XV. — Types de femmes nomades
dans un douar (environs de Gafsa).
qu'ils ne voient pas, tellement l'ombre est épaisse, mais qui est là brûlant, terrible, derrière le rideau de poussière obscure. Ils travaillent sans savoir pourquoi ni pour qui. Des Européens leur ont dit un jour de remuer cette terre noire, de la charger sur des wagons, et ils la remuent, etils la chargent. Pendant longtemps ils ont cru qu'on cherchait de l'or, et ils ont lavé la terre phosphatée pour essayer d'y découvrir quelques parcelles de métal jaune. Ils n'ont rien trouvé et, sans comprendre, ils ont continué leur labeur héroïquement.… Ils ont gardé leurs habitudes, leurs mœurs, travaillent ensemble; mais, le soir venu, ils rentrent chacun dans le petit coin spécial où ils se sont groupés par nationalités. Sur le flanc de la montagne, ils se sont élevé des tentes misérables, des gourbis en planches, des huttes en pailles. C’est là, dans ces cabanes au ras du sol, ou sous terre, dans des anfractuosités du rocher, c'est là qu'ils habitent, séparés les uns des autres, les Kabyles avec les Kabyles, les Arabes avec les Arabes. Ils sont là avec leur famille, leurs enfants qui jouent au milieu de quelques maigres plants de maïs semés devant la tente. Plus loin, quelques huttes en paille, des gourbis de forme étrange d’où sortent des sons de musique bizarre, stridente : c'est le coin des nègres. Ils vivent ainsi entre eux avec leurs mœurs, leurs religions, leurs fétiches. Parfois une rixe éclate; ces minuscules villages se soulèvent les uns contre les autres: les couteaux se tirent, les matraques se dressent et le sang coule, haine de races, qu'il est bien difficile de calmer !. »
Dans le pays de Gafsa les Marocains, les Tripolitains, les Kabyles, Les noirs ne sont pas devenus des Gafsiens ils n'ont en-core pu se fondre ni dans la séculaire famille des sédentaires, ni dans celle des nomades, ils sont restés des étrangers, des clans isolés, autant que les Italiens et les Francais retenus dans le pays par leurs intérêts fonciers ou commereiaux.