Supra, p. 1? et sq
2. Un ingénieur du service des mines et M. Pattin, de Revigny-sur-Meuse, visitèrent les gisements; M. Pattin entra en pourparlers avec le gouvernement de Tunis et demanda une concession (1890).
3. Les travaux publics de la Régence de Tunis, II, p. 38, 39, 42. EusÈBe VASSEL, L'auteur de la découverte des phosphates tunisiens, p. 24-28.
En 1893 le gouvernement tunisien résolut de faire appel à l’industrie privée et pressentit plusieurs maisons françaises sur la formation d’une société qui obtiendrait la concession, sans subvention ni garantie d'intérêts, de l'exploitation des gisements de Gafsa, de la construction et de l’exploitation du chemin de fer
de Sfax à Gafsa et éventuellement du port de Sfax, du commerce de alfa dans la région. Cette première tentative ne réussit pas,
Au concours ouvert en janvier 1895, M. de Robert, agissant avec la garantie financière de la Société française d’études et d'entreprises, fit les offres les plus avantageuses. Un premier accord conclu entre le directeur général des travaux publics de la Régence et M. de Robert le 1* juin 1895 et sanctionné par décret beylical (20 juin 1895), fut remplacé par une convention définitive signée le 15 août 1896, par MM. Pavilher, directeur général des travaux publics, de Robert et Molinos, et approuvée le 20 août par décret beylical!.
Par cette convention, le gouvernement tunisien concédait à M. de Robert, pour une durée de soixante années, sans garantie quelconque à la charge du budget tunisien ni subvention autre que l'abandon gratuit pour soixante années des terrains domaniaux concédés (Art. 2 et 3) :
« 4° L'exploitation des gisements de phosphates de chaux qui se rencontrent sur les terrains domaniaux silués au sudouest de Gafsa, dans un périmètre s'étendant jusqu'à la frontière algérienne et comprenant notamment les djebels Zitoun, Zimra, Alima, Seldja, Metlaoui, et Stah, ainsi que les djebels situés au nord et dans le voisinage de Tamerza ;
« 2° La construction et l'exploitation d’un chemin de fer partant de Sfax, desservant Gafsa et aboutissant à l’oued Seldja ou à tout autre point de la zone des gisements situés entre Gafsa et l'oued Seldja ;
« 3° La cession, à titre gratuit, en toute propriété, de 30.000 hectares de terrains domaniaux cultivabies situés dans le contrôle de Sfax. » (Art. 1.)
En 1891 le gouvernement ouvrit un concours en disjoignant de la concession la construction et l'exploitation du port de Sfax confiées à une compagnie spéciale (Compagnie des ports de Tunis, Sousse, Sfax) et le commerce de l'Alfa. Les demandeurs étaient invités à fixer eux-mêmes la durée de la concession et le taux de la redevance. M. Barthélemy qui fit les offres les plus satisfaisantes ne put justifier de moyens financiers.
l. Les travaux publics de la Régence, HI, p. 43. Un nouveau décret du 18 décembre 1896 sanctionna une modification introduite dans la convention du 15 août : nous en tenons compte dans l'exposé des principales clauses de cette convention.
Le concessionnaire devait jouir en outre « d'un droit de préférence, à conditions égales, pour l'exploitation de tous gisements de phosphates connus ou à découvrir, situés dans les terrains domaniaux compris dans un périmètre de protection limité : au nord par le parallèle de Sfax, à l’est par la mer, au sud par le parallèle d'EL Hamma du Djerid, et à l'ouest par la frontière algérienne ». (Art. 8.)
Le concessionnaire s'engageait à acquitter une redevance de 1 franc par tonne de phosphate lavé ou séché, exportée hors du lieu d'extraction. Le minimum annuel de redevance était fixé à 150.000 francs à partir de la huitième année de l’exploitation du chemin de fer. Mais il était fait « remise au concessionnaire, à titre de prime sur la redevance due pour l’exportation dépassant 150.000 tonnes, de 35 centimes par tonne pour les cent premières mille tonnes supplémentaires et de 70 centimes par tonne pour le surplus ». (Art. 10.) Enfin tout relèvement des droits d'extraction et de sortie et des tarifs de transport de la ligne de Tebessa-Bône appliqué aux phosphates de Tebessa était déclarée immédiatement applicable aux produits exportés de Gafsa. (Art: 11.)
Le concessionnaire s’engageait à construire, à exploiter à ses frais, et sans garantie d'intérêt, Le chemin de Sfax à Gafsa. Toutefois, « dans le cas où la dépense totale de premier établissement ferait ressortir à plus de 50.000 francs le prix de revient kilométrique moyen du chemin de fer, l'excédent... serait mis à la charge du gouvernement tunisien et remboursé au concessionnaire, sans intérêt, au moyen de retenues opérées pendant toute la durée de la concession sur les redevances annuelles ». (Art. 1#.) Ces redevances devaient en outre être affectées, en cas de besoin, à la garantie de l'exploitation du chemin de fer, les frais d'exploitation de celui-ci étant fixés à 1.500 francs par kilomètre plus la moitié de la recette brute
(F = 1500 + e (Art. 17 et 18.)
