‹ La Capsa Ancienne: La Gaesa ModerneChapitre 105 sur 153 · S OT · texte numérisé non relu

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part d’entre eux parlent la langue latine grecque ». À Gafsa comme dans le reste de la Byzacène, les églises durent subsister en face des premières mosquées jusqu'après la grande invasion hilalienne. Quand ils furent submergés sous le flot des nomades et des pillards musulmans, après quatre siècles, quand ils furent séparés de leurs anciens clients de civilisation latine ou grecque, les Gafsiens ruinés cédèrent à la nécessité brutale : ils se convertirent tous à l'Islamisme. Mais ils n’abdiquèrent pas sans retour leur autonomie politique et ne se mélèrent pas complètement aux nouveaux venus. La réputation de mauvais musulmans leur est restée de ces retards et de ces fiertés!.

De vieilles coutumes ont subsisté à Gafsa et dans le sud, telles que la cynophagie absolument contraire aux prescriptions coraniques et probablement importée par les Berbères gerbiens. Les chiens sont « sacrifiés » (Kebara), saignés et mangés comme remèdes contre les fièvres paludéennes et la syphilis et pour engraisser les filles à marier?.

Aujourd'hui, après huit siècles, Arabes et Berbères se sont étroitement mêlés; il y a des Arabes dans les Ksours de Gafsa, il y à des Berbères de tous les types et de toutes les nuances dans les tribus du voisinage; la communauté de religion, pour avoir été lente à s'établir, n'en est pas moins absolue; elle a même favorisé des unions que le voisinage, les intérèts communs et le temps devaient produire inévitablement.

Malgré tout, l'élément arabe est encore distinct; nombreux et bien adapté au climat, il n'a pas disparu comme les premiers Orientaux et les Européens, il a subsisté comme les trois

1. Tissor, 0p. cit, IL, p. 672, — EL-Evrist, I, 254. — LÉON L'AFRICAIN écrit, p. 626 : « Ingeniuin illis est rude, illiberale; de externis omnibus minime favent : quam obrem et ab omnibus Afris mire contemnuntur, » Cf. infra Géogr. militaire, p. 179 ct sq.

2. JusriN, XIX, 1 — EL-BEkRt, p. 330. — BERTHOLON, Afas, 1896, p. 207, et exploration anthrpl. de Gerba, p. 562. — Cette coutume est assez vivace pour qu'il se tienne à Tunis chaque vendredi, un marché aux chiens où S’approvisionnent les gens du sud, les Gerbiens et les Tripolitains de passage dans le nord.

types berbères primitifs; il s'est retrempé, ilne s'est pas fondu en eux.

Aux environs de Gafsa c'est dans la puissante tribu des Hammama que le type arabe est le plus reconnaissable. Cette tribu, originaire d'Arabie, est établie dans le pays depuis l’invasion hilalienne. C'est elle sans doute qui acheva de ruiner, par des exactions et des pillages journaliers, les sédentaires de Gafsa, riches encore au moment de leur arrivée. Restée essentiellement nomade, guerrière et pastorale, elle est encore divisée en quatre fractions qui portent les noms des descendants de Hamam son fondateur : Oulad Aziz, Oulad Maameur, Oulad Rhadouan, Oulad Selema. Les parcours des Oulad Selema, dans les hautes plaines du Seldja; des Oulad Maameur, dans le bled Tarfaoui, le bled Segui, le bled Atra ; des Oulad Rhadouan dans la basse plaine de l'Oum el-Ksob et le dj. Salah sont tous voisins de Gafsa qu’ils entourent complètement, Les Oulad Aziz occupent le bled Majorah et le bled Maknassy!.

Les Hammama nomades se distinguent facilement des Berbères de Gafsa par leurs traits différents mais surtout pour leurs tatouages*, leurs pratiques religieuses plus àpres, leur costume

1. Notes sur les tribus de la régence, 2. Tun., 1902, p. 3-23, Généalogie des Hanimama :

Hamam EL] Rbia X A — — — ER TS Aziz, Maamar une fille épouse Driss

D LE re Rhadouan, Selema

SERVONNET, 2. T'un., 1896, p. 415.

Le decret du 11 septembre 1893 a diviséles Hammama en deux caïdats : Jammama Guebala, comprenant les oulad Selema, les oulad Selema, les oulad Messaoud, les oulad Rhadouan de l'Oum Ksob, et les oulad Aziz les plus voisins de Gafsa; Hammama Dahara comprenant les restes des ouad Aziz et des oulad Rhadouan, les oulad Messaoud dans la plaine de Fouad Fekka, les oulad Aroua de la Sebkha Mecheguigue et les oulad Horcham ; le même décret a créé le caïdat du Djebel, réunissant tous les habitants du massif d’el-Ayaïcha, du Thala et du bled Segui. Aujourd’hui les caïdats de Hammama Guebala, du Djebel et de Gafsa sont fondus en un seul (/ndicaleur Tunisien, 1905, p. 504).

2, Les Hammama appartiennent au type arabe grossier mesorhinien assyroïde. CoLLiGxox, 0p. cil., p. 320. *

Bazin, Le tatouage dans la régence de Tunis, Anthrop., 1890, p. 579,

plus grossier, l'allure générale plus rude que créent la vie et l'habitat différents depuis des siècles. Et les individus berbères qui se sont mêlés à eux sous la {ente, en même temps que leurs habitudes et leurs mœurs spéciales ont pris leur aspect particulier, — comme les Arabes citadins ont été absorbés par la masse des sédentaires, — et contribué à la formation des métis de toutes couleurs que l'on rencontre à côté des types purs dans les mêmes tribus, dans les mèmes douars, parfois sous les mêmes tentes.

En effet, c’est la différence de vie seule qui crée aujourd'hui des différences essentielles entre des hommes également bien aceclimatés, soumis à la même discipline religieuse, parlant la même langue et jouissant, depuis le protectorat français, de la même paix bienfaisante : ce n'est plus la variété d'origines trop lointaines. La suite de cette étude achèvera de le montrer.

Gafsiens et Hammama nous semblent avoir entre eux les mêmes ressemblances et les mêmes dissemblances que les maraichers, les commerçants, les artisans, les bourgeois d'un de nos gros marchés de province et les éleveurs, les bergers, les villageois plus rustres de [a campagne voisine.

La différence est autrement sensible entre eux et les étrangers, Marocains, Kabyles, Tripolitains, Soudanais qui sont en petit nombre dans l’oasis et agglomérés à Metlaoui où les emploie la Compagnie des phosphates. En effet, nulle part plus que sur les chantiers de Metlaoui, on ne voit l’antagonisme qui existe entre ces races elles-mêmes qui n'ont pas encore eu le temps de se pénétrer, entre elles et les Européens: leur vie s'y poursuit côte à côte sans pénétralion réciproque et la distance qui les sépare n’en apparait que plus brutalement. « Ils travaillent dans la fumée et dans la nuit, dans celte nuit que créent les tourbillons noirâtres de phosphate, dans la chaleur suffocante, intolérable, de ce climat d'Afrique, sous le soleil ardent

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