Tiranr et REBATEL, 0p. ci, p
latif dans une contrée soumise au climat méditerranéen. Aussi nous paraît-il difficile d'admettre l'existence de forêts véritables sur les crêtes du sud de la Tunisie, etde « jungles »!, de « halliers », de « roseaux géants », « patrie des éléphants et des crocodiles »? dans les cirques fermés, dans le bled Tarfaoui, la haute plaine du Seldja, dans le bled Segui, mème dans le bled Thala et la vallée de l’Oum el-Ksob. Si les Carthaginois entretenaient des éléphants dans leur armée, s'ils pouvaient s’en approvisionner à quelques jours de Carthage en cas de danger, ce n’est pas forcément que ces animaux vivaient en liberté dans le sud de la Byzacène : Annibal en Espagne, en Gaule, en Italie, trainait des éléphants à sa suite sans qu'il y en eût à l’état sauvage dans les pays envahis. Les Carthaginoïis ne pouvaient-ils simplement posséder des fermes d'élevage et de dressage dans l’Afrique du nord, en Byzacène et peut-être dans le bled Thala relativement moins dépourvu d’eau, près de la source thermale de Bou Haddège et de l'Hir. Cherchara, ou bien plutôt dans les bois très arrosés de Kroumirie? A force de soins, en effet l'éléphant s'acclimate sous des climats différents de celui de sa patrie d'origine mais il ne semble pas qu'il puisse vivre, livré à lui-même, dans les régions méditerranéennes. D'ailleurs Salluste ne parle pas de ces mythiques éléphants sauvages; la description qu'il donne du pays gafsien est celle d'un steppe désertique : l'éléphant ne vit pas dans un désert de sables mais dans la forêt humide, et l'on n’a pas trouvé, dans le bled, plus de défenses d'ivoire que de erocodiliens fossiles.
Cependant les raisons et les témoignages que nous donnions plus haut sont indiscutables : au commencement de l'ère chrétienne le pays était prospère et boisé sur de grandes éten-
1. TELLIER, 0p. cit, p. 95 2. DE LA BLANCHÈRE, 0p. cil., p. 84.
dues. Mais précisément ces témoignages et ces raisons nous fourmssent l'explication d’une contradiction apparente entre l'histoire et la géographie. Hérodote nous avertit que « la Libye, dans ses meilleures régions, ne parait pas assez fertile pour être comparée à l’Asie ou à l’Europe ». C'est de « jardins » que parlent les textes arabes, et les ruines nombreuses de fermes et de villages romains parsemés dans les bleds, l’existence même de cités importantes aux carrefours des grandes routes, nous indiquent bien que la forêt africaine ne fut pas l’œuvre de la nature mais de l'industrie humaine qui la créa et l’exploita : par une ingénieuse économie de l’eau jaillante et ruisselante, les agriculteurs avaient fécondé le pays; l'examen détaillé des travaux romains nous le montre; et les barrages, les citernes, les aqueducs subsistants, s'ils étaient en état et aussi bien entretenus, contiendraient sans doute autant d’eau qu'à l’époque où ils furent construits ; il ne nous semble pas permis de supposer une variation sensible du débit des sources et des oueds depuis dix-huit siècles; il y a peu de travaux d'irrigation, et les débris de precsoirs, lesnoms significatifs de ruines nombreuses : Ksar Zitouna, Hir. Zitouna « le château de l'olivier » nous prouvent que la « forêt méridionale » fut une plantation de cultures indigènes de terre sèche, une immense olivette, semblable aux olivettes modernes de Sfax, de Sousse et de Maknassy!.
Ainsi la nature ne fut pas transformée : mais l'homme utilisa sagement les ressources qu'elle lui donnait.
Les travaux humains d’ailleurs ont pu réagir dans une certaine proportion sur les forces naturelles utilisées : le sol, cultivé, retenait mieux l'humidité et la terre devint sans doute, à la longue, plus fertile; le sable se fixa; sous l'influence des cultures, les pluies et les rosées purent être plus abondantes; et, dans lescantons pauvres respectés par la colonisation, sur la montagne même, les arbustes, les tamarins, les broussailles
1. Héropore, IV, excvun. Cf. les articles de Wolfrom, de Carton, etc. Znfra, p. 62 et sq., IOL et sq.
et les herbes, préservés du pacage par la prédominance de la vie sédentaire, purent former un maquis! plus serré.
Mais la vie pastorale reparue, la broussaille livrée de nouveau aux moutons et aux chèvres, le chameau introduit dans les olivettes abandonnées, les citernes comblées et les barrages rompus, l’eau torrentielle dépouilla de nouveau les pentes, le sable envahit les bleds; et le pays redevint ce qu'il était au temps de Marius, ce qu’il est aujourd’hui. Il n’est certes pas nécessaire de supposer l'apparition vers l'an 1250 du «maximum de chaleur de l’époque interglaciaire actuelle »? : l'incurie humaine suffit à expliquer l’aridité des environs de Gafsa et du sud de la Tunisie.
c’est le détail de cette prospérité et de cette destruction successives produites par l’activité et l'inertie des hommes, qu'il convient d'étudier maintenant.
1. Marcel Dusois, {a Tunisie au début du XXe siècle, Introduction géographique, p. 26-27. | 2. (UELLIER, LOGE CU 000.
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La création des jardins de Gafsa remonte aux époques les plus reculées. L'existence, autour de Gafsa, d’une population nombreuse qui employait comme instruments de travail des scies et des bêches !, nous semble la preuve certaine qu'il existait sur les bords de l’oued Baïach, à l'époque préhistorique, une palmeraie exploitée etdes vergers soigneusement cultivés. Les habitants les plus anciens de Gafsa, les Djeridis originaires d'Égypte ou de Nubie*?, durent apporter avec eux les procédés agricoles de la vallée du Nil, facilement applicables sous un climat presque semblable, aux plantes communes à leur ancienne et à leur nouvelle patrie; les races méditerranéennes qui se rencontrèrent dans la suite à Gafsa * purent contribuer au perfectionnement des cultures d'irrigation connues dans leur pays d’origine, et sans lesquelles l’homme n'aurait pu subsister dans le sud de la Tunisie primitive, trop isolée de foyers importants de ravitaillement. Il est permis d’entrevoir, à l'époque des premières migrations humaines dans le sud de la Tunisie, ces progrès de l’agriculture de l’oasis, arrivée de nos jours à un si grand degré de perfection.
Sous l'influence des invasions orientales postérieures, l’oasis dut augmenter en étendue et en richesse, comme la cité
. Appendice, p. LH.
. Id., p. 151 et sq.
. Id, p. 155 et sq,