Duhesme à Berthier, Barcelone, 4er juin 1808, Arch. G
saient en vue du port et qu’on lui avait signalé la présence dans la ville d'agents britanniques, le général rédige alors un ordre du jour menaçant, qu’il fait publier par les soins du comte d'Ezpeleta. Il y déclare qu’il « attachera toujours beaucoup de prix à l’estime des honnêtes gens », qu'il protégera toujours « les citoyens paisibles et honnêtes »; mais c’est en défendant leur tranquillité contre les factieux qu’il veut mériter leur estime ; en conséquence « les armes françaises assureront le repos du peuple catalan, mais écraseront les scélérats qui auraient la témérité d'appeler sur eux leur juste vengeance ». Duhesme, en homme méthodique, « ordonne donc les dispositions suivantes :
« 1° Les attroupements sont sévèrement défendus ; en cas d’'émeute ou de résistance aux patrouilles, soit françaises, soit espagnoles, la générale battra, les troupes se relireront à leurs quartiers, les citoyens dans leurs maisons ou celles de leurs amis les plus prochaines ; et, après trois coups de canon tirés de la batterie des Atarazanas, tout ce qui se trouvera alors dans les rues et les places publiques sera dissipé par Les coups de fusil, la mitraille et les charges de cavalerie.
& 2° Tout individu qui aura assassiné un militaire de l’armée française, celui qui sera trouvé avec un fusil et des cartouches à balles, sera jugé par une commission militaire et fusillé dans les vingt-quatre heures.
« 3° Toute ville... qui osera s’insurger sera privée de ses privilèges et désarmée. Elle sera brûlée si le sang français a coulé‘! »
Ces menaces ne portent aucun fruit. Le 2 juin, les Barcelonais se mettent à débaucher les soldats espagnols, et ceux-ci quittent la ville isolément ou par groupes. Les habitants réussissent aussi à faire déserter les Napolitains,
4. Ordre du jour du 4er juin 4808, publié dans le Diario de :Barcelon du 2.
et Duhesme ne peut l'empêcher. « Les Napolitains désertent par huit à dix avec armes et bagages. Je fais prendre quelques embaucheurs, j’en ferai un exemple ; malgré cela, je crains beaucoup que cela ne devienne plus conséquent ; tous les Espagnols, canonniers, fantassins, cavaliers, désertent; nos troupes ne pourront plus suflire au service’, » Un ordre du jour, le 3 juin, déclare que tout prévenu d’embauchage sera mené à la Citadelle, jugé par une commission militaire ‘et, s’il est reconnu coupable, fusillé immédiatement ?. Le 4, trois paysans sont passés par les armes sur l’Esplanade pour avoir procuré des hardes à des soldats qui voulaient déserter*. On laisse les corps étendus toute l’après-midi sur la place, l’ordre du jour du 3 attaché sur leur dos. « Tout le monde, ajoute le P. Ferrer dans son journal, comprend qu'ils [les Français] veulent nous subjuguer et nous soumettre par la terreur, comme ils l’ont fait en Italie ; mais ces messieurs ne connaissent pas le caractère catalan‘ ».
Le même jour, Duhesme renouvelle ses menaces contre les villes et villages révoltés. Terrifiés, nombre de Barcelonais quittent la ville. Le P. Ferrer évalue à trente mille le nombre des personnes qui émigrent ainsi du 1*,;au 5 juin : « Ce matin, écrit-il le 5, la porte de l’Ange, la porte Neuve et la porte Saint-Antoine paraissaient trop étroites"... » C’est en vain que, le 6, Duhesme essaye de rassurer « les gens honnêtes, les propriétaires, les pères de famille instruits et capables d'apprécier les événements » par une lettre publique adressée au capitaine-cénéral :