CONCLUSION
L'école du sentiment doit se décider à disparaître en cédant la place à l'école du raisonnement.
Si Ton veut faire une œuvre de restauration scientifique sérieuse digne de respect, la même analyse critique s'impose pour toutes les pièces du répertoire ancien. On a là un critérium sur, permellant de juger de la bonne ou de la mauvaise facture (ou adaptation) de chaque pièce.
Peut-être n'est-il pas à la portée du premier venu comme Test l'objectif actuel « prier en chantant », mais une « œuvre sérieuse » n'est pas une amusette ; elle exige d'être conduite avec un désintéressement archéologique absolu. Aussitôt qu'il est question d'une « restauration » d'un monument antique, le goût individuel, Vamotir-propre individuel, surtout, doivent s'elTacer devant la grandeur de la tâche à accomplir. Restaurer un monument tombé en ruines, ce n'est pas le rendre habitable dans Vune de ses parties pour y loger quelques bureaucrates en quête d'une sinécure agrémentée d'un relief honorifique. Restaurer un monument c'est, en s'entouranl de tous les documents techniques connus, dûment analysés à la lueur des connaissances historiques acquises par l'étude approfondie d'autres documents techniques empruntés tant à la période précédente qu'à la période suivante, reconstituer avec le summum de garanties tant le gros œuvre que l'ornementation extérieure.
Lorsque, pour un édifice, aussi délicat dans sa structure que l'est une phase momentanée de l'art musical, on a sous la main et la théorie en honneur et les manuscrits notés, les connaissances techniques de la période précédente et celles de la période suivante, on est impardonnable devant l'histoire, devant la postérité, et en partant d'un principe faux^ de tenter, à la faveur d'une ignorance très excusable dans la génération actuelle, la restauration de l'art du moyen âge.
Peut-être notre élude vient-elle trop lard de cinquante années ! Quel que soil le résultat qu'elle puisse produire aujourd'hui, nous la livrons à la méditation des travailleurs impartiaux.