La captivité de Barcelone
On admet généralement, et probablement à juste titre, que la période troublée de l’histoire d'Espagne, qui s'étend de 1808 à 1814, a été en même temps une période féconde et décisive pour l'avenir du pays : au cours de la lutte furieuse contre l’envahisseur, la nation tirée de son engourdissement a vécu une vie de fièvre et de passion; privée de son roi, elle a dû apprendre à se gouverner elle-même; les antiques institutions ont disparu ou ont été abolies. La grande secousse de la guerre de l’Indépendance à fait l'Espagne contemporaine.
Pour nous autres Français, se pose spécialement la question de la part de l’influence française dans cette transformation. Il n’est pas douteux que la secousse imprimée à la nation a contribué à la rénovation. Mais y a-t-il eu une action plus directe, une propagande, un exemple, une circulation d'idées « révolutionnaires » ? Napoléon et la France napoléonienne ont-ils directement précipité la transformation politique, sociale et nationale de l'Espagne, comme celle de l'Allemagne et de l'Italie? Napoléon, le roi Joseph et ses auxiliaires, enfin les soldats français ont-ils été des initiateurs, les afrancesados des disciples? A notre connaissance, ce sont là des questions qui n’ont Jamais été approfondies : tout l'effort historique s’est porté sur les événements militaires et diplomatiques et sur l'histoire des juntes et des Cortès insurgées.
À la naissance de tout travail sérieux préside presque tou- Jours une large conception. La disproportion entre le vaste dessein initial et le maigre résultat final dût-elle sembler presque comique, nous avouerons volontiers qu’à l’origine du modeste travail, dont nous offrons aujourd’hui la première partie, il y a eu l’intention d'étudier le rôle des Français dans la transformation de l'Espagne et de mesurer, pour ainsi dire,
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