‹ La Capsa ancienne: la Gafsa moderneChapitre 91 sur 133 · Tissot, o//. rit., I, p · texte numérisé non relu

Tissot, o//. rit., I, p

4, t'oi.u«NO.N, ifp. rll.y p. 306. — - La taille du type est la moyenne des mesures prisi^s sur lHi soldats du 4* tirailleurs originaires du Kef : les indices sont La moyenne des mesures de 40 soldats de ménie origine.

habitants primitifs de Gafsa la même influence décisive que sur ceux d'El-Ksar (taille, l'°,654) et d'El-Guettar (taille l'»,65i ; indice céphalique, 75,08; indice nasal, 70,19) ^

Le troisième élément ethnique fondamental qui a concouru à la formation de la population de Gafsa, d'El-Guettar et de Bon Amrane, est la race brachycéphale leptorhinienne de petite taille de Gerba (taille moyenne, 1",637; indice céphalique moyen, 79, 9i; des types purs, 86,38; indice nasal moyen, 69,81 ; des types purs, 62,62). Cette race répandue par métissage dans la moitié de TAfrique du Nord, sur les côtes tunisiennes, en Kabylie, dans TAurès, au Mzab, a certainement influé sur la taille et Tindice céphalique des Ksouriens d'El-Guettar, que nous avons indiqués plus haut, et sur l'indice céphalique des gens de Bon Amrane et des habitants de Gafsa (75,07 — 74,45) ^ très sensiblement plus élevés que ceux des Ksouriens de Tozeur (Djeridis dolichocéphales) et de Lalla (race dolichocéphale petite d'Ellez).

Ces trois races, la race djeridienne, la race d'ElIez^ la race de Gerba, forment le fond de la population de Gafsa et des environs.

Issues de pays africains ou méditerranéens, elles ont prospéré à Gafsa dont le climat est de même nature ou moins rude

1. CoLLiGNOx, op. cit. y p. 318, 208, 213-215. La taille des habitants tïi? Lalla est la moyenne des mesures prises sur 18 soldats originaires de cette oa^isî \t& indices sont la moyenne des mesures de 8 soldats; la taill^ dta Jiabitjints tï'El- Ksarest la moj'enne des mesures de 20 soldats, la taille d'EUCiueltar la moyemie des mesures de 12 soldats; les indices d'El-Guettar la moyeiuii? dos mestiti's de 60 soldats.

2. Les Berbères bi-acliycéphales de Gerba pourraient èlip d<^s Ligures, Cf. H. Martin, Bulletin de la Société d'Anthropohf/ie de Paris, mai \^>: ché pai* Bertholon, p. 42 L

3. Bertholon, Anthropologie de Vile de Gerba, Anthrop^fUt^i^^ IHNJ, p. 3Llli- 100, 406, 407, 411, 415, 419-424. Les mesures moyennes sont rHl<^!î (\f 3rtf)â 333 individus à Gerba; les mesures des types purs sont les moyonn<^^ do *;> individus choisis. — CoLLiONON, op. ci/., p. 293, 213-215. — Malb<'T, ks VU ouïa c\ la trépanation de crâne dans TAurès, Anthropologie ^ 1897, p. l**l(!, iîO, 11*0, i£>T»

158 LA GAFSA .ANCIKNNE ET MODERiNE.

que celui de leurs pays d'origine. Elles s'y sont mêlées pour donner naissance à des métis nombreux qui les relient entre elles et dont les plus caractéristiques sont les grands dolichocéphales Icptorhiniens de Gafsa et des tribus nomades de la Tunisie centrale, et les ])rachycéphales d'El-Guettar. Lmfluence de conditions géographiques spéciales et d'un climat intermédiaire les a combinées et façonnées au point que les Gafsiens sont assez facilement reconnaissables et se distinguent par leur aspect physique général, leui^ mœurs, leurs costumes, de leurs voisins les Ksouriens du Djerid, les rudes pasteurs de Fériana et de Sbiba, et les citadins du Sahel.

