II AVANT-PROPOS
l'importance de l'influence française dans la péninsule au temps du roi Joseph. C'était là la confiance tranquille du néophyte, qui ignorait à peu près tout de son sujet, des recherches à effectuer, des lectures à faire, des difficultés à vaincre.
Au bout de quelques mois de bibliographie, d'informations et de dépouillements, il fallut se rendre à l'évidence. Toute une vie de loisirs utilisés eût à peine suffi à la tâche, à moins qu'on nese contentât d’investigations restreintes et superficielles ; et la grande ambition du début se réduisit à un modeste désir, celui de fournir une petite contribution à l’étude du régime français en Espagne. Un débutant rend plus de services en étudiant l’histoire d’une ville ou d’un département français pendant la Révolution qu’en essayant, après tant d’autres, de reconstituer sur des données forcément très insuffisantes l’histoire de la Révolution française : et l’histoire d'Espagne entre 1808 et 1814 est à coup sûr aussi touffue, aussi complexe que celle de la France révolutionnaire ; elle est aussi peu connue scientifiquement que celle de la France entre 1789 et 1799 l'était, il y a cinquante ans.
Entre la synthèse hâtive et la monographie limitée et précise, nous n’avons pas hésité : il fallait se restreindre à une région déterminée et étudier le régime français dans une seule province. Le choix de la Catalogne s’imposa bientôt à nous et pour plusieurs raisons : :
1° Par suite des circonstances, presque toutes les pièces importantes et indispensables, relatives au régime « intrus » en Catalogne, se trouvent réunies à Paris : il n’en est point de même pour les autres provinces de l'Espagne. Un travailleur vivant ordinairement à Paris et ne pouvant se promettre que des séjours limités à l'étranger était donc dans de meilleures conditions pratiques, pour entreprendre l'étude du régime intrus dans cette province, qu’un travailleur résidant en Espagne.
2° Pendant la guerre de l'Indépendance, la Catalogne a eu sa vie propre, presque particulière. Les insurgés s’y sont gouvernés localement, les Français n’y ont été ni guidés ni gênés dans leur action par des directions venues de Madrid; les ordres, les décrets, et même, à partir de 1810, les hauts fonctionnaires y sont arrivés directement de France. Aussi la délimitation de notre champ d’étude est-elle moins artificielle qu’elle ne le serait, si nous avions choisi l’Aragon, les Castilles ou l’Andalousie, pays. où il y eut des directions contradictoires, qui