tanathème sur leurs auteurs et sur leurs arrangeurs. Si les uns et les autres en ont été satisfaits au point de vue sentimental, laissons-leur cette satisfaction et passons.

Fermons cette parenthèse qui nous dispensera de reprendre la plume du polémiste sur ce sujet.

Notre interprétation des préceptes de Gui d'Arezzo touchant le sens de la loi des proportions numériques est-elle la seule exacte? Tout est là en fln d'analyse.

La meilleure preuve à apporter de l'exactitude de notre interprétation sera donnée par Aribon dont, fort heureusement, le commentaire sur ce point est rédigé dans un style très clair.

jEquœ (neumœ) œquis respondent ut « Semen cecidit in terram bonam ». Quinque voces sunt in diiabus dictionibus prioribus « Semen cecidit » totidem in tribus sequentibus « in terram bonam », etc. Les neumes se répondent d'égal à égal comme dans « semen cecidit in terram bonam,

il y a cinq syllabes dans semen cecidit et tout autant dans in terram bonam. »

Le mot uox signifie évidemment ici « syllabe musicale ».

Remplaçons mentalement, en nous inspirant du principe de S. Odon concernant la constitution de la syllabe musicale « amo templum », chaque syllabe littéraire par une syllabe musicale composée d'autant de sons que la syllabe contient de lettres, nous aurons :

Page 1