L*alliance des familles est si étroite, malgré les origines différentes encore discernables, le groupe est si compact et bien acclimaté que les conquêtes postérieures Font laissé intact : les envahisseurs, trop étrangers au pays, comme les blonds venus du nord de l'Europe à Tépoque préhistorique et les Vandales; trop peu nombreux, trop proches parents, et dominateurs trop éphémères comme les Égyptiens, les Orientaux, les Romains, les Turcs, ont été absorbés par les antiques habitants de Toasis sans laisser de traces bien visibles dans Tethnographre locale : seuls les premiers, les Berbères blonds, sans doute à cause de leur nombre plus grand, ont laissé quelques descendants aux yeux bleus et aux cheveux châtains dans le nid d aigle de Bou Amrane ^ et dans les douars nomades, et peut-être contribué à conserver aux gens, de Gafsa une taille moyenne élevée. Les autres ont disparu, complètement assimilés par le vieil élément berbère résistant : tout au plus ont-ils pu momentanément contribuer à la fusion intime des tioîs races primitives par des unions consécutives avec chacune d'elles et par la diffusion d'une civilisation commune. Us n'ont laissé de souvenirs appréciables que dans la légende, rhistoire et Tarchéologie du pays : ils n'ont pas entamé son indiviilualité ethnique trop solidement construite par son

^ I- U ^ 'le la population de Bou Aniranc, Collioxon, o?>. cil, p. -23^1-2^^5.

LA POPILATION. ISÇ

individualité géographique même, par la coniDiuiiaulé des intérêts et par le temps.

Cependant, ces conquérants ont introduit «Uns le pays des religions et des méthodes de gouvernement nouvelles; ils y ont implanté des cultures et des procédés agricolcN perfectionnés qui ont pu transformer la terre et modifier la civilisation. Il n'est pas sans intérêt d'indiquer brièvement leur origine, leur nombre et leur caractère avant de prccisi*r leur rôle politique et économique.

Les auteurs modernes, MM. Tissot, Maspero, du Paly de Clam, Médina, Bertholon, sont presque d'accord pour admettre que les premiers conquérants orientaux qui se heurtèrent au y Berbères bruns et blonds du sud tunisien furent des tributs égyptiennes et chananéennes. Venues de la vallée du Nîl à l'époque de l'invasion de l'Egypte par les ilycsos (xxiii'^xvnr siècles avant J.-C), ces tribus agricoles et pastorales se seraient établies dans les parties les plus fertiles de la Tunisie méridionale et de la Byzacène, y apportant leur culte, leurs mœurs, leurs instruments industriels et guerriers et le nom même des villes perdues^

Des étrangers ont en effet laissé des souvenirs Ae leur passage à Nefta et peut-être à Gafsa même.

Après Tissot, M. du Paty de Clam établit un rapprochement entre le nom de l'oasis de Nefta et la Napata éthiopienne. Il le compare à celui des Naphtouhim, « fils de Phiah », établis

1. Tissot, op. cit., p. i:U-6. — Maspeko, o/>. cit.. Il, |i* 'J*J\. — Mi:rns a* La Thasêalocraiie égyptienne, f{. lun.^ 18î»5. V^h/e de bi'onte en Llbife H iUim h basiin occidental de la Méditerranée j H. Tun.^ IHÎ>7, p. 7(>Wt>. Sur \tn peuplement »yro-héthéen dans le nord de l'Afrique^ H. Tun., p. lî"? j-î*^*, — Di Paty ue Clam, Faute* chronoloyiques des villes de Sefta et (iafsa. — HnKTiioi.nN, XtAe aitr les origines et le type des Phénieiens, H. 7'w«.,l89t, p. 02-78. — L*'S Siivanls articles (le ces autoui's sont faits (raprôs des documents iH tU's bypoilièst^^ oï'Îgina]es,et d'après les ouvrages célèbres de Chabas, ManetLon, Movers^ Hnifsth, Lcnormant, Rossellini, Tomkins.

160 lA GAFSA ANCIENNE ET MODERNE.

dans le delta du Nil où ils fondèrent le culte du soleil dont ils portaient le nom : les Naphtouhim, chassés par l'invasion des Hycsos, au xxiir siècle, auraient émigré vers l'ouest jusqu'à la belle oasis de Nefta^ connue, « depuis le déluge », sous le nom de Keustheul son fondateur, et Tauraient conquise. Cette supposition est d'autant plus vraisemblable que Nefta porta longtemps, avant l'occupation romaine, le nom de Kethouar que M. du Paty de Clam traduit : la ville de c< ceux qui sont partis de Ilaouar » ; Haouar ou Avaris est celte ville célèbre du delta du Nil où se fortifièrent les Hycsos après en avoir chassé les habitants indigènes ^ Ces deux noms d'origine égyptienne, que porta successivement Nefta, semblent à H. du Paty de Clam la preuve ccrtaioe de l'invasion du sud de la Tunisie par des bandes orientales.

