‹ La captivité de BarceloneChapitre 36 sur 181 · Duhesme à Murat, Barcelone, 27 mai 1808, Arch. G · texte numérisé non relu

Duhesme à Murat, Barcelone, 27 mai 1808, Arch. G

des « intrus », et les officiers de l'Empereur se conduisaient comme en pays conquis ‘.

Le comte d’Ezpeleta avait montré, depuis quatre mois, tant d’indécision, tant de faiblesse, tant de complaisance qu’on n'avait guère à se gêner avec lui : commandant sans autorité d’une province qu’il avait laissé occuper, il était dans une situation fausse. Cependant, Duhesme lui ayant encore écrit pour le rendre responsable des troubles qui pourraient se produire, il sut, pour la première fois, mettre quelque dignité dans sa réponse : ;

« Excellence — Un soldat des gardes espagnoles a été publiquement maltraité hier soir à la Rambla par un officier des troupes impériales, sous le prétexte, dit-on, qu'il ne s'était pas découvert devant lui. Il n’y a pas d'exemple qu'aucun soldat de l’armée aux ordres de Votre Excellence ait été maltraité par aucun officier espagnol ; au contraire, le gouverneur a souffert hier ou avant-hier que quelques soldats de la garde du général Lechi l’aient fixé avec peu de respect et soient restés couchés et au repos sans aucune marque d'attention envers lui quand il entrait chez ce général et que la garde lui rendait les honneurs. Je laisse à la discrétion de Votre Excellence d'apprécier limpression que ce qui s'est passé hier et les scènes anté-

rieures peuvent faire sur le pays auquel appartient le

soldat maltraité.

« Hier l'officier de garde du fort de San-Carlos n’a point laissé entrer dans la batterie l'officier d'artillerie espagnol, malgré les ordres réitérés que Votre Excellence

a donnés pour qu’il n’éprouvât aucun obstacle dans les.

fonctions de son service. Voyant qu'il n’est pas possible

1. Résumé historique des opérations ; Laffaille, Mémoires sur la campagne du Corps d'armée des Pyrénées-Orientales en 1808, p.131 sq. Le corps municipal, ne sachant comment contenir la population, décidait le 28, à la demande de l’Audience, d'envoyer des gentilshommes et des notables par groupes de quatre à travers les rues, pour exhorter le public au calme. Arch. mun. de Barcelone, oficios recibidos, mai 1808.

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de l'obtenir, j'ai cru plus prudent de laisser sous la seule responsabilité de Votre Excellence toutes les batteries dans lesquelles il se trouvera une garde française, et j'ai donné des ordres en conséquence. »

Mais, dans la suite de la lettre, le ton devenait plus humble ; le sentiment de ses responsabilités affolait Le pauvre homme : « Comment est-il possible que je puisse répondre de la tranquillité publique au milieu de tant d’excès qui se succèdent et exaspèrent l'opinion du peuple et de la troupe ? Je prie Votre Excellence de prendre en considération mes observations pour la décharge de ma responsabilité s’il arrivait quelque événement. C’est surtout en ce moment, et quand les nouvelles du dehors sont plus désagréables, que des deux côtés on doit plus que jamais se comporter avec prudence.

« Le gouverneur D. Pedro de Goossens est tombé malade de fatigue et d'angoisse; le même sort nous menace tous, puisque les événements successifs rendent illusoires tous les sacrifices que nous faisons pour le maintien de la tranquillité dans cette ville”. »

NE

Le 29 mai, on connut enfin le nom des députés qui devaient aller représenter la Catalogne à l’Assemblée de Bayonne. C’étaient le marquis de Lupia, désigné par le gouvernement madrilène ; D. Joseph de Vega, élu par le corps municipal ; D. Joseph-Antonio Ysart, curé de Saint- Jacques, désigné par l’évêque ; enfin M. Gasso, nommé par l'assemblée du commerce de Barcelone. Ils ne partirent pas sur-le-champ ; s’ils tenaient à remplir leur mission,

1. Barcelone, 28 mai 1808. - Signé le comte d” Ezpeleta. Texte el traduction, Arch. nat, AF1v 1607. J'ai reproduit la traduction fournie par Duhesme qui est un peu lourde mais fidèle.

ce qui n'est pas sûr, ils eurent grand tort de différer un départ, qui, trois jours après, était devenu impossible *.

De l’Aragon et du royaume de Valence, la rébellion gagnait en effet rapidement la Catalogne. En vain Napoléon avait annoncé dans sa proclamation du 25 mai qu'il allait porter remède aux maux de l'Espagne : « Je placerai votre glorieuse couronne sur la tête d’un autre moimême?. » Cette nouvelle ne servait qu’à déchaîner plus vite l'insurrection. Le 29 mai, elle éclatait à Lérida, le 30 à Tortose *. À Barcelone, dans la matinée du 31, le peuple escorta triomphalement les artilleurs espagnols qui revenaient de la manœuvre. Le soir, pendant la retraite, on assaillit les officiers et les soldats français et italiens « à coups de fusil, de pierres et de stylet ». Les officiers, seuls armés, dégainèrent et protégèrent la retraite de leurs hommes. Le premier aide de camp de Duhesme, le chef d’escadron Ordonneau, arriva bientôt avec un piquet et fit charger la populace qui s’enfuit : « par une prudence et une générosité rares, 1l empêcha les soldats de faire feu, parce qu’il avait remarqué dans cet attroupement plusieurs femmes et beaucoup d'enfants ». Au reste, depuis plusieurs jours, Duhesme s’attendait à une échauffourée : « Tous les indices de fermentation dont je vous ai rendu compte dans mes précédentes lettres, écrivait-il le lendemain à Berthier, étaient les avant-coureurs d’une émeute qui se serait tournée en insurrection générale de l'immense canaille de Barcelone sans la promptitude de nos mesures : »

D'autant plus inquiet que des frégates anglaises croi-

4. Rapport anonyme (de Blondel) à Champagny, Barcelone, 29 mai 1808, Arch. des Aff. Etr., vol. 674, fo 419. :

2. Proclamation aux Espagnols, Bayonne, 25 mai 1808, Cerr. Nap., n° 43989 (en minute aux Arch. nat., AFrv plaq. 2224).

3. Résumé historique des opérations; Duhesme à Berthier, Barcelone, 31 mai 1808, Arch. G. ; Arteche, Guerra de la Independencia, t. Xer, p. 406-

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