Tissor, op. cit., p. 427, n° 5; HÉRODOTE, CLXXVIT
palmiers étrangers et improductifs de ces iles !; les noms du Menaceb Faraoûn, le « camp de Pharaon », dans l’Aurès, de Menegère et de Menegessem, villes anciennes de la plaine fertile du Fouçanah, à 140 kilomètres au nord de Gafsa ?, sont des traces sérieuses de ces invasions égyptiennes successives. Il est possible que Gafsa ait été visitée par les Égyptiens établis tout à l'entour, sur les routes qui convergent vers cette oasis: mais il est difficile de dire dans quelles circonstances.
Cependant M. du Paty de Clam veut que Gafsa ait été prise et fortifiée par une armée kouschite au vin‘ siècle avant Jésus- Christ. D'après la légende, dit-il, d’après Salluste, Diodore de Sicile, Paul Orose, Capsa fut fondée par Melkarth, l'Hercule libyen et tyrien, qui l'aurait entourée d’un mur percé de cent portes, d'où le surnom d’Hécatompyles *. Nous connaissons une autre « ville aux cent portes » fondée par l'hercule tyrien; la religieuse Tape, Thèbes, d'où partit, pour envahir la Libye, le Pharaon Tarhaqua (en 742). L'origine fabuleuse commune, le nom semblable de l’oasis libyque et de la cité égyptienne,
1. Fissor, op. cil., p. 116. Le nom exact des iles Faraoûn d'après Tissot (p. 141) est djezira Nkil Faraoûn « iles des palmiers de Pharaon ».
2. Tissor, op. cil., p. 427, note 3. « Men » signifie « la place, le camp ». Des rapports analogues ont été cités entre le nom de Nepharis (près de Tunis), forme hellénisée de « Neffer » « la bonne », élément de Meneffer, Memphis; — entre Tunis (Thinissa) et Thynis en Haute-Égypte (Tissor, op. cil., p. 427, note 3); — entre Tunis et Tanis dans le Delta du Nil (Men, Un peuplement syro-héthéen ete., 12. Tun., 1899, p. 392); — entre Maktar de Tunisie et Maktar du Delta ete. Il ne semble plus possible, après les travaux de M. Medina, de considérer, avec Tissot (op. cil., p. 427, n° 3), ces analogies comme résultant d'une communauté d’origine entre les Berbères et les Égyptiens : cette communauté d'origine semble beaucoup trop lointaine pour avoir pu produire des effets si caractéristiques et les villes que nous signalons ne sont pas situées dans l'ère d'expansion des premiers Berbères probablement originaires d’Égypte, les Djeridis (ef. supra, p. 60 et 89). Une nécropole que M. Medina déclare égyptienne et des objets oriéntaux et égyptiens (scarabée au cartouche de Thoutmès IF ete.), sans doute antérieurs à la fondation de Carthage, ont été trouvés à Saint-Louis de Carthage (Men, N. sur la nécropole ete., R. Tun., 1894, p. 379-85).
9. SALLUSTE, Jugurtha, LxxXxXIX; Diodore de Sicile. — Paur Orosr, V, 15. — GUÉRIN, Voyage archéologique dans la régence de Tunis, 1 281: cite Mannert qui identifie Hécatompyles et Gafsa. |
cette coïncidence de l'expédition en Libye d'un roi thébain, décident M. du Paty de Clam à considérer le Pharaon Tarhaqua comme le vainqueur et le seigneur suzerain de Gafsa, et sans doute de tout le sud tunisien et de l'Aurès oriental !. A l'époque carthaginoise, Gafsa s'appelait encore « la murée » Kafaz?.
Peut-être aussi la muraille de Gafsa fut-elle élevée par quelques Phéniciens ou Carthaginois, pirates ou commerçants adorateurs de Melkarth, car l’Hercule libyen était un grand voyageur et un grand marcheur à,
IL est bien délicat de se prononcer, puisque nous ne connaissons aucun fait historique précis se rapportant à Gafsa, avant la prise d'Hécatompyles par le général carthaginois Hannon, en 243, et même avant l'expédition de Marius.
Quoi qu'il en soit des circonstances dans lesquelles Gafsa fut fortifiée par des étrangers, les Égyptiens d'abord, les Grecs et les Phéniciens ensuite exercèrent une influence — économique et politique — sur la civilisation de ses habitants, et les préparèrent sans doute, en les poliçant, à profiter largement des bienfaits de l'occupation romaine. C’est pourquoi nous avons tapt insisté sur leur domination. Nous indiquerons plus loin l'influence commerciale des Égyptiens, des Phéniciens et des Grecs.
En ce qui concerne leur influence religieuse signalons que
1. Du Pary pe CLam, Fastles chronologiques de Gafsa, p. 8 à 10.
2. ÉLysée RecLus, XI, p. 214. — Faut-il établir un rapprochement entre ce nom d’Hécatompyles et de Kabaz et le nom de Gafsa à l’époque romaine : Capsa, dont l’homonyme signifie « le coffre, la cassette » (Horace), « la case pour conserver les fruits » (Mart.), « le cercueil » (Eccl.)? En un mot le nom de Capsa pourrait-il signifier « la close, la ville entourée de murailles », « l'entrepôt fortifié »? Capsa était un « oppidum magnum atque ingens », SALLUSTE, LXXNIX.
3. Tissor, op. eil., I, p. 668. Diodore de Sicile, 1 sq. — Bérarp, La Méditerranée phénicienne, Ann. de Géog., 1891-95, p. 275,
l’on peut retrouver l'influence égyptienne perpétuée dans plusieurs nécropoles de l'époque romaine, particulièrement le mausolée de Nara (Bir El-Hafeï, à 70 km. au nord de Gafsa dont la chambre funéraire est difficilement accessible !, et que les cultes de Melkarth, l'Hercule tyrien, fondateur légendaire de Gafsa, de Baal et de Tanit, le couple suprème des dieux phéniciens, furent assez populaires à Gafsa pour prospérer encore pendant l'empire romain, sous les noms gréco-lalins de Saturne? et de Cérès* et préparer peut-être, par l’imprécision de leurs dogmes et le symbolisme des attributs divins, l’avènement des religions monothéistes d'Orient, le catholicisme et l’islamisme !. Si superficielle en effet que paraisse leur domination, les Orientaux ont réussi à faire adopter quelques-uns de leurs procédés, quelques-unes de leurs croyances par les habitants de Gafsa : ceux-ci comme leurs voisins et leurs frères de la Berbérie orientale, ont toujours été très prompts à s'assimiler les connaissances qui servaient leurs intérêts ou n'étaient pas en contradiction absolue avec le vieux fond de leurs convictions et de leurs habitudes locales.
Ils doivent à cette qualité précieuse la prospérité sans égale qu'ils connurent sous le protectorat de Rome.