El-Bekri, p
208 r.A GAFSA ANCIENNE ET MODERNE.
centralisatrices excessives et inutiles de celui-ci devaient paraître vexatoires, et son éloignement devait encourager Tantique palrioiisme communal des maraîchers de Kafsa, flxés au sol par des siècles d'àpre culture et par rattachement à leurs sources, cette forme africaine de l'attachement à la glèbe, presque incapables de concevoir une forme politique différente de celle où s'était développée depuis des siècles leur mentalité.
Quand Tarmée du khalife était signalée, les habitants quittaient leurs jardins pour quelques semaines; ils se réfugiaient dans leurs villages fortifiés, El-Ksar, le Ksar Kalla, le Ksar Sidi Mansour, Ksour Naata, Sidi Ahmed Zarroung, le Ksar Kafsa, d'autres encore, disséminés dans Toasis jadis plus étendue. GrAce à leurs silos soigneusement remplis, grâce à leurs puits et à leurs sources situés à Fintérieur des murs, ils pouvaient résister longtemps; parles fossés d'irrigation, derrière les levées de terre de la palmeraie, ils pouvaient se glisser jusqu'à l'ennemi hésitant à s'engager dans le dédale des plantations, tandis que les nomades du voisinage, leurs alliés, pouvaient harceler les assiégeants, couper leurs convois, enlever leurs chameaux ; la Kasbah de Kafsa, où se trouve luie source jaillissante^, offrait aux plus tenaces dans la résistance un dernier refuge considéré à juste titre comme imprenable. Les Ksouriens ne s'émouvaient que quand leur richesse et leur subsistance même se trouvaient menacées par la destruction des palmiers : ils se soumettaient pour sauver leurs dattiers; mais à peine le vainqueur avait-il disparu, la Djemaa et ses chefs reprenaient leur indépendance; si bien que la succession de toutes les luttes, de tous les sièges de Kafsa, ne doit pas nous apparaître comme une série de crises graves, mais comme l'état politique permanent et nécessaire du pays.
Un dicton du Djerid a conservé le souvenir populaire de l'arrogance des gens de Kafsa :
l. Supra, p. 27 et sq.
« KaPsa est misérable ;
SoD eau est du sang ; Son air est du poison ; Tu y resterais cent ans, Sans t'y faire un ami *. >»
Autant qu-il nous est possible d'en juger par les documenta bien incomplets que nous possédons sur rétablissement 1519- 1574.) et les cent cinquante premières années de la domination turque, les kafsiens restèrent calmes et soumis, comme s'ils eussent été épuisés par leurs luttes récentes, et incapables de lutter efficacement contre le pouvoir central de Sinanc Paclia, des deys Ismaïl, Moussa, Othman et Youssef (157'*-1637) et des Beys Hamouda et Mourad (1637-1672 2).
Mais dès que des difficultés extérieures ou intérieures surgissent pour le gouvernement de Tunis, Tautorité turque semble affaiblie « au Djerid », ce qui signifie, dans le langage de l'époque, à Kafsa et dans les oasis du DjeriJ propre. L'aiio nymede 1703 rapporte en effet qu'une expédition fut dirigée contre les habitants du Djerid par le « Bey Morat «^ que Ton peut identifier soit à Mourad I, bey sous le règne de Youshcf Dey (1610-1637) et vaincu par les Algériens, soit à Mourad Key (1663-1672) dont le règne fut très troublé*. Le 12 décembre 1755, le consul de France à Tunis, de Sulauze, écrit à Machault que « Ton ne s'occupe plus à Tunis que des préparatifs de la guerre contre les Algériens... le bey et Sidi Mamet doivent partir sous peu avec 1.000 ou 1.200 hommes pour le Camp d'hiver etTun d'eux ira jusqu'au Djerid ou l'on prétend que
l. TissoT, op. cit., II, p. G71.
t. LoTH, op. cit., p. 18011I, part 181, 187, ^03, Zm.
3. Éfat d^s royaumes de Barbarie^ Tripoly, Tunis et .l/^er. Anonyme, Rouen. 1703, p. 150 et sq.