‹ La captivité de BarceloneChapitre 123 sur 181 · Reille à Berthier, Figuières, 16 juillet 1808, Arch. G · texte numérisé non relu

Reille à Berthier, Figuières, 16 juillet 1808, Arch. G

abandonnés et parfois brûlés. Il ne restait guère, dans les villages les moins déserts, que les vieillards, les femmes et les enfants, les jeunes gens et les hommes faits étaient sous les armes. Les plaines les plus riches de la province, excepté celle de Lérida, avaient subi le passage ou le séjour des troupes, qui en avaient enlevé tous les grains et toute la paille qu’elles avaient pu découvrir, et souvent les chevaux avaient mangé le blé en vert. La banlieue de Barcelone, épuisée par les réquisitions, les courses et les saisies des partisans français et espagnols, présentait l'aspect de la ruine et de la désolation. Si quelques propriétaires pusillanimes et prudents paraissaient désirer la soumission du payset le retour de la tranquilité, la masse de la population restait partout ouvertement hostile; et jusque dans PAmpurdan, pourtant couvert de postes impériaux, elle obéissait plus exactement aux ordres, même vexatoires, même tyranniques, des juntes ou des chefs insurgés qu'aux injonctions des généraux français”.

Barcelone offrait un aspect plus triste encore* : la ville était « devenue presque déserte », et au milieu de 1810 un recensement fait par la police allait constater la réduction dela population à 36.000 habitants, c’est-à-dire à

1. Sur fout ceci, Duhesme à Augereau, Barcelone, 4 janvier 1810, Arch. aät., AFrv 1625; Compte-rendu par l'adjudant-commandant Carrion-Nisas, ibid.; Notes confidentielles sur la Catalogne (du général Pino), Paris, 11 janvier 1810, ‘bid.; Augereau à Clarke, Fornells, 6 décembre 1809. Arch. G.; etc. Il y avait pourtant encore un peu de commerce entre Cadaqués (petit port dans la sierra de Rosas) et Cette : « Trois ou quatre bateaux viennent deux fois par mois de Cadaqués dans le port de Cette, chargés de bouchons de liège, cordes de jonc, métal de cloches, huile, peaux de mouton et miel... et emportent en échange des toiles, draperies, fils retors, cuirs tannés, etc... » écrit Gaudin dans un rapport à l'Empereur (Arch. nat., AFiv plaq. 3012) ; à la suite de-ce rapport. l'Empereur signa à Schænbrunn, le 29 octobre 1808, un décret autorisant la continuation de ce commerce (ibid).

2. Pour la situation de Barcelone à la fin de 1809, le document essentiel est le Rapport sur Barcelone au 15 décembre 1809, de Blondel, déjà fréquemment cité, Arch. des Aff. Etr., Mém. et Doc., Esp., vol. 240, fos 305- 316. C’est de là que sont tirées les citations, là que sont pris les faits pour lesquels nous ne donnons pas de référence spéciale dans cette première section du chapitre VII.

un quart de son ancien chiffre‘. Les propriétaires, nobles ou bourgeois, voyaient leurs revenus très diminués ou réduits à rien par l’insurrection, par la fuite ou la misère de leurs locataires, par l'obligation de fournir des logements militaires aux officiers et aux employés de l'armée; l’industrie, déjà atteinte par la guerre avec l’Angleterre, était. arrêtée depuis l'entrée des Français dans la ville : et l'insurrection avait donné à la crise un caractère presque définitif?. C’est tout au plus si la permission d'exporter les produits barcelonais avait eu pour résultat la reprise du travail chez quelques fabricants d’indienne, la remisé en activité de quelques métiers à bas°. Les grandes fabriques restaient fermées, et la plupart des ouvriers étaient allés chercher du travail ailleurs ou s'étaient enrôlés : « Les fabriques se sont depuis longtemps transportées hors de la ville, la population des ateliers a été appelée aux armes sous le nom de miquelets..…. » On a vu plus baut à quoi se réduisait le commerce avoué fait en 1809 par les Barcelonais : importer les denrées que pouvaient fournir les environs, exporter hâtivement les produits entassés dans les magasins ou les entrepôts avant l'insurrection, c'est en cela que consistait uniquement le trafic de la cité envahie. Dès juillet 1808, Ferrer constalait seulement l'entrée dans le port de sept petits bâtiments, alors que cent quarante-deux navires étrangers y étaient entrés en avril précédent‘. La

1. Rapport de Blondel à Champagny, Barcelone, du 13 juin au 19 juiilet 4810, Arch. des Aff. Etr., vol. 683, fos 58-62.

2. Sur ces faits, Blondel est confirmé par un mémoire adressé à Clarke par les régidors Mombelli et Trilla, Paris, 12 avril 1811, Arch. G. Cf. Blanch, Historia de la querra de la Independencia en el antigquo Principado, tome Ie, p. 486; Ferrer, Barcelona cautiva, t. III, p. 36-37, 50-51, t. IV, p. 43-44. Sur la question des logements militaires, qui donnaient lieu, paraît-il, à de nombreux abus, il y à une lettre de Duhesme à l'Ayuntamiento, Barcelone, 6 mai 1809. Le général y indique qu’un chef de bataillon n'a droit qu'à deux chambres garnies pour lui, une cuisine et une chambre pour deux domestiques, un capitaine à deux chambres, Arch. mun. Barcel., of. recib., mai 14809.

Page 1