Les gisements de phosphates, y compris tous les ouvrages
souterrains, les terrains domaniaux y altenant et le chemin de fer devaient faire retour à l'État à l'expiration de la concession. L'État se réservait en outre le droit de racheter le chemin de fer après la vingtième année de la concession. (Art. 23 et 2%)!
Cette convention assurait l'exploitation des riches gisements de phosphates de Gafsa dans des conditions excellentes pour la Tunisie : elle permettait à des produits nouveaux, dont l’exportation n'était pas à la merci des fluctuations climatiques, d'augmenter le commerce extérieur de la Régence, sans que le budget tunisien ait à intervenir; elle dotait le sud de la Tunisie d’une voie ferrée de 250 kilomètres et ouvrait ainsi à la colonisation une région dont la prospérité passée permettait de bien augurer de l'avenir; elle fournissait au port de Sfax, nouvellement construit, un fret de grande valeur ; elle offrait aux énergies, à la main-d'œuvre, aux capitaux, un champ nouveau d'activité et d'expériences fécondes ; elle garantissait la prospérité moderne du pays gafsien.
Le concessionnaire se substitua le 22 mai 1897 ? la Compagnie des phosphates et du chemin de fer de Gafsa (Tunisie), fondée à Paris, au capital de 18.000.000 de francs.
La Compagnie entreprit aussitôt la construction du chemin de fer et l'aménagement de la mine *., Les travaux furent commencés au mois d'octobre 1897; la voie atteignit la sta-
1. Texte de la convention du 15 août 1896, publié par Var, Les chemins de fer en Tunisie, p.284 et sq. En ce qui concerne les 30.000 hectares de terrains domaniaux cultivables qui lui étaient concédés dans le contrôle de Sfax, M. de Robert s’'engageait à les planter en arbres fruitiers à raison de 3.000 hectares par an jusqu'à concurrence de 22.500 hectares.
2. Conformément à l’article 5 de la convention du 15 août 1898.
3. Elle traita à forfait avec la Société Duparchy, Dollfus et Wiriot pour l'exécution de la voie (voie unique, de 1 m.), à raison de 45.000 francs par kilomètre, se réservant la fourniture du matériel roulant, des adductions d’eau, des ateliers du petit matériel et du mobilier.
tion de Metlaoui le 24 décembre 1898; les trains purent circuler de Sfax à Metlaoui dans les premiers jours d'avril et la première expédition de phosphate fut faite le 19 avril, moins de deux ans après la reconnaissance de la Compagnie par décret beylical!. La ligne fut inaugurée solennellement le 20 novembre 1899 à la suite de fêtes auxquelles assistèrent M. Krantz, ministre des travaux publics, MM. Mougeot, Jules Legrand, René Millet, résident général ?.
La voie, en quittant Sfax, longe la côte par l’oued Chaffar (29 km.) et Maharès (36 km.) ; puis, tournant à l’est, elle gagne l'oued Chahal (50 km.), Graïba (63 km.); s'engage dans la vallée de l’oued Raun et monte sur la haute plaine de Maknassy en contournant le djebel Zebbeus par Mezzouna (98 km.). Elle descend ensuite vers le centre du bled (Maknassy, 123 km.), passe à l’Aïn Zannouch (162 km.), traverse le défilé compris entre le djebel Goussah et le djebel Bou Bellel, passe au nordouest de Sened et gagne le fond du bled El-Hamra, au pied des derniers contreforts de l'Orbata; aux Aïoun-el-Melah, elle s'enfonce dans le défilé de Lalla, atteint entre cette oasis et celle d'El-Ksar la gare de Gafsa (205 km.), traverse l’oued Baïach et le bled Cheria et longe le djebel Stah jusqu'à l’oued Metlaoui (243 km. 325)*. Un embranchement particulier de 1.500 mètres relie la gare de Metlaoui aux installations de séchage des phosphates qui sont elles-mêmes en communication avec la mine par un raccordement de 3 km. 500 *.
1. Rapports du Conseil d'administration de la C° des Phosphales el du chemin de fer de Gafsa (Tunisie), 1897, p. 3-6; 1898, p. 2-3; 1899, p. 3.
Grâce à l'emploi du wagon poseur, la voie a été posée avec une vitesse moyenne de 1.500 mètres par jour, alors que les procédés ordinaires permettent difficuement de dépasser 800 à 1.000 mètres. Varin, 0p. cil., p. 81.
2, FERNAND VATIN, Les chemins de fer en Tunisie, p. 82-83.