‹ La captivité de BarceloneChapitre 130 sur 181 · Clarke à Duhesme, 20 janvier 1810, Arch. G · texte numérisé non relu

Clarke à Duhesme, 20 janvier 1810, Arch. G

4. Duhesme pouvait espérer un titre de noblesse, ou le grand aigle de la Légion d'honneur (il n’était que grand-officier), ou même le bâton de maréchal.

croyait avoir à reprocher à ce général quelques concussions. J'attends les ordres de Votre Majesté sur ces objets. » ‘. L'Empereur ne donnant point d'ordres, le duc de Feltre finit par décider de « laisser les choses 2n statu quo jusqu'à ce que M. le duc de Castiglione s’en plaigne ».

Ayant reçu, en mai 1809, les plaintes des « quatre imdividus se disant habitants de Barcelone » au sujet de Lechi, le ministre, qui en avait informé Napoléon sans résultat”, avait toutefois cru devoir, comme on l’a déjà vu, atturer dans une « instruction » l'attention du maréchal sur les « excès de tout genre » commis par les troupes, et surtout par les Italiens*. Le ministre avait de plus donné indirectement à entendre au due de Castiglione que les chefs n'étaient point au-dessus des soupçons, en lui recommandant d'employer de préférence « des officiers d’un grand choix pour la moralité ». Le ministre n'avait d’ailleurs paru viser spécialement personne et n'avait point usé des renseignements qu'il avait pour indiquer à Augereau qu'il fallait surtout se renseigner sur Lechi et sur Casanova ; cela eût pourtant mieux valu peut-être que de mettre le maréchal en défiance contre tout le monde.

En novembre 1809, un correspondant anonyme établi dans les Pyrénées-Orientales et qui disait avoir des renseignements sûrs venus d'Espagne, dénonçait en termes vagues au duc de Castiglione « certains abus qui indisposalent et exaspéraient l'esprit et le cœur des Espagnols » ‘.

4. Clarke à l'Empereur, 10 avril 4809, Arch. nat., AFiv 1621. L'autre « objet » dont il est question dans le rapport est la destination à donner à Gouvion-Saint-Oyr. La décision de Clarke « Laisser les choses, etc. » est inscrite le 4 juillet au coin d’un nouveau rapport sur la vieille inimitié de Duhesme et d'Augereau (Arch. adm. de la G.)

2. Clarke à l'Empereur, 20 mai 1809, Arch. nat., AF1iv 1621. Dans ce rapport, Clarke indiquait le choix « d'un nommé Casanova, homme couvert d'opprobre » par Lechi.

3. Instruction pour le commandant en chef du 7e corps, Arch. nat., AFrv 1621.

4. Lettre anonyme du 43 novembre 1809 : à S. E. Monseigneur le maréchal Augereau, duc de Castiglione, Arch. G. La lettre ne contient pas d'in-

Pendant ce temps, Duhesme faisait ou laissait insérer au Diario une proclamation d’Augereau ‘. D'ailleurs larrivée du maréchal à Barcelone ne pouvait tarder. Le 4 janvier, Duhesme lui demandait de venir apporter de l’argent à Barcelone, mais en le dissuadant d'y séjourner : « Si Votre Excellence venait à Barcelone, elle ne pourrait nourrir son armée, qui épuiserait nos faibles magasins ; mais une fois qu’elle entreprendra le siège d’'Hostalrich et aura des troupes à San-Celoni, il nous sera très facile de communiquer ; et, si Votre Excellence veut venir à Barcelone, je me charge de lui aller au-devant jusqu'à Granollers, où elle pourrait laisser un corps... »?. Mais Augereau, qui mettait à ce moment ses « soins à organiser civilement les parties de cette belle province » qu'il jugeait soumises, tenait à aller montrer aussi à Barcelone ses talents administratifs : « Après le mouvement que je viens d’ordonner au général Souham, je marcherai sur Barcelone et y porterai des fonds, et j’organiserai cette partie du pays qui en à bien besoin... »*. Tout cela n'indique certes point qu'Augereau ait été disposé d'avance à sévir contre Duhesme ; mais les informations reçues pouvaient avoir préparé ce simpliste à prêter aisément créance aux premières dénonciations qu’on lui adresserait. Or Duhesme avait des ennemis dans la ville et même dans la garnison.

Un fâcheux événement mililaire contribua sans doute aussi à indisposer Augereau. Duhesme avait reçu le 15 janvier 4810 par un espion l’ordre de se porter au-devant de l’armée jusqu'à Granollers et d’y attendre Île maréchal. Duhesme arriva le 16 au point indiqué avec dix-huit cents

dication de lieu, mais d’autres lettres écrites en novembre par le même correspondant indiquent qu'il résidait dans les Pyrénées-Orientales, el probablement à Perpignan.

