Résumé historique des opérations
changer à cet état de choses sans provoquer un conflit,
Or, le 29 février, l’aide de camp de Clarke, qui apportait des fonds à Duhesme, lui avait remis une lettre où le ministre lui communiquait une phrase volontairement ambiguë de l'Empereur : « Envoyez un autre officier à Barcelone pour porter l’ordre au général Duhesme de tenir ses troupes réunies et en règle, afin de pouvoir, dans tous les cas, répondre de la place et des iroupes qui s’y trouvent. Je suppose qu’il est maître des forts et de la Citadelle"... » Duhesme essaya en vain d'obtenir quelque éclaircissement de laide de camp. Ni l'Empereur ni le ministre ne voulaient se compromettre?. Mais Duhesme comprit aisément ce que l'Empereur attendait de lui, et il se hâta d'agir.
Il y avait parade tous les matins, sur l’'Esplanade de la Citadelle ; c’était le moment le plus favorable, car vers onze heures la plupart des soldats espagnols étaient en ville. Ce jour-là, Lechi fit faire, comme d'habitude, quelques évolutions aux deux bataillons napolitains commandés pour la manœuvre et passa minutieusement les soldats en revue. Puis il envoya un officier annoncer sa visite au gouverneur de la Citadelle et resta quelques minutes sur le pont-levis, causant avec le capitaine de grenadiers qui commandait le poste. Tandis que les tambours battaient aux champs, les Napolitains s’avançaient doucement, bousculaient les sentinelles espagnoles et arrivaient au pont-levis. En un instant, tous les points importants, toutes les avenues furent occupés par les soldats de Lechi, et le gros des deux bataillons se rangea dans la place, devant le logis du gouverneur stupéfait. Quelques officiers espagnols firent meilleure contenance, el placèrent en face des Français le peu d'hommes qu'il y
1. À Clarke, Paris, 20 février 1808, Corr. Nap., no 13586. 2. Vacani, Sloria delle campagne e degli assedi deql'Ilaliani in Spagna, dal 1808 al 1813, t. Ier, p. 309, de
avait dans le fort. Les deux troupes restèrent en bataille l’une en face de l’autre, jusqu’au soir, où les Espagnols évacuèrent la Citadelle, sur l’ordre du capitaine-général".
Le fort du Monjuich étant indépendant de la place, Duhesme n'avait « pas eu de prétexte ni d'occasion de s'emparer des portes ». Quand 800 hommes environ s’y présentèrent, vers midi, le gouverneur intérimaire, le brigadier D. Mariano Alvarez, le futur défenseur de Girone, fit fermer les portes, posta le peu d'hommes dont il disposait sur les remparts et refusa net de rendre la forteresse. Duhesme envoya de nouvelles troupes, fit apporter des échelles et des cordes, et prépara l’escalade pour la nuit suivante. Mais le capitaine-général, mis au courant, ordonna à son subordonné d'évacuer le Monjuich « pour éviter d’agiter le peuple et parce que le fort n'avait ni provisions de bouche ni munitions? ».
Le lendemain, Duhesme écrivait à Clarke : « Puisque Sa Majesté a supposé que je suis maître des forts et de la citadelle de Barcelone, j'en suis maître. » Mais il ajoutait : « Tous les militaires ici laissent percer de grandes inquiétudes sur leur existence future ; l'affaire du pape, dont on répand ici les protestations, a fait une sensation désagréable ; et la prise de possession de la Citadelle et des forts aurait pu produire une explosion, si je n’eusse pris de bonnes mesures *. » Il écrivait sans doute au capitainegénéral pour le rassurer sur les bonnes intentions des Français, et lui affirmait sérieusement que l’occupation des forts n’était « qu’une raison de plus pour vivre en bonne
4. Résumé historique des opérations: quelques détails sont dus au P. Ferrer, Barcelona cautiva, t. Le (journal du 29 février 1808) ; cf. Balaguer, Historia de Cataluña, t. IX, p. 483-486 ; Staff, Der Befreiungskrieg der Kalalonier, t. Ier, p. 85-89 (récits de la surprise des deux forts).
2. Résumé historique des opérations: cf. Ferrer, ibid. ; Toreno, Historia del levantamiento, querra y revoluciôn de España, t. 1er, p. 48-50 ; Arteche, t. ler, p. 233-235.
3. Duhesme à Clarke, Barcelone, 1e mars ASC8, Arch. G. (ainsi que pour les pages précédentes).
harmonie‘. » Le comte d’Ezpeleta parut en être persuadé : et pour mieux attester la « bonne harmonie », il ‘ allait bientôt lancer, d'accord avec Duhesme, des invitations à un concert que les deux généraux offrirent à l’occasion de la Saint-Joseph, fête de « S. M. l’Impératrice des Français et Reine d'Italie” ». Les autorités espagnoles avaient d’ailleurs une autre raison de maintenir la bonne entente avec les chefs français ; elles redoutaient par principe la turbulence du petit peuple, même quand celle-ci avait un caractère patriotique *.
Au reste, le prince de la Paix, quand il fut informé, n’osa pas protester davantage; et pourtant il avait sujet de s'inquiéter. Les troupes françaises se préparaient visiblement à marcher bientôt sur Madrid* et Izquierdo arrivait juste à ce moment pour faire part au ministre des inquiétantes propositions de l'Empereur’. Mais le généralissime n’était point de caractère querelleur, en dépit de ses « formes athlétiques », et sa carrure seule était d’un soldat®. M. de Beauharnais ayant, probablement avec