‹ La captivité de BarceloneChapitre 134 sur 181 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'étude qu'on vient de lire n’embrasse que la première période de l’occupation française en Catalogne. Elle s’ar- rête à la veille de l'établissement du gouvernement militaire par le décret impérial du 8 février 1810. D'autre part, les moyens de comparaison avec les autres parties de l’Espagne pendant la même période nous font totalement défaut, dans l’état actuel des connaissances historiques, Dans ces conditions, toute vue générale sur l'avenir de l'influence française serait prématurée, toute généralisation sur le régime de l'occupation française en Espagne serait imprudente. Il faut donc nous borner à constater quels sont les points qui peuvent être considérés comme acquis, sans préjuger dans quelle mesure ce qui est vrai pour la Catalogne l’est pour les autres parties de l'Espagne à la même époque. Ce qu’on peut affirmer, c’est seulement que partout les directions impériales ont été analogues, et l’impuissance du gouvernement joséphiste presque égale. Nos constatations auront peut-être plus de valeur, quand les comparaisons seront possibles.

I. — Dans les années antérieures à 1808, l’influence des idées françaises en Catalogne fut, sinon nulle, du moins très faible ; ce qui subsistait du sentiment particulariste n’était point de nature à faire souhaiter aux habitants soit l'union avec la France, soit l’imitation de la France. D’autres faits, historiques et économiques, étaient

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contraires à l'influence française. Napoléon conçut néanmoins le projet d'annexer la Catalogne à son empire, et fit occuper la province d’une façon qu'il pouvait régarder comme très sérieuse. Mais les. actes et les procédés des Français lors de l'occupation contribuèrent très fortement à indisposer plus encore les Catalans.

IT. — Soit au début de l'insurrection, soit même plus tard, la résistance vint surtout des officiers subalternes, des moines et du petit peuple ; les classes supérieures suivirent seulement le mouvement général, souvent avec timidité. Mais en revanche très peu de personnes se déclarèrent ouvertement favorables à l’entreprise napoléonienne. Celles qui le firent n'avaient souvent jusque-là ni influence politique ni considération sociale ; celles qui appartenaient antérieurement à la magistrature ou au fonctionnarisme furent mises à l’index dès qu’elles manifestèrent leur adhésion aux Français. Enfin le rôle des « afrancesados » fut uniquement d’aider les Français dans des rigueurs ou des exactions, non de collaborer à des plans de réformes.

IT. — La province échappa totalement à l'influence du roi Joseph, et Napoléon se soucia peu de la façon dont ses généraux administraient. Les mesures prises par ceux-ci ne tendirent ni de près ni de loin à une « régénération » ; celles qui furent occasionnellement présentées comme préparant des réformes ou des innovations résultaient en réalité de préoccupations militaires ou financières.

IV. — Le régime auquel furent soumis les districts occupés fut le banal régime traditionnel de l'occupation militaire. Les hommes qui le dirigèrent ne lui donnèrent pas un caractère de rudesse anormale ; les abus qu’il comporta se retrouveraient sans doute partout ailleurs. Soit au temps de Napoléon, soit avant, soit après, on a toujours contenu et gouverné les villes en état de siège et les pays envabis par des procédés analogues ou semblables. Mais il s'agissait Ici, non d'un pays à contenir temporairement et

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