1. Proclamation d'Augereau, 11 novembre 1809, dans le Diario de Barcelona du 28.

9. Duhesme à Augereau, Barcelone, # janvier 1810, Arch. nat., AFrv 1625.

3. Augereau à Clarke, Fornells, 42 janvier 1810, Arch. nat., AF1iv 1625.

hommes et y séjourna jusqu’au 19. Ne voyant pas arriver le maréchal, n’en ayant point de nouvelles par ses reconnaissances, et né voulant point prolonger un séjour qui pouvait devenir périlleux, Duhesme prit le parti de rétrograder, en laissant dans un couvent fortifié un détachement qui y résista aux miquelets jusqu’à Farrivée de l’avantgarde d’Augereau. Duhesme établit sa troupe à mi-chemin entre Granollers et Barcelone, et courut passer un jour dans cette ville où, paraît-il, il était appelé par des affaires de service. Pendant ce temps, le colonel à qui il avait laissé. le commandement de sa troupe donna un ordre malencontreux ; et, quand Duhesme revint avec quelques renforts prendre le commandement du parti qu'il avait laissé sur la route de Granollers, ce fut pour apprendre que trois cents hommes avaient été cernés et pris par les miquelets. C'était un événement fâcheux pour Duhesme, au moment où le duc de Castiglione allait arriver‘. Toutefois, quand ce dernier survint, le 24 janvier, il

1. Analyse de la lettre écrite par Augereau, Girone, 6 février, analyse de la correspondance des maréchaux et généraux employés en Espagne, t. Ler, p. 236-237, Arch. G. (La lettre d’Augereau, datée de Girone, 6 février, ne figure point à la Correspondance générale des Arch. G., ni au dossier du général Duhesme, aux Arch. adm. de la G., soit qu'il y ait eu destruction de la pièce, soit qu'elle ait été versée au dossier judiciaire de l'affaire Lechi, Casanova et consorts, c’est-à-dire en pratique soustraite aux recherches des historiens. Heureusement on faisait, en 1810, des analyses étendues et fidèles des rapports reçus au ministère de la Guerre et on transcrivait ces analyses sur un registre spécial) ; Note sur l’expédition de Granollers du 21 janvier 1810, en annexe au Mémoire abrégé du général Duhesme (présenté le 4 août 1810), Arch. G. (28 juillet 4810). Le premier document donne la version d'Augereau, le second celle de Duhesme: les faits matériels sont d'ailleurs rapportés de la même façon dans les deux pièces. Duhesme justifie : 1° son départ de Granollers au bout de trois jours par la nécessité de changer de position, Granollers étant devenu par la prolongation du séjour des troupes françaises l'objectif de tous les miquelets et somatènes des pays voisins ; 2 sa course sur Barcelone par la nécessité d'aller s’y occuper d’affaires administratives et militaires urgentes ; 3° la perte des 300 hommes par la faute du colonel commandant les troupes en son absence. On verra comment Augereau prétendit, quinze jours plus tard, expliquer l'absence momentanée de Duhesme. En fait, dans les vingt mois qui avaient précédé, Duhesme avait fait très fréquemment de ces courses rapides à Barcelone en laissant ses lroupes sur leurs positions : le Résumé des opérations militaires (Arch. nat., AFiv 1621) ne cachait point ces absences.

parut d’abord fort bien disposé : il entra dans la ville en grand cortège, entre Duhesme et le corrégidor ; toute La garnison était sous les armes, et le maréchal passa en revue les soldats qui lacclamèrent ‘. Un ordre du jour d’Augereau contint des éloges pour Duhesme et pour ses troupes * ; le 26 janvier, Duhesme donna un dîner en l'honneur du maréchal ; le lendemain, il fut à son tour l'invité du duc de Castiglione et eut « l'honneur de faire sa partie ». Duhesme reçut même des instructions pour le commandement de la ville, dans lequel le maréchal semblait vouloir le continuer *.

Tout d'un coup, le 28 ou le 29 janvier, peut-être à la suite d’une discussion sur la conduite des opérations, les dispositions d’Augereau changèrent : il reçut des dénonclations anonymes, fut circonvenu par les ennemis de Duhesme, parmi lesquels figuraient peut-être le chef d’étatmajor Rey, le commissaire des guerres Grobert, certainement un employé de l’armée nommé Hion, ainsi que le général “Nicolas'. On attira l'attention du maréchal sur

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