Les traces de la prise de Gafsa par des orientaux sont beaucoup plus vagues et plus contestables.

En effet, suivant El-Bekri, le rempart de Gafsa renfermait au XI* siècle de notre ère, une inscription gravée par ordre de son fondateur, Chemtian, page de Nemrod : « l'enseignement que cette légende nous laisse, conclut M. du Paty de Clam dont nous citons textuellement l'ingénieuse théorie, c'est le souveuir de l'invasion lointaine du pays par une peuplade venue de l'Orient. Le Djerid avait été envahi par des Tourano- Kouihites. Or une de ces tribus envahissantes était celle des Kousikas venant de la Kapissène, et ayant pour capitale Kapici ou Kabiouch, qui en tamachek, s'écrit K-P-S (ou K-B-S, ou K'B-Ch, car S=K = Ch, etB = Pj et se prononce Kapse, soit

1 . La syllabe Phtali fait partie du mot Egypte, Ila-Ka-Phta - demeure de Plilah -T et d'un grand nombi'e de noms égyptiens : Minephtah, Siphtah.etc. Les habitants de Nefta portent le nom de Nephtali. Une tribu belliqueuse du Djerid cl la tribu des Hanoncha portaient le nom de Haouara; une ville du Maroc et une ville du Fezzan méridional s'appellent encore Haouar. La lecture hii^i'Oîrlvphique de Avaris faite par M. de Rougé, et généralement adoptée, PSI liîiouarit. Du Paty de Clam, Fastes chronologiques de la ville de Nefta, p. 5 à 0* — CoLLiGNON, op. cit. y p. 315. — Brugsch, o/>, cit., p. 152. — Maspero. op. eiL, p. 152. — Maspeuo, op. cit., 11, p. 52, note 5; p. 53.

la Kapsa des auteurs anciens. Or si nous remarquons qu'en berbère B = V = Ou, on décomposera l'expression K-P-S en :

Ka, ou AKa, roi ou reine

B, Ou, des fils

S, As, du soleil * ».

Ce qui semblerait établir une suzeraineté des gens de Garsa sur les Naphtouhim « fils du Soleil », seigneurs de Nerta.

Des rapports constants paraissent s'être établis entre TÉ* gypte et la Tunisie : rapports commerciaux et rapports guerriers, luttes de « dynasles contre dynastes » entre les Égyptiens établis en Occident, au pays de Barkn, au bord des Syrtes, à Nefta, et les usurpateurs Hycsos de la vallée du Nil *. Des bandes armées de Berbères bruns et blonds, de Tamabous, civilisés par les anciens émigranis du delta, arrivaient jusqu'au Nil, et « des corps de troupes pharaoniques équipées lég'èrement se glissant le long de la côte, ou cheniinîini par les voies des caravanes, allaient les relancer au fond de leurs repaires, abattaient leurs palmiers, ramassaient leurs troupeaux et posaient des garnisons dans les oa^^is principales 3 ». Vers la fin du xvii* siècle, une véritable tliassalcn cratie égyptienne régna sur la Méditerranée, les Hottes des Thoutmès III soumirent le littoral libyen qui, sans doute, paya tribut*.

Les noms de Tlle de Phla (Phlae ou Philae) situén dans lembouchure du Triton mythique 5; du chott, du bled et des lies Faraoûn, dans le chott El-Djerid; Fantiquc légende, rapportée par Houlah Ahmed, et la, tradition du Ncfzaoua qui attribuent à une armée de Pharaon la plantation des premiers

1. Du Paty de Clam, Fastes chronolg. de la ville de Gafso, p. 8-1).

2. Medika, Un peuplement syro-héthéen^ etc., R, Tun., ]W^\ p. :i3^ 1-383. IVs inscriptions des règnes de 5Icnephtah et de Ramsès III en font foi.

Page 1